‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 25 sur 145 · AI Y · texte numérisé non relu

AI Y

An*', étr. , France, t. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Wazarin , f î.'ï'i. — Copie du temps.

A L'ABBÉ FOUQUET

Melun , 2 1 juin t65

J'ay receu votre billet d'hyer, que j'ay lu au Roy et à la Revue. Leurs Majestez ont une entière satisfaction des diligences que vous faictes pour fomenter la disposition, qui commence à parois tre dans l'esprit du peuple, de demander hautement la paix. Je n'ay pas manqué de leur faire valoir le zèle avec lequel M. le Procureur-général, M. le Prévost des marchands, M. Villayer2, M. de La Barre s'y employent aussy, et asseurement la requeste, que vous avez présentée dans le temps que vous avez concerté, peut produire un fort bon efl'ect.

Je ne fais point response à Mme de Chevreuse, parce que, n'ayant point de chiffre avec elle, je ne le pourrois faire par cette voye, qui n'est point lout-à-faicte seure, sans courre risque que cela luy prejudiciast dans celle conjoncture; mais vous luy pourrez dire que j'ay leu sa lettre à la Reyne, qui a tout le ressentiment imaginable de la manière dont elle agit. Sa Mld désire qu'elle demeure à Paris, parce que sa présence et ses soins peuvent estre utiles en diverses rencontres au bien des affaires; et pour les menaces que luy faict M. le Prince, je pense qu'elle

1 Ont un bon succès. — s Jean-Jacques Renouant de Villayer. (Voy. sur ce personnage, le t. ! N , p. 544, note 5, des Lettres de Mazarin.)

DU CARDINAL MAZARIY 131

n Vu a pas grande pour. n'y ayant guère d'apparence qu'elles soient Juin <f>:> suivies d'aucun ellect. .IV \ la iiH'sine opinion à vostre esgard ei <l«,s autres personnes qui luv sont suspectes.

On continue tousjours à parler d'accommodement; niais il n est pas prez d'estre conclu, les princes insistant sur des conditions plus préjudiciables au Ro\ que la continuation de la guerre, quand inesnie les armés de Sa M1, y auroienl de mauvais sucée/, (îest pourquoy vous devei continuer ce que unis avez commencé, de distribuer de l'argent pour faire crier à la paix et d'afficher des placards, parce que, cela excitant le peuple, punira rendre les princes plus Iraitables, et faciliter l'accommodement; et vous pouvez bien croire que, s'il esloit en Testât que l'on vous a dict, je vous en aurois mandé quelque chose.

Colbert a parlé à Girardin ', qui lui a dict qu'il n'avoit pas un sol, de sorte que la response de M. Gargam et rien, c'est tout un.

.1 a y chargé Roussereau de faire faire les expéditions de l'abbaye pour M. de Bellievre, et de vous les envoyer.

Le Grand Prévost 2 m'a entretenu fort au long touchant le cardinal de Retz et. entre autres choses, m'a proposé que l'on luy envoyast le bonnet3 à Paris. Je luy ay respondu, en gênerai, que je ne m'opposerois point à ce que le Roy voudroit faire pour M. le cardinal de Retz; mais que. puisque, aprez l'avoir servi dans la chose qui luy estoit la plus importante, il n'a pas esté de mes amis, j'estois persuadé qu'il ne le seroit jamais, ne pouvant pas rencontrer à l'avenir aucune matière si importante de l'obliger, et que je me conduirais à son esgard sur ce fondement, sans neantmoins le desservir en rien.

Pour les mille francs que le Père Paulin4 vous a faict escrire de donner. n'\ ayez esgard qu'autant que bon vous semblera.

' Girardin et Gargam ou Gargan étaient de la Fronde intitulé : Catalogue des partisans. des financiers, ou traitants, de cette époque. 2 Jean du Bouchel , marquis de Sourches.

Girardin fut enlevé, en 1 G07 , par François (Voy. le I. IV. p. 1 43, note 1, des Lettres de

de Barbezières-Chemerault, qui espérait en Mazarin.)

tirer une riche rançon et qui lut. pour ce ' Retz n'avait pas encore reçu du Roi le

crime, décapité Le 5 octobre îliâ- en place bonnet, signe de la dignité de cardinal, do Grève. Gargam figure dans le pamphlet Jésuite, confesseur du Roi.

J"mi<,,!- Il seroit bon de taeçher de desbaucher des cavaliers de l'armée des princes; si vous sçavez quelqu'un propre pour cela, vous l'y pourrez envoyer avec quelque argent, et je scrois bien ayse de pouvoir, par ce moyen, remplir bientost mes compagnies de gendarmes et de chevaux-! egers.

Je vous prie de faire de grands complimens, de ma part, à Mmc de Chevreuse, et de bien asseurer M. de La Barre de mon estime et de mon amitié.

H faut surtout continuer à distribuer de l'argent pour faire crier1, comme vous avez commencé, et vous reprendrez tout ce que vous aurez advancé sur ce que vous recevrez pour moy, ou je vous le feray rembourser d'ailleurs.

Aff. étr. , France, t. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, fr" 1 36— 1 37.

— Copie du lemps.

À L'ABBÉ FOUQUET

Melun, aO juin 1 Gôa.

J'ay receu vostre lettre d'avant-hyer au soir; quand on sçaura quelque personne asseurée, qui devra venir de Paris, on luy mandera de vous voir auparavant. Ce pendant par le péril qu'a couru M. votre frère, parce qu'il estoit dans vostre carrosse, et par les autres circonstances que vous me marquez2, je suis dans des transes continuelles de ce qui vous peut arriver, et quoyque vos soins soient plus utiles que jamais dans les conjonctures présentes, je ne puis m'empeseber de vous conjurer de vous mesnager un peu et de donner quelques limites à votre zèle, en sorte qu'il ne vous expose pas à des dangers trop esvidens.

' On a vu ci-dessus que l'on payait des Aubcnay (t. II, p. 9.4o. a4a, 2 A ."? ) des gens du peuple pour crier : la pair. détails sur les violences de la populace de

' On trouve dans le Journal de Dubuisson- Paris en juin i65->.

On suivra l'advis de s'approcher le plus qu'on pourra de Paris1, et Juin i65a. cette approche jointe aux forces du \\o\ -. à la bonne disposition qui commence à paroistre dans les esprits à Paris \ et aux diligences que

les serviteurs du lîo\ feront de leur eosté, y pourra peut-eslre causer une révolution favorable aux affaires de Sa Majesté.

Je suis aussy lout-à-faict du sentiment de demander des députez d<^ autres compagnies souveraines aussy bien que du parlement de Paris, et cela asseurement peut produire un bon eflect.

Je ne m'estois pas souvenu du bénéfice que demanda Mme de Chevrense: s'il est vacant, j'en feray faire les expéditions pour les luy envoyer. Je ne vous mande rien de plus pour luy dire, faute de temps; niais, à la première occasion, je vous informeray de diverses choses assez essentielles à sçavoir, pour luy en donner part. Ce pendant je vous prie de cultiver tousjours l'amitié qu'elle m'a faict l'honneur de me promettre, et de l'asseurer qu'en tout temps elle n'aura point de plus véritable serviteur que moy; Leurs Majestez ont toute la recognoissance possible de son zèle et de sa fermeté. Elles sont aussy satisfaites au dernier point de la manière dont agissent M. le Procureurgénéral, M. d'Aligre, M. de Villayer, M. le Prévost des marchands et M. de La Barre.

J'ay tousjours la mesme passion de servir ces deux derniers dans les choses dont nous avons parlé, et je souhaite de tout mon cœur que M. le Prévost des marchands réussisse en ce qu'il entreprend4, afin que,

1 La Cour vint s'établir à Saint-Denis le rChascun estoit desjà surpris de la nouvelle 99 juin. qui a couru que le Roy venoit loger nu bois de

2 Le maréchal de La Ferté-Seoueterre Vincennes. Cela donnerait cœur à ceux qui \enail d'amener quatre mille hommes pour craignent de se déclarer pour le Roy; cela fortifier l'armée de Turenne. "• feroit commerce avec Paris, et delà, taisant

3 Les excès commis par la populace, et boire les bateliers, l'on pourra, avec les audirigés principalement contre des conseil- 1res moyens que nous sçavons, se rendre

lers du Parlement, disposèrent ce corps et maislres de ce costé-là On commence

la bourgeoisie à se rallier à l'autorité royale. si fort à se lasser des princes qu'il se ne peut

' Il était question d'introduire dan- Paris davantage.» Celte lettre ne porte que la date les troupes royales. On écrivait à Mazarin du ai. Elle doit se rapporter au 21 juin (Aff. étr. . France, t. 883, pièce 116) : i65a, époque où les violences de la popu-

m i <;:>••. rendant quelque service d'esclat au Roy, cela me doirae ])lus de facilité de faire ce qu'il désire.

Quand M. d'Aligre n'auroit pas promis à MM. Le Coigneax, de Novion et de Mesmes le remboursement des neuf mille livres qu'ils ont advancces, je l'aurois proposé icy moy-mesme, et j'en seray tres-volontiers le solliciteur, s'il est besoin. Cependant je vous prie que personne du monde ne sçache l'argent que vous avez à moy.

Je suis tres-ayse de la parole que MM. de Bellievre et de Harlay vous ont donnée d'estre de mes amis; ils m'esprouveront le leur en toutes rencontres. Le brevet de l'abbaye est expédié \ et je vous l'enverray par la première voye seure.

Aff. étr., France, t. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f°" i37-i38.

— Copie du temps.

À L'ABBÉ FOUQUET

Saint-Denis, 29 juin i65a.

.l'ay receu vos deux lettres du 26 et du y. 8, que j'ay leues au Roy et à la Reyne; il ne se peut rien ajouter à la satisfaction que Leurs Majestez ont de la manière dont MM. les Presidens ont agi dans le dernier desordre du Palais2. Elles leur auroient envoyé un gentilhomme exprez pour le leur tesmoigner, si Elles n'avoient appréhendé que cette démonstration ne nuisist aux dicts sieurs presidens ; mais Elles m'ont chargé de le leur faire dire de leur part; ce que vous pourrez prendre la peine de faire, ou de faire faire par telle personne que vous jugerez à propos, et M. de Novion ne doit pas avoir la moindre part à ce compliment.

lace, encouragée par les princes, décidèrent lièvre. Mazarin s'efforçait, à cette époque,

un grand nombre de magistrats et de bout- de gagner des membres du Parlement. geois à rappeler le Roi dans Paris. 2 On trouve dans le Journal de Dubxàsson-

1 On a vu ci-dessus qu'il s'agissait d'une Aubenay (t. 11, p. aAs-aAS) des détails sur

abbaye demandée par le président de Bel- les scènes tumultueuses du Parlement.

DU CARDI1N \L M MARIN. 135

La Reyne auroit aussj envoyé un gentilhomme exprez à M. Mes- juin t . uardeau '. pour lu\ tesmoigner la joye qu'elle a eue que ce bruict de si mort se soit trouvé (aux, sans la mesme raison. \ous lu\ t'cre/. aussy, s'il nous plaist, compliment de la pari de Sa M1, . comme je vous suis obligé de l'avoir desjà laid faire de la mienne.

Il n'es! pas juste que ce que vous avez despensé tombe sur vostre bourse, ('.est pourquov je vous prie de m'envoyer un mémoire, sm lequel je fera) faire une ordonnance, dont je feray en sorte que vous serez payé. Cependant je serois bien ayse que vous me pussiez envoyer seuremenl l'argent que vous avez receu de Gargam. M. de Gesvres2 m'a dict que le capitaine, qui est aujourd huy en garde à la porte S1 Denys, par où il est venu, est un homme fort bien intentionné, et. qui luy a offert de laisser passer tout ce qu'il voudroit. Il y demeurera jusques à sept heuns du soir, et peut-estre que, par ce moyen-là, vous pourriez m'envoyer cet argent en seurcté.

L'advis que vous donnez de mander des députez de toutes les compagnies souveraines est fort bon, et on en profitera auss\ bien que des autres choses que vous me mandez.

La paix n'est nullement conclue, et quoyqu'on parle tousjours de traiter, les princes continuent à insister sur des choses qu'on ne leur accordera jamais. Si les amis de M. le Prince publient le contraire3, ce n est que pour ester le courage à ceux qui travaillent pour le Roy et en donner à ses partisans et à ses troupes. Croyez tousjours que ces bruits seront faux, tant que je ne vous en manderay rien; car, si la chose estoit en l'estai qu'on dict, je ne manquerois pas d'envoyer un courrier exprez pour en donner part à Mme de Chevreuse et aux autres amis.

' In combat s'était engagé, au quai des Vby. sue Léon l'olier, marquis de Ges-

Qrfèvres, entre une compagnie de la mi vres, le I. I\. p. 275, note 1, des Lettres

bourgeoise^ qui protégeait le conseiller \lé- de Mazarin. nardeau. et l»-s factieux qui l'attaquaient < U>. 3 Le Journalde Dubuisson-Aubenay ( t. Il .

lit à ci: sujet une Mazaiinade intitulée : La \). a43 i parle de ces bruits de paix iv-

guerre des Ménardeanan pandus dans Paris.

lnillci i65a. Je suis bien ayse que M. de Lorraine continue ses civilitez à M"" -de Guemené l; mais il faudroit qu'elle le pressast un peu pour le faire déterminer à quelque bon acconimodement. Je n'oublie pas son affaire; et pour le bénéfice qu'elle avoit dessein de demander, si elle l'eust laid el qu'il eust esté vacant, elle l'auroit obtenu.

Je me remets à ce que Mme de Clievreuse jugera à propos de faire toucbant M. le cardinal de Retz. Je dissimule assez de mon costé; mais il prétend tousjours qu'on luy envoyé le bonnet à Paris, et on ne croit pas icy que cela se doive faire.

Je souhaite de tout mon cœur que l'approche du Rov donne lieu à M. le Prévost des marchands de faire prendre quelque délibération favorable dans l'Hostel-de-Ville, comme d'envoyer supplier le Roy de retourner à Paris sans condition; car, aprez cela, il2 n'aura qu'à demander, et il verra de quelle façon je serviray et luy et M. de La Barre.

Il seroit bon de pouvoir faire cesser la garde des portes; mais pour ne se pas commettre, il faudroit sçavoir si, en envoyant l'ordre du Roy, il seroit bien receu et exécuté. Ce que je vous prie de me mander sans perte de temps.

Aff. étr. , France, l. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f îio. — Copie du temps.

k L'ABBÉ FOUQUET.

Saint-Denis, 8 juillet 1662 3.

J'ay receu vostre billet. On persiste icy dans la resolution de ne point

' Anne de Rolian. (Voy. ci-dessus, p. 120, livré le 2 juillet 1662, ni du massacre el de

note 2.) l'incendie de l'Hôtel de ^ ille ( 4 juillet). Elle

2 Le pronom il se rapporte au Prévôt des est très incomplète pour cette époque. Je dois marchands. renvoyer, pour combler les lacunes signalées .

3 La correspondance de Mazarin ne parle au tome I" de mon Histoire de France sous ni du combat de la porte Saint-Antoine. le ministère de Maz-arin, p. 197-280.

DU CVKDINAL MAZARIN. 137

exécuter la proposition que l'on a faicte, que l'on ne sçache auparavant Xtwllet iG5a. si M. le cardinal de Iletz \ voudra contribuer l. C'est pourquoy il faut le faire expliquer là-dessus sans perte de temps ; car si l'on sçait qu'il n'y ayt aucune assistance à espérer de ce costé-là, ce sera alors qu'on vous fera sçavoir précisément ce qu'il y aura à faire. J'attendray de vos nouvelles aujourd'huy, et je vous prie que je les reçoive le plus tost qu'il se pourra. Je suis en grande inquiétude de vous voir exposé au danger où vous estes, et je vous conjure de me croire tousjours le mesme à vostre esgard.

\ll. étr., France, t. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f" 1/10 v\ — Copie du temps.

À L'ABBÉ FOUQUET

Saint-Denis, 8 juillet i65a.

Je me remets de toutes choses à la vive voix de celuy qui vous rendra cette lettre et de M. de Chaumont2, à qui vous devez donner entière créance. Je souhaite que M. le cardinal de Retz puisse réussir dans l'affaire qu'on luy propose3, qui ne luyseroit pas moins glorieuse qu'utile à Sa MM dans les conjonctures présentes. Si vous convenez de l'exécution,

1 Les Mémoires de Retz ne fournissent aucun renseignement sur le projet dont il est question dans ce billet et dans le suivant. On y voit seulement que Retz s'enferma dans son palais et prit toutes les précautions pour se mettre à l'abri d'une attaque; il garnit de grenades son logis et les tours de Notre- Dame, où il s était ménagé un asile dans le cas où le palais archiépiscopal aurait été forcé. (Mém. , I. IV, p. 286, de l'édit. des Grands Ecrivains de la France. )

5 Voy. ci-dessus, p. 108, note 2.

"" Il est probable qu'il s'agissait, comme on l'a vu ci-dessus (p. i33, note h) de

provoquer un mouvement en faveur du Roi. Retz se borne à résumer brièvement les événements du commencement de juillet i652 (Mém., t. IV, p. 290, de l'édit. des Grands Ecrivains) : a Je vous expliquerai, dit-il, en peu de paroles, tout ce qui s'y passa (à Paris) depuis le h de juillet jusqu'au i3. La face en fut très mélancolique; tous les présidents au mortier s'étoienl retirés, et, beaucoup de conseillers mêmes s'élant aussi absentés, par la frayeur des séditions, que le feu et le massacre de l'Hôtel de Ville n'avoient pas diminuée. Cette solitude obligea ceux qui restoient à donner

i-ji nr XAriot w.e.

luiii-t têSaL je vous prie de mon informer en toute diligence, afin que nous prenions là-dessus nos mesures de nostre costé. Et je m'asseure que ledict sieur Cardinal se fiera assez à vous pour vous en parler librement; et, en cas que cela ne fust pas, il faudroit que vous luy en fissiez parler par quelque personne à qui il ne fist point de scrupule de s'ouvrir.

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