‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 35 sur 145 · CARDIN \L M \X\1UN · texte numérisé non relu

CARDIN \L M \X\1UN

pratiquant tous les moyens imaginables pour imprimerie rébellion dans Voûi i65î l'esprit de ces peuples-là, en sorte qu ils perdent tout respect et loul amoiii' envers le lîo\ el leur patrie.

Il est bon [de remarquer] que les princes demandent qu'on relire l'armée de Guyenne, sans dire un seul mol pour asseurer que Batteville quittera Bourg, et dans un temps que l'on sçait y estre arrivé deux mille hommes de pied, Irlaodois el d'autres nations, que le roy d'Espagne y a envoyez pour s'\ pouvoir mieux establir.

Il faut remarquer (pie. dans la déclaration des princes au Parlement, ou ne laid nulle mention Au principal point, qui est de renoncer à toutes ligues el associations l'aides avec les Espagnols, tant au dedans qu'au dehors du royaume, et notamment au traité (pie M. le Prince a laid encore, en dernier lieu, avec eux; et l'on peut inférer de laquelle crainte a M. le Prince de refroidir les Espagnols, en faisant publiquement quelque déclaration contre l'union qu'il a avec eux, nonobstant qu'il leur fasse donner toutes sortes d'asscurances , on secret. qu'il la veut tousjours entretenir.

En outre, lorsque les princes oui creu que le Cardinal ne pourroit jamais prendre la résolution de s'esloigner, ils ont remué ciel et terre pour imprimer dans 1 esprit de tous les François, qu'ils n'avoient autre but que cet esloignement, moyennant lequel tous les desordres cesseroient; ils metlroient bas les armes qu'ils avoicnt prises pour l'obtenir; renvoieroient les troupes d'Espagne qu'ils avoientfaict venir pour mesme effect; el cependant ils n'ont jamais tant pressé pour avoir le secours que conduit Wittemberg1 que depuis que le Cardinal a quitté la Cour; et. en effect, le duc de Lorraine est passé avec toutes ses forces au delà de la Marne pour se mettre en estât de les contenter, en leur menant ledict secours. L'on voit aussy arriver en mesme temps de nouvelles troupes d'Espagne dans la Guyenne, et l'on sçait que, depuis le départ du Cardinal, le prince de Coudé adepesobé courrier sur courrier à Fuensaldagne, à Batteville et en Espagne, pour tirer promptement cinq cent mille escus, «pie le roy d'Espagne a promis de luy donl.o doc I Irich de Wurtemberg. (Voy. ci-dessus, p. 107. note 3.)

Aoûl 1 65s

lier depuis l'arrivée de la flotte, afin de faire de nom elles levées en France et se mettre en estât d'y continuer fortement la guerre civile.

Puisqu'il n'y a rien de si vray que les diligences que les princes font présentement auprez du duc de Lorraine et de Fuensaldagne, pour avoir le corps de Vitlemberg, Saint-Romain1, Jarzé2, Saint-Estienne3, et beaucoup d'autres, tant courriers que gentilshommes, ayant esté, à cet effect, depeschez de moment à autre, depuis le départ du Cardinal, comment pourra-t-on espérer qu'ils renvoient en Flandres le peu de Iroupes estrangeres, qui sont incorporées aux leurs, et qui continuent tousjours à désoler les environs de Paris? Et comment pourra-t-on espérer aussy le soulagement de cette pauvre ville, si, au lieu de la délivrer des maux qu'une poignée de gens luy font souffrir, on met toutes pièces en œuvre pour y attirer un plus grand corps, composé presque tout d'Allemans, lesquels Fuensaldagne a destachez de l'armée de Flandres, non moins pour délivrer ce pays-là des violences inouves qu'ils y exerçoient, que pour donner moyen aux princes d'entretenir l'embrasement qu'ils ont allumé dans le royaume?4.

Si les princes eussent eu tant soit peu bonne intention, et qu'ils eussent esté touchez des souffrances de la ville de Paris, devoient-ils pas. au moins, à l'instant du départ du Cardinal, renvoyer les troupes qu ils font loger jusques dans ses fauxbourgs5, d'autant plus que, par ce moyen, donnant lieu au Roy d'envoyer son armée en Flandres, ils eussent tesmoigné qu'ils ne prennent pas plaisir aux progrez que les ennemis sont prests d'y faire, sans aucun obstacle, et qu'ils ne vouloient pas contribuer, comme ils font, à la perte de Dunkerque, de peur qu'on

1 Voy. ri-dessus, p. 160, note 5.

2 Voy. ci-dessus, p. 167, note 2.

Probablement Cbarles-Claude de Saint-

Eslienne, dont parle Tatlemant des Réaux (Historiettes, édit. Tecbener, in-8", t. VI, p. 2, 39, 4a).

1 Ce passage est encore un de ceux qui prouvent que Mazarin e'tait bien loin d'avoir appelé les Wùrtembergeois dans le royaume

et demande qu'on les laissât se réunir à l'armée des princes. C'est aux factieux qu'il impute avec raison le crime d'avoir ouvert à ces pillards l'entrée de la France.

5 Les faubourgs Saint-Victor et Saint- Marceau firent des barricades pour repousser les troupes des princes, qui s'y étaient logées. (Voy. le Journal de Dubiiisson- Aubenmj, t. II, p. 281.)

DU CARDIN \I. M 1ZARIN. 177

nedisi que, lorsqu'ils onl travaillé autrefois à la conqueste de cette, place1 AoAi i65*. el de quelques autres, cestoit pour acquérir de la gloire eu leur particulier, et pour s'eslever el s'accréditer, et non pas pour agrandir l'Eslat, u\ rendre la puissance du Roy plus redoutable à ses ennemis.

L'amnistie, qui a esté publiée-, pourvoit-elle pas à tout ce que les princes peuvent souhaiter, pour leur seurelé, par Poubly de leur conduite passée, estant reslablis par ladicte amnistie dans les bonnes grâces du Roy, connue s'ils ne les eussent jamais perdues? Pourvoitelle pas aussv à ce que les troupes estrangeres se puissent retirer en seurelé vers la frontière, comme aussy à la reunion du Parlement, puisque, pour cet effect, les conseillers, qui sont à Paris, n'ont qu'à se rendre à Pontoise, où il a plu à Sa Majesté de le transférer?

Quant à ce qui est de remettre toutes les choses au mesme estât qu'elles èstoyent avant les presens mouvemens, c'est-à-dire de rendre aux princes les places dont on les a chassez, et3 ceux qui suivoient leur part y, il semble bien juste qu'avant que de parler de ce point, ils se mettent aux bonnes «Traces du Roy, en exécutant les choses qui sont portées par l'amnistie, et qu'ils ont tant de fois protesté de vouloir faire, à l'instant que le Cardinal seroit esioigné; et cet esloignement s'estant tant sans aucune condition, il seroit bien estrange qu'ils voulussent extorquer des conditions pour mettre bas les armes et renoncer à. leur union avec les Espagnols, aprez avoir déclaré qu'ils n'ont pris les armes et faict cette union (pie pour obtenir ledict esloignement.

11 seroit bon de respondre à la conséquence que lesdicts princes tirent, au commencement de leur déclaration, de l'esloignement de M. le Cardinal, disant que cela justifie assez, etc. Sur quoy il me semble qu'il y a beaucoup de choses à dire bien fortes pour réfuter ce faux raison-

1 Ce trait est surtout dirigé contre Coudé. les factieux qui avaient pris part aux troubles

qui, fn i64(j, avait enlevé Dunkerque aux antérieurs, à l'exception des auteurs des at-

Espagnols. (Voy. le t. II. p. 3a8, des Lettres tentnts du a5 juin dirigés contre le Parle-

de Mazarm.) ment et du massacre de l'Hôtel de Ville.

L'amnistie, dont parle Mnzarin. availété qui avait eu lieu le h juillet. Les princes

enregistrée au mois d'août 1 b5a par le l'aile- ne voulurent pas accepter cette amnistie, ment séant à Pontoise. Elle comprenait tous 3 Et a ici le sens de ainsi que ceux . etc.

■ uubu, — t. a3

\oùi h,;.... nement; et, entre autres, quèj quand mesme ils auroîenl sujet de condamner la conduite d un principal ministre, et que le véritable luit de leurs armes i'ust L'esloignemenl dudirt Cardinal, ils seroient bien hardis de dire qu'on1 ne puisse biasmer ce qu'ils ont laid, aprez avoir pris les armes, allumé la guerre civile dans le royaume, appelé les Espagnols à leur secours et enfin usurpé l'authorité royale pouf contraindre Sa Majesté à esioigner ledict Cardinal. Ce n'est pas mi bon argument de dire que puisqu'Elle y a consenty, ils avoient raison de l'y forcer, veu qu'encore qu'Ellc sçache bien, et que toutes les personnes sensées jugent ay sentent, que i'esloignement du Cardinal n'est que le prétexte et non pas la cause des troubles qu'ils ont excitez. neantmoins Elle a bien voulu, par sa bonté, esprouver ce remède, considérant, ou que les princes, aprez le départ du Cardinal, exécuté niesme dans une conjoncture dans laquelle ils ne sçavent plus où donner de la teste, seroient bien ayses de sortir d'un mauvais pas avec quelque apparence d'honneur, et qu'ainsy les troubles cesseroient, ou que. ne le faisant pas, ils se descrieroient envers le peuple, qui cognoistroit par là que leur véritable but, en allumant la guerre civile, n'a esté autre que de satisfaire leur ambition particulière et de profiter du débris ' de l'Estat, et non d'esloigner le Cardinal, comme ils ont, à force d'argent., faict publier par la canaille, d'où Sa Majesté ne peut que retirer un grand advantage pour achever de les réduire à la raison et pourvoir au repos de l'Etat et au soulagement de son peuple.

LWXVH.

Bibl. nat., ms. fr. 6889, f° 3oo; original signé. — Bib. Maz. , 111s. a" 1719. 1. 11, P la5.

— Copie du temps.

\ M. LE TELLIER

Sedan, 3o août 1 654.

(extrait.)

Depuis ce que je vous ay escrit, ayant faict reflexion sur l'oppres- ' Ce mot a ici le sens de mine.

sion que toutte cette province souffre par le séjour des troupes de toûti65». MM. de Lorraine el deVittemberg et sur le procédé de ce prince', dont nous aurions grand peine à tirer aucun advanlage. s'il persiste à vouloir demeurer un j avec les Espagnols, secourir les princes, el estrebieaavec le Roy, suivant son naturel enneim de la conclusion, et croyant avoir assez d'adresse pour venir à bout de choses anss\ importantes et auss\ incompatibles t [uo celles-là. il m'a semblé qu'on ne debvoit pas différer davantage à y mettre remède, n\ rien faire <|iii soit pins capable de faire résoudre ledicl sieur duc à ton! ce que Sa Majesté désirera de luy, que de 1 u\ parler ferme, et faire advancer I année2; car je vous réplique de rechef que. comme M. de Lorraine ne subsiste que par son armée, il ne la bazardera point, et d'ailleurs ses troupes jointes à celles de \ ittemberg ne sont pas plus de luiit mille hommes, et les officiels et soldats des uns et des autres portent tant de respect à celles du Roy, quelles esviteront tousjours de venir aux mains avec elles, et particulièrement les voyant fortifiées, comme elles seront, de la noblesse et des communes de cette province3, qui se joindront à elles, aussytost qu'elles les verront paroistre; et je ne pense pas que, pour mille ou douze cens hommes que les princes peuvent avoir dans les fauxbourgs de Paris, on doibve faire difficulté d'en esloigner l'armée du Roy, veu mesme qu'on peut taire valoir cet esloigneinent aux Parisiens comme un tesmoignage de la bonté que le Roy conserve pour eux, leur faisant, tout à la fois, deux grâces bien considérables, l'une de les deslivrer <le> incommodités que leur causoit le voisinage de ces troupes, l'autre de faire marcher les mesmes troupes pour garantir la ville de Paris de la surcharge qu'y apporteroit l'approche du corps de Vittemberg; de quo\ elle doibt d'autant plus de recognoissance à Sa Majesté qu'Elle le> traite ainsy, en mesme temps que les princes continuent à désoler

1 Le duc de Lorraine, qui . comme on lil marcher contre lui les troupes royales.

l'a dit. traitait avec tous les partis. que commandait Turenne.

' On voit encore, par ce passage, qu'au 3 11 s'agit toujours de la Champagne, que

lii'ii il<- s'entendre avec le duc <lc Lorraine, dévastaient les Lorrains et les Wùrteniber-

Mazariu demandait de nouveau que l'on geois.

Wii iii.ia. et les environs et les fauxbourgs mesmes de Paris parles gens de guerre qu'ils y retiennent, et que, connue si ce n'esloit pas assez, iis appellent encore un nouveau corps d'Espagnols pour achever de les ruiner, et peut-estre pour réduire la ville dans la dernière servitude, nonobstant toutes les protestations qu'ils ont laides qu'ils poseroient les armes el renvoieroient leurs troupes estrangeres aussytost que je serois part] de la Cour.

Si l'on juge à propos de renvoyer le sieur Bartel vers M. de Lorraine, parce qu'il est desjà instruit de ce qui s'est passé en cette négociation, je vous prie, en premier lieu, qu'il soit bien persuadé que je n'av eu aucune part à la resolution qui sera prise, et en second lieu, qu'il ayl sa leçon par escript, eslant une personne qui a le talent d'estendre el restreindre ses commissions, selon qu'il le juge à propos pour se faire mieux recevoir1. On dressera son instruction, ou de celuy qui sera envoyé vers iVl. de Lorraine, en la forme qu'on advisera pour le mieux dans le conseil du Roy; mais, entre autres choses, je croy qu'il doibt avoir charge d'exagérer principalement les clameurs que font les peuples pour les violences et les incendies que ces troupes-là commettent et pour les rançonnemens qu'elles font aux villages et aux personnes; de représenter l'advautage que les princes ont tiré de la conduite que tient M. de Lorraine en favorisant le secours de Vittemberg, et combien cela leur facilite les moyens de fomenter la rébellion, en nourrissant parla les espérances de ceux de leur party; de faire remarquer la facilité avec laquelle les Espagnols font des progrez sans aucun obstacle, M. de Lorraine tenant l'armée du Roy engagée et. sans action par ses bonnes paroles, pendant que les Espagnols et les rebelles reçoivent de luy des effecls solides etadvantageux, tant dedans que dehors le royaume; enfin que le Roy, aprez avoir donné les mains à tout ce que M. de Lorraine a

1 Ce jugement du (jardinai sur Barlet (Bartel) pour col emploi, on luy donnera

est confirmé par ce que Le Tellierlui répon sa leçon si précise qu'il ne pourra prendre

dait : ffOn essayera d'envoyer une autre per- l'essor.- (Lettre du 'i sept. îliô-j , BibJ. nal. ,

sonne vers M. de Lorraine, et en cas qu'on ms. l'r. ii° 6869. Li's lettres de ce inanus-

n'en trouve point de plus propre que luy crit sont, pour la plupart, des originaux.)

DU CARDINAL M \ZARIN. 181

demandé pour faire son accommodement jusques là | au point] que tuy- Aoûi i65a. mesme a advoué qu'il ne luy restoit plus rien à souhaiter; aprez avoir agréé qu'il fust le médiateur de la paix générale; aprez avoir souffert la brigade en Alsace1, lu j ayant faict donner toutes les assistances possibles, sans permettre qu'il lu\ fust faict aucun acte d'hoslillité, ny que M. de La Ferlé Senneterre, joinct aux troupes que le Roy avoit en ce pays-là , donnast aucun empescbement à la jonction deladicle brigade2 avec celle de Ligniviile, que S. A. conduisoit en personne du costé de Flandre; aprez avoir envoyé expiez le sieur de Beaujeu3 pour le recevoir, avec ordre à tous les gouverneurs des provinces et places, par où il debvoit passer, de le favoriser et luy fournir l'estape, comme aux propres troupes de Sa Majesté; aprez avoir continué les niesmes ordres, quand toute l'armée dudicl sieur duc a esté unie, dépendant expiez à la noblesse et aux communes de leur courir sus; aprez avoir préféré le contentement de S. A. à la considération de ce que son peuple soulïroit, parce que Sa Majesté croyoit qu'il en pourroit arriver un plus grand bien, capable de reparer avec usure les pertes et les incommoditez de ses subjects; aprez toutes ces cboses, dis-je, le profit que le Roy en a tiré a esté la levée du siège d'Estampes4; les excez que les \ ittembergs ont commis, assistez de Sadicte Altesse; la durée du party rebelle qui seroit desjà [vaincu], au moins pour ce qui est des troupes que les princes ont à Paris, s'il ne les avoit point favorisez; les pertes (jue le Roy a faictes en Flandres et en Italie5, pour n'avoir pu y envoyer des troupes que la prudence ne permet pas d'esloigner, tandis qu'on voit M. de Lorraine en posture de passerait secours des princes; enfin toute la rescompensc que le Ro\ a eue de la tolérance, et des déclarations que le Roy a faictes sy fort à l'advantage de S. A., se

'Jue le duc de Lorraine envoyât des Voy. sur M. de Beaujeu, le t. III.

troupes en Alsace. ( \ oy. ei-ile<su-- . p. 66-67. p. 33g , note 2 , des Lettres de Mazarin. la lettre adressée à Raulin.) ' Voy. ci-dessus, p. 119, note 2.

*' Ces troupes lorraines étaient coin- B La France avait perdu Gravelines en mandées par te général de Fange, qui s'unit Flandre, Casai en Italie. Les places de avec le comte de Ligneville ou Ligniviile. Dunkerque et de Barcelone étaient menaantre général lorrain. cées et ne lardèrent pas à succomber.

Voûi i659. réduit simplement à des complimens, qui ne sont jamais suivis d aucun effect, si ce n'esl d'effects contraires et tres-prejudiciables au service

du H(»\, et toul-à-faicl à l'advantage des ennemis.

Et il ne faut pas que S. A. prétende faire valoir le retour de Fuensaldagne eu Flandres1 comme un effect de sou adresse <■! du désir qu'il a voit de servir la Fiance; car on sçaît qu'il n'eust pas este en son possible de faire prendre une autre resolution audict sieur comte, non pas à cause de sa maladie, mais par ce que c'estoit un dessein desjà formé avec l'Archiduc2, pour employer utilement, en Flandres3, la meilleure partie de l'armée qu'il avoit amenée en France, el fane do progrès de ce cosié-là , tandis que celle de M. de Lorraine , fortifiée du corps de Vittemberg, tiendroit en escliec celle du Roy; car il est tres-aysé de recognoistre que l'intention des Espagnols ne fust jamais de donner des secours aux princes, capables de leur faire remporter de grands advantages sur le Roy, mais seulement autant qu'il estoit nécessaire pour nourrir le trouble et le faire durer longtemps, afin qu'ils puissent, sans obstacle, faire, de tous costez, des progrez sur nous, estant assez esvidentqu'ils ont bien jugé qu'en en usantautrement,lesarmée^ desprinces eussent eu de tels succez que le Roy eust peut-estre esté obligé de leur accorder tout ce qu'ils eussentvoulu pour avoir la paix dans son royaume. Aprez quoy, le mieux qu'il eust pu arriver aux Espagnols eust esté de consentir à la paix générale aux conditions qu'il eust pieu à M. le Prince, lequel n'auroit eu qu'à dire qu'elles estoient bien raisonnables, puisqu'il n'estoit obligé à autre chose par son traité qu'à faire conclure une paix raisonnable, dont, en ce cas, il eust esté le juge.

On peut faire souvenir aussy M. de Lorraine qu'il avoit déclaré que, faisant une entrevue avec moy, il concluroit son traité particulier en deux heures; qu'il avojt de quoy advancer la paix générale, et que, dans neuf jours, il seroit hors de tout engagement avec les troupes de

1 On a vu ci-dessus que Fuensaldagne, Pays-li.is espagnole, sous l'autorité duquel après s'être avancé jusqu'à Cbauny, avait était place Fuensaldagne.

rétrogradé vers la Flandre. '3 Fuensaldagne alla, en eflfet, assiéger

2 L'archiduc Léopold, gouverneur des Dunkerque.

Dl CARDIN H. M \X\lil\. 183

Yitloinlier;;. cl ae prendroil plus aucune pari à toul ce qui leur pour- Aoûi roit arriver. Cependant, quand je me suis approché du Heu où es toi I ledict sieur duc je n'en a\ peceu que de grandes protestations de bonne volonté el (lune forte passion d'en venir à l'abouchement, [alléguant] que, pour ce qui regardoil lapais générale, il falloil qu'il depeschast en Flandres pour sçavoir lesdernieres résolutions de I archiduc et de Fuensaldagne; que son traité avec les Espagnols duroil encore lotit le mois do septembre; qu'il ue pouvoil rien conclure avec la France présentement, au préjudice de la parole qu'il leur avoit donnée [tour tout ce temps-là; et qu'il estoil aussy tellement engagé de faire passer aux princes les secours que Fuensaldagne luy avoit laissez pour cet effect, qu'il ne pouvoil pas s'en empescher, el periroit plustost que de manquer à ce qu'il avoit promis, de façon que Ton voit qu'il est seulement ponc-r tuel el résolu à exécuter les paroles qu'il donne aux Espagnols, mais qu'il ne faicl pas grand cas de manquera celles qu'il donne à la France. Pour plus grande prenne de quoy, il ne faut que demander à lous ceux qui ont négocié avec luy, particulièrement au sieur Barlet, s'il ne luy a pas tousjours déclaré, que, passé les neuf jours, il esloit hors d'engagement pour ledict secours et qu'à nostre entreveue, il concluroit d'abord son accommodement avec le Roy, pour servir ensuite Sa Majesté de sa personne et de ses forces; d'où il [Barlet] conclura que le Roy l'envoie vers luy pour luy déclarer qu'estant obligé en conscience à délivrer ses peuples de l'oppression qu'ils souffrent, Sa Majesté ne peut différer davantage à faire marcher ses armées pour un si juste dessein; que, comme Elle n'a pas l'intention d'exercer aucune hostilité contre luy, Elle a bien voulu luy en donner advis, afin qu'il puisse prendre ses mesures de bonne heure.

J'ay esté obligé de bien vivre avec M. de Lorraine, et de ne me pas déclarer mal satisfaicl de la manière dont il en usoit, et mesme de l'asseurer que j'escrirois à la Cour pour les demandes qu'il faisoit, par ce qu'il n'estoit pas à propos, environné comme j'estais de ses troupes '.

1 Voy. ci-dessus, p. 161. note 't.

IK'i LETTRES

Aoni i65a. que le sieur Bartet recognust que je n'approuvois j)as son procédé, et c'est pour cette raison que je vous escrivis, comme je fis par ledict sieur Bartel , sans pourtant appuyer autrement les propositions dudict prince que je remettois à estre examinées dans le conseil du Roy '.

Je ne vous sçaurois exprimer à quel point toute cette province [de Champagne] est animée contre les troupes de Lorraine et de Vittemberg, et cela augmente tous les jours de plus en plus, et particulièrement depuis qu'ils se sont advisez de vouloir mettre les villes et les villages en contribution pour laisser faire les vendanges; enfin M. de Lorraine profite de tout et ne desdaigne pas jusques aux moindres petits gains, et, aprez tout, Dieu sçait ce qu'il fera à la fin; car c'est un prince ennemy de la conclusion, qui se plaist à faire la vie qu'il mené2, et qui ne tesmoigne nulle passion de se voir restably dans ses Estais.

Aussy lorsqu'on aura receu les depesches que j'ay escrites de Chasteau-Thierry, qui portoient que j'estois persuadé que la marche de l'armée de Sa Majesté vers les troupes de M. de Lorraine et le corps de Vittemberg produiroit des effects tres-advantageux3, et que l'on aura appris qu'ils avoient passé la Marne, je croy que l'on aura trouvé bon. dans le conseil du Roy, d'en escrire à M. de Turenne et à M. de La Ferté, et qu'ils auront esté d'advis de la faire advancer de ce costélà, aprez avoir pourveu à la seureté des postes d'autour de Paris, d'autant plus que l'on aura veu, par mes depesches subséquentes, qu'il n'y avoit rien d'effectif à espérer de la part de M. de Lorraine; et j'oserois respondre qu'eu ce cas, on le poussera à bout, ou l'on l'obligera à consentir à ce qu'on désirera de luy.

J'espère que je pourray bien faire assembler cinq ou six cens chevaux

' Voy. ci-dessus , p. 166, noie 3. de M. le comte d'Haussonville. Le Tellier

* On a déjà fait remarquer que ce duc répondait à Mazar.n, le 1" sept. 1602 :

de Lorraine, chassé de ses Etals, menait rrNous dismes nos opinions à la Reyne,

une vie errante à la tête de troupes qu'il conformément à ce que I , Em. a eu agréable

mettait à la solde des différentes puissances. de nous escrire. « En conséquence, on lil

' Voy. ci-dessus, p. 166. Le passage advancer l'armée royale commandée par

auquel nous renvoyons a été signalé Turenne pour surveiller le duc de Lorraine

comme un de ceux qui réfutaient l'opinion et le combattre, s'il était nécessaire.

1)1 C MIDINAL MAZVRÏN. 185

en ces quartiers1, tant de ce qu'ont les gouverneurs des places, et Août 1 65a. M. le comte de Grandpré*, que de mes compagnies de gendarmes et de chevaux légers et de quelques levées que je fais taire en ceste province. M. de Grandpré pourvoit conduire ce corps en tel cndroict que Messieurs les généraux de l'armée du Hoy jugeront plus à propos; mais, s'il arrivoit que les troupes lorraines se retirassent à lahaste,ou que celles deVittemberg lussent contraintes de le faire, estant abandonnées des autres, en ce cas, je croy que ledict corps pourroit faire quelque bon effect dans la conjoncture de cette retraite, en favorisant Les peuples de ces quartiers-là, qui sont, en grand nombre, fort animez et fort aguerris.

11 importe qu'il paroisse que la resolution de faire advancer l'armée du Roy contre les troupes de Vittemberg et mesme contre M. de Lorraine, s'il les veut protéger, a esté prise à la Cour contre mon advis, afin qu'y reste à S. A. cette porte pour renouer son traité, en cas que l'on juge qu'il soit du service du Roy d'y entendre encore à l'advenir, comme diverses conjonctures pourvoient y obliger le Roy. Il faut bien prendre garde, s'il vous plaisl, que le sieur Bartet, ou tel autre qui pourroit estre envoyé vers M. de Lorraine, soit le premier à en estre persuadé.

LXXXVIIF.

Bibl. Mazorine. ms. n° 1719, t. II, f° 435 v°. — Copie du temps.

Sedan, 3o août i65->.

(evtbait.)

Je suis bien ayse de ce que vous me mandez de Dunquevque; vous

auvez veu, pav mes précédentes, à quel point j'estime important de n'y

' A Sedan et dans les environs. — s Voy. sur le comte de Grandpré, le t. III, p. £72, note 2 . des Lettres de Mazarin.

MAZAP.IN. V. 2'l

Août i65a. rien oublier. Je me resjouis aussy des bonnes nouvelles de Barcelonne, et vous remercie du soin que vous avez pris de m'en donner part.

Quant à ce que M. de Ghasteauneuf escrit, que S. A. H. ne se séparera pas d'avec M. le Prince, il n'y a point de bon François qui ne doibve souhaiter de les voir tousjours bien unis, pourveu qu'ils se disposent à profiter des bontez que le Roy a pour eux, veu que le repos de l'Estat seroit pleinement restably par ce moyen, au lieu qu'il ne pourroit estre qu'imparfaict, s'ils estoient séparez l'un de l'autre.

Il faut faire grande considération de ce que M. de Chasteauneuf a mandé qu'il ne jugeoit pas à propos qu'on donnast des passeports aux députez des princes, et si vous voyez quelque raison solide qui confirme cette pensée, je vous prie de vous souvenir qu'en ce cas il ne faut point s'arrester à tout ce que je puis vous avoir escrit de contraire, par mon autre lettre; il faut seulement prendre garde que peut-estre M. de Ghasteauneuf croiroit pouvoir mieux servir le Roy, ayant la négociation luy seul, qui estoit entamée par d'autres, et que cela l'auroit pu convier à escrire de la sorte.

Je croyois partir, pour aller à Bouillon, incontinent que je serois icy. J'ay neantmoins esté contraint d'y séjourner jusques à présent , parce que, quoy que j'eusse depesché par advance aucom te de VVagnée, gouverneur de Bouillon, afin qu'il eust les ordres nécessaires de son maistre1 pour m'y recevoir, il m'a mandé qu'il ne les avoit pu avoir encore, son courrier n'estant pas de retour de Cologne. Il les attend de moment à autre, et je suis tout prest à partir au mesme instant qu'il me mandera qu'ils seront venus. J'avois envie de m'en aller en quelque autre lieu du pays de Liège pour ne séjourner pas dans le royaume; mais cela ne s'est pu faire sans m'exposer trop.

Gomme Leurs Majestez ont eu la bonté d'accorder à M. de Turenne l'entrée dans le Conseil, et que je ne voy pas qu'il y ayt présentement aucun establissement à luy donner, j'ose les supplier de luy en faire expédier le brevet, afin qu'il reçoive sans delay cette marque de leur

1 On a déjà vu que la ville et le duché de Bouillon, aussi bien qne lévêclu» de Liège, dépendaient de l'archevêque-électeur de Cologne.

estime qui est, par beaucoup de raisons, due à son mérite, et je vous Aoûti65a. seray bien obligé si vous prenez la peine de recevoir leurs ordres pour luy en envoyer les expéditions.

IAXXIX.

Bibl. Mozariue. nis. n" 1719, t. II , f° 44() v°. — Copie du temps.

À M. LE TELLIER

Sedan, le dernier août 1662.

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