‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 34 sur 145 · I.WMI · texte numérisé non relu

I.WMI

Bibl. Maearine, ms.n" 1719, t- III. f° 1. — Copie du temps.

À M. LE TELLIER

Heims, a8 août iG5a.

Je réplique qu'on ne pouvoit mieux respondre que l'on a laict, par M. Dam ville \ à l'instance de S. A. H. et de M. le Prince d'envoyer des députez à présent. Je crois qu'il faudrait promptement publier un papier qui list cognoistre à quel point les princes s'esioignent de vouloir contribuer en ell'ect au calme, lorsqu'ils le protestent en paroles2. Sur quov il me semble qu'il y a beau champ : premièrement, faisant remarquer la différence qu'il y a de leurs promesses et déclarations quand le Cardinal est auprez du Roy, et lors qu'il en est esloigné, puisqu'au premier cas. ils déclarent hautement qu'ils donneront satisfaction à tous les points portez dans la response que l'on donna aux députez, comme ils y estoyent conviez, pour convenir de la manière et du temps de lexecution des choses qui doivent estre faictes, de leur part, aprez la retraite du Cardinal, et à présent ils n'ont plus ce scrupule, et continuent à estre armez, à exercer des charges qu'ils se sont données avec un grand mespris de l'authorité royale3; à n'avoir faict aucun acte qui tesmoigne repentir de leur conduite, et avoir déclaré le Roy prisonnier4; à estre plus fortement unis que jamais avec eux; à mettre toutes

1 Voy. ci-dessus, p. 33, note 2. de Condé, commandant des armées. Leduc

J Le sens est : lorsqu'ils protestant en pa- de Beaufort avait été nommé, non moins

rôles de vouloir rétablir le calme. illégalement, gouverneur de Paris, et Pierre

3 Le duc d'Orléans s'était fait nommer Broussel. prévôt des marchands.

lieutenant général du royaume, et le prince 4 Cette phrase incidente indique que te

Août 16S9. pièces en œuvre pour exciter de nouveaux troubles dans Paris; à engager, par ce moyen, les armes du Roy auprez de Paris, pour l'empescher de passer, et comme cela faire souffrir, de plus en plus, la ville de Paris, et laisser faire des progrez en Flandres aux Espagnole, sans aucun obstacle. En faisant toutes ces choses, dis-je, ils demandent d'envoyer des députez pour faire des compliinens au Roy, et oublient la protestation par eux faicte sy solennellement que, le Cardinal esloigné, ils desanneroient et leroient tout ce que Sa Majesté avoil tesmoigné souhaiter. Us advancent des choses et insistent en des propositions desquelles ils n'ont jamais parié, quand il a esté question d'esloigner le Cardinal sans condition. Et chacun peut voir, en examinant ce qu'ils demandent, par la déclaration faicte au Parlement sous prétexte d'establir le repos en France, qu'il ne faut que le leur accorder pour éterniser la guerre et les mettre en estât de la continuer avec plus de succez qu'ils n'ont faict jusques à présent.

On veut obliger le Roy à retirer ses troupes de la Guyenne et des provinces, c'est-à-dire donner lieu à Daugnon 1 de restablir sa tyrannie sans aucun obstacle, et de perdre ces peuples, parce qu'ils ont signalé leur zeje et leur fidélité pour le service de Sa Majesté; c'est-à-dire à rompre l'efi'ect de la capitulation de Montrond, et le2 remettre en estât de tenir esclaves cinq ois six provinces; c'est-à-dire à laisser la Guyenne entièrement en la disposition de M. le Prince, et sous prétexte de faire agir les armes du Roy sur la frontière contre les Espagnols, donner aux princes la commodité de s'ancrer de plus en plus dans cette province-là. puisque l'on sçait que Batteville3 faict incessamment travailler aux fortifications de Bourg, et n'oublie rien pour s'accréditer dans Rourdeaux.

mépris de l'autorité royale avait surtout con- 2 Le se rapporte à Montrond. En eiïet.

sisté, de la part des princes, à déclarer le la garnison de cette place exerçait ses ravages

Roi prisonnier et à se l'aire donner des dans les provinces voisines. charges illégales, bien loin de témoigner 3 Charles, barda de Batteville, Vatlevillc

aucun repentir de leur conduite envers le ou Watte\ille, était un Francomtois au ser-

Roi. vice de l'Espagne; il s'était emparé de Bour;;-

1 Louis de Foucault , comte duDognon ou en-<hiyenne ( auj. chef-lieu de canton du dép.

Daugnon. (Voy. ci-dessus, p. 5ïï. note a.) de la Gironde, air. de Blaye\

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