‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 53 sur 145 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

AIT. étr. . France, t. 269, T 263 v"; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

\ M. DE FABERT

POUR ESCRIRE À M. or: CHAVIGNT.

Bouillon. 1" octobre i(>5:>.

Il faudrait que M. de Fabert prist la peine, s'il est en estât de cela, d'escrire diligemment à M. de Ghavigny :

Qu'il aura veu, par l'arrivée de l'abbé Fouquet à Paris, si le Cardinal s'est employé utilement pour faire accorder à M. le Prince de delà

\nziniv — ?. /jo

IMIT.niEniE HATIOffAl.r..

Octobre t66a. les choses qu'il |»ouvoit souhaiter, s'il désire sincèrement raccommodement;

Que, dans le point de Mouron l, auquel on faisoit plus de difficulté à la Cour, il ne restoit à M. le Prince aucune chose à souhaiter;

Que, quoyque les conditions demandées par M. le Prince soient dures, j'ay esté d'advis qu'on les devoit accorder promptement , puisque , ou l'accommodement s'en suivroit et le calme seroit par là restably dans le royaume , avec des espérances bien fondées de le voir, peu aprez , [restably] dans toute la Chrestienté, ou il paroistroit visiblement à toute la France que M. le Prince n'en a nulle envie, et M. le duc d'Orléans, recognoissant cette vérité, se resoudroit, sans en pouvoir estre empesché par aucun scrupule d'honneur, de se raccommoder en son particulier et [de] se reunir plus fortement que jamais au Roy pour servir Sa Mtd, comme par le passé. Et bien que la guerre civile ne soit pas finie par l'accommodement de S. A. R. , j'ay considéré que le Roy en retireroit de grands advantages tant à l'esgard des peuples et des provinces que de la ville de Paris, parce qu'il pourroit par là presser avec plus de facilité et de succez M. le Prince et le réduire à la raison;

Que je me suis engagé à la Cour, asseurant la Reyne que, si M, le Prince mettoit sur le tapis de nouvelles prétentions, M. de Chavigny seroit le premier à porter S. A. R. à la séparation, parce qu'il auroit recogneu que ledict prince ne cherche que des prétextes pour tirer de longue, amusant le peuple par ses feints désirs de paix, ce pendant qu'en effect il se lie tousjours de plus en plus avec les Espagnols pour la continuation de la guerre2;

Que j'ay si bonne opinion de M. de Chavigny que je ne doute point que , par principe d'honneur, de conscience et de son interest particulier, il n'en use de la sorte, et qu'estant aussy asseuré des bonnes intentions

1 Ou a déjà dit que la place de Mont- de Chavigny avec Mazariu. Il en lui très rond en Berry avait été enlevée au prince irrité et adressa à Chavigny de si violents de Condé, qui en demandait la restitution, reproches, que ce dernier tomba dangereusans que les fortifications fussent rasées. sèment malade et mourut en octobre 1 65 a ,

2 Condé fut informé de ces négociations comme on le verra plus loin.

H de la probité de M. Goulas, je suis persuadé qu'il sera bien secondé Octobre it<r> par lu\ auprez de S. A. R., laquelle, d'ailleurs, par son propre mouvement et par sa bonté naturelle, il est impossible qu'elle n'embrasse tout ce qu'elle cognoistra cstre utile à l'Estat et propre à en restablir la tranquillité, dans les asseurances, dont elle ne peut douter, d'avoir entièrement l'amitié du Roy et de la Revue;

Que je conjure donc M. de Chavigny de ne vouloir pas que j'aye reproche de ce que j'ay advancé à Leurs Majestez à son esgard, en cas qne M. le Prince employé d'autres défaites pour ne conclure pas l'accommodement; que, par ma conduite et par les conditions auxquelles le Roy a consent} , il paroist assez à quel point j'ay creu important de ramener M. le Prince, et la passion que j'ay eue de l'obliger, afin qu'estant bien traité et de bonne grâce, il pust sans aucune reserve et contradiction servir le Roy de la bonne manière, et demeurer aussy persuadé que je soubaitois estre sincèrement son serviteur; mais que le malheur voulant qu'on ne le voye pas disposé à l'accommodement, on ne doit pas perdre le temps en des négociations inutiles, au grand préjudice des interests du Roy, mais songer à diminuer le mal par le moyen que j'ay dict cy-dessus, y ayant mesme sujet d'espérer que quantité de personnes, qui sont dans le party de M. le Prince, voyant qu'il ne veut pas s'accommoder, le quitteront;

Qu'enfin M. de Ghavigny a une belle occasion d'acquérir de la gloire, en rendant un grand service à l'Estat, à S. A. R. et à soymesme, employant les raisons que le refus que M. le Prince luy fournira pour faire prendre une resolution à Sadicte A. R.; qu'en mon particulier,je le serviray avec franchise et seray son amy au dernier point, estant persuadé que la parole qu'il m'a donnée à Saint-Germain ' et qu'il luy a plu me confirmer aprez, par diverses voyes, de vouloir faire le mesme à mon esgard, sera inviolablement gardée; que n'ayant pas de meilleur amy que M. Fabert et sçachant mes intentions sur toutes choses, et particulièrement en cela, je m'asseure qu'il sera ma caution;

Lorsque la Cour était à Saint-Germain, en avril 1 65a. ( Voy. ci-dessus, p. 1 oo , note 3.)

ko.

M 6 LETTHES

Qu'il csi de la dernière importance de se depescher et voir promptemenl à quoy on s'en doit tenir; <jue je suis obligé de confirmer à M. de Chavigny que Groissy1 a dict de nouveau (ju'on verroit bien si \J. le Prince aurait la mesme envie de s'accommoder avec moy; qu'il ialloit que la guerre durast encore quelque temps; que les mesures pour cela estoient bien prises avec les Espagnols, qui avoient le mesme mterest, et mesme que Mmc de Chastillon, qui avoit tousjours tasché de porter l'esprit de M. le Prince à l'accommodement, à présent estoit bien changée, et qu'elle estoit autant catholique2 que Fuensaldagne; que je sçay cela de tres-bon lieu; que je confie tout à M. de Chavigny, et parce que je crois le pouvoir faire avec seureté, et parce que je l'estime nécessaire, afin qu'ayant cognoissance du mal, il y puisse apporter des remèdes pour le guérir, s'il est possible; mais que personne au monde n'ayt cognoissance de ce que je luy fais sçavoir par le moven de M. deFabert3.

Aff. ëtr., France, t. 269, f° 266 v°; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.

AU MARÉCHAL DE GRAMONT

Bouillon, 1" octobre iC5a.

Comme chacun sçait qu'il n'y a rien de si aysé que de vous persuader en certaines matières, je ne m'estonne pas qu'on ayt prétendu le faire avec une lettre si bien raisonnée [et] concluante pour la destruction des Mazarins. Je m'asseure que vous aurez approuvé la resolution qu'a prise le chef de cette maudite secte, qui a quitté le champ de bataille lorsqu'il n'avoit plus rien à craindre; et, pour son bonheur, les plus critiques sont obligez d'advouer qu'il n'a pas faict une mes-

1 Croissy-Fouquet. (V. ci-dessus, p. 21 3.) 3 La copie porte tantôt .1/. de Fabert,

1 Porlée pour le roi catholique. On sait comme ici et en titre, tantôt M. Fabert sans que Ion donnait ce titre au roi d'Espagne. article.

DU CARDINAL M IZARIN. 31*7

puisqu'il faut nécessairement que par là Octobn les princes rentrenl dans leur devoir et donnent les mains à un accommodemenl raisonnable el avec la dignité du I > o \ ". ou que toute la France recognoisse que le Cardinal n'estoit qu'un prétexte, el que la véritable cause de la guerre civile estoil l'envie qu'ils avoient de profiter des troubles et de s'emparer de l'autborité royale. Paris tesmoigne des mouvemens favorables pour le Roy, el le nom des Wazarins \\\ esl plus si odieux, à ce que Ton me mande, si ce n'est que Fou prétende, par de semblables nouvelles, adoucir la solitude du gênerai de ces messieurs, qui est dans les Ardennes. En tous les lieux, il aura la moine passion de vous servir, et je vous conjure de vous en lier à mov. Je sça\ fort bien le secret de cette affaire.

Bibl. Mazarine, ms. n° 1719, t. III, f° o3 v°. — Copie du temps.

À M. LE TELLIER

Bouillon . 2 octobre 1 (extrait.)

S'il est vray que Toulon3 soit réduit à l'obéissance du Roy, comme ma nièce de Mercœur 4 me vient de mander qu'elle en a eu advis, c'est un grand coup el bien advantageux aux affaires de Sa Majesté; car on peut estre asseuré par là, non seulement de la Provence, mais aussy du Languedoc, et de toutes ces provinces de delà5. D'ailleurs le Roy rentre en possession de tous ses vaisseaux et de ses galères, et ce qui

1 II y a bien dans la copie impudente et de Mercœur. Celte ville s'était soumise linon imprudente, comme on pourrait être 1 3 septembre 1 652 el avait été occupée par tenté de lire. les (roupes royal s.

* Avec a ici le sens de convenable à la di- ' Laura Mancini. (Voy. le t. IV, p. 3i5.

gnité du Roi. note 3, des Lettres de Mazatin.)

1 Toulon était une des villes de Provence 5 De toutes les provinces situées dans

qui avaient soutenu le parti du comte d'.Y- cette région, comme le Roussillon, le Dau-

lais . devenu duc d'Angoulème , contre le duc phiné , etc.

Octobre 1 65 a. me donne encore plus de consolation, c'est que, suivant les ordres que vous aviez envoyez, M. de Mercœur avoit obligé le chevalier de La Ferriere à retourner à Barcelonne. Nous avons seulement à prier Dieu (ju'il y puisse arriver à temps.

11 eust esté bon d'envoyer une personne expresse et de considération pour h aster l les capitaines des vaisseaux de se remettre à la mer, et leur faire comprendre encore mieux par là combien le Boy a cette affaire à cœur; car je n'ay jamais veu tant de longueurs et de chicanes qu'il y en a dans la marine. J'ay songé mesme que, pour faire un coup d'importance, en cas que le temps soit favorable, il faudrait que, sans retarder le départ de La Ferriere, le Roy envoyast ordre à M. de Mercœur de faire armer encore des vaisseaux, de ceux qui sont dans Toulon les plus prests à estre esquipez, et avec le moins de despense, conviant en mesme temps le pays, par des lettres de Sa Majesté, à faire quelque elfort pour cet effect, afin que lesdicts vaisseaux allassent promptement renforcer l'escadre du chevalier de La Ferriere, et par ce moyen il nous pourroit réussir non seulement de secourir la place par mer, mais aussy de remporter, avec cette flotte, quelque grand advantage sur celle d'Espagne, et que, d'autre costé, nostre armée de terre eust un pareil succez contre celle des ennemis. Je croirois aussy que, pour faciliter la chose et en tirer un plus grand effect, il seroit bon que M. de Mercœur eust ordre du Roy de commander en personne lesdicts vaisseaux; ce qui, je m'asseure, sera tres-agreable à M. de Vendosme2, n'y pouvant pas estre en personne. Mais en cas que l'armement de ces vaisseaux soit jugé trop long à faire, il me semble que M. de Vendosme pourroit avoir ordre précis de Sa Majesté de mander à M. de Nuchezes3 de passer en la mer Mediterrannée avec les vais-

' Dans le sens de presser. 3 Le chevalier de Nuchezes ou ISeu-

' On se rappelle que le duc de Mercœur chèses était de l'ordre de Malle et avait été

était (ils du duc dé Vendôme. Ce fut de son chargé de commander la flotte française de

mariage avec Laura de Mancini que na- l'Océan, ou du Ponant, sons l'autorité supé-

quirent le maréchal de Vendôme et le grand rieure du duc de Vendôme, grand amiral

prieur de Vendôme, qui jouèrent un rôle de France. Il ne pouvait passer dans la Mé-

imporlant à la fin du règne de Louis XIV. dilerranée que sur un ordre de l'amiral.

seaux qui sont à Brest, pour se joindre a ceux de La Ferriere sous Octobre i65s M. de Mereœur, si ce n'est que M. de Vendosme, convié par le mérite et la gloire qu'il y a lieu d'acquérir en cette occasion, voulust y aller eu personne; ce qu'il pourroit faire avec moins d'incommodité en se

rendant par terre en Provence, où sa présence serviroit encore à haster d'autant plus toutes choses. Si AI. de Vendosme est encore à la Cour, je eroY que Ton doit employer toute sorte de moyens pour luy faire exécuter ce que dessus, Leurs Majestcz prenant la peine de l'asseurer, de leur propre bouche, qu'Elles n'oublieront jamais et ne laisseront pas sans rescompense le service qu'il rendra en ce rencontre au ll<>\ et à l'Estat.

Je ne doute point que vous n'ayez pris soin de donner advis à M. le mareschal de La Mothe ' et à M. de S' André Montbrun 2 des efforts que l'on faict pour baster le secours par mer et parterre; mais je suis d'advis que l'on depesche encore une personne de créance sur ce sujet, parce que, si les Catalans sont bien asseurez que Leurs Majestez ont résolu de les secourir à quelque prix que ce puisse estre, il ne faut pas douter qu'ils ne se portent à de si grandes extremitez qu'on aura peine à en trouver beaucoup de semblables dans les liistoires. Je croy aussy qu'il faut redepeseber à M. du Plessis-Belliere, afin qu'il haste" tant qu'il pourra sa marche, et presser M. le Surintendant, comme pour la chose du monde qui est le plus à cœur à Sa Majesté, et la plus importante à l'Estat, de donner toutes les assistances qu'il pourra, tant pour l'armement et la subsistance des vaisseaux de Provence que pour celle de l'armée de terre, que M. du Plessis-Belliere a ordre de conduire en Catalogne, et il faudroit recommander à Monsieur d'Alby3 et escrire à M. de Narbonne4 qu'ils employassent leur

1 Le maréchal de La Mothe-Houdancourt 3 L'évêque d'Albi était Gaspard de Daillon

commandait alors dans Barcelone, comme du Lude, dont il a été question ci-dessus,

on l'a dit ci-dessus. p. a5o, note 2.

1 Voy. sur Saint -André -Montbrun, le * L'archevêque de Narbonne était Claude

t. III, p. 606, note 2, des Lettres de Ma- deRebé. (Voy. le t. IV, p. 45, note3,des

zarin. Lettres de Mazarin.)

Or.tobn i65o. crédit pour faire fournir quelque somme parle trésorier de l;i Bourse1, dans l'asseurance d'en estre remboursé avec les interests sur le don gra-

luil des prochains Estais.

Enfin la chose est si importante en soy, soit pour contraindre les ennemis à consentir à la paix, soit pour les empescher de faire des progrez dans la continuation de la guerre, et elle seroit si glorieuse si l'on y pouvoit réussir, tandis que la monarchie d'Espagne faict les derniers ellbrts pour l'empescher, que je ne croy pas qu'en plusieurs siècles il se puisse présenter une si grande occasion; ce qui est cause que j'importune souvent Leurs M aj estez, par vostre moyen, là-dessus, el qui m'a faict dire hardiment, en plusieurs rencontres, qu'Elles peinent oublier d'autres interests pour s'appliquer avec plus de soin et de vigueur à la conservation de la Catalogne. Je vous jure qu'il n y a rien que je demande à Dieu avec plus de ferveur que de nous faire la grâce que ce secours puisse réussir, et ne croyez pas que je luy demande peu de chose, puisque par là nous pouvons espérer avec grand fondement de mettre fin à nos maux par une pais honorable2; el s'il en arrivoit autrement par l'opiniastreté de M. le Prince à continuer la guerre civile, le Roy ne sçauroit faire une plus forte diversion à 1 Espagne, qui la consume davantage et qui luy empesche plus de faire des efforts ailleurs ny d'assister les princes, ([n'en obligeant les Espagnols à faire la guerre en Catalogne, qui est un abisme pour leurs troupes et pour leur argent, estant certain qu'ils n'y ont aucun homme qui ne leur couste cent escus3; mais il est vray aussy qu'à peine y sont-ils arrivez qu'ils se desbaudent, tesmoin ce que l'on sçait. avec certitude, ipie le siège de Barcelonne leur couste quarante mille hommes.

Je vous laisse à penser ce que nous aurons à essuyer dans le royaume

' Le trésorier de la Bourse de Languedoc note 2 , les projets de Mazarin pour rechange

était un des six officiers de cette province de la Catalogne contre les Pays-Bas espa-

qui avaient séance aux Etals provinciaux. Il gnols, ou Belgique, lorsque l'on signerai! la

avait la garde des fonds réservés pour lad- paix avec l'Espagne. ministration du Languedoc. ' Pour la levée et l'enrôlement des

2 On a déjà indiqué ci-dessus , p. 219, troupes.

lorsque 1»' roy d'Espagne sera deschargé des prodigieuses despenses Octobre h... qu'il est contrainl de faire en Catalogne; ce qui m'oblige à dire sans hésiter que mon ad\ is seroil . en cas que nous soyons si malheureux de perdre Barcelonne, d'entretenir, à quelque prix que ce fust, la guerre

en ces quartiers-là et la porter I»1 |>lns avant que nous pourrions dans le pays, ne pouvant rien faire qui nous soil plus advantageux que cela, non seulement pour conserver le Roussillon, mais aussy pour emiier (jue le roy d'Espagne ne fournisse aux princes, ny en Flandres, de qnoy faire la guerre au Boy avec de puissantes armées. Et en cas que Leurs Majestés, après avoir faict examiner la chose, prennent des résolutions conformes à ce que dessus, mon advis seroit que, par la personne de créance que vous depescherez à M. le mareschal de la Mothe en toute diligence, vous luy fissiez scavoir les intentions du Roy, afin que si, par malheur, il cstoit hors de Barcelonne, il songcast de bonne heure à les exécuter le plus advantageusement qu'il se pourra, formant quelque projet et entretenant correspondance avec les principaux du pays, auxquels il feroit sçavoir que le Boy a résolu de mettre le tout pour le tout, afin de les assister et chasser leurs ennemis, et il ne faut pas douter que ledict Mareschal ne soit le plus propre [pour l'exécution de ce projet]; car, outre la cognoissance qu'il a du pays, il

4 extrêmement aymé.

L'on pourroit mesme mander audict Mareschal de considérer si, luy envoyant une flotte supérieure à celle des ennemis et une armée de terre renforcée de ce qu'il auroit faict sortir de Barcelonne, et ce qu'a M. Saint-André Montbrun, il y auroit jour de profiter du mauvais estât où seront les Espagnols, du desespoir des Catalans et du manquement de vivres qu'il y aura dans la ville, pour entreprendre d'y rentrer. Si le roy de Portugal nous donne quelque secours d'argent, il ne le fera qu'à condition de faire la guerre de ce costé-là; ce qui nous fera encore une nécessité d'en user ainsv.

Il faut songer de bonne heure à traiter pour le pain des troupes

qui seront en ce pays-là, et M. le Surintendant doit faire pour cet

effect un fonds asseuré à N'arbonne pour cette dépense; car autrement muai*. — v. /ji

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Ociobrei65». il ne faut pas espérer d'y pouvoir entretenir un seul homme, et je croy qu'en y appliquant ce qu'on peut tirer de plus net de la Provence et du Languedoc, on trouveroit par ce moyen de quoy en fournir la plus grande partie. Je vous prie de faire voir ce que dessus à M. le Surintendant; car, ayant beaucoup d'affection pour le bien de l'Estat, il se portera sans doute à faire tous ses efforts pour rendre au lïoy un service si important en ce rencontre.

S'il est vray, comme on dict que M. le Prince publie d'en estre asseuré, que quatre mille Anglois desbarqueront à la Rochelle, il laudroit, à mon advis, donner les ordres de bonne heure pour deflendre ce pays-là. M. le mareschal de La Meilleraye seroit plus propre qu'aucun autre pour cet effect, s'il en vouloit prendre la peyne, et il faudroit prendre cette occasion pour entretenir1 M. d'Estissac, et mettre en sa place quelque officier capable de faire une vigoureuse deffense, en cas que les Anglois voulussent entreprendre quelque chose. M. d'Estrades y serviroit fort bien; mais, si on luy donnoit quelque autre employ de deçà, Leurs MlM pourroyent jeter les yeux sur M. de Navailles'2, qui, estant en une estroite intelligence avec M. le mareschal de La Meilleraye et ayant crédit dans le pays, y serviroit tres-utilement, bien entendu qu'on ne luy donneroit que le commandement par commission et qu'on luy declareroit que ce n'est que pour y demeurer quelque

temps.

1 Le manuscrit porte bien entretenir; mais le sens général de la phrase prouve que c'est une erreur. Il faudrait substituer à ce mot interdire, ou faire venir, ou toute autre expression indiquant que M. d'Estissac était disgracié et remplacé. Ou a déjà vu ci-dessus, p. 197 et 23a , que Mazarin se plaignait de M. d'Estissac. J'ai supposé, p. 197, note 1, que, dans ces passages, le Cardinal ne voulait pas parler de Benjamin de La Rochefoucauld, baron d'Estissac, mais de son fils

François de La Rochefoucauld. Je me suis trompé; on voit, en effet, par cette lettre du 2 octobre i652, que c'est bien du gouverneur d'Aunis et de Saintonge que Mazarin se plaignait. Son lils. au contraire, fut nommé maréchal de camp en décembre i652 (Chronol. milit., t. VI, p. 387).

s Philippe de Montaut, ou Montault-Benac, marquis, puis duc de Navailles. (Voy. le tome III , p. 3 , note 6 , des Lettres de Mazarin.)

i --■ ' ■- Octobre 1 65a.

GXLI.

AIT. étr. , France, l. 887, f° 122. — Copie du temps.

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