‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 52 sur 145 · V M. DE VENDOSME · texte numérisé non relu

V M. DE VENDOSME

Bouillon, 3o septembre i652.

( ÏWItUT.)

Los diligences que j'ay faictes, de tous costez, pour tascher à sauver Dunkerque, et la passion que j'ay pour tout ce qui regarde le service du Roy, vous peuvent l'aire juger à quel point la perte de cette place ma esté sensible, et quel surcroist de douleur ce m'a esté de la voir accompagnée de celle de partie des vaisseaux qui estoient destinez à son secours. Je m'asseure que vous n'aurez pas aussy de peine à croire que je n'aye ressenti vivement le préjudice que vous en souffrez en vostre particulier, et que, s'il dependoit de moy pour le reparer, je n'aurois pas attendu pour le faire d'en estre sollicité.

Cependant, Monsieur, je ne vous puis celer que je me suis trouvé un peu surpris de deux points de vostre dernière : le premier où vous dictes cpie vous avez tousjours bien creu que c'estoit tenter une chose impossible que de vouloir secourir Dunkerque et que les vaisseaux se perdroient, mais que vous avez bien voulu avoir plus de déférence pour ce que je vous avois escrit là-dessus que pour toute autre considération: car, en premier lieu, j'oseray vous dire librement que vous auriez grand tort de faire jamais aucune [considération] ' des choses dont je vous pourrois supplier, que vous sçauriez certainement estre desavantageuses au service de Sa Mu:, et, d'ailleurs, vous agréerez que je vous réplique, avec la mesme franchise que vous me faictes l'honneur de m'escrire, que, si vous aviez trouvé bon d'avoir esgard à ma prière lorsque je vous depeschay le sieur de Boisseleau'2 à Brest, quand vous n'eussiez destaché seulement que cinq ou six vaisseaux, suivant

1 Le copiste a saute" ici un mot. lettre précédente, on lit Boisselot. On trouve ,

i La copie porte ici Boisseleau. Dans la dans la liste des maréchaux de camp (Chro-

Sepiemb, i65a. l'instance qu'on vous en faisoit, il y a apparence que nous aurions encore à présent el Dunkerque et les vaisseaux, veu qu'en ce temps-là toute la Hotte angloise esloit allée s'opposer à la pesche dos harengs des llollandois, et que les nouveaux engagemens que les Anglois ont pris avec les Espagnols ne se sont faicts qu'au commencement du mois d'aoust.

Je vous advoue mesmement qu'aprez tout ce que j'ay pris la confiance de vous escrire par divers courriers, et les ordres du Roy que vous aviez receus touchant le secours de Dunkerque , à quoy vous aviez tousjours respondu que c'estoit une chose impossible par les raisons que vous marquiez, et particulièrement au dernier voyage que ledict sieur de Boisseleau a faict à la Rochelle , on s'estoit mis l'esprit en repos et tenu pour dict qu'il n'y avoit rien à attendre de vostre costé pour ce regard-là, et l'on en estoit si bien persuadé à la Cour, qu'on avoit desjà donné un fonds pour faire esquiper force chaloupes et autres petits bastimens, avec lesquels les sieurs Gentillot1 et du Quesne2 dévoient tenter de jeter dans la place des secours d'hommes et de vivres. En mon particulier, je vous jure que rien n'arriva plus contre mon attente que la nouvelle que j'eus que vous veinez à la Cour et que les vaisseaux dévoient partir de la Rochelle, à la fin du mois passé, pour aller secourir Dunkerque.

Je ne prends pas grand plaisir à entrer dans tout ce détail, ainsy que vous pouvez croire; mais, comme il semble que vous imputiez au désir que j'avois de voir Dunkerque secouru la perte des vaisseaux du Roy3, je n'ay pu m'empescher de vous rafraischir la mémoire de ce

nol. militaire) un Alexandre de Rainier de à Dieppe, en 1610, mort en 1G88. (Voj

Droué de Boisseleau, mort en 1698. à cin- l'ouvrage de M. Jai , intitulé : Abraham Du-

quanle ans. Je pense que c'est le fds du Bois- quesne et la marine de son temps. Pari? . 2 vol.

seleau, ou Boisselol. cité par Mazarin. in-8°, i8-3.)

1 Gentillot fui chargé de plusieurs mis- 3 On a vu ci-dessus, p. 268. noie 6,

sions eu Angleterre et en Hollande sans que la flotte anglaise avait, sans déclaration

titre officiel. On voit, par cette lettre, qu'il de guerre, attaqué les vaisseaux envoyés

était attaché à la marine. au secours de Dunkerque et s'en était em-

3 Abraham Duquesne ou du Quesne, né parée.

qui s'est passe en coite affaire et de la conduite <|uc j'y a\ tenue. Au Octobre > 65! reste, je suis persuadé que le Roy doit prendre quelque bonne résolution à l'esgard dos Anglois dans la conjoncture présente, puisque la

considération qu'on a eue pour eux jusques icy n'a sorvy qii'à les rendre plus bardys à entreprendre contre nous.

Quant à l'autre reproche que vous me faictes, à la fin de vostre lettre, que je ne songe qu'à procurer du bien à ceux qui ne sont pas dans mes interesls et à les combler de grâces, par la seule envie que j a\ de les acquérir, et que je ne vous tesmoigne point de confiance, j a\ bien de la peine à comprendre ce que vous voulez dire par là; car. d'un costé, je ne nie souviens pas d'avoir jamais employé mes offices afin que Sa Mu prodiguast ses bienfaits en la manière que vous me marquez, et, de l'autre, je m'imaginois vous avoir donné assez de pleines de la passion que j'ay pour vostre service et d'eslre lié d'une estroite amitié avec vous pour espérer que vous me tissiez l'bonneur <le croire que je n'y ay rien obmis de ce qui pouvoit dépendre de moy, et mesme que je ne perdrois pas l'occasion de continuer à l'advenir, puisque, outre mon interest, ma propre inclination m'y portoit entièrement. C'est mon malheur qu'une vérité, si cogneue de toute la France, n ayt pas t'aict la mesme impression sur vostre esprit que sur les autres.

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