‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 56 sur 145 · EX I HAIT · texte numérisé non relu

EX I HAIT

Jax creu, quelque chose qu'on ayt pu dire, et quelque peyne que mon advis ayt pu faire à la Reyne (dont je suis marry au dernier point, souhaitant passionnément de luy pouvoir tousjours plaire en tout ce que je croy estre obligé de dire pour le service du Roy et le sien), j'ay creu, dis-je, que l'accommodement avec M. le Prince, aux conditions desquelles je vous ay escrit, et dont je me suis expliqué à l'abbé Fouquet, bien qu'il y en eust quelques unes qui fussent assez dures, estoit préférable à toute autre chose, puisque, par cet accommodement, on sortoit de la guerre civile et de la guerre estrangere, ou l'on se mettait en estât de pouvoir continuer cette dernière avec advantage. Je vous ay mandé, au mesme temps, que je doutois fort que l'intention de JV1. le Prince fust sincère pour raccommodement, tant à cause des nouveaux engagemens où il est entré avec les Espagnols que parce

que je le croyois de luy-mesme plus disposé à entretenir qu'à faire Octobre i65a. cesser les troubles, d'autant plus que, voyant les Espagnols faire des progrez, il croyoil par-là qu'il pourroit estre mieux assisté, et qu'il est à la veille de tirer d'eux des sommes considérables d'argent comptant. Je vous ay escrit de plus qu'on seroit bientosl esclaircy des sentimens de M. le Prince par la manière dont il en useroit après avoir veu les articles que l'abbé Fouquet luy portoit, sy advantageux pour luy et pour ses amys.

Je vous ay tesmoigné aussy que, cela ne produisant pas raccommodement, il falloit rompre et faire cognoistre à S. A. R. l'injustice du procéder de M. le Prince et son obstination à continuer la guerre, afin de tascher à les séparer, ainsy qu'il y avoit apparence de le pouvoir faire, puisque chascun est persuadé que M. le duc d'Orléans est las de la vie qu'il mené et que, tant M. de Lorraine que M. de Ghavigny, M. Goulas et d'autres, qui prétendent scavoir ses intentions, ont tousjours asseuré le Roy que, donnant à M. le Prince encore moins de satisfaction qu'on n'a faict, asseurement Son Altesse Royale se separeroit de luy, s'il ne s'en contentoit; et enfin, je vous ay mandé qu'il falloit sur toutes choses songer à fortifier nos troupes, sans s'amuser davantage à négocier avec M. le Prince, puisqu après tous ses refus cela n'aboutiroit à rien.

Apres avoir considéré ce qui est porté par vostre depesche, je persiste dans les mesmes sentimens, d'autant plus qu'il est aysé de voir que la véritable raison qui empesche M. le Prince de s'accommoder n'est pas l'envie qu'il a de procurer quelque advantage aux autres, mais l'espérance qu'il a de trouver mieux son compte dans la continuation de la guerre (ce qu'il n'a garde de déclarer); et, pour cet effect, il veut amuser le tapis sous d'autres prétextes, pour ne se ruiner pas entièrement dans l'esprit des peuples et avoir moyen de tenir tousjours S. A. R. engagée dans l'union qu'il a avec luy1.

11 me semble pourtant qu'on ne se doit pas repentir des offres qu'on

1 Luy se rapporte à S. A. R. , Gaston d'Orléans.

Octobre i65a. a faictes audict prince, puisque, le Roy faisant par là, à l'esgard de M. le duc d'Orléans, tout ce que S. A. R. a tesmoigné de souhaiter Le plus, Sa Majesté a faict coguoislrc à toute la France avec quelle passion Elle désire le repos de ses sujets, et l'on aura mis M. le Prince plus dans son tort et dans la hayne des peuples, et d'ailleurs on s'est pleinement esclaircy que ledict prince n'a aucune bonne intention et ne veut rien que chicaner. El quoyque je croye qu'on aura jugé à propos de rompre avec ledict prince par les raisons que je vous ay escrites cy-devant, je réplique encore, en tout cas, qu'on n'y doit pas perdre un moment de temps, parce qu'outre l'advanlage qu'il tire de la continuation des négociations tant à l'esgard des peuples que de S. A. R. , cette incertitude ralentist l'ardeur des bien intentionnez, [engage] à rester dans le party de M. le Prince beaucoup de gens qui le quitteroient sans l'espérance d'un prompt accommodement, et enfin elle tient en suspens tout ce que l'on peut espérer de bon, tant des uns que des autres, pour l'advanlage du service du Roy.

C'est un grand malheur que M. le Prince n'ayt pas voulu profiler de toutes les bontez que le Roy et la Reyne ont eues pour luy cl qu'oubliant qu'il est né François, avec la qualité de prince du sang, il ayme mieux estre ligué avec les Espagnols pour deschirer la France, sans apparence d'en pouvoir attendre aucun advantage solide en son particulier, que de se prévaloir de ceux qui luy ont esté offerts avec tant de sincérité. J'eusse bien voulu sçavoir quelle response il a faicte à l'article que j'estimois le plus important, c'est-à-dire qu'on n'executeroit rien de la part du Roy à l'esgard des restitutions et des autres grâces promises que la paix générale [ne fust conclue], ou que le temps convenu pour la conclure ne fust passé. Si vous prenez la peine de faire reflexion sur les advis qu'on a eus des intentions des Espagnols, et de l'asseurance que Fuensaldagne croit avoir de celles de M. le Prince en leur faveur, vous conclurez, ainsy que je vous ay escrit, et que je vous confirme encore à présent, que, si ledict prince est capable de s'accommoder avec le Roy, ce ne sera qu'en satisfaisant de tous points au traité qu'il a faict avec le roy d'Espagne, par lequel il a promis po-

sitivement de ne point mettre bas les armes, que la paix générale ne Octobre iC5a soit faicte; el en cela, il ne songe pas tant à tenir sa parole, comme à pourvoir à sa seureté et à son advanlage, qu'il met à procéder avec les Espagnols en sorte qu'en une autre occasion ils se fient encore à lu\. cl Mm0 de Chastillon, que Ion publie Tort intéressée, est trop bien traitée de Fuensaldagne pour conseiller M. le Prince à leur manquer de parole. Je considère mesme que l'engagement de cette dame avec ces gens-là ne seroit pas arrivé, si elle n'eust veu qu'il n'y avoit nulle disposition dans l'esprit de M. le Prince à s'accommoder avec le Roy. C'esl une chose pitoyable, avec la permission de M. le Prince, que ce qu'il a dict à l'abbé Fooquet, qu'il ne pretendroit pas des conditions plus advantageuses, quoyque, depuis mon retour, Sa Majesté ayt perdu Gravelines et Dunkerque; car premièrement il est honteux qu'un prince du sang tesmoigne que ses advantages consistent dans les progrez que les Espagnols font sur la France, et de plus je m'estonne qu'il ayt sytost oublié que, depuis mon retour, luy, en son particulier, a perdu Xaintes1, Taillebourg2, Talmont3, plusieurs autres postes dans la Guyenne, et a esté réduit à tel point qu'il fust contraint de la quitter; qu'il a en outre perdu Mouron; que S. A. R. n'a plus de pouvoir dans Bethune, Carcassonne et le Pont-S'-Esprit1; que toutes leurs diligences n'ont pas empesché que le Roy ne soit le maistre en Languedoc et dans tous les passages sur la Loire; qu'il n'ayt réduit Angers5 et le pont de Cé°, et qu'il ne soit absolu dans toute la Provence, sans exception d'aucune place; que Sa Majesté ne tienne tous les postes aux environs de Paris; que la disposition des peuples ne soit telle que les

1 Saintes, auj. chef-lieu d'arrond. de la 4 Auj. chef-lieu de cant. du Gard, air.

Charente-Inférieure. La prise de Saintes et d'Uzès. C'était alors une place forte, qui

celle des places mentionnées plus loin avaient dépendait du gouvernement de Languedoc.

eu lieu dans les derniers mois de l'année Le duc d'Orléans était titulaire de ce gouver-

i65i. (Voy. le tome I", p. 92 et suiv. , nemenl.

et p. i5o et suiv., de mon Histoire de '" Voy. ci-dessus, p. 5 1, note 2. La sou-

France sous le ministère de Mazarin.) mission d'Angers datait de février i652.

1 Auj. bourg du même département. ' Auj. chef-lieu de cant. du dép. de

3 Auj. bourg du dép. de la Vendée. Maine-et-Loire.

oc tête, arrests donnez au Parlement de Paris pour les desbaucher, et mesme

celuy de la lieutenanee générale1, n'ayent esté inutiles; qu'on a'ayt transféré le Parlement à Pontoise, composé de personnes entièrement appliquées à faire régner la justice et relever l'authorité du Roy, et que presque tous les Parlemens ne soyent dans la disposition que le Roy peut souhaiter, ne s'estant pas contentez seulement de ne pas BUivre l'exemple de celuy de Paris, mais aussy [ayant] improuvé ses arrests et blasmé sa conduite.

Ils n'ont pu empescher aussy que, par ma retraite, je n'aye afl'ermy et les Parlemens et les peuples dans ces bons sentimens, puisque je leur ay donné lieu de toucher au doigt la mauvaise intention des princes; que je ne les aye mis à la veille de voir Paris perdu pour eux2; et qu'enfin, je ne leur aye osté la meilleure citadelle qu'ils eussent, puisque je les ay contraints d'advouer à toute la France que je n'estois que le prétexte dont ils se servoyent pour troubler l'Estat, mon esloignement n'ayant pas esté suivy des effects qu'ils avoyent si solennellement promis, dans la croyance que je ne pourrois jamais prendre la resolution de me retirer. Et puisque M. le Prince dict que , quand il auroit gagné des batailles, il n'entreroit pas pour cela en de plus grandes prétentions, il faut profiter de l'advis; et comme d'ailleurs en se hastant de prodiguer à M. le Prince toutes les grâces qu'il a demandées, et mesme celles dont il s'est déclaré encore en dernier lieu, nous ne pourrions pas plus tost recouvrer les places que les Espagnols ont emportées à la faveur de sa rébellion, ny sauver celles qu'ils tiennent assiégées, il est mieux de ne se presser pas de luy accorder tout ce qu'il prétend, et d'attendre le bénéfice du temps.

1 L'arrêt qui donnait la lieutenanee gé.r blées des bourgeois qui oui élé tenues denérale du royaume au duc d'Orléans. puis peu , il a passé pour constant que Parie

2 On a vu qu'en effet ta majorité des ne peut redevenir heureux que par le res- Parisiens s'était hautement déclarée en fa- tal.lissement de l'authorité royale, c'est-à- ■veur du Roi , en septembre 1 65s , et avait dire en donnant moyen au Roy d\ n chasser demandé le retour de Louis XIV à Paris. et faire chastièr qui il voudrai [Ml êlr.. Servira écrivait au Cardinal Ies4 septembre France, t. 884.) Le Roi ne rentra à Pans i65a : tr J'apprends que. dans les assem-- que le 21 octobre 1662.

DU CVRDINAL MA/AHLN. 329

M. le Prince qui voil bien que ce u'esl pas le moyen de conserver Octobre i65; ses amis que de leur faire cognoistre que son intention est de continuel la guerre, leur insinue qu'il n'a qu'à demander, et que la bonté que Leurs Majestés ont de désirer mon retour les fera consentir à tout ce qu'il voudra; ce qui vous sera confirmé par la copie d'une lettre que Su-Maurel a interceptée, que vous trouverez cy-jointe, et qui est escrite à Meille- par son frère. Mais M. le Prince se trompe fort s'il croit que je sois si lasche de vouloir abuser de la grâce de Leurs Majestez et souffrir que mon retour puisse couster la moindre chose à l'Estat, et je m'estonne qu'il ne voye [pas] que, quand j'en aurois impatience, rien n'obligeroit Leurs Majestez à le retarder, lorsque la négociation de l'accommodement seroit rompue; et je crois mesme que je pourrois me rendre auprès d'Elles avec applaudissement d'un chacun, aprez la conduite que les Princes ont tenue depuis mon départ, et qu'il seroit public, comme il est desjà, à quel excez de bonté. Elles ont voulu se porter dans les conditions advantageuses qu'Elles avoyent accordées à S. A. R. et à M. le Prince, et particulièrement au dernier; mais je vous déclare de rechef que, si mon séjour en ce lieu3 pouvoit estre en quelque façon utile au service du Roy, j'offre du meilleur de mon cœur d'y passer le reste de ma vie, et ma solitude, en ce cas, me seroit bien glorieuse, si, par elle, je pouvois contribuer à la destruction des ennemis de l'Estat, au repos de Leurs Majestez et au bonheur de leurs sujets.

J'ay considéré, dans la response de M. le Prince à l'abbé Fouquet, qu ayant déclaré qu'il ne rabattroit rien de ce qu'il avoit demandé, il dict, à la fin. qu'il veut que M. le président de Maisons4 soit restably

1 La Chronologie militaire mentionne, à avait été nommé maréchal de camp en 1 64 <).

cette époque, deux généraux de ce nom : Il suivit le parti de Condé et mourut, en

I* Charles de .Menisson de Sainte-Maure, 1 658, des suites de blessures reçues à la

maréchal de camp eniO'17 et lieutenant bataille des Dunes.

général en i653; 20 Guv do Sainte-Maure, 3 A Bouillon, d'où est datée cette lettre,

nommé maréchal de camp en 16/19. ^e ^ °y- sur René de Longueil, président

pense qu'il s'agit ici du premier. de Maisons, le tome IV, p. 61, note 1, des

1 Henry de Foix. vicomte de Meille, Lettres de Mazarin.

UAZAIU.N. T. 42

IMI'MMEIUC NATIONALE.

Octobre ui.Vj. dans les finances, mettre quelqu'un dans le Conseil et qu'on luy accorde ce qu'il a demandé pour M. de Beaufort et pour Madame de Montbazon. Je voy qu'il convient qu'on ne luy a jamais rien promis à l'esgard des troupes ny du restablissement du comte du Daugnon1, quoyqu'il ne s'en soit jamais relasché. Mais pour reparer le dommage qu'avoit souffert le prince de Tarente2, pour la somme de cent mille livres qu'il avoit demandée pour Lenet, et pour le reslablissement de Jarzé3, il ne se trouvera pas que j'aye jamais faict aucune response, si ce n'est qu'on donneroit un million de livres, lequel il pourroit partager comme il voudroit, en laveur de ses amis.

Il est vray qu'on a consenty que Lenet4 pust s'accommoder d'une charge d'intendant des finances, et je vous puis jurer devant Dieu que je n'ay jamais ouy parler de l'évaluation des fortifications de Taillebourg. Je m'asseure aussi que Langlade ne dira pas autrement, et il a grand tort s'il dict que l'on luy ayt permis de porter parole pour le restablissement de Jarzé, luy ayant déclaré tousjours positivement qu'on ne le feroit jamais, et que l'on ne pouvoit traiter d'autre satisfaction là-dessus que de luy donner quelqu'argent; pour cela, il ne faut que voir la response que j'ay mise de ma main à la marge des articles que Langlade me donna, et lorsqu'on a parlé que M. le Prince pourroit donner à M. le prince de Tarente l'argent qu'il recevroit, on n'a jamais eu intention que ce l'ust pour restablir les fortifications de Taillebourg, qui ont esté razées.

Pour la suppression de la Cour des aydes5, il est vray que je dis que M. de Turenne pourroit, comme de luy-mesme, se faire fort de 1 obtenir, pourveu que M. le Prince cessast de prétendre toutes les autres choses contestées, et fist en sorte que le Roy ne receust pas l'affront

1 Louis Foucault, comte du Daugnon. de Bourgogne, était un des principaux par- (Voy. ci-dessus, p. 55, note 2.) tisans de Coudé. 11 a laissé de fort curieux

2 Voy. sur le prince de Tarente, ci-dessus, "Mémoires, dont nous avons cité plusieurs [). 5-2, noie h. passages, d'après l'édition la plus complète.

3 Voy. sur Jarxé, ci-dessus, p. 167, Il mourut à Paris, le 3 juillet 1O71.

uote 2. 5 H s'agissait de la Cour des aides de

' Pierre Lenet, conseiller au parlement Guyenne.

oestre obligé, par un traité, à me faire sortir du royaume, tandis que Octobre i65». tans roux qui avo\enl assisté M. le Prince dans sa rébellion estoyent ompensea; et os n'eus! pas esté une mauvaise affaire d'obtenir, à cette condition-là, la suppression de la Cour des aydes, en remboursant grassement les olliciers par le moyen de l'imposition qu'on vouloil faire à Bordeaux. Et si vous prenez la peine de vous en informer de Langiade, il vous tesmoignera que M. de Bouillon me l'amena pour me dire qu'il falloit faciliter un peu les eboses, puisque M. le Prince se faisait fort que l'accommodement se feroit, sans que je fusse obligé de quitter la Cour.

Quant à ce qui est de permettre à M. le prince de Conty de traiter de la Provence1, c'est un article que Langiade sçait qu'on a tousjours traité de ridicule, et l'on n'a jamais consenty qu'il en fust parlé dans le traité d'accommodement qu'après que M. le Prince auroit faict une déclaration, par escrit, que, quoyque cela fust dans le traité, il n'y pretendoit nullement, et, pour preuve, vous n'avez qu'à vous faire monstrer l'escrit que Langiade a, qui est prest à signer. C'eust esté aussy une grande folie d'en user autrement; car chacun sçait qu'il ne faut point de queue2 ny d'esquivoque avec M. le Prince, veu qu'il faut rompre avec luy. ou les interpréter à sa mode, et c'est la raison pour laquelle il auroit fallu se bien garder de permettre qu'il se retranschast de ce qu'il avoit desjà promis, sous prétexte de l'expédient qu'il proposoit, en dernier lieu, de donner sa parole à une personne de condition; car au faict et au prendre, ou la Provence auroit esté à M. le prince de Conty, ou l'on auroit rompu avec M. le Prince, ou au moins avec son frère qui auroit esté assisté par luy. Sur quoy il ne faut que se souvenir de ce qui s'est passé en l'affaire du Pont-de-1'Arche3, en laquelle vous sçavez qu'au lieu de luy donner la moindre espérance, je luy de-

1 Do traiter du gouvernement de Pro- 2 Le sens est : qu'il ne faut point laisser

vence. C'était une des conditions que Condé dans un traité de conditions non résolues, avait \oulu imposera la Reine en 1 05 1. (Voy. ' Condé demandait, en 16/19, que cette

le t. IV. p. a 5 '« . des Lettres de Mazarin, place forte de Normandie fût cédée au duc

texte et note (t.) de Longueville , son beau-frère.

Octobre i65a. claray que, quand je verrois la Reyne portée à l'accorder, je prendrais la hardiesse de luy dire qu'il n'estoit pas à propos de le faire, et que ce u'estoit pas mon advis; et cependant, trois mois aprez, il fit l'esclat que tout le monde vit, souslenant que je luy avois promis de servir M. de Longueville en cette occasion; et M. le Prince est trop esquitable pour ne vouloir pas faire pour son frère la mesme chose que pour son beau-frere.

Pour ce qui est de la liberté de M. d'Angoulesme ], je croy que tout le monde auroit esté d'advis de la luy donner avant l'accommodement plustost que de souffrir qu'il l'eust par un article du traité-. Je vous diray, en cet endroit, de peur de l'oublier, que, nonobstant que j'aye esté de vostre advis pour ce qui estoit de faire venir M. d'Angoulesme à la Cour, je croy qu'on doit surseoir jusqu'à tant que l'on voye l'elfect que produira la réduction de Toulon; car si Leurs Majestez prennent resolution de donner une marque de leur bienveillance à M. de Mercœur en luy envoyant les provisions de gouverneur [de Provence], comme toute la province désire, et que je croy qu'on peut faire sans aucun inconvénient, il est plus à propos que M. d'Angoulesme reçoive cette nouvelle, tandis qu'il est encore arresté, que s'il estoit à la Cour. C'est pourquoy, en cas que les ordres eussent esté envoyez pour le faire sortir2, il sera bon que vous représentiez à Leurs Majestez ce que dessus, afin que, si Elles l'ont agréable, on puisse surseoir l'exécution desdicts ordres. Et comme leur intention est de faire donner rescompense3 à M. d'Angoulesme, on en pourroit mettre une clause dans les [articles], ou si ce n'est pas la forme, on peut accompagner les provisions4 d'une lettre de cachet, par laquelle on feroit sçavoir à M. de Mercœur que le Roy les luy a accordées, mais que c'est à condition qu'il rescompense M. d'Angoulesme.

1 Le comte d'Alais, devenu duc d'An- de Provence, que Mazarin voulait enlever goulême. ( Voy. sur le comte d'Alais, le t. I, au duc d'Aogoulême et faire donner au duc p. 906 , des Lettres de Mazarin.) de Mercœur.

2 De la prison où il était retenu. " Les provisions de gouverneur de Pro- J Compensation pour le gouvernement vence.

DU CVRDINAL M VZ VltlN.

Je retourne maintenant à la négociation avec les princes pour vous Octobre tfiBs dire que ça esté an grand malheur que la depesche de M. l'abbé Fou- <|uel ayt esté interceptée1 et veue de M. le Prince, parce qu'il me semble que l'affaire estoil très-bien commencée par ce qui s'estoit passé en la conférence de l'Hostel-de-Saint-Paul2, où il nie semble que S. \. R. et ceux qui estoyent auprez d'elle, s'esloyent comportez en sorte que nous pouvions espérer, ou que raccommodement avec M. le Prince s'en seroit ensuivy aux conditions portées par l'abbé Fouquet, ou que nous aurions eu Sadicte Altesse et tous les autres favorables et disposez à se séparer de ses interests. Mais peut-estre que nous serons assez heureux pour voir arriver cela, nonobstant la reconciliation et les embrassades qui se sont passées entre ces princes, depuis les paroles qu'ils avoyent eues ensemble sur ce sujet. Et pour ce qui est de la proposition, faicte par M. de Chavigny à l'abbé Fouquet, de n'insérer pas, dans l'amnistie, l'article qui me regarde, quoyque je voye bien que l'intention dudict sieur de Chavigny n'a pas esté bonne, tant s'en faut que je m'en veuille plaindre que, au contraire, je trouve que, sans que cela ayt esté son dessein, il a proposé, ce que je désire le plus; car vous sçavez que j'ay tousjours souhaité avec passion d'avoir une déclaration à part, ne croyant pas avoir besoin d'amnistie pour ce que j'ay faict, qui a tousjours esté à l'advanlage du Roy; ce que S. A. R. ny M. le Prince ne peuvent pas dire à leur esgard; et quoyque M. le duc d'Orléans soit un grand prince, estant coupable et moy innocent, je suis

1 Celte dépêche interceptée a été publiée dans les Mémoires de M" de Montpensier (t. II, p. 173, édit. Charpentier). On y lit, p. 178 : f-M. de Chavigny m'a assuré que, quand M. le Prince ne s'accommoderoit point, Monsieur s'accommoderoit. » Condé vit. dans cette dépêche, une preuve de la trahison de Chavigny, et fit éclater son indignation contre lui.

; Cel hôtel , dont il ne subsiste aucun vestige, avait sa façade principale et son entrée

en face de la Seine. Il ne restait, au temps de Louis XIV, qu'un débris de l'ancien hôlel royal de Saint-Paul, qui datait de Charles V et comprenait un vaste espace, s'étendant de la rue Saint-Antoine au quai de la Seine, et de la rue Saint-Paul au canal Sainl-Marlin. On a ouvert, sur l'emplacement de l'hôtel royal de Saint-Paul, les rues des Lions, di Beautreillis, de la Cerisaie, etc. Ces nom rappellent la ménagerie, le \ ignoble et I jardins qui dépendaient de l'hôtel.

33/i LETTRES

Octobre r&fa. bien aysr qu'il n'ayt pas agréable que je luy tienne compagnie en ce rencontra.

M. de Cbavigny avoit escrit dernièrement à M. Faberl qu'il s'estonnoit que l'on ne donnast les mains à l'affaire de Mouron, puisque l'accommodement avec M. le Prince dépendait de là, et qu'il me prioit de m'y employer. Je jugoay à propos de luy faire response par ledict sieur Fabert, (ta l'instant que j'eus la nouvelle de la depesebe interceptée de l'abbé Fouquet, et de ce que M. le Prince ne se contont oit pas des conditions que ledict abbé luy avoit portées, dont j'eus advis par Messieurs de Noirmoutier1 et de Bussy-Lametb 2, deux jours avant l'arrivée de Flein) , que j'avois sujet de me resjouyr de l'accommodement, puisque l'abbé Fouquet portoit contentement à M. le Prince, non seulement sur le point de Mouron, mais aussy sur tous les autres qu'il avoit desirez, de sorte que je ne doutois point que ledict accommodement ne fust conclu, ou qu'en tout cas S. A. R., voyant qu'il n'auroit tenu qu'a M. le Prince3, ne voudroit pas l'appuyer dadvantage, mais se separeroit de luy pour se reunir à Leurs Majestez; que je ne doutois point que luy, M. de Cbavigny, ny contribuast de tout son pouvoir, puisqu'outre qu'il ne voudroit pas que j'eusse aucun reproebe de l'engagement dans lequel j'eslois entré pour luy là-dessus auprez de Leurs Majestez, je luy protestois aussy en mon particulier de vouloir, en ce cas, estre son amy et le servir sincèrement; de quoy j'ay cru qu'il estoit à propos que je vous donnasse advis, parce que, dans les diligences que l'on fera auprez de luy, de Goulas et d'autres, il sera bon de luy faire cognoistre que Leurs Majestez en sont informées, et de luv confirmer, de leur part, ce que je luy ayfaict escrire sur ce sujet. Au reste, en cas qu'EUes l'agréent ainsy, j'estime qu'il seroit bon que l'abbé Fou-

1 Louis de la Trémouille, ou Trémoille, juin 1662, sans postérité masculine. H y a

duc de Noirmoutiers. ( Voy. le t. III , p. 267. probablement erreur, dans cet article, sur la

note 3 , des Lettres de Mazarin.) date de la mort d'Antoine-François de Bussy-

' Je pense qu'il s'agit d'Anloine-François Lameth. de Bussy-Lamelh, gouverneur de Mézières. 3 II faudrait ajouter, après M. le Prince,

D'après hDict. de la Noblesse (art. Lameth), un complément, par exemple : que l'accord

ce gouverneur de Mézières était mort le 22 fût conclu.

quet eust pouvoir de lu\ dure qu'Elles se souviendront de luy dans les Octobre i65a. premières occasions de vacance de quelque bonne abbaye pour une de 968 tilles, au lieu de S'-Aiifoine ', touchant laquelle il vient, de dépêcher un gentilhomme à M. Fabert , sous le nom de .Madame Bouthillier -, pour le prier de l'aire en aorte (pion sucsist à en disposer, espérant qu'avec un peu de temps M. de Chavigny la pourrait mériter pour une de ses tilles; mais je n'y ay faict autre response, sinon que je sça vois (|ue ladicte abbaye estoit asseurée à M. le Garde-des-Sceau.v, et que d'ailleurs je m'estonnerois que, dans Testât où sont les alîaires, M. de Chavigny pretendist des grâces de la Cour, et mesme au préjudice d'une personne qui sert le Roy, comme faict ledict sieur garde-des-sccaux.

Je voy, par divers advis de Paris qu'ont receus les gouverneurs des places frontières et Besançon 3 et autres, que, quoyque le mouvement'1 qui s'y est faict n'ayt pas produit tout ce qu'on en attendoit, neantmoins û n'a pas laissé de nous eslre advautageux, soit pour la démission que Brousselles et les deux eschevins3 ont esté contraints de faire publiquement de leurs prétendues charges, soit pour avoir mis les affaires en estât que, le Roy s'approchant davantage et appuyant la chose par des gens de main et de teste avec un chef qui règle tout, on s'en doit promettre de bons succez.

En quoy je me conlirme d'autant plus par l'envoy que M. de Lorraine a faict du frère de Talon0 vers moy, ainsy que je vous feray sça-

1 Le Dictionnaire de In Noblesse dit que taient réunis au Palais -Royal et s'étaient

Chavigny avait deux filles religieuses à l'ab- hautement déclares contre 'le parti des

baye S'-Antoine-des-Champs à Paris, Anne- princes et pour le retour de Louis XIV dans

Julie et .Marie. Cette abbaye était située dans Paris.

le faubourg Saint- \ntoinc. 5 Ces deux échevins, dont la nomination

' Marie de Bragelogne ou Bragelonne. n'avait pas été confirmée par le Roi, se

femme de Claude Bouthillier. ancien surin- nommaient Gervais et Orry. Ils donnèrent

tendant des finances et père de Léon Bon- leur démission en même temps que

thillier de Chavigny; elle mourut en 1673. Broussel. (Registres de l'Hôtel de Ville peu -

Du Plessis-Besançon. (\ov. le t. III, danl la Fronde, t. III. p. -270-271.)

". note 1, des Lettres de M a tarin.) '' Probablement le frère de Philippe

Le mouvement du -i'\ septembre 1 65%. Talon, dont il a été question dans le t. I\.

Les bourgeois partisane de la royauté se- p. 836, des Lettres de Matariu.

Octobre i65*. voir plus au long dans une autre lettre, que je vous escriray à part '; mais ce qui me faict peine en cecy, c'est le cardinal de Retz, et particulièrement aprez avoir veu ce que vous m'escrivez que Madame de Guimené2 avoit dict à l'abbé Fouquct là-dessus. Car, s'il voit qu'on n'ayt aucune confiance en luy, aprez ce que la Reyne luy a dict et les conférences qu'il a eues avec M. Servien et vous sur toutes ces affaires3, il se cabrera et prendra toute sorte de partis pour traverser les interests du Roy4. Il est certain qu'il n'a jamais eu bonne intention, et lorsqu'il a tant escrit et envoyé à la princesse palatine, avant et depuis mon départ, pour asseurer qu'il vouloit bien servir; qu'il estoiten estât de le faire, jusqu'à pouvoir chasser les princes hors de Paris, c'a esté parce qu'il a recognu ce peuple las desdicts princes, et en disposition de faire toutes choses pour le Roy; et voyant bien que, sans luy, Sa Majesté en auroit pu tirer les mesmes advantages, il a voulu en avoir du mérite, en son particulier, et profiter d'une chose qui ne pouvoit pas eschapper.

Je persiste donc à tout ce que je vous ay escrit, de Sedan, sur le sujet dudict cardinal, et je croy que malaysement le Roy pourra tirer aucune véritable utilité par le moyen d'un homme sy mal intentionné que celuy-là; mais puisqu'on luy a permis de venir à la Cour, qu'on luy a tesmoigné confiance, au moins en apparence, il ne faut pas, à mon advis, ruiner l'affaire de Paris, faute de tenir la mesme conduite avec luy. C'est pourquoy j'estimerois à propos que la Reyne luy fist escrire par la princesse palatine, M. Servien et vous concertant avec elle les termes dans lesquels elle le devra faire; qu'on luy envoyast aussy quelque personne de la Cour, en qui il se confie, pour luy parler et luy dire les choses qu'il ne laissera pas de sçavoir d'ailleurs, quand

1 Voy. la lettre suivante, p. 36o et suiv. ' Ce fut, en effet, ce qui arriva. Retz

- Anne de Rohan, princesse de Guimené, excita le duc d'Orléans à s'opposer à l'entrée

ou Guémené. (Voy. ci-dessus, p. 1 90, note 2.) du Roi dans Paris en s'efforçant de soule-

5 Mazarin veut surtout parler des con- ver le peuple; on en trouve la preuve dans ses

férences qui avaient eu lieu pendant le Mémoires (t. IV, p. 3g'j et suiv. de redit

voyage du cardinal de Retz à Compiègne. des Grands Ecrivains de la France).

on les ln\ voudroit cacher, particulièrement à l'esgard du parti qui se Octobre i65 Forme dans la ville, afin que, si l'on ne le peut engagera le favoriser sous main par le moyen que luy-mesme vous a proposé, l'on tasche, au moins, à l'obliger, par celle confiance, à n'y estre pas contraire. Enliu la chose est bien délicate; mais, tout bien considéré, il est impossible que Leurs Majestés se puissent empescher de garder les apparences avec luv. et de luv tesmoigner qu'EUes attendent l'effect des services qu'il leur a promis lorsqu'il a esté à la Cour; et je ne voy pas qu'il a\ I à présent la faveur du peuple à tel point que, si Paris faict ce qu'on peut souhaiter pour le Roy, il ne se porte encore à ne faire cas dudict cardinal de lîetz qu'autant (pie Sa Majesté voudra, d'autant plus qu'on me mande que presque toute la ville cognoist assez qu'il a esté le principal instrument des maux de la France, et particulièrement de ceux que Paris a soufferts; ce qui est sy vray que rien plus1.

Je suis ravy de voir que les Espagnols n'entreprennent rien et ne s approchent pas de la frontière; car cela me faict espérer qu'ils exécuteront leur projet de mettre de bonne heure en quartier d'hyver leurs troupes, à cause qu'elles ont beaucoup souffert cette campagne. Le gouverneur de Guyse2 me mande pourtant qu'on parloit fort, de ce costé-là, de quelques troupes qui y doivent venir, et je sçay que M. le Prince et M. de Lorraine pressent continuellement Fuensaldagne d'y en envoyer; sur quoy le frère de Talon m'a dict que M. de Lorraine asseuroit positivement que le prince de Ligne3 viendroit pour le moins avec trois mille hommes et que Fuensaldagne le suivroit avec toute l'armée; ce que je ne croy pas, pour ce qui est de Fuensaldagne; mais bien que le prince de Ligne se pourroit advancer avec quelque corps. En ce cas je croy tousjours que M. le mareschal d'Aumont ' pourra marcher avec des forces esgales à celles qu'aura ledict prince de Ligne,

1 Le sens est : que rien n'est plus vrai. J Claude Lamoral, prince de Ligne,

2 Louis de Bridiea, auquel Mazarin mort le 2 1 décembre 1679, d'après le Dicadressait. en 1669, une lettre, ou il vantail tionnaire de Moréri.

sou courage et sa fidélité; elle a été impiï- ' Voy. sur ce maréchal, le t. Ier, p. 908,

niée dans le t. III , p. 3û!i. des Lettres de -Mazarin.

■iiiau. — v. 43

WJ'IUUI ME îlAriOtALE.

Octobre i6Sa. et je croy qu'il sera bon de l'advertir qu'il ne perde pas un moment de temps à le faire, d'autant plus qu'il n'y aura rien à craindre pour les places frontières.

Un gentilhomme, que m'a depesché icy ledict sieur Mareschal, m'a asseuré que les Anglois n'ont emmené à Douvres que quatre vaisseaux et deuxbruslots1, et que le reste s'est sauvé à Flessingue; mais voyant le contraire par vostre depesché, cela me met en peine.

Je croy que, par ce que j'ay desjà mandé et ce qui est contenu cydessus, mes sentimens paroissent assez nécessaires2 pour réduire le tout en peu de paroles : mon advis est que l'on rompe toute négociation avec M. le Prince, puisqu'il a refusé des conditions si advantageuses que celles que la bonté du Roy lui avoit accordées; que l'on publie en gênerai que les grâces, que Sa Majesté avoit résolu de luy départir, alloient à un tel excez quElle n'auroit jamais pu se disposer à y consentir, si Elle ne preferoit le repos de ses sujets à toute autre condition; et, pour cet eflect, escrire en conformité aux Parlemens et aux gouverneurs des provinces; que l'on n'oublie rien pour ramener S. A. R. par le moyen de M. de Chavigny, de M. de Goulas, de Madame d'Aiguillon et de M. de Rohan, et tels autres que l'on jugera à propos, renvoyant, pour cet effect, l'abbé Fouquet à Paris, et la Reyne escrivant à Sadicte Altesse une lettre tendre et pressante, en luy faisant cognoistre qu'à moins qu'elle ayt résolu de faire tousjours la guerre, elle doit se séparer de M. le Prince après qu'il a refusé les conditions que le Roy luy a offertes, et que S. A. R. a jugé elle-mesme tresadvantageuses;

Que, S. A. R. se tenant ferme à vouloir estre unie avec M. le Prince, Sa Majesté envoyé sa déclaration contre tous deux au Parlement à Pontoise, afin qu'estant vérifiée, on la puisse promptement publier par toute la France;

Que l'on renvoyé M. Clianut et M. de Joyeuse à M. de Lorraine pour

1 11 s'agit des vaisseaux français attaqués 2 Le sens est : mes sentiments paraissent

par les Anglais sans déclaration de guerre. assez nécessaires à suivre dans l'intérêt du (Voy. ci-dessus, p. 2G8, note 3.) service du Roi.

le convier à agir auprez de S. A. R. dans la mesme conformité cl Octobre iG.r>2. (l 'autant plus que, le temps pour lequel il devoit estre engagé avec les Espagnols estant expiré, il pourra achever son traité particulier [avec le Roi], s'il en a envie, comme il dicl :

Que l'on cultive les mouvemens de Paris, y envoyant des personnes de qualité pour se mettre à la teste des bien intentionnez et de tous ceux que l'on jugera propres à servir en ce rencontre, ou pour estre agissans et populaires, ou par leur resolution et courage; que, pour cel efl'ect, le Ro\ s'approche davantage, mesme jusqu'à Sl-Denis, s'il est nécessaire et qu'on le puisse avec seureté, ayant tousjours l'œil à ce que la Cour, par cette approche, ne se remplisse de gens mal intentionnez, lesquels s'y pourroyent rendre en apparence pour se ranger à leur devoir, mais, en elïect, pour former quelque cabale. A quoy il ne faut pas douter que ne seroyent continuellement [disposez] et le cardinal de Retz et M. de Cliasteauneuf;

Que l'on fasse un effort pour distribuer de l'argent au menu peuple, et que l'on tasche incessamment de gagner des conseillers1 qui sont à Paris, particulièrement ceux qui ont le plus de talent, ne leur pardonnant pas seulement, mais leur faisant espérer des grâces, s'ils rendent quelque service considérable;

Que l'on y renvoyé2 le mareschal de L'Hospital, accompagné de dix ou douze officiers zelez, capables et résolus, et qu'on luy tienne mesme des troupes prestes, afin qu'il les puisse faire entrer quand il le jugera à propos :

Que l'on entretienne tousjours avec M. le cardinal de Retz la correspondance qui sera nécessaire, afin qu'il ne fasse point de mal;

Que Ion songe à fortifier le régiment des gardes et l'armée par toute sorte de moyens';

Que l'on fasse travailler incessamment au razement de Mouron, lequel doit estre desjà assez advancé ensuite des premiers ordres que l'on y envoya, s'ils ont esté exécutez;

' Des conseillers du Parlement resle's à Paris, malgré l'ordre du Roi qui transférait cette cour de justice à Pontoise. — 2 Que l'on renvoie à Paris.

3/iO LETTRES

Octobre i g.j -. El enfin, s'il m'est permis de dire quelque chose qui me regarde (ce que je croy pouvoir faire, puisque le restablisscment de l'authorité du Roy cl son interest y est tout entier), voir si, dans tous ces mouveinens de Paris, il y auroit moyen de porter leparty, qui se seroit déclaré pour le Roy, à demander mon retour ; ce qui seroit infiniment plus advantageux pour Sa Majesté, et plus glorieux pour moy, que non pas de retourner à la Cour de quelque autre manière que ce pust estre. Je m'asscure que, tant pour le service du Roy que pour l'amitié que vous avez pour moy, vous n'oublierez rien sur cet article.

Voilà en substance mon advis , que je soumets , comme je dois , à la volonté de Leurs Majestez, estant tres-persuadé que, quand mesme Elles prendroient des resolutions toutes contraires, ce sera avec de meilleurs fondemens que je n'en puis avoir eu pour dire tout ce que dessus.

Je vous recommande Barcelonne, et vous prie de considérer que, l'escadre de La Ferriere n'estant pas assez forte, il ne faut pas perdre un moment à la renforcer par les moyens que je propose, sans que cela retarde son départ. Il faut se souvenir que les deux vaisseaux, que M. de Vendosme faict esquiper à Toulon pour la mer de Ponant, ayent ordre de servir auparavant au secours de Barcelonne, pour lequel je croy qu'il sera bon que Leurs Majestez escrivent des lettres particulières à M. de Mercœur pour luy tesmoigner à quel point Elles le souhaitent, comme aussy il est important que Leursdictes Majestez prennent la peine d'en parler fortement à M. de Vendosme.

GXLIII.

Bibl. nal., ms. f. fr. , t. C891 ; original. — Bibl. Mazarine, rus. 110 1719, t. III, f° 19 1.

— Copie du temps.

À M. LE TELLIER

Bouillon, h octobre i65a '-.

(KXTiurr.)

Mazarin recommande d'envoyer au duc de Lorraine des négociateurs chargés de

1 Dans la copie, celte lettre est datée du 5 octobre 1662.

répondre à bm demandes. Il insiste pour qu'on fasse ressortir combien est coupable Octobre i65: la conduite du prince de Condé:

Il faut luy exagérer fort l'estrange conduite de M. le Prince; que le refus qu'il a laid des conditions si advantageuses que le Roy luy vouloit accorder est une assez forte preuve de l'aversion qu'il a à l'accommodement; que, cela estant, M. le duc d'Orléans peut et doit sans aucun scrupule se séparer d'avec ledict prince pour se reunir avec le Roy qui le recevra à bras ouverts et avec toutes les démonstrations de bienveillance qui le peuvent le plus toucher; que Sa Majesté s'attend, en ce rencontre, que M. de Lorraine n'oubliera rien pour ramener l'esprit de S. A. H., s'agissant du bien et de l'advantage de l'un et de l'autre.

11 sera bon aussy de luy marquer, à cause de ce que vous verrez dans le second article dudict mémoire, par lequel il paroist que M. le Prince prétend que le Roy acheté mon retour en luy accordant des grâces extraordinaires, que Sa Majesté n'entend pas quels adjustemens il y peut avoir à faire entre M. le Prince et moy, puisque tout est adjusté à mon esgard quand le Roy est satisfait, et il se faut an-ester sur l'accommodement avec M. le duc d'Orléans, puisqu'il déclare qu'il ne prétend que l'amnistie, à laquelle je ne voy pas qu'il y puisse avoir difficulté à l'esgard de S. A. R., pourveu que, auparavant que d'en jouir, en ce qui concerne la restitution des gouvernemens que luy et ses amis avoyent, il exécute ce qu'il aura promis, en sorte qu'on ne puisse plus douter qu'il ayt aucune liaison avec M. le Prince.

Pour ce qui est de M. le Prince, on n'a qu'à dire à M. de Lorraine qu'il n'y a plus rien à faire avec luy, après qu'il a mesprisé les bontez que Sa Majesté lui avoit tesmoignées par l'envoy de l'abbé Fouquet. 11 faudra luy tesmoigner, aprez, que Leurs Majestez ont grande joye de le voir libre de tout engagement avec les Espagnols et qu'il n'en ayt aucun avec les princes qui l'empesche de recevoir les marques d'amitié et d'estime que le Roy luy a voulu donner. Ce qu'il persiste encore à vouloir faire présentement, pourveu qu'il signe, sans delay, le traité duquel on est comme d'accord pour servir le Roy de sa personne et

Octobre i65'a. de ses troupes, ainsy qu'il avoil promis, cl qu'il ne se sépare pas seulement de M. le Prince, mais aussy de S. A. R. mesme, s'il ne le peut ramener aux conditions cy-dessus; cl que, pour luy tesmoigner à quel point est la confiance que Sa Majesté a en luy, et qu'EUe veut contribuer esgalemenl à son bien et à sa gloire, Elle ne veut pas seulement le reslablir dans ses Estât» aux mesmes conditions qu'EUe luy a faict espérer en dernier lieu, mais Elle approuve aussy qu'il s'empioye pour la conclusion de la paix générale.

Pour la suspension [d'armes] qu'il propose, et que Talon me dict estre désirée de M. de Lorraine, afin de se pouvoir retirer avec seureté vers cette frontière, ayant dessein de prendre ses quartiers d'h\ ver dans le pays de Liège, mon advis est que le Roy en use ainsy qu'il estimera plus advantageux à son service, suivant les nouvelles que Sa Majesté aura de MM. de Turenne et de La Ferté, et de Testât de nostre armée. Il faut pourtant croire que les ennemis souffrent plus que nous, puisque le mesme Talon m'a dictque S. A. R. et M. le Prince estoient d'advis que M. de Lorraine fist instance à la Cour touchant ladicte suspension , et qu'ils avoyent changé à cause qu'on avoit recogneu , par la lettre interceptée de l'abbé Fouquet, que c'estoit une chose que nous souhaitions; d'où ils a\ oient inféré que nostre armée n'en pouvoit plus

Voilà tout ce que je vous puis dire sur cette affaire, laquelle je supplie tres-humblement Leurs Majestez de vouloir faire bien examiner, afin que la resolution qui s'y prendra soit plus conforme au bien de leur service, d'autant plus qu'il pourroit arriver que, lorsque ma depesche vous sera rendue, les choses fussent en tel estât qu'il ne faudroit avoir aucun esgard à tout ce que je vous ay marqué cy-dessus. Je vous prie seulement de vous ressouvenir que je suis persuadé que, quo\ que M. de Lorraine promette, il changera toutes fois et qualités qu'il croira qu'il soit de son advantage de le faire, et que, s'il y a quelque amendement en luy, ce ne sçauroit estre que lorsqu'ensuite d'un traité signé, il aura faict des actes bien positifs contre les Espagnols et autres ennemis de Sa Majesté. Il ne faut donc avoir autre but dans tout ce

DU CUUUXAL MAZARIN. 343

qu'on négociera et conclura avec luy, ([lie de prendre nos advantages, Octobre lô&a. ainsy que les conjonctures le permettront.

GXUV.

Ail', élr. . France, I. a6g , f' -i~')\ I. 3o du recueil des Lettres de Mazarin.

Copie du temps.

A ONDEDEI

(extrait.)

Honillon, 5 octobre i65a.

È impossibile di condursi in sorte clie ciascheduno si conlenti ed approvi le l'isolutioni che si prendono, ctim nec Diiquidem omnibus placeanl '. Non mi pento in nessuna maniera d' haver consigliato il facilitare le conditioni al prencipe di Gonde per concluder seco un buon accommodamento c haverebbe prodotta la tranquillita nel regno e la pace générale, ô haverebbe dato modo, quando i Spagnuoli si fossero voluti ostinarealla continuatione délia guerra, a far maggiori progressi contro di loro che nonne fanno al présente in pregiuditio di questa corona, assistiti dalle divisioni che la travagliano.

Quello che mi dispiace è di vedere che il Prencipe habbia preso altre misure e che i nuoviimpegni ne quali è entrato con i Spagnuoli non ci diano luogo di sperare che habbi dispositione alcuna a voler sinceramente accommodarsi, non potendo cader in peusiero di persone sensate che, per haver più ô meno d'avvantaggio per alcuno de suoi amici, volesse perdere quelli che il Rè gli accorda si abbondantemente, se havesse buona intentione. Bisogna dunque haver patienza a guadagnar il duca d'Orléans ed il duca di Lorena; [e] se si potra fortificar gl' esserciti, pralicar tutti i modi possibili, e pensar seriosamente a rendere il Prencipe più tratlabile.

E gran disgratia che non vi fossero gl' ordini in Provenza per far

1 Puisque les Dieux eux-mêmes ne plaisent pas à tout le monde.

:\'\h LETTRES

Octobre h,.)., partir La Ferriera1 ail' instante clic è soguita la reddilione di Tolone. Io non ho alcun rimorso di conscienza d'haver dimenticata una inininia [cosa2] che potesse esser proficua alla conscrvatione délia Gatalogna. Credo che si potrebbe formar un gran volume se si mettesse insieine lullo qucllo ho scritto in questa materia, laquale lasciale pur dire che è piu importante al servitio del Rè, massime nelle congiunture présente, che nessun' altra.

Di gratia adeperatevi ed appresso la Regina, accio dia ordini rigorosi per il soccorso, ed appresso M. di Vendomo, il Sopraintendente3 e tutti quclli che possono cooperarvi, accio non si manche di diligenza e d' ap[)licatione in un négotio si arduo.

Reputo miei proprii gl' avvantaggi e '' le glorie de Mercurio, onde non havrete pena di credere il mio giuhilo per il suoi progressi in Provenza, massime che, con questo ultimo di Tolone, rimane in quella provinzia 1' obedienza al Rè stabilita al segno che potiamo desiderare. Io scrivo a M. Le Tellier di parlar a Loro MMta per farlo proveder al governo5 con la clausula di dover ricompensare M. d' Angoulesme. Ne potrete conferire col medesimo M. Le Tellier, e potrete, essendo necessario, dirne ancora una parola alla Regina per mia parte. Questa risolutione si potrebbe, a mio parère, appoggiare sopra il pregiuditio che, nella constitutione présente degl' afïari, il Rè potrebbe ricevere dalf incertezza , che si ha tuttavia da Provenzali , che il detlo duca debba haver quel governo. Bisogna pero avvertire che, nonostante il suo stabilimento in quel governo, io non mi veda costretto un giorno a pagaie la dote, per laquale era contento del governo d'Overgnia0. Propongo

1 Le chevalier de La Ferrière. (Voy. ci- nies propres avantages les succès de M. de

dessus, p. 53, note î.) Mercœur. »

" La copie porte casa, mais le sens exige s Le duc de Mercœur n'était que chargé

cosa. rJe n'ai aucun remords de conscience provisoirement du gouvernement de Pro-

d'avoir oublié la moindre chose, etc. » vence. Le titulaire était toujours le dur

3 Le surintendant des finances, duc de d'Angoulème. La Vieil ville. ' On voit, par ce passage, que Mazarin

" La copie porte bien e , qui semble inu- avait d'ahord donné, pour dot delà duchesse

tile. Le sens est : rJe considère comme de Mercœur, le gouvernement d'Auvergne,

ancora a AI. Le TeHier, dopo baver intesoFiein * sopra di cio, d'inviare Octobre i65a. un ordine de] Rè al duca di Mercurio per rinforzare la squadra délia Ferriera, allin che il soccorso di Barcelona sia tanto più certo, e di commandai- questa flotta, mentre il signor duca di Vendosmo non volesse audar in persona.

Bibl. mil.. îns. f. i'r. . I. 6891, f 81 ; autographe.

À M. LE TELL1ER

[Bouillon], 5 octobre i65>>.

Je sçais de certaine science que le grand chambellan' donne tous les advis les plus secrets à S. A. R., et je soupçonne que le mareschal de ^ illeroy n'osant pas les donner directement à M. de Chasteauneuf se sert de ladicte voye pour les faire parvenir à Sadicte Altesse. L'amitié ne peut estre plus estroite entre ces deux messieurs, et cela est de longue main. Fontenay-Mareuil3 et le bailly de Souvré4 sont des principaux acteurs en cette cabale, dans laquelle il y a quantité de subalternes tant de la maison du Roy que de la Reyne, et tout se conduit par la direction de Chasteauneuf, qui asseurement entend mieux le cabinet5 que personne.

Les intrigues du cardinal de Retz à la Cour ne sont pas tant à craindre, car il n'y a pas de grands partisans; il n'y est pas (sic) ny aimé, ny estimé, et n'entend pas le cabinet comme l'autre. Il frappe pourtant à

qu'il voulait remplacer par celui de Pro- 3 Voy. sur François du Val, marquis' de

vence enlevé au duc d'Angoulême. Fontenay-Mareuil , le tome II, p. ioi4, des

C'était un des gentilshommes du duc Lettres de Mazarin. On a de curieux Mé-

de Mercœur que l'on voit souvent chargé de moires de Fonteuay-Mareud.

porter des dépêches a Mazarin. « Voy. sur le commandeur de Souvré, le

Louis de Lorraine, duc de Joyeuse. t. II, p. ai, note 1, des Lettres de Mazarin.

(Voy. le tome III, p. 72 G. note a, des B Le mot cabinet s'employait, à cette

Lettres de Mazarin.) époque, dans le sens d'intrigues politiques.

MA2ARIV

IMPAUIEME NATIONAL»:.

Octobre rôôa. toutes les portes, et le grand Prévost1 travaille incessamment pour luv acquérir (les amis; de quoy M. le prince Thomas vous pourra donner des nouvelles. Il a des émissaires pour prosner ses hautes qualités au Roy, mesme laschaut d'imprimer dans l'esprit (h; Sa \\é (jue tout <e qui se faict en sa laveur à Paris, c'est par le cardinal de Retz, et <[iic c'est le plus grand homme qui ayt jamais esté.

On traite un mariage du fils de Baradas2 avec M"" de Beauvais . el on eu a parlé à sa mère, qui donne fort là-dedans, et vous sçavez que ledict Baradas est l'homme du cardinal de Retz. Avec tout cela, je ne fais nul cas de toutes les cabales de celuy-cy à la Cour. On doit seulement appréhender celles de Paris, qui est la sphère de son activité.

Il faut seulement estre alerte à l'esgard des personnages qui composent l'autre [cabale]', et particulièrement dans l'approche du Rov à Paris, et prendre garde que, comme Mme d'Aiguillon, Chasteauneuf et Chavigny sont unis, aussy leurs adherens à la Cour le seront et agiront de concert. Le mareschal de Villeroy et Fontenay5 sont le plus à appréhender, et ce dernier, qui est au desespoir de n'estre ny duc, ny d'avoir entrée0 au Conseil, ne devroit [pas] prendre grand plaisir à demeurer à la Cour, s'il n'y estoit retenu par l'intrigue; il gouverne fort le président deNouvion 7, et vous remarquerez que le mareschal de de Villeroy et Gesvres ont depesché deux gentilshommes icy en mesme temps pour l'affaire de la duebé 8.

Il y a longtemps que l'on devroit avoir faict retirer de la Cour le grand chambellan, et le Roy mesme en a parlé deux ou trois fois. Je crois

; Voy. ci-dessus, p. 108, note 1, sur le ' La cabale de Châteauaeuf, do Chavi-

marquisdeSourches, grand prévôl de Franco. vigny, de Villeroy, e[e.

1 Voy. sur Baradas, ou Raradat, ci-des- 5 Fonlenay-Mareuif , dont il a été ques-

sus. p. 285, note 1. lion ci-dessus, p. 345, noie 'A.

- 3 Jeanne-Baptiste de Beauvais, fille de " Le sens est : parce qu'il n'a pas d'entrée

Pierre de Beauvais et de Callierine-Hen- au Conseil.

riette Bélier, femme de chambre d'Anne ' Nicolas Potier, président de Nouvion

d'Autriche. Jeanne -Baptiste de Beauvais ou Novion. (Voy. ci-:less;is. p. 69, aotei.)

épousa, le 6 novembre iG5a, Jean-Bap- s Pour la promotion au titre de duc. Le

liste-Aniador de Vignerot, ou Vienerod, mot duché était, au xvn" siècle, du genre

marquis de Richelieu. féminin et masculin.

DU CARDINAL MAZ-VRLY 347

qu'il ne faut pas perdre un moment de temps à l'exécuter, et je vous Octobre 1 65a. prie d'en parier, de ma part, à ta Reyne, connue aussy (renvoyer chez 1 ii \ ' le comte de Nogent*. II a aussy correspondance au Luxembourg; il parle continuellement au Roy avec beaucoup de malice; c'est un de ceux qui relevenl fort les actions du cardinal de Retz et font ses éloges. On le croit loi3; mais il est adroit, lianly et tres-dangereux , n'y ayant peut-estre qui que ce soit à la Cour qui entende le cabinet mieux que lu\. 11 n'a nulle bonne volonté pour la Reyne, il est tout-à-faict lié avec le marescbal de Villeroy, et, depuis deux ans, il n'a jamais perdu aucune occasion de me descrier et me nuire. Je vous prie donc de supplier la Reyne, de ma part, d'en parler au Roy, luy faisant cognoistre que son service requiert qu'il commence à user de quelque rigueur, et que cela se lasse brusquement sans en dire le sujet.

Prenez garde qu'il ne faut pas que Nogent aille à Paris, mais chez luy, et qu'il faut que celuy qui luy portera son ordre de se retirer. l'oblige de se retirer à l'instant et l'empesche d'aller voir le Roy, s'il vouloit le faire.

Ce que dessus est absolument nécessaire; [il] n'en peut arriver aucun inconvénient, et [cela] rendra sages beaucoup de personnes, ou plus circonspectes dans leurs intelligences et à faire du mal. Souvenez-vous qu'il ne faut en aucune façon mettre M. d'Angoulesme présentement en liberté et le faire venir à la Cour par les raisons crue vous voyez en ma depesche, lesquelles j'espère qui [qu'elles] seront approuvées de Leurs Mte, et parce que, quand il auroit les meilleures intentions du inonde, [il] les changeroit à la Cour, outre que l'esloignement de M. de Joyeuse et sa liberté* ne s'accommoderoient pas bien ensemble, et on pourra bien remettre à prendre resolution là-dessus à mon retour.

De foire exiler dans une de ses terres. dont les bons mots amusaient la Cour el iu-

Arniand Bautru, comte de .Nogent, fut quiélaient le Cardinal. (Voy. sur les Baulru

nommé maréchal de camp en 167a , et tué" le les Mémoires de Saint-Simon , t. V, p. i5G.

39JQmdelamèmeannée,aupa88agedaRhia. édit. de 1873.)

Armand ifoutru était, comme son père, 4 La liberté du duc d'Angoulême: le duc

Guillaume Bautru. un plaisant de profession. de Joyeuse était son gendre.

hh.

.Vis LETTRES

Octobre i65a, Je vous prie <l<' m'escrire libremenl , par un billet à part, ce que vous croyez de Paleau ', et, en cas qu'il n'ayt pas commencé le razement de Montrond, ce que vous estimez qu'il y ayl à faire; car nous aurons de l;i peine à destromper le. inonde que cela ne se soit faict d'accord avec vous et moy.

Mandcz-moy nettement ce que je dois attendre de La Fere8, et quelle résolution Manicamp3 prendra.

N'oubliez rien pour donner de continuelles marques de confiance, de la part de la Reyne, à M. de Turenne; ce que Sa Mld doit aussy taire avec Mme sa femme' et Mllc de Bouillon5. Cela est nécessaire.

Je suis satisfait au dernier point de la manière que [sic) vous en usez avec moy. Je ne puis vous en tesmoigner mes ressenlimens à présent qu'avec une confiance toute entière et sans aucune reserve. Vous le voyez assez par ce mémoire que je vous prie de lire à la Reyne seule, et le hrusler aprez.

Il faut faire valoir, s'il vous plaist, dans la rupture avec M. le Prince, que je n'ay pas voulu consentir que mon retour coustast des conditions préjudiciables au service du Roy; car cela me donnera de la réputation.

Bibl. nat., ms. f. fr., t. -33,202, f° 63; original, m partie chiffre*. — Alt', étr., France, t. 269, f° 271 ; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.

À L'ABBÉ FOUQUET

Bouillon, 5 octobre 1 65a.

( ;,\rmiT.)

Il est aysé à voir que M. le Prince se moque de nous et n'a nulle

1 Palluau. (Voy. sur ce personnage, le ' Anne Nompar de Gaumont, fille d'Arloine Ier, p. 951, des Lettres de Mazarin.) mand de Gaumont, duc de La Force et ma-

2 Four le gouvernement de La Fère. (Voy. réchal de France.

ci-dessus, p. 198, note 1.) 5 Charlotte de La Tour-Bouillon, morte

1 Achille de Longueval. (Voy. ci-dessus, sans alliance en 166a. Elle passait pour avoir p. 198, note t.) une grande influence sur sa famille.

DU CARDINAL MAZAKIN. 349

envie de conclure. Vous vous estiez très-bien conduit à l'esgard de Octobre i65a. S. \. li. el \ous aviez mis les choses au point que nous pouvions souhaiter pour nous asseurer de S. A. H., de ceux qui estoient de la conférence et des autres, eu cas que M. le Prince ne fust pas satisfait des conditions «pie vous luy portiez, comme Sadicte A. H. et les autres vous tesmoignerent de croire qu'il le devoit estre; mais je crains que le malheur de vostre depesche, qui a esté interceptée1, n'empesche que nous ne recevions, du costé de M. le duc d'Orléans, tous les advantages (pie nous pouvions raisonnablement espérer. Je veux croire neantmoins que Ton trouvera quelque expédient pour le reparer, et que vous n'oublierez rien auprez de M. Chavigny et de M. Goulas, qui tesmoignent avoir bonne intention et qui sont intéressez à la chose, afin qu'ils pressent S. A. R. à ne marchander pas, en cette occasion, de se séparer de M. le Prince, qui laict voir clairement n'avoir autre but que la continuation delà guerre. Ce seroit le plus grand service que vous puissiez rendre à l'Estat.

Pour ce qui est de M. le Prince, quand il seroit autant de l'àdvantage du service du Roy, comme il est tout-à-i'aict opposé, qu'on luy accordast tout ce qu'il demande, ce relaschement seroit attribué à l'impatience que j'aurois de mon retour, puisque desjà l'on dict qu'il me h1 fera acheter par l'establissement de la fortune de tous ses amis. Mais cela ne me mettroit guère en peine; car si AI. le Prince avoit une véritable envie de s'accommoder et que l'interest du Roy obligeast Sa Mlë à consentir généralement à toutes les choses qu'il demande, je serois le premier à prendre la hardiesse de le conseiller à Sa Mté, et il me seroit aysé de faire voir que ce n'auroit pas esté par le motif de mon retour à la Cour, puisque je ne bougerois pas d'icy ou de Sedan. J'escris au long à M. Le Tellier sur toutes les choses que vous avez rapportées2; c'est pourquoy je ne vous fais pas une longue lettre, vous priant seulement de m'aymer tousjours, de croire que vous n'aurez jamais un meilleur amy que moy et d'asscurer M. vostre frère de la mesme chose.

1 Vov. ci-de^us, ]). 333, note i. — * Voy. ci-dessus, p. 32 'i et sniv

DcioUrc i65b. J'avois oublié (le dire que le plus grand coup (jue Ton pourroit faire pour inoy, ce seroit, en cas que les mouvemens de Paris continuent en faveur du Roy1, d'y faire non seulement souhaiter, mais demander mon retour. Je m'asseure que, si vous voyez jour à cela, vous vous \ emploierez de la bonne manière.

GXLVII.

Bibl. nat., ms. f. fi*., t. O891, f° 90; original chiffré. — Bibl. Mazarioe, m<. 171g, t. III, f° 1 26 r°. — Copie du temps.

À M. LE TELLIER

Bouillon, 7 octobre i652.

(extrait.)

Comme je n'ay pas eu grande espérance qu'on pust forcer les lignée à Barcelone, je n'ay pas esté surpris de voir ce qui y est arrivé-, et si, de tant de millions en l'air que M. le Surintendant nous a asseuré qu'il avoit préparez pour la Catalogne, on y en eust pu envoyer seulement une petite parcelle effective pour donner lieu à M. de S'-André-Montbrun de faire subsister sa cavalerie, nous n'aurions eu aucune mutinerie à craindre. Il {'au droit estre asseuré que M. le mareschal de La Motbe et ledict sieur de S-André eussent le don de faire des miracles, à tous momens, pour prétendre qu'ils pussent faire la guerre dans un pays où il n'y a rien, sans leur donner aucune assistance; et cependant il est vray de dire qu'il y a huict mois qu'ils n'ont pas receu un sol de la Cour, ny pour le pain, ny pour l'avoyne, ny pour donner quelque douceur aux soldats. Je me suis assez tourmenté là-dessus, comme vous sçavez; mais j'ay recognu, à mon grand regret, que je preschois dans le désert.

1 Voy. sur ces mouvements, p. 3oo, et Poujoulat). Mazariu veut parier des vbïds

note 1. eflbrls tentés pour délivrer la place assié-

' Le maréchal de La Mothe-Houdancourt gée et de la prévision de la prochaine capi-

ne sortit de Barcelone que le 1 2 octobre tulalion , qui devait être la conséquence de

( Mémoires de Moiiglat , p. 2 83 . édit. Michaud l'échec de l'armée de secours.

DU CARDIN il MAZARIN. 351

Je n'a} nv parons, ny bien, n\ interest en Catalogne, si ce- n'est Octobre 1 65a. relu\ de l'Estal, et oe croyanl pas avoir la réputation d'estre un fat, il nu» semble que les peines que je me suis données à haranguer et presser incessammenl pour le secours ^i> Catalogne meritoient que ces Messieurs [dos finances] en fissent plus de cas; mais peut-estre qu'ils ont dos lumières que je n'a\ point, et qu'ils sçavent qu'il est plus utile au service du Roy d'espargner la despense que Ton seroit obligé dé faire en Catalogne, que de s'obstiner à la conservation de cette province-là. Au moins, si nous sçavions que Le Plessis-Belliere est résolu d'exécuter l'ordre qu'il a d'y aller, il nous resteroit quelque espérance, et comme il peut [y] eslre en huict jours, je vous conjure de luy depeseber quelqu'un en toute diligence qui le puisse solliciter de vive voix. el de vouloir aussv renvoyer à l'instant le sieur Fleiu à M. de Mercœur, pour liaster d'autant plus le départ de La Ferriere. Et en cas que toute sorte de moyens manquent pour renforcer son escadre de quelques-uns îles vaisseaux qui sont dans le port de Toulon, et qu'il soit, impossible de tirer, pour cet effect, aucune assistance de la pro- \ ince, en asseurant le remboursement de ce qui luy pourra estre fourny sur le don gratuit des prochains Estats [de Provence], qu'il est sur le point de tenir, il faudrait que, du fonds de trois mois que l'on a faict pour la subsistance de l'escadre de huict vaisseaux et quatre bruslots, l'on n'en donuast que la moitié et en employer le surplus à l'armenn'iit des autres vaisseaux, qu'il s'agist d'esquiper, parce que ce pendant on feroit préparer d'autres victuailles que l'on envoyeroit aux premiers vaisseaux par l'occasion de ces derniers.

L'on pourroit aussy escrire à M. de Mercceur, afin qu'il tasche d'engager le chevalier de La Ferriere à faire un effort, en ce rencontre, pour assister le Roy et advancer quelque somme pour cet armement, luy faisant espérer largement de Sa Majesté quelqu'une des charges de sa maison, dont il se pourroit accommoder.

11 faudrait de plus mander à M. de, Mercosur qu'il depeschast à M. le mareschal de La Mot lie et à M. de Saint-André-Montbrun pour leur dire qu'il travaille à préparer un secours pour Barcelone et mesme

Octobre i65a. qu'il s'c m hai<| ucr;i sur les vaisseaux qui seront armez pour aller joindre La Ferriere.

Je voudrois aussy que vous leur depeschassiez, de vostre costé, pour leur donner promptcment advis de ce que l'on f'aict par mer et par terre pour les secourir; et ce seroil un grand bien si l'on pouvoit, par le mesme courrier, envoyer deux ou trois mille pistolles à M. de Saint- André-Montbrun pour donner à sa cavalerie. Si M. le Surintendant ne les veut pas donner, je croy que le sieur Golbert aura de quoy y suppléer, et il le fera si vous le luy dictes de ma part; il n'y a qu'une précaution à prendre, qui est que, si la personne qui portera cette somme trouve Barcelone perdu, ou ladicte cavalerie qui s'en revienne, il ne la donne pas en ce cas.

L'advis que vous m'avez envoyé de Perpignan1 nous oblige d'autant plus à faire les derniers efforts pour le sauver. La Reyne a beaucoup de raison de se plaindre de Noailles'2 qui luy a faict difficulté d'y retourner, et vous voyez par là que je n'ay pas tort de vous avoir tesmoigné que nous ne devons pas moins souhaiter raccommodement par le mal que nos ennemis nous peuvent faire que par l'embarras ({lie nous donnent nos amis, y en ayant fort peu, soit dans les armées, soit dans les places, qui, à la moindre chose qu'on leur demande, ne veulent capituler, et qui bien souvent ne nous mettent le marché à la main. Ce qui est sy vray que, nonobstant toutes les répugnances que la Reyne a faict paroistre, en ces derniers rencontres, je voudrois avoir donné de mon sang et que M. le Prince eu'st eu véritable disposition à la paix et accepté les conditions, quoyque très-dures pour nous, que l'abbé Fouquet luy avoit offertes; mais je vous asseure que j'ay tousjours creu que nous ne luy offrions rien [qu'il vouîust accepter], parce que je n'ay jamais douté (pie ses nouveaux engagemens avec l'Espagne ne lempeschassent de s'accommoder.

Et je pense estre si bien fondé en cela que je mettrois ma vie que,

1 Relativement à la ville de Perpignan. — • 2 Anne, comte, puis duc de Noailles, capitaine des gardes du corps, était en outre gouverneur du Roussillon.

quand bien inesine on accorderoil à M. le Prince tout ce qu'il demande, Octobre iG5a. si on le vouloii obliger en mesme temps, ainsy qu'il seroit juste, de rompre avec les Espagnols, de renvoyer leurs troupes et les garnisons ([u'ils ont à Stena) et en Guyenne, et que les corps qui portent son nom servissent, dez à présent, contre les Espagnols, comme ils ont l'aict par le passé, je suis asseuré, dis-je, qu il refuseroit de le faire, présupposé mesme qu'il manquastde prétexte pour s'en détendre. Et je m'estonne qu'ayant eu cognoissance à la Cour de ce qui s'est passé en dernier lieu entre M. le Prince et Fuensaldagne, on n'ayt pas jugé qu'aprez le relus que letlict Prince a l'aict des conditions portées par l'abbé Fouquet, c'estoii temps perdu que de s'amuser à négocier avec luy; car quelle apparence y anroit-il que, pour l'article de la suppression de la cour des Vvdes1. recognu juste généralement par tous ceux de son party, puisqu'il n'est pas seulement question de resebmpenser la rébellion du parlement de Bordeaux, mais aussy de le faire en chasliant des officiers qui ont bien servi, et pour du Daugnon et autres semblables gens, [quelle apparence y auroit-il] qu'il voulust tenir bon contre l'advis de tous ses amis, à la veille de voir Paris se déclarer loul-à-faict pour le Roy et S. A. R. se séparer de luy, s'il n'y avoit de puissantes raisons, comme celle de l'advantage qu'il espère de son union avec les Espagnols, qui l'y fissent obstiner?

Aprez celte digression, je reviens à Noailles'2 qu'il faut faire partir, à quelque prix que ce soit; car je craindrois que, s'il escrivoit quelque ebose à la citadelle3 du soupçon que l'on a que les ennemis y ayent quelque intelligence, il n'arrivast que les complices4, craignant d'estre descouverts et voyant Noailles absent, se résolussent à précipiter la ebose, avant que l'on y pusl apporter remède. 11 est vray, comme vous sçavez, que le pauvre Noailles a esté fort mal traité, qu'il a entretenu la garnison mesme pour le pain, à ses despens, depuis sept ans, et qu'il

1 Voy. ci-dessus, p. 33o, note 5. 4 On avait tramé un complot, à la tôle

: Noailles était, comme on l'a dit, gou- duquel était Barry de Saiut-Auuais, gouver-

verneur de Perpignan et du Houssillon. neur de Leucale, pour livrer Perpignan et

A la citadelle de Perpignan. le Houssillon aux Espagnols.

WVZ.WUN. V. Zl5

Ull RIUEME rtAïlo.XALL .

Octobre i65a, meriteroit bien qu'on fisl quelque chose pour Jny; niais enfin il Tant qu'il parle sans delay, et luy dire, dans la dernière confidence, qu'il doit eininener des officiers avec luy, et qu'asseureinent il est trahy dans la citadelle.

Parla depesche cy-joinle1, je responds à celle que M. Servien et voua m'avez escrite en commun sur ce qui regarde le retour du Roy à Paris. Je vous réplique que, si l'on peut remédier aux appréhensions qu'il me semble que Ton doit avoir (ce que je necroy pas trop difficile], et que les choses continuent dans l'assiette où vous me lesnioignez qu'elles estoyent quand vous m'avez escrit, j'espererois que ce voyage de Leurs Mlc/ pourrait changer entièrement la face des affaires à leur advaulage; mais comme il n'y a pas un chef qui conduise tout à la Cour sous les ordres de Leurs Majestez, si Elles dévoient estre à Paris, sans pouvoir empescher que le cardinal de Retz, Ghasteauneuf, Chavigny et leurs adhérons y fussent aussy et se meslassent des affaires, tant s'en faut que j'en pusse bien espérer, qu'au contraire j'aurois sujet de craindre que les affaires ne tombassent en pire estât qu'elles ne sont présentement; mais, comme je marque dans l'autre depesche, je croirois que, dans la disposition où sont les choses, il y auroit moyen de pourvoir à ces inconvenients-là.

Pour ce qui est de mon retour à Paris mesme, je vous advoue que je ne vous dis pas mon sentiment là-dessus avec la liberté que je ferois s'il s'agissoil du vostre, ou d'un autre ministre du Roy qui fust à ma place, ayant tousjours ce scrupule que ce que je dirois, pour i'interest du service du Roy, ne pust estre interprété comme ayant pour but le mien particulier. Je n'ay pas laissé pourtant de dire un mol, sur ce sujet, de ce qui m'a semblé à propos dans la depesche cy-jointc. J'eusse esté bien ayse de sçavoir les sentimens de M. le Procureur gênerai et des officiers du parlement de Pon toise, qui sont du secret, sur ma justification et mon retour; car il y a longtemps que je n'en ay entendu parler; mais comme vous n'avez pas pris la peine de me rien escrire

1 Voyez la dépêche suivante adressée à Servien.

sur ma justi6cation , je suis persuadé que l'on n'aura pas jugé à propos u l"1, d"\ toucher, nonobstant la présence de Louis Majestez à Pontoise.

Je ne doute point qu'on n'aytjugé à la Cour, etqueMM.de Turenne et de La Ferlé ne 1 ayenl faict aussj en leur particulier, qu'il ne faut rien hazarder avec les troupes des princes et M. de Lorraine, tant qu'elles seront unies ensemble, quand mesme il y auroit esgalité de forces, niais s'appliquer seulement à les empescher de prendre des quartiers1: car si l'on en vient à bout, asseurement ce sont des troupes perdues, ou elles seront contraintes de sortir hors du royaume; au moins, suivant ce que je puis scavoir, je me l'imagine ainsy.

GXLVI1I.

Ail. élr. . France, l. 888, f° 3oç); original signé, eu partie chiffré avec traduction inlerlinéaire.

À M. SERVIEN

(ENTRAIT

Pour respoudre au mémoire du 2me courant, que m'a rendu Seyron, je ne puis, en premier lieu, vous dire autre chose que vous confirmer •'iicore plus positivement que je ne vous ay jamais escrit que, comme toute ma satisfaction consiste dans le restablissement de l'authorité royale, dont dépend la bonne fortune de l'Estat, je souhaitera y tousjours qu'on prist [sic) les expediens qui y pourront contribuer, non seulement sans qu'on ayt aucun esgard à mes interests particuliers, mais mesme en les sacrifiant entièrement; ce que je vous dis du meilleur de mon cœur et comme si j'estois devant Dieu.

Et s'il n'estoit assez visible qu'il est, en quelque façon, de la dignité du Roy de ne donner pas les mains à ma perte poursuivie par les ennemis de l'Estat, je vous asseure que je l'aurois advancée moy-mesme, sans que personne me l'eust pu empescher-.

' Les empêcher de prendre leurs quar- ! Tel est bien le texte du déchiffrement,

tiers d'hiver en France. au lieu de m'en eust pu empescher.

Ociobro i65a. Wec celte protestation qui esl bien sincère et qui part d'un cœur encore [dus disposé à exécuter ce que dessus qu'à le dire, je croj respondre au die t mémoire pour ce qui est du voyage de Leurs Majestez à Paris; et je serais inconsolable toute ma vie, si nia considération pouvoit retarder d'un seul moment les advantages que l'on présuppose que Leurs Mlc' tireront de ce voyage, et comme cette resolution dépend des cognoissances qu'on a de l'assiette des esprits de ladicte ville et de beaucoup d'autres circonstances qui regardent les armées des princes et la disposition mesme et les lins de ceux qui le souhaitent ' et qui se disent serviteurs du Roy, quoyqu'ils ne le soient pas, et d'autres qui le sont en effect, mais à certaines conditions, et que tout cela change d'un instant à l'autre, ce seroit estre bien hardy, ou, pour mieux dire, avoir perdu le jugement, si un homme, qui est à Bouillon, vous mandoit positivement : Le Roy doit aller à Paris, ou il nij doit pas aller.

Leurs M'C7 doivent donc là-dessus prendre leurs résolutions par le conseil de ceux qui ont l'honneur d'estre auprez d'EUes, lesquels, esta ni sur les lieux et bien informez de tout ce qui se passe, peuvent avec fondement leur conseiller ce qui sera plus conforme à leur service, selon les conjonctures, et sans avoir aucun esgard à ce qui est de mon retour, puisque, pour ce qui me regarde personnellement, il importe fort peu que cela soit ou ne soit pas. Si le peuple de Paris le peut souhaiter2 en quelque temps, ce sera bien plustost lorsqu'il le croira nécessaire pour obtenir le retour de Sa M',;, que lorsqu'il y aura restabli sa demeure.

Vous aurez veu, par mes depesches précédentes et particulièrement par celles que j'ay envoyées par Klein, à quel point je juge important d'appuyer les mouvemens de Paris 3 pour tendre les mains à ce peuple, qui semble vouloir lout-à-faict retourner pour le Roy. A quoy je n a\ autre chose à adjouster si ce n'est qu'il faut bien prendre garde que le cardinal de Retz et M. de Chasteauneuf, par leurs artifices, ne se rendent

1 Qui souhaitent ce voyage du Roi. en faveur de la royauté, comme celui qui

2 Peut souhaiter mon retour. avait eu lieu, le -ih septembre i(i.>-j . à Pas- 5 Mazarin veut parler des mouvements semblée du Palais-Royal.

maistres de l'esprit de M. de L'Hospital1 et de M. le Prévost des mar- Octobre i65a. chauds, si on les v renvoyé3, el no les fessent agir de mesrae que lorsque la Cour estoil à Gien3 el qu'elle s'approchoit de Paris, c'est a-dire pressant le Roy d'y aller et Taisant monstre que tout seroit perdu si j'avois l'honneur d'estre à la suite de Sa M1', afin que, dans mon absence, plus par leurs intrigues que par la force, ils' pussent se rendre maistres de la Cour; en quoy ils ne manqueront pas d'estre bien assistez par quantité de gens, qui sont à Paris et à la Cour.

C'est pourquoy, vous verrez que, dans mon advis d'y envoyer M. de L'Hospital, je liens qu'il lalloit qu'il fust accompagné de dix ou douze personnes bien capables, et je juge'' [à propos] d'y employer îieurs de Lestrades0 et de ( Beaujeu]7 en une lettre que je me suis donné l'honneur d'escrire à la Reyne8; en quoy j'avois eu la pensée de fortifier, par des personnes de cotte trempe, l'esprit dudictmareschal; mais je vous puis jurer que, si je me fusse souvenu de M. de Cbasleauneuf, je n'eusse jamais proposé d'employer ledict maresclial en ce rencontre; car asscureinent l'autre9 le gouvernera comme bon luy semblera.

A quoy il me semble que vous et [M.] Le Tellier10 devez faire grande reflexion, [concernant] le voyage du Roy, c'est sur ia grande passion qu'en tesmoignent ceux qui asseurement n'ont pas bonne volonté, comme le cardinal de Retz, M. de Chasteanneuf, M'ne de Chevrensc. Laigues11 et tous ceux, tant de Paris que de la Cour, qui sont

1 Oa a vu que le maréchal de L'Hôpital '' Le déchifiiement porte Beaujeau; c'est

était gouverneur de Paris. une erreur évidente pour Beaujeu. (Voy.

* Si on renvoie le maréchal de L'Hôpital sur Beaujeu , le t. III, p. 33o, note s . des et le Prévôt des marchands à Paris. Lettres de Mazarin.)

3 Au mois d'avril i65a. (Voy. ci-des-u^. Nous n'avons pas retrouve celte lettre

de la page 69 à la page 87.) de Mazarin à la Reine.

* Le mot ils se rapporte à Retz el à 9 Châleauneuf.

Chateauneuf. " Le déchiffrement a omis M. avant Le

' Tel est le texte du déchiffrement. Tellier; ce qui est contraire aux habitudes

" Godefroy d'Estrades. (Voy. le lomo I". du style de Mazarin.

p. Oî'i, des Lettres de Mazarin.) " Voy. sur Laigues, p. 36, noie

Octobre i65a. unis avec eux, cl1 qu'il pourroît arriver que Leurs M1", allant à Paris, cl M. le Prince s'en esloignant, toutes les personnes susclicles, fortifié - (]<; M""" d'Aiguillon, de M. de Ghavigny el d'autres, fissent résoudre

S. A. R. de s'en aller au Louvre 2 asseurer Leursdictes M1" de ses services et leur faire toutes les protestations qui les pourroienl [ le] plus contenter; avec quoy ces mesmes personnes, ayant à leur teste M. d'Orléans, qui auroit aussy de son coslé tous les factieux et tous les mescontens, je ne croy pas qu'il leur l'ust bien difficile, en peu de temps, de contraindre la Cour à prendre les résolutions qu'ils voudroient.

H est vray que l'on pourroit remédier à tout ce que dessus, le Rov n'entrant dans Paris que lorsque l'on en auroit faict sortir tous ceux qui seroient suspects, auxquels, suivant la bonne disposition que le peuple tesmoigneroit, on pourroit envoyer des ordres de la Cour mesme de s'en retirer 3,

Je passe plus outre : Je dis que je ne doubte point qu'un de ces jours nous ne voyions dans une parfaicte union [M.] le Prince 4 et le cardinal de Retz, puisque tout le monde la croyant telle présentement entre ledict prince et le duc de Lorraine, qui sembloit5 incompatibles, il peut bien se lier aussy avec ledict cardinal, nonobstant qu'il avt tant déclaré qu'il le croyoit le plus meschant homme du inonde; car je ne vois pas que [M.]0 le Prince marchande fort à faire les dernières liaisons avec ceux qu'il croit [lui] pouvoir estre utiles, après ce que l'on sçait qu'il a faict avec l'Espagne et ce qu'il sollicite avec les Anglois.

' Il faut sous-en tendre : Et vous devez se disposaient à l'attaquer dans son palais

faire réflexion qu'il pourroit arriver, etc. du Luxembourg, il promit d'obéir, et sortit.

'2 INous avons déjà fait remarquer que les en effet, de Paris le lendemain de l'entrée

Mémoires de Retz prouvent qu'en effet il du Roi (22 octobre 1 65a). donna ce conseil au duc d'Orléans. (Voy. le 4 Le déchiffrement a omis M. devant le

tome IV, p. 3g5, de l'édition des Grands Prince; ce qui est doit être rectifié, confor-

Ecrivains de la France.) mément au style ordinaire du Cardinal.

1 Le Roi envoya, en elfet, au duc d'Or- 5 Le déchiffrement porte sembloit, au lieu

léans, l'ordre de sortir de Paris. Le duc ré- de sembloient.

sista d'abord ; mais lorsqu'il apprit que les ' Même remarque que plus haut sur

gardes du Roi, commandés par Turenne, l'omission de M, devant le Prince.

DU CARDIN il M il WUN. :>:>i»

Vous sçavez, en outre. |<|iiollo est]1 la conduite que tient ledict Octobre m., cardinal, rnesme depuis sou retour à Paris, et si sou nature] permet don espérer jamais rien <lo hou. C'est pourquoi je «lis que, pour asseurer davantage L'entrée et la demeure »lu Roy à Paris, il l'a ml mil songer aux moyens de l'en faire sortir, Sa M1' se déclarant contre eux. lorsque le peuple Lesmoignera a\ee plus de chaleur de souhaiter son retour dans la dicte ville, et disant que le Roy n'y peut pas aller (pie le cardinal [de Retz] n'en soit dehors, estant descouvert, de nouveau encore, qu'il s'entend avec les ennemis; qu'il a employé tous ses artifices pour empescher la reunion de la maison royale et particulièrement l'accommodement de S. \. IL, qui y estoit entièrement disposée; qu'il a rompu (sic)3 avec le duc de Lorraine, avec lequel il est vray qu'il a eu îles conférences, et que Sa Mu: sçait qu'il ne songe qu'a faire de nouvelles brouilleries et intrigues flans Paris, parce que, nonobstant toutes les grâces (pie le Roy luy a si libéralement départies, ledict cardinal est plus obstiné que jamais à brouiller; que rien n'a pu mieux conserver son crédit et le rendre plus considérable que la continuation des troubles. Le voyage de Gompiegne3 a remis tant soit peu le crédit dudict cardinal dans Paris, qui* estoit assez abattu; mais avec cela il ne me semble pas qu'il soit tel qu'il puisse résister au Roy, lorsqu'il l'entreprendra, dans un temps que les plus grossiers sçavent, dans Paris, qu'il a esté le principal instrument de son malheur; [dans un lempsj que le peuple cherche le repos et qu'il souhaite avec tant de passion ie retour du Roy, sçachant bien que, par sa présence, elle5 sera loutà-faiel heureuse.

1 Le déchiffrement porte que la conduite; frement, on ait omis plusieurs mois après

il faudroil alois après conduite un compté- rompu, par exemple qu'il (Relz) a rompu

meut qui manque dans la phrase. les négociations entamées par lu Cour avec le

' Tel est Lien le lexle du manuscrit. Il duc de Lorraine. semble qu'il faudrait, au contraire, ici un Voy. ci-dessus, p. aSo, note lx. mol indiquant que Retz a lait alliance a vit ' Qui se rapporte à crédit. le duc de Lorraine, comme il a renoué. Il 8 La ville de Paris. On a vu que les l'aest possible cependant que. dans le déchif- risiens désiraient le retour du fioi.

Octobre i()5a. . - —

Aff. étr., France, l. 269, P 279; t. 3o du recueil des Lettres de Muzarin. —

Copie du temps.

À J.-B. COLBEUT.

liouillon, 7 oclohro iG5a.

J'ay veu, par vostre billet du a de ce mois, ce que Madame la princesse palatine vous a donné charge de m'escrire. Outre que sa considération est toute puissante sur moy, j'ay grande passion de servir M. le Surintendant et les siens1 en tout ce qui me sera possible, el j'ose croire qu'il n'en doute pas; mais comme je veux estre ponctuel et satisfaire aux asseurances que je luy en ay données, il ne doit pas désirer de moy que je sois moins religieux à tenir parole aux autres. H peut sçavoir qu'il y a trois ans que M. de Noirmoutiers a ses lettres de duc; elles dévoient avoir leur effect à la Majorité, et si Madame sa femme2 eust esté à la suite de la Cour, au voyage de Poitiers, elle se fust assise3 sans difficulté. La Reyne mesme souhaitoit qu'elle vinst à Saint-Denys, lorsque Leurs Mlcz y estoient, pour prendre le tabouret, et je luy ay confirmé, par leur ordre, en arrivant en ces quartiers, qu'elle entreroit en possession de cette grâce la première fois qu'elle auroit l'honneur de voir Sa M16, de sorte que je ne comprends pas comment M. le Surintendant, qui n'a ses lettres4 que depuis trois mois, pourroit prétendre que je luy ay promis quelque chose au préjudice de lous ces engagemens, et je laisse juger si je luy puis avoir parlé

1 Le fils du duc de La Vieuviile, surin- d'Etat, et de Françoise Le Breton-ViUandry. tendant des linances, était spécialement pro- De ce mariage naquit, entre autres enfants, légé par la princesse palatine. On disait Anne-Marie de la Trémoille, dexenue cémême., dans les écrits du temps, qu'il était lèbre sous le nom de princesse des Lrsius. l'amant de cette princesse. 3 On sait qu'un des privilèges des du-

2 Louis de la Trémoille, ou Trémouille, chesses était d'avoir un tabouret au cercle duc de Noirmoutiers, avait épousé Renée- delà Heine.

Julie Aubery, fille de Jean Aubery, conseiller * De duc.

d'autres que de ceux qui pourraient avoir des lettres de due depuis Octobre i65». les siennes, à l'esgard desquels il estvray que mon intention a tousjours esté de le servir. Leurs M"* en useront comme il leur plaira; mais il ne sera pas dict que, que pour un interest indigne de moy, je sois si malheureux que d'aller mettre mon honneur en compromis. Si je pouvois avec bienséance inemployée en cette affaire, je le (crois du meilleur de mon cœur par le seul motif de l'amitié que j'ay pour M. le Surintendant et pour sa maison. C'est une vérité que les elïects luy confirmeront en tous les rencontres, où j'auray la liberté et le pouvoir de lu\ en donner des preuves. Vous informerez de toutes ces raisons-cy Mmc la princesse palatine, qui est trop juste sans doute pour n'en estre pas satisfaite.

Jescris encore à ce sujet à l'Ondedei1, et je luy mande que la préséance ne se prétend que sur le temps que les lettres seront enregistrées au Parlement et non sur la séance que prendront les femmes des personnes qui ont receu celte grâce. Je seray ravy de tous les advantages que la Reyne départira à la maison de M. le Surintendant, soit en abrégeant le temps que Sa M16 a pris pour le mettre en possession de la grâce, soit en d'autres choses; mais il est impossible que, sans manquer à l'équité et à l'honneur, je puisse retracter ce que j'en ay escrit à la Reyne pour la faire ressouvenir de la parole qu'EHc a eu la bonté de donner, par mon moyen, à M. et à Mme de Noirmoutiers, et e est tout ce queje puis vous dire sur ce sujet.

Afï. étr. . France, t. 269, f a85; t. 3o du recueil des Lettres de Matarin. —

Copie du temps.

À ONDEDEl.

Bouillon, 7 octobre if)5a.

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