U CHEVALIER DE LA PERRIÈRE
Saumur, a3 février 1 1> r> -2 .
( EXTRAIT
J'ay veu avec bien du desplaisir ce qui s'est passé a Toulon. Neantmoins, comme je ne juge pas qu'il soit du service du Roy d'aigrir davantage les esprits, Sa M1'- désire que vous facilitiez, de voslre costé, l'accommodement de tous ces différends, ainsy qu'Elle ordonne à ceux de Toulon de faire de leur part, et dans peu de jours on sçaura de delà quelque resolution qui calmera toutes choses. Elle leur mande aussy de tenir la main à ce que vous puissiez librement foire fréter quelques uns de ses vaisseaux qu'Elle veut que vous esquipiez, et tirer des magasins de la marine toutes les choses qui peuvent estre nécessaires pour cet eiïect, les rendant, au surplus, responsables, en leur propre et privé nom, de l'exécution de cet ordre, laquelle vous mesnagerez aussy avec modération et prudence, s'il vous plaist.
Cet armement, qui est le mesme dont vous verrez les particularitez dans les depesches de M. de B rien ne, et duquel je vous ay touché quelque chose par ma précédente, doit estre composé de six vaisseaux outre le Brezé et le Soleil, et de deux bruslots, et avoir trois mois de solde et six mois de victuailles, partie à Toulon et partie à la Rochelle, où Sa Mlc désire que vous veniez le plus promptement qu'il sera possible pour la servir ensuite dans ces mers et l'avoir EHe-mesme et toute la Cour pour tesmoin de vos services.
1 Le chevalier de La Perrière était un mandement maritime à Toulon. M. Jal en chevalier de Malte souvent cité dans les parle dans son ouvrage sur Ahraham du Lettres de Mazarin comme chargé d'un com- Quesne (t. I", p. 196).
5/i LETTRES
Février i65a. Neantmoins, Elie entend qu'en passant vous touchiez à Barcelone ', pour y faciliter l'entrée d'un secours de vivres et de munitions qu'on tient prest pour cet effect; mais ce dessein doit demeurer secret entre vous et le chevalier Duparc pour les considérations que vous pouvez juger, publiant seulement l'autre [dessein] du passage en ces mers, qui trouvera assez de créance, estant nécessaire comme il est.
Et comme il importe au dernier point que M. le mareschal de La Mothe2 sçache précisément le temps que vous pourrez estre devant Barcelone pour se jeter en mesme temps dans la ville, j'ay esté bien ayse que ce gentilhomme accompagnast M. vostre frère au voyage qu'il va faire vers vous, afin qu'aussytost que vous serez prest à mettre à la voile, il aille en toute diligence en porter l'advis à mondict sieur le Mareschal.
Il (le Mareschal) a escrit icy positivement qu'avec le nombre de vaisseaux mentionné cy-dessus, ceux que les Espagnols ont en ces merslà ne sçauroient empescher le secours de Barcelone, qui seroitla délivrance entière de la Catalogne et un coup de telle réputation pour les affaires du Roy qu'il n'y a point de rescompense qui ne fust bien deue à celuy qui auroit la gloire et le mérite d'un si grand service. Je m'asseure que vous ne laisserez pas eschapper une si belle occasion de signaler vostre zèle, ne s'agissant que d'une advance considérable à la vérité, mais pour laquelle on vous offre toutes vos seuretez et mesme dans un temps où la seule confiance que Sa Mté a en vostre affection l'a emporté par dessus toutes les puissantes considérations d'Estat qui auroient peu retarder ou diminuer la grâce qu'Elle vous a faicte toute entière en vos dernières prises3. Pour moy, qui, outre la passion que j'ay pour le service du Roy, en ay une particulière pour tous vos advantages et pour ceux de M. l'abbé vostre frère, je vous advoue que
1 Cette ville était encore au pouvoir des p. 986, des Lettres de Mazarin) était
Français; mais elle était assiégée par les chargé, en i652, de la défense de la Ca-
Espagnols. lalogne attaquée par les Espagnols.
3 Le maréchal de La Mothe-Houdancourt 3 H s'agit des prises maritimes , dont une
(Voy. sur ce personnage, le tome I", partie était attribuée au Roi.
DU CARDINAL MÀZÀRIN. 55
je ne puis que je ne souhaite ardemment que la resolution que vous Féwier ifôs, prendrez en ce rencontre soit telle qu'elle me facilite les moyens de vous servir tous deu\ avec le succez que je me propose.
Sa \\lé désire que vous partiez, sans perdre un moment de temps, avec les huit vaisseaux cy-dessus, ou mesme avec six seulement en cas qu'il fallust retarder vostre départ pour en emmener davantage; car on nous mande de Barcelone qu'absolument ce nombre suffira pour donner passage au secours, et le tout consiste à faire diligence. 11 est important aussy que vous fassiez mener à Barcelone le plus de bled et de vivres que vous pourrez, et le débit en sera plus advantageux là qu'en Provence, de sorte que ceux qui prendront ce soin n'y perdront pas leur peine outre qu'ils serviront le Roy.
AIT. élr. , France, Provinces, Anjou, t. 1^182. — Minute.