‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 5 sur 145 · AU COMTE DE PALLUAU · texte numérisé non relu

AU COMTE DE PALLUAU

Saumur, 19 février i65a.

J'ay advis de très-bonne pari que MM. de Nemours ' et de Tavannes devoientestre hyer à Fonsomme2, avec quatre àcinq mille hommes, tant des troupes de M. le Prince que de celles des Espagnols, et que leur dessein est de venir sur la Loire joindre celles de M. le duc d'Orléans. Si, avant cette jonction, vous estiez assez fort3 pour donner un eschec à celles-cy, vous jugez bien que, d'un seul coup, ce seroit desfaire tous ces deux corps, puisque l'autre, aprez cela, ne sçauroit plus où aller. L'advis est infaillible tant pour ce qui regarde l'arrivée à Fonsomme que le dessein de s'unir avec les troupes de S. A. R. , et vous devez prendre vos mesures là-dessus sans hésiter.

L'on ne prescrit rien, laissant le tout à vostre bonne conduite, d'autant plus que cela dépend de la force des troupes que vous aurez, de celles de S. A. R. et du poste où elles seront. On me mande de Paris qu'il n'a que trois mille cinq cens hommes, et ceux qui luy en donnent le plus disent quatre mille en tout.

Ce que j'estime plus nécessaire est que, comme il vous doit venir des troupes de divers endroits en suite des ordres qu'on a envoyez pour cet effect, vous depeschiez au-devant d'elles pour les haster et particulièrement en Bourgongne, d'où il doit vous en venir un nombre considérable.

1 Charles- A médée de Savoie, duc de Ne- ' Fonsomme est une localité du dép. de

mours, commandait l'armée des princes, l'Aisne, arrond. de Saint-Quentin, qui venait des Pays-Bas espagnols. Il fut tué 3 Palluau commandait un petit corps

en duel, le 3o juillet 1 05 2 , par son beau- d'armée dans le Berry et bloquait Montrond ,

frère, le duc de Beaufort. une des places qui appartenaient à Condé.

Il faut toujours continuer le blocus de Montrond1 et n'y laisser que Wvri«n68«. ce qui est absolument nécessaire pour cet eiïcct, retirant le reste à la campagne pour vous fortifier d'autant plus. Cependant vous ne devez rien oublier pour presser les préparatifs de ce siège, suivant ce qu'on vous a mandé, afin que, lorsque la disposition des autres choses vous donnera lieu de l'entreprendre, vous ayez toutes choses prestes pour le faire sans perle de temps. Mais je vous réplique que présentement rostre principal but doit estre de vous mettre en estât de desfaire les troupes de S. A. R., avant qu'elles soient fortifiées par la jonction des autres, parce que. sans exagération, ce seroit le salut de l'Estat. Je croy mesme que le licenciement que le Roy fait de ces troupes-là, avec ordre aux peuples de leur courre sus, vous aydera à y réussir, ne se pouvant rien adjouster à la hayne que toute la France a conceue contre elles à cause des extorsions et des cruautez qu'elles ont commises en tous les lieux par où elles ont passé.

Outre toutes les troupes que M. Le Tellier vous aura mandé avoir ordre de se rendre sur la Loire, l'on a encore escrit à M. le comte d'Harcourt pour y faire venir en diligence les regimens de Mercœur et d'Esclainvilliers.

Nous espérons achever dans peu de jours cette affaire d'Angers 2, et aprez, Leurs Mte* font estât de s'approcher de vos quartiers.

J'adjouste ce mot pour vous dire qu'en cas que M. de Nemours, avec ses troupes, vinst à se joindre à celles de S. A. R. avant que vous ayez pu rien faire, et que vous vissiez que toutes ensemble elles prissent le chemin de ces quartiers, Leurs M1" désirent qu'en ce cas vous preniez vos mesures pour vous en approcher aussy en mesme temps qu'eux, laissant toujours en seureté le blocus de Montrond.

Addition à la lettre cy-dessus du 22, à minuict.

Apres avoir escrit cette lettre, nous avons eu advis de divers en-

' Ce nom, que les mémoires du temps ont changé en Mouron, est, dans ce passage, écrit avec l'orthographe moderne. — 2 La ville d'Angers ne se rendit que le 26 février t65a.

Février iG5s. droictz que M. de Beaufort1, avec ses troupes, arrive ce soir à Mondoubleau2, à sept lieues de Vendosme, et que le bruit est qu'il vient pour secourir Angers. Ce qui m'oblige à vous depescher ce gentilhomme en toute diligence pour vous faire sçavoir que l'intention de Leurs Majestez est que, sans quitter le blocus de Montrond, vous descendiez le long de la Loire, costoyant lesdictes troupes, la rivière entre vous et eux, et qu'ainsy vous vous approchiez en deçà3, vous réglant selon leur marche. On vous expédiera là-dessus des ordres du Roy, que je vous envoyeray; mais ce pendant Sa Mlé entend que vous ne perdiez pas un moment de temps à exécuter ce que je vous mande, et s'il y a quelque nouvelle resolution à prendre, on vous en advertira.

Nous avons eu nouvelles aujourd'huy que le prince de Tarente 4 a esté desfait à plate couture, puisque de cinq à six cens chevaux qu'il avoit et que Folleville5 a attaquez, il ne s'en est eschappé que vingtcinq, avec lesquels il s'est sauvé à Xaintes, et mesme on adjouste qu'il est blessé à mort G.

Au reste, l'on se prépare icy à bien recevoir M. de Beaufort, en cas que, suivant sa première pointe7, il s'advance jusques à Angers.

1 Le duc de Beaufort, qui «se croyoit un Mars» (t. IV, p. 309, des Lettres de Mazarin), avait pris le commandement des troupes du duc d'Orléans. Comme la confiance qu'il avait dans ses talents militaires n'était pas partagée par le duc d'Orléans, on lui avait adjoint un vieux capitaine fort renommé, le baron de Sirot, qui avait contribué à la victoire de Rocroy. ( Voy. sur Claude de Letouf, baron de Sirot, le tome Ier, p. 396, note 1, des Lettres de Mazarin.)

2 Mondoubleau est auj. chef-lieu de canton du dép. de Loir-et-Cher.

3 C'est-à-dire : vous vous approchiez d'Angers, en restant sur la rive gauche de la Loire.

" Henri-Charles de la Trémoille , ou Trémouille, prince de Tarente, mort le i4 sept. 1672, dans sa 52e année. D'après les Mém. du prince de Tarente (p. 9.8 de l'édit. de 1767), on exagéra beaucoup l'importance de ce combat, rr Je fis le lendemain la revue de mes troupes, dit le prince de Tarente, et je ne me trouvai affoibli que de cinquante chevaux.»

5 Guillaume Le Sens, marquis de Folleville, nommé maréchal de camp en i648, lieutenant général en 1 653.

8 Ce bruit était faux.

' La copie porte bien pointe; il semble que pensée serait préférable.

DU CARDINAL MÀZÀRIN. 53

. = Février 16 5a,

M). étr. . France. I. 069, f" 15; l. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

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