GL1II
Bibl. nat. , ms. f. fr. , t. 23, 202, f 48 r°; original, en partie chiffré. — AIT. e'tr. . France, t. 269, f" 291 ; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.
À L'ABBÉ FOIQUET.
Bouillon, 9 octobre i6f>2.
(extrait.)
Je suis surpris de voir que vous n'ayez pas encore recognu que M. le Prince ne veut point d'accommodement et que tous (sic) les vétilles auxquels il s'arreste sont des prétextes qu'il prend et non pas la véritable cause qui l'empesche de conclure; ce qui est si vray que, si on pouvoit, sans exposer à un dernier mespris l'autliorité du Boy, luy accorder non seulement les choses auxquelles il insiste, mais mesme d'autres pour ses interests ou ceux de ses amis, je meltrois ma vie qu'il ne s'accommoderoit point, et je ne hazarderois point grand chose, sçachant dans quels engagemens il est entré de nouveau avec les Espagnols par des promesses positives que Saint-Agoulin a faictes de sa part au roy d'Espagne et par celles qu'il a faict faire au comte de Fuensaldagne, lequel n'a jamais esté plus asseuré qu'il l'est à présent de M. le Prince, et que, quelque chose qu'on luy puisse offrir, il ne conclura rien qu au préalable le roy d'Espagne n'ayt receu les satisfactions qu'il souhaite pour la paix générale. Et comme il y a diverses personnes à Paris du party de M. le Prince qui sçavent tout ce que dessus, je croyois qu'il vous eust esté aysé de le pénétrer l. Je vous diray aussy dans la dernière confiance (confidence) que les Espagnols se tiennent aussy asseurez de Mme de Chastillon2, comme ils le sont de M. le Prince, et que Viole et
' Le déchiffrement porte de X apprendre; ~ On voit, par l'importance que Mazarin
mais la copie donne pénétrer, qui semble donne au rôle de la duchesse de ('.hàtillon. préférable. qu'il était convaincu qu'elle avait une grande
Croissy sçavenl cela encore mieux que moy. Je vous conjure de n'en Octobre i6£ parlera qui que ce soil . car voussçavez à quel point je me fie en vous; mais croyez qu'il n'y a rien de si \ra\ que ce que je VOUS dis.
Nous vous souviendrez bien qu'à Sedan vous me tcsmoignastes que vous croyiez que M. le Prince s'accommoderait à de bien moindres conditions que celles que vous luy avez portées, et peut-estre qu'en ce temps-là Mme de Chastillon avoit d'autres pensées que celles qu'elle a présentement.
Hyer au soir, j'eus des nouvelles que le gouverneur de Charlemont1 avoit dict que M. le Prince avoit depesché au comte de Fuensaldagne depuis que vous traite/, avec luy pour l'adverlir de ne s'alarmer pas, quelque chose qu'il entendis! dire de son accommodement à cause des conditions advantageuses qu'on luy offrait, et qu'il fust bien asseuré qu'il tiendroit la parole qu'il luy avoit donnée, mais qu'il estoit obligé de se conduire d'une certaine façon afin d'entretenir les peuples et l'union avec S. A. R., leur faisant lousjours croire qu'il avoit passion de s'accommoder et se servant de divers prétextes pour ne le faire pas.
Pour ce qui est de la peine dans laquelle vous estiez, par la tendresse que vous avez pour moy, que la délibération que l'on devoit faire dans le conseil du Roy ne me fist tort, vous n'en devez point avoir d'inquiétude; car je vous asseure que je n'en ay pas la moindre, quelque chose que l'on y puisse résoudre, tant je suis persuadé que rien n'est capable de faire accommoder présentement M. le Prince.
Au reste, si l'on trouve que j'aye jamais promis des lettres de duc à Mmc de Chastillon2 et le restablissement des fortifications de Taillebourg, je veux passer pour un infâme, n'ayant jamais esté dict autre chose à l'esgard du prince de Tarente, si ce n'est que le Roy feroit examiner favorablement ses raisons pour le rang qu'il prétend, et [que], pour les
influence sur Condé. C'est l'opinion de la ' Auj. fort du de'p. des Ardennes et déplupart des écrivains du temps. (Voy. ci- pendance de la commune de Givet. dessus, p. 1 38. la note h sur Isabelle-Angé- 2 On voit plus bas que ces lettres de duc. lique de Monlmorency-Bouleville , duchesse réclamées par W de Châtillon, étaient desde Cbâtiilon. ) tinées au prince de Tarente.
Octobre i65i. dommages qui avoient esté faicts on sa maison, M- le Prince luy pourrait donner telle somme que bon luy sembleroit sur celle que le Hoy luy accorderoit.
Pour ce qui est de ma justification, je suis un peu surpris de ce que vous me mandez que M. le Procureur gênerai croyoit qu'il s'y rencontreroit de la difficulté; car je m'estois tousjours persuadé qu'il n'y en avoit aucune, lorsque, par la conduite de M. le Prince, soit en continuant à faire pis que jamais aprez mon départ, soit en tcsmoignant son aversion à l'accommodement, il paroissoit que je n'estois que le prétexte dont il se servoit pour couvrir sa rébellion, et que mon esloignernent n'avoit faict changer en rien la face des affaires. Je suis asseuré de plusieurs Parlemens qui n'attendent que de recevoir la déclaration de mon innocence pour la vérifier, et il me semble que je me suis conduit en sorte, depuis ma retraite de la Cour, que je n'ay pas démérité des bonnes intentions que les principaux du parlement de Pontoise, qui sçavent le secret1, avoient pour moy. Je devois estre esloigné de la Cour un mois, sans sortir du royaume; et cependant il y en a tantost deux que je suis party2, et trente-six jours queje suis enfermé dans une petite chambre de ce cbasteau3, sans que j'en aye encore dict un seul mot, quoyque vous sçacbiez que ce n'est qu'un trou, et que j'y suis si exposé aux injures du temps, qu'il ne m'est pas possible de me parer du vent ny de la pluye; mais comme je me fie autant en M. voslre frère qu'en moy-mesme, je m'asseure qu'il n'oubliera rien pour faire surmonter tous les obstacles qu'on pourroit faire à ma justification, estant, cerne semble, assez raisonnable qu'un homme, qui a tousjours esté innocent, cesse de paroislre criminel.
Je suis asseuré que, si vous voyez quelque chose qui n'aille pas bien pour mes interests, vous m'en advertirez avec l'affection que vous m'avez tousjours tesmoignée, et que vous et voslre frère profiterez
1 C'est-à-dire les conditions secrètes, d'à- 2 Mazarin avait quitté la Cour le 1 o, août
près lesquelles avait eu lieu l'éloignement i652.
de Mazarin. Le Cardinal les indique dans 3 Du château de Bouillon, qui a déjà été
la phrase suivante. signalé comme fort incommode.
auprès de MM. de Chavigny et Goulas de la mauvaise intention de Octobre t65i M. le Prince pour les obliger à porter S. A. R. à se réunir avec Leurs M'" ; à quo\ vous servira beaucoup la brouillerie que vous me mandez estre entre M. le Prince cl, M. de Chavigny1. Je liniray en vous disant que je De sça\ pas ce que M. le Prince en croit; mais que la Reyne n'a esté nullement satisfaite de moy de ce que je l'ay pressée de consentir aux conditions que vous luy avez portées. Je vous prie que cela demeure entre nous.