À M. DE BAR
Sedan, 5 novembre iG5a.
(i:\Tii M 1 .
Je ne vous puis exprimer la douleur que j'ay eue d'apprendre que les troupes estoient encore à Gompiegne, et les longueurs qui se rencontrent à leur jonction à l'armée du Roy. Ce pendant les ennemis font ce qu'ils veulent de ce costé-cy, et travaillent sans aucun obstacle h \ asseurer leurs quartiers. H n'y a pourtant rien de plus vray qu'ils n'ont pas à présent plus de douze mille hommes, estant tous ensemble comme ils sont, et qu'il ne leur en reste pas davantage aprez ce que M. de Lorraine a faict retirer en Flandres, de sorte que , nos forces estant unies, elles seroient sans difficulté supérieures aux leurs.
Je ne puis comprendre par quelle fatalité elles ne le sont pas encore; mais quand je ne me serois pas tant tourmenté, pendant que j'estois à Bouillon pour les faire assembler et qu'il n'y auroit pas ordre exprès de Sa Mté de le faire, il n'y a personne qui ne juge bien que c'est une chose absolument nécessaire et qui ne se doit pas différer, lorsque Ion voit assemblées toutes celles des ennemis. Je vous prie de presser vivement M. le duc d'Elbeuf là-dessus, quoyque je me flatte que la chose sera desjà faicte avant que vous receviez cette lettre, estant impossible que, de la Cour, l'on n'ayt depesché courrier sur courrier pour haster cette jonction, de laquelle dépend le salut de celte province et d'y faire peut-estre recevoir un affront aux ennemis, au lieu d'y establir leurs quartiers d'hyver, comme ils ont résolu. Vous sçavez en quels termes
Dl CARDIN il M \ZARIN. 4 A 5
je vous ;n escrif sur cette affaire el comme je prévis, dez Bouillon', Novembre t65'a.
qu'il falloil assembler toul ce que le Roy auroit de forces dans la
Picardie pour 1rs avoir prestes pour agir du costé que les ennemis
se determineroienl d'entreprendre quelque chose; et il n'y avoit rien
de plus a\st'> à juger que les ennemis espauleroient 8 les troupes de
M. le Prince H le corps de M. de Lorraine pour leur faire prendre
leurs quartiers d'hyver en France.
Je n'a y pas creu ci ne M. d'Elbeuf voulust venir en personne avec un petit corps, comme celuy qu'il [aj, et c'est pour cela que vous avez \eu que je ne vous av jamais escril de luy l'aire aucune prière de ma part sur ce sujet . parce qu'une personne de sa condition devroit éstre à la teste d'une grande année: mais je me promets qu'en une rencontre si importante au service du Roy, outre le zèle que je sçay qu'il a d'y contribuer en tout, l'amitié qu'il a pour moy luy sera un motif assez fort pour luy faire prendre avec plaisir les resolutions nécessaires, c'està-dire de vous permettre d'amener ce corps, si M. d'Elbeuf, par les raisons susdictes, ou par ce qu'en ces conjonctures il pourroit estre préjudiciable qu'il s'esloignast de son gouvernement [de Picardie], ne juge pas à propos d'y venir en personne. Sur quoy j'ay peine à croire qu'on n'ayf envoyé, de la Cour, ordre précis de ce qu'on devra faire.
J'envoye un gentilhomme des miens avec celuy qui est venu de la part de M. d'Elbeuf et qui m'a rendu vos lettres, et je luy en ay donné pour tous les gouverneurs de la frontière de Picardie, qui sont de mes amis, le priant de vouloir donner leurs compagnies de cavalerie et ce qu'ils pourront de leurs garnisons pour assister le Roy en ce rencontre, les asseurant que je leur en auray obligation, puisque, outre le service de Sa Mlë, il y va de mon interest particulier en ce rencontre; et comme M. de Navailles et M. le comte Broglia3 m'ont envoyé icy chacun un gentilhomme pour me dire qu'ils estoient [tout]4 prests à me venir trouver, et qu'ils l'eussent faict s'ils n'eussent creu me trouver desjà
' A l'époque où j'étais encore à Bouillon. s Ce nom est écrit ici Broglia.
8 Dans le sens de soutiendraient les troupes ' La copie porte tous , qui ne peut con-
ie Condé et du duc de Lorraine. \enir puisqu'il s'agit de deux personnes.
rt/i6 LETTRES
Novembre Hif)> partv poui' Paris, il pourroit arriver, quoyque je n'en scaehe rien, qu'en venant eux-mesmes pour me voir, ils se fissent accompagner des troupes qu'ils pourront assembler en leurs quartiers, et je n a\ pas oublié de remercier M. le rnaresclial d'Hocquincourt de toutes les protestations qu'il vous a faictcs à mon esgard. Enfin, je m asseure que chacun fera ses efforts de son costé; car c'est en ces occasions que les bons serviteurs du Roy mettent toutes pièces en œuvre pour donner des marques de leur zèle et de leur fidélité, et je me flatte, en outre, que ma considération ne les refroidira pas. Je ne doute point non plus que M. le rnaresclial d'Auinont ne donne sa cavalerie et toutes les troupes dont il pourra disposer.
Il faut que je vous die encore un coup que je suis estonné de voir que vous ayez preveu vous-mesme que les ennemis atlaqueroient Rethei, et que l'on ne se soit pas mis en posture de joindre promptement l'armée du Roy pour la mettre en estât pour venir au secours, nv de faire advancer cinq ou six cens hommes de pied pour jeter dans la place, comme l'on a faict à Laon. Car il n'y a rien de plus constant (pie M. le Prince, en ce cas, ne l'eust pas attaqué, ou, s'il l'eust faict, il \ eust eschoué, puisque ce sont les habitans qui ont contraint Le Rasle à se rendre, et s'il eust eu des troupes réglées, par le moyen desquelles il eust esté le maistre, les habitans eussent faict des merveilles. M. le Prince y a laissé six cens hommes de pied en cinq ou six regimens, et cinq cens chevaux; ce qui aftoibht d'autant son armée.
Je ne sçay pas si M. le rnaresclial d'Estrées1 pourra donner quelque chose pour renforcer vostre corps et si le régiment de Cœuvres est en estât de s'y joindre; mais je sçay bien que rien ne le sçauroit empescher de faire, de son costé, tout ce qu'il luy sera possible. L'extrémité, à laquelle vous me mandez qu'est réduit M. de Chaulnes2. me met e\-
1 Le maréchal d'Estrées était gouverneur son frère, Charles d'Albert d' \ill\ . qui vécut
de Soissons. jusqu'en 1698. La maison d'Albert d'Ailty
Henri-Louis d'Albert d'Ailly, duc de était une des plus puissantes de la Picardie.
Chaulnes, mourut te 21 mars 1 6 5 3 . Il eut Le duc de Chaulnes était gouverneur de la
pour successeur dans le ducbé de Chaulnes ville et du château d'Amiens.
\)V CVRDINAL M.\Z\UIN. 447
trememenl en peine, parce que cela arrive dans une mauvaise conjonc- Novembreiôl i lure, et je crains fort qu'un semblable accident ne soit capable d'altérer te repos de la province.
J'onhliois à vous dire que je sçay de bon lieu que Fuensaldagne n'a |>as voulu promettre à M. le Prince de demeurer pour luy aider à prendre ses quartiers1, aprez lequel temps2 il a résolu de ramener ses troupes en Flandres, et les préparatifs qu'on a faicts à Givet3 Tout juger qu'il passera par là.
\rch. nat.. Kk, l. 1076, P i3o. — Afl'. étr. , France, t. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin , I' ^83 v°. — Copie du temps.
AU MARÉCHAL DE LA FERTÉ
Sedan, (i novembre i652.
(EXTRAIT
J'av esté bien ayse de voir que vous avez profité du peu de cavalerie que j'avois faict advancef àChaalons, et je me suis bien promis qu'en y arrivant vous feriez tous vos efforts pour jeter quelques troupes clans Stc-MenehouId. Et outre ce que vous m'en escrivez, j'ay d'ailleurs beaucoup de raisons de croire que l'infanterie y soit entrée; car, entr'autres, M. de Joyeuse4, qui vient d'arriver icy, m'a dict que Clinchamp5 luy a voit advoué qu'il y en estoit entré [d'infanterie]; mais, pour la cavalerie, qu'elle avoit esté desfaicte. J'attends neantmoins avec grande impatience la confirmation de cette nouvelle.
Il y a probablement quelques mots ' Le sens est : après le temps fixé pour omis dans la copie, comme : «7 a limité le limite de son expédition, ii'mps de son expédition en France à quinze 3 Le manuscrit porte Givez. jours, aprez lequel temps, etc. C'est dans la ' Probablement Robert de Joyeuse, lieulettre suivante que nous trouvons l'indica- tenant de Roi au gouvernement de Cbamtion de quinze jours comme terme extrême pagne. (Voy. ci-dessus, p. i5a, note 4.) du délai pendant lequel Fuensaldagne devait 5 Bernardin de Bourqueville. (Voy. cirester en France. dessus, p. 65, note 2.)
/i/iS LETTRES
\ovembrei65o. Les ennemis ont piis Rethel et Chasteau-Porcien, où ils ont laissé
six cens hommes de pied et cinq cens chevaux, et sont maintenant,
comme vous sçavez, devant Ste-Menelionld, où M. le Prince n';i pas voulu
perdre un moment de temps à se rendre, n'ayant pas mesme entré
dans Rethel. Cela faict que je ne me liaslepas de partir pour aller à la
Cour, quoyque j'aye ordre de m'y rendre, ayant, outre la difficulté du
passage, grande peine à laisser la province en Testât où elle est, puisque,
de la manière que je suis faict, j'auroys peine, si j'estois à Paris, à ne
pas quitter tout pour y venir, croyant que c'est dans ces conjonctures
où les fidèles serviteurs du Roy doivent faire paroistre leur zèle. J'ay
envoyé plusieurs courriers à M. de Turenne pour le solliciter de s'ad-
vancer en toute diligence et ay depesclié partout, afin qu'il se vienne
joindre à luy le plus de troupes qu'il sera possible, estant eslrange
que, le dernier du passé, M. d'Elbeuf esloit encore à Compiegne avec
le corps que l'on a assemblé en Picardie, dont celuy qui est venu de
Normandie n'estoit pas loin, veu que je vous puis jurer avec vérité
qu'il y a plus de six sepmaines que je me tourmente pour faire joindre
l'un et l'autre à l'armée que vous commandez avec M. de Turenne. Je
m'asseure que, de vostre costé, vous ne vous endormirez pas. L'affaire
de Marsal i est achevée et je l'ay facilitée, afin que. vous estant cette
espine du pied2, vous eussiez plus de facilité de faire vos efforts en cette
conjoncture. Enfin il importe au dernier point que le Roy ayt au plus
lost le plus de troupes qu'il se pourra, unies en ces quartiers. H est
constant que les ennemis n'y ont pas plus de douze mille hommes, tout
s compris, la brigade de Ligneville3 s'estant retirée en Flandres, et ce
que les ennemis avoient mis dans Vervins s'en estant allé pareillement.
avec plus de cinq cens chevaux; presque tous les François des troupes
des princes [sont] desbandez, outre que l'accommodement de M. le
' Cette petite ville de Lorraine, située La Ferte' était gouverneur de la Lorraine.
sur la Seille, avait été fortifiée, en 1260, dont faisait partie la petite place de Marsal.
par Jacques de Lorraine, prince-évêque On lui en disputait la possession, de Metz. 3 Voy. sur ce général lorrain, ci -dessus .
1 On a déjà vu que le maréchal de p. 45. note 1.
1)1 CARDINAL MAZAIUN. 449
duc d'Orléans estani faict,ses troupes se doivent retirer aussy, e( «Tail- Novembre! 65a.
leurs je sçaj de bon lieu que les Espagnols naturels et les Italiens crient
desjà et que le comte de Puensaldagne, quelque chose <ju'il fasse, aura
peine à les retenir; et de taict, je sçay qu'il a protesté à M. le Prince
que. passé quinze jours, il seroil contrainct de les ramener en Flandres,
comme il le leur avoit promis.
Je vous prie de donner ordre que les hommes de mon evesché ' soyenl conservés doresnavant avec le soin que vous avez accouslumé d'apporter aux choses qui regardent vos amis.
Je crois important au service du Roy, dans les conjonctures présentes, que vous viviez en bonne intelligence avec M. le mareschal de Schoniberg8; car quovque je le tienne incapable de faire la moindre chose contre son devoir, neantmoins nous sommes en un temps où nous devons aller au-devant de toutes choses pour oster aux personnes tout prétexte de degoust. d'autant plus que nous avons en ces quartiers M. le Prince qui n'oublie rien pouc accroistre le nombre des malcontens.
Ce à quoy il me semble que vous devez vous appliquer avec grand soin et diligence, c'est de vous mettre en estât de venir au plus tost rejoindre l'armée avec tout ce qui estoit au blocus de Marsal. J'en fais autant, de mon costé. mettant, ensemble le plus de cavalerie que je puis3 par le moyen de mes amis et de quelques levées que je fais. Et par ce moyen, peut-estre que nous serons assez heureux pour empescher M. le Prince de tenir parole aux Espagnols en se rendant maistre de tout ce pays pour y faire subsister grassement les troupes qu'ils luy ont données et les Lorrains qui luy sont demeurez.
' Mazarin avait été nommé évêque de i Navailles, dans te passage de ses Mé-
Metz au mois d'août i65-2. (Voy. ci-dessus, moires cité p. 443, note 2, dit que Maza-
p. 1 4q, note 2.) rin avait quatre cents chevaux et cinq cents
1 Ce maréchal était gouverneur des trois mousquetaires. Ce fut avec cette escorte
>-\iVhés (Tout, Metz et Verdun). Ces places, qu'il conduisit te cardinal à Châlons-sur-
quoique comprises dans la Lorraine, for- Marne, où il fut accueilli avec joie, comme
niaient un gouvernement particulier. on le verra p. Ifjo-tfji.
MtZtBIl. — ».
MPKiutaie m r, ■>■».!. -
'if)0 LETTRES
Novembre i65s.
CLXXXVÏ.
Bibl. nat., ms. t. f'r., t. 6891, f 28/1; déchiffrement. — Aff. étr., t. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f° 388. — Copie du temps.
À M. DE TURENNE
Sedan, 8 novembre i052.
(extrait.)
Par toutes les diligences que j'ay faictes, par les advis que j'ay de Broglio (sic), de Montdejeux et de Bridieu l, qui prétendent avoir examiné exactement les ennemis dans leur marche en France, par ce que j'ay pu apprendre de divers prisonniers et particulièrement de quelques ofliciers italiens, qui ont compté tous les regimens, m'asseurant qu'ils m'en disoient la force à dix hommes prez, je trouve que le comte de Fuensaldagne, compris ce que le prince de Ligne'2 avoit avec luy, n'est jamais entré en France qu'avec trois mille hommes de pied choisis et trois mille chevaux. Ayant objecté auxdicts prisonniers, qui me disoient la force des regimens d'infanterie, que leur rapport ne pou voit estre véritable, puisqu'ils3 s'estoient retirez bien plus forts de Dunkerque, ils m'ont respondu que cela estoit vray; mais que l'on avoit laissé les cavaliers, ceux qui n'estoient pas en estât de faire cette marche et quantité d'autres, à qui, par faveur, on avoit permis de demeurer. Et pour ce qui est de la cavalerie, quand je n'en aurois sceu aucun advis, j'aurois bien jugé qu'il ne pourra pas en avoir plus de trois mille chevaux à présent, puisque, lorsqu'il entra en France, il n'en avoit pas plus de six mille, dont il en a mis cinq à six cens à Dunkerque, et en laissa, en s'en retournant en Flandres, comme vous sçavez, deux mille trois cens à M. de Virtemberg4 pour joindre les princes.
1 Brogîie était gouverneur de la Bassée; retirés en Flandres après la prise de Dun-
Mondejeux, d'Arras, et Bridieu, de Guise. kerque.
" Voy. ci-dessus, p. 33y, note 3. 4 Au duc Ulrich de Wurtemberg-. (Voy.
; Il s'agit ici des Espagnols qui s'étaient ci-dessus, p. 107, note 3.)
11 avoit laissé trois regimens à Nenins pour asseurer cet enlreposl- Novembre i65i là; niais lorsqu'aprez la prise de Rethel, il s'est advancé pour eostoyer et appuyer M. le Prince, il doit avoir donné ordre auxdicts regimens de retourner en Flandres, puisque nous sçavona qu'ils se sont retirez; <■»• qui faict encore paroistre que la resolution dudict Fuensaldagne est défaire la mesine chose par le Luxembourg', ayant, d'ailleurs, advis qu il laid tenir des basteaux prests pour cet eflect.
11 est constant que M. de Lorraine, en se retirant, a faict inarcher tout le corps de Ligneville, dans lequel il y avoit neuf regimens de cavalerie, la compagnie des chevaux blancs et trois d'infanterie. Je ne \ous puis pas mander les noms des regimens; mais il sera bien ayaé d'en estre informé par les gens qui sçavent quels estoient ceux qui composoient la brigade de Ligne ville. Par tout ce que l'on a pu sçavoir de iv ijui reste des troupes de M. de Lorraine, on ne croid pas qu'il y <i\l plus de deux mille cinq cens hommes, quoyqu'en les louant pour qaatre mois, comme l'on asseure qu'il a faict, il les ayt faict passer pour un plus grand nombre.
Pour ce qui est de lestât des troupes des princes, vous en serez mieux informé que moy, et si, en suite de l'accommodement de S. A. R. , celles qui sont soubs son nom auront quitté l'armée ennemye2 pour vous joindre. Je ne sçay pas aussy précisément en quoy consiste présentement le corps de Virtemberg; mais quoyque les ennemis, particulièrement M. le Prince, et ceux qui sont le plus attachez à luv, fassent toutes les diligences imaginables afin que le bruit se respande qu'ils ont une formidable armée (sur quoy ils ont mesme publié qu'un certain prince de Varsovik (sic), Polonois, leur doit amener quatre mille cbevaux; mais on dict desjà à Luxembourg qu'il n'y en a que quatre cens, et M. d'Avaugour3 me mande que ledict prince est un homme sans jugement, qui, ayant assemblé soixante chevaux à Francfort, [ils]
1 C'est-à-dire, d'opérer M retraite par le devaient quitter l'armée de Coudé et servir Ltucembourg. dans celle du Roi.
! D'après |r> traité fait avec le duc d'Or- ' Ambassadeur de France en Suède.
léans, ta Lroopes qui perlaient son nom dont il a été question ci-dessus, p. 388.
[Novembre 1 65a. se sont dissipez faute d'avoir de quoy payer leur despense à l'hostellerie); quoy donc qu'ils se veuillent faire accroire bien puissans, M. de Clinchainp voulant exagérer à M. de Joyeuse, qui est son parent et qu'il quitta avant-hyer soir, la force de leurs troupes, il luy dict qu'ils avoient sept mille chevaux effectifs et six mille hommes de pied, et je mettrois ma vie qu'ils n'ont pas davantage, compris en cela ce qu'ils ont laissé àRethel et à Chasteau-Porcien. Il luy dict aussyque Fuensaldagne n'iroit pas si viste que M. le Prince vouloit; que ledict prince avoit asseuré leurs quartiers d'hyver en tout ce pays-cy, comme une chose tres-asseurée, et qu'il n'estoit pas en la puissance ny de luy ny du comte de Fuensaldagne mesme d'esviter de s'en retourner en Flandres avec les troupes au temps dont ils estoient convenus, qu'il croyoit estre le 20 du courant, et qu'il avoit déclaré nettement à M. le Prince qu'il ne falloit pas qu'il s'attendist qu'il en usast autrement, puisque les Espagnols et les Italiens n'estoient pas accoustumez à faire la guerre en hyver; qu'il leur avoit promis positivement de les ramener en Flandres en quartier, et que tout ce qu'il pouvoit faire, c'estoit de laisser encore quatorze cens chevaux, outre les troupes de Lorraine et de Virtemberg. Voilà tout ce que je vous puis dire de la force des ennemis, et j'estime que vous pouvez prendre vos mesures là-dessus, ne croyant pas que vous en puissiez avoir de meilleurs advis d'ailleurs.
Billet du g.
Mazarin exprime le regret que les troupes de Picardie et de Normandie n'aient pas encore rejoint Turenne, et donne au Maréchal des renseignements sur les mouvements des ennemis. Il termine sa lettre par ces mots :
Cette depesche n'ayant pu estre envoyée que ce matin à 8 heures, j'y puis ajouter que Fuensaldagne a attaqué Beaumont ' ; qu'il le bat desjà, et on entend le canon d'icy.
Beaumont-en-Argonne, auj. dép. des Ardeunes, arrond. de Sedan. Ce bourg étail compris, au xvue siècle, dans le diocèse de Reims et l'intendance de Châlons-sui-Marne.
-. Novembre 1 65 ,a.