‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 78 sur 145 · CCV · texte numérisé non relu

CCV

Aff. élr. , France, t. 888, pièce 172. — Original signé, en partie chiffré; quelques lignes autographes.

À M. SERYIEX.

Fuins, 8 décembre i65a.

(extrait.)

Je vous suis fort obligé d(3 ce que vous m'aviez mandé en détail de M. de Chasteauneuf1; car je sçavois bien en gros qu'il avoit faict encore pis que vous ne m'escrivez. M. Le Tellier. scait ce que je lu\ eu ay dict plusieurs fois, et vous devez croire qu'à moins d'estre incorrigible et insensé, je ne puis plus estre capable de me fier à un homme qui m'a tant trompé; mais, nonobstant cela, j'eusse bien plus souhaité que l'on eust songé au cardinal de Retz preferablement à tout, puisque chacun tombe d'accord qu'il n'y a qui que ce soit si mal intentionné que luy, si capable de nuire et si hardy à l'entreprendre. C'est un grand malheur qu'ayant escrit tant de fois sur ce sujet et marqué qu'il ne falloit pas perdre un moment de temps à luy oster celuy de mal faire, me servant mesme de ces termes de façon ou d'autre, je ne me sois pas assez bien expliqué pour estre entendu en une affaire de cette conséquence, dans laquelle je ne doute point que vous ne contribuiez tout ce qui pourra dépendre de vous pour faire exécuter promptement et avec vigueur la resolution que Leurs Majestez y auront prise. Sur quoy ayant desjà escrit au long à M. Le Tellier, de Saint-Dizier, et faisant aussy response par celle-cy à la depesche que vous m'avez faicte en commun, je ne vous adjousteray autre chose.

J'ay escrit et parlé tant de fois à la Reyne sur l'estime que Leurs Majestez dévoient faire de vos conseils, et j'ay receu là-dessus des res-

1 Voy. ci-dessus, p. k^U, note 1.

DU CARDINAL M VZVHIN. 495

ponses si favorables pour vous, que je ne puis pas croire que vous Décembre 1 65 a ne soyei dans leur esprit auss\ advantageusemenl que nous y devez estre ei tpie. sans vous Butter, vous le méritez avec justice.

J'approme fort la proposition que vous laides à l'es<>ard des Catalans ei nous conférerons ensemble, à mon retour, sur les moyens de la pratiquer. Ce pendant je vous prie de contribuer lotit ce qui pourra dépendre de vous, afin que non seulement D. Joseph de Margaril1 reçoive beaucoup de caresses de Leurs Majestez. niais pour luy faire donner quelque chose de solide pour marque de la recognoissance qu'Elles oui de la fidélité* et du zèle extraordinaire qu'il a tesmoignez pour leur service, sans que rien ayt esté capable de le l'aire changer. Vous prendrez, s'il vous plaist, la peine de luy faire rendre la lettre cyjoincte. l'asseurant qu'il n'y aura point d'occasion de le servir, dont je ne profite du meilleur de mon cœur, et que, si mon advis a quelque lieu-, il n v a point d'effort que la Rcyne ne fasse pour le restablir dans la Catalogne, puisque, aucune chose ne pouvant préjudiciel" plus que celle-là aux Espagnols, rien ne sçauroit estre par conséquent plus advantageux au service du Roy pour le bien de l'Estat et pour l'advancement de la paix.

Je croy qu'il seroit très-nécessaire que le sieur Marguerit s'en relourjiast en Roussillon. Selon les advis que j'ay, il doibt y avoir présentement une belle armée et capable non seulement d'empescher que les ennemis n'y lassent aucun progrez, mais de leur donner de la peine dans la province et à Barcelone mesme, si l'on veut profiter sans aucun delay de leur foiblesse et de l'impossibilité où ils se trouvent de se fortifier dans l'hyver, et du desespoir que les Catalans et particulièrement les habitans de Barcelone [ressentent] de se voir sy mal traictez avec apparence que cela empirera de plus en plus, et des citadelles que le

' Mazarin écrit tantôt Margarit, tantôt lieutenant général en 1 65 1, il mourut à Per-

Marguerit. Don Joseph Margarit, ou Mar- pignan, le 17 juillet 1 G85. (On trouve le

guérit, fie Bièvre, marrruis d'Aguilar, était détail de ses services dans la Chronologie

un des principaux Catalans attachés à la militaire de Pinard, t. IV, p. 101.) France; nommé maréchal de camp en 1 662 , ' Dans le sens de quelque autorité.

Décembres 65a. ro\ d'Espagne y veut bastir. Il faudroit que les vaisseaux, destinez pour cela, \ allassent au plus tost.

J'ay mandé plusieurs l'ois que j'estimois qu'il n'y avoit rien de si nécessaire pour le rcstabiissemenl de lautliorité royale que de faire quelque exemple, et si cela pou voit tomber sur la personne de Saint- An nez l, qui est un des plus ingrats et des plus mesclians subjects que je cognoisse, ce seroit un grand bien. Peut-estre qu'il ne seroit pas mal aysé à M. le marescbal de La Mothe et à M. du Plessis-Beliierc de venir à bout de Leucate2, où j'apprends qu'il y a peu de monde et de provisions. Je vous prie d'en conférer avec M. Le Tellier et d'en faire donner les ordres, sy on juge à propos de le conseiller ainsy à Leurs Majestez. Il en faudroit mesme faire escrire pressamment par M. le Procureur-général à M. du Plessis-Belliere, et promettre que, sj l'on peut prendre cette place, on luy en donnera'ie gouvernement.

Je finiray cette lettre en vous priant de prendre la peine de faire cognoistre à M. de Saint-Aignan3 que je fais beaucoup d'estat de son amitié et que je le veux servir de bonne sorte, mais qu'il faut qu il me laisse agir à ma mode et qu'il s'en trouvera bien; et pour le désir qu'il auroit d'estre plustost mareschal de France que duc, je vous conjure de luy oster cette pensée, parce que je ne sçaurois le satisfaire en cela pour des raisons dont je m'expliqueray à mon retour.

J'ay oublié de mettre, dans la depesche que je fais en commun à vous et à M. Le Tellier, qu'il faut bien prendre garde , dans les poursuites que les Enquestes4 pourroient faire de l'assemblée des cbambres, de leur en donner aucune espérance, mais que le Garde des sceaux5 doit couper court en leur déclarant nettement qu'il ne peut point du tout promettre les assemblées, parce qu'il les juge préjudiciables, dans les

1 Henry de Barry de Saint-Aunez ou * Les chambres des enquêtes du Parle- Saint-Aunais. (Voy. sur ce personnage, le ment de Paris. Elles avaient presque toujours t. H, p. io52, des Lettres de Mazarin.) eu l'initiative des projets qui inquiétaient le

2 Forteresse du Languedoc, dont Saint- gouvernement.

Aimais était gouverneur. 5 Mathieu Mole, qui était en même

3 François de Beauvillier. (Voy. ckles- temps premier président du Parlement de eus, p. 272, note 1.) Paris.

conjonctures présentes, au service du Rov et à L'interest mesme de la Décembrei65a. compagnie; car, si une lois on met eu négociation sy on les doit permettre ou non . il aura peine, aprez, à s'en défendre, et on courra risque, parce moyen, de retomber dans les inconveniens du [tassé, et c'esl une chose dans laquelle il me semble que l'on se doil tenir bien ferme. J'a\ esté ravy de tout ce que vous m'avez escrit de M. le duc de Guise, et vous le pouvez asseurer que je souhaite avec passion estre son tres-humble serviteur et delà bonne manière1.

GGVII.

Bibl. ua!., iib. I. fr., I. 6891 . I 353. — Original signe.

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