‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 8 sur 145 · À M. BLUET · texte numérisé non relu

À M. BLUET

Saumur, 28 février i65-j.

( EXTRAIT

Je vous ay desjà faict faire response louchant M. de Chavigny, et comme il faict faire des propositions générales, de tous costez, sans qu'on voye rien de positif. Tout ce que je vous puis dire là-dessus, c'est qu'encore qu'il ayt paru le plus animé de mes ennemis et qu'il n'ayt rien oublié pour me nuire, je ne songeray point à venger les injures du cardinal Mazarin , et je me regleray seulement par le bien de l'Estat et des affaires du Roy, de sorte que, si M. de Chavigny tesmoigne d'estre dans les sentimens que doit un bon serviteur de Sa Mte, je vivray avec luy, comme s'il avoit tousjours esté le meilleur de mes amys; mais

1 Le mot vostre , e'crit en abrégé , est dou- ron , né en 1 6 1 6 , fut sacré évêque de Tulle teux. en 1 653 ( 2 nov. ) , et transféré à Comminges

J Louis de Rechignevoisin , abbé de Gu- en 1671; il y mourut le 20 mai 1693.

on aura biçn peine à croire qu'il soit dans cette disposition-là lanl qu'on Février i65a. ne verra point d'autres elVects de son crédit auprez de M. le duc d'Orléans que les extrémités auxquelles S. A. R. se porte en taschant de souslever les provinces contre le Roy, et appelant les Espagnols dans le royaume pour en achever la ruine. Pour Mme de Chavigny1, c'est une personne pour qui j'ay tousjours eu beaucoup de respect et d'estime, et on la peut asseurer que je n'auray point d'occasion de la servir, en son particulier, que je ne l'embrasse avec joye.

Le Roy a escrit à la Ville de Paris; il le fera aussy à M. l'archevesque, afin qu'il donne l'ordre aux prédicateurs et confesseurs de prescher l'obeissance que l'on doit à Sa M1*. Il sera tres-à-propos de faire et de publier une consultation de docteurs sur ce sujet, et de faire aussy imprimer la censure qui a esté donnée, à Poitiers, par M. l'archevesque de Bordeaux et d'autres evesques qui y estoient.

Pour les livres que l'on a retirez2, je seray bien ayse de sçavoir quels ils sont et ce que l'on a donné pour cela, et s'il y auroit moyen de ravoir aussy les autres; car si, de tout le corps de la bibliothèque, on n'en pouvoit racheter que quelque partie, j'en tiendrois la despense inutile.

Je suis fort obligé à M. Mesnardeau; il se peut asseurer que je conserve tousjours le désir de le servir dans son affaire3, et j'espère den venir à bout; mais il faut du temps pour y disposer les choses et pour surmonter les obstacles qui s'y rencontrent, lesquels ne sont pas petits.

On a desjà faict parler à M. le président Le Bailleul4, comme vous l'estimez à propos.

1 Anne Phél\ peaux, morte le 3 janvier * Louis Le Bailleul, ou de Bailleul , avait 1694, à 81 ans (Journal de Dangeau , été reçu conseiller au parlement de Paris le t. 1\. p. 43o). 21 août 1 643 ; il devint président à mor- Mazarin veut parler des ouvrages de sa tier au même parlement le 1 6 août 1 65a , bibliothèque qu'on avait retirés de la vente. et mourut le 11 juillet 1701, à 79 ans. Ménardeau, conseiller au Parlement, (Voy. \e Journal de Dangeau, t. VIII, p. 1 45d.;sirait obtenir une charge d'intendant des 1 46 , et la note de Saint-Simon sur ce pasfinances, et il l'obtint en effet. sage.)

iitun. — v. g

Mrpniutr.tc KATIO^Alt

Février 16691

Bibl. nat. , mss. fonds fr. 23,202, f° 3i. — Original, cliiffn; en partie.

À L'ABBÉ FOUQUET

Février 1602 [sans date plus précise].

(extrut.)

Aprez avoir fermé la depeschc cy-jointe, vostre valet est arrivé qui m'a rendu la vostre du 1 1 , hyer, à onze heures du soir. Il y a eu une impossibilité absolue, quelque presse qu'il ayt faicte, [d'expédier] la depesche aussy tost qu'il vouloit, parce qu'auparavant que de vous faire response il a fallu lire vostre lettre au Roy et à la Reyne, et assembler les personnes qui forment le Conseil.

Il y a desjà deux jours que M. le Garde des sceaux depeseba un courrier à Paris avec un arrest qui repare tout ce qui avoit esté faict touchant les gages des officiers, de sorte que, la cour des Aydes n'ayant plus dessein de demander et de poursuivre l'union des compagnies, je voy qu'il n'y a rien à craindre de ce costé-là.

Pour les renies, Sa Majesté donne plus de créance à ce que vous mandez, de la part de Mmo de Chevreuse et de M. le Coadjuteur, qu'à toutes les autres lettres qui sont venues de Paris, lesquelles, quoyque, de plusfraische date, ne représentent pas l'esmotion des esprits si grande ny les affaires en si mauvais estât que vous faictes sur ce sujet. Le Roy a donc résolu de restablir les choses comme elles esloient, et l'on envoyé l'arrest qui est faict sur la minute que M. d'Aligre en a dressée, pour la revocation de celuy du 8 janvier; mais ce que je vous puis dire, c'est que voulant esviter les maux que nous appréhendons à Paris, nous serons réduits infailliblement dans la dernière misère, puisqu'il ne restera pas mesme de quoy entretenir la table du Roy, qu'on proteste qui sera renouvelée au premier jour.

Je vous dis cecy sans exagération et aprez l'avoir touché au doigt. Vous le représenterez vivement à Mmc de Chevreuse et à M. le Co-

Dl CARDINAL MAZARIN. 59

adjuteur et vous leur direz que, le mal estant aussy grand que vous Fé»ri& ni".. l'avez mandé, il n'y avoif pas à hésiter à y appliqué* le remède que Ton a laid, et plust à Dieu que les diligences que j'ay l'aides par lant de courriers que j:ay envoyez pour taire que L'on declarast qu'en donnant l'arrcst du 8 janvier, on n'avoit aucun dessein de toucher aux rentes, eussent produit Teflect qu'elles dévoient. Je m'asseure qu'ils s'employerontaumesme temps, de leur costé, pour remédier aux inconvenienssusdicls, auxquels nous nous exposons, et empescher que tout ne se perde. Enfin j a\ emporté la chose, et je croy que vous ne manquerez pas de la bien faire valoir, afin que j'en acquière quelque mérite envers ceux qui y sont intéressez, ne doutant point que je n'en aye des reproches icv de diverses personnes, lesquelles ont esté d'advis qu'on ne devoit pas en user ainsy.

Pour vostre affaire ', vous me l'aides un peu de tort de ne vous confier pas à la parole que je vous ay donnée que c'estoit une chose laide. La Revue me l'a promis à mon arrivée, et si j'ay différé à en retirer les expéditions, c'est que j'ay voulu estre asseuré qu'elles seroient tenues secrettes par le Secrétaire d'Estat qui les {'croit. Vous pouvez donc faire estât qu'elles sont entre mes mains, et quand vos affaires particulières et celles, dont on se repose sur vous, vous permettront de venir faire un touricy [pour] saluer Leurs Majestez, je vous les remettray, m'asseurant que vous cacherez la chose pendant le temps que je vous diray, comme Sa Majesté le désire absolument, pour esviter d'estre accablée par un nombre iufiny de pretendans à d'autres grâces de cette nature, si celle-cy estoit sceue.

J'observeray de mesme ce que j'ay promis pour M. le Prévost des marchands, et j'en retirerai les expéditions, qui demeureront aussy entre mes mains ou dans les vostres, comme vous-mesme l'avez approuvé, jusques à ce que l'on voye bien clair à l'exactitude de ce qu'il a promis de faire pour le service du Pioy; car, pour vous en parler franchement, on a escrit à la Reyne qu'il flatte S. A. R. et qu'il tient une conduite

' 11 s'agissait de la collation d'un bénéfice ecclésiastique pour l'abbé Fouquet.

Février iG52.

par laquelle il paroist qu'il ne veut lu y donner aucun mescontentement et qu'à l'esgard du Parlement, il a la décision [assurée]1 pour toutes les choses qu'il tesmoigne désirer. Vous pouvez croire que jay pris son parti et soustenu le contraire, parlant de luy et de M. son fils dans les termes que je devois pour donner, de leurs [sentimens et]2 de leur passion au service du Roy, une idée aussy advantageuse que je l'ay conçue. Mais il faut qu'ils s'appliquent à remédier à l'extresme nécessité dans laquelle les affaires vont tomber plus que jamais; et je vous conjure de les presser, autant qu'il vous sera possible, là-dessus, m'asseurant qu'avec l'assistance de M. le Coadjuteur, on pourra venir à bout de quelque chose. Si M. de La Barre se porte bien, et qu'il y ayt quelque chose [assez] importante pour mériter qu'une personne, comme luy, fist un voyage à la Cour, je vous puis asseurer qu'il y sera bien receu. J'ay parlé à M. le chevalier de La Vieuville3 sur le retranchement des gages de M. le Prévost des marchands, qui m'a asseuré que l'on n'y avoit pas touché. S'il en est autrement, je vous respons que je le fairay reprendre.

Il est vray que l'on avoit rendu de mauvais offices à M. le Procureur gênerai avant mon arrivée; mais je l'ay servy de sorte, et en public et en particulier, que Leurs Majestez en sont tres-satisfaites, comme il le cognoistra par la lettre que le Roy luy en escrit pour le remercier, comme Sa Majesté faict, ainsy que pour le président Le Bailleul, de la manière dont ils ont agy 4.

1 11 y a ici un mot chiffré sans traduction.

2 Deux mots chiffrés, non traduits; comme le sens n'est pas douteux, j'y ai suppléé par les mots entre [].

3 Fils du duc de La Vieuville, surintendant des finances.

1 A la suite des lettres de février 1 65 2 , on devrait placer, si elle était authentique, une dépêche deMazarinà d'Estrades, imprimée

dans les Mémoires de d'Estrades , t. I", p. 106, et datée de Poitiers, 2 mars 1652; mais, comme, à cette époque, la Cour était à Saumur, il y a erreur évidente. On trouvera plus loin une lettre à d'Estrades, en date de Montereau, 23 avril i652, qui autorise d'Estrades à traiter avec Cromwell. C'est probablement à cette date qu'il faudrait placer la lettre de Mazarin imprimée dans les Mémoires de d'Estrades.

DU CARDINAL MAZÀRIN. 61

■ Mars i65d.

AIT. élr. . France, (. a6g, r1 56 v°; l. 3o du recueil des Lettres de Ma tarin. —

Copie du temps.

AU MARÉCHAL DE LA MEILLERAYE

Saumur, a mars iG5a.

( EXTRAIT

Je ne puis me tenir de vous dire que , sur la lettre du comte du Daugnon, dont vous trouverez l'original cy-joinct, que je n'avois pas daigné la lire jusques à ce jourd'huy, me doutant bien qu'elle ne pouvoit contenir que des extravagances, et estant d'ailleurs fort asseuré que, quand vous ne m'auriez pas creu vostre serviteur et vostre amy, comme je prétends l'avoir tousjours esté, ny les cajolleryes d'un homme de cette sorte, ny quoy que ce soit au monde neseroit capable de vous empescher de périr mille fois, s'il le falloit, pour le service du Roy et de la Reyne. A mon esgard, vous sçavez de quelle manière j'en ay usé envers luy, et vous pouvez mieux juger que personne de son ingratitude. Toute la recognoissance qu'il m'a jamais rendue des obligations qu'il m'a, est qu'il s'est approprié les billets de l'Espargne, que je luy avois confiez pour m'en faire payer, parce qu'ils estoient assignez sur les gouvernemens de la Reyne1, et que non content de cela il s'estoit saisy d'un de mes vaisseaux.

J'ay fait escrire à M. de Nucbeses2 qu'il nous vienne trouver en diligence pour vous l'envoyer aussy tost. Je ne sçay s'il ne seroit point mieux qu'il allast à Brest luy-mesme pour faire venir les vaisseaux qui y sont. Vous luy donnerez, s'il vous plaisl, vos ordres là-dessus et sur tout ce qu'il aura à faire, estant entièrement à vous. J'estime aussy

1 La Reine avait le gouvernement de 2 L'amiral de Nuchèses, ou Neucheze, Brouage, de la Rochelle et de l'Aunis. Le commandait la flotte de l'Océan sous les orcomte du Dognon n'était que son lieutenant dres du duc de Vendôme, grand amiral de dans ces contrées. France.

,. * Mars iG6a. qu'il est bien à propos que vous teniez bonne correspondance avec M. de

Vendosme, afin que toutes choses se rendent plus faciles, et, à ce que

j'apprends, vous n'y aurez pas grand peine, puisqu'il faict profession

de vous estre obligé.

Mazarin lerniine en lui parlant du vaisseau l'Anna, qu'il l'ait équiper au Havre; des instances qu'il a faites pour que La Meilleraye soit payé de ce qui lui est dû; enfin du succès obtenu à Angers. Leurs Majeste's souhaitent que La Meilleraye se rende le plus tôt possible dans celte ville pour y mettre bon ordre.

Aff. étv. , France, t. 269, P. 61; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin.

Copie du temps.

A M. BLLET.

(extrait.)

Tours l, 1 1 mars iGj2.

Je suis obligé de vous l'aire des excuses de ce que je vous escris si rarement. Vous donnerez cela, s'il vous plaist, à l'accablement des alla ires qui ne me laisse pas le temps de vous faire response avec la ponctualité que je desirerois, et vous n'inférerez pas de la rareté de mes lettres que je ne reçoive les vostres avec beaucoup de plaisir et de recognoissance de vos soins et de vostre affection. Je vous asseure que je fais un cas tout particulier de tous les advis que vous me donnez2 et que j'en profile ; c'est pourquoy je vous seray fort obligé si vous continuez à me mander vos sentimens et à m'informer de tout ce qui viendra à vostre cognoissance.

Sur ce que M. Talon vous a dict de M. de Cbavigny, j'ay deux choses

1 La Cour, qui avait quitté Saumur après ' Les papiers de Mazarin contiennent,

la prise d'Angers , arriva à Tours le 10 mars comme nous l'avons déjà dit, beaucoup de

1G09. Llle alla de Tours à Amboise, où lettres où Bluet donne avis au Cardinal de

elle s'arrêta le 12 mars, et d'Amboise à ce qui se passe à Paris et lui transmet les

Blois ( 1 h mors). conseils de ses partisans.

à vous répliquer : la première que M. de Chavigny, et encore plus Mars i(iô-.>. S. A. lî., a laid faire les mesmes ouvertures par diverses personnes, qui croyenl tous avoir son secret, et qu'encore que j'a\e retenu les choses en suspens* depuis l'ordre du R<>\ qu'on luy a envoyé de venirà la Cour ' pour voir s'il changerait do conduite, cola n'a produit aucun ellect. Au contraire, il a paru, par celle de M. le duc d'Orléans, que mondict sieur de Ghavigny n'employoit le crédit qu'il a auprez do luy que pour le porter aux dernières extromitez par toutes sortes de façons, afin de mettre les affaires hors d'accommodement. L'autre chose est qu'aprez la déclamation que M. Talon a faicte publiquement dans le Parlement-, où tout le monde est demeuré d'accord qu'il avoit tesmoigné un emportement que ne luy permettoit pas le devoir de sa charge, puisqu'on a remarqué qu'il ne s'est pas contenté de m'attaquer, mais qu'il a attaqué aussy la personne de la Reyne, en alléguant l'exemple de ce que fit le feu Roy à la Reyne mère aprez la mort du mareschal d'Ancre3, jem'estonne qu'il veuille, à présent, estre le médiateur de cet accommodement. Neantmoins vous luy pourrez dire là-dessus que je sacrifieray tousjours sans aucune répugnance tous mes ressenlimens au bien de l'Estat, et que, si M. de Chavigny sort des termes généraux et qu'il fasse quelque action positive qui demonstre clairement qu'il veut rentrer dans son devoir et bien servir le Roy, je n'auray, en mon particulier, aucune peine à oublier le passé et h vivre avec luy comme s'il n'avoit jamais esté mon ennemy, et je vous puis dire la mesme chose touchant M. Talon.

Toutes nos troupes sont en marche pour se joindre, et jecroy qu'elles composeront une armée qui ne craindra gueres de rencontrer celle que commande1 M. de Nemours et M. de Beaufort.

On m'avoit voulu donner beaucoup d'alarmes de ce lieu 5, et on m'a-

1 Voy. ci-dessus, p. 28, note 2. (p. 468 de l'édil. Michaud et Poujoulat).

2 Ce fut le 28 février 1652 qu'Orner 3 La reine mère, Marie de Médicis, avait Talon prononça, en présence du duc d'Or- été reléguée à Blois.

léans, la harangue dont parle Mazarin. Il * Le verbe est bien au singulier.

en a donné un résumé dans ses Mémoires ' On avait annoncé que, si la Cour se

Mais i65a. voit inesnie dcpesché des courriers exprez à Saumur pour m'advertir de n'y venir pas; mais par cette raison, quoiqu'on eust pris la resolution d'aller droit à Amboise pour s'advancer plus diligemment, j'ay supplié Leurs Mlez de venir icy, et j'y suis mesme arrivé exprez une heure devant Elles, et au lieu de ce qu'on m'avoit faict craindre, j'y ay esté receu avec tout l'applaudissement possible.

Aff. étr. , France, l. 2G9, f° 7 3 v°; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

À RAILIN.

(extrait.)

Blois, 25 mars i652.

On ne peut se deU'endre d'avoir icy 1 un peu d'inquiétude que la juste appréhension, que S. A. pourroit avoir que les Ministres d'Espagne en Flandre ne luy jouassent un mauvais tour, ne l'oblige à signer quelque nouveau traité avec eux; mais sur ce que vous m'en escrivez2, j'ay donné de nouvelles asseurances à Leurs Majestez de la part de S. A. que, quoy qu'il puisse arriver, elle demeurera inesbranlable dans la resolution qu'elle a prise de s'attacher inséparablement à leur service,

rendait à Tours, celte ville lui fermerait ses portes. Mazarin envoya J.-B. Colbert pour disposer les habitants de Tours à recevoir le Roi et la Reine , et cette mission eut un plein succès.

1 On voit, par le Journal de Dubuisson- Aubenay, que l'on s'inquiétait à Paris des projets du duc de Lorraine. Il y dérivait le 11 mars i652 (t. II, p. 179): " Grands et communs avis de l'accommodement du duc de Lorraine avec le Roi , qui lui doit rendre son pays dans deux ans, moyennant quoi ce duc donne à Sa Mté ses troupes , qui sont

en Alsace et vers le Rhin, au nombre de six mille hommes, n

s Le lendemain, 12 mars, Dubuisson- Aubenay donne une nouvelle bien différente (Ibid.,p. 180): (f Le duc d'Orléans, arrivant chez madame sa femme, la tira à part et lui dit assez haut pour se faire entendre : rEh cr bien , Madame , les quatre (sic) mille hommes rrque M6r de Lorraine devoit bailler aux trMazarins sont avortés; il a tout de nouveau ff traité avec l'Archiduc. » L'archiduc Léopold gouvernait, comme on l'a déjà dit, les Pays-Bas espagnols.

ei je m'asseure quelle confirmera d'autant plus cotte vérité par les ei- Mara i65a. Fects, que sa gloire et son utilité s'y rencontrent entièrement; qu'elle a voulu se servir de mn\ pour en porter les paroles; (pie les Espagnols n'ont aucune bonne volonté pour luy et n'ont autre but, en le pressant de s'engager en de nouveaux traitez avec eux, (pie de l'obliger à travailler pour la gloire et l'advantage de M. le Prince, ainsy que le faicl M. le duc d'Orléans. Enfin S. A. est en Heu, où il n'aura pas peine à COgnoistre que les ministres d'Espagne et ceux de Flandres ne songent à autre chose qu'à mettre le tout pour le tout pour l'agrandissement de M. le Prince; mais Dieu jusqu'à présent ne besnit pas leurs intentions, puisque le malheur le suit sans relasclie de tous costez et [qu'il] a la mortification de voir qu'on n'a rien entrepris, depuis mon retour, qu'avec succès. J'av trop de passion pour le service de S. A. et pour le voir1 indissolublement uny à cette couronne, pour hésiter à luy faire sçavoir qu'on a un advis tres-asseuré et très-important, qui est que M. [le duc] et Mmc la duchesse d'Orléans dirent à M. de Clinchamps2, lorsqu'il fut à Paris, qu'un gentilhomme de S. A. m'estoil venu trouver de sapait, qu'il s'en retournoit avec le traité signé, et qu'ils obligèrent ledicl Clinchamps à en donner advis en diligence au comte de Fuensaldagne, de façon qu'il me semble que les personnes qui devroient travailler le plus à retirer avec honneur et seureté celle de S. A. du pouvoir des Espagnols, sont si mal conseillez que de faire des choses capables de le perdre. Et tout présentement je viens de recevoir des nouvelles de Paris que Madame avoit receu une lettre de S. A., par laquelle elle (S. A.) l'asseuroit que les troupes, qui estoient entre Sambre et Meuse, marchoient pour se rendre, le 28, vers La Capelle; «rue S. A. s'y rendroit pour faire tout ce que le duc d'Orléans souhaiteroit. On adjouste aussy que le traité de S. A. avec les Espagnols estoit signé, par lequel elle s'est obligée de leur donner quatre mille hommes, moyennant

' I.e sens est : et trop de désir de le voir. dail un des corps de son année. M" de Mont-

! Bernardin de Bourqueville. baron de pensier, dans ses Mémoires, parle du séjour

Clinchamps ou Clinchamp, était entré en de Clinchamps à Paris et des fêtes qu'elle

France avec le duc de Nemours, il comman- lui donna, en mars i65a.

pniyinit sAiiy^iue

Mars 1652. quarante mille escus d'argent comptant et pour le reste aux mesmes conditions des années passées. L'on m'escrit mesme que M. de Fauge marclioit avec son corps1.

Je ne sçay pas ce qui est de tout cecy; mais je vous asseure que la Heyne ny moy n'en avons aucune alarme, me souvenant fort bien que vous m'avez escrit, delà part de S. A., de n'en prendre point, quelque chose que l'on nous die et que nous puissions voir, et je suis persuadé que, si S. A. a esté contraincte à signer quelque chose, c'aura esté pour n'en pouvoir user autrement et avec les reserves nécessaires pour pouvoir sortir, au mesme temps, des mains des Espagnols et exécuter ce qui sera plus conforme à sa réputation et au bien de ses affaires.

Il seroit pourtant à propos que je fusse adverty de tout, afin que je puisse mieux prendre mes mesures et agir de concert pour faire réussir les intentions de S. A., qui ne vont pas moins au bien du royaume qu'au sien particulier.

Quelque chose qu'on vous puisse dire, je vous responds que jamais M. le Prince ne consentira à remettre à S. A. Stenay etClermont2, de façon que les Espagnols seront bien injustes, s'ils trouvent à dire que S. A. ayt faict son accommodement avec le Roy, qui le veut restablir dans ses Estats, et véritablement il y a une différence toute entière entre l'advantage de pouvoir faire ses affaires et contribuer au repos de toute la Ghrestienté en s'unissant avec un grand roy, ou d'employer sa personne et ses forces pour eslever M. le Prince et fomenter la rébellion.

La personne que j'ay envoyée en Alsace pour empescher qu'on ne fîst aucun acte d'hostilité contre les troupes de S. A., me mande qu'il avoit parlé à M. Fauge et que tout se passeroit bien, moyennant l'as-

1 Ces nouvelles contradictoires s'expli- ainsi que Stenay, avait été donnée au prince quent par la conduite du duc de Lorraine, de Gondé en récompense des services qu'il Charles IV, qui négociait avec tous les avait rendus à la France pendant les cinq partis, afin de se vendre au plus offrant. premières années de la régence d'Anne

2 Clermont-en-Aigonne. Cette place, d'Autriche.

1)1 CVIlblNAL MAZARIN.

Mslanco qu'il luy donnerait de pain, de vin et d'autres choses, pour Mars i65s la subsistance de l'armée.

La personne qui devoit estre chargée de plein pouvoir1 est desjà partie, et l'on avoit auparavant envoyé h M. le mareschal de La Ferté les ordres de ce qu'il avoit à l'aire, de son costé, pour mettre les choses dans la disposition que chacun pouvoit désirer. On consent à tout ce que S. A. trouve bon, c'est-à-dire qu'elle ne vienne point à la Cour que le traité ne soit signé; maisje croy qu'elle jugera à propos de le faire incontinent après, pour pouvoir concerter avec elle, sans perte de temps, ce qu'il y aura à faire pour le service du Roy et pour le sien. Je la conjure surtout de bien prendre garde à elle; car il est certain que les Espagnols n'ont aucune bonne intention pour elle, nonobstant la belle lettre qu'on diet que luy a escrite le roy d'Espagne pour l'obliger à donner les mains ta ce qu'il souhaite pour mettre en meilleur estât les affaires de M. le Prince.

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