‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 9 sur 145 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

AIT. élr. France, l. 260., f" 78 v°; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —

À RAULIN

(extrait.)

Sullv -, 3o mars i652.

A l'instant que j'ay receu vostre depesche, j'ay faict partir M. de

1 Ou pourrait croire que Mazarin veut parler du comte de Brégy, qui fut, en effet, chargé de négocier avec le duc de Lorraine ; mais la lettre suivante (voy. p. 68) prouve qu'il est question ici de Claude-Paul de Vil— liers. comte de Beaujeu.

2 D'Amboise , la Cour se rendit à Cléry- >ur-Loire ('aujourd'hui chef-lieu de canton du dép. du Loiret), et de Cléry à Sully-sur-

Loire (aujourd'hui également chef-lieu de canton du Loiret). M"' de Monlpensier, qui était entrée, le 27 mars, dans Orléans, en fit fermer les portes au garde des sceaux, Mathieu Mole, qui s'y présenta avec le conseil du Roi. Le 28 mars, Turenne défendit contre l'armée des princes le pont de (iergeau ou Jargeau. Ce fut à ce combat (pie fut tué le baron de Sirot.

Mars i(j52. Bcaujeu ', qui est une personne de mérite, entièrement dans mes interests et fort estimé de la Reyne, avec cette lettre et la response de Sa M,,:. Il s'en va tout droit à l'endroit de la frontière le plus prez de La Capelle, et il s'adressera à vous et fera la révérence à S. A. (le duc de Lorraine) dans le lieu et en la manière qui luy sera prescriple. Il a les lettres du Roy et le pouvoir, afin que les gouverneurs des provinces par où les troupes de S. A. doivent passer n'y apportent aucun empeschement; mais, au contraire, qu'ils les logent, comme si c'estoient celles du Roy.

Je supplie S. A. de donner entière créance à tout ce qu'il luy pourra dire de la part de la Reyne et de la mienne, et de nous donner, à tous momens, des nouvelles de ce qui passera en la négociation de M. le duc d'Orléans.

Je vous diray, sur ce sujet, que la Reyne est tres-persuadée que, si par malheur il ne peut réussir à S. A. de séparer M. le duc d'Orléans de M. le Prince et le reunir à Leurs M'cz, Sadicte Alt. fera, sans hésiter, ce qu'il déclare dans sa lettre; mais la Reyne m'a commandé de prier S. A. de prendre garde de n'estre pas surpris par les artifices de quelques uns de ceux qui ont ascendant sur l'esprit de M. le duc d'Orléans et luy [conseillent]'2 de ne se fier jamais à la Reyne, se servant du prétexte du Cardinal, contre lequel ils l'aigrissent incessamment et l'engagent, pour leurs interests particuliers, à ne se reconcilier jamais avec luy.

Enfin la corruption est grande dans Paris, et il n'y a rien de si infecté que l'esprit de quantité de gens qui approchent de plus prez S. A. R.; mais je suis tout-à-faict persuadé que M. le duc Lorraine se garantira de tout et que, par une infinité de raisons, il se rendra sans beaucoup de peine plus puissant dans l'esprit de S. A. R. qu'aucun autre, et cognoissant son humeur et la manière avec laquelle il faut traiter avec elle (S. A. R.), [il] luy fera prendre les resolutions les plus propres pour son bien, pour celuy du Roy et pour le repos, non seu-

1 Claude-Paul de Villiers, comte de Beaujeu. (Voy. t. III, p. 33ij, note -2 , des Lettres de Mazarùi.) — 2 La copie porte conseiller, qui est une faute évidente.

lemenl de la France, mais de toute la Ghrestienté. Et pour ce qui est Avril i65a. de moy, je vous confirme que S. A. ne me sçauroit engager en rien qui puisse asseurer M. le duc d'Orléans de mon très-humble service et de la passion que j'ay de me voir restably en l'honneur de ses bonnes grâces et de m'y conserver tousjours, que je ne ratifie du meilleur de mon cœur, sçacliant l'orl bien de quelle manière s'est passé tout ce que S. \. H. a entrepris contre moy.

Mazaiïn termine en déclarant que tout est prêt pour la signature du traite' avec le duc de Lorraine.

XXVUI.

AIT. etc. France, t. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.

À L'ABBÉ FOl'Ql'ET.

De Gien, 6 avril i65a.

J'ay receu en mesme temps vos deux lettres des 3i mars et 2 de ce mois. J'eusse esté ravy de sçavoir à temps les sentimens de M. le président de Novion1, sur ce qu'il estoit à propos de respondre aux députez du Parlement2; car je fais une si baute estime de son jugement, et je suis si persuadé de sa passion pour le bien de l'Estat et de son amitié pour moy, que-j'aurois conseillé le Roy d'ordonner une response conforme à lavis dudict sieur président.

L'on estoit résolu de bien traiter les députez et de ne leur rien dire qui les pust fascher pour esviter d'aigrir davantage les esprits; mais

1 Nicolas Potier, seigneur de Novion, nomme des députes chargés d'aller présenter avait eu* nommé conseiller au parlement de au Roi les remontrances de rassemblée. A Paris en 1687 et président en 1 6 '1 5 ; il de- leur tète était le président de Nesmond, puis vint premier président en 1678, se démit deux conseillers de la Grand' Chambre, et de celte charge en 1689 et mourut en i6g3. deux des Enquêtes et des Requêtes. (Jour-

2 Le 2.3 mars i65a, le Parlement avait nal de Dubuisson-Aubenay, t. II, p. 187.)

\\rii i65a. M. de JNesmond1 s'emporta de sorte que M. le Garde des sceaux ne pust sempescher de luy répliquer dans les termes qu'il fit, et le Ho y lut contraint de luy ordonner par deux fois, de son mouvement, de se retirer.

Leurs Majestez n'ont pas approuvé le consentement que l'on a donné que M. le Prince pust venir à Paris pour vingt-quatre heures, ce tempslà estant plus que sullisant pour esmouvoir une sédition dans la ville, et y mettre les choses en estât qu'au lieu d'estre obligé de s'en retirer, il eust le pouvoir d'en taire sortir ceux que bon luy sembleroit. Gela paroist assez par le tumulte qu'ont causé les placards que l'on a affichez2, et la distribution d'argent qu'on a faicte à la canaille, et ou peut mesine juger de là ce que M. le Prince pourroit faire, y estant en personne et jetant de l'argent en plus grande abondance3.

Vous sçaurez les ordres du Roy que l'on envoyé à M. le mareschal de L'Hospital et à M. le Prévost des marchands. Leurs Majestez ne croient pas qu'il y ayt aucun [autre] moyen pour conserver le calme dans Paris, empescher M. le Prince d'y entrer, pourvoir à la seureté des bons serviteurs du Roy et y faire valoir l'autorité royale, empeschanL par le moyen des bons bourgeois, la canaille de s'attrouper et de faire des desordres. Il ne faut plus, suivant le commandement que le Roy en a envoyé, que lesdicts sieurs Mareschal et Prévost des marchands ayent aucun commerce avec S. A. R., et vous verrez qu'agissant de concert et estant assistez par M. le cardinal de Retz4 et tous les bons serviteurs du Roy, M. le duc d'Orléans se trouvera bien embarrassé. Ce

' François-Théodore de Nesmond, pré- des princes près de Lorris, enlre Orléans el

sident au parlement de Paris, mort le Montargis.il s'empara, en quelques jours.

99 novembre 166Z1. de Monlargis et de Châteaurenard et se

2 Dans la nuit du 1" au 2 avril, on avait prépara à attaquer l'année royale, alliché, sur le Pont-Neuf et aux carrefours, 3 Le 2 avril et les jours suivants, la caun avis, annonçant que le prince de Condé naille amassée sur le Pont-Neuf avait inavait quitté la Guyenne pour venir au se- suite tous ceux qu'on regardait comme Mazacours de Paris. On exhortait les Parisiens à rins. (Journal de Dubuisson-Aubenay, t. Il, le bien recevoir. Condé était parti d'Agen le p. 196 et suiv.)

•ih mars, accompagné seulement de huit 4 Le Coadjuteur avait été promu cardinal personnes; il traversa une grande partie de le 19 février i6Ô9. La nouvelle en était parla France et rejoignit, le 1" avril, l'armée venue à Paris le 28 du même mois.

seroit une action glorieuse pour M. le cardinal de Retz el pour le Ivril l65s, Prévost des marchands, et un vrav moyen de ramener S. A. H. et de finir la guerre civile, si ce dernier faisoit prendre les armes et que l'autre lisl prescher et obiigeast ses amis à parler en sorte que les bourgeois cognoissent la vérité de ce qui se passe et les mauvaises lins de ceux qui leur veulent donner des impressions contraires aux sentimens que Ton a pour leur bien et leur repos.

Je vous conjure d'y tenir la main, de voslrc costé, et de vous employer fortement afin qu'on agisse avec vigueur, asseurant les personnes cy-dessus qu'ils seront appuyez hautement. Je me promets que M. de La Barre fera des merveilles en cette conjoncture, et la Reyne ma commandé de l'en prier de sa part.

On offre de faire toutes choses pour les soustenir, et dans deux jouis le Roy partira d'icy pour s'approcher de Paris, et passera sans aucune appréhension de l'armée ennemie, quoyqu'elle ayt pris des postes avantageux dans le chemin que nous devons tenir; car, avec les troupes qui arriveront aprez-demain de Saintes, l'armée du Roy sera composée de quinze mille hommes effectifs, sans y comprendre les officiers qui sont en grand nombre et que l'on laisse pour continuer le blocus de Moutrond et pour demeurer en garnison à Gergeau (sic}, et icy.

Il me semble que M. de Ghavigny est le grand conseiller de S. A. R. , à qui asseurement il faict croire qu'il sera en mauvais estât s'il ne se déclare et ne faict des démonstrations esclalantcs et positives pour M. le Prince, parce que autrement ledict prince, estant maistre de l'armée et croyant de ne pouvoir pas se prévaloir de l'assistance et de l'amitié de S. A. R., s'accommoderoitadvantageusementavec la Cour. Il ne faut pas douter que cette appréhension ne soit capable de porter S. A. R. à tout ce qu'on luy conseillera à l'advantage de M. le Prince, nonobstant la jalousie et mesme l'aversion qu'il a contre luy ; mais si on luy donne encore plus de crainte du peuple de Paris el qu'en mesme temps on luy monstre le moyen de faire son accommodement avec la Cour, avec réputation et seureté, je crois qu'il en goustera la proposition, et que, si M. le cardinal de Retz la faict, il sera très-bien receu et viendra à bout, parce moyen, de

Avhi if»5a. la plus glorieuse et plus importante affaire qui se puisse jamais présenter. Il faudrait que ledict sieur Cardinal agist de concert avec M. de L'Hospilal et le Prévost des marchands pour faire le coup dans l'esprit de S. A. R., c'est-à-dire qu'il la presse sur l'accommodement, quand le peuple aura piis les armes , et [que] par divers endroits on aura faict insinuer à S. A. R . que l'on est animé contre M. le Prince; que l'on souhaite le Roy à Paris, et que l'on se tournera contre elle-mesme, si on voit que, par sa conduite, elle favorise mondict sieur le Prince et empesche Sa Majesté de retourner à Paris, où sa présence est absolument nécessaire pour le repos et iinterest des habitans.

M. de Laigues1 vous aura entretenu de toutes choses; ce qui m'a empesche de vous escrire. Je vous réplique que M. le cardinal de Retz ne doit pas s'endormir et qu'il faut qu'il gagne des momens pour mettre les affaires dans quelque assiette fixe; car le temps presse. M. de Chavigny, avec ses adherens, gagne pays furieusement, et, avec l'assistance de M. le Prince, viendra à bout de tout; ce qui ne peut estre que tresprejudiciable à Leurs Majestez, à M. le cardinal de Retz et à moy. Car je ne m'arreste nullement à tous les bruits que l'on faict courir, avec tant d'artifice, qu'il est d'accord avec M. de Chavigny, et qu'il s'est accommodé, par son moyen, avec M. le Prince, sçachant fort bien qu'il est incapable, par mille raisons, d'une chose de cette nature.

M. le mareschal de L'Hospital n'aura pas de raison d'estre mescontent; et si M. le comte de Biïenne luy mande la vérité de ce que je fais icy pour ses interests et pour luy faire fournir toutes les assistances possibles, je crois qu'il sera satisfait de moy.

Je voudrois estre un peu plus esclairci sur tout ce que vous a dict et proposé ce colonel allemand; car de consentir qu'il se rendist maistre de Brisach pour en traiter, aprez, avec luy, ce seroit peut-estre un remède pire que le mal. Je vous prie donc d'approfondir la chose davantage.

Vous ferez, s'il vous plaist, compliment, de la part de la Reyne et de

1 Voy. sur le marquis de Laigues. ei-dessus, p. 36, note h.

la mienne, à M. le président de Mesmes', luy tesmoignant combien Avril tG&u. Sa M1' a de recognoissance de la manière avec laquelle il agit dans sa compagnie, et l'exhortant à continuer; je vous prie d'autant plus de presser cet office, que M. de Bouillon m'a dict que ledict sieur président recevrait bien ce que vous luy diriez, et qu'il prendroit confiance en vous. Il lin faut demander conseil sur Testât présent des affaires, l'asseuraiit que Leurs Majestez déféreront beaucoup à son avis.

11 serait bon de faire afficher des placards contre M. le Prince, qui disent particulièrement qu'il veut empescher le retour du Roy à Paris, et jeter par ce moyen les habitans dans une dernière ruine2. S'il est inesme nécessaire de distribuer quelque argent, je vous prie de le faire, et on le rendra ponctuellement.

Vous donnerez part de tout à Mme de Chevreuse, et escrirez ce que l'on juge de delà que la Cour doive faire; car on s'y conformera icy autant qu'il se pourra.

Bibl. nat. . mss. fonds fr. 23,202, f° 5o. — Lettre non datée, en partie autographe.

À L'ABBÉ FOUQUET

[Probablement, Gien, 6 avril i65a.] (extrait.)

Quelqu'un a dict qu'il est bien aysé de respondre aux placards que les partisans de M. le Prince ont faict afficher, en disant que M. le Prince , aprez avoir révolté3 la Guyenne et l'avoir plongée dans la dernière misère, la faisant le théâtre de la guerre, a résolu de l'abandonner,

1 Jean-Antoine de Mesmes, seigneur d'Ir- mes. Il mourut en 1673, âgé de 75 ans. val el autres lieux, avait été reçu conseiller 5 La lettre suivante, dont nous ne don-

au parlement de Paris en 1621; il était nons qu'un extrait, contient un projet de

devenu président à mortier en 1601 , après réponse aux placards affichés dans Paris. le décès de son frère aîné, Henrv de Mes- ' Fait révolter.

>i pniMLniL *4Tion&i£

7/i LETTRES

\vrii i65a. aprez que les barricades que l'on a faictes contre luy à Agen ' luy ont achevé de persuader que les Gascons ne croyent pas de pouvoir estre heureux avec luy, et s'en est venu, comme un désespéré, vos Paris pour lascher d'y exciter la mesme révolte, le desordre et la division du royaume estant le fondement unique de [sa conduite |; et comme il a veu que le Roy prenoit la route de Paris, [il a] mis toutes pierres en œuvre pour rendre cette ville malheureuse et la priver de la présence du Roy; mais ce sera inutilement, nonobstant les placards, la distribution d'argent et tous les artifices, desquels on se sert pour y faire une sédition, les bons bourgeois ayant trop d'affection, de zèle et de fidélité pour le Roy et trop de cognoissance de ce qui arrive à leurs voisins pour s'y laisser [entraisner], et trop de resolution pour ny donner bon ordre et punir les insolens qui, corrompus par l'argent, travaillent, pour plaire à M. le Prince, à la perte de la ville.

Aff. étr., France, t. 369, P 8'i v°; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

Page 1