‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 80 sur 145 · V/\RIV V · texte numérisé non relu

V/\RIV V

IM-'r.lMLMt V*UOM

Ddcembret65a. que d'aller à Bouillon, on verra que j'ay tousjours esté du mesme advis. J'ay mesme mandé1 que, pour autoriser davantage ce que l'on pouvoil estre contraint de faire contre ledict sieur cardinal, il falloit que tout le monde sceusl le refus qu'il avoit faict d'aller à Rome, quoyque le Roy luy voulust faire un traitement si advantageux que de luv donner soixante mille livres d'apointemens, dont Madame la princesse palatine peut rendre un tesmoignage public2. Enfin j'estois si peu d'une opinion différente que, par ma dernière depesche, j'ay mandé que je ne croyois pas qu'on l'attendist pour exécuter ce qui avoit esté résolu à l'esgard dudict sieur cardinal, puisque, par celle que j'avois faicte de Chaalons, je pretendois m'estre explicqué assez nettement de mes pensées làdessus. Il est vray que je ne me suis pas servy du mot d'arrester, me semblant que la bienséance ne me le permettoit pas; mais j'ay dicl la mesme chose en des termes aussy significatifs. Je suis pourtant en peine de ce que pourroit souffrir le service du Roy pour ne m'estre pas sceu assez bien faire entendre.

D'ailleurs, par ce que j'ay eu l'honneur d'escrire particulièrement à la Reyne3 sur ce subject, je luy ay marqué précisément qu'il falloit pourvoir à cette affaire de façon ou d'autre; ce qui me paroissoit assez intelligible. Et de plus, depuis que l'on voyoit [que] les personnes les plus affectionnez au service du Roy estoient esgalement persuadez qu'il requieroit absolument que l'on mist ledict sieur cardinal en estât de ne pouvoir pas effectuer ses mauvais desseins, quand je n'en aurois rien du tout mandé, on pouvoit bien le faire sans ma participation, puisque chacun de vous autres, Messieurs, sçait que je n'ay d'autre but que le bien de l'Estat et le restablissement de l'authorité royale.

Mais il ne faut plus songer au passé, et je me console que, par l'arrivée du valet de pied du Roy, tous vos doutes auront cessé, et puisque, par vos lettres, je voy les déclarations positives que ledict sieur cardinal a faictes de ne vouloir pas aller à Rome, mesprisant les offres advantageuses qu'on luy a faictes pour cela, s'il n'a poinct changé de-

1 Voy. ci-dessus, p. 483 et suiv. 3 Nous n'avons pas retrouve" cette lettre

2 Ibidem. à la Reine dans les papiers de Mazarin.

Dl CARDINAL MAZAR1N. 499

puis, je suis d'un sentiment tout conforme au vostre, ainsy que je Décembre 1 65 *. vous a\ escril plus particulièrement par le valet de pied, et je crois que tous les momens que l'on y perd sont tres-prejuciables au bien de l'Estai »'i peuYenf rendre l'affaire plus difficile. Je prendray mesme la hardiesse de dire que, si, pour empescher que les partisans dudict sieur cardinal n'excitassent quelque sédition, on estoit obligé de faire monter le Roy à cheval, bien accompagné, soubs prétexte d'aller en quelque lieu, je ne le croirois pas hors de propos, vous priant pourtant de ne proposer cela en aucune façon à ceux qui sont de ce secret, que vous ne recognoissiez auparavant que cela sera agréable à Leurs Majestez.

Je ne doubte point que cette resolution ne soit entièrement justifiée et approuvée du peuple, si on luy faict cognoistre en mesme temps les intelligences que ledict sieur cardinal entretient avec les rebelles depuis la publication de l'amnistie, les cabales qu'il faict dans Paris où il cherche des seurelez contre le Roy et les déclarations qu'il a faictes à Madame la princesse palatine1 qu'il n'obeiroit pas si Sa Majesté luy ordonnoit de sortir. Et comme ce sont des choses véritables qui ne peuvent estre contestées, je m'asseure qu'il n'y aura personne qui puisse dire qu'il y a\i eu de la légèreté ou de l'injustice à conseiller cette action.

On pourroit aussy praticquer un expédient dont M. l'abbé Fouquet m'a escrit 2, que je trouve fort bon. qui seroit de porter M. l'archevesque de Paris à faire une déclaration publique qu'il ne prétend en aucune façon que ledict sieur cardinal [de Retz] s'ingère dans les fonctions de sa charge et qu il defTend à tous ceux de son diocèse de le recognoistre [pour archevesque]; ce qui seroit luy oster les principales armes dont il veut se servir pour demeurer à Paris, disant tous les jours hautement que le séjour d'un pasteur dans son église est de droict divin, que l'on ne sçauroit violer sans crime.

' Yoy. Ifs Mémoires de Guy Joly (p. 81- de la princesse palatine jwur engager Retz 8a. éclit. Michaud et Ponjoalal . Guy Joly à quitter Paris. y parle des instances et même des menaces * Voy. ci-dessus, p. &o,3.

Dticemlii i65a.

CCVI1L Bibl. nat., ms. C. IV.. I. 6891, P 355. — Original signé.

\ M. LE TELLIER

\u camp devant Bar, 8 décembre 1 65a.

(extrait. )

Hyer au soir, la ville basse de Bar fusl emportée d'assaut par le regiment de Picardie, sousteuu de celuy de Piedmont et des gens commandez de tous les regimens de l'armée de M. de ïureniie, qui est celle qui faict ce siège. Gomme il n'y avoit à la batterie que de petites pièces de douze de calibre, la bresche n'estoit pas trop aisée, et mesme il y falloit aller pardessus le pont de la ville et défiler le long de la muraille environ vingt pas à descouvert, à cause du fossé qu'il n'y avoit pae moyen de passer; neantmoins les ennemis furent contrains de céder à la vigueur des nostres qui, après s'estre logez sur la bresebe, donnèrent aussytost aux barricades, et quoyqu'il y en eust jusques à six dans une seule rue et qu'elles fussent dépendues d'abord avec quelque opiniastreté, ils ne laissèrent pas de se rendre maistres de toute la ville basse; ce qui fut facilité beaucoup par un capitaine de Picardie, nommé Gampagnole, qui se saisit de la tour qui est en haut de la porte, d'où il voyoit de revers aucunes des barricades cl faisoit faire grand feu sur ceux qui les gardoient.

J'eus le soing que je devois, en cette occasion, de faire mon possible pour empescher le desordre dans la ville, et MM. de INa\ ailles et Broglio et plusieurs autres personnes de condition s'estant rencontrez auprez de moy, je les priay d'y aller, comme ils firent, et y envoya} aussj plusieurs de mes gentilshommes, leur recommandant surtout le? maisons des religieuses et celle des jesuistes et tous les autres couvens. et quoyqu'au lieu de quinze cens hommes qui estoient commandez pour donner à l'assaut, il fust entré plus de trois mille hommes dans

DU CARDINAL M \Z\fil\. 501

ladicte ville par une ardeur qu'il estoil très^difficile d'arrester, néant- Décembre 1 65a. moins il n'\ a ea nv feu, nv violemenl. cl mesme la plusparl «.les maisona particulières oui esté conservées;

L'on avoit résolu h ver que M. le maresclial d'Aumont . avec toute la cavalerie, iroii se poster à deux lieues d'icj dans deux quartiers, l'un proche de l'autre, d'où il destacheroit des partis pour aller à la guerre ri avoir des nouvelles de M. le Prince; mais cela a est/1 changé ce malin, sur l'advis qu'on mil que M. le Prince s'advançoit de deçà, avec toute sa cavalerie .sans bagages, ei devoil estre liverau soir à Clermont. On a pris résolution . sur cette nouvelle, de taire repasser de ce costé-icy toute la cavalerie, el l'on a donné seulement à M. de Vaubecourt deux cens chevaux et cinquante dragons pour aller dans son chasteau de Vaubecourt1, où avant promis de tenir bon au moins douze heures, l'on a résolu, en cas <ju il soit attaqué par M. le Prince, de marcher de ce costé-là au premier advis, y ayant assez de troupes pour le faire, et estre en estât de le combattre avec advantage sans discontinuer le siège: et comme il faut que M. le Prince passe des deffilez pour venir à Vaubecourt, il y a grande apparence que, s'il *'y engage, il ne s'en retirera pas sans recevoir quelque escliec.

o:ix.

Bil)l. nal.. ms. !'. l'r. . I. 6891, f" ."îôj. — Original signé, avec noté <le la main de Mazarin.

V M. LE TELLIER

Pains, 9 décembre 1 652.

(extrait.)

Apres avoir escrit ce que dessus, nous avons eu nouvelles de Verdun et de Jametz-, confirmez par les prisonniers que nos partis ont faicts,

On a déjà indiqué que Vaubecourt était ! Jametz es! maintenant un bourg du

aujourd'hui chef-lien de canton du dépar- déparlement île la Meuse, air. el canton1 de lement de la Meuse, arr. de Bar-le-l)uc. Montmédy.

Décembre 1652. que M. le Prince, après estre arrivé à Clermont, s'estoit advancé à \ aitbccourt, et tout présentement arrivent d'autres partis et des paysans qui asseurent l'avoir veu marcher à Vaubecourt et d'autres qu'il y avoit desjà un grand party des siens arrivé à Loupv '. C'est pour- ([iioy, ayant assemblé tous ces messieurs ce matin, on a résolu que, dez aujourd'huy, toute la cavalerie marcheroit vers ledict lieu de Loupy, à la reserve des trois ou quatre cens chevaux qu'on laisseroit icy pour continuer le siège, avec toute l'infanterie, à la reserve de deux mille mousquetaires qu'on tireroit de tous les corps pour marcher avec ladicte cavalerie. S'il estoit vray que l'on trouvast M. le Prince avec toute son armée à Loupy, il ne se pourroit pas desdire de combattre. y ayant beaucoup de deffilez à passer pour se retirer à Clermont; mais je ne pense pas qu'il ayt esté si mal conseillé que de prendre ce party.

Enfin, sy on ne le rencontre pas là, on le poussera pour l'obliger à se retirer de Clermont, et nostre cavalerie ne s'advancera que jusqu aux environs de Vaubecourt où elle demeurera jusqu'à ce que le siège soit achevé, aprez lequel on ira de nouveau droit à M. le Prince pour l'obliger à repasser la Meuze et le pousser au delà de Stenay, pendant que le mesme corps d'infanterie, qui aura achevé ce siège, ira prendre les postes aux environs de Sainte-Menehould.

Nous attendons, avec l'impatience que vous pouvez juger, la nouvelle de l'arrivée du canon à Chaalons, puisque, sans cela, on ne peut rien entreprendre. L'on n'en a aucune nouvelle, aussy2 du fonds que vous m'avez mandé que l'on avoit faict pour les travaux et les autres despenses qu'il faut faire à tous moinens; j'en ay desjà advancé une bonne somme pour lesdicts travaux, pour establir un hospital, pour des voitures et pour diverses autres choses nécessaires, et j'ay commis des personnes différentes pour chascune de ces choses-là. Je ne puis vous exprimer en quelle confusion tout ettoit, n'y ayant aucun intendant ny autre officier qui prist soin de rien.

Je vous prie de faire donner ordre à M. le Surintendant qu'il envoyé

1 Loupy-le-Cbasteau , auj. dép. de la Meuse, arrond. de Bar-le-Duc. caut. de Vaubecourt. — 2 Le sens est : ainsi que du fonds, etc.

.mi toute diligence un commis avec deux mille pistoles au moins, cela Décembrei65s

estanl absolument nécessaire. Si je n'estois espuisé comme je suis, je

ne Ferais pas cette instance: mais comme je vois qu'il me manquera de

i|uov fournir aux despenses qu'il faut faire, je vous conjure d'insister

fort pour ce secours el de faire en sorte qu'on l'envoyé en poste à

Chaalons.

Tous les généraux marchent contre M. le Prince avec le corps que je vous ay marqué cy-dessus, et on laisse icy le comte Broglio pour continuer le siège, lequel on pressera le plus qu'on pourra; mais il y a apparence que l'on y trouvera grande résistance, celuy qui commande dans la ville estant fort opiniastre, et y ayant beaucoup de gens et quantité d'officiers.

Addition ii la lettre de Mazarin x.

C'est une chose estrange et de laquelle je suis au desespoir de voir que nous sommes contrains à prendre d'assaut tous les lieux que tous ceux qui les defendoient pour le Roy ont rendus sans aucune résistance, et il ne faut pas dire qu'ils manquassent de monde pour faire une bonne défense, puisque dans Bar il y avoit prez de cinq cens hommes, et à \ oid plus qu'il ne falloit, et lorsque le gouverneur se rendit, M. le Prince n'avoit pas encore songé à combler le fossé qui est trèsbon. M. le mareschal de La Ferté l'a faict mettre en prison, et certainement il faut faire quelque exemple.

GGX.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , t. 6891, f° 3i>7. — Autographe signé.

À M. LE TELLIER

De Loupy 2, 1 0 décembre 1 65a.

Comme l'armée debvoit suivre, toute la nuit passée, M. le Prince,

Ce dernier paragraphe est autographe. — * Voy. ci-dessus, p. 5o-2 , note 1.

Décembret65a. qu'on croyoit estrc avec toute sou armée à \ aubecourt. personne m voulul partir de celles j des personnes] qui debvoient retourner à Paris, croyant qu'il y auroit quelque occasion. C'est pourquoy vous recevrez plus lard cette depesche. Ce pendant je vous diray que M. le Prince, avant eu le bonheur d'apprendre nostre marche par quelque prisonnier qu'il lit hyer au soir d'un party d'un régiment croate1, qu'on avoit envoyé pour avoir la confirmation s'il estoit encore à \ aubecourt, il slest retiré toute la nuit avec grande diligence, prenant la route de Clerinont. L'armée estoit à deux lieues de luy, et asseurenient il eust receu un eschec sans le bonheur d'en avoir esté adverty. Il a faicl brusler \ aubecourt en le quittant, et il faut songer à faire quelque chose pour le maistre2, qui est un fort bon gentilhomme et tres-zelé. Le bien de M. le Prince pourra donner le moyen pour cela.

On ifalloit à M. le Prince qu'avec la cavalerie, à l'exception de cinq cens chevaux qu'on avoit laissez à Bar, et avec deux mille mousquetaires. Et ces messieurs ont esté tous d'advis de ne pousser pas dadvantage M. le Prince que la haute ville de Bar ne fust rendue et le chasteau de Ligin .

Nous sommes au desespoir de ne sçavoir pas encore que les canons et les munitions de Corbeil soient arrivez à Chaalons; car tout dépend de là. M. le Prince a jeté encore trois cens hommes à Stc-Menehould.

GCXI.

Arch. nat., Kk, vol. 1075, f" i3(j.

À M. FABERT

Au camp devant Bar, 16 décembre 1 6 5 -1 .

(kxtrait.)

11 \ ti onze jours que nous sommes aprez à reprendre ce que M. le

1 Troupe de cavalerie légère qui servait Voy. sur le marquis de Vaubecourl.

d'éctaireurs. ci-dessus, p. ^9-2. note 2.

DU CAItDIN M. M IZARIN. 505

Prince a pris en onze heures, quoiqu'il y eust alors autant de monde Décembrei65a. à le défendre qu'il y en a à présent; ce <jui laid voir que ce sont les hommes qui font les places bonnes on mauvaises. Cependant ce retardement nous cause un grand préjudice; car sans cola nous aurions pu avoir advancé les autres choses qu'il y a à faire.

L'attaque générale qu'on avoit résolue sur la ville liante [de Iîar| ne reussil pas, parce que le fossé à l'endroit où on avoit faict la bresche se trouva si profond et le talus par où il falloit monter si glissant, qu'il fus! impossible daller à l'assaut, et outre cela les eschelles dont on vouloil se servir pour donner en mesme temps l'escalade en divers autres endroits de la muraille, se trouvèrent [trop courtes], les assiégez se défendant opiniasl renient; mais j'espère que nous en aurons raison demain ou après-demain au plus tard, puisqu'on a faict une nouvelle batteur avec du gros canon, qui arriva hyer de Toul, en un endroit plus accessible, et qu'apparemment on fera bientost une bresche raisonnable, et, outre cela, on a attaqué l'ennemy en deux autres endroits.

CGXII.

IJibl. nat.. ms. f. fr. , t. 6891, f" 376. — Original signé.

À M. LE TELLIER

Au camp devant Bar, i(i décembre iG52.

( extrait. ) Après avoir donné des détails sur le siège de Bar, Mazarin ajoute:

11 s'estoit glissé dans les bois trois cens hommes destachez pour apporter de la poudre aux assiégez; mais la chose ayant esté descouverte et les gardes renforcées, ils n'ont faict que se présenter, et, ayant esté poussez, sont rentrez dans les bois et n'ont plus paru depuis. Je vous envoyé les billets interceptez de M. le Prince et de M. le chevalier de Guise1, par lesquels vous verrez avec quelle asseurance ils promettent

Roger de Lorraine, chevalier de Malte, né en 162 4, mort en 1 653.

HAIARI>. — v. 64

[vrnviriE v\no**ic.

506 LETTRKS

n.oinirr, i(if>j. à ceux (le Barde les secourir. Ceux qui les apportaient estaient deux soldats de Clerinont sans armes, lesquels ayant esté pris cl amenez à \I. le mareschal de La Ferlé, il les a laict pendre comme espions. Vous trouverez cy-joinct aussy la copie de deux autres billets de M. le Prince «pie M. de Fabert m'a envoyez, ayant esté interceptez de ce costé-là. Ce que je considère de plus là-dedans, c'est que M. le Prince parle d'une manière qu'il semble qu'il ne doute nullement que Fuensaldagne ne doive se venir joindre à luy avec toutes les forces de Flandres et les nouvelles levées que ledict prince faict tousjours en Allemagne pour renforcer son armée.

M. le Prince est à deux lieues de Clermont et a mis sa cavalerie en ce lieu-là et aux environs. Il continue à faire brusler tous les fourrages à l'entour de Stc-Menebould et dans les autres endroits qu'il croid pouvoir servira l'armée du Roy pour le siège de Sainte-Menehould. où il a envoyé encore depuis peu trois cens hommes de pied et de 1 argent pour faire travailler incessamment aux fortifications qu'il y a laid commencer. Il ne se contente pas seulement de faire brusler les fourrages, ayant destruict plusieurs des meilleurs bourgs et villages qu'il y eust en ces quartiers-là et qui appartiennent à de très-bons serviteurs du Roy, et il en a faict brusler un entre autres appelé Herpont l, apartenant à M. de Vaubecourt, où il y avoit prez de trois cens maisons qu'il a pris soin de faire brusler toutes sans exception, commençant par celle du seigneur et finissant par celle du curé. Ledict sieur de Vaubecourt est entièrement ruiné, et je vous prie de nouveau de supplier Leurs Majestez de luy donner moyen de se rescompenser sur les biens de M. le Prince qui a juré de le réduire à la dernière misère. Je croy qu'il est aussy tresnecessaire d'envoyer ordre du Roy icy à ces MM. les généraux de faire sçavoir par un trompette à M. le Prince que Sa Majesté fera brusler ses maisons, s'il continue à faire, en ce royaume, des excez auxquels les Espagnols n'ont jamais songé.

Apres avoir escrit jusqu'en cet endroit, il m'a semblé estre tombé

1 Aujourd'hui village du département de la Marne, arrondissement de Sainte- Menehould, canton de Dommartin-sur-Yèvre.

Dl CARDIN VI. M VZVIUV 507

des nues, quand j'aj veu dans une lettre deM* de. Champlastreux, qu'os Dé«»bi»i659. vient de [n'apporter de Uiaalons. qu*il n'avoit encore nulles nouvelles du canon el des munitions de (lorheil et qu'il avoit seulement receu un mot de vous, par lequel mois luv mandiez qu'il falloil prendre de l'artillerie en Champagne.. Jugez ce que Ton doibt attendre de MM. des GnaAces ei de ceux de l'artillerie sy les choses vont de la sorte tandis que je suis icv en personne et mesme aprez tant d'instances qui ont esté laides là-dessus. \ avant quarante jours que M. de Turenne en a escript et n'ayant cessé, en mon particulier, de presser sur ce subject par toutes mes lettres depuis que je suis party de Sedan. Ce nous seroil une espèce de consolation, dans la longueur du siège de Bai', de voir que, quand il auroit esté pris plus tost, cela ne serviroit de rien, puisque nous n'aurions pas de quoy agir ailleurs; mais il pourroil bien arriver que, lorsque toutes choses seront prestes, il n'y aura plus moyen de rien faire, si les ennemis rejoignent toutes leurs forces, comme vous voyez qu'il paroist assez que M. le Prince n'en faict nul doute.

CGX1II.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , t. 6891, f° 878. — Original non signé.

À LE TELLIËR.

Au camp devant Bar, 18 décembre i65a.

(extrait.)

\ous aurez peu voir, par ma dernière, en quel estât estoit alors le siège de Bar. On avoit depuis travaillé à mettre les mines en bon estât, el l'on y avoit employé des mineurs que, par bonheur, j'avois faict venir de Sedan, tous les autres ayant esté blessez. On avoit aussy faict une. nouvelle bresche fort grande et fort aisée [à enlever] du costé du chasteau, et avec tout cela les assiégez, quoyque ce fussent des gens perdus, s'obstînoieni à vouloir une capitulation tout-à-faict desraisonnable.

Décembre 1 65». Ils commencèrent à parlementer dez hyer, s'adressant à nioy pourtascher à m'esmouvoir et m'obliger à leur accorder la liberté, et, n'ayant

pu l'obtenir, ils se retirèrent avec protestation de vouloir plustost se porter aux dernières extremilez et périr tous que d'estre prisonniers; mais enfin, aprez avoir soustenu encore trois cens volées de canon qui ont ruiné partie du chasteau, voyant toutes les troupes prestes à donner l'assaut et que Picardie1, qui estoit de jour, marchoit droit à la bresche pour cet efl'ect, ils ont envoyé un olficier pour dire qu'ils se rendoient prisonniers de guerre. Dez ce soir, le régiment de Picardie entre dans le chasteau 2; et demain malin, tous les prisonniers partiront pour aller à Nancy et en d'autres lieux, où M. le mareschal de La Ferté a jugé à propos de les mettre pour les faire bien garder, afin qu'il ne nous arrive pas, comme par le passé, que les prisonniers que nous avons faicts se sont presque tousjours esvadez.

Nous ne sçavons pas encore précisément ce qui sortira de Bar; mais ceux de la garnison mesme asseurent qu'il y a plus de sept cens hommes et plus de cent officiers. Cela ne servira pas peu pour vaincre lopiniastreté de Verduisant qui est dans le chasteau de Ligny, pour brouiller tout-à-faict M. le Prince et M. de Lorraine et pour empescher celuy-cy de remettre sy-tost sur pied un corps d'infanterie considérable en qualité ny en quantité.

Pour ne pas perdre un moment de temps, j'ay laict résoudre ce soir que l'on iroit, dez demain, avec les mineurs et le gros canon, attaquer le chasteau de Ligny. M. le mareschal de La Ferté y veut aller en personne. J'espère qu'en deux ou trois jours au plus, il en pourra venir à bout, et ce pendant je despeche en toute diligence à M. de Champlastreux, afin que toutes les choses qu'on a creu devoir préparer à Chaalons pour le siège de Sainte-Menehould soient prestes à partir lundy prochain au plus tard. Je craindrois que ce qui vient de Paris

' Le régiment de Picardie. France sous le ministère de Mua/ùi). Je relève

'- Celte lettre prouve que Bar ne se rendit cette légère erreur, parce que M. Bazin est

pas le 17 décembre, comme le dit M. Bazin généralement d'une exactitude qu'on trouve

(t. IV, p. 307, 2e édit. , de son Histoire de rarement dans les ouvrages historiques.

DU CARDINAL M V/AIUN. 509

n\ fusl pas a temps, si vous ne m'aviez mandé positivemenl que MM. de Décembrei65 l'artillerie avoienl respondu qu'ils feraient le voyage en douze jours. de façon <|u"ils doibvent arriver demain, s'ils sont partis le dimanche, comme vous m'avez marqué.

Pour ce qui est du cardinal de Retz, je n'ay rien à vous replicquer. Je \ous iliray seulement que je suis adverly de tres-bon lieu que, s'il n'a pas faic( encore son accommodement avec M. le Prince, il est sur le point de le conclure, luy ayant l'aict sçavoir qu'à présent qu'il se voyoil en estât de pouvoir faire quelque chose de considérable à Paris. soil par le moyen du Parlement ou par celuy du peuple, et qu'il recognoissoit que, parla liaison qu'il feroit avec luy, [ce] seroit [chose j de durée et advantageuse à l'un et à l'autre, il lasouhaitoit1 fort de M. le Prince, ayant grand interest à brouiller le plus qu'il pourroit et particulièrement dans Paris. Je ne double pas qu'il [Coudé] ne l'accepte avec joye; ce qui doibt à mon advis obliger d'autant plus Leurs Majestez à songer sans delay aux moyens de provenir cette union2.

Bibl. na!., tus. f. l'r., I. G8(.)i, f° 388. — Original signé.

À M. LE TËLLIER.

Au camp de Rar, 32 décembre 1 6 5 « .

( extrait. )

Après avoir parlé des avis reçus de Bordeaux, Mazarin continue ainsi :

Quant au comte du Daugnon, les diligences qu'il faict pour avoir du secours d'Angleterre ne s'accordent pas avec la passion qu il tesmoigne d'avoir de se remettre dans son debvoir, renoncer à toutes sortes d'attacliemens pour servir le Roy avec la dernière fidélité et lier une sin-

' Le sens est : il souhaitoit fort la liaison cembre.J'ai raconté, dans Y Histoire de France avec M. le Prince. sous le ministère de Mazarin (t. I", p. 38o,

1 Retz fui arrêté au Louvre, le 19 dé- et suiv.),les détails de celte arrestation.

Décembret65»i cere amitié avec inoy. Je nous prie <lc conférer là-dessus avec M. de Seiyien, iiliu que, sans autre delay, oe puisse prendre une bonne resolution sur ce qu'il y aura à l'aire avec ledict comte; en quoy je ne pre- I finis faire aucune chose que d'exécuter ponctuellement ce qu'il plaira à Leurs Majestez de m'ordonner là-dessus, n'ayant autre but en cela que ce que, par l'advis de M. de Servien et le vostre. Elles jugeront estre plus utile à leur service.

M. le niareschal de La Mothe m'a despeché icy un gentilhomme. Je ne voy pas, par ce qu'il m'a escrit et par ce qu'il m'a faict dire par ce gentilhomme, que son intention soit de quitter l'employ de Catalogne, mais bien d'aller aux eaues et faire un tour à la Cour. J'estime qu'il seroit tres-advantageux qu'il voulust retourner en ces quartiers-là, pourvu qu'il s'y rendist bientost, estant fort praticque du pays, aymé de tous ces gens-là et fort capable de bien servir.

Comme il est aysé de voirque la seule crainte a obligé Saint-Aunais1 à faire son accommodement, aussy l'on doibt appréhender de l'extravagance de son esprit et de ladoration qu'il a pour les Espagnols qu'il ne retombe dans la mes in e faute, à la première occasion, et, à la vérité, s'il y a voit eu jour dans Leucate'2, on eust faict un grand coup de le faire servir d'exemple dans les conjonctures présentes; car c'est un tresdangereux fol; je vous avois desjà escrit mes pensées là-dessus. A présent, s'il vouloit sortir de la place moyennant cinquante mille escus, il faudroit choisir quelque personne dont la fidélité fust cogneue, qui rescompensast3ce gouvernement; mais il fautlroit prendre quelque précaution, afin qu'après avoir touché cet argent, il [Saint-AunaisJ ne s'en allast en Espagne pour l'employer au service des ennemis.

A l'instant que M. le Prince a appris la reddition de Bar, il a quitté le poste qu'il tenoit et s'en est allé à Varennes". C'est ung grand mal-

1 Ce nom est écrit ailleurs Saint-Aunez. 3 Qui donnât une compensation pécu-

(Voy. sur Saint-Aunais, le tome l\ des Lettres niaire pour ce gouvernement. d&'Mazarin; p. 45, note a;) 4 Varennes-en-Argonne , auj. chef-lieu

- Aujourd'hui village du département de de canton du dép. de la Meuse, arr. de

l'Aude, arrondissement de Narhonne. \erdun.

heur pour nous de ne pouvoir profiter du beau temps qu'il laid, faute Décembre ■ 65» d'avoir le canon et les autres choses qu'on nous a envoyez de Paris, lesquelles, à ce que me mande M. de Ghamplastreux, au lieu d'arriver en douze jours, comme \l\l. de L'artillerie avoienl promis, l'on sera bien heureux si elles arrivent en vingt-quatre. Je vous laisse à juger le préjudice que cela nous cause dans la saison où nous sommes.

CCW .

MF. élr., Franco, 1. 888, pièce 18a. — Original signé, en partie chiffré.

\ M. SERYIEN.

Au camp de Bar, 39 décembre 1 •>■">•>.

Je vous ay desjà déclare plusieurs fois que, par mon inclination, je ifestois nullement porté à entrer en aucune liaison avec le comte du Daugnon1, parce quaprez avoir si mal respondu aux obligations qu'il m'a, et ayant donné tant démarques de sa mauvaise volonté à l'esgard du Rov et contre ses bienfaiteurs, il m'estoit tort mal aysé de croire qu'il pust changer à l'advenir. Je vous ay pourtant protesté que n'ayant autre passion au monde que celle de contribuer tout mon possible au bien des affaires du Roy, jestois prest à faire, aveuglement tout ce que Leurs Majestez me commanderoient là-dessus, si Elles estoient persuadées que l'alliance proposée fust advantageuse à leur service. Je vous réplique la mesme chose.

M. LeTellier m'a envoyé la copie d'une lettre interceptée que Saint- Thomas escrivoit de Londres au comte du Daugnon. Je crois que vous l'aurez veue et que vous aurez bien jugé que le contenu d'icelle m'obligeoit à surseoir de vous renvoyer signé le traicté que vous m'avez laict tenir. Outre que M. de Bordeaux estant allé en Angleterre2, et

1 Ce nom esl écrit ici Doignon. (Voy. sur ' Antoine de Bordeaux avait été envoyé

ce personnage, ci-dessus, p. 55, note a.) en Angleterre en décembre i65a. M. Gaizol

Décembre 1 65». paroissant, par cette lettre, que l'intention de cette République-là n'esl

|>as de donner assistance ny au comte du Daugnon nv à aucun autre, 11 v de Faire aucun acte d'hostilité contre nous, si Je Roy la recognoist, il n'y a pas subject d'appréhender que le comte du Daugnon, qui fonde toutes ses espérances de ce costé-là, nous puisse faire grand mal.

Je vous prie donc d'examiner cette lettre, avec M. Le Tellier. et de bien peser ensemble tout ce que vous estimerez qu'il v avt à faire sut ce subject, d'en donner part à Leurs Majestez, leur dire vostre ad vis et recevoir leurs ordres; et, si l'on prend résolution de faire le traicté, de le mettre, en ce cas, en estât que, me l'envoyant par une personne expresse, je n'aye qu'à mettre mon nom au bas.

Je croy pourtant à propos de vous marquer icy les considérations que j'ay faictes sur tout ce que vous m'avez escrit sur cette matière. La première est qu'encore que j'estime M. de Maraude1 fort homme d'honneur et que je me fie entièrement en luy, neantmoins, comme je ne vous celé rien, je ne sçay s'il est de la force et du poids- convenable pour estre bon dépositaire d'expéditions sy importantes que celles qu'il s'agist de luy remettre entre les mains. La seconde, qu'il faut que je promette de donner au comte du Daugnon une de mes niepees, et je ne puis pas sçavoir asseurement3sy l'on s'y résoudra à Rome\ de sorte qu'il pourroit arriver qu'après m'estre engagé, les diflicultez qu'on y apporteroit de ce costé-là me fissent manquer de parole, sans qu'il y eust de ma faute. La troisième, c'est qu'il ne me semble ny raisonnable ny bienséant ny de bon exemple que l'on remette l'exécution des grâces qu'on promettra au comte du Daugnon aprez la consommation du mariage, parce qu'il sembleroit que ce fust une rescompense de ce qu'il auroit espousé ma parente, au lieu que je prétends que ce soit luy faire faveur de le mettre dans mon alliance.

a publié les instructions qui lai furent don- poids convenable. 11 y a là un lapsus évinces (l. Ie', [i. 5i2, de son Histoire de la denl. République d'Angleterre, a* édition). 3 D'une manière certaine.

1 Voy. ci-dessus, p. 6o5, note 2. * Les mères des nièces di> Mazarin, les

2 Le manuscrit porte deux fois le moL dames Mancini et Martinozzi. habitaient poids : S'il est du poids et de la force et du Rome.

1)1 C VIJDIX \l M \ZARIN. 513

Et de là, je passe à la quatriesme considération, [à sçavoir]quej'ap- Dëcembrei65a. prouverois bien (juo les lettres de duc et pair Itiy soient données dans le temps et en la forme portée par le traicté; mais pour le baston de mareschal de Fiance, je souhaiterois fort <jue les expéditions n'en tussent pas déposées, et qu'en cas qu'on ne puisse se dispenser de le faire, elles ne fussent délivrées qu'aprez quelque service signalé qu'il auroit rendu au Roy, dont on tascheroit de luy l'aire naistre l'occasion et de lux en facHiter les moyens par la confiance qu'on prendroit enluydez à présent, comme par exemple de luy donner lieu de chasser les Espagnols de Bourg1 et de Libourne, ou d'agir pour la réduction de Bordeaux; en quoj on l'assisteroit de bonne foy en tout ce qui seroit possible, et, luy, pourroit contribuer aussy et mesme par quelque despense qu'il feroif pour cet eflcct, afin que, au lieu de trouver à redire aux grâces que le Roy luy departiroit ensuite, elles fussent receues dans le public avec applaudissement. Si Leurs Majestez ordonnent que l'on passe outre en cette affaire, il faudra trouver quelque moyen d'empescher M. de \endosme de faire des hostililez, sans qu'il paroisse, neantmoins, que ce soit à cause de cette négociation; ce qui sera fort aisé, pouvant l'obliger à employer les forces qu'il a contre Bordeaux. Il faudra aussy bien stipuler ce que vous me marquez à part touchant la dot, afin qu il n'y ayt pas lieu à disputer par aprez. Il est juste aussy que l'argent qui! a retiré, par le moyen des billets que je luy avois fiez-, me soit rendu, et d'en tirer parole de luy.

J'approuve fort la response qu'on a faicte à Mme de Chastillon , n'y ayant rien, à mon advis, qui puisse estreplus préjudiciable, dans les conjonctures présentes, que d'introduire des négociations avec M. le Prince. Lon pcrdroit par là beaucoup de gens qui s'attachent au service du Roy dans la croyance que l'on veut pousser à bout M. le Prince.

1 Bourg-en-Guyenne, auj. chef-tien de canton du dép. de la Gironde, arr. de Blaye. — • \ieux mot qui a le même sens que confiés.

lypwur.iur. wt t

Décembre 1 65a.

Bibi. nat., ms. f. fr., t. 23,202, f" 71 r°. — Original, chiffré en partie.

À L'ABBÉ FOUQUKT.

An camp de Bar, a3 décembre i65a.

(extrait.)

C'est vostre courrier qui m'a apporté le premier la nouvelle que le cardinal de Retz avoit esté arresté par ordre de Leurs Majestez. Je suis marry que sa conduite les ayt obligez à prendre cette resolution contre un cardinal, et, à la vérité , il paroist assez, par les offres advantageuses qu'Elles avoient eu la bonté de luy faire pour l'envoyer à Rome, dissimulant tout ce qu'il avoit recommencé à faire contre leur service, qu'Elles ne s'y sont portées qu'avec grande répugnance; mais enfin je n'ay rien à dire à ce qu'Elles font pour le bien de l'Estat1. Vous m'avez l'aict grand plaisir de me mander le détail de tout, comme vous avez faict, et je voy que vous avez pensé, avec beaucoup de prudence et de prévoyance, à quantité de choses qu'il auroit esté bien advantageux de faire de bonne heure.

Je ne puis assez louer vostre zèle et l'application avec laquelle vous embrassez toutes les occasions d'agir pour le service du Roy, sans que la considération des ennemis que vous pouvez vous mettre sur les bras soit capable de vous refroidir; mais ce n'est pas par des paroles qu'il vous faut tesmoigner le gré que l'on vous en doit sçavoir, vous estant obligé au point que je suis des marques d'amitié que vous me donnez tous les jours sans aucune reserve. Je ne m'estendray pas icy davantage reservant de vous entretenir plus au long à mon arrivée à Paris, qui ne sera pas pourtant que tout ce qui se pourra faire, en ce pays, pour l'ad-

1 On a vu ci-dessus, p. 68a el suiv., que Mazarin lui-même avait conseillé l'arrestation de Retz, qui avait eu lieu le 19 décembre i652.

vantage îles armes du Kov et empescher les ennemis d'establir leurs Décembre 1 65 a. quartiers dans la province, ne soit achevé suivant mon premier projet.

GCXVII.

Bibl. nal.. in>. I'. IV.. t. 6891, f° 3</i. — Original signé

\ M. LE TELLIER

Fiiins, près de Bar, 2 k décembre i65a. (extrait.)

l.iv veu ce que vous me mandez, par ordre de la Reync, sur le subject de M. le cardinal de Retz, et quoyque je croyc que l'on doibt le transférer du bois de \ incennes en un autre lieu, je ne sçaurois pas conseiller Leurs Majestez de le faire dez à présent. Pour ce qui est de la garde, je croy qu'on y doibt employer le nombre de gens qu'on estimera nécessaire pour la seureté et choisir les officiers des gardes les plus zelez et les plus attachez au service du Roy, comme aussy prendre, parmv les gardes du corps, des plus adroits, spirituels et de la dernière fidélité, et d'empescher surtout qui! ne puisse escrire ny recevoir aucune lettre.

Ceux qui ont dict que je retournerois à la Cour à présent que le cardinal de Retz estoit arre>té, ce sont des ignoransou des malicieux; car ce n'estoil pas une grande bravoure à moy de me' rendre auprez de Leurs Majestez, estant honoré de leurs bonnes grâces et tout le peuple de Paris ne respirant que de leur plaire; ce qui est si vray, que tous ceux qui estoient auprez de moy sçavent que, lorsque je croyois partir de Sedan pour m'en retourner à la Cour, ma resolution estoit '1 entrer dans Pari> avec mon carrosse seul et de m'en aller droit au Louvre, ainsy que je fis quand je fus du Palais Royal à Saint-Louis1.

1 Ce fut en 16/19 ('2^ °°ùt), après la rue Saint-Antoine. On peut consulter, pour tin de la première Fronde, que Mazarin, les détails de cette affaire, mon Histoire de étant rentré dans Paris, se rendit sans es- France pendant la minorité de Louis XIV, forte du Palais Royal à l'église Saint-Loui- . t. III . p. -j 3 i.

Décembre 1 65a. Enfin, je ne pars pas d'icy parce que je ne le puis, voulant auparavant faire les derniers efforts pour voir si je seray assez heureux pour faire encore quelque chose pour le service du Roy, quoyque j'y voye tous les jours de plus grandes dillicultez, comme je vous dira) cy-aprez;

car, au reste, j'ay trop bonne opinion de moy, et je croy avoir assez donné subjecl à toutes les personnes de bons sens de n'en avoir pas une plus mauvaise, pour cstre persuadé qu'on ne peut pas s'imaginer que la crainte du cardinal de Retz me deubt empescher de retourner à Paris.

Ce qui me faict le plus de peine, c'est d'avoir attendu inutilement jusques à présent ce qui devoit venir de Paris et qui nous estoii absolument nécessaire pour entreprendre le siège de Sainte-Menehould et de Relhel, et que nous ayons esté contrains, faute de cela, de nous attacher ta Bar et à Ligny, qu'on pouvoit remettre au retour de M. le mareschal de La Ferté.

Les soldats, qui sont à présent dans l'oisiveté, ne songent qu'à s en aller, et de faict ils s'en vont tous les jours deux cens à deux cens et plus encore, et, ce qui est pis, la pluspart des olficiers, au lieu de les retenir, s'en vont aussy, et ce matin, quantité des commandais de corps me sont venus trouver pour me dire qu'ils estoient au désespoir de ne pouvoir arrester leurs soldats, que mesme on tenoit publiquement des discours dans l'infanterie, tendant à ne plus faire de -iege , fondé sur ce que l'on n'avoit point veu jusqu'à présent en entreprendre aucun au commencement de janvier. Je n'oublie rien pour remettre un chacun dans le chemin qu'il doibt estre; mais le courrier, que vous m'avez depesché, m'ayant dict qu'il avoit laissé le canon à Meaux deux jours plus tard que, suivant ce que vous m'aviez escrit, il debvoit estre à Ghaalons, et le temps s'estant tourné tout-à-faict à la pluye depuis hyer, j'ay grand subject d'appréhender que mes soins ne soient tout-àfaict inutiles, nonobstant que j'aye faict préparer, d'ailleurs, ce qui pouvoit estre nécessaire pour suppléer à ce qui vient de Paris; en quoy l'on faict double despense, laquelle peut-estre ne servira de rien.

Le chasteau de Ligny tient tousjours, nonobstant que l'on ayt tiré

DU CARDINAL M \Z\UIN. 517

Force volées de canon, faict jouer deux mines et donné un assaut. M. le U* mbr< • mareschal de La Ferté me mande pourtant que, pour celle nuict, il y ,ui roi t deux antres mines de Faictes et qu'il esperoit, dans demain, obliger Verduisanf à prendre la capitulation de ceux de Bar on peut-estre pire. L'advantage que le Roy pourra avoir tousjours, ce sera d'avoir defaict l'infanterie de M. de Lorraine, d'avoir empesché M. le Prince de prendre des quartiers [en Champagne] et aux environs, comme il en avoit asseuréles Espagnols, et d'avoir aflbibly tous les ennemis de plus de quatre mille hommes en les contraignant de tenir la campagne jusqoes à présent

MM. de Turenne et de La Ferté, qui receurent hier des nouvelles de Testai de la cavalerie de M. le Prince par diverses personnes et particulièrement par un capitaine de cavalerie qui estoit prisonnier, sont ■ --urez que, de soixante-dix bons escadrons qu'a voit ledict prince, il ne luy en reste plus que cinquante-cinq, dont les quinze qui sont du corps de Virtemberg1, et les meilleurs sont environ de quatre vingts hommes, l'un portant l'autre, et des quarante restans, il y en a beaucoup de quarante maislres, mais les plus forts ne vont pas à soixante.

J'eusse esté bien ayse de sçavoir qui est celuy qui a escript à M. le Prince la lettre dont vous m'avez envoyé copie. Et pour ce qui est de l'accommodement avec luy, je puis dire avec vérité que Madame la princesse palatine ne m'en a escript qu'en gênerai, et moy je luy ay respondu de mesme'2, approuvant la response qu'elle avoit faicte, qui estoit qu'elle ne pouvoit entendre à aucune proposition sans les ordres de la Reyne, et sans sçavoir aussy mes intentions, mais que, si M. le Prince se resolvoit à proposer quelque chose de juste et raisonnable, elle se chargeroit volontiers d'en parler. Voilà tout ce que la dicte dame m'a escript sur ce subject; à quoy j'ay respondu en quatre mots, sans taire grand cas de tous ces discours, sçachant fort bien que d'ordinaire ils n'aboutissent à rien.

Apres avoir escript ce que dessus, Brachet est arrivé qui m'a ap-

' Du corps des Wiirtembergeois. (Voy. ' Nous n'avons pns retrouvé ces lettres

ci-dessus, p. i52, noie 1.) de Mazarin à la Palatine.

Décembre i6fo. j)oi'lé la nouvelle de la prise du chasteau de Ligny1, après s'estre défendu six jours aussy opiuastrement et pcut-eslre plus (jue ceux de Bar. On la battu deux jours avec deux pièces de vingt-quatre, une de de dix-huict et une de douze. L'on avoit faict une grande bresche; mais, avec tout cela, ils ont contraint M. le mareschal de La Ferté à faire jouer deux mines et ne se sont rendus qu'après qu'ils nous ont veu logez sur la mine, et que nous en commencions deux autres pour pousser plus avant.

Ils nous ont tué ou blessé plus de quatre vingts hommes; mais ils ont esté à la fin contrains de se rendre prisonniers de guerre au nombre de trois cens cinquante bons soldats et de soixante officiers avec trois colonels. Eux-mesmes advouent en avoir perdu, outre cela, plus de cent cinquante, soit dans la ville ou dans le chasteau.

Bibl. nat., ms. f. fr. , t. 6891, f° &06. — Original signé.

À M. LE TELLIER

Au camp de Suippe2, 3o d'-cembre 1G02.

(extrait.)

Tant s'en faut que le canon et les munitions, qu'on a envoyez de Paris, sovent arrivez le vingt deuxiesme à Chaalons, comme vous le croyez, que j'ay nouvelles que, hyer matin, elles estoient encore au delà deChasteau-Thierry, sans grande espérance de pouvoir passer à cause que la rivière est trop basse. Je m'estonne que ces messieurs de l'artillerie n'ayent faict reflexion là-dessus, puisque l'on pouvoit bien sçavoir à Paris que la rivière ne portoit pas et qu'en prenant des chevaux on n'eust pas faict plus grande despense, et il y a desjà trois sepmaines que le tout seroit arrivé à Chaalons; ce qui nous auroit donné lieu de

1 Ce châleau s'était rendu le 22 dé- sur une rivière du même nom. esl auj. chefcembre. lieu de canton du dép. de la Marne, arr. de

1 Suippe ou Suippes, petite ville située Cbâlons-sur-Marne.

DU CARDINAL MAXARLY 519

profiter du temps, qui n'estoit pas si rigoureux, d'attaquer Sainte- Décembrei65! Menehoold el reprendre Rethel, comme l'on avoit résolu de faire.

Neantmoins javoispourveu d'ailleurs à ce qui esloit nécessaire pour cela, et il y a desjà quatre jours que tout esloit prest; mais estant parly de Bar avec ce desseing, tous les généraux et officiers principaux de L'armée ont esté d'advis qu'on n'y debvoit pas seulement songer, veu que, outre que l'on a sceu certainement qu'il y a dedans la place sept cens hommes de pied, deux cens chevaux et quantité d'officiers, et que M. le Prince y a faict l'aire plusieurs travaux, le froid s'est rendu si cruel et si insupportable qu'il y a eu bon nombre de soldats qui en sont morts, et que l'on a recogneu qu'il estoit absolument impossible que non seulement les hommes, mais les chevaux mesmes, pussent camper deux heures seulement, et Al. le Prince avoit desjà mis ordre à ce que nous n'eussions pas de couvert aux environs de Sainte- Menehould, ayant faict brusler tous les fauxbourgs mesmes.

On a faict halte un jour, à quatre lieues de Sainte-Menebould, pour faire tousjours croire que nostre intention estoit d'y aller et se préparer ce pendant à faire une grande marche pour pouvoir arriver, en deux jours, auprez de Rethel, avec un grand convoy de vivres, canons et munitions de guerre, que M. de Ghamplastreux nous debvoit amener de Chaalons, afin d'attaquer brusquement la place, si le temps s'adoucissoit tant soit peu, en resolution aussy de combattre M. le Prince, quand mesme le comte de Fuensaldagne l'auroit joint, comme l'on sçait qu'il luy a promis, séjournant vers la Gapelle exprez pour cet effect. Tout le monde est plein de bonne volonté et, nonobstant ce que les pauvres soldats soulfrent à cause du froid, il est certain qu'ils feront ce qui humainement sera possible.

Si l'on peut arriver à M. le Prince avant que d'arriver à Rethei, on a résolu de le faire avec quatre mille chevaux seulement et deux mille mousquetaires, afin de le combattre ou de l'esloigner, de Fuensaldagne. en sorte que nostre armée, estant une fois postée entre eux deux, il leur soit malaysé de se joindre avant que nous ayons pris Rethel.

Décembre 1 65a. Ce que nous craignons est que M. le Prince ne jette dans Rethel un corps de cette infanterie qui luy est venue des Pays-Bas et qui l'a joint; qu'il ne lasse brusler le fauxbourg par où nous prismes la place l'autre fois1, et qu'avant que nous l'en puissions empescher il prenne quelque poste parle moyen duquel il asseure sa jonction avec Fuensaldagne; mais, s'il ne le faict aujourd'huy, il ne sera plus à temps demain de le faire. Leurs Majestez me feront bien la grâce d'estre asseunVque l'on n'oubliera rien pour profiter de toutes les conjonctures et faire tout ce qui sera dans la possibilité afin qu'Elles soient bien servies; mais comme il n'est pas fort ordinaire de faire des sièges dans le mois de janvier, je croy qu'il est bon de se préparer à toutes sortes d'evenemens et à remettre l'attaque de ces deux postes à un mois devant la campagne [prochaine], y employant alors les troupes qu'on laissera dans cette province et dans la Picardie et ce que l'on a appresté pour faire ce siège, et l'on se pourra contenter d'avoir empesché M. le Prince de prendre ses quartiers dhyver, comme il avoit asseuré qu'il feroit, d'avoir ruiné entièrement l'infanterie de M. de Lorraine et d'avoir affoibly notablement la vieille infanterie de Flandres et davantage encore la cavalerie que les Espagnols et M. de Lorraine ont donnée à M. le Prince, qui n'a pas présentement plus de trois mille cinq cens chevaux, sans compter les trois regimens qui lui sont arrivez en dernier lieu, dont je ne sçay pas la force.

Si nous estions assez heureux pour réussir à 1 affaire de Rethel, il est certain qu'il n'y a pas de comparaison de l'advantage que ce nous seroit à celuy d'avoir Sainte-Menehould qui ne donne pas un sol de contribution de plus à M. le Prince qu'il n'en a par le moyen de Clermont 2, et pour Rethel, il suffit de voir à quel point sa conservation touche au cœur aux Espagnols3, pour juger de quelle importance il nous est de les en chasser, et c'est ce qui me faict plus apprehen-

' En i65o(i3 décembre). [Voy.let.III, " On a déjà vu. dans le l. III. p. <s i

p. 933 , des Lettres de Mazurin.] des Lettres de Mazarin, des renseignements

a Glermont - en - Argonne , aujourd"hui sur l'importance militaire et commerciale de

chef-lieu de canton de la Meuse. la place de Rethei.

der que noua ne trouvions les choses en estai de ne le pouvoir entre- Janvier i<i.r>;<. prendre.

\ i «II. n;ii.. KK. i. 107"). f° 1 65. — Minute

\ M. r\BERï.

An camp de Coulommes ', i" janvier 1 €> r> .'i .

( EXTRAIT

Ipres nous estre advancez avec toute l'année à quatre lieues de S -Menehould, on a jugé que l'attaque en estoit impossible, quant à présent, à cause que M. le Prince avoit l'aict brusler tous les lieux d'alentour, les fauxbourgs de la place et presque toute la ville de Clermont. en sorte qu'il ne restoit plus ny couvert ny fourrage ta quatre lieues aux environs, et j'ay recogneu moy-mesme qu'infailliblemenl l'armée \ auroit péri en deux jours, si l'on se fust opiniastré à y aller, puisqu'en un seul jour et une nuit il est mort de froid prez de cinquante soldats. C'est pourquoy l'on a pris resolution de marcher vers M. le Prince, pour voir si l'on pourroit prendre quelqu'advantage sur lu y. On a dessein de se rabattre ensuite sur Chasteau-Porcien et sur Rethel; mais M. le Prince a pris les devans, comme vous sçaurez mieux que moy. pour s'approcher de la frontière de Flandres, et nous avons trouvé qu'il avoit jeté du monde dans Rethel et dans Chasteau-Porcien. Nous avons au-delà de ce qu'il nous faut pour un grand siège; mais j'ay grand peur que la rigueur de la saison n'empesche l'armée d'agir, particulièrement si les ennemis prenoient quelque poste auprez de nous, d'où ils nous puissent incommoder. Neantmoins, je feray tout ce qui sera humainement possible et vous avez assez bonne opinion de moy pour croire que je ne m'endormira y pas.

1 Probablement Coulommes-Marquenay. auj. village du dép. des Ardennes. au nord-ouest de \ ouziers.

BAZAR1N. V. 66

ï il :• R I U I ME HATIONlLf .

Janvier iGô3. =======___===___=========:^====____====

CGXX.

\irli. nal., KK, t. 1070, ï" i4o.

\ M. FABERT

Sorcy '. 3 janvier i653.

(eXTIUIT.)

Je vous remercie des advis que vous me donnez ; ils nous ont esté confirmez par d'autres endroits. On a résolu l'attaque de Chasteau- Porcien, cl on se déterminera sur celle de Rethel, suivant les nouvelles que l'on aura des ennemis. La saison est assez fascheuse; mais on s'efforcera de surmonter ces obstacles et on fera tout ce qui sera dans la possibilité. Je vous prie de continuer de m'informer de ce que vous apprendrez des ennemis, particulièrement des mouvemens de M. le comte de Fuendalsagne2, après que M. le Prince l'aura joint.

Mazarin entretient ensuite Fabert des réclamations de Noirmouliers et deBussv- Lameth en faveur du cardinal de Retz; il se plaint surtout de la lettre de Noirmouliers. Il termine en engageant Fabert à venir le trouver :

Je seray ravy de vous pouvoir entretenir encore deux heures avant que m'en retourner à la Cour, et je suis asseuré que M. d'Estrades, qui est avec moy, n'en auroit pas aussy peu de joye. Mais je ne vous fais cette proposition qu'aux conditions cy-dessus de vostre seureté. de vostre commodité et de vostre inclination; car cest uniquement pour une conversation et non pas par nécessité, puisque je n'ay rien à vous dire que je ne vous puisse transmettre dans une lettre. Je ne voudrois pas que vous vous contraignissiez le moins du monde.

1 Auj. village des Ardennes, arr. de et s'était retiré dans les provinces des Pays-

Rethel, cant. de Château-Porcien. Bas espagnols, avait cédé aux instances du

' On a déjà vu que Fuensaldagne , qui prince et était de nouveau entré en France

s'était séparé de Gondé en novembre i652 pour agir de concert avec lui.

DU CARDINAL M \ZAR1N.

Janvier i653.

CCW1.

I>il)l. ii.il., m>. i. IV. . t. 689a, f° 6. — Original sijjné, avec note de la main du Cardinal.

\ M. LE TELLIER

Au camp do Balhan ', 6 janvior i653, 0 heures du matin.

(kxtiimt. )

La réception de voslrc despeche du a du courant ma appris la mort de M. de La \ieuviHe'-. de laquelle jay esté fort fasché, tant par L'affeclion que j'avois pour lu\ que parce que cet accident, dans la conjoncture présente . peut estre préjudiciable aux affaires du Roy. Je croy que Leurs Majestez auront la bonté de différer à prendre resolution sur le faict des finances jusqu'à mon retour à Paris qui sera bientosl, puisque nous sommes à la veille de voir la décision de toutes choses de ce coslé-c\. comme je vous diray cy-aprez, et j'espère, lorsque je sera\ à la Cour, de représenter beaucoup de choses sur le faict des finances qui donneront lieu à Leurs Majestez de faire le choix qui sera le plus conforme à leur service.

Les advis que vous me donnez de la frontière me causent bien de 1 inquiétude, parce que je voy qu'il y a quelque chose de bien funeste à appréhender de ce costé-là3. Jay faict partir à l'instant, soubs d'autres prétextes, le marquis d Hocquincourt '. qui estoit auprezde moy, el je

' Balhan ou Balahan, village du dép. des Irdennes, air. de Bethel. Ce village est situé dans uue île de la rivière d'Aisne.

2 Le duc de La Vieu ville, surintendant de- finances, était mort le 9. janvier 1 653.

3 Ces nouvelles, comme on le voit plus loin, concernaient les gouverneurs de Péroniir. de la Fère el d'Amiens, dont les intentions étaient suspectes.

' Georgesdc Moncfcy, marquis d'Hoccpùneourt, nommé maréchal île camp en 1 65 1 . lieutenant général en 1 (555 , mort en 1 68g . était le (ils du maréchal d'Hocquincourt. gouverneur de Péronne. Son père, comme on le verra dans la suite de la correspondance de Mazariu, s'était laissé gagner par la duehesse de Chàtillon et paraissait disposé à livrer Péronne au prince de Condé.

Janvier j 653. croy n'avoir rien oublié à l'esgard de Manicamp ' et du chevalier de Ghaulnes2. Je crains seulement que, s'ils avoienlà faire quelque mauvais pas, cela ne soit desjà faict et que l'on ne soit plus à temps pour l'empescher, d'autant plus qu'il y a grand subject de doubler que, le comte de Fuensaldagne marchant de ce coslé-cy avec M. le Prince , ils n'ayent adjusté auparavant leurs affaires avec luy. Enfin je n'y perdrav pas un moment de temps; car une heure aprez avoir receu vostre depesche,j'ay faict partir ledict marquis. Je ne doute point que, de vostre coslé, vous n'ayez faict ce que vous avez jugé à propos tant à l'esgard dudict chevalier de Ghaulnes que de Manicamp, sur l'esprit duquel M. le mareschal d'Estrée et M. de Senneterre ont beaucoup de pouvoir, et peut-estre l'abbé d'Estrée3 encore plus que l'un et l'autre.

Ce qui me faict aussy de la peine, ce sont les troupes de Monsieur4 qui sont de ce costé-là; car si elles avoient part à cette affaire, ceux qui en sont auroient, par le moyen des dictes troupes, une assistance considérable pour se pouvoir déclarer, sans rien appréhender de ce qu'on pourroit faire de la part du Roy. Il ne faut pas, à mon advis, faire le

1 Achille de Longueval, comte de Manicamp. (Voy. ci-dessus p. 198, note 1.) Manicamp était chargé du gouvernement de la Fère-en-Thiérache (auj. chef-lieu de canton du dép. de 1" Aisne). On a vu ci-dessus, par une lettre de Mazarin au maréchal d'Estrées,en date du ih septembre i652, que, dès cette époque, Manicamp était accusé de vouloir s'emparer de celte place.

2 Charles d'Albert d'Ailly, chevalier, puis duc de Chaulnes, né en 1626, maréchal de camp en i65i, lieutenant général en iG53, mort le h septembre 1698. On a vu (cidessus^. 446, note 2) qu'il avait succédé à son frère, Henri-Louis d'Albert d'Ailly, dans la charge de gouverneur de la ville et citadelle d'Amiens. On trouve beaucoup de détruis sur Charles d'Albert d'Ailly dans les Mémoires de Saint-Simon et dans une

addition qu'il a jointe au Journal de Dangeau (t. VI, p. 4i3).

3 César d'Estrées, né en 1628, sacré évêque de Laon en septembre i655. fut promu cardinal le 2 4 août 1 67 1 ; il se démit de son évêché en 1681 et se retira dans son abbaye de Sami-Germain-des-Prés , où il mourut le 1 8 décembre 1 7 1 4. ( Voy. le Journal de Dangeau à la date du 1 9 décembre 1 7 1 4, et une addition de Saint-Simon , t. XV, p. 3o6, du Journal de Dangeau.) On peut aussi consulter sur César d'Estrées les Mémoires de Saint-Simon.

' 11 a été déjà dit ci-dessus, p. 464, note 5, que, d'après le traité conclu avec Gaston d'Orléans, les troupes de ce prince devaient servir dans l'armée du Roi; mais Mazarin avait toujours témoigné de la défiance sur l'exécution de ce traité.

moindre semblant de se mesfier de personne, mais tascher seulement, Janvier i653. sonbs d'autres prétextes, de ramener les esprits de ceux que nous avons le pins de subject de soubçonner.

Je croirois auss\ que l'on debvroit sans bruict mettre quelqu'un à Greil el à Clermont1 pour avoir soing de ces passages-là, et donner ordre qu'on ne s'endorinisl pas à Gompiegne.

M. le Prince, voyant que nous le suivons de prez, lit une extraordinaire diligence pour passer le bois de Signy-l'Abbaye2 et gagner Aubenton3, d'où il se rendist à Estrée-au-Pont4 et la Capelle, où la jonction s'esl l'aide de lu\ el de Fiiensaldagne. La marche dudict prince nous fit résoudre, au lieu d'attaquer Rethel, de venir à Cliasteau-Porcien où l'on entra d'abord dans la ville, dans laquelle on surprit quelques quarante prisonniers avec quelques chevaux et huict oflficiers. La nuict passée, on attacha deux mineurs. L'on a aussy mis quatre grosses pièces de canon en batterie et deux moindres qui voient de revers ceux du chasteau. Ce pendant nous avons receu nouvelles de divers endroits, à minuict, que M. le Prince et Fuensaldagne marchoient en diligence et qu'ils ont logé, la nuict passée, aux environs d'Aubenton. M. de Turenne s'estoil advancé de ce costé-là, dez hyer, avec son corps. M. de La Ferté - \ sera rendu ce matin, de bonne heure, avec le sien. M. de Navailles, qui a voit esté destaché pour se tenir à Trugny5 auprez de Rethel, avec mille hommes de pied et cinq cens chevaux , sera à la teste (sic) de Ghasteau-Porcien à midy, luy ayant depesché exprez, pour cet effect, à deux heures après minuict. L'on a résolu de continuer le siège, faire advancer le canon , qui n'est pas nécessaire pour cela , et attendre en bonne dévotion les ennemis pour les combattre, espérant que, si cela arrive, Dieu nous donnera un bon succez. Leurs Majestez auront bientost des nouvelles de ce qui se sera passé.

' Il s'agit ici de Clerrnont-en-Vexin (au- -canton du département de i'Aisne, arron-

jourd'hui chef-lieu d'arrondissement du dé- dissemenl de Venins,

parlement de l'Oise). ' Probablement Estrées, auj. dép. de

* Auj. chef-lieu de canton du dép. des l'Aisne , arr. de Saint-Quentin.

Ardennes, air. de Mézières. 3 Village des Antennes, auj. arr. et cant.

Aubenton est maintenant chef-lieu de de Rethel.

Janvier i 653.

Arch. nat., KK, t. 1075, f° 1 53.

À M. FABERT

Balahan, 7 janvier l 653 (extbait.)

Je vous remercie de tout ce que vous me mandez par vostre lettre du 2e. J 'attends les armes l avec grande impatience et commence à estre en grande inquiétude quelles puissent estre rendues, n'en ayant aucune nouvelle. Je considère neantmoins que, si les deux compagnies de Rocroy et de Jametz les escortent, elles ne peuvent courir de risque, puisque certainement il n'y a pas quarante chevaux dans Rethel. Par le moyen de ces armes, vous nous renforcerez de mille hommes qui deviendroient autrement inutiles; ce qui n'est pas un petit advantage. et j'en feray faire la distribution, en sorte qu'il ne s'en perde point.

Je vous escrivis dernièrement de donner ordre que l'on fist quatrevingts ou cent rations de pain à Sedan, à Mezieres et aux environs, afin que l'armée pust trouver promptement ce secours. Je vous prie de tout mon cœur de me dire, à point nommé, le jour que l'on devra envoyer l'escorte pour les faire venir, comme aussy, si, en les bien payant et leur donnant seureté pour revenir à l'armée et pour leur retour, on pourroit trouver à Sedan, à Mezieres et aux autres lieux des environs de delà, le nombre de charrettes nécessaires pour faire ce convoy.

M. de Montagu - donne fort soigneusement toutes les nouvelles qu'il a des ennemis. J'ay tousjours le mesme désir, que je vous ay tesmoigné. de vous pouvoir entretenir une heure avant que je m en retourne à la

1 On voil, par celte lettre, que Mazarin et aux Espagnols quelques-une- Ac> placer avait demandé à Fabert des troupes et des qu'ils avaient occupées. munitions, afin de pouvoir enlever à Condé " Gouverneur de Rocroy.

Cour; mais je vous advertiray assez à temps, afin que vous le puissiez Janvier i653 faire sans que cela vous incommode ])i,esentemenl.

Je viens d'avoir nouvelles que, ce matin, sont arrivez deux mineurs à l'armée, que l'on a\oit employez aussy-tosl, et je croy asseurement que ce sont ceux que vous avez envoyez; ce dont je vous remercie.

Je vous diras en grande confidence que Ton m'a donné advis que le sieur de Noirmoustier Iraictoit avec Fuensaldagne, depuis la détention de M. le cardinal de Retz, et qu'il luy faisoit espérer d'engager avec luy quelque autre gouverneur. A vous parler seurement, je n'en croy rien, non seulement par sa profession d'homme d'Iionneur et aprez les protestations de bien servir qu'il a faictes tant de fois, mais parce que son interest particulier s'y trouve tout-à-faict [engage]. Neantmoins, comme, en ces sortes d'occasions, il ne faut rien négliger, je vous conjure d'observer adroitement la conduite qu'il tiendra à l'avenir, sans perdre aucune occasion de luy faire cognoistre, comme aussy à M. de Bussy1, que je les assisteray et auray tousjours beaucoup de considération pour eux, ainsy qu'ils l'ont desjà esprouvé.

AIT. etr. , France, t. 891, f° 1/1. — Original signé et en partie chiffre'; quelques lignes autographes.

À M. SERVIEN 2

Bnlahan, 8 janvier 1 653.

( extrait. )

11 n'y a pas à hésiter à recevoir la proposition que faict le colonel Preston 3, qui est utile au service du Roy, et l'on doit au plus tost con-

1 Bussy-Lameth , gouverneur de Me'zières. 3 II s'agissait de lever en Irlande, en

2 Dans l'original, cette lettre est adres- Ecosse et même en Angleterre, des troupes y sée ou comte Senien. Abel Servien . ministre pour le service du Roi . comme Preston le

d'Etat , était comte de Sablé. proposait.

lanvîei i658. dure avec luy et l'envoyer du rosté de Bourdeaux, où asseurement il peut faire un grand efl'ecl.

Je croy que Leurs Majeslcz ne prendront point de resolution sur la Surintendance1, que je n'aye l'honneur d'estre atiprez d'Elles.

Pour ce qui est de la charge de chancelier de l'Ordre2, je vous confirme ce que je vous ay desjà mandé, que je vous y serviray de la bonne manière, et l'abbé de la Rivière3 me feroit grand tort s'il croyait que je deusse embrasser son interest à vostre préjudice.

Je vous prie de n'en faire pas semblant; mais je vous advoue que je suis fort surpris de la manière dont la Gazette parle des affaires de deçà4, et il faut demeurer d'accord que, si on le faisoit faire exprez pour mettre de la division entre ceux qui commandent icy, on ne s y pourroit pas mieux prendre : premièrement, elle marque que M. de Turenne, après avoir emporté le chasteau de Bar, a pris ceux de Ligny, de Void et de Commercy. Cependant il ne s'y est pas seulement trouvé, de façon que M. le mareschal de La Ferté, qui a emporté la haute ville de Bar et le chasteau de Ligny, n'a pas subject d'estre content qu'on donne à un autre la gloire de ce qu'il a faict. Et ensuite, elle parle de cela sans en dire aucunes circonstances et comme si c'estoit une chose de rien, quoyque ces prises ayent cousté assez cher, et que, sans parler de la rigueur de la saison, on ayt eu plus de peine d'en venir à bout qu'on n'en auroit eu, en un bon temps, à prendre une très-bonne place. Enfin on y a tiré plus de deux mille coups de canon. faict cinq grandes bresches, [faict] jouer des mines et donné plusieurs assauts devant que de les emporter. M. de Lorraine y a perdu douze cens hommes et deux cens soixante officiers, sans qu'on en dise un seul mot; mais la Gazette adjouste que l'on alloit prendre Slc-Menehould, où l'on ne trouveroit pas grande résistance, et qu'il en seroit de mesme

' On a vu que le duc de La Vieuville, sur- Voir ci-dessus, p. 4 10, notes 1 et 2.

intendant des finances, était mort au coin- ' Des affaires militaires dirigées par Tu-

mencement de tannée i653. Il eut pour renne et La Ferté-Senneterre , affaires pour

successeurs Abel Servien et Nicolas Fouquet. lesquelles Mazarin avait prolongé son séjour

2 De l'ordre du Saint-Esprit. à l'armée.

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