AU COMTE DE BRIEXNE
lîalahan , H janvier i653.
(extrait.)
Je vous rends grâces du soin que vous avez pris de nie donner part de toutes les afïaires, dont vous m'escrivez par vostre lettre du i.xh du mois passé. Je crois que vous aurez receu la mienne, par laquelle je vous disois mes pensées touchant M. d'Angoulesme et le Portugal, suivant ce que je croyois estre du service de Sa Mlé; à quoy je n'ay rien à adjouster, sinon que j'estime qu'il n'y a point de temps à perdre à terminer ces deux points-là, et que le plus tost sera le meilleur.
Pour ce qui est des affaires d'Italie, il seroit malaisé, dans les tracas où je suis, que je pusse discourir, avec l'application qu'il faudroit, sur des matières si importantes. Je m'en rapporte à ce que Leurs MMte et le Conseil jugeront à propos de faire sur ce qu'il y peut avoir de plus pressé, et comme j'espère avoir l'honneur d'estre bientost auprez d'Elles, si je puis arriver à temps pour en dire mon sentiment, je le feray selon ce que je croiray estre plus advantageux au bien de leur service.
Apres avoir dicté ce que dessus, j'ay receu vostre depesche du •>. du courant. Je n'ay rien à répliquer à ce qui a esté résolu pour le Portugal, et pour ce qui regarde Rome et M. de Valençay1, je me remets h vous entretenir à mon retour, et ce pendant ledicl ambassadeur ne doit rien négliger pour establir une bonne correspondance avec le cardinal Pamphilio2, l'asseurant que, pourveu que le Pape tesmoigne. en
' Voy. sur le bailly de Valençay ou Va- s Camille Pamphilio ou Panlilio, ne\eu
lencé, le t. IV, p. 85, note 2 , des Lettres de du pape Innocent X, dont il a été question Mazarin. dans le tome Pr des Lettres de Mazarin.
Dl CARDINAL MAZARIN. 531
effect, les sentimens de père commun à lesgard du Roy, Sa Sainteté Janvier 1653 trouvera en Sa Mu lout ce quelle scauroii souhaiter.
Je crois que Leurs MM}** ne doivent plus retarder la grâce qu'Elles ont résolu de faire au v ambassadeurs de Savoye1, [cette grâce] estant tout-à-laict nécessaire par beaucoup de raisons: et, à mon retour, on travaillera à mettre, de ce costé-là, les affaires de la guerre eu estât i|u on arreste avec facilité les progrès des ennemis. II sera bon que vous preniez la peine de dire un mot de cecy à M. le prince Thomas, afin que Madame Royale2 et M. le duc de Savoye3, voyant que ledict prince agit utilement auprès de Leurs MMUz pour leur service, se disposent d'autant plus à une parfaicte reunion avec luy, et que le Mon trouvera [sic) entièrement le bien de son service.
CGXXV.
Bibl. naf., ms. I. Ir. . I. 6893, f° 10; original signé. — Afl*. étr., France, t. 889,
f0> 9/1-26; minute.
À M. LE TELLIER
Au carup de Ralalian, 10 janvier i653.
(extrait.)
Les ennemis, que nous attendions il y a trois jours à tous inomens, tirent halte auprez dAubenton, tandis que M. le Prince negocioit encore a\ec Fuensaldagne à la Capelle; ensuite la garnison de Chasteau-Portien demanda à capituler, et comme l'on n'estoit pas en estât d'espérer la réduction de la place si promptement que l'on auroit pu souhaiter, tous ces messieurs furent d'advis d'accorder, mercredy dernier, que, si •■Ile a'estoit pas secourue dans dimanche prochain à huit heures du
Il vagissait d'un titre honorifique que ' Chartes -Emmanuel II, fils de Vic-
rédamaient les ambassadeurs de Savoie. lor-Améde'e, duc de Savoie, et de Chris-
' Christine de France. (Voy. le t. j", Une de France. (Voy. ci-dessus, p. 387. p. 962 . des Lettres de Mazarin.) note 6.)
Janviôi i653. matin, en sorte (jue nous perdissions un combat, ou <jue nous lussions contrains à lever le siège, les assiégez sortiraient avec armes et bagages pour s'en aller à Gambray par le cliemin de Saint-Quenlin et du Gatelet, sans qu'aucun deux puisse servir les ennemis qu'au préalable il n'ayt esté à Gambray, et l'on a permis au commandant d'envoyé] quelqu'un avec un de nos trompettes pour adverlir M. le Prince de i;i capitulation, comme il a faict, de façon qu'il ne tient qu'à M. le l'rince de venir combattre l'armée du Roy, n'y ayant ny buisson ny ruisseau qui l'empescbe de le faire.
M. le Prince, quoyqu'avec peine, a persuadé ce qu'il a voulu à M. de Fuensaldagne , celuy-cy ayant non seulement assemblé les troupes qui servent d'ordinaire à la campagne, mais il a tiré aussy tout ce qu'il a pu des garnisons pour fortifier l'armée et satisfaire M. le Prince, lequel, assisté de Fuensaldagne, est pareillement venu à bout de se faire donner par M. de Lorraine les troupes qu'il1 avoit mises en quartier du costé de Maestrich. 11 leur a promis à tous de remporter une grande victoire, les asseurant que l'armée du Roy n'estoit pas en estât de lu\ résister. Je vois pourtant tout le monde bien résolu icy à l'empescher de leur tenir parole; mais comme M. le Prince n'a rien à perdre, je croy qu'il faict fort bien de mettre toutes pièces en œuvre pour les engager à luy confier toutes leurs troupes, parce qu'en perdant un combat, il ne perdroit rien du sien et pourroit avoir des ressources que les autres n'auroient pas. La plus forte raison qu'il ayt eue pour porter Fuensaldagne à faire ce qu'il a voulu, est qu'il luy a déclaré que. sans cela, il s'accommoderoit avec le Roy.
Les ennemis ont logé cette nuict aux environs de Ruuiigny2, et ils doibvent marcber ce matin pour se venir poster prez de nous; mais nous ne sçavons pas encore par quel costé ils auront résolu de marcher.
Hyer on fit la reveue de toute la cavalerie de l'armée du Roy auprez deGhasteau-Porcien. dans le champ de bataille que l'on a cboisy pour
' Leduc de Lorraine. — "' Rumigny-aux-Vacbes. (Voy. ci-dessus, p. 48-2 , noie î.)
DU CARDIN il M \/\IUN. 533
recevoir les ennemis. On trouxa soixante sent escadrons, dont il \ <mi Janviei i653. a\oil trente-trois décent maislres1, l'un portant l'autre, les chevaux en bon estât et les cavaliers bien arme/ et en grande disposition de combattre, sans qu'on entendis! parmy eux le moindre murmure., nonobstant la rigueur de la saison et le long temps qu "il y a qu'ils sont en campagne, et je ne vis jamais une si grande quantité d'officiers.
Le munitionnaire sert tres-mal; maisj'ay tasclié de remédier à cela. ayanl t'aict rassembler plus de cent cinquante charrettes, outre tout ce que M. de C.liampla>tieu\ a assemblé à Chanlons et en d'autres endroits pour l'attirai] du canon.
Si la garnison de Ghasteau-Porcien sort sans qu'il y ayt combat et que les ennemis prennent quelque poste pour empescher le siège de Rethel, dans lequel on ne les puisse forcer à combattre, ces messieurs ne jugent pas qu'on le doibve entreprendre, d'autant plus qu'on seroit obligé, à leur veue, de séparer l'armée en deux. Mais, en ce cas. on songe à establir un si bon corps à Chasteau-Porcien qu'avec d'autres troupes que l'on mettra aux environs de Rethel, la garnison que les ennemis y tiennent aura plustosl à y souffrir qu'à songer à ravager le pays et establir des contributions au loing, comme elle avoit commencé à faire.
CCXXV1.
Arch. nat.. KK, vol. 1075, f° 1 55.
À M. DE FABERT
Au camp de Balahan, 11 janvier i653.
(extrait.)
Je vous fais ce mot à part, pour vous dire que j'ay esté tres-ayse de voir ce que vous m'escrivez des intentions de MM. de Noirmoustier et de
1 On a déjà \ 11 que le mot maître désignait le cavalier, qui, dans l'origine, était entouré I ■•< uyers et de servants d'armes et semblait un maître au milieu de ses vassaux.
Janviei i66S> Buss\ : mais je vous réplique je que ne vous ay rien ad ran.ee sur l'entretien que j'ay eu avec le sieur de Longuerue1, qui ne soit tfes-veritable. .1 disse eu mauvaise opinion de M. de Noirmoustier et de M. de Bussy, s'ils n'eussent faict quelque office en faveur de leuramv2; mais de la façon que ledict sieur de Longuerue m'en a parlé, il fuy estoit impossible de m'empescher de vous en faire une plainte, sans qu'aucun, quel qu'il puisse eslre, en ayt eu la moindre cognoissance; et tant l'en faut : j'ay escrit à la Cour, pour ce qui les regarde, comme j'aurois pu faire, s'ils avoient dicté les depesches eux-mesmes.
Pour ce qui est des complimens de civilité que M. le comte de Fuensaldagne designoit3 de leur faire, comme j'ay veu par le billet que Vf. Bomain'1 escrivoità M. le Prince, et que M. deMontegu5 ma envoyé, on aura veu, par la response que je luy ay faicte, que je me suis moqué de cela, et je sçais fort bien que, s'il despendoit de M. le comte de Fuensaldagne de rendre les gens criminels par ses civilitez, il n'y a point de bon François qui ne deviendroit bientost coupable.
Après avoir parlé des quartiers d'hiver destinés aux troupes et remercié Fabert des munitions qu'il lui a envoyées, Mazarin continue ainsi :
INous ne doutions pas qu'ayant réussi à M. le Prince de persuader Fuensaldagne de se joindre à eux avec toutes les troupes qui sont en Flandre, et mesme à tirer plus de deux cens hommes des places, comme aussy d'obliger M. de Lorraine à luy donner la brigade qu'il avoit faict repasser en Flandre, nous ne doutions plus, dis-je, qu'aprez les déclarations que ledict prince a faictessi hautement de vouloir donner combat, il ne vinst accomplir sa parole, n'y ayant ny buisson ny ruisseau qui l'en pust empescher, et estant asseuré que nous l'attendrions quatre jours. Nous avons eu tous les jours quelque alarme de la marche des
' On trouve, à cette époque, un cheva- 4 Je présume que ce personnage est le
lier de Malte de ce nom (Jacques du Four même que M. de Saint-Romain, cité ei-des-
de Longuerue), reçu le 21 janvier 16*27. " sus' P- 1^°i note *>•
était du diocèse de Rouen. s II est probable que ce Montegu, ou
- Le cardinal de Retz. Montaigu, est le gouverneur de Rocroy,
3 Indiquait que l'on devait leur faire. dont il a été question ci-dessus.
DU CARDINAL M \X\IUN. 53!S
ennemis, el à l'heure que je vousescris, toute l'année marche au champ '«wiei ,,,:>' de bataille, où [sont] desjà dix-huit pièces de canon, placées sur la nouvelle que les ennemis esloyenl, dez ce malin, à la pointe du jour, à deux lieues des quartiers qui sont les plus advancez, cl qu'ils ont quatre pièces de vingt-quatre, dix pièces de campagne; et tous les advis s accordent en ce point que les ennemis ont six mille chevaux et trois mille hommes de pied. Nous avons bien six mille homme île pied, et six mille chevaux, avec une quantité d'officiers tout extraordinaire, \ous pouvant dire sans exagération que mon séjour à l'armée en a laid revenir plus de cinq cens et en a empesclié bien autant de s'en aller die/ eux. outre quantité de personnes de condition qui me sont venues trouver et plus de trois cens gentilshommes,
.le voulus voir l'autre jour la cavalerie; je trouvay qu'elle estoit eu tort bon estât et fonnoit soixante sept escadrons, dont il y en avoit trente trois de cent maislres, et au-dessus. Depuis il est arrivé encore le régiment de mon neveu, commandé par le frère de Champtleury, qui est de deux cens et au-dessus.
Et vous ne serez pas marry de sçavoir que la gaieté est grande icy, h \ ayant personne, depuis le premier jusqu'au dernier, qui ne soubaite la bataille, et qu'au contraire, hors M. le Prince, qui ne bazarde rien du sien, les ennemis ne marchent qu'à regret et Fuensaldagne plus que tous les autres, ayant esté contraint à consentir à tout ce que M. le Prince a voulu1.
ccxxvn.
Bibl. nat.. ms. t. (r. . I. 6892, f" 18. — Autographe signé.
\ M. LE TELLIER
Balahun. 1 .'< janvier iô5<
( EXTRAIT
Vous aprendrez toutes les nouvelles par la personne qui vous rendra
Condé. comme l'a dit Mazarm, avait menacé les Espagnols, en cas de refus, de les abandonner et de se réconcilier avec la cour de France.
lanviei i653. ce billet et je vous diray seulement (juc, après avoir esté toute la journée de hyer en bataille attendant M. le Prince, que, de tous costez, on avoit nouvelles qui marchoit, on a recogneu qu'il avoit seulement la volonté de combattre, mais non pas envie de le faire, comme toute l'armée du Roy jusques au moindre soldat.
La garnison de Chasteau-Porcien sortit à huict heures, comme il estoit porté par la capitulation, et nous passons à présent l'Aisne pour nous poster sur la rivière de Suippe1 et voir la resolution que les ennemis prendront, afin de régler par là les nostres. On ne songe plus à l'attaque de Rethel, estant jugée impossible par les raisons que je vous ay desjà mandées. Je travaillera)' incessamment à l'ajustement des troupes qui doibvent demeurer en Champagne, et j'ay desjà trouvé quelque argent pour leur donner à l'advance; car autrement il n'y resleroit pas un homme, et tous les soldats s'en iroient avec les regimens qui vont prendre leurs quartiers dans le cœur du rovaume. J'attends avec impatience les routes pour ceu\-cy, et je vous prie, si elles n'estoient pas encore parties, de me les envoyer en toute diligence.
C'est' ung grand malheur qu'on ne puisse disposer de quelque somme considérable pour les corps qui devront demeurer en divers postes de ceste province pour faire la guerre l'hyver, sans qu'ils puissent tirer aucune subsistance imaginable des lieux où on les placera: mais je ieray le mieux que je pourray pour remédier à ces inconveniens.
Je vous prie de presser afin que on mette ensemble la somme de quatre cens mille livres qu'on avoit destinée pour une monstre: car elle pourra servir pour accomplir quelqu'un des traictez que on fera pour des nouvelles levées, comme aussy [je vous prie] de faire promptement retirer l'argent d'Auvergne pour l'exemption du quartier d'hyver.
Je seray bientost à la Cour, ne doublant pas que les ennemis ne se retirent, et je n'attends pour partir que les routes que je vous ay dict cy-dessus.
' La Suippes, ou Suippe, prend sa source à Somnie-Suippes . dans le dép. de la Marne, et se jette dans l'Aisne, sur ia rive gauche.
^== ^^^^^^m^^^mœœsssœ- Janvier t * > r> -"S .
CCXXVIH.
Bibl. nat.. ms. I'. IV.. t. 68()2, f" s5. — Original signé.
\ M. LK TELLIËR.
Bony ', iT> janvier i fi*)-'!.
(extrait.)
Nous avons eu l'alarme cette nuicl sur l'advis que M. le Prince esloit arrivé à Retliel avec deux mille chevaux, qu'il faisoit passer en deçà de l'Aisne pour enlever quelqu'un de nos quartiers, qui estoient assez loino les uns des autres à cause de la difficulté du fourrage et du couvert, le pa\s estant fort ruiné. On a aussytost donné les ordres pour
•mbler tous les quartiers, et l'on s'est mis en estât de n'estre pas surpris: mais on n'a pu empesclier que quelques valets, ayant pris l'espou vante, ne se soient sauvez à Rheims.
Depuis, nous avons eu confirmation de l'arrivée de M. le Prince à Rethel, et nous avons sceu en mesme temps qu'il estoit allé ce matin, à la pointe du jour, à Chasteau-Porcien, pensant qu'en se rendant maistre d'abord de toute la ville, il pourroit, dans cette confusion, venir à bout aussy du chasteau, en se prévalant des travaux que nous avions faicts, que l'on n'a voit pu encore mettre en Testât où ils deb- \oient estre; mais les regimens de Nettancourt et de Bourlemont et de Bussy-Rabutin, avec soixante maistres de Grand-Pré, dont laplusparl estoient dans la ville, à la première alarme, se jetèrent, partie de l'infanterie dans le chasteau, et le reste, avec la cavalerie, dans la ville, qui est en deçà du pont, voyant qu'il estoit impossible de défendre l'autre costé de la ville qui est tout ouvert, et les ennemis, après avoir iaict, plus d'une heure durant, tous leurs efforts inutilement contre les nostres qui se defendoient vigoureusement au pont où ils avoient faict une bonne barricade, furent contrains de se retirer, et, en passant,
Bony est aujourd'hui un village du département de l'Aisne, arrond. de Saint-Quentin.
■1UBTJ. — v. 68
IU1TIMCP.IE KAIIONAI.f.
Jabvier i653. mirent le (eu dans la villtî haute. Nous y avons perdu deux cavaliers il huict soldats , el des ennemis il en est demeuré quelques uns sur la place et six prisonniers qui nous ont confirmé tout ce que nous sçavions qui s'estoit passé en cette action et esclaircy que M. le Prince non seulement y avoit amené la plus grande partie de la garnison de Rethel, mais qu'il avoit, outre les deux mille chevaux, ung corps d'infanterie qu'il avoit amené de l'année. Ensuite M. le Prince s'est retiré à Rethel et ses troupes à Magne1 et autres lieux du marquis de Mouy2, que nous avons eu grand tort d'espargner, puisqu'ils donnent lieu aux ennemis de subsister quelques jours en ces quartiers-là. Ce pendant M. de Fuensaldagne, avec ses troupes, est demeuré à Aubenton et dans les autres lieux d'alentour. C'est pourquoy les ennemis se tenant ensemble , tous ces messieurs ont esté d'avis de ne pas séparer encore l'armée du Roy, d'autant plus qu'il n'est pas de la réputation des armées du Roy de nous retirer les premiers. M. le Prinee, n'ayant pas réussi dans son dessein de Chasteau-Porcien , pourroit, si nous nous estions retirez, tenter de nouveau, avec plus de forces et moins d'opposition, de se rendre rnaistre de ce poste qui luy rompt fort ses mesures et qui incommode extrêmement Rethel, dont nous sçavons que les contributions montoient desjà à huict cens mille livres, el le gouverneur de Chasteau-Porcien a advoué que les siennes estoient establies à quatre cens mille; mais il n'y a pas apparence que le séjour de M. le Prince à Rethel ny celuy de Fuensaldagne à Aubenton puisse estre long, et peutestre qu'à présent le dernier marche pour se retirer en Flandres.
Il n'y a pas de fourrages, et cela nous a obligez de marcher plus avant dans la province, afin d'y trouver quelque peu de paille, de sorte que nous irons ce soir aux environs de Cormissy 3, et, s'il y a lieu de faire quelque coup, soit contre M. le Prince, lorsqu'il marchera pour re-
1 Probablement Magneux , village du Mouy. Le chef de celte famille était , en i653, dép. de la Marne, arr. de Reims. Henri II de Lorraine, marquis de Moy, né
2 II y avait à celte époque une branche en 1596, mort en 1672.
de la maison de Lorraine , dont les seigneurs 3 Cormicy, auj. village du dép. de la
portaient le titre de marquis de Moy ou de Marne , arrond. de Reims.
joindre le comte deFuensaldagne, soit contre ce dernier, s'il demeure Janvier i663. davantage au\ environs d'Aubenton, nostre dessein est de nous prévaloir du passade de Neufcliaste! ', et nous nous approchons de ce dernier en allant à Cormissy.
J'attends les expedictions pour les quartiers d'hy ver. Connue je prétends laisser un plus grand nombre de regimens dans la Champagne que je n'avois projeté, voyant que M. le Prince nous obligera à y faire la guerre tout l'hyver, et iuesine qu'il y aurait de la peine à les pouvoir loger ailleurs, il faut songer sérieusement à leur subsistance, laquelle n'est pas seulement nécessaire pour avoir les troupes en bon esta! la campagne prochaine; mais elle est déplus juste et raisonnable, puisqu'elles seront obligées de fatiguer durant que les autres se reposeront. C'est pourquoy il faudra songer à préparer une plus grande somme que celle qu'avoit promise feu M. le Surintendant, et pour soulager d'autant les finances du Roy, je crois qu'on pourroit employer les quatre cens mille livres qu'on avoit résolu de donner à l'armée, dont M. de Bourdeaux9 asseure qu'on peut faire estât promptement comme d'ung fonds qui ne peut manquer. Je vous conjure de donner là-dessus les ordres que vous jugerez à propos. J'espère ce pendant de pouvoir faire donner auxdictes troupes et à la garnison de Chasteau- Porcien, avant que je parte d'icy, plus de quarante mille escus d'argent comptant.
J'ay receu vostrc depesche du dixiesmc, laquelle ne m'oblige pas à grand discours, n'estant qu'en response à une des miennes. Je vous diray seulement qu'il faut mettre des troupes à Chaulny3, Noyon et Laon pour empescher Manicamp d'y entreprendre quelque chose contre le service du Roy, ainsy que M. le mareschal d'Estrées tesmoigne d'aprehender, et je croy que ledict sieur Mareschal vous aura faict la mesmc instance.
' Auj. bourg du dép. de l'Aisne, arr. de dant des finances et père d'Antoine de Bor- Laon. deaux , ambassadeur en Angleterre.
' Il adéjà(:UM|iiestion ci-dessus (p. 201. Chaulny, ou Cbauny, auj. chef-lieu do
nntr 3) de Guillaume de Bordeaux, inlen- canton du dép. de l'Aisne, arr. de Laon.
Janvier i653. H faut se souvenir que ce qui demeurera à Laon a^t ordre de marcher en Champagne lorsque celuy qui y commandera en aura affaire pour s'opposer à M. le Prince.
Tout ce qu'a faict l'arclievesque de Paris ' ne vaut rien, et vous verrez que, si l'on ne s'oppose vigoureusement à ces commencemens-là , les factieux du cardinal de Retz, ou pour mieux dire, de la sédition, mettront les choses en estât qu'il y aura peine à y apporter remède. C'est pourquoy il sera de la dernière importance de relever jusqu'aux moindres attentats et d'y agir en sorte que l'on en empesche les suites par la terreur que l'on donnera à ceux qui voudroient entreprendre de plus grandes choses.
GCXXIX.
Bibl. nat., ms. f. fi\, t. 6892, f° 3i. — Autographe signé.
À M. LE TELLIER
Cormicy, i0 janvier 1 < j ô îJ .
(extrait.)
Vous sçavez de quelle manière le régiment d'AHemans de M. de Marcilly2 a servy en Catalogne et le temps qu'il y a qu'il est sur pied. Je ne croy pas qu'on songe à casser un corps comme celuy-là, qui peut avec un peu de soin estre remis aysement en tres-bon estât; neantmoins, si vous en entendiez parler, vous m'obligerez de faire surseoir la chose jusques à ce que j'aye l'honneur d'estre auprez de Leurs Majestez. parce que je prendray la liberté de les suplier tres-humblement de vouloir conserver ledict régiment, croyant que c'est le bien de leur service,
1 Les partisans de Retz accusaient, de Michaud et Poujoulat), par la lâcheté de
ieur côté, l'archevêque de Paris, oncle du l'archevêque.»
cardinal de Retz, de n'avoir fait qu'avec 2 Antoine Deschamps, marquis de .Maimollesse des représentations au Roi et à la ciliy, maréchal de camp depuis i65o, fut Reine en faveur de son neveu. trOn en de- nommé lieutenant général en 1 655 et moumeura là , dit Guy Joly (Mém. , p. 86 , édit. , rut en 1 690.
d'autant plus que M. de Marcilly ma promis de mettre le tout pour Janviei i65& le tout afin de le fortifier pendant ce quartier d'hyver.
Je vous dira y seulement «jm* . demain matin, l'armée marchera en diligence vers Marie1 et Vervins, sur les advis que les ennemis les vont attaquer, et je crains fort que cela ne soit de concert avec quelqu'un. Ce gentilhomme vous dira tontes les nouvelles et que M. le Prince partit, byer matin, de Rethel avec sa cavalerie et deux bataillons d'infanterie; ce quej'avois desja sceu qu'il feroit par une lettre que ledict prince avoit escrite à Saint-Romain, qui me fust apportée par les deux paysans qu'il avoit depeschei pour cet elïect, et je vous en envoyé copie.
Bibl. nat., ms. f. fr., t. 6892, 1° 33. — Original signé et chiffré.
\ M. LE TELLIER
Cormicy, 18 janvier i653.
(extrait.)
\1. de Turenne m'ayant prié de trouver bon qu'il donnast un passeport au capitaine des gardes de M. le prince de Tarente pour venir icy luy dire quelque chose d'important, de la part de son maistre, et pouvoir ensuite s'en aller à Paris, pour trois ou quatre jours, achever quelque affaire domestique dudict prince, ledict capitaine est arrivé et a dict que M. le Prince a déclaré à M. le prince de Tarente que, si l'on vouloit luy accorder toutes les choses qu'il a demandées en dernier lieu, il trouveroit un prétexte pour se destacher des ennemis et rentreroit de bonne foy dans son debvoir2. M. de Turenne, avant que
' Marle-en-Behaine, auj. chef-lieu de can- le décréditer à la cour d'Espagne, faisoit
ton du dép. de l'Aisne, arr. de Laon. courir le bruit qu'il étoit à la veille de s'ac-
! Le prince de Tarente, dans ses mé- commoder avec celle de France. n La lettre
moires, édit. de 1767, p. 1 34) prétend que confidentielle de Mazarin à Le Tellier me
ces négociations étaient supposées par Ma- -euible ne laisser aucun doute sur la réalité
zarin pour brouiller Condé avec les Espagnols. des négociations que Condé voulut entamer.
Il dit de Condé : *Le cardinal Mazarin, pour à cette époque, avec le Cardinal.
janvier if>53. de m'en parler, luy a respondu, de luy-mesme, en la manière que Leurs MM1" peuvent souliaiter, luy faisant cognoistre que les affairée avoient bien changé de face depuis ce temps-là, et qu'il n'y avoit pas apparence à présent de prétendre les mesmes choses, puisqu'on n'avoit pas voulu les luy accorder alors. Je n'ay pas le loisir de vous en marquer icy le destail. J'auray l'honneur de leur en rendre compte, de vire voix, au premier jour. Ledict capitaine s'en va à Paris et vous ira trouver. Vous supplierez, s'il vous plaist, Leurs Majestez d'agréer qu'il y puisse demeurer le temps que je vous marque cy-dessus et puis s'en retourner vers son maistre.
GCXXXI.
Bibl. nat. , ms. f. fi-., t. 6892, f° 37. — Original signé.
À M. LE TELLIER
Cormicy, 18 janvier i653.
(extrait.)
J'ay tousjours oublié de vous dire que les dernières nouvelles que vous m'avez envoyez de Guyenne sont très-importantes, et je ne doute point que vous n'en ayez donné part à M. de Candale, afin que,.sçachant la disposition des quartiers des troupes des princes en cette province-là, [il] puisse prendre ses mesures là-dessus. Il est bien nécessaire de luy faire sçavoir, à l'advenir, toutes les choses de cette nature, dont on vous donnera advis.
Nous ne tirerions pas grand advantage de ce que les Estats de Languedoc donneroient au Roy, si, moyennant cela, cette province-là debvoit estre exempte de logemens de gens de guerre, puisque celle de Normandie, pour en estre deschargée seulement, donne quatre cens mille livres à Sa Majesté, de sorte que, si l'on juge à propos d'accorder cette exemption à ceux du Languedoc, il me semble qu'il est bien juste que la province, outre ce qu'elle a accoustumé de donner au Roy tous
DU CVKDINAL MAZARIN. 543
les ans, fournisse encore quelque somme par le moyen de laquelle on Janvier 1653.
puisse taire subsister ailleurs les troupes qu'elle debvroit loger.
Pour le traitement des gens de guerre dans les quartiers d'hyver, je me remets à ce qui sera jugé plus à propos dans le conseil du Koy, et vous dira\ seulement qu'il faut prendre garde que ce qu'on leur donnera soit effectif et d'user de précaution afin que les officiers exécutent, de leur part, ce à quoy ils seront obligez pour mettre leurs compagnies en estai Pour cet elïect, il ne faudroit pas seulement pouvoir chastier lesdiets officiers en leurs personnes, s'ils y manquent; mais il seroit bon aussj de retenir quelque somme, ou enfin prendre des mesures pour ne pas perdre, en ce cas, l'argent qu'on a résolu de leur donner.
Je prétends de taire loger dans toute l'estendue de cette province un grand nombre de cavalerie, avec cette distinction que les compagnies, qui seront en des lieux où elles pourront avoir ce qui sera porté par les ordres du Roy, n'auront rien d'ailleurs, et qu'aux autres qui seront en plus grand nombre, lesquelles on mettra en des quartiers où il if \ aura que les quatre murailles, et qui seront obligées de faire continuellement la guerre, on leur fournira du pain , de l'avoine et du fourrage et quelque argent pour leur subsistance, qui se prendra sur le fonds que je vous ay escrit qu'il estoit besoin de préparer pour cet elïect, et je travaille incessamment à establir cela en sorte qu'il soit impossible à M. le Prince de faire aucun progrez durant l'hyver, et que lesdictes troupes puissent estre en bon estât au printemps et capables mesme, dans six sepmaines ou deux mois, d'entreprendre quelque chose.
-•Après avoir parlé de la réforme qu'il est nécessaire d'introduire dans l'armée , Mazarin ajoute en parlant des troupes du duc d'Orléans :
Vous aurez pu juger la peine que lesdictes troupes nous feront par ce que M. le mareschal d'Hocquincourt vous aura mandé de la manière dont lesdictes trouppes vivent en Picardie, où elles ruinent tout et ne font nul cas des ordres qu'on leur donne. Ledict sieur Mareschal me marque en termes exprez que lesdiets officiers sont tres-mal intentionnez
Mk LETTRES
i653. et qu'ils parlent tout de mesme comme s'ils estaient encore avec M. le Prince1; c'est une affaire sur laquelle il faut promplement prendre une bonne resolution, car, autrement, ce seroil nourrir ung serpenl dans son seing.
J'ay faict partir ce matin M. de ftavailles pour s'en aller à Peronne et parler des mesmes affaires audict sieur Maresclial, sur lesquelles je luyavois envoyé son fils2, qui arriva auprez de luy avec la fiebvre dont il est encore malade, m'ayant ledict sieur Maresclial et Madame la Mareschale3, sa femme, escript pour me tesmoigner la peine en laquelle ils estoient de ne me le pouvoir renvoyer avec les responses aux choses dont je l'avois chargé, dans lesquelles j'aurois trouvé entière satisfaction, et ledict sieur Mareschal me dict seulement, dans sa lettre, que présentement on ne doibt avoir inquiétude de rien et qu'il m'envoyeroit une personne exprez,ou me verroit luy-mesme hientost, pour me dire le destail de tout.
Ce que je pourray apprendre encore plus promptement parle retour de M. de Navailles, lequel, entre autres choses, concertera avec ledict sieur Mareschal ce qu'il y aura à faire à lesgard des troupes (pu portent le nom de Monsieur, en cas qu'elles refusent le second ordre qu'il leur avoit envoyé de marcher pour se mettre en estât de favoriser nos desseins en incommodant le corps du comte de Fuensaldagne.
Toute l'armée va marcher sur l'advis que M. le Prince, avec l'assistance de l'armée que Fuensaldagne a ramenée, veut prendre ses quartiers d'hyver à Vervins, à Marie, à Grecy-sur-Serre4 et aux environs, ^ous faisons raccommoder le Pont-à-Vert5 pour cet effect, etdesjàM. le mareschal de La Ferté est passé à Neufchastel avec un corps de trois mille chevaux . et les quartiers des ennemis estant séparez comme ilz sont, il pourrôit
' Les régiments de Gaston d'Orléans " Aujourd'hui chef- lieu de canton du
avaient longtemps fait partie de l'arme'e du département de l'Aisne, arrondissement de
prince de Condé. Laon.
2 Voy. ci-dessus, p. 523, note h. 5 Pontaverl. dont le vrai nom est Pont-
1 La maréchale d'Hocquincourt était a-Vesle, est aujourd'hui un village du dé-
Éléonore d'Estampes, qui mourut en 1679, parlement de l'Aisne, arrondissement de
âgée de 72 ans. Laon. canton de Neufchâtel.
Dl CARDIN il M IZARIN. r>/i.r>
bien arriver qu'il oust quelque bon sucrez. Nous avions envoyé deux Janvier i653. cens mousquetaires à Marie, que nous avons advis \ estre entrez, et nous en avons deslaclté encore cent du régiment de Picardie, que nous croyons j devoir estre auss\ arrivez. Nous prétendons d'aller droit aux
ennemis pour les obliger de se retirer en leur pays OU à combattre. Il v a grande apparence qu'ils prendront le premier party, puisqu'il y a longtemps qu'ils auraient pu prendre le second, s'ils eussent voulu; mais quov qu'il en soit, il n \ avoil pas à hésiter à prendre la resolution que nous avons prise pour les empeseber de s'establir de ce costé-là, et particulièrement dans les soubçons (pie l'on a subject d'avoir de la conduicle de Manicamp, qui peut-eslre a donné lieu aux ennemis de s'arrester, afin de se saisir des postes cy-dessus, qui donnent la main à la Fere. J'ay envoyé Brachet en diligence à Laon pour faire travailler au pain de l'armée, et de là il s'en ira vers Manicamp, qui l'avoit desjà convié à le Taire. J'ay envoyé encore d'autres personnes en divers lieux pour rompre tout ce qui avoil esté concerté à Helhel contre le service du Roy à l'advantage des ennemis, n'oubliant rien de ce que je puis estre capable de faire pour cet elTect.
Je ne vous sçaurois exprimer les inhumanitez que M. le Prince exerce dans les lieux où il passe: ses troupes pillent et bruslent tout, et l'on sçait que ce n'est pas seulement par la licence de la guerre, mais par son ordre exprez, jusques-là que l'onasseure que, depuis qu'il est entré en Gbampagne, il a bruslé ou ruiné plus de quatre cens villages. Ce procéder ne le fera pas trop aymer en ce pays-cy.
Je vonsdiray confîdemment pour en rendre compte à Leurs Majestez ([ue je fais estât de mander à mes niepees de s'en aller à Paris par la route de Soissons, et qu'aussytost que nous aurons veu ce que les ennemis deviendront, dont nous serons esclaircis dans deux jours que nous serons en veue d'eux, je prétends m acheminer aussi en diligence à Paris par cette mesme route-là.
Dans la suite de cette de'pêche, .Mazarin parle surtout des quartiers d'hiver à assigner aux troupes.
■AUMI. — \. 6g
MlIMMfMt MIIOMI ■
Janvier i65.'j. .... . — .l-u—
GCXXXII.
Bibl. nal., ins. 1'. fi., t. 689-2, f° kh. — Original signé.
De Crâne ', 20 janvier (653.
(extrut.)
La lettre cy-joincte de M. de Bridieu2, que je vous envoyé, \ous apprendra toutes les nouvelles que nous avons des ennemis et Testât où est le siège qu'ils ont mis devant Vervins. Par les lettres interceptées qu'il m'a envoyées, je voy que tout leur recours consiste, pour prendre ledict poste, aux mineurs que Fuensaldagne demande avec grande presse aux gouverneurs d'Avesnes et de Landrecy. Il demande avec la mesme haste un convoy et de l'argent.
J'ay depesehé, à l'instant que j'ay receu les lettres de M. de Bridieu. à M. d'Hocquincourt, au sieur de Saint-Jean qui a plus de cent chevaux, une compagnie de Palaiseau s'estant joincle à son régiment, et à Guyse , afin d'assembler le plus de troupes qu'on pourra et tascher, par toutes sortes de voyes, d'incommoder le convoy des ennemis. J'ay mandé mesme à M. le mareschal de La Ferté de destacher deux ou trois cens chevaux pour aller de ce costé-là, où par ce moyen on formeroit ung corps capable de faire quelque bon coup.
Quelque diligence que M. le mareschal de La Ferlé, qui se rendit hyer à la pointe du jour à Marie, ayt pu faire, tous les quartiers que les ennemis avoient aux environs de ce lieu-là, qui eussent esté enlevez infailliblement, et particulièrement celuy du chevalier de Guyse, ayant eu advis de la marche dudict sieur Mareschal, esloient desjà partis pour se rejoindre, quoyque Ligny, qui commande à Marie, nous eust asseuré qu'il leur estoit impossible de le faire à cause de la creue des
1 Probablement auj. Graonne, dép. de Guise. Une lettre de Mazarin( t. lit, p. 324) l'Aisne, air. de Laon. fait Tt'loge de Bridieu. (Voy. la noie sw
2 Gouverneur de la ville cl cbâteau de celle lettre.)
DU CARDINAL M IZARIN. 5/i7
ruisseaux qui les separoient. Il est \ îav qu'ils deslogerent à minuiot Janvier i653. afvec grande précipitation et qu'il s'en est noyé beaucoup dans le desordre de cette alarme, ei qu'ils \ oui perdu de leurs bagages.
Je De sçay pas si nous serons assez heureux pour arriver à temps axant que \orvins1 se soit rendu. 1,'on faict toute la diligence imaginable pour cela et l'on marchera, dez cette nuict, sans bagage, pour passer à f.rerv-sur-Serre'2 et aller droit au quartier de Fuensaldagne qui est à Yaupeux \ si ce n'est que M. le mareschal de La Ferté, de qui je n'av eu de nouvelles depuis qu'il est passé à Marie, nous mande de tenir un autre chemin.
Tousjours son passage aura contraint les ennemis à se resserrer et se tenir ensemble; ce qui les fatiguera beaucoup, et ils auront de la peine à subsister de la sorte, et la perte de leurs depesches interceptées sera cause qu'ils n'auront pas les mineurs sytost qu'ils eussent faict sans cela.
J'ay faict tirer la nuict passée du canon à Laon pour advertir ceux de \ ervios que l'armée du Roy marche et je leur ay envoyé cinq ou six personnes, afin qu'il on puisse entrer quelqu'un '' dans la place.
Nous serons demain au soir bien prez du quartier de Fuensaldagne, el si, dez demain matin, ils n'ont pris Vervins et ne se sont retirez lussytost, il est impossible qu'ils s'empeschent de combattre. L'armée du Roy, que j'ay veu passer à Pontavert, marche avec autant de résolution et de gayeté qu'elle pourroit faire au commencement de la campagne: mais quelque chose que mandent MM. de Bridieu et le gouverneur de Marie sur l'impossibilité que les ennemis auront à se retirer, ce n'est pas mon opinion; car ils ont Estrée-au-Pont 5 et le passage d'Origny 6. En tout cas, le dessein qu'avoit M. le Prince de s'esta-
1 Vervins se rendit aux ennemis te 1 9 jan- ment de l'Aisne , arrondissement de Vervins. vier. mais fut repris par l'armée royale le ' Quelqu'un est bien au masculin. Le mol
a 8 du même mois, comme on le verra plus personne s'employait à cette époque avec les
loin. deux genres.
8 Voy. ci-dessus, p. 544, note 4. '- Voy. ci-dessus, p. 525, note 4.
Ce nom de lieu a été altéré. 11 faut lire 6 Origny-en-Thiérache, aujourd'hui dép.
Voulpaix, aujourdhui village du départe- de l'Aine, arr. de Vervins.
Janvier 1 653. blir à Vervîns, Mario. Crecy, Pierre-au-Pont ' et autres lieux, pour donner la main à Rethel et faire des courses jusques à Paris, estant maistres de la rivière d'Oise, est avorté pour ce coup, et l'armée des ennemis affaiblie à tel point qu'ils auront bien de la peine à la mettre en bon estât pour la campagne prochaine. Nous avons laissé cinq cens hommes à Ghasteau-Porcien et cent cinquante à Balaham - et cent à Neufchastel 3, et il en dcvoit entrer encore dans le chasteau de Charbonne* et en quelques autres chasteaux aux environs de Rethel.
Je suis honteux des bontez tout extraordinaires que Leurs Majesté/, ont pour moy, le Roy, ayant eu, avec l'approbation de la Reyne, la pensée de me faire l'honneur de sortir de Paris, afin que j'eusse celuy de rentrer avec Sa Majesté; et comme cette grâce est d'une nature [extraordinaire], quelque chose que l'on puisse dire, c'est tousjours au-dessus de ce que l'on doibt. J'ayme mieux me taire que d'exprimer foiblement le vif ressentiment5 que j'en ay. Je vous prie seulement de représenter à Leurs Majestez qu'outre qu'estant comblé des marques de leur bienveillance, cette nouvelle preuve que j'en recevrois seroit superflue et ne pourroit qu'incommoder le Roy. Je considère, d'ailleurs, que voir Sa Majesté sortir pour me ramener dans Paris, cela ne produiroit pas un bon effect pour son service, parce que par là tout le monde au dedans et au dehors du royaume, particulièrement dans Paris, infereroit de là que la haine et la mauvaise volonté de ce peuple-là contre mov seroit encore à tel point que je n'eusse pu y rentrer, si le Roy en personne n'eust pris la peyne de m'y amener. Voilà les considérations que je fais là-dessus, me soubmettant neantmoins à tout ce qu'il plaira au Roy et à la Reyne d'ordonner, et je ne manqueray pas de vous donner
' Auj. Pierrepont, village du dép. de s On a déjà fait remarquer plusieurs lois
l'Aisne, arr. de Laon, canton de Marie. qu'au xvnc siècle, le mot ressentiment s'em-
2 Balhan, Balaham, Balahan. (Voy. ci- ployait souvent en bonne part, dans le sens
dessus, p. 5 a 3, note i.) de reconnaissance. Furelière (Dictionnaire,
1 Voy. ci-de?sus, p. 53g, note î. aumotREssENTiMEivr)citecettephrase:-at'o»V
1 Probablement Charbogne . auj. village un vif et tendre ressentiment des bienfaits qu'on
ilu dép. des Ardennes, arr. de Vouziers. a reçus. -
advis précisément des journées que je feray, lorsque je prendray la Janvier 1653 route de Paris1.
M. d'Arpajons nie dict avoir eu advis de Ires-bon lieu, en venanl icy, ([n il n a\ oit quantité d'ofiBciers et d'amis de M. le Prince dans le fau&bourg Sainct-Germain, qui tiennent cercle où ils pestent contre le gouvernement et se respandent en divers autres lieux où ils font la mesme cliose. et mesme ([u'ils ont, d'ailleurs, quelque dessein considérable contre le service du rîoy. Je crois qu'il sera bon de faire quelques diligences pour dissiper cela.
Je suis en peine de n'avoir pas encore nouvelle qu'on ayt jeté des vivres dans Roses3; car les cinq cens hommes qui y sont entrez ne ser- \ noient qu'à faire rendre plus tost la place, si en mesme temps on n'avoit songé à \ mettre ce qui est nécessaire pour la subsistance de la garnison, • M l'importance de la conservation de cette place est si cogneue d'un chacun, que je ne croy pas qu'il soit besoin de rien adjouster là-dessus.
Mazarin termine celte dépêche par quelques renseignements sur les quartiers d'hiver que l'on doit donner aux troupes.
CCXXXIH.
AlF. élr. , France, t. 891, f° 44; minute; et t. 269 (t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin),
f° /127 y". — Copie du temps.
À LA RUINE
Cormicy, ao janvier 1 653.
\ ostre dernière lettre m'a esté rendue par le fils de M. de Nogent4,
1 Malgré les objections de Mazarin, le Roi * Guillaume Bautru, comte de Nogent,
alla à sa rencontre jusqu'à la distance de plu- était un des familiers de la cour d'Anne
sieurs lieues et le ramena dans son carrosse. d'Aatriehe. -Il avoit fait sa fortune, dit
1 Voy. sur Louis d'Arpajon le tome II, Saint-Simon, par beaucoup d'esprit et de
p. 564, note 2, des Lettres de Mazarin. souplesse, sur" la fin de Louis XIII, et sur-
1 Roses ou Rosas. place forte de Cata- tout pendant la minorité de Louis XIV.
logne. avec un port sur la Méditerranée. Il était devenu capitaine de la Porte. ■» Son
f>:>0 LETTRES
mvior i(if>:<. et j'en ay roceu une autre par le courrier de ÏEnjanl\ qui, par ordre de 25?2, m'a donné des advis tres-importans; mais j'ay esté Lien ayse d'avoir pris les resolutions que vous aurez sceu auparavant de les recevoir. En quoy il me semble que les pensées de 15 3 et de 26 se rencontrent en ce qui concerne 19.
Toute Tannée a marché, et je la rejoindrai, ce soir, au lieu où elle logera, et demain, si les ennemis ne se retirent, il y pourra avoir quelque chose. Le inareschal de La Ferté aura, ce matin , attaqué quelqu'un des leurs &, s'il luy aura esté possible, les eaux5 nous favorisant fort pour cet eflect. Je prie Dieu qu'il luy plaise donner un bon succez aux armes du Roy et qu'elles puissent contraindre les ennemis de se retirer dans leur pays et desloger les troupes de M. de Lorraine et de M. le Prince, qui avoit projeté de leur faire faire bonne chère en France.
J'ay grand subject de me plaindre que 0 G ne m'ayt pas faict response à l'article le plus essentiel de la lettre que luy a rendue le Fidèle [Le Tellier]7. Je vous conjure de faire en sorte qu'elle me soit envoyée au plus tost, et vous sçavez si j'ay raison de presser là-dessus.
iils aîné, Armand Rautru, devint après lui comte de Nogent et capitaine de la Porte. Il fut tué, en 1672, au passage du Rhin.
1 La clef imprimée par M. Ravenel, à ta suite des Lettres de Mazarin publiées pour la Société de l'histoire de France (Paris, Jules Renouard, t836, in-8°), n'indique pas quel est le nom que désigne ce pseudonyme. J'ai dit ci-dessus (p. 271 , note 2), que Y Enfant était probablement un mot de convention qui servait à désigner Ondedei.
3 La Reine.
' La clef de M. Ravenel ne peut s'appliquer à 1 5. Elle donne pour ce chiffre La Vieurille, qui était mort au commencement de janvier 1 ti 5 3 . Le chiffre 19 e.-l omis dans la clef. Pour 26 . elle donne Mazarin. Ce passage pourrait peut-être s'expliquer ainsi : r II semble que les pensées de 15 (la Reine)
et de 26 (Mazarin) se rencontrent en ce qui concerne 19 (le Parlement)". 11 avait fallu , en janvier, sévir contre plusieurs membres de cette assemblée, comme on le verra plus loin. Je renvoie pour les détails à mon Histoire de France sous le ministère de Mazarin, t. I", p. /108.
4 Quelques troupes de leur armée.
'J On a vu ci-dessus (p. 546 et 567 ), que le débordement des petites rivières gênait la marche des ennemis.
6 La Reine.
7 Cette lettre de Mazarin à la Reine ne nous est pas parvenue, et il est impossible d'indiquer avec certitude de quel article veut parler Mazarin. On pourrait conjecturer qu'il s'agit des négociations avec le comte du Daugnon. dont il a été question ci-dessus, p. hall, Bill et suiv.
DU GABJMNAL MAZARIN. 551
Je voudrais bien que 76, 1 puât avoir ; 7r 0 t /> s // as h 0 c l d JxÔ efx 0 i.mvt.-i tG53. * I tbtf1. et je suis asseuré qu'il (elle) verrait des choses qui ne lu y seroieut pas désagréables, au moins si 0 3 a les inesmes sentiniens pour [e GW\ Je conclus avec #5, puisque c'est tout.
CCWXIV.
Bibl. liai., nis. I. fin, t. 689a, f° 46. — Original signe.
À M. LE TELEIER.
Yaux-sons-Laon0, 21 janvier i653.
\ ostre courrier n'ayant pu partir hyer au matin avec la depesche cyjoincte, parce qu'elle n'a pu estre copiée avant que nous deslogeassions du quartier, j ay le temps de l'accompagner de celle-cy pour vous dire qu'il faut que M. de Bridieu se fust mescompté dans son calcul lorsqu'il m'asseuroit, par sa lettre du i 8mc, que le commandant de Vervins tiendrait encore trois ou quatre jours, et il faut aussyqueFuensaldagne ayt trouve quelques mineurs dans les troupes, puisque ledict commandant a esté contraint parles habitans de se rendre sur ce que, la mine estant preste à jouer, ils apprehendoient d'eslre emportez d'assaut.
Il se rendit donc dimanche 197, au matin, et il eut la capitulation qu'il demanda, comme s'il eust esté dans une bonne place; à quoy les ennemis ont esté obligez par l'approche de nostre armée et par la haste qu'ils avoient de se retirer, comme ils ont faict en diligence par Es- La Reine. blié des lettres assez semblables, désigne 2 Ces chiffres ne sont pas traduits; mais, l'amour de Mazaiin pour la Reine. d'après le style ordinaire des lettres de Ma- 6 Ou trouve, à peu de distance de Laon. zariu à la Reine, on peut conjecturer que le un village du nom de Vauxaillon. C'est peut- <en< es! : Je voudrais que la Reine pùl avoir être la localité que Mazarin appelle Vau.rconnaissance du fond de mon cœur, elje suis sous-Laon. Les dictionnaires géographiques asseuré, et/-. n'indiquent pas de village de ce nom.
La Heine. ' Vervins se rendit aux Espagnols, comme
Mazarin. on l'a dit ci-dessus, et fui repris presque
Ce vigne, d'après M. lia\enel qui u pu- immédiatement.
Janviei i653. Irée-au- l'ont . deslogeant de miict et sans battre la caisse. J'ay tout présentement nouvelle, de Guyse, qu'ils ont encore descampé de là et qu'ils ont juis la route de la Capelle et d'Àvesnes à dessein, Boivanl le bruict qui en court, de prendre leurs quartiers d'h\ ver en Flandres, le comte de Fuensaldagne ayant esté obligé de les donner en ce payslà, tant aux troupes de M. le Prince qu'à celles de M. de Lorraine; ce qui est bien différent du project qu'ils avoient l'aict de les prendre en France; à quoy ceux du Pays-Bas s'attendoient, sur les asseurances qui leur en avoient esté données; mais, pour cette fois, il faudra qu il> se contentent d'avoir des hostes un peu fascheux.
M. le mareschal de La Ferté estoit party de Marie pour aller auprez de Vervins se saisir de quelques postes qu'il estimoit de conséquence, et LaCardonniere1 m'a escrit par son ordre que les ennemis y avoient laissé mille hommes de pied et deux cens chevaux; mais je ne croy pas qu il y ayt tant d'infanterie, ayant receu d'autres advis qui portent qu'on \ avoit mis Bassancour, qui est gouverneur de Douay, avec son régiment wallon et ung régiment espagnol. Toute l'armée est advancée vers Crecy2 et Marie. J'attends tous ces messieurs, ce matin, à disner icy, pour résoudre ce qu'il y aura à faire; car, pour moy, je n'hesiterois pas à faire attaquer Yervins3, avec grande apparence de l'emporter promptement,. si tant est que Tarmée des ennemis se soit retirée et ne soustienne pas ce poste; à quoy j'oserois bien respondre qu'ils ne songent pas, estant délabrez à un point qui n'est pas imaginable, et craignant extraordinairement l'approche de la nostre, outre que la conservation de Vervins ne leur est pas fort utile, n'ayant peu se saisir de Marie et de Crecy, comme c'estoit leur project et la seule cause qui les a portez à attaquer Vervins.
Il se pourroit faire que, comme la cavalerie du corps de Vitemberg:4
1 Balthasart de la Cardonnière. (Voy. le cette campagne d'hiver et le froid très vif 1. IV, p. 386 , note î , des Lettres de Mnzarin.) eussent fatigué l'année, qui aspirait à pren-
2 Crécy-sur-Serre, dont il a été question dre ses quartiers d'hiver.
ci-dessus, p. 544, note 4. * Ulric de Wurtemberg. (Voy. ei-dessu-.
3 L'avis de Mazarin l'emporta, quoique p. 187, note 3.)
DU CARDIN \L M IZARIN. 553
a ses quartiers dans le Luxembourg et que M. I»1 Prince prétend loger Janvier l65& quatre ou cinq cens chevaux auprez de Stenay, il prist ce corps pour - \ en aller, entrant par Origny ' et tirant droit à Rethel; mais l'on résoudra tantostce qu'il \ aura auss\ à faire en ce cas. Enfin Ton a contraint l'année ennemie de sortir hors du royaume, et j'ose bien respondre quelle ne songera pas à secourir Venins, si l'on se résout à l'attaquer.
Quelqu'un de ces MM. les généraux s'est plaint de la manière dont l<i Gazette a toujours parlé- depuis <jue l'armée commença d'agir dans le Barrois. A la vérité, il seroit mieux qu'elle n'en dist rien, que d'en parler dans les termes qu'on m'a faict voir qu'elle laict; car il n'y a pas un mol de \rav. et tout y est débité d'une manière bien desadvantaeuse.
Le sieur de Rinville3, qui commandoil dans \ervins, m'est venu voir >■! a receu de moy le bon accueil que meritoit le bon debvoir qu'il a laid en la detïense de la place. Il m'a dict, entre autres choses, qu'il eust tenu trois ou quatre jours davantage, s'il eust sceu l'approche de 1 armée du lïo\ : mais, au contraire, ils croyoient tous dans Vervins qu'elle se fust séparée; que M. le mareschal de La Ferté s'estoil retiré vers la Lorraine et moy retourné à la Cour, les ennemis l'ayant laict publier ainsy par tout, et mesme ung gentilhomme de la campagne, qui probablement estoit guigné par eux, le luy ayant escrit de la sorte; c'est pourquoy, ne voyant plus nulle apparence de secours, il fit sa capitulation, qui ne pouvoit estre plus honorable.
Voy. sur Origny, ci-dessus, p. ô'iy. raux de ce nom en 1 653 : Clériadus de Cler-
note (i. mont d Amboise, marquis de Renel, nommé
Voy. ci-dessus, p. 5a8. maréchal de camp en i65-2, et tué en
' I.a Chronologie militaire n indique- pas i656; Louis de Clermont d'Amboise, mar
d'officier général de ce nom. La forme qui quis de Renel , nommé maréchal de camp en
*e rapproche le plus de Rinville est Renel ou 1672, lieutenant général en 1676, tué en
Renelle. On trouve plusieurs officiers gêné- 1 677.
IMPR1MEMC NATIONALE
Janvier j 653.
GCXXXV.
Iff. étr., France, t. 2G9, f" '127; t. 3o du recueil des lettres de Mazurin. —
Copie du temps.
Ui MARÉCHAL DE LA FERTÉ.
Vanx-sous-Laon. [ail janvier' iC53.
( BXTBAIT.)
Je suis bien fasché que ceux de Vervins ne vous ayent pas donné le temps de les secourir et que vous ayez esté obligé de loger toute voslre cavalerie dans Marie-, parce que ce lieu en sera sans doute si fort ruiné, qu'il sera, aprez, impossible d'y establir un quartier, comme vous sçavez que l'on avoit résolu. 11 faut tascber de reparer ce mal, autant qu'il se pourra, et que, pour cet effect, vous fassiez desloger au plus tost ladicte cavalerie, que je croy que vous pourriez mettre aux environs de Vervins, particulièrement si on prend la resolution de l'attaquer, comme il y a grande apparence que l'on fera, veu Testât auquel l'on sçait qu'est ladicte place, où il n'est pas vray qu'il y ayl mille hommes de pied en garnison, comme La Gardonniere me la escrit, puisque les ennemis n'y ont laissé que le régiment de Bassancour, qui n'est que de cent cinquante hommes, et un régiment espagnol, qui est tres-foible, et eux-mesmes n'espèrent pas de pouvoir deffendre cette place, si on l'attaque, comme vous le verrez par la copie cy-jointe d'une lettre interceptée du prince de Ligne3 audict Bassancour. Nous partirons demain matin pour aller à Grecy-sur-Serre, et nous serions partis dez aujourd'huy si on n'avoit esté obligé de séjourner icy pour faire prendre h' pain à l'infanterie.
1 Cette lettre est datée du 12 janvier dans ' Voy. sur Marle-en-Behaine , ci-dessus,
la copie des AiT. étr. ; mais les faits dont p. 54i, note 1.
elle parle prouvent qu'elle a dû être écrite 3 11 a déjà été question ci-dessus, p. 337,
le 2 1 , après la prise de Vervins par les Espa- note 3, de Claude I.amoral. prince de
gnols. Ligne.
Par mon advis, l'on doit absolument attaquer Verrais, et si vous Janvier 1053. faictes considération sur la lettre que le prince de Ligne escrit à Bassancour, vous conclurez qu'on luy dict en bon langage de se rendre ft sauver les troupes qu'il a. Si vous voulez mener avec \ous de l'infanterie, M. de \ aubecourt ' n est qu'à deux lieues de Marie, nous marcherons par Grecy. J'attends tous ces messieurs icy à disner'2, et, s'il v aura quelque chose de changé, vous en serez adverty en diligence. Nous pouvons tirer de Guyse tout le canon qui vous sera nécessaire, et . par les advis que j'ay de tous costez, je vous puis asseurer que l»'s ennemis se retirent en corps vers la Gapelle et qu'ils vont en quartier, et il n'y a pas apparence que, s'ils avoient envie de soustenir Vervins, le prince de Ligne escrivist, comme il l'a faict, à Bassancour3. M. de Bar est arrivé, et ce qu'il m'a dict ne m'oblige pas à rien changer df ce que dessus.
M. de Bar vous rendra cette lettre et vous dira tout ce qui s'est passé avec ces messieurs qui sont venus icy. L'on a résolu de reprendre \ervins. après avoir donné deux jours de repos aux troupes, qui sont tort fatiguées, et en cas que, comme je n'en doute point, M. le Prince marche avec les troupes de Wittemberg * pour aller vers Stenay et le Luxembourg, il faut que vous vous en retourniez avec les corps qui doivent loger en Lorraine et ce que l'on a destiné pour loger soubs5 la rivière de Marne et dans le Bassigny6; et ce pendant, au lieu d'aller aux environs de Vervins, vous pouvez demeurer dans des villages auprez de Marie, et, sans attendre d'autres nouvelles, vous pouvez vous mettre en estât de marcher, en cas que vous ayez la confirmation que M. le
Nicolas de Neltancourt d'Haussonville.
i Voy. ci-dessus, p. 692, noie a.)
5 Ces détails, qui se trouvent déjà dans la lettre du 21 janvier 1 653 , adressée à Le Tellier, ne peuvent laisser aucun doute •>ur la date de celle que Mazarin adresse au maréchal de La Ferté.
i Ce nom est écrit ici bassecourt ,• ailleurs Basspiirourt ou Haftsnncoin
4 La copie porte bien ici Wittemberg pour \\ irtemberg (Wurtemberg). (Voy. ci-dessus, p. 157, note 3.)
5 H y a bien soubs dans la copie. Dans la lettre suivante, Mazarin explique le sens de celte phrase en écrivant : les troupes tqui sont logées le long de la Marne*.
" Le Bassigny correspondait , comme on l'a vu , en partie à la Haute-Marne.
Janvier i653. Prince ayt marché pour aller vers Stenay; car, à I instant, je vous escriiay de le l'aire.
CCXXXti.
Bibi. nal., iris. f. f'r. . t. 23, 202. — Original signé, en partie chiffré; quelques mots autographes.
\ L'ABBÉ FOUQUET
\ ;iiu-sons-Laon, 2a janvier i653.
J'ay receu vostre lettre du 18. Je vous remercie des avis que vous me donnez. Pour ce qui regarde 6U\ il ne faut pas douter qu il n'y ayt beaucoup de gens qui tascheront de vous eschauffer et de vous faire emporter; mais je vous prie, pour l'amour de moy, de ne suivie pas vos premiers mouvemens et de demeurer dans la modération, ne faisant pas semblant d'ajouter foy à tous les rapports que l'on vous faict. parce que, quand je seray à Paris, je verray avec vous-mesme ce qu'il y aura à faire.
La lettre cy jointe est pour M. 572, et je suis entièrement vostre serviteur 3.
CCXXXVH.
Bibl. nat. , nis. I". f'r. , l. 6892 , 1° 54. — Original signé, en partie chiffré.
\ M. LE TELLIER
Crécy-sur-Serre, ai janvier 1 653.
(extrait.)
Mazarin lui parle d'abord des quartiers d'hiver que l'on pourra assigner aux diverses troupes; il continue ainsi :
M. d'Hocquincourt ., qui vient d'arriver icy, m'a parlé dans les ternies
' Ce chiffre n'est pas traduit. Je présume Fouquel; mais il avait de nombreux compé-
qu'il s'agit ici de Nicolas Fouquet, qui sol- titeurs, entre autres Abel Servten. licitait la place de surintendant des finances, ' La Reine, d'après le déchiffrement.
vacante par la mort du duc de La Vieuville. ; Les deux dernières lignes sont auto-
II élait vivement soutenu par son frère, l'abbé graphes.
DU CARDIN \L MAZARIN. ">r»7
que je pouvois souhaiter et j'ay esté 1 > i o 1 1 aise de sa venue, parce quelle Janvier »658; sera de ires-bon effect non seuiemeni dans cette armée, mais aussy partout ailleurs '.
\l. de Manicamp a parlé avec plus de modération qu'il ne faisoit cv -devant. .1 ay renvoyé le sieur Brachet vers luy pour voir si l'on peut conclure quelque chose de positif, pour n'avoir plus d'inquiétude de ce costé-là. Je ne sçav ce qui en arrivera; mais Leurs Majestez doibvent estre asseoie/ que je suis incapable de rien oublier en des affaires de cette nature, qui sont, dans la conjoncture présente, de la dernière importance, et j'espère de leur rendre compte bientost de vive voix de tout ce qui s'y sera passé. Ce pendant je loue Dieu de ce qu'on aura rompu les desseins des ennemis et qu'au moins, quant à présent, il n y aura rien à craindre de ce costé-là.
Gomme nous avons assez de troupes pour venir à bout de Vervins sans le corps de M. le mareschal de La Ferté-Senneterre, maintenant que les ennemis se sont retirez, ledict sieur Mareschal s'en va avec les troupes qui doivent hyverner en Lorraine; il prendra du canon en passant à Rheims et attaquera, s'il y a lieu de le faire, comme je le crois, les chasteaux de ^ oid et de Gommercy; il emmènera aussy celles qui sont logez le long de la Marne et dans le Bassigny, et elles auront ordre de luy obéir, afin qu'il s'en puisse servir, en cas que M. le Prince voulust remuer de ce costé-là. Toutes les troupes de Champagne auront aussy le mesme ordre; car mon but dans la disposition des quartiers a esté que, depuis Calais jusques à Bellegarde2, toutes les troupes se puissent donner la main les unes aux autres, suivant les inouvemens que les ennemis feront.
M. le Prince ira asseurement à Stenay et ensuite à Bruxelles, où il est allé desjà de ses gens pour préparer son logement. Les Lorrains et les V\ ittembergs vont avec luy, pour prendre leurs quartiers, les pre-
' On a déjà dit que le maréchal d'Hoc- côté des ennemis et fut tué dans leurs rangs
qainconrt était accusé de s'entendre avec en iG58.
Gondé. 11 est certain que. plus lard, entraîné ! Auj. Seurre, chef-lieu d'air, du dép.
par la duchesse de Uiàtillon. il passa du de la Cote-d'Or.
Janvier i<>:>:i. miers, à ce qu'on dict, dans le pays de Juliers', et les autres dans le Luxembourg. Tous les paysans sont dans les bois en embuscade pour le harceler, enragez de ce qu'il a enlevé tous leurs bleds et faict brusler leurs maisons.
L'on a résolu l'attaque de Vervius où il n'y a que quatre cens hommes de pied et deux cens cinquante chevaux, que je croy qui s'en iront à l'approche de l'armée. Bassancour,qui y commande, en a desjà bruslé les lauxbourgs. Demain, dez le matin, l'on fera advancer deux mille chevaux pour se loger depuis Origny etËstrée-au-Pont jusques à deux lieues de Guyse, d'où nous faisons venir deux pièces de batterie.
Toute l'armée marchera aussy demain, à la reserve du corps de M. de La Ferté, et, dez après-demain, l'on attachera le mineur et l'on battra la place. Je ne pense pas que nous y trouvions grande résistance, les ennemis n'estant pas en estât de la secourir, outre qu'ils sont esloignez en sorte qu'on voit bien qu'ils ny songent pas; mais il estoit nécessaire de reprendre ce poste, soit pour la réputation, ne restant que cela à faire après avoir contraint les ennemis à quitter la partie, soit pour leur oster ce pied dans le pays et la communication qu'ils auroient eue plus facilement par-là avec Rethel , et mesme par plusieurs autres raisons.
ccxxxvm.
Bibl. nat., ras. f. fr., t. 6892 , f° 58. — Original signé, en partie chiffré. À M. LE TELLIER.
Lagny2, près Venins, a6 janvier 1 653.
(evtiuit.)
J'ay receu , [avec] vostre despeche du vingt deuxiesme de ce mois , le
1 Auj. province rhénane de Prusse. — 3 Probablement village de Lagny, au N.-E. de Compiègne, cant. de Lassigny.
Dl CARDINAL M \ZAKIN.
paquet de M. l'evesque de Xaincles1. Je le renvoyay à la Reyne. Je Janvier i65â. me ilonnc l'honneur de Iny escrire là-dessus mon advis par la lettre que vous trouverez cy-joinctea.
La cavalerie, (|ni est dans Vervins, a laid tout son possible pour se retirer, mais avant trouvé tous les passages gardez, elle a esté obligée de se renfermer dans la ville. Le corps de M. deTurenne faict le siège, et aujoimlliuy M. de (ïiistelnau a investy la place et en inesnie temps -est rendu inaislre du moulin que les ennemis avoient fortiffié et y avoient logé soixante mousquetaires, [lesquels ont pris] l'espouvante aux premiers coups qu'on leur a tirez de deux petites pièces et en voyant nos soldats tout prêts à donner.
M. de.Castelnau m'a envoyé dire qu'il attacheroit cette nuict le mineur, et demain à midy le canon sera en batterie, les deux pièces, que nous Taisons venir de Guyse, ne pouvant arriver plus tost à cause des mauvais chemins. On a résolu de faire sommer le commandant de se rendre, avant que le canon tire, luy offrant, en ce cas, une bonneste composition et luy déclarant qu'autrement il n'en aura aucune, estant dans un lieu qui ne se peut deiïendre et sans espérance de secours. Je ne sçay pas la resolution qu'il prendra; mais je sçay bien qu'on luy tiendra parole, et que, s'il sopiniastre à vouloir tenir bon, il n'aura autre capitulation que celle de Bar et de Ligny.
On avoit faict courir le bruict que M. le Prince avoit rebroussé chemin avec toute sa cavalerie pour venir icy; mais cela s'est trouvé faux, et à la vérité il n'y avoit aucune apparence; et, de faict, un officier de Marimond3. qui m'a apporté la nouvelle du soulèvement de cinq compa-
1 Louis de Bassompierre. évêque de Saintes, avait entamé une négociation pour engager le comte du Daugnon à abandonner Brouage. Ce passage est important pour explùpier une lettre de la Reine à Mazarin . (pie j'ai publiée dans l'Histoire de France sotis le ministère de Mazarin, t. 1". p. ^128.
* Je n'ai pas retrouvé celte lettre de Malaria à la Reine. L'avertissement en tète de ce
volume contient plusieurs extraits de lettres de la Reine à Mazarin écrites en 1 653.
3 La place de Marimont, Mariemont, ou Mariembonrg, appartenait à la France sous le règne de Louis XIV. C'est aujourd'hui une ville de Belgique (province de Namur). Il serait possible qu'au lieu de Marimond, il fallût lire Manimont. Jean d'Aiiger de Manimont fut nommé maréchal de
r>60 LETTRES
lanvier j653. gnies <l<' M. le Prince (ce qui est une assez jolie action), m'a rendu des lettres de M. de Montegu, par lesquelles il me donne ad\is que M. le Prince , avec toutes ses troupes, est logé à deux ou trois lieues de Rocroy*, et que le bruict estoit que M. de Lorraine et Fueusaldagne dévoient venir de ce costé-là pour résoudre avec M. le Prince les quartiers qu'on prendroit.
Ledict sieur de Montegu, qui s'estoit mis en embuscade en des lieux par où M. le Prince debvoit passer, a esté à la veille de faire une belle action; car, ayant donné sur des troupes qu'il croyoit estre l'arrieregarde de M. le Prince, il mit tout en desordre, fit des prisonniers, tua force gens et prit tout le bagage de \ittemberg, et comme il pensoit enfoncer plus avant, la véritable arriere-garde arriva, qui 1 obligea à se retirer; mais lousjours ses gens ont faict grand butin, et il a bien incommodé les ennemis.
Nous avons intercepté des lettres de M. le Prince, par lesquelles il mande de recbef à Persan de brusler tous les villages depuis Relhel jusqu'à Signy-I'Abbaye'2, sans espargner ceux mesme de M. le marquis de Mouy, et de se saisir du chasteau de Charbogne 3, à quelque prix que ce soit. 11 luy mande aussy qu'il estoit contraint de se retirer d auprez de Vervins faute de fourrages, quoyque nous y en ayons trouvé sullisamment pour y subsister huit jours, s'il en estoit besoin. Il a voulu cacher à Persan mesme la véritable cause de sa retraite, qui estoit l'approche de l'armée du Roy, et, à la vérité, cette retraite s'est faicte de nuictavec tant de précipitation et une espouvante si visible des ennemis, que chacun s'en est estonné, veu qu'ils en pouvoient user autrement, sans rien hazarder, nos troupes n'estant pas encore à portée lorsqu'ils se sont retirez.
camp en 1 653. Il s'agirait peut-être ici d'un 2 Voy. ci-dessus, p. 52Ô, note •>..
officier du régiment de Manimont. ' Il a déjà été question de ce château si-
1 On a déjà vu que le gouverneur de Ro- tué dans les Ardennes et maintenant compris
croy se nommait Montegu ou Montaigu. dans l'arrondissement de Vouziers.
DU CARDIN \L MAZARIN. f>61
====__====^====____^^=======, Janvier i05.5.
CCXXX1X.
MF. eh'.. France, t. 369, f° A3i ; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin.
Copie du temps.
A M. DK FÀBERT
(extrait.)
Laon, 27 janvier i653.
Après avoir écrit à Favert que de Termes1, qui devait se rendre à Sedan pour conférer avec lui, a reçu une blessure qui l'empêche de partir immédiatement. Mazarin ajoute :
Nonobstant ce que vous m'avez mandé des bonnes dispositions de MM. de Noirmoutiers et de Bussy-Lameth, il y a eu certaines allées et venues vers eux, qui me font soupçonner quelque chose, puisqu'ils ne vous en ont rien dict. D'ailleurs voyant que M. le Prince s'attache à prendre des postes dans le pays de Liège et dans les lieux d'alentour, aboutissant aux places dont ces messieurs-là sont gouverneurs2, cela me faict de la peine et augmente mes soupçons. Neanlmoins, comme, par vos lettres, vous m'avez tesmoigné d'estre persuadé qu'ils vont droit et que les discours qu'ils vous ont tenus sont assez positifs pour avoir cette croyance, je ne me serois pas arresté à ce que dessus si je n'eusse receu un courrier hyer au soir, que la Reyne m'a faict depescher pour m "apporter une lettre de Saint-Romain3 qui est auprez de M. le Prince, et lequel a le secret de toutes ses affaires avec les Espagnols, escrite à un de ses meilleurs amis, qui est le confident de M. le Prince à Paris, et dans laquelle sont les mots suivans, que j'ay faict voir en original audict sieur de Termes : rr L'on vous prie aussy d'envoyer une ample information de Testât où sont les amis du cardinal de Retz et de ce
1 Roger de Pardaillan de Gondrin, mar- s Charleville et Mézières.
quis de Termes, mort en 1706, 9 mars. 3 Voy. sur ce diplomate qui e'tait eDgagé
( Voy. le Journal de Dangeau , t. IX, p. i48, dans le parti de Condé, ci-dessus, p. 160,
p| la note de Saint-Simon sur ce passage.) note 5.
uzàui. — v. 71
r'fUMEMI NATIONALE.
Janvier Hi53. qu'ils peuvent et veulent l'aire, afin qu'on puisse prendre ses mesures et ses resolutions sur ce sujet. On est en commerce avec ceux qui sont en ces quartiers, et la chose est en fort bon chemin.»
Il faut donc, s'il vous plaist, prendre bien garde à tout, et je vous advoue que je seray en inquiétude lorsque je sçauray que vous faictes des voyages dans leurs places, quoyque j'aye peine à les croire capables d'une telle trahison.
Mon advis est que vous observiez tout, sans faire semblant de rien, et que vous tesmoigniez avoir tousjours la mesme confiance en eux et de les croire plus zelez et plus passionnez pour le service du Roy qu'ils n'ont jamais esté. Car, nonobstant ce que dessus, il se pourra faire que vostre conduite contribue à les esloigner de conclure aucune chose contre oe qu'ils doivent.
Vlazarin termine en parlant des troupes que Fabert pourrait lever.
Bibl. nat. , ms. f. fi-., t. 6892, f° 65. — Original signé.
Lagny, 37 janvier 1 653.
(extrait.)
Une heure aprez le départ de M. le prince d'Harcourt \ auquel je donnay un paquet pour vous, le comte Broglio [sic) ayant faict sa déclaration à Bassancour, que, s'il ne se rendoit sans attendre que le canon fust mis en batterie et ne donnoit des ostages dez aujourdhuy, pour sortir demain à la pointe du jour, il ne debvoit espérer autre capitulation que d'estre prisonnier de guerre, et quoyqu'il n'y eust pas lieu de croire qu'il voulust subir cette loy, neantmoins, aprez plusieurs allées et venues, il a faict tout ce qu'on desiroit, et il sortira demain à l'heure
' Charles III de Lorraine, lils aine' du duc d'Elbeuf. Il prit le titre de duc d'Elbeuf après la mort de son père en 1657, et mourut en 1692, à l'âge de soixante-douze ans.
concertée, pour aller à Avesnes avec sa garnison qui est composée de Janvier tti5o. quatre cous hommes de pied et de deux cens trente chevaux.
.l'aurois fort souhaité qu'on les priât prisonnière de guerre; niais tout le- momie a soustenu qu'attendu la rigueur de la saison et le grand nombre îles assiégez qui n'auraient pu estiv forcez qu'avec beaucoup de pertes des nostres, la quantité de chevaux que nous perdions a faire la garde la nuict, et la réputation que c'estoit d'obliger une si forte garnison à se rendre sans que le canon fust seulement en batterie, chacun, dis-je, a esté d'advis que, par toutes ces raisons, [on accordast] la mesme composition que les ennemis avoient accordée à celuy qui commandoit pour le Roy dans Venins, après avoir battu ce lieu-là durant quatre jours, quoyqu'il n'y eust que quarante mousquetaires.
Vous n'aurez pas grand peine à croire que les officiers et les soldats sont fort fatiguez et souhaitent avec grande passion un peu de repos; ce qui estant d'ailleurs nécessaire au service du Roy,afinque, se retirant satisfaicts, ils travaillent d'autant mieux à fortifier leurs troupes et que Sa Majesté puisse avoir une bonne armée la campagne prochaine, j'ay creu que je debvois donner les mains à ce que l'on jugeoit à propos pour sortir promptement de c*ette affaire. M. le mareschal de La Ferté, qui s'en va en diligence à Paris pour voir M. de Senneterre ' et revenir joindre ses troupes avant qu'elles entrent en Lorraine, dira le destail de toutes choses à Leurs Majestez et surtout la nécessité qu'il y a de songer sérieusement à faire des troupes, puisque c'est la seule application qu'ont présentement les ennemis, que nous sçavons qui remuent ciel et terre pour cet effect.
M. le Prince estoit le 26 [janvier] à Philippeville, et l'on m'a dict qu'il envoyoit quantité d'officiers dans la Franche-Comté pour lever des troupes; peut-estre qu'il se doubte qu'on ayt quelque dessein sur Bellegarde, et j'estime que, dans le renouvellement du traicté avec les Francomtois2. il faudra insérer quelque article par lequel l'on rompe les desseins dudict prince.
1 Le marquiB de Senneterre était père du 3 On a déjà dit que ce traité garantissait
maréchal de La Ferté. la neutralité des Francs-Comtois.
56/i LETTRES
Janvier i653. Je partira y demain pour m'en aller à Crecy, où je sejourneray un jour pour donner ordre à toutes choses, et comme je ne suis pas hors d'espérance de faire quelque adjustement avec Manicamp, que je eroys tout à faict radoucy depuis le discours que le mareschal d'Hocquincourt luy a faict, il pourroit arriver que je prisse le chemin de la Fere. parce que je le croirois fort utile pour dissiper les hruits et faire perdre les espérances que M. le Prince pourra avoir conçues à l'esgard de cette place sur le mescontentement dudict Manicamp.
CGXLI.
AIT. étr. , France, t. 269, P 433; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
À M. DE FABERT
Laon, 3o janvier 1 6 5 3 .
(extrait.)
J'ay ouvert mon cœur sur toutes choses à M. de Termes l, sçachant que je le pouvois faire en toute seureté, et vous apprendrez, de sa vive voix, les nouvelles, mes soupçons et mes pensées, vous conjurant de me mander les vostres et ce que vous estimerez qu'il y ayt à faire. Car il me semble que les ennemis, portez à cela par M. le Prince, sont tousjours contre la Champagne2 et du costé où vous estes. Il faut se mettre en estât de ne rien craindre, et si, outre ce que j'ay dict au sieur de Termes, il y aura quelque chose à faire, vous n'aurez qu'à me le mander.
M. de Grandpré3 s'en va vous trouver et verra M. de Montegu en passant ; il est résolu de travailler à son accoustumée et de donner moyen à M. de Manimont4 de le bien seconder. Il faudra que vous pre-
1 Roger de Pardaillan de Gondrin. ( Voy. tome III, p. £72 , note 2 , des Lettres de Ma-
ci-dessus, p. 56 1, note 1.) zarin.
■ ! Prêts à entrer en Champagne. 4 Jean d'Auger de Manimont. (Voy. ci-
3 Charles-François de Joyeuse. (Voy. le dessus, p. 559, note 3.)
DU C\KMN \l M VZAHIN. 565
niez la peine de diriger tous ces esprits qui ont le zèle et l'intention Janvier i653, qu'il faut pour rendre de bons services au Roy, Si vous jugez à propos de mettre le regimenl de Grandpré à ciu<| ou six cens hommes, je vous donne pouvoir poureela, comme aussy de donner ce qui sera nécessaire pour la subsistance de ce régiment, outre et par dessus ce que MM. de Montogu et de Manimont donnent à ce qui est dans leurs places.
Le sieur de Beaujeu1, qui fera son séjour aux environs de Rheims, profitera de vos bons conseils et vous envoyera toutes les troupes que vous luy demanderez et qui seront sous sa charge. M. de Vaubecourt fera la mesme chose, en cas de besoin; mais il est plus esloigné, car je crov qu'il demeure à \ itry.
Il faudra tascher d'avoir au plus tost les six mille escus que MM. de Noirmoutiers, Bussy et les autres sont d'accord que leurs gouvernemens doivent pour assister la cavalerie ; car je fais estât qu'on ne manque pas un jour à payer les troupes qu'on laisse en Champagne pour empescher les entreprises de M. le Prince, et la despense de cela sera furieuse, mais entièrement nécessaire. J'ay dict à M. de Termes en quelle manière j'estimerois à propos que vous escrivissiez au gouverneur de Bouillon sur ce qui se passe présentement dans le pays de Liège, estant surpris que les Espagnols ayent oblige M. le Prince à y faire la guerre, pendant que l'Empereur a tant affaire de l'électeur de Cologne2, qui a beaucoup de ses confrères qui le suivront dans les resolutions qu'il prendra.
Je fais estât d'estre dans quatre jours à Paris, où j'ay pouvoir de mes niepees de convier Mme la marquise 3 pour voir le plus beau ballet, à ce qu'on dict, qui ayt jamais esté dansé4. Si elle en prend la resolution, je la serviray comme je dois et [comme] elle le mérite.
1 Claude-Paul de Villiers, comte de Beau- à cette époque, les suffrages des électeurs
jeu. (Voy. le tome III, p. 33g , note 2, des pour son fils.
Lettres de Ma zarin.) 3 La marquise de Fabert était Claude
1 L'électeur de Colojpie était Maximilien- Richard de Cleveland ; elle mourut en 1661.
Ferdinand de Bavière, qui vécut jusqu'en * On trouve dans la Muze historique de
1688. L'empereur Ferdinand III sollicitait, Loret (lettre du 1" mars i653) la descrip-
Février i653.
Aff. étr., France, t. 891, f° 66; minute; et t. 269, f" 435 (t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin). — Copie du temps.
À 01. [À LA REINE
Soissons, 1" février 1 653.
J'ay veu ce que l'evesque2 vous mande et je prie Dieu de tout mon cœur que l'affaire réussisse, comme il tesmoigne d'espérer; mais je crains fort la légèreté de l'homme à qui l'on a affaire 3. Je ne vous dis rien de particulier là-dessus; car je le pourray faire de vive voix après-demain.
Je n'auray jamais aucune volonté que la vostre, et je soumettray mes pensées à tout ce qu'il vous plaira. Trouvez bon que, comme je ne vous cacheray jamais rien, pour user avec vous, comme j av tousjours faict, de la dernière franchise, je vous diray'1 que ceux qui vous ont conseillé, et particulièrement Y Enfant'0, éprendre resolution sur ce qui concernoit les derniers conseillers6, sans m'en dire un seul mot.
tion d'un ballet dansé à la Cour vers la fin de février :
On y voit des enchantemens Et d'admirables changemens, Dont l'incomparable spectacle Fit crier cinq cens fois miracle.
1 On a déjà vu que ce signe désignait la Reine. Dans la minute, la traduction est jointe au signe.
5 H s'agit de l'évêque de Saintes. (Voy. ci-dessus, p. 55g, note 1.)
3 Le comte du Daugnon , gouverneur de Brouage.
* Il faudrait régulièrement : trouvez bon que je vous dise. Mazarin , en protestant de sa soumission à la volonté de la Reine, tient à lui dire franchement sa pensée.
5 J'ai déjà fait remarquer que la clef de M. Ravenel n'explique pas ce nom , mais qu'il désignait probablement Ondedei. (Voy. cidessus, p. 271, note 2.)
6 On avait demandé le rappel des conseillers exilés pour avoir attaqué un de leurs confrères qui avait fait partie du Parlement siégeant à Ponloise. Les quatre conseillers exilés se nommaient : Pontcarré, Vilmontée, Voisin et Leclerc-Gourcelles. (Vov. la Muze historique du 18 janvier 1 653.) La même lettre de la Muze historique nous apprend que, sur la demande du Premier Président, les exilés obtinrent presque immédiatement leur grâce. l\ parait que le personnage, appelé par Mazarin Y Enfant, avait conseillé leur rappel, que le Cardinal blâme avec aigreur.
1)1 <: VHDINAL MAZARIN. 567
ont eu grand tort, et d'autant plus que, dans les affaires qui attirent Février 1653.
de la lia) ne, [ils] sçavent fort bien dire qu'il faut attendre le Cardinal.
J»> n'en dira> pas davantage; mais je sçay fort bien (pie, si 26' (Mazarin)
ciisl propose de faire revenir les conseillers, \ Enfant eust esté le premier
à dire que 26 (Mazarin) est trop bon, et que sa bonté faict beaucoup
de préjudice. Je voy aussy que l'on m'a préparé de grandes intrigues
et des affaires fascheuscs pour nie mettre toutes sortes de gens sur les
bras1 et m'accabler; mais j'espère en Dieu de m'en garantir2, pourveu
que Leurs Majestez ne m'abandonnent pas, comme j'en suis asseuré.
Je ne vous sçaurois expliquer avec quelle impatience 26 (Mazarin) m'escrit qu'il souhaite entretenir 15 (la Reine), vostre bon amy. Je vous prie de luy dire de me croire tel.
Bibl. nat., ms. f. fr. , t. 6892, f" 7/1. — Original signé.
À LE TELLIER
Soi9sons, 1" février «653.
(eytiuit.)
En response à vos deux lettres des vingt six et vingt neufviesme de janvier, je vous diray que je n'ay qu'à obéir à ce qu'il plaist à Leurs .Majestez d'ordonner. Il est vray que je ne vous puis exprimer la confusion que j'ay de l'honneur que le Roy veut me faire, cognoissant bien qu'il est au-dessus de tous les services que je pourrois luy rendre, quelque long temps que j'eusse encore à vivre, quand inesme mon zèle seroit aussy heureux qu'il sera tousjours ardent pour le bien de
1 Entre les embarras que prévoyait Ma- colas Fouquet. Mazarin prit le parti de les
zarin à sa rentrée à Paris , il faut placer les faire nommer tous deux surintendants des
sollicitations pour la charge de surintendant finances et de partager les fonctions de cette
des finances, devenue vacante par la mort charge entre ces deux personnages qui lui
de La Vieuville. Nous avons déjà dit que avaient rendu de grands services, plusieurs compétiteurs , fort influents, la sol- 2 Le sens est : J'espère que Dieu m'en ga-
licitaient, entre autres Abel Servien et Ni- rantira.
enfin
je doibs me soubmctlre avec respect ù sa \ fi-
scs attaires, mais lonté'.
J'ose espérer seuiement que Sa Majesté trouvera bon que j'aye l'honneur d'estre à sa suite lorsqu'elle retournera dans Paris; car, après avoir eu celuy de la voir en chemin, il n'y auroit nulle apparence que je fisse bande à part, et la considération du respect que je doibs à Sa Majesté ne me permet pas de m'arrester, aprez cela, aux autres (considérations] qui me persuadoient qu'il estoit en quelque façon de son service que je rentrasse seul dans Paris.
Je couchera y ce soir à Villers-Gottrez2, comme j'avois résolu de l'aire, et demain à Dammartin3, où je seray bien ayse de recevoir de vos nouvelles pour sçavoir précisément l'heure que j'en devray partir et faire mon possible afin que l'incommodité [que Sa Mtd] veut absolument prendre, dure le moins qu'il se pourra.
' Le Roi, comme on l'a dit, voulait aller au-devant de Mazarin, et en effet il alla à sa rencontre jusques au Mesnil-Madame- Rance (probablement aujourd'hui Mesnil- Amelot, village de Seine-et-Marne, canton de Dammartin). Loret (Muze historique du 8 février i653) donne les détails suivants :
Encor qu'il fist un temps estrange, Temps de vent, de pluye et de fange, Lundy matin, Sa Majesté Leste, brave et bien ajusté Fut, en assez belle ordonnance.
Jusqu'au Mesnil-Madame-Rance , Pour recevoir le Cardinal, etc.
Les vieux frondeurs, dont faisait partie Guy Patin, furent indignés de cette pompeuse réception. Patin, dans sa lettre du h février 1 653 , n'en parle qu'avec ironie : ffLe Mazarin, dit-il, a été traité superbement à Soissons par M. le maréchal d'Estrées , qui en est le gouverneur ; et en reve-
nant (à son retour), beaucoup de personnes sont allées au-devant de lui, entre autres M. le Chancelier. Le Roi même y a été jusqu'à trois lieues d'ici \ et l'a amené dans son carrosse. Ils sont entrés dans Paris lundi 3 février, à deux heures après-midi. Le Roi lui a donné, ce même soir, à souper en grand et superbe festin. Dieu sait si ce n'ont point été des viandes bien succulentes pour réparer et restaurer les forces de ce grand capitaine, qui revient de la guerre si harassé, et qui rentre au cabinet, où il y a du reste tant de conquêtes à faire." On sent, sous cette ironie, le dépit des frondeurs qui comprenaient que leur règne était fini.
2 Villers-Cotterets, auj. chef-lieu de canton du dép. de l'Aisne , arr. de Soissons.
3 Auj. chef-lieu de Seine-et-Marne, arr. de Meaux. Le Mesnil-Amelol, dont il a été question dans la note î, est situé sur l'ancienne route de Dammartin à Paris.
' Guy Patin n'indique la distance qu'approximativement. Le Mesnil-Amelot est, en effet, à plus de trois lieues de Paris.
J'eusse bien souhaité de pouvoir aller aujourd'hui à Nanteuil1 pour Février 166S. estre dea demain à Paris: mais tous ces messieurs qui sont avec moy ont jugé que la traite seroit trop longue, les chemins estant si fascheui qu'ils sont.