‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 10 sur 123 · AU CHANCELIER ET AU PROCUREUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

AU CHANCELIER ET AU PROCUREUR GÉNÉRAL

Stenay, a3 juillet 1 1) 5 7 .

J'ay ordre du Roy de vous faire sçavoir qu'il importe d'empescher, par les moyens que vous adviserez, que les arrests que la Cour des aydes de Paris a rendus contre le département1 faict par M. Voysin, pour la levée des tailles dans l'élection de Troyes2, ne soyent exécutez; car, autrement, ledict sr Voysin ne pourroit travailler au département dans les autres élections, n'y ayant pas lieu de douter que les autres eslus ne suivissent l'exemple de ceux de Troyes, s'il n'y estoit pourveu de bonne heure ; ce qui est de très grande conséquence pour la facilité que ce desordre pourroit avoir à passer dans les autres generalitez. Ce sera donc à vostre prudence à y apporter, s'il vous plaist, le remède convenable, et le plus tost sera le meilleur.

Pour le Procureur général seul.

Le Roy m'a commandé de faire sçavoir à M. le Procureur gênerai que l'intention de Sa Mté est qu'il fasse acquitter l'ordonnance de comptant de douze cens livres qui a esté accordée au sr de Beaulieu pour iuy donner moyen d'achever le travail qu'il a commencé3.

Ce mot avait alors le sens de réparti-

tion.

2 L'élection de Troyes dépendait de la généralité de Châlons dont Voysin était alors intendant. La répartition des tailles se faisait chaque année au Conseil d'Etat

entre les vingt-trois généralités, et, depuis l'année 16&0, elle était adressée aux intendants, lesquels, avec ou sans l'avis du « bureau des finances 1 de leur généralité, subdivisaient l'impôt entre les diverses élections. 3 La dernière ligne a été coupée.

======= , , Juillet i6.r>

AIT. étr., France, t. 276, 1° i 1 9. — Minute.

À LA REINE

Stenay, a3 juillet 1 607.

Vous ne serez pas faschée d'apprendre qu'on se soit rendu maistre absolument de ce bastion destaclié, et qu'on travaille présentement à passer le reste du fossé pour s'attacber au corps de la place. Il a paru quelque cavalerie des ennemis à la teste du camp, qui a obligé M. de Navailles daller recognoislre ce que c'estoit avec huict cens clievaux, et nonobstant le bruict qu'ils font courre de vouloir secourir la place demain1, fondez plus sur l'assistance qu'ils espèrent recevoir de saint Jacques2 que sur leurs forces, je suis persuadé qu'ils se trouveront trompez dans leur calcul; car cet aposlre sera plus favorable et intercédera plus volontiers pour ceux qui ne font la guerre que par force que pour ceux qui s'opiniastrent à la continuer.

Pendant que j'escris ce billet, je reçois la vostre du 22, et comme vous ne me mandez rien sur ce que je vous ay escrit par Moret, il faut que la lettre ayt esté prise. Le Confident fera ce que vous ordonnez; mais je n'ay pu l'empeschcr d'aller à vostre rencontre au delà de Doncbery3. Pour moy, le ressentiment de goutte que j'ay ne m'empeschera pas de me faire porter à Sedan, et peul-estre qu'aprez deux jours je seray guery.

L'escorte que M. de Turenne a donnée, il la faudroit laisser sur la rivière de Bar ', à trois lieues de Sedan; car, de là, il n'y a aucun péril,

1 11 faudrait après-demain. 1 Aujourd'hui, ville du département des

2 On voit, par la phrase suivante, que Ardennes, arrondissement et canton de Se- Masario parle ici, en plaisantant, d'un pré- dan.

tendu secours de l'apôtre saint Jacques, sur ' Otle rivière se jette dans la Meuse, à

lequel auraient compté les ennemis. peu de distance de Donchery.

JoiHel )6r>7. à ce que M. de Fabert asseure. Je vous prie de le dire à M. le mareschal l)n Plessis ; car on sera peut estre obligé de la renvoyer diligemment à M. de Turenne. H y a des gens icy qui ont grande impatience de voir la Cour de la Reyne, et vous pouvez bien vous imaginer quels ils sont.

XL1IL Aff. étr. , France, t. 276, f° 4 18 v". — Minute.

Stenay, 2/i juillet 1657.

C'est plus pour m'acquit 1er de la parole que je vous ay donnée d'escrire tous les jours, et pour la satisfaction que j'ay de vous asseurer de mes trez-humbles respects de cette manière, ne pouvant pas le faire de vive voix, que je vous fais cette lettre, que pour avoir rien à adjouster à ce que j'ay eu l'honneur de vous mander hyer au soir; car il n'y a rien de nouveau, si ce n'est qu'on attend les ennemis en dévotion \ pour voir s'ils tiendront la promesse de venir demain pour dire : Santiago y ellos2.

Le Confient jouit d'une parfaicte santé, et il m'a commandé de vous renouveler les asseurances de son amitié, en attendant qu'il le puisse faire luy-mesme, de vive voix, aprez demain, sur les hauteurs de Donchery; et pour moy, vous excuserez si je ne m'acquitteray [sic) de ce devoir qu'à Sedan; mais vous croirez bien que j'accompagneray le Confident avec mon esprit, qui est sujet, comme il doit estre, à toutes vos volontez. Le Roy faict ses recommandations à Monsieur, que Sa Mté s'attend d'embrasser de tout son cœur aprez demain. Je vous demande la permission dasseurer S. A. R. de mes très humbles respects.

1 Prêt à les bien recevoir. un cri de guerre qu'on peut interpréter :

2 La traduction littérale de ces mots es- Saint Jacques à notre aide et sus à eux (aux pagnols est : Saint Jacques est à eux. C'est ennemis).

L'on m'a escrit encore de nouveau de Paris que vous ne seau riez Juifloi i6f vous imaginer l'amitié que # l a pour *2. Vous en avez douté ; mais des personnes bien informées m'en asseurent, en sorte que la chose ne peut estre autrement.

Aff. étr. , France, t. 27 h, f° 4 2 0. — Copie du temps.

À LA REINE

Stenay, 2 5 juillet 1657.

Le Roy vous depesche le sieur de Lessins3. Il aura l'honneur de vous entretenir de ce qu'il y a de nouveau, et je profite de cette occasion pour vous dire que c'est là la dernière lettre que vous aurez de ce voyage. C'est une grande joye de vous parler, au lieu d'escrire; je suis guery de la goutte, mais je suis encore malade. Le Confident vous le dira; car quelque envie quej'aye de vous aller voir bien loing, je suis forcé de vous attendre dans une chambre à Sedan.

Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, (. 5i A, f° 172. — Minuit*.

AU MARÉCHAL DE LA FERTÉ

Stenay, 29 juillet 1 667.

(f.xtrait. )

J'ay entretenu le sr Polastron* et, veti la lettre qui a esté escrite au

1 Mazarin. de Jean-Denys, comte de Polastron , nommé

1 La Reine. brigadier en 1686, maréchal de camp

' Humbert de Lionne, premier gentil- en 1691, lieutenant général ''ii 1696,

nomme de la manrbe du Roi. mort le 9.8 février 170(1, à lïijfc destinante

1 Ce Polastron esl probablement le père quatre ans.

luillei 1607. de Manimont, et quelque chose qu'on vous puisse dire, je responds que, dans le corps qui s'avance à Virton1, il n'y a pas plus de quatre mille hommes de troupes réglées. Je ne vous dis rien de la milice; mais le frère de Manimont qui les a veu marcher m'a dicl qu'il y pouvoit avoir six à sept mille hommes, et je croys qu'avec trois mille chevaux, vos dragons et deux mille mousquetaires, on pourroit bien entreprendre de les combattre et de les battre; car il n'y a pas un Espagnol ny un Italien et Allemand , et don Juan , Garacene et le prince de Gondé sont avec toute l'armée à Vauchelles2, en ayant receu encore hyer des nouvelles en celte conformité. Je suis fasché de la surprise de Dieuse3, qui fera une bonne gorge chaude au prince de Cimay (sic); mais je ne crois pas qu'il songe à le garder, et vous verrez que le corps de cavalerie que vous y avez envoyé ne trouvera personne au logis.

Je m'estonne fort que La Louviere vous ay dict qu'il ne pouvoit faire taire le canon des ennemis parce qu'il manquoit de poudre ; car, mercredy passé, il me dict l'apres-disnée qu'il avoit laissé la tranchée et les batteries pourvues jusques au jeudy malin, et qu'il avoit au parc huit milliers de poudre, et Talon en ayant faict porter six milliers vendredy à la pointe du jour, je ne sçay pas ce qui le peut avoir empesché de tirer; mais je scay bien qu'il eust eu peine à faire taire le canon des ennemis, puisque la batterie, avec laquelle il prétend en venir à bout, ne devoit estre achevée que la nuict passée.

J'en ay faict venir dix milliers de Sedan, et je la fais charger présentement avec les autres choses qu'on a demandées, afin que le tout arrive de bonne heure au camp, où il y arrivera aussy en mesme temps quatre cens cinquante soldats des gardes françaises el suisses, et la garde du Roy est toute preste à vous aller joindre au moment que vous me manderez de le souhaite!'.

' Petite ville du Luxembourg, théâtre de ment d'Abbeville, Vauchelles- lès-Authies,

fréquents combats au xvie siècle. arrondissement de Doullens, etc.

2 On trouve plusieurs villages de ce nom 3 Dieuse ou Dieuze, aujourd'hui dépar-

rlans le département de la Somme et do temenl de la Meurthe, arrondissement de

l'Oise : Vauchelles-le-Quesnov, arrondisse- Château-Salins.

J'ay aussy depesché, pour faire advancer les régiments de Rambures, JuiHci mode La Fere et Limosin avec cent ehevaux, le tout commandé par M. de Rambures; et si vous voulez encore des troupes, faictes le moy sçavoir, et j'en feray envoyer incontinent les ordres à M. de Turenne.

Il faut se garantir d'un secours de trois cens hommes; car pour croire que Marsin s'engage de le tenter à force ouverte, je n'en puis estre d'advis. Je suis en peine de celle que vous vous donnez continuellement, et il n'y a rien que je ne fisse pour vous en soulager, estant asseuremeut le plus passionné et véritable de tous vos serviteurs.

Addition.

Je viens de faire donner six mille livres pour les travaux.

Bibl. nat. . ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 179 v°; minute. — Ail', e'tr. , France.

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