AU COMTE DE BÉTHUNE
Slenny, 21 juillet 1607.
(extrait.)
Vos lettres des 7 et 8 de ce mois m'ont esté rendues, et j'ay veu avec beaucoup de confusion celles qu'il a plu à S. A. R. 2 et à Mademoiselle de m'escrire en mesme temps. Vous trouverez cy-joinctes les responses que je me donne l'honneur de leur faire3, et comme je ne puis exprimer à beaucoup prez les sentimens respectueux et zelez que j'ay pour leur service, je vous prie d'y vouloir suppléer de vostre mieux.
Je vous conjure aussy'de dire, de ma part, à Mademoiselle que, comme je ne puis croire que l'abbé Fouquet ayt esté jamais capable de manquer au respect qu'il doit à une personne de la naissance de S. A., et qu'asseurement tous les rapports qu'on luy a faicts à son préjudice sont des artifices de ses ennemis, j'oze la supplier tres-humblement d'agréer qu'il ayt l'honneur de luy rendre ses respects; que j'en auray une obligation particulière à S. A., et recevray cette grâce comme une marque sensible de sa bienveillance; et je vous prie d'y contribuer aussy tout ce qui dépendra de vous, en sorte que la 'chose
1 Voy. la lettre suivante. 3 Ces réponses, datées du 20 juillet
' Gaston d'Orléans, père de M"" de 1657, sont indiquées aux Analyses. Les
Montpensier, pour lequel on usait désor- deux lettres importantes sont adressées à
mais de ce titre; le duc d'Anjou, frère de l'abbé Fouquet et au comte de Bétlnme.
Louis XIV, étant seul en droit de porter On en trouvera ici les parties les plus es-
celui de ^Monsieur*. sentielles.
se fasse de bonne grâce. Ledict abbé-est une personne qui a tousjours esté Jui|iet 1657. tres-attachée à mes interests, et je ne doute pas que l'amitié que j'ay pour luy ne luy ayt suscité beaucoup d'ennemis, qui cbercbent de lotis costez des occasions de luy nuire; mais cela m'oblige d'autant plus à1 minteresser en tout ce qui le regarde, comme je fais en ce rencontre, aprez avoir sceu qu'il n'a rien oublié pour rendre Mademoiselle persuadée de ses respects et desadvouer tout ce qu'on avoit inventé pour l'aigrir contre luy. Vous m'obligerez donc de vous emplover dans cette affaire, en sorte que, ledict sieur abbé estant restably dans l'honaeur des bonnes grâces de Mademoiselle, j'aye la satisfaction de me confirmer de plus en plus qu'elle a beaucoup de bonté et de considération pour moy, et (pie l'amitié que vous avez pour moy ne vous permet pas d'hésiter quand il s'agit de me la tesmoigner dans des choses qui me sont à cœur au point qu'est celle-cy.
J'ay peine de voir que tant d'accidens, les uns sur les autres, ayent empesché Mademoiselle de se rendre auprez de Leurs Mtc\ et surtout que la résistance qu'on a rencontrée dans ce siège, qui véritablement a esté audelà de ce qu'on avoit creu, ayt retardé si longtemps le retour du Roy à Sedan. Je ne sçay sy la Reyne prendra la resolution d'y venir. En cas qu'Elle y vienne, si Mademoiselle avoit agréable de s'y rendre aussy, elle y seroit la très-bien venue, et, sur l'advis que vous m'en donneriez, on pourvoieroit à la seurcté de son passage; mais vous prendrez garde, s'il vous plaist, à m'advertir de bonne heure, et que Mademoiselle ne se mette pas en chemin, s'il luy plaist, sans estre auparavant bien asseuréc que la Reyne soyt partie de la Fère pour venir icy2.
1 Tout le passage, depuis en sorte que quelques jours plus lard; la Heine y e'iait jusqu'à plus à, est écrit sur la marge. déjà , e( le Roi, à son tour, vint l'y rejoindre
2 Mademoiselle arriva, en effet, à Sedan au commencement d'août.
Juillei 1657.
Bibî. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert , t. 5i A, f° 167. — Minute.
À M. DE TURENNE
Stenay, 91 juillet 1657.
(extrait.)
Je vous depesche en toute diligence pour vous envoyer les advisque je viens de recevoir de M. de Fabert, ne sçachant pas s'il vous en aura donné part. Ils sont considérables et viennent de deux personnes seures et très affectionnées au service du Roy, qui peuvent estre fort bien informées de ce qui se passe en ce pays-là. Je ne doute pas pourtant qu'au moindre advis que vous aurez eu de la marche de l'armée ennemye, ou que l'on ayt destaché un corps considérable d'infanterie, vous n'aurez pas manqué de vous advancer de ce costé-cy, laissant, comme je vous ay escrit, M. de Castelnau, ou autre lieutenant gênerai, avec un corps du costé delà Somme; mais ce qui me faict peine, c'est l'appréhension que les ennemis n'ayent destaché, auparavant de venir à Inchy \ quelque corps derrière eux pour aller droit à Nainur. et qu'ils ayent au mesme temps envoyé Marsin avec peu de chose pour nous amuser. Je me meffie aussy du voyage de don Juan à Bruxelles, qui est le chemin [pour aller] à Namur, du bruit que l'on a faict encore de la maladie du prince de Condé et de l'affectation qu'il semble que Marsin a faicte de n'avoir personne avec luy.
Nous sommes dans la crise de cette affaire, et vous devez estre asseuré qu'on n'oubliera rien icy pour la soustenir jusques au bout. MM. de Lislebonne, Varennes et Grandpré sont à deux lieues d'icy, et de tout cela, y adjoustant ce que le Roy a près de sa personne, nous ferons plus de trois mille chevaux, sans y comprendre les officiers, de façon qu'y en ayant encore trois mille au camp, sans y comprendre
1 Aujourd'hui village du dëp. du Pas-de-Calais, air. d'Arras. Il y a encore Incliy-en-Beaumont, de'p. du Nord, arr. de Cambrai.
les dragons et les carabins', ce ne sera pas un corps de cavalerie peu Juillet 1657. considérable. J'espère aussi d'avoir après-demain matin quinze cens bons hommes, qu'on tire des garnisons de toutes les places voisines, auxquels on joindra le régiment de Guyse, que vous avez envoyé. Mais pour asseurer l'affaire jusquesau bout, il l'androit que vous destachassiez un corps d'infanterie qui vinst en diligence et sans bagage pour nous joindre, si ce n'est qu'ayant eu nouvelles que toute l'armée ennemye marche, vous ne soyez obligé de vous advancer avec toute celle que vous commandez.
Je vous prie aussy de songer si, dans la meffiance où l'on est de pouvoir estre surpris par les ennemis, il ne seroit pas à propos que vous vous advançassiez avec toute l'armée, et laissant seulement un corps de delà , comme je vous ay marqué cy-dessus. Je me remets à tout ce que vous jugerez plus à propos, et je m'asseure que le party que vous prendrez sera le meilleur, après avoir considéré les advis que je vous envoyé et tout ce que je vous escris là-dessus.
La mine, à laquelle on travaille, ne pourra jouer que demain matin, parce qu'on l'a voulu pousser plus de trente pieds en avant, afin de faire sauter le retranchement que les ennemis trouvent dans ce, bastion destaché, et se rendre maistre de la pièce pour attacher à l'instant deux mineurs au corps de la place.
M. le mareschal de La Ferlé et M. de Navailles m'ont mandé que, quelqu accident qui puisse arriver par la résistance des assiégez, ils me respondoient que la place seroit au Roy dans la semaine prochaine, et tout le monde le croit ainsy.
Sur l'advis que j'ay receu de Paris de la maladie de M"10 de Bouillon'2 et de M1'0 vostre sœur, j'y ay envoyé Langlade pour les visiter, de ma
Cavalerie légère, employée sartoul rlonl il est ici question, elle en laissait une
pour éclairer la marche des armées, depuis autre, mariée depuis un an H demi avec le
le règne de Henri IV. prince d'HarcoUrt, <!e la maison de Lor-
1 Lorsque Mazarin écrivait cette lettre, raine fi un Gis , le duc de Bouillon, qui
la duchesse de Bouillon, belle-sœur de Tu- épousa Marie-Anne Mancini, la dernière dis
renne, venait de mourir. Outre la Mlle nièces de Masarin.
6â LETTRES
Juillet 1667. pari, et m'infortner de lestât de leurs sautez. Jeu suis eu peine; mais j'espère qu'elles sortiront heurcuseiuent de cette maladie, car je prie Dieu de tout mon cœur.
Aff. étr., France, t. &91, f" 350. — Original signe, en partie chiffré.
À M. SERVJEN.
Stenay, 22 juillet 1607.
(extrait.)
J'ay veu la lettre du prince de Hombourg, celle de M. de [Croisic] 1 et du résident de l'électeur palatin; mais on est bien embarrassé à asseoir un fondement certain sur les discours qu'elles contiennent, veu qu'ils sont tous remplis de soupçons, lesquels il me semble de voir plustost réglez par la passion de ceux qui escrivent qu'autrement. Nous allons estre bientost esclaircis de toutes choses, et pourveu que l'électeur de Mayence aille bien, comme nous avons sujet de croire jusques icy, nous ne devons pas désespérer de venir à bout de nostre dessein, et, en ce cas, tout l'argent qu'on a projeté d'y mettre sera bien employé; mais, à la vérité, si nous le despensions sans que l'eflect s'ensuivist, on se mocqueroit bien de nous, de façon qu'il faut que MM. les ambassadeurs ayent pour but de faire réussir une élection qui nous soit agréable, ou d'espargner nostre argent. Autrement, M. le mareschal de Gramont auroit grande raison de se desfier qu'on ne mist l'ambassade en burlesque.
Je n'ay rien à vous répliquer sur le contenu de la lettre du prince de Hombourg, si ce n'est que vous lu y pouvez confirmer les bons sentiments que le Roy a tousjours pour M. le duc de Neubourg, et que, s'il croit, ainsy qu'il mande, que, si M. le landgrave de Darmstadt en estoit informé, il s'employeroit bien plus efficacement auprès de
' Ce nom est devenu à peu près illisible , parce qu'on a appliqué dessus le chiffre du folio. La suite de la lettre prouve qu'il s'agit de Croisic. Ce nom est quelquefois écrit Croisicq.
M. l'électeur de Saxe pour le gagner eu sa faveur, il a grand tort de Juillet 16S7. ne l'avoir pas encore faict agir auprès dudict sr Electeur.
H y a deux choses qui me font peine présentement : la première, que je vois, par une depesche de M. d'Avaugour, que le roy de Suéde se doutoit1 de la fermeté de Brandebourg, estant combattu, do tous costez, pour le detascher de son party. C'est pourquoy il avoit prié ledict sieur d'Avaugour d'aller vers luy en diligence; et, en effeci, il esloit desja en chemin pour cela. Peut-estre que nos Ire depesche, et l'olfre qu'on luy a laicte, dissipera tous ces ombrages cl affermira plus que jamais Brandebourg dans ce party-là; mais vous jugez bien que nous en devons estre en grande inquiétude jusqu'à ce que nous en sçachions le succez, et l'Isola-, que les Espagnols employent auprès de luy, est un trop grand machinateur (Eingami* pour ne l'appréhender pas.
L'autre chose est que le comte de Wagnée, ayant faict un second voyage vers M. l'électeur de Cologne, conformément à l'ordre qu'il en avoit receu, il me mande que ledict sieur Electeur l'avoit satisfaict en tout, luy parlant positivement de l'exclusion du roy de Hongrie, mais qu'il n'avoit jamais pu l'engager de mesme à celle de l'archiduc Léopold \ et, si je ne me trompe, il y a bien du Fùrstemberg5 là dedans. lequel, se déclarant nettement qu'il veut profiter de ce rencontre pour fairoses affaires de façon ou d'autre, sera tousjours tenté, par l'evesclié de Strasbourg que possède ledict archiduc0, à porter son maistre en faveur de celuy-cy. Je crois pourtant que, si l'on pouvoit eslever7 Ncubourg, Fiirstemberg y trouveroit plus son compte, et ainsy il n'Iiesi-
1 Le déchiffrement porte bien se douloit. Fiirstemberg était le ministre principal de
Je crois qu'il faudrait lire : doutoit. l'électeur de Cologne.
Voy., sur Lisola, le tome VII, p. &Ai, ' Le titulaire de l'évêché de Metz était
des Lettres de Mazarin. Léopold - Guillaume d' Autriche, frère du
;' De tromperies. défunt empereur. Ce prince, bien entendu.
Voy. sur cet archiduc, frère de Ferdi- n'était jamais entré dans les ordres et per-
nand III el ancien gouverneur des Pays-Bas, cevait simplement les revenus.
t. VII, j). 1 Q7 et f\k\ , des Lettres de \la:«rin. ' Le déchiffrement porte bien cslever.iv
1 On a vu plus haut que le comte de crois qu'il faudrait eslire.
Juillet 1607. teroit pas à sacrifier l'Archiduc, el je ne songe que, si la chose se reduisoit à gaigner ledict Fûrslemberg, l'evesché de Metz feroit peut-estre |)lus d'clfect que celuy de Strasbourg1.
Vous avez bien rcspondu à M. de Croisic louchant la pension de M. le Landgrave, et, si on voit qu'en la payant on puisse en attendre quelque advantage considérable dans la conjoncture présente, il faudra s'y résoudre2. Pour les cinq cents escus qu'on doit audict sieur de Croisic de reste de la sienne3, il faut le payer absolument, et si vous prenez la peine de la faire advancer, vous en serez remboursé sur le comptant du mois prochain. Je vous conjure de ne pas perdre un moment de temps à la luy faire tenir et luy mander en mesme temps de donner toutes les lumières à MM. les ambassadeurs et les assistances qui pourront dépendre de luy, afin qu'ils puissent mieux réussir dans leur négociation. Ce que j'ay leu dans la lettre de Croisic à l'esgard de la ligue projetée4 m'oblige à vous dire que le roy de Suéde n'y est compris [que] pour les Estats qu'il possède en Allemagne, comme luy estant adjugez par le traicté de Munster. Car si le principal but de cette ligue est la manutention5 dudict traicté, comment le pourroiton conclure en abandonnant les interest de la Suéde ?
1 L'évêcbé de Metz était possédé par des laïques depuis 1612, où ion avait donne re siège à Henri, duc de Verneuil, l'un des bâtards de Henri IV. Ce seigneur, s'étant marié, se démit de son évêché, que le cardinal Mazarin s'attribua (i 653). Mazarin, à son tour, en i658, abandonna ce siège au comte de Furstenberg pour prix de son dévouement politique, suivant le plan qu'il suggère ici à Servien.
2 Nul n'ignore qu'à cette époque, concéder une pension était une faveur, mais en
payer les arrérages à celui auquel on l'avait concédée était une autre faveur, beaucoup plus grande que la première. Aussi les ministres ne se croyaient-ils engagés par une promesse de ce genre, à l'égard du bénéficiaire, que dans la mesure où ils avaient intérêt à la tenir.
3 De sa pension.
4 II sera, plus loin , question de ce projet de ligue entre les princes allemands, qui n'aboutit qu'en 1 G 5 8 .
6 Le maintien.
====^===^====^==—^— ———--— ==—============== Juillet i()5-
Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 1 70 v°: minute. — Aff. étr. . France.
t. 272, f° 170; copie du temps.
À LA REINE
Slenay, a3 juillet 1657.
(extrait.)
Je reviens du camp avec le Confident, où nous estions allez pour visiter les postes sur ce qu'on dict que les ennemys doivent tenter le secours de Montmedy, el dia de Santiago1. On donne bon ordre pour les recevoir, et desja la cavalerie, qui a esté destachée de l'armée de Turenne, est arrivée et postée, comme aussy deux mille hommes de pied et deux cents chevaux, que je me suis advisé de tirer de toutes les places de cette frontière.
J'ay receu vostre lettre du 20, que la Rocque-Saint-Chamarand 2 m'a rendue, et je me suis fort resjoiiy, avec le Confident, de voir que vous attendiez avec impatience les moyens de le revoir; car il faut que Moret soit arrivé à la Fere six heures après le départ dudict La Rocque; et ainsy nous espérons que vous aurez pu prendre vos mesures avec M. de Turenne pour la seureté du voyage, et que peut estre vous l'aurez commencé dez hyer. Au moins delà façon dont vous m'escrivez, je suis asseuré que vous n'aurez pas perdu un moment de temps.
1 Le jour de Saint-Jacques. La fête de ce J Antoine de La Rocque Saint-Chama-
saint correspond au 2 5 juillet. rond était maréchal de camp depuis iG5i.
MiZAIlIN. VIII. (j
tupniHCmc RAT]
Juillet 1607.
Aff. e'tr., France, t. 276, i'° A 1 7. — Minute.