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BiW. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colberl, I. 5i A, f'° 198; minute. — AfK <'lr. . i'Yan<-»\ t. 272 , f" 210-212; copie du temps.
À M. DE GR/VVEL,
Sedan, 8 août 1 fi.ô'y.
(extrait.)
Pour ce qui est de la froideur que vous avez recogneu lorsque l'on a parlé de comprendre la Suéde et [le] Brandebourg dans la liaison projetée1, MM. les ambassadeurs ont des ordres précis du Roy pour la conduite qu'ils doivent tenir sur ce sujet, et vous en avez esté informé par advance, me souvenant vous avoir escrit qu'il seroit toutà-fait ridicule de vouloir faire une union de divers princes catboliques et protestants pour conserver le repos qui a esté estably en Allemagne par le traité de Munster; de vouloir empescber à l'advenir les contraventions qu'on y pourroit faire et reparer celles qui ont esté faicles; et de ne vouloir pas parler de la guerre que le Danemark faict à la Suéde, pour luy oster un bien qui luy a esté adjugé par ledict traité2'. Et M. l'électeur de Mayence est trop bien informé des affaires et trop équitable pour n'estre pas persuadé que la cbose doit aller ainsy.
Vous aurez, sans doute, desja donné part à MM. les ambassadeurs de la response que M. de Mayence vous a faict sçavoir, par son capilaine des gardes, qu'il avoit faicte aux sieurs d'Ettinguen3 et Wolmar, dont je m'asseure qu'ils n'auront pas manqué de la remercier et de luy dire tout ce qui le peut affermir dans les bonnes résolutions qu'il aura prises. Je seray bien aise qu'il sçache que j'ai eu beaucoup de joye, en mon particulier, d'apprendre de quelle manière il en a usé et que j'espère une fin tres-beureuse d'un si bon commencement, ne doutant
' La ligue des Electeurs et des princes 2 C'est-à-dire, le duché de Brème,
de l'Allemagne pour contraindre l'Empereur :i De la maison, d'abord comlale, puis
à respecter la paix de Westphalie. princière d'OEtlingen , en Bavière.
point que les diligences qu'il a faictes avec MM. les électeurs de Co- Aoùi 16.57. logne et de Trêves, et par celles que je continue de faire avec le comte de Fûrstemberg, il ne soit bien secondé de ces deux Electeurs; mais. au nom de Dieu, qu'il se souvienne que le Roy ne peut pas estre satisfait et que la paix en Allemagne et le bien de la Chresticnté sont incompatibles avec la continuation de l'Empire dans la maison d'Aust riche.
J'ay veu ce que vous me mandez avoir appris de l'envoyé de Savoye. Je ne m'eslonnc pas de ce qui luy est arrivé à Munich, apprenant, de tous costez, que Mme l'Electrice la douairière, et le comte Curlz1, remplissent l'esprit de l'Electeur de tant d'appréhension, qu'il croit qu'il n'y auroit nulle seureté pour luy s'il parloit seulement de l'Empire Vous direz pourtant, sur ce sujet, à MM. les ambassadeurs, de ma part, que Mmc l'Electrice la jeune2 ne perd aucune occasion de presser son mary de profiter d'une si belle conjoncture que celle que Dieu luv envoyé pour se faire Empereur, et elle m'a faict savoir qu'elle ne desesperoit pas d'en venir à bout, si elle estoit assistée puissamment de la France et des Electeurs qui ne souhaitoient pas de voir continuer l'Empire dans la maison d'Austriche. C'est pourquoy il faudroit que MM. les ambassadeurs fissent toutes les advances imaginables là-dessus, faisant cognoistre audict Electeur qu'il ne dépend pas seulement de lu\ d'estre en quatre jours élevé à l'Empire, s'il le veut, puisque, les trois Electeurs ecclésiastiques et Brandebourg demeurant d'accord de lu\ donner leurs voix, il en aura cinq asseurées, compris la sienne, mais
Le comte Curlz ou Kurlz était, comme on l'a dil plus haut, le principal ministre do l'électeur de Bavière.
1 La jeune éleclrice de Bavière était une princesse de Savoie, Henriette Adélaïde, fille du duc Victor-Amédée et de Christine de France, mariée le 22 juin i65a à Ferdinand-Marie, électeur de Bavière. La correspondance de Gramont prouve qu'elle était renommée pour sou esprit comme
pour sa beauté. Cette princesse ambilieusi tt'ayanl pu être reine de France (chose dont elle s'était un moment flattée), songeait par tous les moyens à devenir impératrice. Elle avait mis tout en oeuvre aûn de persuader l'Electeur, son mari, <jue le temps étail propire pour parvenir à la dignité impériale . el elle le faisait parler, dans ce but, à l'envoyé de Mazarin toui autrement que ses ambassad uni ne parlaient à Francfort.
Aoûi 1 057. que le Roy donne sa parole royale de l'aller assister en personne à la leste de quarante mille hommes contre qui que ce soit qui le voulusl empescher dans la paisible possession de l'Empire1.
H seroit bon de voir clair dans les intentions du baron de Benneberg2; car ce seroit une chose fort estrange de luy donner des marques effectives de la bienveillance du Roy et de prendre toute confiance en luy, et qu'à la fin il nous trompast.
J'attends avec impatience de sçavoir qui sont les deux personnes que M. de Mayence a faict arrester et s'il y a quelque chose qui regarde le cardinal de Retz, ou, en quelque autre manière,' le service du Roy. Il sera bon que vous obteniez de S. A. El. qu'il les fasse remettre entre les mains de M. de S1 Gêniez3 à Brisach , afin que Sa Mt<? les puisse faire examiner et recognoistre ce que c'est. Le baron de Lenoncourt pourroit bien estre un nommé Marigny, qui est un fort meschant esprit'.
Le reste de la dépêche est consacré à des détails sur l'emploi des sommes que Mazarin a envoyées à M. de Gravet.
1 Ces détails prouvent qu'à cette époque Mazarin ne songeait à placer sur le trône impérial qu'un prince de la maison de Bavière.
2 Ou Bennebourg, ministre de l'électeur <le Mayence.
1 Henry de Montaull-Benac, frère du maréchal de Navailles. Saint-Geniez était gouverneur de Brisach. (Voy. t. IV, p. 484 , note 3 , des Lettres de Mazarin. )
' L'abbé Jacques Carpentier de Marigny. né à Marigny (Nièvre) dont il portait le nom, et que Mazarin soupçonne de s'être affublé du titre de baron de Lenoncourt, a êtê mentionné dans le tome Y, p. 4 17. At-
taché au cardinal de Bclz, il fut l'un des chansonniers de la Fronde les plus acharnés contre Mazarin. On lui attribue le fameux Traité politique où il est prouvé que tuer un tyran n'est pas un crime (i658). Outre ses Mazarinades, on a de lui un Becueil de lettres en prose et en vers (i 655). 11 mourut en 1670. H est probable que ce n'était pas la première fois que Marigny prenait le nom de Lenoncourt, car, dans une lettre du 12 décembre i653, Mazarin écrivait déjà à l'abbé Benedetti que notre ambassadeur devait surveiller à Borne un individu disant s'appeler rr le marquis de Lenoncourt ». (Voy. t. VI, p. 537.)
Aoûl 16^7.
Bibl. nat. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5 1 A, f° a 36 v°; minute. — AfF. étr. , France, t. 272, f" 21 5; copie du temps.
À MM. LES PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)
Sedan, y août 1657.
Je ne vous fais celle-ci (cette depesche) que pour accompagner le projet cy-joint d'une déclaration du Roy, que l'on a jugé nécessaire que vous présentassiez à l'assemblée de Francfort touchant les Estats que Sa Mtd possède, qui, par le traité de paix1, ont esté démembrez de l'Empire2. Car, quoyque ladicte assemblée n'ayt pas le mesme pouvoir qu'une diète générale de l'Empire, et qu'elle ne soit composée que de certaines personnes et pour de certaines affaires, neantmoins, si elle reçoit bien la déclaration du Roy, si elle y faict une response favorable, ou seulement la faict enregistrer, ce sera un préjugé pour la prochaine diète, qui servira, ce pendant, à faire considérer le Roy comme un des membres de l'Empire et comme intéressé en cette qualité en tout ce qui le touche, non seulement comme une des principales parties qui sont intervenues au traité de paix, mais comme possédant souverainement des Estats tres-considerables dans l'Empire3.
1 Le traité de Munster.
1 Ces Etats comprenaient une partie de la Lorraine : les trois évêchés et villes de Metz, Toul et Verdun, et l'Alsace presque entière; les landgraviats de haute et basse Alsace, le comte' de Ferrelte, l'avouerie de basse \lsacc ou préfecture de Hngueneau, les villes de Brisach et Philipsbourg. (Voy. Himly, Histoire de la formation territoriale des KtaU de l'Europe centrale , Paris. 1876. t. F, p. 267 et suiv.)
Cette théorie, que les territoires nou-
MAZARIJI. VIII.
vellement annexés étaient des «pays d'Empire », soutenue en 1657 par Mazarin pour les besoins de sa cause, théorie fort différente de celle qu'appliquèrent les Chambres de réunion et que les gouvernements français ne cessèrent de soutenir, se rattache aux velléités qu'eut alors M.'izarin de faire élire Louis XIV empereur après la mort de Ferdinand III, 9. avril 1657. (Voy. Chéruel, Comptes rendus de l'Académie des sciences morales , janvier 188C, LXXV, p. 9. — Chéruel, La minorité de Louis XIV, III. p. 96,
Août 1657. Je croy qu'il sera bon que vous fassiez voir cette déclaration, avant que la présenter, à nos plus confidents amis, afin qu'ils examinent s'il n'y a rien à changer, adjouster, ou diminuer, et que vous concertiez avec eux les moyens de la bien faire recevoir et d'en tirer un bon effect, sans toutesfois rien changer aux conditions essentielles qui regardent la souveraineté, estant un point qu'on tient de la dernière nécessité de ne relascher pas, et auquel il faut tascher de faire consentir nos amis, et les disposer à nous y assister puissamment. Je pense qu'il faut que cet acte soit donné en latin, et vous prendrez garde, s'il vous plaist, que, comme les ministres impériaux mettent tousjours en teste des escrits qu'ils donnent : Sacrœ Cœsareœ Majestatis plenipotmtiarii , il est aussy à propos que ceux de Sa Mt(; mettent tousjours en teste des escrits qu'ils donneront : Sacrœ Christianissime Majestatis plenipotentiarii1.
Vous vous souviendrez aussy de dire à M. l'électeur de Mayence qu'il est fort important qu'il ne lesmoigne point d'aigreur aux ministres de Suéde, et de mesnager leur esprit, dans cette conjoncture, pat toutes les raisons que vous sçaurez bien luy représenter.
Mazarin engage ensuite les plénipotentiaires à remercier le prince Ernest de Hesse, frère du Landgrave, de l'affection qu'il témoigne pour la France. Ils doivent traiter avec l'électeur de Bavière, dont l'esprit, ajoute Mazarin, Mie demeurera pas longtemps en une mesme assiette ».
M. le prince de Baden'2 s'est plaint à M. de Saint-Geniez que l'on le negligeast, et que, depuis deux ans, on ne luy avoit rien faict sçavoir des interests et des intentions du Roy sur les affaires d'Allemagne.
Vallrey , Hugues de Lionne, t. 11, p. i5C, se firent appeler ainsi à leur tour. Alors Paris, 1881 . — Recueil des instructions , Ba- l'Empereur, pour maintenir sa prééminence vière, pages xm et 6a-63.) sur les autres princes de la chrétienté, se 1 On sait qu'au xvu° siècle, le titre de fil appeler « Majesté Sacrée»; le roi d'Esrr Majesté» était lui-même relativement ré- gagne l'imita, et l'on voit que Mazarin récent, il n'av;it guère que cent ans de date, commande ici à nos ambassadeurs de ne On ne se servait auparavant que du litre de pas demeurer en arrière. Sérénité ou de Grandeur. Le litre de Majesté " Le prince héritier de Bade était, en fut pris par les rois d'Espagne, lorsque l'Em- 1667, Ferdinand Maximilien, qui mourut pire eut été joint à cette maison. Nos rois en 1669 avant le margrave, son père, qui , disait-on , rr sont empereurs en France » ,
Comme c'est une maison qui a tousjours tesmoigné de l'affection pour Août i657. la France, en prenant occasion de voir le père et le fils1, vous pourrez les asseurer que Sa Mtt: les considère fort et que, s'il se presenloit occasion où elle eust besoin d'eux, elle s'y adresseroit en confiance et ne doutoit pas qu'ils ne servissent avec chaleur; que, du reste, elle a beaucoup de desplaisir de l'aigreur que Mme la princesse de Carignan conserve pour luy, et qu'Elle [Sa Mtri] n'oubliera rien pour ramener son esprit, comme, de mon costé, je profitera y de la moindre conjoncture favorable que je trouveray pour l'adoucir et procurer à M. le prince de Baden la satisfaction qu'il désire.
Mazarin parle ensuite aux plénipotentiaires du sieur de Croisic, qu'ils doivent «• caresser ^ comme «un homme fort intelligent, fort zèle' et capable de vous servir utilement». Il espère que l'officier qu'il a envoyé', avec des lettres, rrpour tirer trois cent mille escusr», aura pu les rejoindre. Puis il revient à la Suède, dont ils doivent flatter les de'pute's, louer les succès du roi Charles-Gustave et travailler à ménager un accommodement entre la Suède et la Pologne.
Le sieur Courtin3, ajoute Mazarin, m'est venu voir de sa part (de la part du roi de Suéde) pour nie dire qu'il estoit tout prest de suivre mon conseil et, pour user de ses termes, qu'il me feroit l'arbitre de (oui. Ledict Courtin m'a adjousté mesme que M. le mareschal de Gramonf en pourroit escrire à la reyne de Pologne, laquelle defereroit beaucoup à ses bons conseils. En efl'ect, jamais la conjoncture ne fut meilleure, le roy de Pologne pouvant faire une paix utile et honorable et se deslivrer de la tyrannie que la maison d'Austriche exercera asseurement sur luy et sur son royaume, sous prétexte de le secourir, s'il n'v donne bientost ordre; ce que la reyne, sa femme, doit encore plus appréhender que luy. Car je sçay que, nonobstant tout ce que les ministres de la maison d'Austriche luy tesmoignent au contraire, ils n'auront
1 Le margrave de Bade en i65y était sons. Sa fille, la princesse Louise, avait Guillaume, né en 1593, mort en 1677. épouse Louis de Bade, qui devint on des
2 La princesse de Carignan, veuve du plus grands capitaines du xvn' siècle, prince Thomas de Savoie -Carignan, était ' Antoine (inurtiii. (Voy. le tome VIL de la maison de Bourbon, brandie de Sois- p. 5io. des Lettres de Mazarin.)
Aoûi 1657. jamais confiance en elle et feront tous leurs efforts pour la séparer d'avec son mary.
Je n'ay rien à adjouster à ce que j'ay mandé pour la distribution de l'argent, si ce n'est qu'en cas que nous ne puissions faire sortir l'Empire de la maison d'Austriche, il faudra employer ce que nous devions donner à ceux qui auroient servy le Roy en cela, à faire des troupes pour fortifier nos armées et nous mettre en estât de nous garantir du mal que l'on nous voudroit faire.