‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 41 sur 123 · AU COMTE DE WAGNÉE · texte numérisé non relu

AU COMTE DE WAGNÉE

Paris, i() janvier i(Jf>N.

(evtiuit.)

Pour ce qui est du gouvernement du Quesnoy que le Roy vous a

1 Jacques Butler, duc d'Onnond, né en de la restauration de 1G60. Nomme vice-roi

1610, d'une ancienne et noble famille ir- d'Irlande, il s'appliqua à relever dans celle

landaise, fut le dernier appui de la cause lie le commerce et l'agriculture; il mouriil

•le dlifirlos I" et l'un des principaux auteurs «n 1 688.

Janvier i<358. accordé, vous sçavez de quoy vous estes tombé d'accord et l'effort que je vous ay promis de faire, afin que, sans aucun retardement; vous pussiez vous mettre en possession de cette grâce. J'ay emprunté l'argent que je vous ay promis pour la rescompense de M. de Beauvau et de M. d'Espense1, laquelle va encore plus haut que je ne croyois. Je suis sollicité par ces messieurs de donner la dernière main à l'affaire, et d'ailleurs le Roy reçoit quelque préjudice du delay qu'on y apporte, parce que, d'ordinaire, ceux qui doivent sortir d'un lieu ne prennent pas tant de soins pour sa conservation que ceux qui y doivent demeurer tousjours. Je vous prie donc d'exécuter au plus tost ce qui est de vostre faict, sans vous attendre à avoir d'icy une plus grande assistance que celle qu'on vous a accordée.

Je prétends que vous ayez le régiment de Beauvau2, que vous renforcerez par des recrues que vous pourrez faire dans le pays de Liège. Je crois qu'il seroit bon que vous fissiez dez à présent des diligences pour cette affaire, levant jusques à deux cens hommes qui seront fort bien entretenus au Quesnoy; et si vous advancez pour cela la somme de douze cens escus, qui est ce que le Roy donne à raison de six escus par homme, je vous en feray tenir compte sur les douze mille escus que vous devez fournir.

J'ay parlé encore à M. Le Terrier pour vous soulager de deux mille escus sur la somme que vous devez fournir, en les reprenant sur la première année de vos appointemens de gouverneur du Quesnoy.

J'attends vostre response.

1 Pour payer la compensation promise à a H appartenait précédemment à Jacques

M. de Beauvau et à M. d'Espense. (Voy. de Beauvau, sieur du Rivau, lieutenant gèles tomes VI, p. io5, et VII, p. i/i5.) néral, mort en i658.

. Janvier i6f>8.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5 1 A , f° 5a 1 ; minute de la main de Rose. — AIT. e'ir. , France, t. 277, f° 25; copie du temps.

À M. DE LIONNE

Paris, 19 janvier i658.

(extrait.)

Tout présentement je viens d'avoir advis que Penaranda1 est assuré par des lettres, que la duchesse de Bavière, la mère, a escrites au roy de Hongrie, son neveu, et par d'autres que Curtz, qui est en Bavière, a escrites à son frère à Prague, que le mareschal de Gramont sera despesché fort sèchement (ce sont les propres mots) et recognoistra que vous aviez raison de n'estre pas de sentiment qu'il fist ce voyage. En quoy je croy Penaranda mal informé, car vous l'avez tousjours approuvé.

Le mesme Penaranda estoit persuadé que, M. le Mareschal estant de retour à Francfort, vous vous en reviendrez tous deux avec le poignard dans le sein d'avoir esté trompez par l'électeur de Mayence et de voir qu'à la fin, quelque argent qu'on despense et quelque diligence qu'on fasse, les Allemands sont pour la maison d'Autriche.

J'ay aussy advis que le frère de l'électeur de Mayence s'est desja déclaré à Penaranda et luy demande de l'argent2, et celuy-cy présuppose que le comte Egon de Fiirstemberg, qu'il appelle meschant homme , se voudroit rapatrier avec luy el qu'il luy faict les doux yeux, et enfin que, de la part de l'électeur palatin, l'on tache de conclure quelque chose avec luy.

Le père Saria a donné une lettre de la main de Penaranda à l'élec-

1 Dans cette minute, delà main de Rose, qu'il approchait de Francfort, l'électeur de

le nom de l'ambassadeur espagnol est bien Mayence lui avait fait proposer de traiter

écrit Penaranda. de la paix entre la France cl l'Espagne.

' Penaranda soutint toujours que, lors- par la médiation du collège électoral.

lanvier if>58. teur de Mayence, dans le voyage qu'il a faict vers luy à Mayence, à laquelle ledict Electeur a respondu aussy de sa main en créance sur ledietpere1, lequel luy a escrit, de la part de S. A. EL, qu'au nom de Dieu» il gaigne des momenspour se rendre à Francfort, avec assurance qu'il luy donnera matière d'une entière satisfaction, non seulement sur le sujet de l'Electeur, mais aussy sur la capitulation, et que, sur le point de la paix , il s'esclaircira avec luy, en sorte qu'il ne fera en cette affaire que ce qu'il voudra.

En outre, le père Saria mande que ledict Electeur, ayant donné part de ses intentions à celuy2 de Trêves, celuy-cy en avoit tesmoigné beaucoup de joye et s'estoit confirmé plus que jamais dans la resolution de bien servir la maison d'Autriche et donner sa voix au roy de Hongrie 3. Et sur cette relation, Penaranda pressoit tant qu'il pouvoit son départ4 de Prague, afin de profiter de la bonne disposition où toutes choses estoient pour l'élection, espérant que la fortune luy seroit favorable, comme il ne doutoit plus qu'elle ne luy fust en la dicte élection.

Je vous donne à la haste ces advis, sans pouvoir raisonner dessus, parce que l'ordinaire est prest à partir; mais je suis asseuré que vous vous en sçaurez bien prévaloir et en tirer tout l'advantage qu'il se pourra pour le bien des affaires du Roy.

1 Pour que Penaranda eût créance au père Saria.

2 A l'électeur de Trêves.

3 Les Autricbiens se faisaient fort des électeurs de Trêves, de Bavière et de Saxe ; comme le roi de Hongrie était électeur de Bohême et se donnait sa voix en sa qualité

de roi de ce dernier pays qui avait titre d'éiectorat, il leur suffisait d'emporter une voix pour obtenir la majorité. Ils visaient, dans ce but, soit l'électeur de Mayence, soit celui de Brandebourg.

* Le départ du roi de Hongrie pour Francfort.

— . Janvier i658.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 523. — Minute.

AU MARÉCHAL D'AUMONT

Paris, îg janvier 1 658.

(extrait.)

Toutes vos despesches m'ont esté rendues, qui m'ont confirmé une vérité que j'avois apprise d'ailleurs avec joye, qui est que vostre présence et vos soins ont tout-à-fait changé la face des choses à Mardik et que la place est en si bon estât au prix de ce qu'elle était, qu'elle n'est pas reconnoissable.

M. Le Tellier vous a desjà mandé que le Roy trouvoit bon que vous pussiez venir faire un tour icy, et vous le pouvez quand il vous plaira; mais, à moins que ce voyage ne vous soit absolument nécessaire, je vous prie de le différer jusqu'à un autre temps, et, en tous cas, si vos affaires vous pressent de venir, il faut, s'il vous plaist, que ce soit pour vous en retourner aussytost avec la mesme diligence que vous serez venu; car, asseurement, les ennemis ont toujours dessein d'attaquer Mardik, et [ils] prendront le temps pour cela le plus tost qu'il leur sera possible.

Vous avez fort bien respondu à M. le Protecteur. Il sera bon que vous preniez la peine d'escrire à M. de Bordeaux, l'ambassadeur, afin qu'il fasse instance, de la part du Roy, à M. le Prolecteur de laisser encore à Mardik les cinq compagnies de Guibons1, et qu'au moins, s'il les veut retirer, il en envoyé d'autres en leur place. Vous lui pourrez mander que j'en ay parlé en cette conformité à M. l'ambassadeur Lockhart.

J'ay veu ce que vous me marquez du nombre de cavalerie et d'infanterie qu'il faudroit pour Mardik. Je songe aux moyens d'y pourvoir.

Comme le Roy a un ambassadeur à Londres, je ne croy pas qu'il

1 Ou GoJboni

mazamk. — nu. 85

iitr-MHtnm hitionalf.

Janvier »65K. s0^ nécessaire d'y envoyer le sr de Bellefons1, duquel vous m'escrivez, et quant au s1- Prévost, lieutenant dans Piémont2, que vous proposez pour estre major dans Mardik , s'il est des officiers refformez, je pourray parler pour luy, et non autrement, parce que le Roy a résolu que les [officiers] refformez seront pourveus de charges et employez preferablement à tous autres.

Je ne doute pas que la perte que j'ay faicte de mon neveu3 ne vous ayt touché sensiblement, et j'ay assez de preuves de vostre amitié pour le croire ainsy. Je vous prie aussy de croire que celle que j'ay pour vous me fera tousjours prendre part, plus que qui que ce soit, aux choses qui vous toucheront, estant passionnément, etc.

Bibl. nat. , ras. f. fr>, Mélanges de, Colbert, t. 52, f° Ito. — Minute.

À M. DE THOU

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