AMBASSADEUR PRES DES PROVINCES-CNIES
Vincennes, a 5 janvier 1608.
Mazarin lui parle d'abord du de'sir qu'il a de rétablir la paix entre les Provinces-Unies et le Portugal. Il a écrit, dans ce sens, à M. de Comminges, ambassadeur de France en Portugal. De Thou doit agir, de concert avec l'ambassadeur d'Angleterre, pour arriver au même résultat. Mazarin parle ensuite des États du Nord. Il écrit à de Thou :
Vous avez bien jugé du discours que Mme la princesse douairière * vous a tenu sur le sujet de l'électeur de Brandebourg; car il n'est pas seulement engagé, depuis plus de cinq mois, avec la maison d'Aus-
' Bernardin Gigault de Bellefons ou Bel- achevé ses études ; le Cardinal projetait de
fonds , qui devint maréchal de France. le prendre auprès de lui et de l'accoutumer
2 Dans le régiment de Piémont. aux affaires.
Voy. ci -dessus, p. 38. Le jeune Al- '' La princesse douairière d'Orange était
phonse Mancini était pour son âge (il avait Emilie de Solms dont il a été question au
douze ans) un petit prodige. Il avait presque 1. 1", p. i84 et 960, des Lettres de Mazarin.
triche, luy promettant1 et au roy de Pologne de taire la guerre au iswiwiê&8.
roy de Suéde et d'entrer en Pomeranie, dans le mesme temps qu'il
estoit considéré comme l'allié et le meilleur amy dudict roy; mais
c'est ledict Electeur mesme qui a sollicité les ministres d'Espagne et
le roy de Hongrie2 à luy donner des forces pour exécuter ce dessein
et à s'employer, par toutes sortes de voyes, à rompre la conclusion
de la paix entre la Suéde et la Pologne, et empesch.er3 que le roy
de Danemark tinst bon, sans donner les mains à aucun accomode-
ment.
Cependant ladicte princesse attribue à la France et aux menaces de Blondel4 la resolution que son gendre5 a prise de se joindre aux ennemis de cette couronne et entretenir, comme ils le souhaitent, la guerre du Nord. Je vous puis asseurer que toutes les menaces de Blondel ont abouty à faire des offres advantageuses audict Electeur et à luy faire cognoistre, pour sa réputation et pour son interest, qu'il ne devoit pas songer à quitter ses anciens amis pour des nouveaux qui l'ont tousjours mal traité et qui en useront encore pis0 à l'advenir, quand ils auront tiré de luy, en ce rencontre, dans l'élection du nouveau (sic) empereur et dans les autres affaires qui sont sur le tapis, les advantages qu'ils s'en promettent.
C'est ladicte princesse qui a eu la plus grande part dans la conduite de l'Electeur. Ce qui est si vray, qu'elle en reçut de grandes revereuces de la part de l'Espagne et du roi de Hongrie. 11 est estrange qu'elle a\t la hardiesse de parler aux ambassadeurs du Roy en la manière
Le sons esl : « laquelle il avait pro- bourg voulait que le roi de Danemark con-
viis, elc. linuài la lutte contre la Suède.
Tout ce passage, depuis car il n'est " Il a été question «le Blondel, envoyé
pat seulement engagé jusqu'il roy de lion- près des cours du Nord, t. VU, p. 5 1 (> ,
gric, est souligné comme devant être cbif- G70 cl autres, des Lettres de Watarin. Ire. 5 L'électeur de Brandebourg, Fn-dcric-
■ Tel est le texte de la minute. 11 semble Guillaume, avaii épousé Louise-Henriette
qu'il faudrait une expression toute dihV- d'Qrange-Nassau, lill<' du stathouder Fré-
reate, comme/are en sorte. D'après le sens déric-Heari et il Fmilic de Soins, général <!<• ce passage, l'électeur de Urunde- Plus mal.
Janvier i658. qu'elle a faict, ou qu'elle se promette de son adresse et de ses artifices de nous pouvoir amuser et [de] nous faire voir que le blanc est noir. Gela estant, il me semble qu'il seroit de la dignité du Roy que vous luy fissiez cognoistre que l'on est informé de la manière dont elle en a usé à l'esgard de son gendre pour obliger les ennemis de cette couronne, et que Sa Mlà seroit incorrigible si, aprez tout ce qui est passé, Elle continuoit d'avoir recours à elle pour les interests de cette couronne1.
Mazarin termine en le remerciant de la part qu'il a prise à la mort de son neveu et en lui parlant d'affaires d'un inte'rêt secondaire.
Aff. étr. , France, t. 276, f° 35. — Copie du temps.