AMBASSADEUR EN ANGLETERRE
Paris, i5 février 1 658.
(extrait.)
Je suis bien aise de ce que vous avez sollicité de delà3 pour la conservation de Mardik, à laquelle nous veillons plus que jamais, Sa Mté y ayant envoyé deux compagnies de Suisses et des gens commandez et choisis de tous les regimens des gardes; et le Roy a ordonné que la moitié de sa compagnie de mousquetaires4 et trente de mes gardes
1 Le duc de Wurtemberg. parle Mazarin était destiné à renforcer Par-
" Le prince de Wurtemberg commandait raée du maréchal de La Ferté, qui avait pris
précédemment un corps d'armée pour le roi ses quartiers d'hiver en Lorraine.
d'Espagne. Après avoir passé une partie de 3 En Angleterre.
l'hiver à Paris, où il avait été fort bien reçu, " Le Roi n'avait encore qu'une corupa-
il était entré au service de la France. Le gnie de mousquetaires. H en eut deux plus
corps d'armée qu'il devait lever et dont tard.
demeurassent encore dans ledict fort. L'on y faict présentement un Février i658. grand magasin de farine, de biscuit et d'avoyne, et l'on y a envoyé généralement toutes les armes, grenades et autres choses qu'on nous a mandé estre nécessaires. Pour les palissades, nous y en avons desjà envoyé douze mille, et l'on travaille pour y en envoyer encore autant; car, comme l'on y augmente tous les jours les fortifications, il faut aussy pourvoir aux palissades à proportion.
J'ay faict aussy envoyer un fonds à M. d'Ormesson ', afin qu il paye le corps anglois tous les mois, sans manquer un seul jour, et il a ordre de respandre dans quantité de villages les malades anglois et convalescens, afin qu'estant bien [logez]2 et se pouvant chauffer, ils puissent plus facilement recouvrer leur santé et se mettre en estât de tenir la campagne prochaine.
Vous pouvez dire hardiment à M. le Protecteur qu'on regarde cette affaire comme la principale et qu'on y employé le plus liquide des finances de Sa Mtd. Si vous voyiez les despenses qu'on y faict, vous en seriez surpris. Ce que le Roy neantmoins faict avec plaisir, parce qu'il veut que, par cet eschantillon, M. le Protecteur voye ce qu'il se doit promettre de la ponctualité et fermeté de Sa Mté dans l'exécution de tout ce à quoy Elle se peut engager à l'advenir.
Ce n'est pas sans raison que nous redoublons nos soins icy pour la conservation de Mardik, puisque nous sçavons que les ennemis sont résolus de l'attaquer dans cet hyver, et, pour cet eflect, ils ont logé toute leur infanterie en Flandres et ont laissé Marsin à Bergues, où il faict assembler et à Dunkerque tout ce qui peut estre nécessaire pour un grand siège.
M. le mareschal d'Aumont, qui est venu faire un tour icy pour ses atlaires particulières, partira au premier jour pour retourner à Mardik et y prendre soin de toutes choses. Il n'auroit pas voulu que M. le Protecteur eust retiré les cinq compagnies qui estoient composées de vieux soldats et fort bons, et il m'a faict grande instance de vous escrire
1 On a \u qu'Olivier d'Onnesson étail ' Je ne puis déchiffrer le mot de la mi-
intendant de Picardie. nule, qui doit signifier logez ou soi/pte:.
Février i658. pour prier S. A., de la part du Roy, de les vouloir renvoyer, au moins, à la fin de ce mois. Il m'a dict aussy qu'il est absolument nécessaire, pour n'estre pas surpris par une résolution précipitée des ennemis, de sçavoir les endroits où l'on peut aller establir les deux regimens pour servir au secours en cas de siège et pouvoir [faire] passer l'un ou l'autre, quelque vent qu'il puisse souffler.
J'ay entretenu au long M. l'ambassadeur Lokart pour ce qui est du corps anglois et pour pratiquer au plus tost les moyens qui seront estimez les meilleurs pour le fortifier, en sorte qu'il fust de six mille hommes, comme aussy sur beaucoup d'autres choses qui regardent le service que ce corps doit rendre, dont1 il m'a promis d'en esciïre et donner response au plus tost. Ce pendant je me suis conformé à ce qu'il a désiré pour faire payer ledict corps; mais, pour ce qui est des otïiciers absens, il a recogneu les raisons que le Roy avoit de ne les faire pas payer.
Gomme ce que j'ay dict audict sieur ambassadeur touchant ce corps est la mesme chose que je vous avois mandée, et sur laquelle vous me respondez que vous avez commencé à leur faire comprendre qu'ils ne pourroyent pas éviter la reforme, à moins d'obliger les officiers à rendre leurs compagnies complètes en entrant en campagne, vous continuerez, s'il vous plaist, à insister sur cela; et il ne faut pas perdre un moment de temps à faire prendre là-dessus une dernière resolution, parce que nous voilà bientost au commencement de la campagne, et rien ne nous peut estre plus advantageux pour avoir de bons succez ([lie de la commencer de bonne heure. M. le Protecteur y est, pour le moins, autant intéressé que nous. C'est pourquoy il vous entendra volontiers lorsque vous luy ferez vos instances, affin que S. A. fasse sans delay exécuter ce qui dépend d'elle.
Je l'ay desja faict advertir du dessein que les Espagnols avoient d'envoyer en Flandres, sur des frégates armées, un corps considérable d'infanterie espagnole pour fortifier celle qui sert à présent et qui est
1 Dont est ajouté en interligne et fait pléonasme avec en; la phrase est incorrecte, mais intelligible.
réduite à fort peu de chose. M. l'ambassadeur, qui esticy, m'a asseuré Février i658. que les ordres estoient donnez aux frégates angloises, qui sont à la fosse de Mardik et aux Dunes, d'y prendre bien garde. A présent, je suis obligé de vous dire, pour le faire sçavoir à S. A., qu'ils commenceront sans faute à arriver à la fin de ce mois, et j'apprends que, pour les envoyer avec plus de seureté, lesdictes frégates, chargées d'Espagnols, prendront la route des costes d'Irlande et d'Escosse par le derrière de l'Angleterre, ayant considéré qu'il estoit impossible de faire ce voyage en seureté par le canal.
Cet advis est bon, et vous le pouvez donner à S. A. comme tel, la suppliant de prendre là-dessus les résolutions qu'elle sçaura mieux que personne [estre nécessaires] pour ne pas perdre une si belle occasion de s'emparer desdictes frégates, puisque, si ce coup nous peut réussir comme il y a grande apparence, l'on oste aux ennemis le plus grands secours qu'ils espèrent pour cette campagne.
Je vous dois aussy advertir, pour en informer Son Altesse, que Barrière1 a des négociations avec quelqu'un en Angleterre, par ordre de M. le Prince, et qu'il en espère une bonne yssue. Je vous mande tout ce que je sçay, afin qu'avec cette [indication]2, S. A. puisse facilement descouvrir ce qui en est, et que, de vostre costé, vous fassiez la mesme chose; car il ne sera pas difficile de sçavoir à peu prez les amis que ledict Barrière a à Londres, avec lesquels il peut avoir correspondance.
On a envoyé des ordres fort précis à M. de Thou d'agir de concert avec le député d'Angleterre en tout ce qu'ils devront conjointement poursuivre auprez de MM. les Estais pour l'accommodement avec le Portugal, commençant par demander une suspension d'armes, affin que, dans ce temps-là, on puisse, avec plus de facilité, négocier la paix.
1 Voy. sur Taillefer, sieurde La Barrière, p. 798, des Lett. de Mazarin. Il est question
maréchal de camp en 16A9, depuis lors deBsrrièw dans les HûMriattet de Tellement
au service de M. le Prince, qui rentra sa 2 Je n'ai pu lire le mot écrit en ;d>r<;j;é:
France après la paix des Pyrénées, le t. V, mais le sens n'est pas douteux.
Février i658. Et pour ce qui est de la guerre de Danemark, des interests du roy de Suéde et de toutes les affaires du Nord, M. de Thou en usera de mesme avec ledict député, avec grande apparence que, la France et l'Angleterre tenant le mesme langage, elles persuaderont fort et empescheront que nos ennemis communs ne tirent advantage de la conduite que MM. les Estats tiennent à présent. Il est bon que vous sçachiez que, nonobstant les prodigieuses despenses qu'il nous faut faire, l'on envoyé encore deux cent mille risdalles au roy de Suéde, outre les deux cent mille qu'il a receues les mois de septembre et octobre derniers; je vous puis dire sans vanité que recognoissant que ce secours estoit de la dernière importance pour donner lieu audict roy d'augmenter ses forces et se mettre en estât de résister à tant d'ennemis qu'il a sur les bras, et qu'il estoit impossible de tirer des sommes si considérables des finances, accablées de tant d'autres dépenses, j'en ay fourny la plus grande partie, que j'ay empruntée sur mon crédit et dont j'ay faict mes promesses en mon propre et privé nom.
Il n'est pas vraysemblable que M. le Protecteur voulust seulement parler de l'affaire de Nismes l, cette affaire n'ayant rien de commun avec la religion, comme M. l'ambassadeur Lokart luy aura desja escrit, puisque le chastiment que le Roy veut faire regarde les deux consuls de ladicte ville , qui sont tous deux catholiques.
Mazarin termine en parlant à M. de Bordeaux du prix du foin en Angleterre, lui demandant le prix du salpêtre dans ce pays, et en promettant de s'occuper des inte'rêls particuliers de l'ambassadeur. Il annonce que le roi de France fait
' Il sera plus d'une fois parlé aux Analyses, notamment dans les lettres du 8 janvier i658 à l'évêque de Montpellier, du 1 3 janvier au subdélégué de Valence, etc., d'une sédition qui avait eu lieu à Nîmes dans les premiers jours de l'année 1 658. Le marquis de Chouppes y fut envoyé pour rétablir l'ordre au nom du Roi , qui menaça un moment la ville de s'y rendre en personne afin de châtier les coupables. Les
causes locales de cette sédition étaient tout à fait étrangères à la religion, comme le dit Mazarin, et ne touchaient même en rien à la politique. Seulement on sait que Cromwell s'était constitué dans toute l'Europe le défenseur attitré des populations prolestantes; il mettait partout à leur service l'influence de sa diplomatie, comme on l'avait pu voir lors de la révolte , contre le duc de Savoie, de certains cantons du haut Piémont.
lever deux régiments anglais. Au milieu de ces détails, on remarque cette phrase : Février io58. ffll vous sera fort facile de pénétrer ce que l'envoyé de la reyne de Suéde1 aura proposé de delà, et je seray bien ayse de sçavoir ce que vous en aurez appris. u
Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52 , f° 67 v°. — Minute.
AU CHEVALIER DE TERLON
Paris, i5 février 1 658.
Je viens de recevoir vostre lettre du 3o du passé et, respondant, par ordre, à ce qu'elle contient, je vous diray premièrement que je suis tres-ayse d'avoir depesché le sr des Minières, qui se louera sans doute du bon traitement qu'il a receu en considération des offices qu'il a plu au roy de Suéde de faire en sa faveur. Je luy ay faict donner quinze cens escus et l'ay asseuré que, se conduisant bien et servant utilement cette Majesté, comme l'on souhaitoit icy, on n'oublieroit pas seulement ses fautes passées, mais qu'il sentiroit les effects de la bienveillance du Roy et de mon affection.
Vous avez veu, par ma dernière despesche, comme j'ay escrit à Francfort de payer encore dix mille risdalles, outre les quatre vingt mille, bien que j'eusse faict délivrer cette somme au sr Gourtin2, conformément aux ordres qu'il me dict en avoir receus du roy de Suéde, et vous y aurez veu aussy que je faisois partir les quatre vingt mille risdalles, afin que les ambassadeurs du Roy, qui sont à Francfort, les pussent faire payer à celuy qui a accoustumé de les recevoir de la part dudit roy. Ainsi, nonobstant toutes les difficultez que je vous ay marquées que je rencontrerois à faire donner de nouvelles assistances d'argent au roy de Suéde, Sa M16 voit que je les ay surmontées, pour luy faire toucher, dans un mois, les cent mille escus, et elle doit estre
1 H s'agit de la reine Christine qui avait abdiqué, mais qui conserva toujours le litre de reine. — 2 Antoine Courtin. On trouvera plus loin une note sur ce personnage.
MUW.IN. — VIII. /lO
l'HIWI .11. 1* I l<>. M 1
31 h LETTRES
lévrier ifi5K. asseurée (jno j'employeray tous mes soins, avec la dernière application, pour luy faire recevoir, dans les occasions, les sincères effects de l'amitié que le Roy a pour elle, et de mon tres-humble service.
Je vous ay escrit si amplement sur le faict de l'alliance x et sur ce qu'il y aurait à faire dans la conjoncture présente, que je puis me dispenser d'y rien adjouster par celle-cy, et vous pourrez cependant asseurer le roy de Suéde qu'il doit s'attendre que l'on fera icy plustost quelque chose de plus que de moins de ce qu'on luy aura faict espérer, et que, si la maison d'Austriche se détermine tout-à-faict à la guerre eu Allemagne, l'alliance se conclura de bonne foy, et que, de nostre part, on y contribuera de tout ce qui pourra donner de la satisfaction à Sadicte Majesté; et elle doit estre persuadée qu'elle ne manquera jamais à l'exécution2 de ce qu'on luy aura promis.
Mazarin termine en parlant de quelques alïaires sans importance et en faisant remercier le roi de Suède de la part qu'il a prise à la mort de son neveu3.
BiljJ. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52, f° 70. — Minute.
AUX PLÉNIPOTENTIAIRES GRAMONT ET LIONNE
Paris, i5 février i658.
(extrait.)
Mazarin exprime son étonnement de n'avoir pas reçu récemment de leurs nouvelles et les inquiétudes que lui cause ce retard. Il continue ainsi :
Par les advis que je reçois cette semaine, je vois que Pegnaranda a faict changer de resolution au roy de Hongrie, nonobstant toutes les raisons qu'il avoit alléguées pour faire un voyage à Vienne 4. On m'as-
1 Aipli. Mancini. (Voy. ci-dessus, p. 38.) 3 Voy. ci-dessus, p. 38 et 3g.
2 C'est-à-dire quelle ne manquera jamais " Léopold, qui était alors à Prague, voud' obtenir l'exécution de ce qu'on lui aura pro- lait aller à Vienne avant de se rendre à mis. Francfort.
seure donc que ledict roy faisoit estât de partir de Prague au plus Février «658. tard le 8 ou le 10 de ce mois, aprez avoir esté asseuré du bon succez de la négociation de M. Lobcowitz1 et du chancelier de l'archiduc Léopold, qui avoient esté envoyez vers le duc de Saxe pour 1 obliger à venir sans aucun retardement à Francfort; car ledict duc, aprez quelque difficulté, a promis de se mettre en chemin au commencement de ce mois, pourveu qu'on lui donnast auparavant trente mille risdalles, ayant desjà despensé une semblable somme, de laquelle le marquis de La Fuente luy avait faict présent, il y a plus de quatre mois. Il prétend encore, outre cela, que, tant quil demeurera à Francfort, on luy donne huit ou dix mille risdalles par mois, pour l'ayder dans les grandes despenses qu'il sera obligé de faire, et, Pegnaranda ayant consenty à tout cela, j'ay sujet de croire que le roy de Hongrie, l'Archiduc, ledict Electeur et les ministres «l'Espagne seront à présent bien prez de Francfort, s'ils n'y sont arrivez; mais, nonobstant tout ce que dessus, je vous confirme que le roy de Hongrie n'est nullement satisfaict de la manière dont Pegnaranda traite avec luy et de ce qu'on ne luy a pas dict encore un seul mot du mariage de l'Infante; ce qui aliène furieusement les esprits des ministres dudict roy de Hongrie, dudict Pegnaranda et de toutes ses maximes.
C'est pourquoy je me remets à tout ce que je vous ay escril sur ce sujet, quoyque je sçache bien que c'est une entreprise fort difficile que de prétendre de mettre de la division dans la maison d'Austriche; mais comme la prudence permet de tenter tout ce qui, ne réussissant pas, n emporte aucun préjudice, je croy qu'il n'y a nul danger à fomente» ce que nous scavons qui cause la mauvaise satisfaction du io\ de Hongrie et de ses ministres de ceux d'Espagne a.
Le père Saria a asseuré Pegnaranda que, moyennant cent mille risdales, il se faisoit fort de faire prendre à l'électeur palatin telle résolu*
Le prince Lobkowitz, conseiller d'Etat, i Le scn> est ■. In mauvaise satisfaction que
président du conseil de guerre 'lu roi de le roi de Hongrie et ses ministres mit <'iie iln. Hongrie <•! son ambassadeur à Francfort. ni 4$ des ■mimitns d'Espagne,
ho.
Février 1 058. tioii qu'il voudroit1. Je ne sçay pas ce qui en est; mais il est certain que Pegnaranda le croit ainsy. Vous pourrez vous servir de cet advis en la manière que vous jugerez plus à propos; à mon advis, le meilleur moyen pour ruiner cette négociation seroit de faire confidemment sçavoir à l'Electeur que ledict père se vante de le pouvoir gaigner pour une somme d'argent.
Le roy de Hongrie est en peine, et encore plus Pegnaranda, que les dernières lettres de l'Isola et de Montecuculli, qui estoient auprez de l'électeur de Brandebourg, ne faisoient rien espérer de bon des resolutions de cet Electeur, non seulement à cause des apparences qu'il y avoit de la paix entre la Suéde et la Pologne, mais par la grande légèreté de ce prince, qui change d'ordinaire le soir ce qu'il a résolu le matin.
Je profite de cet advis le mieux que je puis par les lettres que j'escris aujourd'huy de ce costé-là, et je m'asseure que vous en ferez de mesme au lieu où vous estes, autant qu'il pourra dépendre de vos soins.
J'avois oublié de vous dire que le frère de l'électeur de Mayence et son chancelier doivent avoir touché, par ordre de Pegnaranda, cent trente mille florins. Comme je ne vois pas qu'on ayt rien donné au baron de Bernebourg et que j'ay veu, par la déposition particulière de M. de Lionne, que celuy-cy s'employoit avec chaleur pour obliger ledict Electeur à faire toutes les choses que nous pouvions souhaiter, il se pourroit faire qu'il n'eust pas cognoissance de gratifications qu'ont receues les autres, et que les Espagnols, informez de la bonne volonté qu'il a pour nous, n'eussent pas voulu lu y faire aucun présent; mais il vous sera aisé de recognoistre ce qui en est en effect, et il sera bon d'examiner s'il est à propos que vous tesmoigniez de sçavoir le don qu'ont receu les personnes marquées cy-dessus, afin de mesnager tousjours l'esprit de l'Electeur, lequel, vous voyant informé de l'advantage que les siens reçoivent de son engagement en faveur du roy de Hongrie, pourroit croire que nous n'avons plus aucune confiance en luy et
1 Gramont dit plaisamment que le père Saria avait fait présent de deux paires de bas de soie de Milan à l'électeur palatin, fffort propre à être gagné par de pareilles largesses».
ainsy prendre la resolution de se jeter entre les bras des Espagnols Février i658. pour agir en toutes choses comme il leur plairoit.
GLXIV.
Bibl. nal. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 52, f° 72 v°. — Minute.
AU CHEVALIER DE TERLON
[Paris], 32 février 1 658.
Pour respondre à vostre lettre du 2 de ce mois, je vous diray, en premier lieu, que le Roy a donné des ordres à ses ambassadeurs, qui sont à Francfort, d'agir en tout et partout de concert avec les ministres du roy de Suéde et d'affecter, autant qu'il pourra dépendre d'eux, de faire voir que l'union qui est entre leurs maistres est inséparable. Ainsy ils prendront les mesmes mesures sur l'arrivée du roy de Hongrie, et [reprens que1], lorsqu'ils seront obligez de se séparer, ils le feront ensemble et establiront leur demeure en quelque lieu aux environs de Francfort2, pour sçavoir ce qui s'y fera et agir de la manière qu'ils le jugeront à propos pour le bien commun.
Je suis bien ayse que le roy de Suéde ayt recognu véritable ce que je luy ay escrit de la reyne de Pologne et sur d'autres choses, et vous le remercierez, de ma part, des ordres qu'il a donnez, tant pour la succession que pour les autres affaires de Pologne.
Vous ne deviez pas douter que je ne deusse estre extrêmement surpris des facilitez que vous apporteriez à recevoir les civilitez d'ambassadeurs, Sa M16 ne vous ayant pas déclaré tel, puisqu'il n'appartenoit qu'à Elle de vous donner ce caractère, et je m'asseure que vous en serez encore plus marry quand vous verrez que j'avois tout preveu, vous envoyant les ordres du Roy pour prendre sur ce sujet telle résolution qu'il plairoit au roy de Suéde de vous prescrire, en quoy vous
' Dans le sens de : je repète que. tes étrangers étaient ol>li|[és de sortir de
Pendant l'élection de l'Empereur, tous Francfort.
ivmht i658. auriez veu les boutez que Sa M10 a pour vous et le désir qu'Elle a de complaire, en toutes choses, au roy [de Suéde], Je ne vous diray donc autre cliose sur cela, si ce n'est que la considération de cette Mld est si puissante auprez de nioy, que j'ay faict en sorte qu'on ne parlera pas de ce que vous avez faict, et l'on fera semblant que c'a esté en conformité des ordres que vous en avez receus; bien entendu qu'il ne vous arrivera jamais de faire quoy que ce soit aux choses où le roy aura quelque interest, sans en avoir au préalable seeu les intentions et receu les ordres.
Je souhaite au roy de Suéde un bon succez des entreprises qu'il va faire, avec toute la passion que peut avoir son plus véritable et plus passionné serviteur, et je le remercie tres-humblement de la confiance qu'il a en moy de ce qu'il me faict sçavoir du duc d'Holstein , l'asseurant que je n'en abuseray pas ny de toutes les autres choses qu'il trouveroit bon qu'on sçache.
Pour le mariage du roy, vous direz confidemment à Sa Mté, de ma part, qu'on songe icy à le faire avec la princesse Marguerite de Savoye, et je croy que l'on médite, pour cet effect, un voyage à Lyon, où Madame la duchesse [douairière de Savoie] l se pourra rendre avec le duc son fils et la princesse, sous prétexte de venir saluer le Roy, mais, en effect, pour donner lieu à Sa Mtd de voir ladicte princesse, le Roy ne voulant pas s'engager à aucune chose qu'il ne l'ayt veue auparavant; que personne n'ayt cognoissance de ce particulier que le roy de Suéde, et c'est tout ce que je vous diray sur ce sujet2.
' Chilienne ou Christine de France, fille loin, qu'à la fin du mois de novembre. Le
de Henri IV, appelée ordinairement Ma- projet de mari ge n'eut pas de suite, parce
dame Royale. (Voy. le tome Ier, p. 9^2, des qu'au moment même où la Cour était à
Lettres de Muzarin.) Lyon, Pimentelli y arrivait de son côté pour
2 Celte rencontre du roi avec la princesse offrir, de la part du roi d'Espagne, la paix
de Savoie n'eut lieu, comme on le vena plus et l'Infante.
. .. . __. Février i65S.
GLXV.
Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52, f° 76 v°. — Minute.