AU COMTE D'HARCOURT
Amiens, 10 mai i658.
Je suis tres-ayse de la satisfaction que vous tesmoigncz de ce que j'ay faict pour MM. vos enfans3; et pour respondre succinctement à la
1 H y avait, à cette époque, plusieurs demoiselles du nom de Pons : i° Judith de Pons, fille de Jean-Jacques de Pons, marquis de La Gaze, et de Charlotte de Parthenay. L'amour du duc de Guise l'avait fort décriée, et je ne pense pas que ce soit elle que désigne Mazarin; 2° dans une autre branche de la maison de Pons, Elisabeth de Pons, qui épousa François-Amanieu , comte de Miossens, nommé maréchal de France en i653; elle vécut jusqu'en 1 71 i ; 3° sa sœur, Bonne de Pons , qui épousa , en 1 GGG , Michel Sublet, marquis d'Heudicourt, et mourut en 1709 (26 janvier). La dernière était renommée pour sa beauté et son esprit. Saint-Simon, qui n'a connu M"" d'Heudicourt que dans sa vieillesse, lorsqu'elle était favorite de M "" de Mainlciion, en parle avec
peu de bienveillance; mais il reconnaît qu'elle avait été fort belle dans sa jeunesse et qu'elle avait conservé, dans un âge avancé, toute la vivacité et le piquant de son esprit. M"" de Motlcville raconte, à l'année 1G61 (Mc'm., t. IV, p. 280, édit. Charpentier) que la Reine-mère la fit éloigner de la Cour, a afin de la soustraire aux yeux du Roi, qui paroissoit ne pas la haïr^. Je pense que Mazarin veut parler de cette dernière demoiselle de Pons*.
2 Gamarra était cet ambassadeur d'Espagne auprès des Provinces-Unies dont il a été question ci -dessus, p. i43, à propos d'une querelle de préséance qu'il avait eue avec de Thou.
' Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, avait six eufants : cinq fils et une fille. Les
* A en croire Bussy-Rabutin (Ilist. amoureuse det Gaules, t. II, p. 383 de l'édit. Ludovic Lalanne), il y aurait eu une quatrième demoiselle de Pons; mais Bussy-Rabutin, ou ses éditeurs, se sont trompés en donnant le nom do ,M"* de l'ons à Anne Ponurl du Vigean, veuve du sire de Pons. Elle était <l ime et non demoiselle de Pons.
Mai i(ir>8. lettre que vous m'avez faict ia faveur de m'escrire sur ce qui regarde vos intérêts personnels, je vous diray que je ne souhaiteray jamais rien de vous que ce que vous croirez vous estre le plus advantageux. Si vous estes dans la pensée de tirer rescompense1 des gouvernement de l'Alsace et de Philipsbourg, j'en traiteray avec vous aux mesmes conditions que l'on vous a proposées, à quoy il ne me reste rien à adjouster; et si vous avez plus d'inclination à les garder, cela n'empeschera pas que je ne m'employe avec autant de zèle pour vous faire payer de vos appointemens et pour tous vos autres interests, comme je ferois pour les miens propres; et en effect, si quelqu'un me parle, de vostre part, de ce que vous pouvez souhaiter en cela, j'en escriray fortement à MM. les Surintendans.
Mazarin termine par des protestations d'affection pour le comte d'Harcourt.