‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 64 sur 123 · À M. LOCKHART · texte numérisé non relu

À M. LOCKHART

Calais l, ai mai 1 658.

J'ay escrit ce matin à V. Exe, et M. de Castelnau, qui devra estre demain au soir à Mardik , l'informera de vive voix de toutes les resolutions qui ont esté prises. C'est pourquoy je n'adjousteray rien par celle-cy, qui servira seulement pour faire response à la lettre que V. Exe. a pris la peine de m'escrire depuis son arrivée à Mardik, et je luy tesmoigneray en premier lieu ma joye pour les nouvelles qu'elle me donne de la santé de S. Alt. Serenissime, M. le Protecteur, et pour la peine qu'elle prend de m'asseurer que Sadicte Alt. avoit donné les ordres pour faire envoyer toutes les choses dont j'avois parlé à V. Exe. à Paris et qui estoient contenues dans le mémoire que j'avois donné au chevalier de Montgaillard2.

Je suis pourtant en quelque inquiétude de voir qu'il ne fust encore arrivé que deux mille soldats des trois mille que nous attendions, et que S. A. S. n'avoit accordé que deux regimens de ses vieilles troupes, que je ne croy pas qui composeront un plus grand nombre que mille hommes. Je la conjure donc de vouloir supplier en diligence S. Alt., de ma part, afin qu'elle ayt la bonté d'augmenter le nombre susdict, et que V. Exe. veuille aussy presser afin que, sans aucun delay, nous puissions avoir ce qui manque de trois mille [hommes] pour les re-

1 Plusieurs lettres de Mazarin du su mai 3 Voy., sur le chevalier de Montgaillard,

i658 sont datées de Boulogne, entre autres la lettre du 3 octobre i65y ; il avait <:t<;. à

celle dont il parle à Lorkhart. On en trou- cette date, chargé par Mazarin d'une mis-

vera l'indication aux Analyses. sion ert Piémont.

Mai i658. crues; car elle verra bien, par ce que luy dira M. de Gastelnau, à quel point on est engagé, et que le Roy est dans toutes les impatiences du monde de se porter en personne pour l'exécution du dessein qu'on a résolu, et elle apprendra bientost les efforts de M. de Turenne pour donner un bon commencement à l'affaire.

Le Roy a receu avec grand plaisir la nouvelle que je luy ay donnée de vostre arrivée à Mardik pour donner ordre à toutes choses, en attendant l'arrivée de M. de Falcomberge \ que S. Alt. S. a choisy pour commander le corps anglois; car Sa Mtë, ayant une parfaite cognoissance du mérite de V. Exe, se promet beaucoup du soin qu'elle veut prendre pour faire agir l'armée angloise.

On a desja envoyé l'argent pour donner une monstre à ladicte armée, et je tascheray que l'on en envoyé encore dans cinq ou six jours pour en donner une autre et pour faire en sorte que le payement soit aussy ponctuel qu'il est nécessaire2 pour obliger les officiers et soldats à servir avec affection, sans que la multiplicité des grandes despenses qu'on est contraint de faire empesche que celle-cy ne se fasse preferablement à toutes les autres.

Je remercie V. Exe. , de tout mon cœur, de l'advis qu'il luy plaist me donner que S. A. S. avoit trouvé bon de donner ordre à six frégates angloises de se trouver à Toulon au commencement du mois prochain. Je la prie de me faire sçavoir si elle juge à propos que j'en escrive à S. Alt. S. une lettre de remerciement.

Je ne doute pas qu'il ne luy ayt esté fort sensible [d'apprendre] le malheur qui est arrivé à M. le mareschal d'Aumont3; mais si elle sçavoit le détail de ce qui s'est passé en cette affaire, elle concluroit aysement que ça esté une fatalité qui a forcé ledict sr Mareschal à tenir une [pareille] conduite et se confier au point qu'il a faict non seulement contre toutes les règles de la prudence, mais contre ce que j'ay

1 Falcombrige. taires anglais une paye supplémentaire, mais

2 On a vu ci-dessus que, par le traité encore à leur faire distribuer cet argent par conclu avec l'Angleterre, Mazaiïn s'était en- les mains des chefs de leur nation.

gagé non seulement à donner aux volon- 3 Voy. ci-dessus, p. 36o, note î.

escrit dix fois à Talon pour le luy faire sçavoir, luy marquant qu'il n'y Mai t658. avoit nulle apparence au bon succez de cette entreprise, par quantité de raisons que je desduisois, et qu'en tout cas il ne falloit pas [la] faire sans avoir des seuretez réelles, comme des ostages des personnes qui nous amusent depuis si longtemps pour nous délivrer Ostende1; mais il vaut mieux n'en plus parler et songer à prendre nostre revanche à force ouverte, comme V. Exe. dict, avec apparence qu'agissant ainsy contre les ennemis, ils ne seront pas si heureux comme ils le sont dans les ruses et dans les artifices.

J'envoye ce gentilhomme exprez pour apprendre des nouvelles de la santé de V. Exe. et pour me rapporter ce qui aura esté concerté entre elle et M. de Castelnau2. Je la prie, par cette mesme occasion, de nous vouloir envoyer cinq ou six barques armées pour nous en servir à escorter des bateaux qu'on doit à tous momens envoyer à Mardik, chargés de quantité de choses qui nous sont nécessaires au point que l'on ne peut pas agir sans les avoir. Je m'asseure que V. Exe. me fera cette grâce sans y perdre un moment de temps et qu'elle m'accordera aussy celle de me pouvoir dire, etc.

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