‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 66 sur 123 · À LA DUCHESSE D'AIGUILLON · texte numérisé non relu

À LA DUCHESSE D'AIGUILLON

Calais, a 5 mai i6i>S.

(extrait.)

Les deux lettres qu'il vous a plu de m'escrire m'ont esté rendues; Leurs Majeslez ont esté tres-satisfaictes d'apprendre la diligence avec laquelle vous estes partie pour aller au Havre2. J'escris à M. le Procureur gênerai en des termes qui ne me permettent pas de douter qu'il ne vous fasse tenir sans delay ce qu'il avoit ordre de faire payer pour la solde3 [de la garnison]4 de cette place-là.

Ce pendant je vous supplie, Madame, de considérer qu'il importe extrêmement au bien de l'Eslat de ne vous pas laisser fléchir à la pitié 11 \ a aucune intercession pour ceux qui se trouvent coupables de la trahison qu'on a descouverte, et qu'il est absolument nécessaire par toutes sortes de raisons d'en faire un chastiment exemplaire. J'ay ordre

t. XXXII, p. 9, et vicomte G. d'Avenel, avait été conservé, après sa mort, à sa

Richelieu et la monarchie absolue, t. III, nièce la duchesse d'Aiguillon.

p. 286.) 3 Mot écrit en abrégé et dont la lecture

' A partir de cet alinéa, le reste de la est douteuse. Lettre est autographe. " Les mots entre crochets ont été rayes

Le gouvernement de cette place, qui dans la minute, sans doute par inadver-

avait appartenu au cardinal de Richelieu, tance.

Mai i658. du Roy de vous dire aussy que, si vous jugez à propos, pour la seureté de la place, de changer quelques officiers, vous le pouvez faire sans scrupule, et Sa Ml,: veut que cette lettre vous serve de pouvoir pour cela.

Quant au choix d'un commandant, comme cette affaire mérite qu'on y fasse grande reflexion, Sa Mté sera bien ayse de sçavoir voslre pensée; car avec les autres qualitez à désirer pour un employ de cette conséquence, il est besoin de jeter les yeux sur quelqu'un qui ayt du bien qui serve d'ostage de sa fidélité, et d'ailleurs il faut que le traitement qu'il recevra du Roy et de vous le mette au-dessus des offres que l'on pourroit faire pour le séduire.

Bibl. nal., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 52, f° 225; minute, et t. 23, 202 , f" 2/17. autographe. — Dans le ms. 23,202, la lettre paraît datée du 23 mai.

À L'ABBÉ FOUQUET

Calais, 25 mai 1608 .

Je sçay que vous ne perdez aucune occasion de servir le Roy et faire les choses que vous croyez me devoir donner plus de satisfaction et de joye, et quoyque j'eusse esté tres-ayse de la visite que vous aviez résolu de me faire, je le suis encore davantage que vous ayez changé ce voyage en un autre plus utile et plus important, et j'espère que la diligence que vous avez obligé Mmc d'Aiguillon de faire1 luy donnera lieu

1 Voy. la lettre du 25 mai 1 658 à la du- paysans de Soulogne (sic) se sont si fort at-

chesse d'Aiguillon , qui précède celle-ci. Les troupes qu'ils font aujourd'hui une armée

revers du commencement de la campagne de sept mille hommes. On avoit donné com-

de 1 658 avaient réveillé la haine et les es- mission au vice-bailli de Chartres de lever

pérances des ennemis du ministère. Des cent ou cent-vingt hommes et d'aller ranger

troubles éclatèrent en Normandie (voy. ci- ces paysans révoltez ; mais il n'est point assez

dessus, p. 333), en Anjou et en Sologne. fort et s'est retiré dans le château de Sully",

Guy Patin écrivait le 18 juin 1 658 : trLes où ces mutinez le tiennent assiégé, lui et

" Sully-sur-Loire.

de mettre toutes choses en seureté et peut-estre de chastier exemplai- Mai i658. rement les coupables; mais, au nom de Dieu, pressez madicte dame de n'espargner personne, et, comme je iuy escris, que le Roy entend qu'elle change celles contre lesquelles il y aura soupçon et particulièrement le commandant, à qui [il] faudra faire son procez, et que Sa Mtd veut estre informée de celuy qu'elle résoudra de mettre en sa place. Je vous prie d'agir aussy, de vostre costé, afin que la chose soit exécutée de la bonne manière, et d'insinuer à Mme d'Aiguillon qu'elle doit choisir un bon officier, de probité recognue, qui ayt du bien, et qu'il faut qu'elle le traite bien1.

Je n'ay communiqué le contenu de vostre lettre qu'à Leurs Majestez, et je vous conjure de ne rien oublier pour faire prendre les gentilshommes qui ont conduit cette trahyson, et particulièrement le principal, lequel il me semble qu'il n'estoit pas nécessaire de mander pour revenir à Paris2, ou, au moins, tascher à ne vous engager pas à luy donner seureté; mais vous aurez eu quelque raison d'en user ainsy.

H n'y a pas apparence que ces gens retournent au Havre, quand ils sçaurontque Mme d'Aiguillon y est, et ainsy il faudroit arrester le commandant et les autres complices.

Vous pourrez faire donner mille escus, de ma part, à la personne que vous sçavez3, et je vous les feray rembourser par le sr de Villars'1 à l'instant que vous me manderez de l'avoir faict.

J'ay creu plus à propos de vous adresser la lettre pour Mmc d'Aiguillon ouverte, afin que, la luy envoyant recachetée, vous la puissiez accompagner en la manière que vous jugerez plus à propos, pour l'obliger à faire les choses qu'on désire et qui sont absolument nécessaires.

ses archers, et en ont si bien bouche' les ' C'csl-à-dire, qu'elle lui donne de bons

iges, qu'il ne lui peut venir provision appointements, ni secours sans leur permission. Voilà ce J Pour qu'il revînt à Paris, (jue portent les lettres d'Orldans écrites du 3 J'ignore quelle est celte personne. •29 mai." Il sera question, dans la suite de ' Probablement Louis-François de Branla correspondance de Mazarin, fie cette cas, seigneur de Villars el baron d'Oise; il révolte des paysans de la Sologne. était lils de Georges de bruiras, seigneur

37/i LETTRES

Mai i6S>8.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges dcColbert, t. 5a, f° 182. — Minute.

À LA REINE

Mardik, 27 mai 1608.

J'appréhende que vous ne receviez tard cette lettre, le gentilhomme, que je depesche, estant obligé de prendre le chemin de Bourbourg. car celuy de la mer n'est pas bon.

Le Roy arriva icy deux heures aprez midy que la mer se retirait encore, et l'on aurait dict que Sa Mtd n'arriverait pas à temps pour passer en seureté auprez de Gravelines2. Toutes les nouvelles que je vous puis donner sont que l'ambassadeur d'Angleterre présenta luymesme au Roy les clefs du haut fort [de Mardik], et aprez l'avoir faict saluer par trois fois de tout le canon de cette place, la flotte angloise continua avec grand bruit, ayant asseurement tiré six à sept cens coups.

L'on travaille à la communication de plusieurs ponts que l'on faict construire sur les canaux, qui sont en grand nombre, et l'on n'oublie rien pour fermer aux ennemis tous les passages qu'ils pourraient tenter pour secourir la place. Il y a dedans, à ce que M. de Turenne escrit, deux mille hommes de pied et cinq cens chevaux.

Nous soutirons un peu, n'ayant ny bois ny fourrages, et souffririons encore davantage si on n'avoit donné ordre à plusieurs provisions qu'on a faictes. Chacun est résolu à supporter les incommoditez, et la chose le mérite bien. On n'a pas nouvelles des ennemis; mais ils ne doivent pas trop tarder à prendre leur resolution.

J'ay tasché de faire cognoistre au Roy, ce matin, que son séjour icy,

de Villars, gouverneur du Havre et de Hon- que le Roi et Mazarin allaient à Mardick. fleur, mort en 1657. 2 Celte place était encore occupe'e par

1 La Reine e'tait resle'e à Calais, pendant les Espagnols.

au iieu d'avancer le bien du service, le reculoit; que tout le monde Mai i65». estoit du rnesine advis et que la Cour consommoit ce qui auroit plus utilement servy pour l'armée, sans parler des incommoditez que Sa Mté souffrira en ce lieu , qui augmenteront tousjours ; mais vous croirez aysement que la harangue que je luy ay faicte n'a produit aucun effect et ne luy a pas plu. 11 est le maistre; mais rien ne me peut empescher de luy dire tousjours ce que je croiray de son service1.

Il m'a recommandé de vous asseurer de son amitié au dernier point et de faire ses recommandations à Monsieur'2, de qui je suis treshumble serviteur. Je ne m'estendray pas davantage, car cette lettre peut courre risque, et je suis, sans aucune reserve, le plus asseuré de vos serviteurs.

Je vous conjure de faire dire à l'abbé Ondedei qu'il sollicite l'expédition de ce que je mande à AL l'Intendant de nous envoyer.

GXGII.

Bibi. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5a, f" 228. — Minute.

À LA REINE

[Mardik]s, 38 mai i658.

La meilleure nouvelle que je vous puisse donner, c'est que le Roy se porte bien; que Sa M1" vous ayme plus que toutes les choses du monde et qu'il m'a commandé de vous en asseurer, de sa part. Aprez cela, je vous dira y que l'on travaille incessamment à la circonvallation i'l à préparer tout ce qui est nécessaire pour ouvrir la tranchée; ce

1 *Lc Roi, dit M"' de Monlpensier, allait d'Orléans. Monsieur, quoiqu'il eut dix-neuf

et venait pour voir le siège et la Reine. Il de- ans, était resté avec sa mère et passait sa

iiiiuiiiil ordinairement à Mardik où il se vie à se promener avec les filles de la Reine. tourmenta fort. Il était jour et nuit à che- 3 On devrait supposer que la lettre est

val, à ce qu'il m'a conté, et allait visiter les écrite de Calais, puisque le manuscrit l'a

(fardes, la nuit. . . n placée à la suite de lettres datées de Calais

\u frère du Roi, que Ton appelait le avec le signe «ton; mais, d'après les détails

petit Moniteur, pour le. distinguer de Gaston donnés, Mazarin devait être à Mardick.

Mai i658, qui pourroit bien estre faict vendredy prochain, ou samedy au plus tard, s'il n'arrive quelque accident impreveu1. Tout le monde est fort gay, quoyque tres-incommodé et que les soldats souirrent beaucoup, ne trouvant ny paille, ny bois, ny rien pour se couvrir2.

L'on a pris, la nuit passée, au quartier de M. de Castelnau, sept officiers de marque3 qui se vouloient jeter dans la place, et ça esté un capitaine de cavalerie de mon régiment, que commande le comte de Belin4, qui les a arrestez. On les a envoyez à Calais, afin qu'ils soyent gardez dans la citadelle, et, dans le mémoire ci-joint5, vous verrez leurs noms, au moins de cinq; car je ne sçay pas encore celuy des deux autres. Ils partirent samedy de Bruxelles, qui est le jour que la nouvelle y arriva que Dunkerque estoit investi.

Ils disent que don Juan avoit eu cinq accez de fièvre, et qu'il estoit encore malade; que le prince de Condé avoit esté saigné, et que Caracene partoit pour assembler les troupes et venir tenter le secours de cette place. Ils ont aussy dict qu'on ne s'attendoit pas à ce siège; car les mouvements de l'armée du Roy avoient faict croire tout autre chose, et on a pénétré par le discours de quelqu'un d'eux qu'il y a fort peu d'officiers dans la place.

Je vous supplie très humblement d'ordonner à M. l'Intendant6 et au srde S' Hilaire"7 de haster foutes choses et vouloir faire assister le che-

1 Le 25 mai, Turenne avait fait prendre à l'armée ses postes autour de Dunkerque et s'était logé dans les dunes, du côté de Nieuport; le 26, on commença les lignes.

2 Le pain, l'avoine et les munitions venaient de Calais dans les barques anglaises.

3 Monglat , dans ses Mémoires , donne le chiffre de quatorze officiers espagnols.

' René-Emmanuel de Faudoas-Averton.

Ce régiment se nommait le Cardinal étranger.

5 Ce mémoire ne se trouve pas dans le manuscrit.

6 Olivier d'Ormesson , alors intendant de Picardie.

7 Pierre de Mormès de Saint-Hilaire était , à celte époque, simple officier d'artillerie. Il eut le bras emporté, à Salzbacb, par le boulet de canon qui tua Turenne. Nommé maréchal de camp en 1677, il mourut le 2 1 janvier 1 680 , à soixante-six ans. Son fils , Armand de Mormès de S'-Hilaire , qui était à ses côtés à Salzbacb, vécut jusqu'en 17Z10. 11 a laissé, sur le règne de Louis XIV, des Mémoires publiés en 1766 (A vol. in-12, Amsterdam). Cette édition est loin d'être complète.

DU CARDINAL MAZAR1N. 377

valier de Montgaillard, que je vous envoyé, en tout ce qui peut de- Mai i65f pendre de vous.

Il est nécessaire que le comte de Brienne escrive souvent à Paris tout ce qui se passe icy, et vous pourrez ordonner à l'abbé Ondedei de luy dire les nouvelles qu'il devra mander. Je suis, sans aucune reserve, le plus véritable de tous vos serviteurs.

Bibl. nat. , ras. f>. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a, f° a3i. — Minute.

À LA REINE

Mardik, à 9 mai i658.

1 Louvat m'a rendu la lettre que vous m'avez faiet l'honneur de m'escrire, et le Confident (le Roi) a esté tres-ayse de voir ce qui le regarde. Il ne faut pas que vous ny moy espérions que les incommoditez l'obligent à s'en retourner2. Au contraire, je remarque qu'il prend plaisir d'en avoir beaucoup, et jamais ne s'est porté mieux, et tout ce qu'il faut faire pour vous revoir au plus tost, c'est de haster ce siège. L'on n'y oublie rien; mais il y a tant de choses à pourvoir que le temps s'escoule, sans qu'on s'en aperçoive.

J'ay esté, avec le Confident, voir M. de Turenne sur le canal, où je luy avois mandé de se trouver. On a tenu conseil et résolu lout ce qu'il y avoit à faire, tant pour se précautionner contre les grands et petits secours que les ennemis pourroient tenter de jeter dans la place, que pour bien examiner les choses auxquelles il falloit pourvoir pour ad-

1 Louval ou Lovât avait été employé à meuier le Roi près de l'armée en un lieu

l'armée de l'Est dans le cours des années froid, mal sain et plein de brouillards; elle

précédentes. (Voy. le tome VII, p. 668, des menace que, si on ne peut mieux mesnager

Lettres de Mazarin.) sa santé, elle le ramènera à Paris.» (Lettre

1 Si l'on en croit Guy Patin, la Reine du 18 juin i658.) Mazarin ne nie pas

était peu satisfaite du voyage da Roi a M&r- les inconvénients du séjour de Mardick;

dirk. Il écrivait à son ami Charles Spon : mais il déclare que le Roi De voulait pas le

«La Reine se plaint de ce que l'on fait de- quitter.

M\ZAI\I\. — VIII. /l8

mraiMtMc hatiovalc.

iWai i658. vancer le bon succez de cette entreprise. En quoy vous devez croire que j'ay la plus grande part de la peine , puisqu'il faut que je me charge de tout. Je vous conjure de m'assister, pressant M. l'Intendant, Saint- Hilaire et ceux que j'envoye à Calais pour solliciter la chose, d'y pourvoir sans delay, gagnant des momens pour cela.

L'on faict estât d'envoyer prez de deux cens malades à Calais, qu'il faudroit faire loger dans la basse ville et assister de ce qu'on pourra. C'est une grande charité, et je m'asseure que vous prendrez volontiers le soin d'employer des personnes pieuses pour travailler à une si bonne œuvre, et je me charge de faire fournir l'argent pour cela. Le Confident est entièrement à vous, et il m'a commandé d'asseurer Monsieur l de son amitié. Dieu l'a inspiré de ne venir pas icy; car il estoit presque impossible qu'il ne tombast malade, et, pour l'ennuy, il luy en fust resté pour longtemps. ho." Mer2 nous tourmente beaucoup; mais vous avez tout pouvoir sur elle.

Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colberl, t. 5s , 1° a3o v°. — Minute.

À L'ABBÉ FOUQUET

Mardik, a 9 mai i658.

(extrait.)

J'ay retenu deux ou trois jours du Fresne auprez du Roy, afin qu'il pust porter quelques nouvelles du commencement de ce siège, où nous rencontrons de très-grandes difiicultez, estant dans les sables, sans pouvoir avoir un morceau de bois ny rien pour faire subsister la cavalerie que de l'avoyne que je fais venir de tous les endroits pour corriger la stérilité du pays, sans pardonner à la despense ny à la fatigue. Le

1 Philippe de France , frère de Louis XIV. mière partie de la phrase, 1 élément qui

' Ce mot désigne ordinairement Mazarin ; tourmentait les assiégeants, et dans la se-

il semble qu'ici le Cardinal fait un jeu de conde, Mazarin, sur lequel la Reine a toute

mots : la Mer paraît désigner, dans la pre- puissance.

s1' du Fresne vous dira toutes choses, et vous en pourrez faire part. à Mai i658. M. le Chancelier, à M. de L'Hospital et aux Surintendans. Je luy ay donné un mémoire des prisonniers qu'on a faicts, avec lesquels on pourra retirer ceux que les ennemis ont faicts à Ostende1, à l'exception de M. le mareschal d'Aumont.

M. de Grandpré, estant auprez de Ham avec plus de deux mille chevaux, et M. le mareschal de La Ferté, ayant ordre de s'advancer de ce costé-là, avec l'armée qu'il commande, malaysement les ennemis pourront songer à rien entreprendre sur cette place-là, quelque sollicitation que M. le Prince leur en puisse faire: mais il faut que vous songiez à y faire travailler, et vous pouvez, sur ma parole, advancer pour cet efï'ect six mille livres; car je vous en feray rembourser par le trésorier de l'Extraordinaire2, au commencement de juillet.

Je ne sçay pas comment je puis avoir dict que le Roy trouvoit bon que le sr Portail3 reprist sa place au Parlement, puisque personne ne m'en a parlé. Je sçay, au contraire, que le Roy ne le veut pas; et je ne puis comprendre qu'il puisse songer à le faire, sans avoir par escrit la permission du Roy, ayant eu, de cette manière, l'ordre de se retirer chez luy.

CXGV.

Bibl. nat. , ras. f. fi\, Mélanges de Colbert, t. 52. f° -20 h. — Minute.

À M. DE TUREME.

Mardik, 29 mai 1 658.

(extrait.)

J'ay faict embarquer le gentilhomme qui vous rendra cette lettre, avec sept de mes gardes, sur les sept vaisseaux qu'il vous emmené, l'un chargé de pain, deux de six cens seize septiers d'avoine (mesure de Paris)1, deux de palissades, en l'un desquels il y a dix douzaines

Voy. sur l'affaire d'Ostende, ci-dessus, 8 Voy., sur Portail, le tome V, p. 22,

|>. 36o. note 4, dos Lettres de Mazarin.

De l'extraordinaire des guerres. * Le setier d'avoine de Paris étant de

Mai 1608. de planches de sapin, et deux [vaisseaux] anglois chargez de fascines en nombre, à ce que M. l'Ambassadeur m'a dict, de quatre mille, et l'on vous doit desjà avoir porté aujourd'huy sur dos chariots quelques trente douzaines de mesmes planches, lesquelles pourront servir pour faire une baraque pour vous, et pour en commencer une autre pour servir de magasin pour la distribution du pain et de l'avoine; à quoy Bertier fera travailler, et je continueray demain ù envoyer pressamment ' de ces planches, tant pour les ouvrages que pour ce qui pourra estre nécessaire à l'artillerie.

On a envoyé encore, en deux fois, quarante charretez de bois pour faire des blindes de chevalets et autres choses semblables, et si les officiers de l'artillerie en veulent encore davantage, ils n'ont qu'à envoyer des charettes pour les charger, ou, ne le pouvant pas, je les envoyeray par mer, si quelqu'un m'escrit qu'ils en ayent affaire.

Je vous prie de donner ordre que la distribution de l'avoine soit faicte en sorte que chacun en ayt esgalement et sans dissipation. Les commis de Jaquier s'en pourront charger, et en faisant donner à chaque compagnie un septier, comme vous avez ordonné de faire, il faudrait que les mestres de camp prissent garde d'oster quelque chose2 à ceux qui ont leurs compagnies foibles pour le donner à ceux qui les ont fortes3.

Il seroit bon que vous prissiez la peine de donner ordre à quelqu'un de m'envoyer le nombre de compagnies qui sont de vostre costé, afin de prendre mes mesures là-dessus, pour vous envoyer la quantité d'avoine qu'il faudra par jour; car pour celles qui sont de ce costé-cy, je leur feray donner leur compte à part. Je ne scay pas si les six cens seize septiers peuvent suffire pour trois jours, et, en cas qu'il en faille davantage, je vous prie de me le mander; car j'y pourvoieray à l'instant, envoyant ce qu'il faudra davantage.

012 litres, la quantité ainsi expédiée était 2 C'est-à-dire aient soin d'ôler quelque

de 1,922 hectolitres. chose.

1 On pourrait lire puissamment dans le 3 Voy., dans le tome VII, p. 266, note 3,

sens de en grand nombre. les variations d'effectif des compagnies.

On travaille à mettre le canon sur les aiïusls, et je feray passer, de Mai i658. vostre costé, à tous moraens, les fascines, les tonneaux et toutes les choses nécessaires pour l'attaque, et, si vous voulez que Ton commence à envoyer la poudre et les autres munitions de guerre, on le fera aussy.

Je m'asseure que vous n'oubliez rien pour fermer1 le camp avec toute la diligence possible, particulièrement du costé des Dunes, qui est, à mon advis, l'endroit par lequel les ennemis pourroient tenter le secours à force ouverte, et je voudrois bien que vous prissiez la peine d'envoyer une personne entendue pour faire bien accommoder les endroits du chemin pour aller d'icy à vostre quartier, afin que l'on y pust amener le canon sans peine.

Ayant ouï plusieurs coups de canon aujourd'huy, du costé de Bourbourg, j'y ay envoyé [Geisace]2, qui vient de retourner et m'a rapporté que ceux de Gravelines sont sortis deux fois pour attaquer quelqu'un de nos partis de cavalerie, qui revenoient de Calais; mais que ceux du fort de [Quinqéral3] ayant faict leur devoir, et M. de Schomberg \ estant sorty avec les dragons et trois cens fuziliers, aprez grande escarmouche, les a faict retirer. Il me mande qu'il avoit nouvelles de S1 Orner, et qu'il n'y avoit que trois ou quatre cens chevaux des ennemis qui se promenoient fort dans le Boulonnois5.

J'ay fort eschauffé M. l'ambassadeur d'Angleterre, qui a redespesché aujourd'huy aux [Dunes6] pour avoir une quantité considérable de fascines et toutes les autres choses qu'il a desja demandées.

1 On pourrait lire former; mais, d'après qu'elle appelle : Notre oncle de Cessac (t. I .

l'ensemble de la plirase, je crois le verbe p. 6g3, de l'édit. des Grands Ecrioaitu dv

fermer préférable, puisque Mazarin recom- la France). mande surtout de mettre le camp à l'abri ' Encore un mot douteux,

d'une attaque. 4 Gouverneur de Bourbourg. (Voy. "ci-

5 Ce nom est très douteux. On peut lire dessus, p. 1 83.) (luxure ou Cusau. La forme Ceissace se rap- Pus s de Boulogn&-3Ur-Mer.

proche du nom de Cessac ou Seissac, qui se Le mot Dîmes est e'erit en interligne et

trouve dans les lettres et mémoires du corrige le mot Douvrc effacé Cette correc-

wii" siècle; M"" de Sévigne , dans une lettre tion , qui est d'une antre main que la mi-

ilu 1" août 1667, parle d'un personnage nute, me paraît le résultai .d'une erreur; ce

Mai 1 658. ' - - ' -

GXCVI.

Bibl. nat. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5â, f'° 1 85. — Minute.

À LA REINE

Mardik, 3o mai 1 658.

£ EXTRAIT

Quoyque je n'aye rien à adjouster à ce que je me suis donné l'honneur de vous escrire hyer1 par un gentilhomme qui devoit passer à Paris, neantmoins, pour ne laisser passer2 aucun jour sans vous donner des nouvelles du Confident3, comme je vous ay promis, je vous dira y qu'il se porte parfaitement bien etqu'ilesttousjoursà cheval, s'informant de toutes choses et donnant luy-mesme des ordres pour advancer les travaux dans les endroits par où les ennemis pourroient jeter quelque secours dans la place, et je puis dire que l'ambassadeur d'Angleterre, qui le voit agir et parler de bon sens, en demeure extrêmement édifié.

Tout cela est fort bien; mais je voudrois bien que vous fussiez en lieu où le Confident et ceux qui sont prez de luy vous pussent voir et entretenir tous les jours. Soyez asseurée qu'on n'oubliera rien, afin que cela soit au plus tosl; mais il n'y a personne qui puisse dire rien d'asseuré là-dessus.

Je vous supplie de donner ordre qu'on prenne soin de l'hospital.

Le Confident a pour vous la tendresse que vous pouvez souhaiter, et il m'a dict de vous en asseurer de sa part, comme aussy de faire ses recommandations à Monsieur, de qui je suis le tres-humble serviteur.

n'était pas aux Dunes, mais en Angleterre ' Voy. ci-dessus, p. 377.

et probablement à Douvres , que l'ambassa- 2 Mot douteux,

deur demandait des munitions. ' Du Roi.

. Mai i(558.

GXGVIL Bibl. nat. , ras. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i , f° 2.36 v°. — Minute.

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