S'EN ALLANT VOIR LA REINE, DE LA PART DU ROI
Mardik, 3o mai i658.
(e\T!UIT.)
M. de Montpezat, en arrivant à Calais, suppliera la Reyne, de la part du Roy, de vouloir envoyer icy les charrettes de sa maison. Il fera la mesme instance à Monsieur pour envoyer les siennes. M. de Monlpezat dira à M. l'Intendant \ luy monstrant mesme ce mémoire, que je désire qu'il donne un sac d'avoine et une botte de foin pour chaque chariot de la Reyne, de Monsieur ou des miens, qui sera attelé à quatre chevaux, comme aussy deux boites de foin à chaque cheval de ceux qui servent d'escorte à M. de Montpezat; ce que M. l'Intendant prendra dans le magasin où il y aura du foin et de l'avoine de reserve'2.
H fera advertir les gens d'armes et chevaux légers, qui doivent estre en leurs quartiers auprez de Calais, de se prévaloir de cette occasion pour venir icy prendre la cornette3, le Roy souhaitant qu'ils s'y rendent en diligence.
H faut aussy supplier la Reyne de voir si, outre les charrettes de sa maison et de celles de Monsieur, on en pourroit avoir dix ou douze de la Cour pour nous servir icy sept ou huit jours, et, en ce cas, M. l'Intendant leur donnera du foin et de l'avoine à proportion des autres.
' Olivier dOrmcsson , intendant <le Pi- dont on trouvera l'indication aux Analyses,
cardie. sont remplies des mêmes prescriptions.
1 Je donne ce mémoire rempli de minu- ' Cornette doit s'entendre ici du drapeau
lieux détails pour montrer avec quel soin de la cavalerie, qui était resté au lieu où
Mazarin s'occupait des approvisionnements. était le Roi, et que les corps désignés dans
Les lettres ;> «l'Ormesson, à S'-Hilaire, etc., celte letlr.1 devaient rejoindre.
Mai i658. ]jG 1Cste du mémoire est rempli de prescriptions de même nature pour indiquer la route que doivent suivre les cavaliers et les charrettes. Ils passeront, à la marée basse, près de Gravelines, et la Reine est priée de leur donner une escorte poulies protéger contre les attaques des ennemis.
Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52, f° uio. — Minute.
A LA REINE
(extrait.)
Mardik, 3i mai 1 058.
Vous aurez eu un long entretien avec M. de Montpezat ', lequel m'asseure n'avoir pas oublié la moindre chose de ce qui se passe icy, qui pouvoit intéresser vostre curiosité. Ainsy il ne me reste rien à adjouster, puisqu'il n'est arrivé depuis hyer aucune chose qui mérite de venir à vostre cognoissance, si ce n'est l'arrivée de quinze cens Anglois et de prez de douze cens hommes, cavalerie et infanterie, des troupes du Roy. Le Protecteur envoyé son beau-fils2 visiter le Roy, et il doit arriver dans deux ou trois jours.
M. de Vervins3 m'a rendu la lettre tres-obligeante qu'il vous a plu de m'escrire. J'en ay faict part au Confident, qui vous remercie de tout son cœur des tendresses que vous avez pour luy, et il vous asseure qu'il y respond au point que vous pouvez souhaiter. Nous avons grand sujet de nous plaindre de vostre4 modération, n'ayant quasi rien pris de ce qu'on m'envoyoit de Londres. Au moins vous en deviez faire part
1 Voy. , ci-dessus , le mémoire remis à M. de Monlpezat.
1 Lord Falconbridge. 11 arriva, en effet, quelques jours après et offrit, de la part de Cromwell, des chevaux au Roi, à la Reine et au Cardinal. La Cour lui fit, de son côté, de riches cadeaux.
3 Louis de Comminges , marquis de Vervins, était premier maître d'hôtel du Roi.
Il mourut en i663. — A sa mort, le marquisat de Vervins fut acheté par le maréchal Fabert, dont la veuve le posséda jusqu.à sa mort.
4 Le mot est écrit en abrégé, et l'on pourrait lire nostre; mais la suite de la lettre prouve que Mazarin se plaint de ce que la Reine n'a presque rien pris des présents envoyés d'Angleterre.
à Monsieur, afin que les dames et damoiselles goustassenl des vivres Mai i<65* d'Angleterre, et pour moy je ne sçay pas comme Mmc de Fiennes1 se pourroit résoudre à vous pardonner une si grande faute.
Le sr de Ronché, qui vous remettra cette lettre, vous dira toutes les nouvelles de Flandres; car il vous contera en détail le funeste succez d'Ostende, et pourveu que vous ayez le temps de l'entendre, il vous entretiendra tant que vous voudrez; car il sçait beaucoup de choses, et il n'est pas fasché de les dire. Vous n'avez jamais entendu une plus belle farce'-. Les Espagnols ne cessent pas de s'en moquer; mais il faut tascher qu'ils ne rient [pas] les derniers, et vous sçaviez s'ils m'ont attrapé en cette affaire, comme ils disent, puisque je n'ay rien oublié pour en destourner le mareschal d'Aumont et Talon, ou pour les obliger, au moins, de ne s'engager à rien, sans avoir des scuretez réelles, comme des otages. Je suis à vous sans aucune reserve, et jusques au dernier moment de ma vie.