‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 7 sur 123 · MIX · texte numérisé non relu

MIX

lîibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 1 55 ; minute. — kff. élr. , France,

t. 27/1, f" 3 ç) 9 ; copie du temps.

À LA REINE

Stenay, 17 juillet 1657.

Lorsque j'estois sur le point de vous depescher le comte de Moret pour vous informer en détail de toutes choses et vous proposer des moyens pour vous voir, sans plus de remise, vous et le Confident, Talon arrive du camp pour nous dire que la grande mine doit jouer ce soir, à huit heures, de façon que nous allons monter à cheval pour nous \ rendre en diligence et appuyer les logernens qu'on a résolu de faire par la présence du Boy, et par un renfort de gens que l'on donnera, de la dernière resolution.

Je remets donc à faire partir demain de bonne heure Moret, et je m'asseure que vous n'oublierez rien pour faciliter les moyens de voir le Confident, lequel ayme fort d'estre à l'armée; mais il voudroit au mesme temps voir et entretenir ce qu'il ayme plus que toutes les armées du monde, et vous pouvez croire qu'il v a quelqu'un auprez de luy qui n'est pas fasehé de le voir dans ces senlimens et moins encore de pouvoir espérer que les deux cours soient bientost [prez l'une

On voit , par la lettre de Mazarin à Ondedei , qui est indiquée aux Analyses, e.i date du 17 juillet 1657, qu'il s'agissait du duc de Modem.

hk LETTRES

Juillet if«r>-. de l'autre]', et qu'au lieu d'escrire, on pourra vous entretenir de vive voix.

Je vous envoyé une lettre du Confident et celle qu'il escrit à Monsieur, de qui je suis tres-humble serviteur, et le vostre sans aucune reserve.

Vous trouverez encore cy-joint la copie d'une lettre que Navaillesescrivit hyer. J'adjousteray que, s'il nous reussist, comme il y a apparence, de nous rendre maistres de la contre-garde, ou bastion deslaché, qui esL dans le fossé, la place sera bien malade; car le corps ne vaut pas grand chose.

Bibl. nat., ms. f. fi\, Mélanges de Colbert, t. 5i A, f" 243; minute. — Les passages à chiffrer sont soulignes.

À M. DE TURENNE

Slenay, 17 juillet 1657.

( extrait. )

J ay veu toutes vos lettres du ih et du i5 avec la copie de celle du lieutenant de roy de Bapaume. Il n'y a rien à adjouster aux ordres que vous avez donnez pour estre bien adverti de la marche des ennemis et au destachement que vous avez fait, de M. de Varennes3 avec un corps de cavalerie pour nous venir joindre icy, en cas qu'il se trouve véritable que Marsin '' ayt esté destaché avec une brigade de cavalerie pour venir en Luxembourg. Et quoyqu'il me semble que les raisons soient encore plus fortes à présent qu'il y a trois semaines pour croire

1 Au lieu des mots entre crochets, on lit attaques; le marquis d'Uxelles dirigeait dans la copie : prestes l'une et l'autre; mais l'autre.

l'autre version est la seule bonne : la Reine, 3 Roger de Nagu. (Voy. t. V, p. 44 1,

qui était demeurée à la Fère, devant venir des Lettres de Maiarin.)

incessamment rejoindre son iîls. " Voy., sur Marsin ou Marchin, 1. 1,

2 Le duc de Navailles dirigeait l'une des p. q42, des Lettres de Maiarin.

que les ennemis ne songent pas à secourir Montmedy, neanlmoins l'af- Juillet 1607. faire est de telle importance qu'il ne faut négliger aucune des précautions que la prudence peut suggérer pour nous mettre à couvert de lout inconvénient, et je suis tres-persuadé que vous irez au-devant de toutes les choses qui peuvent contribuer à cela.

Je vous ay escrit par deux endroits différents tout ce que j'estimois que vous pourriez faire en cas que l'intention des ennemis fust, ou d'envoyer icy, ou d'y venir avec toutes leurs forces1. C'est pourquoy je n'a y rien à adjouster là dessus, si ce n'est que peut-estre vous jugerez à propos pour mettre l'affaire en une entière seureté et n'estre pas obligé d'harasser [sic) les troupes, faisant de grandes marches pour venir icy en cas que les ennemis vous obligeassent à cela, de vous advancer présentement à Aubenton-, ou tel autre lieu qui vous semblera plus propre, afin de nous pouvoir joindre, à vostre aise, avec toute l'armée, lorsque nous aurions advis que celle des ennemis passast la Meuse; ce qu'il est impossible qu'elle fasse en cachette et sans que vous en soyez adverti de dix endroits à point nommé, mais particulièrement d'Hemery 3, d'où l'on peut envoyer des partis à la Bussiere '' et tout le long de la Sambre, et de Champagne qui est au Chasteau-Regnault5, lequel pourroit donner des advis à Roquespine °, et celuy-cy les envoyer en toute diligence au lieu où vous serez.

Souvenez-vous, s'il vous plaist, que, si l'armée des ennemis venoil toute entière, à quoy je vous réplique que je ne vois nulle apparence, il faut que vous ameniez toute l'infanterie et artillerie avec le corps anglois, et que vous laissiez seulement M. de Castelnau, ou tel autre lieutenant gênerai que vous jugerez à propos, avec dix ou douze escadrons de cavalerie pour couvrir la Somme, sans rien retenir du Quesnoy et de Landrecy, avec ordre pourtant que ce corps de cavalerie vous

\ 03 . , ci-dessus, In lellre à Turenûe on 4 La Bussière-sur-la-Sambre.

date du 1 h juillet, p. 29. ' Vov. ci-dessus, p. 3o, noie g.

Auj. dëp. de l'Aisne, an*. <lo Venins. ' Louis-Gilles du Bouzet, marquis de

Probablement Emmerin, auj. dép»da Roquépine, maréchal île camp en 1661,

Nord, arp. de Lifle. morl en 1G79.

/iti LETTRES

Juillet 1 (Ï57. suivisl, lorsqu'on verroit les ennemis tout-à-fait engagez en deçà de la Meuse; et il faudroit aussy que Hocquincourt, Linville, Baas et les gardes françoises et suisses, qui sont à Monstreuil et du costé du Boulonnois, revinssent vers Guyse, afin que tout ce corps fut prest à exécuter ce qui îuy seroit ordonné.

Je ne sçay pas si l'argent, que l'on a escrit, à Paris, d'envoyer en diligence pour le payement des Ànglois, est arrivé au camp; mais comme il est impossible qu'avant que vous receviez cette lettre il ne soit à Saint-Quentin, il seroit bon d'en advertir M. le chevalier Reynolds, afin d'envoyer quelqu'un pour le faire venir à l'armée, s'il le désire ainsy.

Vous verrez l'eslat du siège par la copie d'une lettre que M. de Navailles escrivist hyer; et tous les cognoisseurs asseurent que, selon toutes les apparences, demain l'on sera maistre de tous les dehors, y compris la demy-lune, contregarde ou bastion destaché qui est dans le fossé, que l'on passera bien aisément, estant fort estroit, et l'on n'a pas sujet d'appréhender de grandes difficultez pour le corps de la place; car tout le monde convient que c'est le moins fort. Les assiégez ne font plus aucune sortie, et il est asseuré qu'ils eurent plus de cent hommes hors de combat dans la dernière qu'ils firent.

J'ay oublié de vous dire que, si les ennemis passoient la Meuse, il faudroit aussy tirer du Quesnoy le régiment d'Alsace et quelques vieilles compagnies de Suisses, comme aussy de Landrecy, au lieu des nouvelles que vous auriez envoyées dans l'une et l'autre place.

Bibl. nat. , ms. f. fr., Mélanges de (loJbcrt , t. 5i A , f ° 1/16: minule. — AIT. étr., France,

t. 27/1, f" 1 65 ; copie du temps.

À LA REINE

Stenay, 17 juillet 1667.

Nous revenons du camp après avoir veu jouer la mine, laquelle n'a

DU CARDINAL MAZAR1N.

lu

pas faict tout i'eiïect qu'on avoit espéré1. Neantmoins on s'est logé sur Juillet 1657. la pointe (sic) et l'on a attaché de nouveau îe mineur pour faire un fourneau, qui sera prest à trois heures apres-midy. Ainsy l'on croit que. malgré toute la résistance que les ennemis sçauroient faire, on sera maistre de cette pièce dans laquelle seulement les assiégez {'ondoient le salut de cette place.

On nous menace d'un secours, et on faict courre le bruit que Marsin est destaché aves quinze cens chevaux et quatre regimens d'infanterie, et que l'armée ennemie a pris la route vers Mons avec dessein de venir en ce pays; mais je n'en crois rien; car outre que la resolution seroil un peu tardive, M. de Turenne sera tousjours icy deux jours plus tost que les ennemis avec des forces supérieures aux leurs.

Le comte de Moret vous informera de toutes choses, et il vous fera des propositions afin que vous et le Confident puissiez vous voir plus tost. C'est à vous à choisir, et tout ce que vous voudrez sera exécuté à l'instant; car le Confident ne veut et ne voudra jamais, a ce que je puis cognoistre, que ce qui vous plaira. Pour moy, je ne vous dis rien; car il est superflu de vous répliquer ce que vous sçavez aussy bien que moy et que rien au monde n'est capable de le faire changer. En cas que vous résolviez le voyage2, ledict comte vous dira tout ce qui regarde la seureté, et il sera bon que vous vous reposiez de cela sur le mareschal Du Plessis3.

1 «En effet, dit Monlglat, la brèche fut petite, et les régiments de Lorraine, Mazarîn et Roulaimont se logèrent à la moitié, ne l'ayant pu en haut, à cause de la grande quantité de grenades que jetaient ceux de dedans. On poussa un second fourneau pour ouvrir davantage la demi-lune, qui élait fort dure à entamer, étant toute de marbre qui est fort commun en ce pays-là. i Mais cette seconde mine ne fut pas prête aussitôt que Mazarin l'annonçait à la Heine; elle ne joua que dans la nuit du ai au ai juillet.

2 Le voyage de la Reine à Sedan ou à Stenay.

3 Le maréchal Du Plessis, gouverneur de Monsieur, accompagnait la Reine, et il eut dësiré profiter de l'occasion pour faire faire au jeune prince l'apprentissage du métier militaire. «Monsieur, dit ce maréchal dans ses Mémoires (éd. Michaud, p. 643), était sans cesse avec la Reine, sa mère. ... et chacun sait que les belles qualités des femmes ne servent d'ordinaire pas beaucoup à l'instruction des jeunes princes, principalement sur le fait de la guerre. ->

m LETTRES

Le Roy oublia de mettre liyer dans le pacquet les lettres pour la Reyne et pour Monsieur. Ainsy vous les trouverez cy-jointes. Je me resjouys fort dans l'espérance de pouvoir bientost avoir l'espérance de laire la révérence à Sa Mté et à S. A. R., comme aussy de vous pouvoir confirmer de vive voix que vous n'aurez jamais serviteur plus fidèle, plus passionné et dévoué que *#**.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° i55 v°. — Minute.

À M. DE TUREME.

Stenay, 19 juillet 1657.

(extrait.)

J'ay receu presqu'en mesme temps trois de vos lettres, deux du îG et l'autre du 17 de ce mois, avec celle que Roncherolles m'a envoyée; mais avec tout ce qu'on vous a escrit, je ne voy pas quel fondement peut avoir l'advis de la marche de Marsin avec un corps pour venir à Luxembourg; car comme cela ne pourroit servir de rien pour le secours de Montmedy, je ne sçay pas quel advantage les ennemis se pourroient promettre de l'envoyer en deçà, si ce n'est qu'appréhendant peut-estre qu'aprez la prise de Montmedy le Roy ne veuille pousser plus avant ses progrez dans cette province (de Luxembourg), ils ayent voulu y pourvoir, fortifiant le prince de Simay (sîc)1 du corps qu'on dit avoir esté donné à Marsin pour passer la Meuse.

H se pourroit faire aussy que le prince de Condé, qui a grande envie de faire une course en France pour estendre les contributions de Rocroy, eust faict trouver bon à don Juan et à Caracene d'y envoyer Marsin avec ledict corps qui seroit fortifié d'une partie des troupes de Rocroy; mais enfin il faudra que nous soyons bientost esclaircis de ce mystère; car, asseurement, il y en a quelqu'un dans ce destachement

1 On a dit ci-dessus que, par ce mot, il faut entendre sans doute le prince de Simmern.

qu'on publie partout et dans la marche de l'armée ennemie vers Mons. Juillet i6.">7. Et comme il est malaisé que vous ne soyez adverti, à point nommé, de plusieurs endroits, des mouvemens des ennemis, je ne doute pas que vous ne preniez vos resolutions avec la diligence qui vous est ordinaire; sur quoy vous ayant mandé mes pensées plusieurs fois et hyer particulièrement par un de vos gardes et par la voye de M. deVarennes, je n'ay rien à adjouster si ce n'est que les ordres à M. de Varennes et à M. de Grandpré, qui sont à deux lieues l'un de l'autre vers Rethel, de marcher droit icy, leur doivent venir de vostre part, puisque vous serez informé devant nous si le corps de Marsin passe la Sainhre pour venir à Givel.

Je vous fis envoyer hyer par M. Le Tellier des ordres du Roy pour retirer les gardes françoises et suisses et tout ce qu'il y a du costé du Roulonnois, en cas que vou-s le jugiez à propos, comme je crois que vous ferez sans doute si vous voyez les ennemis marcher vers la Sambre.

J'accompagnay hyer le Roy au camp où il alla pour voir jouer la mine du bastion destaché, mais l'effect n'ayant pas esté tel que Saint- Amand avoit faict espérer, et les ennemis y ayant un retranchement, il n'a pas esté possible de se loger sur le haut de la pointe que la mine avoit emporté, et l'on a seulement faict une tentative vigoureuse pour voir si les ennemis lascheroient le pied; mais on n'y a pas reussy, parce que les ennemis estoient retranchez et logez en sorle qu'ils n'avoient rien à appréhender. Tout le malheur est tombé sur le pauvre Beaupré ' que vous cognoissez assez pour les belles actions qu'il fit i'an passé à Valcnciennes, lequel estant du nombre des vingt mousquetaires (pic le Roy avoit commandez pour assister à celte action a esté d'abord tué tout roide, parce que c'est le premier qui a paru sur le haut de la demy-lune après que la mine eut joué. La résolution donc qu'on a

prise sur-le-champ, c'est de pousser un fourneau sur les ruines de la

On trouve, à cette époque, Louis-Fran- La date de sa mort n'est pas indiquée daos rois de Choiseul, baron de Beaupré. Je ne Moréri, ni dans le Dictionnaire do la dosais si cVsi le Beaupré dont parle Mazarin. bleue.

MIZAII1>. — VIII. n

ivif •

ùiiei 1657. (leiny-lune, lequel ira jusque sous le retranchement des ennemis et sera prest à deux ou trois heures apres-midy, et quelque résistance que les ennemis puissent faire, l'on croit que nous serons maistres de la demy-lune dans demain au matin.

Je fais partir tout présentement le comte de Moret pour aller informer la Reyne de toutes choses en détail et pour luy proposer de venir à Sedan. Sur ce qu'il ne faut pas douter qu'EHe ne s'ennuye extrêmement à la Fere, estant esloignée du Roy, lequel est asseurement tout prest d'y retourner si Sa Mlé le désire ainsy. En cas qu'EHe prenne la resolution sde faire ce voyage, comme je n'en doute pas, je croy que le inareschal Du Plessis, par son ordre, s'adressera à vous pour adjuster le moyen d'asseurer son passage. Ce qui ne sera pas fort difficile, y ayant deux grands corps de cavalerie à Rethel et vous estant aisé de [leur] donner les ordres nécessaires pour venir jusque-là, outre que Sa Mu; pourra amener les trois compagnies des gardes qui sont à la Fere, qu'EHe pourra faire partir un jour avant Elle.

La seule considération que l'on doit faire sur ce voyage, c'est d'examiner si nous ne recevrons point quelque préjudice de ce que les ennemis verront qu'on abandonne tout-à-fait le pays de delà, puisqu'ils [jugeront]1 bien que le Roy n'y doit pas retourner, voyant que la Reyne vient de ce costé-cy.

.îadjousteray sur le voyage de la Reyne que, quand Elle prendra resolution de le faire et qu'il y auroit quelque chose à entreprendre du costé de delà, cela ne vous doit pas faire de peine, car, en ce cas, Elle s'en retournera, lorsqu'il sera temps, aussy volontiers comme Elle viendra.

En ce moment arrive M. de Faberl, qui vient de l'attaque des gardes, et il nous a dict que, dans les ruines de la mine, on a faict un bon logement de quinze soldats; que le mineur travailloit au fourneau; qu'il2 a conclu, comme je vous ay desjà marqué cy-dessus, que, cette pièce estant perdue, la place ne peut plus tenir.

1 Mot douteux. — ' Faberl.

Juillet i(i.">7.

Page 1