‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 8 sur 123 · XXXII · texte numérisé non relu

XXXII

Bibî. uni., nis. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 162; miinilc. — AfT. e'tr. , France,

t. 272, f° 167; copie du temps.

AU MARÉCHAL DE GRAMONT

Stenay, 20 juillet 1657.

Vostre lettre du 1 5 l de ce mois m'apprend que vous estes parti de Paris; de quoy je suis bien ayse. Il n'est pas nécessaire que vous preniez la peine d'aller voir M. l'électeur de Cologne; il ne le désire pas luy-mesme; il me l'a escrit luy-mesme2. Ceste visite feroit trop d'esclat. Quant à M. l'électeur de Trêves, vous n'avez qu'à suivre vostre chemin parce que, quand mestne il seroit besoin que vous le vissiez, vous v pourrez aller par le Rhin.

Pour M. l'électeur palatin, je ne doute pas que M. Servien ne vous ayt communiqué ce que je luy en escrivis l'autre jour3. Nous n'avons pas d'argent; mais quand je devrois vendre ma vaisselle et engager tout ce que j'ay, vous n'en manquerez pas pour cette affaire, pourveu qu'on soit asseuré qu'il sera bien employé; car pour le plus ou le moins, il ne faut pas perdre l'occasion d'acquérir ledict sr Electeur.

Voilà ce que je vous puis dire en peu de mots, en attendant l'Instruction, laquelle je vous envoyeray par courrier exprez avant que vous soyez à Francfort 4.

Je vous prie de donner part du contenu de cette lettre à M. de Lionne et de croire que je suis tousjours, etc.

Addition de la main de S. Em. à la lettre à M. le Mal de Gramont 5.

Je vous réplique que l'argent pour ayder au bon succez de vostre

1 On pourrait tire 18. 4 Ou trouvera une dépêche relative à cette

1 La ro'pe'tition de luy-mesme est bien Instruction à la date du 29 juillet 1657. dans le manuscrit. * Cette addition se trouve au f" i6h du

J Voy.,ci-dessus,laleUreàServien,p.25. mis. 5i A des Mélanges de Colbert.

Juillet i(35 7. négociation sera fourny, quand je dcvrois pour cela estre en chemise; mais il faut estre asseuré que ce qu'on y employera produise l'efïect que nous souhaitons; car il ne seroit pas trop plaisant de donner de grandes sommes pour rien, et c'est alors qu'on rnettroit en burlesque le Cardinal et les ambassadeurs1. Pour l'électeur palatin, M. Servien vous fera sçavoir ce que je lui ay escrit; car je croy que vous estiez desja parti, quand il aura receu ma depesche sur ce sujet.

On nous faict grand bruict icy du passage de Marsin avec quelques regimens de cavalerie et d'infanterie; mais quoyqu'il soit bon officier, fort pratic (sic) 2 du pays et bien plus zélé pour son party qu'il n'estoit pour le Roy, je croy qu'il aura peine à réussir au secours de Montmedy, quelque assistance qu'il puisse recevoir du prince de Simay, lequel ne nous a fait jusqu'à présent sentir de sa colère que de retenir prisonniers et traiter rigoureusement un gentilhomme de mes domestiques.

Tout présentement revient Choupes3 du camp, où je l'avois envoyé. 11 me rapporte que nous avons deux grands logemens dans le fossé, à droict et à gauche; que nous avons porté sur le haut celuy que nous avions dans les ruines de la pointe du bastion séparé, et que la mine [qui] doit faire sauter le retranchement que les ennemis tiennent sur ledict bastion, pourra jouer dans tout demain. Apres quoy, on attachera deux mines au corps de la place et on la fera sommer.

Vous pouvez estre asseuré que vous n'avez serviteur plus passionné et véritable que le cardinal Mazarin; lequel vous souhaite et à vostre collègue un heureux voyage.

1 Ce fut pourtant ce qui arriva à l'égard pays. Le comte de Marsin ou Marchin était , de l'électeur de Trêves, qui se vendit mais comme on Ta dit, originaire du pays de ne se livra pas. Il est vrai qu'on parvint, Liège.

quoique non sans peine, à obliger cet Elec- 3 Voy., sur le marquis de Choupes, la

teur à restituer. (Voy. p. 522, t. VII.) table alphabétique du tome I" des Lettres

2 Qu'il ait une grande connaissance du de Mazarin.

Juillet 1657.

Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° i63; minute. — AIT. étr. , France,

t. 272, f° 166; copie du temps.

À LA REINE

Stonay, 20 juillet 1657.

Aprez le départ du comte de Moret, on s'est logé à droict et à gauche dans le fossé, et l'on a poussé la mine bien avant dans le bastion destaché; car, au lieu du fourneau dont je vous avois escrit, on a résolu d'avancer la mine jusque dans le retranchement des ennemis. Demain, elle jouera, et on sommera la place. Car on prétend attacher a l'instant deux mineurs au corps de la place.

Marsin vient avec un corps, lequel a passé la Meuse; mais j'espère qu'il aura la peine de ce voyage inutilement. Nous avons pourtant esté obligez de faire advancer la cavalerie qui estoit à Rethel. C'est pour- (juoy j'ay escrit à M. de Turenne de pourvoir d'ailleurs à la seureté de la personne que vous sçavez l, en cas qu'elle prenne la resolution d'aller au lieu qne je vous ay dict pour y voir le Confident, lequel m'a escrit de faire ses complimens à ce qu'il ayme le plus et à Monsieur, de qui je suis tres-obeissant serviteur.

Au*, élr., France, t. 27 4, f U 10. — Minute.

A LA REINE

Stenay, 21 juillet 1 <if>7 .

(evtiuit.)

J'ay receu deux de vos lettres, dont la dernière est celle qui m'a ' On a vu plus haut qu'il s'agissait du voyage de la Reine à Sedan.

'"Moi 1657. este rendue par M. de Yitry. J'ay donné part au Confident du contenu. Je nie suis servy tres-à-propos de tout ce qu'il vous a plu de me mander. Il vous remercie de tout ce que vous dictes si obligeamment à son esgard, et je fais la mesme chose avec la dernière soumission; mais le Confident espère, et moy aussy, de vous pouvoir faire bientost des complimens que vous recevrez mieux que ceux- qu'on vous faict, puisqu'on [les faict]1 par lettre, et M. de Turenne a donné bon ordre pour la seureté du chemin, quand il aura sceu que toute la cavalerie, qui estoit advancée à Rethel, est arrivée icy.

Le Confident voudrait bien que les mousquetaires et mes gardes eussent l'honneur de vous accompagner avec les compagnies que vous avez à la Fère et mesme les autres qui estoient à Montreuil, si elles sont arrivées à la Fère assez à temps pour cela.

On faict courre le bruict que le roy d'Angleterre, le prince de Condé et Marsin sont dans le Luxembourg et qu'ils ont faict couler assez de troupes pour tenter le secours de Montmedy. Pour Marsin, il est certain qu'il y est arrivé; mais, pour les autres, on ne le sçayt pas bien; et pour les troupes, il y a quelque nombre qui a passé la Meuze, mais non pas considérable et bien inférieur à ce qui nous a desja joint de l'armée de M. de Turenne. Nous verrons 2, et je vous asseure que nostre armée sera icy devant celle des ennemis, s'ils ont résolu de passer la Meuze avec toutes leurs forces; ce que j'ay peine à croire3.

La mine ne jouera que demain, et on prétend se rendre maistre de tout le bastion destaché, et à l'instant attacher deux mineurs au corps de la place. Enfin, à moins que Dieu nous voulust chastier, c'est une affaire faicte, et je demeure le plus fidèle de tous vos serviteurs.

1 Mots douteux. de suite; après être demeurés un jour h Ri-

' Les mots nous venons sont douteux. bemont, ils se retirèrent et abandonnèrent

En effet, l'attaque des ennemis n'eut pas Montmedy à son sort.

DU CARDINAL MAZAR1N.

Aff. étr., France, t. 27^ , f" hi 1. — Minute.

-a Juillet 1 b')~.

À L'ABBÉ FOUQUET

(extrut.)

Slenay, ai juillet 1G57.

Je n'ay pas besoin l d estre excité à embrasser les interests de mes amis par la considération des miens2 propres, ayant faict assez cognoistre que je ne manque pas de fermeté ny de tendresse pour les souslenir; et comme vous deviez douter moins que nul autre de cette vérité, vous m'eussiez faict grand plaisir d'avoir recours à moy seul sur le sujet de Mademoiselle3, et ne le faire pas aprez y avoir inutilement employé MM. de Bournonville et d'Amiens4, et tant d'autres; car vous auriez veu, comme j'espère que vous recognoistrez à présent, que je n'abandonne pas mes amis, et que vous auriez grand tort, si vous doutez n'estre pas de ce nombre, aprez vous en avoir donné tant de marques et vous l'avoir dict tant de fois, au mesme temps que je vous tesmoignois de n'estre pas satisfaict de vostre conduite en plusieurs choses, dont la meilleure peut-estre regardoit vostre repos et vostre advantage. Je vous réplique, en ce rencontre, tout ce (pie je vous ay dict, vousasseurant que le plus véritable de vos amis ne vous sçauroit donner un meilleur conseil ny plus salutaire que de faire une

1 Ces mois sont do la main de Mazarin.

1 De mes intérêts.

; Il s'agissait de propos insolents tenus

pu l'abbé sur le compte de Mademoiselle ,

au moment où elle était autorisée à reparaître à la Cour. Ces propos, répétés à la principale intéressée, l'avaient fortemenl indisposée contre leur auteur. (Vov. les Mémaint de M"' de Montpmsier, éd. Michaud, p. <xh-j et suiv.)

4 On peut lire : Damions, Danciens.

Dancieux, Douricux, Doucioux, etc. Je crois que Mazarin vent parler de l'évéque d'Amiens, François Faure, d'abord moine franciscain, confesseur de la reine Anne d'Autriche, ensuite êvêque «le Glandèves et enfin d' kmiens. (Voy. ci-dessus, t. VI. p, 97, des Lettrée de Matarin.) Cette lecture est d'autant plus certaine qu'effectivement ce prélat s'était entremis, au dire de Made-

LKTTRES

Juiliei 1057. vie conforme à vostre profession1, faisant cesser tous les bruicts2 et vous retirant de certaines conversations3 qui sont capables de vous perdre, quelque protection que je vous veuille tousjours donner, outre que la personne, dont j'entends parler4, ayt toute autre affection que celle pour l'Estat et pour moy.

J'ay esté fasché de n'avoir veu rien autre chose depuis quinze jours dans toutes les lettres de Paris, et de [l'affaire]5 de vos différends avec Mademoiselle, la continuation de celles0 avec Mmc de Ghastillon7 et vostre resolution de mettre tout en œuvre pour la deffense de la comtesse de Fiesque; car, une fois pour toutes, ces entretiens ne valent rien pour vous, et s'il y a des gens qui vous flattent au contraire, ce sont les plus grands ennemis que vous ayez. Personne ne vous parlera avec la liberté que je fais, et vous devez par là estre persuadé que je vous ayme plus que tout autre; car si cela n'estoit pas, je lairrois aller les choses comme elles pourroient.

Pour revenir à l'affaire dont il est question, je vous déclare que la protection du Roy vous est asseurée et que je vous y serviray de la bonne manière, ne sçachant pour moy rien faire à demy; mais je vous déclare aussy que la seule amitié que j'ay pour vous et pour vostre famille m'oblige à cela, dans l'occasion présente, ne demeurant pas

moisellc, dans cette affaire : «L'évêifue d'Amiens, raconte-t-elle , qui est de mes amis, me vint voir, et le duc de Bournonville

avec lui ; ils me dirent que l'abbé

Fouquet les avait chargés de me témoigner le déplaisir qu'il avait de n'avoir osé me rendre ses respects , dans la crainte que je ne les eusse pas agréables r>

1 On a vu que Basile Fouquet était abbé commendataire de Barbeaux.

2 On sait que l'abbé Fouquet mena durant nombre d'années une vie des plus licencieuses. ( Voy. , sur lui, l'addition du tome V, p. 787, des Lettres de Mazarin.) Il eut pour maîtresses plusieurs grandes dames de la

Cour qu'il récompensait avec des faveurs ou même avec de l'argent. D'ailleurs, malgré son nom d'abbé , ce frère aîné du surintendant ne reçut jamais les ordres majeurs.

3 Le mot conversation a ici le sens de société , fréquentation.

4 Probablement, la comtesse de Fiesque, d'après ce qui suit. (Voy. sur la comtesse de Fiesque, l. V, p. /i2 5, des Lettres de Mazarin. )

5 Mot douteux. On peut lire : la force.

6 Ce mot fait supposer que, plus haut, il faut lire : affaire.

7 Voy. t. VII , p. 5 1 3 , note 2 , des Lettres de Mazarin.

d'accord cjue la mauvaise volonté que l'on a contre vous procède de Juillet 1GS7. ce que vous avez tousjours servy le Roy sans avoir considération pour personne; et quand vous voudrez sçavoir en détail pour quelle raison Mademoiselle, Mme de Chastiîlon, le mareschal d'Hocquincourt, le marquis de Cœuvre l et d'autres ne sont pas satisfaicts de vous, je vous l'apprendray, et vous advouerez que le service du Roy n'y a aucune part, ny le peu de secret que j'ay gardé des choses que vous avez pu me dire; car personne n'en a jamais eu cognoissance, et si Mme de Bethune2 ou [ML] de Cœuvres disent que je leur ay dict un seul mot de ce dont vous m'escrivez, je veux perdre tout ce que j'ay au monde, car il est impossible que des personnes qui ont de la naissance ayent renoncé à l'honneur et à la bonne foy, en sorte qu'elles advancenl des choses qui n'ont jamais esté, et qui 3 se perdroient si elles le vouloient souslenir, de façon que vous pouvez hautement déclarer que vous ne m'avez rien dict; et, en elïect, je ne me souviens pas que vous m'ayez parlé du marquis de Cœuvres, et, pour le testament, vous sçavez que j'ay des originaux en main, qui font assez cognoistre les intentions de Mademoiselle à l'esgard de M. le Prince, dans le temps qu'elle navoit pas les sentiments pour le Roy et pour l'Estat qu'elle a présentement'.

J'ay dict au sr du Fresne beaucoup de choses, dont il vous entretiendra, et estant arrivé hyer à midy, je le depesche aujourd'huy à la mesme heure, et je luy fais donner escorte pour aller en seurelé à sept ou huit lieues d'icy.

1 François-Annibal H, marquis de Cœuvres, fils du maréchal d'Estrées, devint duc d'Estrées après la mort de son père et mourut en 1687 (3o janvier).

* Anne-Marie de Beauvilliers, mariée ù Hippolyte deBéthune, comte de Selles. Elle mourut le la novembre 1G88, a 77 ans.

Ole était dame (Tatou d'Anne d'Autriche.

3 II y a bien qui dans la minute; il faudrait : ri elles (ces personnes se perdroient).

MAZttll*. — TIII.

1 II s'agit d'un testament que Mademoiselle aurait fait en faveur du prince de Condé, et par lequel elle lui laissait In totalité de sa fortune. Cette pièce était entre les mains du Cardinal; mais rien ne prouve, et Mazarin lui-même 0 l'air d'en douter dans une conversation qu'il a avec M. de Bélhune , que ce testament fût authentique. Mademoiselle accuse à peu près la comtesse de Fiesque de l'avoir fabriqué.

IKIIH «AIH.KJII,

Juillet 1G07. Après de nouvelles plaintes, suivies de protestations d'amitié, Mazarin ajoute qu'il écrit à Paris au sujet de l'affaire de l'abbé Fouquet avec Mademoiselle1, et qu'il espère que l'abbé obtiendra satisfaction.

Aff. étr. , France, t. 276, f° hid. — Minute.

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