‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 74 sur 123 · INTENDANT DE L'ARMEE · texte numérisé non relu

INTENDANT DE L'ARMEE

Calais, 16 juin 1 658.

Je vous diray qu'il vient d'arriver un gentilhomme de feu M. d'Hocquincourt, qui partit hyer aprez-midy de Furnes, et il m'asseure qu'il n'y avoit pas deux mille hommes d'infanterie sauvez et toute desarmée; que tous les chefs tomboient d'accord d'en avoir perdu quatre mille, qu'ils croyent estre demeurez sur la place, ou prisonniers; et outre cela, ils tesmoignent d'avoir perdu aussy beaucoup de cavaliers ; mais on croit que la perte de cela (des cavaliers) est plustost pour s'estre retirez, qui çà, qui là, que pour avoir esté tuez ou pris prisonniers.

Il a adjousté que les généraux estoient à Furnes; que l'abattement et la confusion y estoit grande; qu'on ne songeoit non plus à Dunkerque, comme s'il n'estoit pas attaqué, mais seulement à examiner les

1 Ces détails sur une question financière , ponse est adressée au Procureur général, comme ce qui suit sur l'abbé Fouquet, con- Nicolas Fouquet. tribuent encore à faire croire que cette ré- 2 Sans aucun détail précis ni distinct.

moyens pour sauver les places qui estoyent plus menacées. Il asseure Juin i658. mesme qu'il avoit ouy dire, dans la cour de don Juan, que personne ne seroit d'advis qu'on s'opiniastrast à la deffense de Bergues et de Furnes.

J'ay sceu que M. d'Hocquincourt n'a vescu qu'une heure et demie [aprez sa blessure]; que le coup de mousquet qu'il receut venoit des dunes hautes, et ce gentilhomme vient icy pour demander le pardon pour tous ceux qui avoient suivy ledict sr d'Hocquincourt, tant domestiques qu'officiers, pour pouvoir revenir icy avec les compagnies. Il m'a aussy faict cognoistre que, si le Roy accorde cette grâce, il y aura bonne quantité de cavaliers de l'armée de M. le Prince qui s'en viendront, comme fera aussy1 , pourveu qu'on l'asseure qu'on ne

luy fera aucun mal.

Vous direz tout cecy à M. de Turenne, duquel j'attends response avec impatience sur ce que je luy escrivis hyer par le s1' Pertuis 2 et particulièrement sur la cavalerie, qui est aux portes de cette ville.

Mazarin termine en parlant, comme il l'a fait plus haut, de la nécessité de conserver avec soin les prisonniers et sur les indemnités à accorder aux officiers et aux soldats qui les remettront3.

GCXX1.

Aff. étr. , France, t. 277, f° 137. — Copie du temps.

À M. DE BORDEAUX

Calais, 16 juin 1 058.

J'ay esté bien ayse de voir, par vostre lettre du i3 de ce mois, le

1 11 y a après aussy un mot que je au roi, à Calais, la nouvelle de la victoire

n'ai pu lire. C'est probablement un nom des Dunes, propre. 3 Quantités de prisonniers espagnols s'é-

' L i Chronologie militaire parle d'un Guy, tant sauvés dans Furnes après avoir traité

comte de Pertuis , nommé maréchal de camp de leur rançon, a la hâte, avec les cavaliers

<>n 1677 et mort en 169,4. M. de Pertuis ou les officiers français qui les laissaient

avait été envoyé par Turenne pour porter aller.

Juin 1(158. bon effect que la lettre de M. de Turenne, et ce que je vous avois escrit pour avoir quelque renfort d'infanterie, a voit faict dans l'esprit de M. le Protecteur; et il sera bon que vous preniez vostre temps pour en remercier Son Alt., et mesme pour en faire compliment à M. le secrétaire d'Estat1, lequel je voy qu'il agist avec beaucoup d'affection pour les choses qui sont nécessaires au bien de la cause commune.

J'ay nouvelle que les Anglois, qu'on vous a promis, ont desjà commencé à armer; mais nous avons encore receu une meilleure assistance par la grâce que Dieu nous a faicte de mettre les ennemis hors d'estat de secourir Dunkerque.

Vous prendrez occasion de vous en resjouir de la part du Roy avec S. A. , en attendant que la personne qui doit partir pour respondre aux complimens que M. de Fokambrige (sic)2 a faicts icy, de la part de Sadicte Alt., s'acquitte de cette conjouissance.

Je vous prie de faire aussy, en mon nom, un compliment à S. Alt. et de luy dire que j'ay une joye extrême de voir que, nonobstant les efforts [des] ennemis 3, les cabales et les intrigues qu'on faisoit de tous costez pour empescher le bon succez de cette entreprise, et, malgré le chagrin que beaucoup de gens, et en France et en Angleterre, ont de voir une si parfaicte union des deux nations, il a plu à Dieu, non seulement de nous asseurer la prise de Dunkerque, mais aussy de mettre les ennemis en estât (sic) de ne pouvoir de longtemps avoir la moindre pensée de la recouvrer, puisque la perte qu'ils ont faicte de presque toute leur vieille infanterie est irréparable, quelque despense et quelques diligences qu'ils veuillent faire pour la remettre.

Ainsy S. Alt. aura Dunkerque sans nulle appréhension que les ennemis puissent former le moindre dessein sur ladicte place, et l'on est icy bien ayse que tout cela serve à establir de plus en plus nostre union, laquelle est capable d'apporter tousjours de plus grands advantages aux deux royaumes et de contraindre les ennemis à donner les

' John Thurloë. (Voy. ci-dessus, p. 218.) mis. L'erreur est évidente. Mazarin énumère 2 Voy. ci-dessus, p. 391. les obstacles qui venaient les uns des enne-

La copie porte : les efforts et les enne- mis, les autres des cabales intérieures.

mains à une bonne paix, comme [au]1 moyen le plus propre pour ai- Juin i658. rester le cours de leurs pertes.

Je ne vous mande pas le détail de ce qui s'est passé dans cette ville pour en informer S. Alt., parce que M. Lockart et le vice-admiral n'auront pas manqué de luy en marquer les particularitez.

Quelqu'un avoit proposé que le Roy pourroit envoyer mon neveu2 en Angleterre pour complimenter, de sa part, M. le Protecteur; mais, outre qu'il n'a encore aucune dignité et qu'il est si jeune que malaisément il se pourroit bien acquitter de cette commission, j'ay creu que je ne devois pas soubaiter que le Roy luy fist cet honneur; mais il aura bien celuy d'asseurer S. Alt., de ma part, de mes tres-humbles services, parce que je fais estât de l'envoyer avec la personne que le Roy choisira pour cet employ3.

Le Roy a mandé à M. de Turenne de faire sommer ceux de Dunkerque et de déclarer au marquis de Leyde qu'estant hors d'espérance d'aucun succez4, s'il ne rendoit la place promptement, on ne luy donneroit plus de composition, et, en effet, on en usera ainsy en cas qu'il s'opiniastre à tenir jusqu'à l'extrémité (ce qu'il n'y a pas lieu de croire).

Je suis fort embarrassé à vous respondre sur l'office que vous désireriez que l'on fist auprez de M. le Protecteur, ou de la part du Roy, ou de la mienne, en faveur du chevalier Selinsky (sk)\ car, d'un costé, je suis (sic)5 ravy de donner des marques de mon amitié et de mon service à M. le vicomte de Falkumbrige6; mais je ne voy pas qu'il y

' La copie porte : comme un moyen. 3 On a dit plus haut que cet envoyé" fut le

1 Philippe- Julien Mancini-Mazarini, né duc de Créqui.

à Rome en 1689, mort à Paris en 1707. Il ' Ily a bien succez dans la copie. Je crois

devint plus tard duc de Nevers et Donzi et qu'il faudrait lire secours ; mais comme le

fut successivement gouverneur de la Ro- mot succez donne un sens raisonnable, je

chelle et du Nivernais, et capitaine des n'ai pas cru pouvoir le changer,

mousquetaires. C'était un des assidus de ' 11 est probable qu'il faudrait lire : je

l'hôtel de Rambouillet ; mais son goût était serois.

peu sûr, car il se prononça pour la Phèdre ''' Plus haut Fokmnbrijje. (Voy. ci-dessus,

de Pradon contre celle de Racine. p. 891.)

Juin i658. ayt aucune apparence1 que, de ce costé-cy, l'on se mesie d'affaires si délicates et qui touchent de si prez la personne et le gouvernement de M. le Protecteur, qui se pourroit plaindre avec justice qu'on voulust s'intéresser en des choses de cette nature; ce que je croy d'autant plus que ledict sieur vicomte, estant icy, ne m'en a pas dict un mot, de manière que, tout bien considéré, personne n'a pu estre d'advis que l'on fist à S. Alt. l'instance que les particuliers souhaiteroient ; mais si véritablement S. Alt. penchoit à accorder la grâce et fust bien ayse d'avoir un prétexte comme celuy de l'intercession du Roy, ou de ma prière, pour l'accorder, en ce cas, on le feroit de concert avec S. Alt., laquelle ce pendant pourroit surseoir l'exécution de la sentence. Et par ce moyen , M. le Protecteur ne pourroit pas se plaindre de nostre procéder, et nous n'aurions pas sujet d'appréhender aussy qu'en des rencontres de cette nature, il voulust s'employer auprez du Roy pour obtenir de Sa Mt<; qu'Elle fist grâce à de ses sujets qui auroient commis de semblables crimes.

C'est tout ce que j'ay à vous dire en response, vous remerciant des nouvelles que vous me donnez, et vous asseurant que je suis, etc.

)remier gentilhomme de la

P.-S. — Ce sera M. le duc de Crequy Chambre, que le Roy envoyera complimenter S. Alt. M. le Protecteur2

1 Dans le sens de : apparence de raison.

2 Chartes, duc de Créqui , né" en 1623, est surtout connu par son ambassade à Rome en 1662. Il était te frère aîné du chevalier de Créqui, marquis de Marines,

plus tard maréchal de France , qui joua un rôle important dans l'histoire militaire de Louis XIV, et dont il a été souvent fait mention déjà dans la correspondance de Mazarin.

DU CARDINAL MAZAHIN. 433

^ ' ' Juin 1 658.

CGXXIi.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, l. 5a , f° 325 vn. — Minute.

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