CCXXXVIII
Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52 , f° 387 v°. — Minute.
AU PRÉSIDENT DE BORDEAUX
Calais, [36 3] juin 1 658.
J'ay esté bien ayse de voir, par vostre lettre du i3 de ce mois, le bon eflect que la lettre de M. de Turenne et ce que je vous avois escrit pour avoir quelque renfort d'infanterie avoit faict dans l'esprit de M. le Protecteur, et il sera bon que vous preniez vostre temps pour en remercier S. Alt. et mesme pour en faire compliment à M. le Secrétaire
' Ce nom est écrit toujours Roumtnrz. excitables parmi des populations surrhnr-
(Voy. ci-dessus, p. 662.) gées d'impôts.
1 II s'agissait d'une révolte qui avait ' Celte lettre porte bien, dans le inaiiii-
éclaté en Poitou, en même temps qu'en scrit, la d;ilc du îGjuin; mais, comme il
Sologne. La misère de ces dernières années y est question de la prise de Dankerqoe, il
de In guerre rendait les s<;<lilions facilement faut lire probablement le 26 juin.
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luj'niui 111 K.,i io\
Juin i658. d'Estat, lequel je voy qu'il agit avec beaucoup d'affection pour les choses qui sont nécessaires au bien de la cause commune. J'ay nouvelle que les Anglois, qu'on vous a promis, ont desja commencé à [arriver]1; mais nous avons encore receu une meilleure assistance par la grâce que Dieu nous a faicle de mettre les ennemis hors d'estat de secourir Dunkerque. Vous prendrez occasion de vous en resjouyr, de la part du Roy, avec S. Alt. Ser. , en attendant que la personne qui doit partir pour respondre aux complimens que M. de Falkombrige a faicts icy, de la part de Sadictc Alt., s'acquitte de cette conjouissance.
Je vous prie de faire aussy, en mon nom, un compliment à S. Alt., et de luy dire que j'ay une joye extrême de voir que, nonobstant les efforts des ennemis, les cabales et les intrigues qu'on faisoit de tous costez pour empescher le bon succez de cette entreprise, et malgré le chagrin que beaucoup de gens, et en France et ailleurs, ont de voir une si parfaicte union des deux nations, il a plu à Dieu non-seulement de nous asseurer la prise de Dunkerque2, mais aussy de mettre les ennemis en estât de ne pouvoir de longtemps avoir la moindre pensée de la recouvrer, puisque la perte qu'ils ont faicte de presque toute leur vieille infanterie est irréparable, quelque dépense et quelque diligence qu'ils veulent faire pour la remettre.
Ainsy Son Alt. aura Dunkerque, sans nulle appréhension que les ennemis puissent former le moindre dessein sur ladicte place; et l'on est icy tres-ayse que cela force à establir de plus en plus nostre union, laquelle est capable d'apporter tousjours de plus grands avantages aux deux royaumes et de contraindre les ennemis à donner les mains à une bonne paix, comme au moyen le plus propre pour arrester le cours de leurs pertes.
Je ne vous mande pas le détail de ce qui s'est passé dans cette victoire pour en informer Son Alt. , parce que M. Lockart et le Vice- Admiral n'auront pas manqué de luy en mander les particularilez.
1 On pourrait lire armer; mais arriver te'rieure à la prise de Dunkerque, qui eut donne uu sens préférable, lieu le a3 juin, et qu'elle doit être da'ée,
2 Ce passage prouve que la lettre est pos- non du 16, mais du 2 G juin.
Juin i(558.
CGXXXIX.
Bibl. nat., ms. f. fi\, Mélanges de Colbert, t. 5a, f° 335 v°. — Minute ou copie du temps.]
À LA REINE
Mardik, 27 juin i658.
Je viens de recevoir vostre lettre d'hyer avec les sentimens de recognoissance que je dois, vous estant plus obligé que tous les hommes du monde. Le Confident vous remercie de toutes les marques que vous luy donnez de vostre amitié. Il est party pour aller avec M. de Turenne jusques auprez de Bergues, où marche la plus grande partie de l'armée, et ce soir reviendra icy. On a résolu de faire ce siège, sans sçavoir le temps qu'il durera1; car la place est assez bien fortifiée, et elle ne peut estre attaquée que par une porte2, tout le reste estant inondé. Il y a sept à huit cens hommes de pied et cent chevaux; mais, à mon advis, il faut qu'elle tombe dans huit jours au plus tard, s'il n'arrive quelque accident imprévu.
Le Confident ne songe pas à retourner encore, et sa joye de demeurer un peu icy seroit parfaite, si je luy pouvois dire que vous en estes bien ayse. Il m'a commandé, en partant, de vous faire mille complimens de sa part, et je vous responds qu'ils viennent du cœur.
La vie que je mené icy, c'est d' estre tousjours enfermé à travailler, et je prie Dieu que la peine que je prends produise à l'Estat les advantages que je désire, plus pour mériter la continuation de vostre bienveillance que pour autre chose *#*.
' Le siège de Bergues- Sain t-Vinox ne Le surlendemain, la garnison, demandante
dura que trois jours, du 28 juin au i"juil- capituler, ne fut reçue que prisonnière de
let. La première nuit de la tranchée, on guerre. Il y avait dans la place cinq \ieux
emporta une redoute près de la contres- régiments d'infanterie el 1111 régiment de
carpe. Le lendemain, Schomberg commanda cavalerie, qui faisaient entre huit et neuf
la garde, on emporta tous les travaux du cents hommes. dehors e1 on se logea sur le bord du fossé. 2 Ou une partie.
/i68 LETTRES
Juin 1 058.
GCXL.
Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de ColbcH, t. 52, f° AS8. — Minute ou copie du temps.
À LA REINE
Mardik, 28 juin i638.
(extrait.)
Je ne vous sçaurois assez expliquer à quel point le Confident a esté satisfaict de vostre lettre, que je viens de recevoir; car rien ne man^ quoit à rendre son plaisir parfaict que d'estre asseuré que vous estes bien ayse qu'il demeure icy, souhaitant l plus sa satisfaction que la vostre.
Nous avons eu une petite contestation hyer au soir sur ce que je n'ay pas esté d'advis qu'il pust s'advancer au camp, comme il en avoit grande envie, et quoyqu'il soit le maistre, il a eu la bonté de déférer à mon conseil, ayant bien recognu que je n'avois autre interest que le sien; et à la vérité, il n'estoit pas de la bienséance ny de la raison qu'un grand Roy, par une pure curiosité, voulust coucher à l'armée engagée à un siège sans circonvallation et avec toutes les incommoditez imaginables pour sa personne et pour sa suite.
Les batteries seront prestes à ce soir, et nous pourrons aller au camp demain, de bonne heure, pour y demeurer tout le jour. Je croy que cette place ne durera pas tant que je vous avois escrit et que Furnes prendra bientost aprez son exemple.
J'ay rendu la lettre en main propre, et je suis tres-obligé à Monsieur de l'honneur qu'il me faict. Je croy qu'il est tout préparé aux remèdes quand il mange ce que nous sçavons 2. Je suis son tres-humble serviteur et le vostre sans reserve jusqu'au dernier moment de ma vie.
1 Le sens est : parce que vous souhaitez que le jeune Roi mangeoit beaucoup et pas plus sa satisfaction que la vôtre. toujours de bonnes choses. 11 parait que
2 Mazariu e'crit, dans une autre lettre, Monsieur en faisait autant.
Juin 1 658.
GCXLI.
Bibl. nat. , ras. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a, f° Ai 2 v\ —
Minute ou copie du temps.
Mardik, 29 juin i658.
À LA REINE
La lettre qu'il vous a plu de m'escrire du 28 a confirmé la joye du Confident au point que vous pouvez vous imaginer, ayant grande passion de demeurer icy et de ne faire rien qui [ne] vous soit agréable. II m'a commandé de vous remercier, de sa part, et de vous asseurer qu'il ne fera rien de contraire à ce qu'il vous a promis en partant de Calais; de quoy vous ne douterez pas que je ne prenne le soin de l'en faire ressouvenir, quand l'occasion s'en présentera !
Il a esté bien ayse de sçavoir que Monsieur se porte bien, et il m'a ordonné de l'asseurer de son amitié par vostre moyen.
Le Roy s'en va au camp pour retourner, ce soir, icy, comme je vous ay desja escrit; mais je suis si accablé d'affaires par quantité de depesches que j'ay receues depuis hyer, qu'il me sera impossible d'avoir l'honneur de l'accompagner, comme feront MM. de Villeroy et d'Albret1, M. du Plessis estant malade2.
Les assiégez se défendent avec plus de vigueur que je ne croyois; mais, avec cela, je n'estime pas que le siège dure longtemps.
M. le comte de Charost3 est trop zélé pour le service du Roy pour
1 Probablement César-Phébus d'Albret, appelé d'abord comte de Miossens, puis maréchal d'Albret. (Voy. t. V, p. 199, note 5, des Lettres de Mazarin. )
J César de Cboiseul, comte du Plessis- Praslin, maréchal de France, plus tard créé duc de Cboiseul, était gouverneur de Monsieur et, comme tel, ne prenait aucune part aux opérations militaires. Depuis la campagne de i658, le maréchal du Plessis
avait, par ordre de Mazr.rin, laissé le duc d'vVnjou auprès de la Reine, et était chargé d'accompagner le Roi, rr pour empêcher qu'il ne s'exposât trop, disent les Mémoires de du Plessis, et lui faire voir néanmoins les choses qui se passaient-^.
3 Louis de Jiélhune, comte, puis duc de Charost, était gouverneur de Calais el capitaine des gardes du corps. Né <<n i(jo5. il mourut en 1681.
Juin if>58. ne contribuer tousjours tout ce qui pourra dépendre de luy pour l'advancer, et aussy je ne suis pas surpris de l'offre qu'il faict de donner tout ce qui est en son pouvoir pour la poudre qui est arrivée icy, ce matin, et de celle qu'on a faict acheter pour la campagne.
Je finiray en vous confirmant ce que vous sçavez, c'est-à-dire qu'on ne peut estre plus dépendant des volontez d'un autre que je suis des vostres ###.
CGXLII.
Bibl. nal., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 52, f° 384 v°. —
Copie du temps.
AU MARÉCHAL DE LA FERTÉ
Mardik, 99 juin i658.
(extrait.)
Mazariu, après s'être réjoui avec lui des succès obtenus à Dunkcrque, ajoute :
Ce sera à présent à vous à agir pour relever de plus en plus la gloire des armes du Roy, profitant de la foiblesse et de l'estonnement des ennemis et de la consternation où est tout le pays1. J'espère que, dans la prochaine sepmaine au plus tard, l'on pourra vous donner les assistances nécessaires pour venir à bout de ce que vous entreprendrez. Ce pendant beaucoup de troupes vous joindront, et l'on faict des préparatifs de canon et de munitions de guerre, afin que vous ne manquiez de rien2.
Je vous prie de tesmoigner de l'amitié à M. de Mondejeux3, à qui j'ay escrit de vous communiquer toutes ses pensées et de vous offrir tous les services qui pourront dépendre de luy. Si l'on voit jour à exécuter quelque entreprise , il songe fort, sur ce que je luy ay escrit, à celle de Gondé, et, à la vérité, ce seroit un coup mortel aux ennemis, et si on
1 Mazarin veut parler de la Flandre et 3 Gouverneur d'Arras , souvent cité dans en général des Pays-Bas espagnols. les Lettres de Mazarin. Au mois d'août sui-
2 11 sY.gissait de faire le siège de Grave- vant, il fut nommé maréchal de France et lines. prit le nom de maréchal de Schulemberg.
pouvoit trouver ce poste desgarny, il ne seroit pas mal aysé de s'en Juin i658. saisir. Mondict sr de Mondejeux se peut servir d'un pont de bateaux qui est à la Bassée, et Talon, du Quesnoy \ peut donner encore beaucoup d'assistance pour l'exécution de ce dessein.
Je vous prie donc d'y songer pendant que presque toutes les forces des ennemis sont de ce costé icy, et que je prépare tout ce qui peut estre nécessaire pour faire un siège réglé, comme vous dira le sr de Polastron ; et comme vous aurez du temps pour cela, je vous prie de me faire sçavoir en diligence sur quelle place il seroit plus à propos d'entreprendre.
J'ay nouvelles de Paris que la révolte de Poitou et de Sologne ailoit estre dissipée avec la punition des principaux séditieux2. Ainsy on vous envoyera les regimens que vous avez destachez et ceux de Glerembaut (cavalerie), de Montauzier et le royal infanterie, qu'on avoit retenus, et j'ay escrit afin que cela s'exécute sans perte de temps.
GGXLIII.
Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a, f° 45o v°. —
Minute ou copie du temps.