AU DUC DE MODÈNE
Calais, 8 juillet 1 658.
(extrait.)
J'ay de la peine à commencer cette lettre, puisque je dois dire à V. Alt. que le Roy est malade, depuis huit jours, d'une fièvre continue avec redoublement, et de temps en temps quelque transport à la teste; qu'il a esté saigné cinq fois, quatre du bras et une du pied; qu'il a pris plusieurs remèdes, et qu'enfin l'on a veu, deux jours durant, quelques signes de pourpre \ quoyqu'il y ayt une partie des médecins qui soustiennent que ce ne l'estoit pas.
Sa Mte a caché, deux jours durant, son mal; car comme Elle avoit voulu aller à l'armée, sans avoir esgard aux prières que la Reyne lu\ faisoil au contraire et aux fortes raisons avec lesquelles j'appuyois lesdictes prières, dont celle de sa santé estoit la principale, Sa M1 appréhendait que, si Elle declaroit de ne se porter pas bien, Elle ne pourroit pas se deffendre de revenir. Ainsy ayant eu deux jours continuels une douleur de teste, et quelque esmotion, à ce qu'Ellemesme a confessé, [Elle] n'en dict pas un seul mot, et mesme me semblant de voir que son visage n'estoit pas comme d'ordinaire, je fis grande force pour luy faire prendre la resolution de venir, au moins, faire visite d'un jour ou deux à la Reyne, après quo\ il pourroit retourner à l'armée; mais toutes mes remonstrances furent inutiles, et il ne m'abordoit jamais qu'il ne commençasl a nie prier de ne vouloir pas le presser de quitter l'année. Enfin ayant passé avec beaucoup d'inquiétude2 la nuict du dimanche au lundy, il m'envoya
On sait que l'on nommait alors fièvre pourpre ou pourprée une maladie éruplive qui , le plus souvent, n'était autre que la petite vérole. — 2 D'agitation.
Juillet 1 658. dire, à la pointe du jour, qu'il estoit tombé malade, mais que ce ne seroit rien et qu'en reposant ce jour, comme il avoit résolu de faire, il seroit, aprez, en esiat de monter à cheval et de travailler comme auparavant. Je m'en allay le voir à l'instant, et après le combat inutile d'une heure pour le disposer à revenir icy1, je m'avisay de luy dire que, ne le voulant pas2, la Reyne, apprenant son mal par la personne que je luy allois depescher, n'auroit pas tardé un moment à se mettre en chemin pour se rendre auprès de Sa M1', et que je luy laissois considérer si cela estoit bien; et c'est la raison qui l'obligea à donner les mains à son retour.
Je connois bien que le mal estant dans le bas ventre par un amas d'humeurs qui s'y est faict depuis longtemps. Sa Majesté mangeant beaucoup et pas toujours de bonnes choses, la purgation le guérira, puisqu'il se voit visiblement que les lavemens, qui sont un remède extérieur, luy font un grand bien et font cognoistre que la nature est supérieure et qui dispose les matières à se descharger; mais, avec tout cela et l'asseurance que les médecins donnent qu'ils sortiront le Roy de cette maladie, qu'ils disent pourtant appréhender qu'elle soit un peu longue, j'advoiie à V. Ail. que je suis en d'estranges inquiétudes, et rien n'est capable de m'en délivrer que de voir le Roy guer\.
J'ay quelque consolation à faire part [à V. A.] de ma douleur, luy contant3 en détail tout ce qui s'est passé en ce malheureux accident; et je luy puis jurer ', en homme d'honneur, que, quoyque le Roy soit mon maistre et mon bienfaiteur5, je ne considère rien de tout cela en ce rencontre et bien moins les grands interests que j'ay dans sa conservation, mais seulement qu'il est le plus aymable prince qu'on ayt jamais veu, et que, s'il m'est permis de parler ainsy, c'est le meilleur amy que j'aye, ayant eu la bonté de me dire plusieurs lois que c'estoit en cette qualité qu'il traitoit avec moy, et non pas en celle de maistre0. L'on sçait bien ce qu'on doit à un grand Roy et les sentimens qu'il
1 A Calais. " Je puis jurer à V. AU.
2 Puisqu'il ne voulait pas venir ici. 5 On peut lire : bienfucteur.
3 Dans la copie, ce mol est écrit comptant. 6 Voy., ci-dessus, la même idée, p. 49a.
DU CARDINAL MAZAR1N. 497
faut avoir pour les moindres choses qui le regardent; mais il me semble Juillet i658: que tout cela n'est pas comparable avec les mouvemens qui sont causez de [sic) l'amitié.
Si, à l'arrivée de ce gentilhomme, V. Alt. ne s'est engagée à quelque entreprise, j'estime qu'elle doit surseoir à le faire jusques à temps qu'elle sçache que le Roy soit hors de fièvre1; ce que je ne manqueray pas de luy escrire en toute diligence et avec la joye qu'elle peut s'imaginer. Je n'ay pas la force de penser que le Roy puisse manquer; mais comme il est homme et assez malade, il faut que la sagesse et la prudence agissent pour nous préparer à tout ce qui pourroit arriver.
Mazarin parle ensuite de la neutralité du duc de Mantoue, et rappelle qu'il a de'jà écrit au long sur ce sujet2. Il termine en annonçant l'envoi d'argent.
Dans un post-scriptum daté du 10 juillet et pris sur l'autographe 3, il est surtout question de la santé du Roi, qui donne toujours les plus grandes inquiétudes.
Bil)l. nat. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5 a A, f° 7. — Minute ou copie du temps.
Calais, 8 juillet i658, avec addition du 9 juillet. (entrait.)
J'ay dict, ce matin, à M. Le Tellier de vous envoyer quelqu'un pour vous donner advis de Testât de la maladie du Roy. Je ne doute pas qu'il ne l'ay faict, estant fort à propos que vous soyez tous les jours informé
1 Au moment où cette lettre lui était Fuensaldagne à se retirer vers Lodi el avail
adressée, le duc de Modène, qui, le 16 juin opéré, sous les murs de Milan, sa jonction
précédent, était entré avec ses troupes dans avec le duc de Navailles qui lui amenai! do
le Milanais, avait pillé le Crémonais et passé la cavalerie,
la rivière d'Adda, défendue par l'armée es- 3 Voy. ci-dessus, p. /172.
pagnole. 11 avait ensuite, après la prise du ' Addition d<* la main de S. Em.. P" 187-
poste de Caslel-Léon, forcé le comte de 188 du manuscrit.
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Juillet iG58. de co qui se passera sur un sujet de cette importance; mais comme mon devoir m'attache à estre continuellement dans la chambre du Roy, on avec la Reyne, et que je voys que le Roy est bien ayse que je sois là , il m'est impossible de vous escrire si souvent que je voudrois bien ; et comme je vous ay dict, M. Le Tellier ou moy, [nous] le ferons tous les jours.
J'ay esté en grande inquiétude depuis hyer au soir jusques aujourdhuy midy, car le Roy a esté fort mal. Le redoublement a esté furieux et a duré longtemps. Les resveries ont esté presque continuelles, et lorsque Sa Mt,; reposoit, c'estoit plustost un assoupissement qu'un sommeil. Enfin la douleur estoit universelle, et chacun croyoit que le mal prendrait plus de force, voyant que tous les remèdes et tant de de saignées n'avoient rien opéré; mais les médecins, qui sont au nombre de six (en estant venu un d'Abbeville1, qui est en grande réputation, et Guenaud2 et d'Aquin3, de Paris), aprez une longue consultation, ont faict encore tirer du sang du pied au Roy, et luy ont donné, à deux heures aprez midy, une tisane laxative avec du vin emetique4; ce qui l'a faict aller quatorze ou quinze fois à la selle et vomir deux [fois] copieusement, de manière que le cerveau s'est fort desgagé. La fiebvre est beaucoup diminuée, et le redoublement, qui le devoit prendre à trois heures, ne l'a pris qu'à dix, et sans aucune violence. Les urines sont belles, et, en un mot, les médecins disent tous unanimement qu'ils n'eussent pas osé attendre un si bon effect de la médecine qu'ils
1 II se nommait Dusaussoy.
- François Guénaud, ou Guénault, né vers i5o,o, mort en 1667. (Voy. le Dict. critique de Jal, art. Guénault.)
3 II y a eu plusieurs médecins de ce nom , dont le plus célèbre est Antoine d'Aquin, mort en 1 696. (Voy. le même Dictionnaire, au mot Aquin.)
" Guy Patin, dont on connaît la haine contre le vin émétique, prétend que ce remède fît plus de mal que de bien. Il écrivait à Falconet, le 26 septembre 1 658 :
ffNous avons appris ici de ceux qui y étoient l'histoire du vin émétique de Calais. » 11 entre ensuite dans tous les détails techniques de la purgation du Roi, traite l'émétique de poison (venenatum stibium), et termine en disant que ce n'est pas le vin émétique qui a sauvé le Roi, mais rrson innocence, son âge fort et robuste, neuf bonnes saignées, et les prières des gens de bien comme nous». On ne s'attendrait guère à une pareille conclusion de la part de ce médecin sceptique.
iuy ont donnée; qu'il se porte beaucoup mieux; qu'il y a plus à espérer Juillet i658. qu'à craindre, et le s1' Guenaud, celuy qui s'advance le moins à donner de bonnes espérances, m'a dict, il y aune heure, qu'il y avoil tout sujet d'espérer; ce sont ses propres mots. Je croy qu'ils luy donnerout encore demain matin du vin emetique, et je puis vous dire qu'il sera bien assisté; mais quoyque ces médecins disent et qu'en eflecl le Roy ayt beaucoup de force, le mal est si grand et a des circonstances si fascheuses, que j'appréhende fort l'événement. Vous pouvez vous imaginer avec quel cœur je vous dis cela; mais il faut que je vous die tout naifvement comme je le pense, et que vous soyez informé au vray et avec ponctualité de ce qui se passe en une matière de cette conséquence.
S'il arrivoit un malheur que j'appréhende plus que ma mort, je croy vous pouvoir dire, [par] tout ce que je voy, que Testât des choses ne changeroit en aucune façon; car quoyque l'inclination de la Reyne soit de se retirer en ce cas, je suis asseuré que Sa M1 fera ce que j'auray l'honneur de luy conseiller, et je sçay positivement que Monsieur seioil entièrement resigné à ses volontez l.
1 Ces confidences faites par Mazarin a Turenne prouvent, comme je l'ai déjà dit, Terreur des historiens qui prétendent que le Cardinal et le Maréchal étaient brouillés depuis la bataille des Dunes. On peut voir dans les Mémoires de Bussy-Rabutin (édit. L. Lalanne, t. II, p. 77) les paroles que la lieine aurait adressées au duc d'Anjou ; mais la mise en scène, à laquelle se plaît Bussy- Rabutin, et les discours qu'il prête aux personnes inspirent peu de confiance, tandis que la lettre confidentielle de Mazarin à Turenne ne laisse aucun doute sur les précautions prises par la Reine. M"" de Motleville accuse le Cardinal d'actions, qui, dit-elle, ( Hém., t. IV, p. 1 1 3 , édit. Charpentier), (rdevoient déshonorer sa mémoire. Comme il n'osa rien e pérer de Monsieur, il envoya
enlever ses trésors et ses meuhles de sa maison de Paris pour les faire porter au bois de Vincennes. H prit néanmoins ses mesures le mieux qu'il put avec le maréchal du Plessis, gouverneur de Monsieur, etc. » Il faut remarquer sur ce passage que le maréchal du Plessis, dont nous avons les Mémoires, où il se plaint souvent de Mazarin, ne dit rien qui confirme les assertions de M"" de Motteville. Les lettres de J.-B. Colbert à Mazarin prouvent que le Cardinal , informé que les partisans de Retz et de Condé s< préparaient, en cas de mort du Roi, à renouveler la guerre civile, avait recommandé de prendre des précautions. Colbert lui écrivait le 10 juillet 1 658 : "J'ai satisfait à toutes les diligences qu'elle (V. fini.) m'ordonne. J 'ai donné les ordres nécessaires a
Jmii, i i658. J'ay receu aujourd'huy vostre lettre du 6, par laquelle je voy que respouvante où sont les ennemis et le mespris que nos troupes en l'ont, n'attendant pas pour aller à eux qu'on ayt des ponts sur les canaux et les rivières, et je puis adjouster à cela les advis que j'ay receus de Flandres, qui viennent de tous les lieux, que la consternation du pays et de l'armée sont au delà de ce que vous pouvez vous imaginer. Ils n'ont que cinq mille chevaux et deux mille cinq cens hommes de pied ensemble du costé où M. le Prince et don Juan nous faisoient teste; mais en cela ne sont pas compris douze à seize cens chevaux qu'ils ont envoyez à Aire et à Saint-Omer, ny les regimens que Marsin a ramenez de Luxembourg et jetez dans Cambray, Bouchain, Valenciennes, Condé et Saint-Guillain.
L'armée du mareschal de La Ferté se grossit tous les jours, et les troupes qui ont déliait les paysans révoltez de la Sologne rejoindront bientost ledict mareschal, lequel, à ce qu'il m'a mandé, par un capitaine des gardes qui est arrivé ce matin, sera, le îh, à quatre lieues de Peronne du costé de Cambray, prest à entreprendre tout ce qu'on luy fera sravoir estre de l'intention du Roy.
Mais avec tout cela et le grand progrez que vous venez de faire dans le commencement de la campagne, aprez avoir remporté une victoire si signalée contre les ennemis, et que jamais l'on ne s'est veu en estât
toutes ses places : les garnisons de Vincennes et de la Bastille sont en bon e'tat. Je verrai tous les ministres et officiers publics et tous les amis particuliers de V. Em., afin de prévenir toutes sortes d'accidents. Je prendrai même mes précautions pour le palais de V. Em. , en sorte qu'elle peut se reposer sur mes soins de toutes eboses \ r, Ces mesures n'ont rien de déshonorant pour la mémoire du Cardinal. On savait que le président Perrault et Jarzé, partisans de Condé, le duc de Brissac, parent et ami de Retz, cher-
chaient à soulever le peuple b; que des femmes intrigantes, comme M"1" de Fiennes et de Choisy, annonçaient un changement complet dans le Gouvernement. Après la guérison du Roi, on se borna à les exiler pour quelque temps dans leurs terres ; mais il avait paru prudent, au moment du danger, de prendre des précautions contre la possibilité d'une émeute à Paris. Mme de Motteville se montre partiale contre Mazarin , à partir du moment où son frère a été éloigné de la Cour.
" Voy. t. I, p. 399. du recueil des Lettres, Instructions et Mém. de J.-B. Colbert, publié par M. P. Clément. k Les cabales qui s'agitaient sont signalées dans une lettre de Colbert, ibid. , p. 3o3.
de pousser si avant les progrez, comme l'on pourroit faire en cette Juillet t658. campagne, il faut estre dans la dernière affliction de la maladie du Roy, qui nous oblige à surseoir les grandes resolutions, que, par toutes sortes de raisons, nous pourrions prendre avec apparence d'y réussir, et, en cette conformité, j'escriray de nouveau à M. le mareschal de La Ferté de s'advancer sans rien entreprendre.
Je n'ay pas encore de nouvelles du comte de Moret. Je croy que ce qu'il vous aura dict, de ma part, ne vous aura pas empesché d'attaquer Dixmuide 1, si vous avez jugé de la pouvoir emporter en peu de temps.
2 La marée n'ayant pas permis à ce garde de partir qu'à présent, qui sont huit heures du matin du 9 du mois, j'ay la plus grande joye du monde de vous pouvoir dire que le Roy se porte beaucoup mieux , et à un tel point que tous les médecins disent qu'il ne reste plus presque rien à craindre. Les resveriessont cessées, et, au lieu des assoupissemens, Sa Mu[ a reposé depuis dix heures du soir jusques à présent, en diverses reprises, cinq heures, et. le remède qui l'avoit faict aller quatorze ou quinze fois a opéré encore six autres fois, estant sorty de son corps des matières si eschauffées et corrompues qu'il estoit impossible de résister à la puanteur. Enfin Sa Mli est tranquille et beaucoup plus forte qu'elle n'estoit au commencement de son mal. Peut-estre nous aurons quelque alarme dans le redoublement qu'on attend ce soir; mais on espère avec raison qu'il ne sera pas fort.
Je me resjouys avec vous, de tout mon cœur, des grandes apparences qu'il y a de la guerison du Roy et des nouveaux progrez que vous faites tous les jours, le comte de Moret me venant de dire ce qui s'estoit passé à Dixmuide; et je remets à respondrc ce soir à la lettre que vous m'avez escrite par luy.
1 Voy. ci-dessus, p. 491, note t. — 2 Cette addition, datée du 9 juillet 1 658 , est au folio 8 v° du même manuscrit.
Juillet i658.
Bibl. nat., ras. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52 A, f° 9. — Aff. d(r. , France, t. 275, f° 337; autographe signé.
[Calais], 9 juillet 1 658 , à dix heures du matin '.
Vous verrez, par la lettre cy-joincte, comme nous respirons, et les espérances que nous avons que Dieu sortira le Roy de cette fascheuse maladie; mais quoyque le meilleurement [sic) soit notable et que le Roy soit en une tranquillité toutte [sic) extraordinaire, il faut attendre ce qu'il arrivera du redoublement de ce soir, lequel, à ce que les médecins disent, décidera tout; mais comme la plus grande partie du poison que Sa Mté avoit dans le corps, où il s'estoit croppy2 depuis longtemps, est sortie, il y a apparenze que le redoublement sera moindre de celuy3 de l'autre soir, qui nous avoit donné tant de peine; et, en ce cas, les médecins disent que Sa M.16 sera hors de tout danger.
On est icy en des continuelles transes; mais enfin j'ay confiance en Dieu qui4 nous rendra le Roy, et que, avec cette grande grâce, il plaira à sa divine bonté de continuer à verser ses bénédictions sur ce royaume, comme il faict tous les jours de plus en plus, ayant permis que les ennemis soyent en un si grand espouvante 5, qu'ils ne se croyent [pas] asseurez lors mesme qu'ils ont des rivières et des canaux devant eux; car M. de Turenne ne peut pas empescher que les soldats ne les passent à nage [sic) °, ce qui est si vray qu'ayant mandé à M. de Turenne de n'entreprendre rien jusques à tant que on creust en seureté la santé
1 On a ajouté dans le manuscrit des Aff. 2 Où il avait croupi,
e'tr. , au v° : dix heures du soir ; mais cette 3 Que celui.
indication est d'une écriture plus récente et 4 L'autographe porte bien qui pour qu'il.
ne peut prévaloir contre les indications de 5 iMazarin fait épouvante masculin, comme
l'autographe et de la copie de la Biblio- l'italien spavento.
thèque nationale. 6 A la nage.
du Roy, Dixmuide, qui est un poste très-important, n'a pas laissé de Juillet i658.
se rendre à l'instant qu'on a commencé à faire des ponts, quoyque
M. le Prince ayt tasché de l'empescher par sa présence, estant demeuré
dans ladicte place jusques à six heures devant qu'elle ayt capitulé. Par
cette acquisition, on ne peut empescher nos troupes de courre jusques
à Bruges et à Gand.
Je vous prie de faire diligence à l'instant pour trouver un gentilhomme qui partit hier soir d'icy pour s'en aller à l'armée d'Italie; et comme il portoit de mauvaises nouvelles de la santé du Roy, je voudrois bien que vous luy puissiez dire ce que je vous en escrit à présent, et mesme que vous escrivissiez par luy à l'ambassadeur, qui est en Piémont, et au sr Brachet. Le trésorier de l'extraordinaire, pour qui ce gentilhomme avoit des lettres, vous pourra dire où il est.
Je vous prie aussy d'informer de tout M. le Chancelier et MM. les Surintendans et les personnes dont je vous ay desja escrit1, et vous direz à Mmc la princesse de Carignan que M. son fils est arrivé ce matin icy.
CGLX1L Aff. étr., France, t. 275, f° 346. — Original signé.
À J.-B. COLBERT2
Calais, 10 juillet 1 658 , à 8 heures du matin.
Je vous escrivis hyer assez particulièrement Testât de la maladie de Sa M^. Ce que je dois adjouster à présent, c'est que le Roy a eu son redoublement, mais non pas avec la violence, les inquiétudes et les accidens de l'autre. Sa licbvre et sa chaleur sont beaucoup diminuées. Les forces sont grandes, Sa Mté se levant d'Elle-mesme pour boire. Elle [s'jest éveillée ce matin sans aucune resverie, parlant de tout avec tres-bon sens, et aprez avoir tremblé et disputé jusqu'à [sic) bout
1 La princesse de Gonti. (Voy. le tome VI, 2 Les mots M. Colbert sont écrits au bas
p. 1 13, «les Lettres de Mazarin.) de la lettre, de la main de Mazarin.
Juillet t(>58. pour ne pas prendre une médecine qu'on luy a présentée, comme Elle est accoustumée de faire en santé, luy ayant esté dict qu'il y alloit de sa vie, [Elle] a pris sa resolution et l'a avalée en trois ou quatre reprises, et Elle a commandé aux médecins que, s'il en falloit prendre d'autres, et qu'Elle refusast de le faire, ils la liassent, s'il estoit nécessaire, et la luy fissent prendre de force.
Dans cette purgation, il n'y a pas de vin emetique, et on ne doute point qu'elle ne luy fasse grand bien. EnGn les médecins sont satisfaicts de Testât où est le Roy présentement, voyant que les remèdes font leur eflect et que ie mal diminue notablement; mais ils n'espèrent pas que Sa Mul puisse estre quitte de la fiebvre devant le vingt un, ce jour estant le douze1. Je vous escriray encore ce soir2.
CGLXIII.
Aff. étr., Fiance, t. 275, f" 344. — Original signé, en partie autographe3.
À J.-B. COLBERT
Calais, 10 juillet i658, à trois heures aprez midy.
Bien que je vous aye escrit ce matin fort au long Testât de la maladie du Roy, je ne puis m'empescher de vous faire part de ma joye et de vous dire que Sa Mtë est tout-à-faict hors de danger, et quoyqu'il paroisse assez visiblement qu'il n'y a plus rien à craindre, il y a neantmoins du plaisir à voir que tous les médecins en respondent unanimement aprez avoir veu les elîects prodigieux qu'a faicts la dernière purgation qu'on luy a donnée ce matin, qui Ta faict aller, pour le moins, quinze fois à la selle. Je vous ay voulu donner part de cette bonne
1 On verra plus loin, dans la lettre du faut attendre au vingt et unième pour que 11 juillet, que Mazarin dit que le lende- la fièvre cesse entièrement, main 1 2 sera le quatorzième jour de la ma- 2 Cette dernière phrase est autographe, ladie. 11 veut donc dire ici que le 10 juillet 3 On trouve, au f° 343 du même manuest le douzième jour de la maladie, et qu'il scrit, une copié du temps de cette lettre.
nouvelle \ afin que vous la participiez2 à toutes les personnes dont je Juillei i658. vous ay escrit ; et je vous prie de dire à M. le Procureur gênerai que je n'ay jamais esté sy pressé d'argent que je le suis présentement, et qu'il faut espérer que Dieu respondra plus que jamais ses bénédictions sur ce royaume à la confusion des ennemis déclarez et couverts, puisqu'il a pieu à sa divine bonté de nous redonner le Roy. Je dis redonner; car on peut dire sans exagération qu'il est ressuscité.