AU PREMIER PRÉSIDENT DU PARLEMENT DE PROVENCE
Bergues, i"août i658.
(extrait.)
J'ay fort considéré tout ce que vous me mandez sur ce qui s'est passé dans le dernier desordre arrivé à Marseille'1. Il est certain qu'il ne faut
' Parce que Louis XIV, dont les cheveux avaient été coupés, portait perruque.
2 Armand du Cambout, marquis, puis duc de Goaslin ou Coislin, né en 1 635 , avait servi au siège d'Arras en i654; il était prisonnier des Espagnols en i658. Il mourut en septembre 1702. On peut consulter, sur ce personnage, les Mémoires de Saint-Simon.
3 Ce premier président était le baron
d'Oppède (Henri de Forbin Meynier), qui mourut en novembre 1671.
4 Guy Patin écrivait, le 1 3 août 1 658 , à Charles Spon : frOn parle ici d'un grand désordre arrivé à Marseille entre plusieurs bourgeois , dont les uns étaient pour les privilèges de la ville en l'éleclion des consuls, et les autres pour M. le duc de Mercœur, qui en veut faire à sa mode. Il n'a pas été le plus fort; il a été obligé de sortir de la
rien oublier pour faire une punition exemplaire des coupables, afin de Août i65& retenir, par cet exemple, les autres villes de la province dans leur devoir. C'est pourquoy on approuve tout ce que M. le duc de Mercœur et vous avez résolu là-dessus, et on luy envoyé tous les ordres que vous avez creu nécessaire d'estre expédiez pour soustenir hautement l'authorité du Roy.
Je tesmoigneray au Roy la conduite que vostre compagnie a tenue en cette conjoncture et le zèle qu'elle a faict paroistre pour le soustien de l'authorité de Sa Mtf\ Ce que je vous diray seulement, c'est que, si l'on faict payer quelque argent à la ville de Marseille pour les troupes qu'on aura employées pour la remettre dans le devoir, il faut esviter qu'on ne donne sujet de dire et de penser à de certaines personnes, dont l'esprit est mal tourné, qu'en fermant les passages de ladicte ville par mer et par terre, on ne s'est proposé autre fin que d'en tirer de l'argent, comme il arriveroit si l'on se servoit de l'abolition pure et simple qu'on envoyé.
Je vous feray aussy remarquer qu'il n'est pas de la dignité du Roy de parler d'amnistie en des affaires de la nature de celle-cy, où la rébellion paroist ouvertement, puisque les princes du sang niesme, quand ils ont eu le malheur de manquer à ce qu'ils doivent au Roy, ne font pas scrupule de demander une abolition.
Je voudrois bien que vous pussiez pénétrer s'il y a quelque relation de ce qui s'est passé à Marseille avec le cardinal de Retz, et quels peuvent estre ses correspondais en ces quartiers-là. Si vous pouvez aussy sçavoir quelque chose de positif et de convaincant sur ce que vous me mandez de la conduite de M. le cardinal Grimaldi1, je vous prie de m'en informer.
Mazarin termine par l'éloge du zèle que montre le premier président d'Oppède pour le service du Roi.
ville. . . Il les menace de faire assiéger leur dans les Lettres de Mazarin (voy. tome II , ville par terre et par mer. » p. 1 o 1 8 ) , était archevêque d' Aix , bien qu'il
1 Ce cardinal, qui a été souvent mentionné ne cessât de résider à Rome.
\out i658.
CGLXXXII.
Bihl. aat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 52 A, f° 53 v°. — Minute ou copie du temps.
À M. DE TUREME.
Calais, a août i658.
( extrait. )
Quoyque je vous aye escrit hyer assez au long sur ce que je jugeois que les ennemis pourroient faire et des remèdes qu'on y pourrait apporter, j'ay jugé à propos de vous envoyer le comte de Moret pour vous informer de beaucoup de choses, desquelles il est tout-à-faict nécessaire que vous ayez cognoissance, afin qu'autant qu'il pourra dépendre de vous, vous donniez ordre pour empescher qu'il n'arrive aucun inconvénient, et, s'il y a quelque chose que je doive faire, vous n'aurez qu'à me le mander.
En passant l'estran1, j'ay receu un billet de M. de Villequier, par lequel il me donne advis que M. le Prince avoit passé le Neuf-Fossé et s'estoit arresté en un village auprez de Saint-Omer, et vous aurez veu par ledict billet que j'ay donné à M. de Schomberg pour vous l'envoyer, [que] il porte encore que ledict prince assembloit toutes les troupes qui estoient vers Aire, Ypres et de tous ces costez-là, et je ne doute pas qu'il ne se serve encore de celles de Hesdin. Je ne sçay pas si son intention est de tenter par quelque moyen de secourir Gravelines, ou, comme il y a plus d'apparence, de s'en aller vers Rue et Abbeville. En tous les deux cas, il me semble qu'il ne seroit pas à propos que vous demeurassiez avec toute l'armée au lieu où vous estes, puisque vous ne sçauriez avoir eu teste plus de six mille hommes; mais s'il y avoit un corps entre Gravelines et Dixmude, il seroit tout prest, en cas de besoin, à retourner d'où il seroit party, à venir en France ou à fortiffîer M. de La Ferté.
1 L'estran était, comme on Ta dit ci-dessus, une côte plate et sablonneuse.
Je vous représente tout ce qui me tombe dans l'esprit avec la liberté Août i6&i dont j'ay accoustumé d'user avec vous, me remettant à ce que vous jugerez pour le mieux; et si les ennemis prennent le party d'aller vers Rue et Abbeville, le corps que vous aurez destaché pourroit estre fortiflié de quelque cavalerie de l'armée que commande M. de La Ferté. Ce pendant je ne laisseray pas de faire depescber, dez ce soir, à M. de Ghaulnes, à M. de Mondejeux et à M. de Grandpré, afin qu'ils vous assistent, ainsy que le besoing le requerra.
Les Anglois, que le Roy faict lever en son particulier, sont desjà arrivez à Boulogne, et l'on croid qu'il y en aura, pour tout demain ], au moins mille. Je les fais armer, et je les feray mettre aussy tost aprez en marche pour aller au camp. Le régiment d'Alsace doit estre demain icy ou à Ardres en fort bon estât, et celuy du Roy (infanterie) et Montausier2, à ce que me mande le sr Piètre, doivent estre demain à Amiens.
Je sçay que, sans qu'il soit nécessaire de vous rien dire, vous serez bien alerte pour voir si les ennemis ne destacheront point une partie des troupes qui sont à vostre teste3, pour faire joindre celles qui sont sur le Neuf-Fosse, afin de faire un coup ', pendant que don Juan, Garacene et le duc d'York, demeurant à INieuport et là auprez, se flatteront de la créance que vous ne vous apercevrez pas qu'ils se seroient afl'oiblis. Je suis persuadé qu'ils auront de la peine à vous tromper, et qu'ayant à faire, dans leurs mouvemens, plus de chemin que vous. vous serez aysement en estât de faire avorter leurs desseins et de les battre une seconde fois, s'ils se portent5 à s'y exposer.
1 La locution pour tout demain équivaut, ' Mots douteux. On pourrait lire : faire
je crois, à pour demain au plus tard. un corps.
' Le régiment de Montausier. 5 Je ne peux lire que se portent dans le
1 Que vous avez en tête. sens de osent s'y exposer.
Août 1658. ======================
GCLXXXIII.
Aff étr, , France, (. 275, f° Uk 1 ; copie du teinps. — Bibl. nal., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a A, f° 55; copie du temps.
À LA REINE
Calais, 2 août 1608.
H seroit malaysé de vous expliquer avec quelle joye j'ay receu vos deux lettres du 3o, que M. de Verderonne x m'a rendues; mais vous et le Confident le pourrez2 facilement comprendre, sçachant que je ne souhaite rien au monde que de me voir de plus en plus asseuré l'honneur de vos bienveillances, et je vous puis dire avec vérité que les grâces que je reçois avec excez sont cause que je n'a y pas un moment de repos; car, pour y respondre, il me semble que je ne puis moins faire que me tourmenter jour et nuit, et appliquer tout mon esprit à bien servir de si bons maistres et tascher de relever la gloire de l'Estat par des actions qui obligent, à la fin, les ennemis d'avoir recours à la paix, que vous sçavez avec quelles passions on désire au milieu des prosperitez et dans l'apparence qu'elles soient augmentées dans la continuation de la guerre; mais le Roy est trop juste pour vouloir3 des advantages par un moyen qui plonge de plus en plus la chrestienté dans des nouveaux accablemens et misères, et d'autant plus que la paix luy donnera beau champ de rendre tous ses sujets heureux et de [se] reposer avec beaucoup de gloire et4 la bénédiction de Dieu et de tous les peuples.
J'obeiray ponctuellement à ce que vous et le Confident avez la bonté
1 M. de Vendosme dans la copie des Aff. 2 Pourriez dans la copie des Aff. étran-
etr. La leçon du manuscrit de la Bibl.nat. gères.
est préférable, parce que Charles de l'Au- 3 De vouloir dans la copie des Aff. étran-
bespine , seigneur de Verderonne , pouvait se gères.
charger d'un message qui eût paru au-des- 4 A, au lieu de et, dans la copie des Aff.
sous de Vendôme. (Voy. la lettre suivante.) étrangères.
de m'ordonner, et je n'auray pas grande peine, ne pouvant pas sortir Août i658. du lict, quoy que je me porte un peu mieux depuis que je suis icy. Je feray tout de mesme tout mon possible pour m'en retourner au plus tost; mais je ne croy pas que cela puisse estre, si je ne veux sacrifier le bien du service à ma satisfaction particulière, qui ne consiste qu'à estre auprez de vous et du Confident, et M. Le Tellier vous pourra dire un jour ce qu'il seroit arrivé si je ne fusse demeuré icy, et ce qui infailliblement arriveroit si j'en partois1, puisque, en demeurant, je suis fort esloigné de pouvoir respondre que tout aille comme je voudrois, outre2 les diflicultez qu'il faut surmonter par ma présence, celle des eaux est de grande considération; car les ennemis ont faicl tant de travaux et si bien entendus, depuis la reprise de Gravelines3, du costé delà basse ville, que ce qui estoit autrefois le plus foible est à présent le plus fort.
Si le Confident prend plus déplaisir à Compiegne, il y peut demeurer, sans que ses affaires en reçoivent préjudice; mais, s'il croit de se pouvoir mieux resjouir à Fontainebleau, je vous conjure de luy faire prendre la résolution de s'y en aller.
Demain je vous escriray par M. de Verderonne4 et je vous manderay, le jour aprez, par le neveu de M. Le Tellier, que je depesche à Paris pour solliciter quelque remise d'argent, ce qu'il y aura à faire sur les choses dont vous me parlez. J'adresse celle-cy [cette lettre] à l'abbé Ondedei, par l'ordinaire; car voyant que le Confident et vous desirez d'avoir souvent de mes nouvelles, je ne veux perdre aucune occasion de vous en donner. Je suis tres-humble serviteur de Monsieur et le vostre sans aucune reserve***.
1 Mazarin a dit plus haut que le mare- en i652, sur les Français qui s'en étaient
chai de La Ferlé tenait absolument à ce emparés, en 1 64 A , après deux mois de siège,
qu'il demeurât a proximité de la place. Le troisième siège de Gravelines, en i658,
5 11 y a outre dans les deux mss. Entre ne dura, comme on le verra plus loin, que
semblerait préférable. vingt-cinq jours.
3 Mazarin veut ici parler de la reprise * La copie des Aflf. étrangères porte enque les Espagnols avaient faite de cette ville, core ici Vendosme, au lieu de Verderonne.
■AUltl. — VIII. 70
Août 1 658.