CCLXXXIV
Bibl. nat. , ma, f. fr. , Mélanges de Colùert, t. 52 A, f° 55 v°
Copie du temps.
A LA REINE
Calais, 3 août 1 658.
Je donne cette lettre à M. de Verderonne1, qui m'en apporte une.de S. A. R. tres-obligeante. Elle (S. A. R.) attendoit de venir à la Cour lorsque j'y serois; mais voyant que cela pourroit estre retardé et que son delay à rendre ses respects au Roy pourroit estre mal interprété, elle a voulu sçavoir mes sentimens là-dessus; et je fais dire à S. A. R. qu'en quelque temps quelle aille à la Cour, et en quelque lieu qu'elle (la Cour) puisse estre, Leurs Mtez la recevront comme S. A. R. pourra souhaiter; et il me semble qu'elle prendra la resolution de s'y rendre au plus tost.
Je me porte encore mieux qu'hyer au soir; mais vous ne sçauriez vous imaginer le soulagement que l'on a, dans la maladie que je souffre, quand l'on reçoit certaines visites de lois à autres, le soir, à l'honneur desquelles on ne peut aspirer dans Testât où je suis. Il se faut pourtant consoler, puisque cela procède du plaisir qu'un homme de bien a de faire son devoir. J'ay envoyé apprendre des nouvelles de la santé de M1,c de Beauvais2, et les médecins m'ont asseuré qu'elle sera en estât de partir à la fin de la semaine prochaine.
1 Charles de l'Aubespine, ou de l'Aubépine , dont il a été question dans la lettre précédente , était maître des requêtes et chancelier de Gaston d'Orléans. Cette dernière qualité explique parfaitement la mission dont il avait été chargé par Gaston.
2 M"" de Beauvais, première femme de chambre d'Anne d'Autriche, avait deux filles : Anne-Jeanne-Bapliste et Angélique.
Il ne peut être question de l'aînée, qui avait épousé, en i652, le marquis de Bicbelieu; mais de la seconde , qui était première femme de chambre de la Reine, en survivance de sa mère. Angélique de Beauvais entra au couvent de Chaillol après hi mort d'Anne d'Autriche ( 1 666) , y prit le voile en 1668 et y mourut en 1709, à l'âge de 71 an^. (Dict. critique de J.il, au mot Beauvais.)
On a pris tous les forts aux environs de Gravelines sans que les Août i658. assiégez se soient opiniastrez à les deffendre, et tous les ponts pour la communication estant desjà faicts, M. de La Ferté prendra ce soir les quartiers. On a nouvelle que M. le Prince a passé le Neuf-Fossé auprez de Saint-Omer et qu'il y assemble toutes les troupes qui estoient à à Ypres, sur la Lys, à Aire, Hesdin et Saint-Omer, et que mesme Marsin y marche avec son corps. Gela ne peut estre que pour faire une entrée en France du costé de Rue, ou pour tascher de jeter un secours dans la place; mais j'ay despeché, en arrivant icy, le comte de Moret à M. de Turenne1 pour luy faire prendre une resolution, avec laquelle il me semble qu'on pourra aysement empescher M. le Prince de venir à bout de ses desseins, tels qu'ils puissent estre.
Je ne puis deviner qui sont les dames qui courent la poste; car je n'oserois pas nommer Mmc de Chastillon. Je suis à vos pieds et [à ceux] du Confident, et je renouvelle les asseurances de mes tres-hunibles respects à Monsieur.
GCLXXXV.
Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52 A, f° 56 v°. — Copie du temps.
À LA REINE
Calais, h août 1 658.
Je crains de vous devenir et au Confident importun par la fréquence de mes lettres; mais je supplie l'un et l'autre de trouver bon que, dans les douleurs que je souffre, je profile du soulagement que je ressens en vous entretenant. Je n'ay rien à vous mander ny du siège ny des ennemis, car depuis hyer je n'ay receu aucune nouvelle. Je suis fort marry de voir que les choses ne vont pas à Gravelines si viste qu'il seroit à souhaiter, et la place n'estant pas encore fermée2, il y a
Voy. ci-dessus, p. 55o, la lettre du * Le 9eus est : n'étant pas complètement