‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 86 sur 123 · CCLXXXVI · texte numérisé non relu

CCLXXXVI

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52 A, f° io5. — Copie du temps.

À LA REINE

Calais, 6 août i 658.

(extrait.)

Je suis au desespoir de ne pouvoir vous escrire si au long que je voudrois, puisque la seule consolation qui me reste, c'est de dire souvent au Confident et à vous la passion que j'ay pour vostre service, mais la fluxion, qui m'est tombée sur l'espaule droite, m'empesche de vous escrire qu'avec douleur. Je vous diray donc succintement qu'il n'y a

1 La l'orme ordinaire de ce nom est Vil- conseiller d'Ëlat el surin tendant des bâti-

lacerf. Edouard Colbert, marquis de Villa- menls du Roi. 11 mourut le 17 ou 18 octo-

cerf, était neveu de Jean-Baptiste Colbert, bre 1699. (Voy. Journal de Dangcau, t. VII,

intendant de Mazarin. 11 devint dans la suite p. 171.)

rien de si obligeant que les marques qu'il plaist au Confident de me Août i658. donner de son amitié. J'en suis touché au dernier point; mais je vous conjure de luy dire qu'il ne m'en sçauroit donner une plus grande que celle de ne pas vouloir m'attendre à Compiegne, mais de s'en aller à Paris et de là à Fontainebleau, où asseurement il se divertira davantage, et je gagneray des momens pour m'y rendre en diligence à l'instant que je pourray quitter ces quartiers sans préjudicier au service du Roy.

Pour les contestations du Parlement avec les evesques1 qui sont à Paris, et pour l'affaire de Poitou et pour les nouvelles du siège de Gravelines, je me remets à M. Le Tellier. Je vous diray seulement qu'il eust esté bon de ne pas permettre à M. d'Elbeuf d'aller à Paris; on eust évité une fascheuse affaire, qui donnera de la peine, mais Villequier ne peut pas estre asseuré2 : il faut que l'authorité du Roy esclate par l'advis que MM. les mareschaux de France luy donneront.

M. Vallot demande une des deux abbayes vaquantes par la mort d'un maistre des requestes nommé Mangot3. Je sçay qu'il y aura procez à cause d'une résignation que celuy-cy avoitfaicte; mais je croy que le Roy, ou vous, luy pourriez dire qu'il en aura une, méritant bien de recevoir cette grâce aprez avoir si bien servy Sa M1'1 dans sa maladie.

J'ay saiisfaict à tout par le sr de Villacerf'. Ce sera seulement au Confident et à vous de voir si vous voulez relever ce que l'abbé Ondedei ine mande qu'une dame avoit dict à l'autre, qui estoit affligée5, et pour-

1 Le i3 août i658, Guy Patin écrivait à Charles Spon : r-Le 3o juillet, les chambres assemblées, la cour de Parlement a donné un arrêt contre les évêques qui sont ici en grand nombre, qui les oblige à quitter Paris en bref et aller faire leur résidence dans leurs évêché6.»

! On trouve, dans les Mémoires de M"' de Montpensier (t. III, p. 268-269, ^e l&bt. Charpentier), les causes ol les suites de la querelle entre le duc d'Elbeuf et le marquis de Villequier. Ce dernier, coupable d'avoir

forcé le duc d'Elbeuf à se battre malgré la défense du Roi , et en présence même d'un enseigne de Sa M" que l'on avait placé auprès de M. d'Elbeuf pour empêcher une rencontre, fut condamné par le Parlement et contraint de se réfugier en Hollande.

3 Mathurin Mangot, maître des requêtes depuis 1 646, était abbé de Sainte-Colombe et de Montjay.

4 Voy. ci-dessus, p. 556 , note 1 . Le nom de \ illacerf est ici écrit correctement.

1 On voit, dans les Mémoires de M'1' de

w.i iG58. veu que la chose soit véritable, quelque resolution que vous preniez là-dessus, [elle] sera sans aucun danger.

Vous avez beaucoup de raison et le Confident aussy de ne pas faire l'éloge de l'air de Calais; mais, pour moy, j'espère qu'elle [sic) sera salutaire et que je jouiray bientost d'une parfaite santé*.

Je ne puis m'empescher de vous dire que la Mer (Mazarin) a esté fort touchée d'un endroit de la lettre de 22 (la Reine), où il y avoit *; mais pour moy je vous conjure de ne vouloir pas oublier ce que vous remettez de me dire à mon retour, et j'auray bien des choses à vous parler aussy. Je prie Dieu que ce soit bientost. Ce pendant je conjure le Confident de bien recevoir le monde et toutes les compagnies à Paris, leur disant de bonnes paroles et leur tesmoignant le gré qu'il leur sçait des tesmoignages de tendresse qu'ils (sic) luy ont donnez en cette dernière rencontre.

CGLXXXVII.

Bibl. nat. , ras. f. fr, , Mélanges de Colbert, t. 5 2 A, f° 1 10; copie du temps. — AIT. élr. , France, t. 277; copie du temps.

Calais, 7 août i658.

Je suis dans la plus grande inquiétude du monde, n'ayant aucune

Montpensier (t. III, p. 262 et suiv. de l'édit. Charpentier), que plusieurs femmes de la Cour, entre autres M"10 de Cboisy et Mme de Fiennes, furent compromises dans les intrigues auxquelles donna lieu la maladie du Roi et furent exilées. Ces cabales de cour, auxquelles Mazaiïn paraît attacher peu d'importance, sont mentionnées dans Guy Patin. Il écrivait le 26 juillet 1 G58 à Charles Spon : t il y a bien des dupes pris à la Cour, où plusieurs seigneurs et dames pensant que le Roi mourroit s'étoient déjà mêlés de faire des complimens au roi futur, M. le duc

d'Anjou, et de lui donner des conseils, et entre autres, dès que le Roi seroit mort, de faire arrêter le cardinal Mazarin et de l'ôter des affaires et de lui faire rendre gorge.» Patin revient encore sur ces bruits dans sa lettre du i3 août. Il parle de l'exil de M°" de Fiennes, qui, d'après lui, recevait de l'argent de Mazarin pour révéler les secrets du complot et trompait le Cardinal. Patin ajoute que ce fut la princesse palatine, sœur de la reine de Pologne, qui fit connaître les détails de ces intrigues de cour. (Voy. ses lettres du mois d'août, passim.)

nouvelle que vous ayez receu la lettre que je vous escrivis par le che- Aoû» 16S& valier de Montgaillard, qui partit de Bergues deux jours avant le valet de pied et [qui]1 avoit ordre de recevoir les vostres (vos ordres) et ceux du Confident auparavant que d'aller à Sedan; et je sçay que, le jeudy matin, il partit d'Amiens, et cependant Lambert fut depesché de Gompiegne le samedy au soir, et le chevalier n'y estoit pas arrivé. H faut absolument qu'il luy soit arrivé un malheur; de quoy je serois tres-fasché, estant un gentilhomme2; et d'ailleurs M. de Fabert pourra

croire qu'on l'ayt oublié, lorsqu'il sçaura que M. de Montdejeux (sic) a reçeu l'effet de la grâce qui luy avoit esté promise3; car j'avois pris le temps4 de depescher à Arras, comme je faisois à Sedan, advertissant de tout, le Confident et vous5, et peut-eslre, par le malheur de ce pauvre chevalier, il sera arrivé que vous ayez sceu la publication fie la grâce que le Roy avoit desjà faicte à ces deux personnes par d'autres que par moy. J'en suis en peine; mais il y a certaines choses que la prudence ne peut pas prévoir.

Je vous envoie le duplicata de la lettre que ledict chevalier vous devoit rendre, et vous devez parler de la promotion de ces deux personnes comme d'une chose qui avoit esté arrestée auparavant de partir d'icy0, comme il est vray, en effet; et comme il y pourroit avoir quelqu'un qui voudroit gloser là-dessus, le Confident et vous devez relever le mérite de ces deux personnes, comme il y a sujet et justice de faire, cl de ce que le Roy, leur ayant promis de rescompenser, par cette marque d'honneur, les services qu'ils avoient rendus en la présence de

1 La copie poil*' qu'il. 5 Voy. ci-dessus, p. 5/1 1, la lettre du

1 II semble qu'il devrait y avoir une épi- 20, juillet adressée a la Reine,

thète annexée au mot gentilhomme ; mais la '' Le sens est : avani r/nc le Roi partît de

copie n'en donne aucune. Calais. Dans la Chronologie militaire (t. Il,

3 On a vu ci-dessus, p. 5/i/i, que Mon- p. G06 et 610), les Dominations des deux

dejeux el Fabert avaient été nommés mare- marécliaux sont indiquées comme ayant eu

ehau de France. On trouvera aux Ana- lieu dès la fin de juin : celle de Mnndejcux

lyses indication des lettres que Mazarin leur esl datée du 96 juin i(>.;)N, el celle de Fa-

adressa le 27 et le 28 juillet 1 658. berl . , du 98 juin. On pourrait peut-être ex-

" La copie porte bien temps. Il semble pliquer la contradiction qui paraît exister

que le moi 80tn conviendrait mieux. entre les lettres de Mazarin el les actes dont

Août 16S6. Leurs MUz, l'un en delïendant si courageusement Arras1, qu'il avoit donné moyen aux armes du Roy d'acquérir tant de gioire par ia defl'aite des ennemis, et l'autre ayant pris une aussy importante place comme Stenay2 avec si peu de monde, le Roy, dis-je, leur avoit tenu sa parole3. En voilà assez dict sur ce sujet. Il faudra seulement que je songe à envoyer à M. de Fabert le duplicata des expéditions, si celles que le chevalier portoit sont perdues.

Tout ce que je vous puis dire du siège, c'est qu'il n'est entré personne dans la place; qu'il y a dans le camp tout ce qui peut estre nécessaire pour travailler dix jours durant et que j'ai gaigné un jour, puisqu'au lieu de demain, M. de La Ferté ouvrira, ce soir, la tranchée et fera deux attaques, lune à l'opposite de l'autre. J'ay escrit à M. de Turenne4 de destacher huict à neuf cens chevaux pour pouvoir s'opposer, conjoinctement avec les autres troupes qui sont sur la frontière, à celles que les ennemis pourroient avoir dessein de faire entrer en France, du costé de Hesdin ou de la Somme.

J'attends avec impatience que le Confident soit party pour Paris et pour Fontainebleau; car je suis asseuré qu'il s'y divertira, et la Confidente aussy, plus qu'en pas un lieu. L'on m'a encore saigné ce matin, et je me porte mieux, et pourveu que cecy aille bien, j'espère de me rendre bientost auprez de l'un et l'autre Conjidens.

Je me figure que vous n'aurez pas de peine dans vostre passage de Paris, car tous les dévots et dévotes vous aborderont, et chacun prétendra d'avoir toute la part dans la guerison du Roy; mais vous en

s'est servi Tailleur de la Chronologie mili- etau28juin. Ainsi s'expliquerait l'apparente

taire, en se rappelant que le marquis de contradiction des actes de nomination et des

Castelnau, qui avait été aussi nommé ma- lettres de Mazarin.

réchal de France à la suite de la blessure l Voy. t. IV, p. 53q, des Lettres de Ma-

qu'il avait reçue au siège de Dunkerque, zarin.

était mort le i5 juillet. On data sa nomina- 2 Ibid. , p. 532.

tion comme maréchal du 3o juin; mais des 3 11 y avait donc eu promesse faite à

promesses de la même dignité avaient été Fabert et à Mondejeux. Ce qui confirme

laites antérieurement à Mondejeux et à Fa- ce que nous avons dit ci-dessus, p. 55g,

bert. Pour ne pas y manquer, on antidata note 6.

leurs nominations, et on les reporta au 26 ' Voy. ci-dessus, p. 55o.

jugerez bien et ne donnerez à un chacun que ce qui lui appartient Aoûi i658. légitimement. Mon inclination et mes obligations me portent à songer continuellement à vous et au Confident, et je trouve que, si je sers avec quelque succez, rien ny contribuera tant que cela. Car j'advoue que je ne sçaurois songer à chose qui me peut estre plus agréable.

Je suis tres-humble serviteur de Monsieur, lequel je suis persuadé qu'il a tousjours eu beaucoup de bonté pour moy, nonobstant toutes les folies qu'on escrit de Paris au contraire1 *###.

CGLXXXVIII.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colberl, t. 5a A; f° 111 v°. — Copie du temps.

À L'ÉVÊQUE DE FRÉJUS (ONDEDEl).

Calais, 7 aoûl 1 658-

Mazarin lui parle des intrigues qui ont eu lieu à Paris, pendant la maladie du Roi.

Celle que vous excusez, lui écrit-il, est plus capable que personne à faire du mal2; a tout l'esprit et l'ambition qu'il faut pour cela, el elle peut estre graduée dans les cabales, s'en estant meslée, et heureusement, il y a longtemps3. Je n'ay veu aucune lettre du sr Bartet plus circonspecte que celle que vous m'avez envoyée. Il faut qu'il répare cette faute en arrivant à la Cour4, et vous le luy direz de ma part5.

1 Nouvelle allusion aux cabales que Mm" de Glioisy, de Fiennes et d'autres avaient faites pendant la maladie du Boi pour s'emparer de l'esprit du duc d'Anjou et enlever le pouvoir à Mazarin.

Je pense que Mazarin veut parler dans ce passage de la princesse palatine (Anne d< Gonzague) qui, d'après les Mémoires M"' de Montpcnsier (t. III , p. 266, de l'édit. Charpentier), avait pris part à ces intrigues.

MAZUIM. — VIII.

Voy. aussi les Mémoires de Bussy-Rabulin (élit. L Lalanne, t. II, p. 76).

3 Ces traits conviennent bien à la Palatine, qui avait pris une part fort active aux intrigues de la Fronde.

4 Barlel était lié avec la Palatine, ce qui rend encore plus vraisemblable l'opinion émise dans la note précédente.

6 II semble, d'après ce passage, qu'on voulait tirer de Bartet des révélations sur

Aoùl 1 658. ___=_________====______:

CGLXXXIX.

Bibl. nat. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5a A, f° 1 l'a. — Copie du temps.

Calais, 8 août 1 658.

Toute la consolation et toute la joye qu'un absent peut recevoir, je l'ay, recevant à tous momens de vos nouvelles et du Confident. Le gentilhomme, qui revenoit de Paris, m'a rendu une lettre du 5; mais je ne suis [pas] encore hors de peine de celle que je vous ay escrite par le chevalier de Montgaillard, quoyque ledict gentilhomme m'asseure qu'il avoit esté à Gompiegne et qu'il en estoit party pour Sedan; car asseurement vous m'en auriez mandé un mot, comme vous estes accoustumée de faire de toutes les lettres que vous recevez. En tout cas, je vous escrivis hyer1 assez particulièrement sur ce sujet pour informer le Confident et vous de ce qu'il y avoit à faire. M. de Mondejeu m'a desjà despesché un gentilhomme pour me dire qu'il envoyoit faire ses tres-humbles remerciemens au Roy et à la Reyne de l'honneur qu'il avoit receu, et il me mande qu'en quelque estât de santé qu'il pust estre, [il] s'en iroit à la Cour, lorsque j'y serois, pour satisfaire mieux à son devoir. Ce pendant il nous assiste, en toutes choses, de la bonne manière, ayant envoyé du monde en toutes les places que je luy ay escrit2. Je vous prie de faire bien recevoir du Confident et de la Confidente la personne que ce nouveau mareschal envoyera.

Je suis en grande inquiétude de ce que le Confident avoit esté obligé

les relations du frère du Roi avec la Palatine, (voy- ci-dessus), c'a esté pour examiner

relations dont parle avec ironie M"e de et résoudre ce qu'il y avoit à faire et non

Montpensier; à la fin de cette lettre, Mazarin pas pour autre chose.»

ajoute : rrJe ne sçay pas où Bartet fonde : Voy. ci -dessus, p. 558, la lettre du

la mauvaise intelligence de MM. de ïurenne 7 août 1 658.

et de La Ferté; en vérité, ils sont très bien 2 Le sens est : oh je lui ai écrit d'en en-

ensemble, et si j'ay esté à Cassel avec eux voyer.

de se mettre au lict à cause de quelque faiblesse qui l'avoit pris; mais Août i658. comme vous ne m'en mandez rien, je veux espérer que ce n'aura pas esté grand chose. Cependant de la manière que j'ay l'honneur de cognoistre le Confident, je ne doute pas qu'il ne s'émancipe en toutes choses, sans avoir nul esgard aux remonstrances de M. Valot, et surtout sur le chapitre de se coucher tard. Au nom de Dieu, empeschez-le de cela, rien n'estant plus [pernicieux]1 à sa santé; mais je crains que vous n'agissiez pas avec vigueur sur cette matière, car vous ne vous estes jamais pu résoudre de vous coucher de bonne heure. Il n'y a rien de nouveau du camp de Gravelines. *####.

GCXC.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a, f° n3 v°.

À L'ÉVÊQUE DE FRÉJUS (ONDEDEl).

Calais, 8 août i658.

Mazarin lui parle des attaques dirigées contre lui par la Gazette de Bruxelles et ne fait qu'en plaisanter. Quant au député, envoyé par les séditieux de Provence, il aurait \oulu qu'on l'arrêtât. A cette occasion, il nomme la princesse palatine.

et Vous voyez bien, écrit-il, que ce député est adressé à Mme la princesse palatine2, qui est regardée en cette province-là comme leur protectrice, à cause de M. de Gordes3 et des associez qui se sont tousjours appuyez d'elle, v

Mazarin parle encore, clans cette lettre, d'une autre dame ', qui est arrivée à la Cour,

«et qui employé librement sa langue à sa défense, est en possession

1 La copie porte précieux, qui ne donne * Il est probable, d'après les Mémoires de

pas un sens raisonnable. Mademoiselle (\. III, p. a65-a66,édit. Char-

1 Voy. ci-dessus, p. 55y, note 5. pentier), que Mazarin veut parler de M'"' de

1 Voy. sur François deSimiane, marquis Choisy, ou do Mm° de Fiennes, qui sVliiirnf

de Gordes, le tome VI, p. 4oa, note a, des compromises par leurs intrigues pendant la

lettres de Mazarin. maladie du Hoi et qui furent exilées.

Août i658. de longue main de bien parler et mesme de persuader bien souvent; mais je voudrois bien, ajoute le Cardinal, que l'on tienne le mesme langage, lorsque le Roy est à l'extrémité, qu'on tient quand il se porte bien, n

Il termine en recommandant de dire à l'abbé Manzieri, représentant du duc de Modène en France, qu'il attend avec impatience des nouvelles de Lombardie.

CGXGI.

Aff. étr. , France, t. 279, f" là. — Minute avec corrections autographes.

À MMB LA MARÉCHALE D'AUMONT

Calais, 9 août 1608.

Je lais profession d'estre fort serviteur de M. le mareschal d'Aumont. Je croy l'avoir tesmoigné, en toutes rencontres, à sa personne et à sa famille, et je m'asseure que luy et vous estes bien persuadez de cette vérité. J'ay aussy beaucoup d'estime et d'amitié pour M. de Villequier, et je n'ay rien oublié pour prévenir le malheur qui lui est arrivé1. Mais je vous prie, Madame, de considérer ce que je puis faire dans cet accident, me trouvant esloigné de la Cour comme je suis, et sçachant que le Roy est justement indigné; car quelque netteté que vous disiez qu'il y a eu2 dans le procéder de M. de Villequier, l'on ne peut3 excuser le peu de respect qu'il a eu pour les ordres et l'authorité de Sa Mté4. Je verrai, à mon retour en quelle disposition seront les choses, et je seray bien ayse que la justice et la bienséance me permettent de luy rendre mes offices auprès de S. Mt(i; car je souhaite avec passion de vous tesmoigner, en toutes occasions5, que je suis véritablement, etc.

1 Par suite de sa querelle avec le duc ' Les mots ne peut sont autographes.

d'Elbeuf. (Voy. ci-dessus, p. 55 7, note 2.) 4 En se battant en duel.

5 La phrase depuis que le Roi jusqu'à il 5 Depuis je seray bien ayse jusqu'à toutes

y a eu est écrite en interligne, de la main occasions, la phrase est écrite en interligne,

de Mazarin. de la main de Mazarin.

, , :_____== _________ Août i658.

CGXGII.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a A, f° 117. — Copie du temps.

À M. DE TURENNE

Calais, 9 août i658.

(extrait.)

On me mande que les ennemis, à l'instant qu'ils ont sceu nostre engagement au siège de Gravelines, ont pris la resolution d'assembler généralement toutes leurs forces, mesme le peu de troupes qu'ils avoient laissé dans le Luxembourg et dans le Haynault, et la milice que diverses villes ont levée pour fortifier leur armée, et que leur dessein est de tenter le secours de Gravelines (ce qu'ils croyent fort difficile), ou d'entreprendre quelque autre chose, s'ils voyent jour à pouvoir réussir.

Ils prétendent pouvoir estre en estât d'agir dans tout le douzième \ et croyent, comme nous attaquons Gravelines avec peu d'infanterie, que le siège durera longtemps, quoyqu'ils tombent d'accord que la garnison est tres-foible.

Ils ne sçauroient rien faire que vous ne le voyiez, et ainsy je ne suis pas en peine que, vous ne preniez les resolutions que vous estimerez les meilleures pour empescher qu'ils ne réussissent en aucune de leurs tentatives.

Quelque chose que je vous aye escrite pour faire un destachement de huit ou neuf cens chevaux, je ne croy pas présentement que vous deviez vous affoiblir, puisque nous voyons que le dessein des ennemis est d'agir avec toutes leurs forces.

Pour ce qui est de la cavalerie, vous en aurez tousjours le mesme nombre que vous en aviez auparavant, et vous serez renforcé du corps

' Au plus tard le 12 août.

Août i658. de Virtemberg1, qui est assez considérable. En outre, vous aurez cinq cens Anglois, pour lesquels je feray partir les armes d'icy demain, et M. l'ambassadeur m'ayant promis que, toutes les fois que je luy en ferois instance, il me donneroit son vieux régiment anglois, qui est composé de sept à huit cens hommes, et qui est celuy qui s'est si bien battu prez de la Dune, je croy que vous en pouvez faire estât; et si vous donnez ordre à M. de Schomberg de laisser seulement soixante hommes dans la redoute de Bourbourg et de faire aller à Bergues les deux regimens lorrains, il vous pourra renvoyer les six compagnies des gardes françoises, sans rien appréhender et sans que vous soyez obligé de luy donner aucun autre régiment, comme je vous avois escrit que vous pouviez faire.

M. de Mondejeux2 a envoyé trois cens hommes de pied à S'-Venant et quatre cens à Gorbie, et quand je luy manderay de les retirer et de vous donner les cinq cens chevaux qu'il a et douze cens hommes de pied, je m'asseure qu'il le fera, et vous en pouvez faire estât.

iM. de Chaulnes a trois cent cinquante chevaux ou environ; M. de Grandpré, qui devoit arriver hyer aux environs de Guise, avec le régiment de son frère, celuy du Rhingrave et quatre compagnies du sien, [amené] 3 environ neuf cens chevaux, compris les quatre regimens qui y estoient desja.

Voila Testât présent de toutes choses, et c'est à vous, à cette heure, à me mander si j'ay à faire quelque chose de mon costé; à quoy on ne perdra pas un moment de temps; et comme il y a peu d'officiers généraux dans vostre armée, je croy que vous pourriez appeler auprez de vous M. de Schomberg, choisissant quelque personne capable pour commander dans Bergues en son absence.

Comme les ennemis assemblent grande quantité de troupes à Saint- Omer, et qu'il est certain que tout ce qu'ils ont pu retirer de Hesdin y est desja, il faudra prendre garde qu'ils ne tentent quelque entre-

' Ce corps, qui avait d'abord combattu entré dans la suite au service de Louis XIV . contre ia France (tome V, p. 1 5 2, note 1, et 2 Gouverneur d'Arras.

p. 1 5 3 , 1 5 /i , etc. , des Lelt. de Mazarin) , était 3 Mot douteux.

prise avec ce corps-là, auquel Marsin se joignant, il est certain qu'il Août i&»8'. sera considérable, et il sera bon, s'il vous plaist, que vous taschiez d'estre aussy bien informé des mouvemens que les ennemis feront avec ledict corps, comme de celuy qu'ils pourront faire avec les troupes qui sont à vostre teste.

Au reste, je finiray en vous disant que les Espagnols ne sont pas plus heureux en Italie qu'en Flandres. Le marquis Ville a pris Trin l en trois jours, qui est la plus jolie action qui se soit faicte de longtemps. Vous sçavez l'assiette et l'importance de la place qu'il a prise avec quinze cens chevaux et douze cens hommes de pied, ayant d'abord2 emporté tous les dehors et donné une telle espouvante au gouverneur que, ledict marquis estant luy-mesme descendu dans les fossez3 et faict attacher le mineur, ledict gouverneur luy a rendu la place; mais au lieu d'aller rendre compte au comte de Fuensaldagne de son action, on me mande qu'il s'en est allé en Suisse.

En suite de cela ledict marquis estant allé à Valence, et Valavoir l'ayant joinct avec huit cens hommes de pied et deux cens chevaux, ils sont allez à Fresverolles4, où les ennemis ont abandonné tous les fortins et les lignes qu'ils gardoient.

M. le duc de Mercœur, de son costé, aprez avoir disputé le passage de l'Adda, quatre jours durant, l'a desrobé à la fin en un endroit où les ennemis ne l'attendoient pas, le \k juillet; et toute l'armée estant passée, elle s'estoit approchée aux environs de Milan, où l'efîroy a esté grand, en ce pays où il n'y a pas eu de guerre depuis six vingt ans. Tous les grands bourgs ouvroient, et jamais il n'y a eu si grande espouvante et confusion dans un pays qu'il y en a présentement en celuvlà, ny une plus grande cocaigne5 pour les soldats.

Nous sçaurons au premier jour quelle place M. le duc de Modene

1 La ville de Trin ouTiïno s'était rendue je n'ai pu lire. Il semble que c'esl une épi- Ic 2 3 juillet ib58, d'après les Mémoires de thèlc ajoutée hfosscz.

\fontglot. * Ou Fraverolle.

2 Aussitôt après son arrivée. s Cocaigne ou cocagne , temps de réjouis- 1 H y a un mot écrit en interligne, que sance où l'on boit et mange largement.

Août i6r>8. aura résolu d'attaquer, et je ne doute pas qu'elle ne soit de conséquence, et qu'il ne le puisse faire avec beaucoup de facilité; et s'il y réussit, comme je l'espère, et que nous en fassions de mesme de Graveliues, nous devrons estre bien ayses que le comte de Fuensaldagne et le marquis de Caracene l n'ayent rien à se reprocher.

Aff. étr. , France, t. 279, f° 19. — Copie du temps.

À I/ÉVÊQUE DE FRÉJUS (ZONGO ONDEDEl).

Calais, io aoùl 1 658.

(extrait.)

Je n'avois pas mal preveu sur l'empeschement que le comte de Fuensaldaigne donnoit aux ordinaires d'Italie. Je me resjouis de tout mon cœur de ce qui s'est passé de delà, et si la suite respond à un si bon commencement, nous ne devons pas moins espérer de progrez, cette campagne, en Lombardie qu'en Flandres.

Je receus, hyer au soir, vostre billet du 1e1'2 avec tous les autres papiers, et les lettres de l'ordinaire ne sont arrivées qu'aujourd'huy. Ainsy vous avez esté le premier à me donner les bonnes nouvelles. Je n'ay encore veu aucune depesche; mais, par une relation que Brachet a envoyée à M. Le Tellier, je ne vois pas que l'on donne tant de part à Longuisciole pour le passage du Pô, qu'il s'en donne à luymesme par la lettre qu'il nous escrit; mais il sera aysé d'en sçavoir la vérité.

Vous avez bien faict de ne rien escrire à l'abbé Amoretti, et, au contraire, vous pourrez vous resjouir avecluy, de ma part, de la prise de

1 Le sens est que ces deux généraux es- de Milan, et que ce dernier commandait

pagnols ont eu le même sort. On a vu que en Flandres sous l'autorité" de don Juan, le comte de Fuensaldagne avait remplacé le 2 Le chiffre est mal formé; on pourrait

marquis de Garacène dans le gouvernement lire : du 7.

Trin, et luy dire que j'cspere d'estre bientost de retour à la Cour, et Août i658. que je ne perdray aucune occasion de luy tesmoigner l'amitié et l'estime que j'ay pour luy.

Vous remercierez le sr Bartet, de ma part, de la lettre qu'il m'a escrite. Le tableau qu'il faict de Paris, pendant la maladie du Roy, est dans la perfection; mais comme il est un bon peintre, il se contente de faire voir de loing certaines choses, qui, regardées de plus prez, pourroient faire de la peine1. Enfin je sçay qu'il a cognoissance de tous ceux qui ont joué leur personnage dans cette farce; mais la discrétion et d'autres respects2 l'empeschent de les nommer; mais, pour cela, on ne laisse pas de sçavoir tout ce qui s'est passé. Je cognois le Roy trop délicat sur le point du respect qui luy est deub, pour croire que SaMle puisse avoir de la joye dans son cœur de ce que M. de Villequier a faict, dont ses meilleurs amis peuvent bien compatir à son malheur d'avoir faict une action par laquelle il a encouru l'indignation du Roy; mais ils ne peuvent pas soustenir que Sa Mtd n'ayt esté offensée.

H ne sera pas mal que vous disiez, en passant, à M. Amoretti que je n'ay jamais veu tant de sottises comme en dict la Gazette de Turin; car, premièrement, il n'y a homme au monde moins informé des affaires de France que luy3. Vous luy pourrez dire aussy que, si j'avois eu l'honneur de conseiller Madame Royale, je n'aurois jamais esté d'advis qu'on eust mis, dans la relation qu'on a faicte de la prise de Trin : per le sole armi di S. A.R.; car asseurement personne ne peut songer en France à luy osterla moindre partie de la gloire et de l'advantage de cette action, quoyque l'on puisse dire avec vérité que les seules armes de M. le duc de Savoye ont pris Trin, quand l'armée françoise tenoit occupées toutes celles des ennemis sur l'Adda.

J'envoye à Rose4 l'extrait des depesches de Provence et luy mande

1 Mazarin veut parler des intrigues de ienient à l'abbé Amoretti; mais ii est proba-

cour auxquelles la maladie du Roi avait donné ble que Mazarin veut parler du rédacteur de

lieu. la Gaiette de Turin.

1 Motifs, considérations. ' Rose ou Roze, secrétaire de Mazarin.

3 Luy devrait se rapporter grammatica- ( Voy. t. IV, p. 196, des Lettres de Mazarin.)

M.UAM>. VIII.

tUPMKEMK NATIONlLt.

Aoûi [658. d'escrire à M. de Mercœur et à M. le président d'Oppede suivant ce qui sera résolu, et vous pouvez dire à M. le mareschal de Villeroy et à M. de Brienne d'appeler ledict Rose, quand on parlera de cette affaire, parcequ'il en est bien instruict, et il pourra, en son particulier, escrire auxdicts sieurs de Mercœur et président; ce qui fera un tres-bon effect.

Addition * .

Je vous prie de vous entendre avec Rose pour tout ce qui regarde la Provence et de représenter qu'il ne faut pas prendre des resolutions foibles; car elles ne serviroient qu'à nous faire tomber dans de plus grands inconveniens. Je vois que tout le monde de Provence s'adresse à Mme la princesse palatine à cause que M. de Gordes a l'honneur de luy appartenir. Il me semble que cela n'est pas trop bien, et je vous prie de bien observer les intentions du party contraire à M. d'Oppede, et vous trouverez qu'elles ne valent rien , quelque chose que ces genslà puissent dire.

Les gentilshommes que MM. de Mondejeux et de Fabert depescheront à la Cour pour rendre grâces à Leurs Majestez de l'honneur qu'ils ont receu2, s'adresseront à vous qui prendrez soin de les présenter à Leurs Majestez et à Monsieur, et de les faire bien recevoir.

CGXGIV.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52 A. f* t3o v*. — Copie du temps.

À LA REINE

Calais, 10 août i658.

( EXTRAIT

Je reçois, avec la vostre du 7, la continuation des bontez du Con-

' Ce post-scriptum était probablement au- 2 Ils venaient d'être nommés maréchaux

tographe, comme il arrive souvent dans les de France. (Voy. ci-dessus, dans la lettre Lettres de Mazarin. du 7 août à la Reine, p. 55g , notes 3 et 6.)

fident et les vostres, et j'en suis tousjours plus confus. J'ay esté fasché Aoùi i65ê que ce que Villacerf a apporté ayt aussytost esté publié, ayant veu icy des lettres escrites de Gompiegne, qui en parlent, et il me semble que j'ay assez de monde sur les bras, sans m'en vouloir mettre encore davantage, et le Confident et vous verrez que le fils de 22 (de la Reine)1 voudra grand mal à la Mer (à Mazarin), qui2 la croira la seule cause du malheur des personnes qu'il ayme3; mais, aprez tout, je feray tousjours mon devoir, et il arrivera ce qu'il pourra, il [ne] me faut qui que ce soit, hors le Confident et vous.

Voyez4 mes lettres, que je vous conjure de bien examiner, pour faire aprez ce que vous estimerez plus à propos; car chacun a ses amys, et je m'asseure que l'abbé Ondedei aura fort parlé pour excuser la conduite de la personne que vous aimiez tant dans le temps passé 5. Pour moy, je n'ay d'autres amys que ceux qui font leur devoir et qui n'ont d'autre but que de plaire à Leurs Majestez. Je vous réplique pourtant qu'en cette occasion il estoit plus juste que les Anges (la Reine)0 se rendissent aulheurs de la resolution du Confident1. Aprez tout ce qu'on mande de Paris, il eust esté plus à propos de faire arrester Gerzé8 que de l'esloigner; et si le premier ordre n'a pas encore esté exécuté, on ne doit pas y hésiter, car il sera mieux à la Bastille qu'en Anjou, où il y a assez de meschans esprits.

Toutes les lettres de Gompiegne portent que le Roy n'a pas esté fasché de ce que M. de Villequier0 a faict, Sa Mtë estant bien ayse

1 Mazarin désigne évidemment Monsieur, qu'il s'agit ici de la princesse palaline. ( V<>\ .

frère du Roi. ci-dessus, p. 563.)

1 Le sens est : qu'il le croira la seule ' D'après la clef donnée par M. Raven I

cause , etc. le mot Ange désignait la Palatine; mais je

1 On a déjà vu que Mm" de Fiennes et crois qu'ici il désigne la Reine. de Choisy avaient été exilées pour les in- ' C'est-à-dire, de l'exil des personnes ac-

trigues par lesquelles elles avaient cherché cusces d'intrigues.

à s'emparer de Monsieur pendant la maladie ' René du Plessis de la Roche-Pichemer,

du Roi. comte de Gerzé, ou Jarzé, tué en 167g. Il

4 Mot douteux. avait déjà figuré dans les trouhles anté-

'" Il paraît résulter des lettres de Maza- rieurs. iin à Ondedei, nommé évêque de Fréjus, * On voit, par les Mémoires de A/"' do

Wii iC58. d'avoir de braves gens auprez d'EUe1. Cela fera asseuremenl un tresmeschant efîect; car rien n'importe tant pour le soustien de l'authorité royale que d'estre fort ferme à l'esgard de ceux qui perdent le respect. Je prie donc le Confident de se bien comporter en cette affaire et de tesmoigner qu'il est fort indigné de la manière dont on en a usé; et sans cela les edicts2 sont à vau-l'eau, et son authorité dans le mespris 3.

Il est important qu'on n'expédie pas à M. de Coustances4 ce qu'il demande pour resigner son evesché, nonobstant que j'aye escrit au père Annat5 d'en parler au Roy. C'est pourquoy je vous prie de luy dire, lorsque ledict père en parlera au Confident ou à vous, qu'il faut remettre la chose à mon retour6. Je vous supplie de n'oublier pas, car la chose est de conséquence par les raisons que j'auray l'honneur de vous dire de vive voix.

Le Confident et vous, vous souviendrez que M. de Beaufort devoit retourner à Anef, aprez avoir faict la révérence au Roy et à la Reyne. Cependant il est estably à Paris; il gouverne son père, et il est à craindre qu'on aura bientost sujet d'estre mescontent de sa conduite. C'est pourquoy il sera à propos de ne luy donner pas grand accez auprez du Confident et de la Confidente et [de] faire cognoistre qu'on évite de se familiariser avec lui *#*#.

Montpensier que Villequier, croyant avoir à vry, dont il a été question t. IV, p. h i 6 ,

se plaindre du duc d'Elbeuf , l'avait attaqué note 3 , des Lettres de Mazarin.

et avait été accusé de tentative d'assassinat. 5 Jésuite, confesseur du Roi. On trouvera,

1 Villequier était un des quatre capitaines aux Analyses , l'indication de la lettre de Mades gardes du corps. zarin au père Annat.

2 Les édits contre les duels. 6 Claude Auvry voulait renoncer à la di-

3 Le cas de Villequier était plus grave que gnité d'évêque de Coutances. Il en obtint celui des duellistes ordinaires, parce que le l'autorisation et ne conserva que la charge Roi était déjà au courant de sa querelle avec de trésorier de la Sainte-Chapelle. Il vécut M. d'Elbeuf et qu'on lui avait défendu de se jusqu'en 1687.

battre. Quant aux édits sur le duel, bien ' Le château d'Anet était situé près de

qu'on les renouvelât de temps à autre, ils Dreux (auj. Eure-et-Loir). H avait été bâti

ne furent guère appliqués sous la régence pour Diane de Poitiers et appartenait, en

d'Anne d'Autriche. i658, au duc de Vendôme, père du duc de

4 L'évêque de Coutances était Claude Au- Reaufort.

Août 1 6 5 S .

GGXCV.

Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a A, f° ia5 v\ — Copie du temps.

AU DUC DE MERCOEUR

Calais, 10 aoûl 1 658.

(extrait.)

Après lui avoir dit qu'il a envoyé à la Cour un extrait de ses dépêches relatives aux troubles de Marseille, Mazarin continue en ces termes :

Je vous diray seulement que, si cette affaire se pouvoit accommoder en sorte que vostre réputation et la dignité du Roy n'y fussent point intéressées, mon sentiment seroit que l'on preferast cette voye à celle de la force, premièrement parce qu'il seroit très-important, pour soustenir les affaires de la Catalogne et y faire les progrez que la faiblesse des ennemis nous peut faire espérer, que les troupes, qui sont destinées pour servir de ce costé-là, fussent en liberté d'y aller, d'autant plus que dans la créance qu'a eue M. de S1 Aunez1 qu'elles le joindroient bientost, il s'est engagé au siège de [Campredon]2, duquel il pourroit peut-estre estre nécessité de se retirer, faute de secours.

De plus, n'y ayant pas la dernière certitude que l'on pust venir à bout de Marseille par la rigueur, vous jugez bien que ce seroit s'exposer à d'estranges inconveniens, et que, si Ton s'estoit efforcé inutilement de chastier les séditieux, l'asseurance qu'ils auroyent, par cette expérience, de l'impunité de tous leurs crimes, leur feroit peut-estre prendre la resolution de la porter plus loing et de se soustraire tout-à-faict à l'obéissance. Ce qui seroit sans comparaison de plus dangereux exemple

1 Voy. sur Bary de Saint-Aunez ou Saint- Auuais avait entrepris le siège de Campre-

Aunais, gouverneur de Leucate, tome II, don le 99 juillet. Il fui forcé de le lever. Le

p. io52, des Lettres de Mazarin. duc de Mercœur vint prendre le roinman-

1 Cette ville, dont le nom a été altéré dément de l'armée de Catalogne; mais il se

dans la copie et changé en Cauvedon, est si- tint sur la défensive et évita de gagner une

tuée en Catalogne , au sud de Puycerda. Saint- action.

Aoûi .658. à l'esgard de toutes les autres villes de la province que ce que vous dictes que pourroit produire la voye de la douceur.

Outre cela, il faut considérer que, quand on seroit présentement en estât de faire quelque punition des révoltez, ce ne seroit que couvrir le feu et non pas l'esteindre, parce que ces esprits-là, qui sont naturellement chauds et turbulens, estant aigris par le chastiement qu'ils au r oient receu, seroyent encore dans une plus meschante disposition qu'auparavant et ne songeroyent qu'à la faire esclater, lorsque les troupes seroyent esloignées de leur territoire et qu'ils auroyent pris leurs mesures pour le faire en seureté.

Enfin l'on m'escrit de Gompiegne ' que l'on y a représenté les choses diversement de ce qu'elles nous ont esté dictes, et que la pluspart des personnes de la Cour sont persuadez que ce n'est qu'une alfaire particulière, pour la galère que l'on vouloit contraindre les marchands de Marseille d'entretenir malgré eux et sans nécessité, qui a causé tout ce desordre. Ce qui vous doit estre encore un motif particulier de l'apaiser, s'il se peut, par la négociation plustost que par les armes, présupposé, comme j'ay dict ci-dessus, que cela se fasse avec reputalion et dignité. Je vous dis mes pensées avec la franchise qui doit estre tousjours entre nous, me remettant neantmoins en tout aux ordres que vous recevrez de la Cour, et vous asseurant qu'à quoy que vous vous déterminiez, j'appuyeray de tout mon pouvoir ce que vous aurez faict, estant fort persuadé que vous n'agirez que par un pur objet du bien des affaires de Sa M16.

On a escrit à M. de Vendosme, afin qu'il approuvast2 la déférence que le chevalier Paul3 a eue d'aller mouiller à la rade de Marseille, sur l'instance que vous luy en avez faicte.

Addition de la main de Son Eminence :

Quelque chose que je vous escrive, je n'oublie rien pour donner la

1 La Cour était alors à Compiègne, d'où 2 En qualité de grand amiral de France.

Ondedei et Rose correspondaient habituelle- 3 Sur le chevalier Paul, voy. ci-dessus,

ment avec Ma zarin. p. i5.

dernière terreur à ceux de Marseille, afin qu'ils se disposent d'autant Août i658. plus à avoir recours à vous et à satisfaire le Roy par vostre moyen.

GCXGVI.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a A, f° 1 35 v°. — Copie du temps.

À LA REINE

Calais, 1 1 août i658.

(bxtrait.)

Cette lettre sera bien heureuse si vous pouvez trouver le temps de la lire dans les accablemens où vous serez en arrivant à Paris; mais tousjours les retraites dans l'oratoire, qui sont infaillibles, vous permettront d'employer un demy quart-d'heure en faveur des absens. pour lesquels je m'asseure que le Confident aura la bonté d'intercéder; mais je ne crois pas qu'il en soit besoin, car on dict que vous ne haïssez pas les absens, et ils se confient fort en cela.

Héron m'a rendu vostre lettre, et je suis ravy de voir qu'on ne parle plus de maladie ny de convalescence; car c'est à dire que le Roy se porte comme s'il n'avoit jamais esté malade. Vous croirez bien que je n'en ay pas moins de joye que vous, et c'est tout dire. Je me flatte que, lorsque vous estes en particulier avec le Confident, je ne suis pas entièrement oublié; mais je m'attendois que, comme je vous escris en commun, le Confident pourroit bien quelquefois vous soulager et prendre la peine de m'escrire un petit mot. On dict qu'il porte si bien la perruque, qu'il est si bien habillé et si galant, que je ne doute pas qu'estant, d'ailleurs, l'homme le mieux faict du royaume, les dames ne le courent à force, et j'approuve tout pourveu qu'elles ne fassent pas troj) veiller.

Je n'ay rien à adjouster à ce que j'eus l'honneur de vous escrire hyer du siège1, sinon que les travaux s'advancent, et que, la nuicl

1 La seconde lettre de Mazarin à la Reine , du siège de Gravelines , a été renvoyée aux <mi «latf du 10 août 1 658 , où il lui parlait Analyses, parce que les détails qu'elle donne

Aoûi i658. passée, on auroit faict un logement à l'attaque de M. de La Ferté, si les ennemis n'eussent faict jouer des fourneaux, et nous avons esté heureux d'en avoir esté avertis par un soldat qui s'est venu rendre à point nommé pour nous faire ce beau présent; car on y auroit perdu beaucoup de monde, et pas un n'y a esté attrapé. M. de Varenne a travaillé en cet endroit-là toute la journée, et nous espérons y faire, la nuict prochaine, tout ce qui sera nécessaire pour s'advancer promptement à passer le premier fossé de la contrescarpe.

J'ay faict partir ce matin M. d'Aquin pour aller voir M. d'Huxelles l; ce n'est pas qu'il ayt la fiebvre ny que sa blessure soit dangereuse, mais pour en avoir des nouvelles asseurées et le faire transporter du camp, si on juge que cela se puisse.

L'abbé Ondedei m'a tout escrit, et je n'ay rien à adjouster. Mmc de Choisy2 m'a escrit une grande lettre, mais je ne luy feray pas response, ou elle sera fort courte. Mme et M. de Brissac3 m'ont aussy depesché un gentilhomme avec des lettres pour me dire qu'on leur avoit rendu mauvais office; mais je respondray ce qu'il faut.

Je vous supplie de me permettre que je puisse asseurer Monsieur de mes tres-humbles respects, et que je répète à vous et au Confident ce que je vous ay dict mille fois et que je diray jusqu'au dernier moment de ma vie.

M. de Fabert depesche ce gentilhomme pour rendre grâces au Roy et à vous de l'honneur qu'il a receu ##*•&##.

sur ce siège se trouvent déjà dans la lettre à Turenne, en date du 9 août, publiée cidessus, p. 565.

1 Louis Châlon du Blé, marquis d'Huxelles, nommé maréchal de camp en i643, lieutenant général en i65o, avait reçu, au siège de Gravelines, une blessure dont il mourut le 1 3 août 1 658.

2 Jeanne Hurault de l'Hospital , née vers 160/i, mariée à Jean de Choisy, conseiller

au Parlement de Paris , etc. , chancelier du duc d'Orléans; morte en 166G. Elle a son historiette dans Tallemant des Réaux.

3 Louis de Gossé, duc de Brissac, avait épousé en 1 645 Marie de Gondi. Il mourut en 1 66 1 . On voit par les Mémoires de M"e de Montpensier que le duc et la duchesse de Brissac s'étaient compromis dans les intrigues qui eurent lieu pendant la maladie du Roi.

Août 1 658.

CGXCVII.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5-2 A, f° 12/1 v°. — Copie du temps.

À M. DE TURENNE

Calais, 12 août 1 658.

(extrait.)

M. le mareschal de La Ferté me vient de depescher pour me dire qu'il avoit faict un logement de son costé à la première1 contrescarpe; qu'il y avoit eu quelques soldats hors de combat et quelques lieutenans et soubs lieutenans des gardes blessez, parmy lesquels il m'avoit nommé Gavoye2. Bellefons3 avoit esté blessé, mais légèrement; et ce qui luy faict beaucoup de peine4, c'est que la Brosse, un des commandants de l'artillerie, a eu un coup de canon, duquel il ne peut pas revenir, et ce mesme coup a emporté Bois-Laurent, qui estoil chef des mineurs et a failly à emporter aussy Clerville et Vauban 5. Comme il se rencontre que l'autre commandant [de l'artillerie] a une fièvre continue qui l'empesche de servir, ledict mareschal me tcsmoigne estre fort embarrassé pour le commandement de l'artillerie, et, en mon particulier, je ne sçay pas comme on y remédiera, si ce n'est que vous peussiez vous passer pour quelques jours de Lettancourt et le luy envoyer.

Il me mande aussy qu'il apprend de tous les endroits et mesme par les partys qu'il a envoyez aux environs de Saint-Omer, que les ennemis y assemblent généralement toutes leurs forces hors celles qu'ils ont à

Mot écrit en abrégé et douteux. de France en i(>68 et mourut eu 160,4.

1 Gilbert-Oger de Gavoye, qui devint ' Au maréchal de La Ferté.

maréchal de camp en 1696 et mourut en 5 Sébastien Le Prêtre de Vauban devint

septembre 1702. maréchal de camp en 1(17(1, lieutenant gé-

3 Bernardin Gigaull de Bellefonds avait oéralèn 1 688, maréchal de France en i7o3,

fté maréchal de camp en i65a h lieute- mort en 1707. Il avait déjà servi au siège

iiaui général en i655; il devint maréchal de Stenay, en i654.

M UlTUN. VIII.

ivpriMrniE * atio<<ai t.

Août i<;r>8. vostre teste, et que, s'ils s'avançoient par Link ou par quelque autre endroit avec un corps de cinq à six mille hommes, comme ils le peuvent aysement, il auroit de la peine à empescher qu'ils ne jetassent cinq ou six cens hommes dans la place, et qu'il croyoit que vous deviez destacher un corps pour prendre le poste de Waten1, parce que, par ce moyen, on asseureroit tout. Je luy ay faict response que je ne sçavois pas bien le party qu'il falloit prendre; mais que je vous informerois de tout ce qu'il me mandoit, et que j'estois asseuré que vous prendriez la resolution que vous estimeriez la meilleure pour empescher qu'il ne pust réussir aux ennemis de secourir Gravelines, et qu'il seroit bon qu'il vous donnast part de tous les advis qu'il recevroit et de ses pensées, avec asseurance que, comme vous n'avez rien devant les yeux que le plus grand advantage du service du Roy, vous faciliteriez avec plaisir toutes les choses qui le pourroient advancer.

Il voudroit estre fortiffié de quelque peu d'infanterie; sur quoy je me remets à vous den user comme vous le jugerez à propos.

Le régiment d'Alsace arriva hyer au camp, fort de plus de sept cens hommes, compris les officiers, et demain le régiment royal d'infanterie y arrivera aussy. Je ne sçay pas de combien d'hommes il est composé; mais ce renfort ne peut estre de moins de cinq cens hommes, puisqu'il y a une compagnie suisse qui marche avec ledict régiment.

GGXCVIII.

Bibt. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52 A, f° i46 v°. — Copie du temps.

À LA REINE

Calais, 12 août 1 658.

Je mande à M. de Villeroy ce qui s'est passé la nuict dernière au

1 Waten ou Watten, aujourd'hui département du Nord, sur l'Aa, arrondissement de Dunkerque.

siège, afin qu'il en informe le Confident et vous. Mme de Cavoye1 ne se Août i658. doit pas mettre en peine, car, sur ma parole, son fils est blessé sans seulement apparence de douter2.

Les ennemis nous menacent tousjours de vouloir secourir la place, et nous prenons toutes les précautions pour les empescher, sans rien oublier ce pendant pour advancer le siège.

La blessure de M. le marquis d'Huxelles fera peut-estre languir son attaque3; mais jusqu'à présent cela ne paroist pas, le régiment italien ayant fort bien faict son devoir, et les gardes escossoises aussy. Je renvoyé G. . .4 en diligence pour demander à M. le Grand Maislre5 un commandant d'artillerie et pour dire au Confident et à vous que jamais, en ma vie, je n'ay souhaité avec plus de passion de voir finir aucune chose comme ce siège, ayant la plus grande impatience du monde de me rendre auprez des personnes que vous sçavez, qui n'ont pas beaucoup d'aversion pour moy, qui en suis tout persuadé, et je ne croy pas de me tromper. Je me porte assez bien; asseurement je nauray aucun mal lorsqu'il sera question de donner à vous et au Confident des marques de ma passion à vostre service.

Je vous supplie de vous souvenir quelquefois de vostre tres-humble serviteur, quand ce ne seroit qu'à cause de * * et de * *. Je renouvelle les asseurances de mes tres-humbles respects à Monsieur, et je suis ce que je dois au Confident et à vous #**##.

' Marie de l'Or, mariée le 16 septembre * Nom que je n'ai pu déchiffrer. Il semble

162.5 à François Oger, seigneur de Cavoye. qu'il y a Gurs ou Guri. C'est peut-être une

(Voy. son Historiette dans Tallcmant.) forme abrégée pour Contery, souvent cité

; Tel est le texte de la copie. Le sens est, par Mazarin. je crois : sans qu'il paraisse s'en douter, ou 5 Cbarlos de La Porte, grand maître de

peut-être, sans apparence de douleur. l'artillerie, fils du duc de La Milleraye.

3 L'attaque sur le point qu'il était chargé (Voy. sur lui une Addition au tome Y.

d'emporter. p. 755, des Lettres de Mazarin.)

\oûl i658.

CGXGIX.

Bibl. nat. , ras. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 52 A, f° i a5 v°. Copie du temps.

A M. DE TURENNE

( EXTRAIT

Calais, i3 août i658.

Je ne suis pas en estât de vous dire autre chose, si ce n'est que je suis au desespoir et que rien n'est capable de me consoler de la mort du pauvre comte de Moret1. Vous sçavez si j'en ay raison, et si, sans faire tort à personne, il n'estoit pas un des plus honnestes gentilshommes qui fust en France. Je suis aussy extrêmement affligé de la mort de M. de Varennes2, et j'auray soin de ses enfans avec la dernière affection. Ce coup de canon a emporté à vous et à moy deux personnes que nous aurons de la peine à recouvrer en toute nostre vie , et c'est un miracle que M. de La Ferté ne l'ayt esté aussy. Il a eu seulement une contusion en un bras, causée du mesme coup.

Je sçay aussy bien que vous ce que vous perdez au comte de Moret, et, quelque amy que vous puissiez avoir, vous n'en aurez jamais un qui le soit à ce point-là3. Il est estrange que ce siège soit fatal pour les personnes de condition; car il n'y a que quatre-vingts blessez à l'hospital, et la nuit dernière, où ce malheur est arrivé, il n'y a eu que quatre Suisses hors de combat, de dix compagnies qui estoient en garde.

1 Antoine du Bec-Crespin, comte de Moret, maréchal de camp en i652 , iieutenant général en i655, tué au siège de Gravelines (i3 août i658).

2 Roger de Nagu , marquis de Varennes.

( Voy. t. V, p. h h î , note 1 , des Lettres de Mazarin. )

8 Turenne s'exprime ainsi dans ses Mémoires sur le compte de M. de Moret : «H était lieutenant des gendarmes de M. le Car-

dinal et devait avoir le gouvernement de Gravelines. M. de Turenne l'aimait tendrement, et il n'y avait point de gentilhomme en France à qui il eût sitôt ouvert son cœur, lui ayant reconnu en diverses affaires un procédé fort sincère , accompagné de beaucoup de jugement. . . Il n'est pas croyable combien [M. de Turenne] a été touché de sa mort, comme d'une perte qui ne se répare pas.»

DU CARDINAL MAZAR1N. 581

Gontery ' a receu aussy un coup de mousquet à la cuisse; mais j'espère Août i65& qu'il n'en aura que le mal.

J'ay escrit à M. le comte de Schomberg de se rendre auprez de M. le mareschal de La Ferté pour servir à son attaque, où il est absolument nécessaire.

Je vous depeschay hyer un garde, et je n'ay autre chose à adjouster à ce que je vous escrivis, si ce n'est que j'ejivoyeray ce soir au camp, ou à Bourbourg, plus de mille hommes de pied; car le régiment royal [et] la compagnie suisse, avec trois cent cinquante Anglois, font ce nombre.

GCG.

Bibl. nat. , ms. f. fr., Mélanges de CoJberl, t. 5-2 A, f° îka v°. — Copie du temps.

À LA REINE

datais, i.3 août 1 658.

(extkait.)

Je suis dans la dernière affliction de la mort du pauvre comte de Moret, qui a esté emporté d'un coup de canon, la nuit passée2, à la tranchée de M. le mareschal de La Ferlé. Le Roy a perdu un bon serviteur, et la France un tres-honneste3 gentilhomme, qui, sans exagération, avoit toutes les bonnes qualitez qui sont nécessaires pour cela. Je l'aymois avec grande tendresse, et le Confident et vous le sçavcz fort bien. J'advoue que j'en suis au desespoir, et je ressentiray cette perte toute ma vie avec raison; car je sçay fort bien qu'on ne peut avoir plus d'amitié pour une personne qu'on ayme et estime fort qu'il en avoit pour moy. Je depesche ce gentilhomme au marquis de Vardes4, qui sera in-

' Paul de Gontery avait dté nommé ma- les qualités <|iii rendaient un homme digne

récbal de camp en i652. d'estime.

! Le comte de Moret lut tué dans la nuit * François-René du Bec-Crespin, livre

du 12 au i3 août. du comte de Moret. (Voy. , sur le marquis

3 On sait quelle était, au xvif siècle, la de Vardes, le tome V, p. 48, note 9 des

force du mot honnête, comprenant toutes Lettres de M azarin.)

Août i()58. consolable, et je supplie le Confident et vous de luy vouloir dire quelque chose pour soulager sa peine.

Ce mesme coup de canon a emporté la leste auparavant à M. de Varenne, dans la personne duquel le Roy faict aussi une très-grande perle, car il n'y avoit pas en France un meilleur officier pour un siège. Il a quitté l'armée de M. de Turenne pour se venir faire tuer à ce siège, au moindre mot que je luy ay faict dire. II est pauvre et laisse beaucoup d'eufans. Le Roy a beau champ d'exercer sa générosité et sa justice, les rescompensant des services du père.

M. le mareschal de La Ferté a une grande contusion à un bras d'un morceau de bois que le mesme coup luy a jeté, perçant l'espaulement du logement. Us estoient tous trois ensemble, et c'est un miracle que le mareschal n'ayt aussy esté emporté. Le pauvre Gontery a receu aussy un coup de mousquet dans la cuisse; mais j'espère qu'il n'en aura que le mal. M. le marquis d'Huxelles se porte mieux, et il sortira heureusement de sa blessure, à ce que les médecins et les chirurgiens disent. Voilà tout ce que j'ay à dire au Confident et à vous, et à vous supplier défaire partir en diligence Gadagne1 pour se rendre auprez de moy

ceci.

BibJ. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52 A. f° 168. — Copie du temps.

AU DUC DE MERCOEUR

Calais, là août i658.

(extrait.) ■

J'ay entretenu le sr de la Reynarde, qui est venu icy. Il m'a parlé, de la part de la ville de Marseille2, en des termes remplys de soubmission

1 Charles-Félix de Galéan , comte de Ga- ~ On a vu ci-dessus, dans la lettre du

dagne. ( Voy. t. V, p. 296 , note k , des Lettres 1 0 août au duc de Mercœur, p. 5y3 , qu'il de Mazarin.) y avait des troubles à Marseille.

et d'obéissance, m'a tesmoigné que, dans ce qui s'est passé en dernier Août 1 058. lieu, elle n'avoit eu aucun mauvais dessein de choquer les ordres et l'authorité du Roy ny la vostre1, et enfin m'a protesté que tous les habitans estoient prests de faire tout ce que vous jugerez estre de la dignité et de la satisfaction de Sa Mté, ou de la vostre particulière.

Je luy ay respondu que, me trouvant esloigné de la Cour, je ne pouvois luy rien dire, si ce n'est que je sçavois que le Roy estoit fort en colère de cette dernière esmotion, et que SaMtdvous euverroit pouvoir de faire tout ce que vous estimerez nécessaire pour le bien de son service et pour le soustien de son authorité, de sorte que c'esloit à vous qu'ils dévoient recourir, et que je croyois qu'ils nepouvoient pas avoir un intercesseur plus favorable, puisque, outre l'affection que vous aviez tousjours tesmoignée pour Marseille, vous serez sans doute bien ayse, devant estre toujours gouverneur de la Provence-, de pouvoir vous concilier de plus en plus les esprits d'une des principales villes de la province, et que vous n'employeriez la force contre eux que contre vostre inclination, aprez avoir tenté inutilement de leur faire faire ce qu'ils dévoient par la voye de la douceur.

En effet, je m'asseure que vous agirez sur ce fondement; mais quelque party que vous preniez, le Roy l'approuvera comme le meilleur et le plus advantageux pour son service.

1 Le duc de Mercœur était gouverneur de la Provence.

1 Après la mort du duc de Mercœur, Je gouvernement de la Provence fut donné à son fils le maréchal-duc de Vendôme, qui

s'illustra par la victoire de Villa- Viciosa et vécut jusqu'en 1712. Le marquis de Grignan, gendre de Mm° de Sévigné, était, sous ses ordres, lieutenant général du gouvernement de Provence.

Août if>58.

GGG1I.

Bibl. nat. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, l. 52 A, f° i5o v°. — Copie du temps.

Calais, \k août 1 658.

(extrait.)

Je ne puis pas me remettre du malheur de ia nuict précédente ' dont j'ai eu l'honneur de donner advis au Confident et à vous par le chevalier de Meré2. J'ay sceu, aprez, que le mesme coup emporta aussy le frère de M. de Varenne et un bras au prevost gênerai des Suisses, et la mesme pièce avoit emporté deux jours auparavant un chef des mineurs et un autre officier.

Le pauvre marquis d'Huxelles se porle mal; il a une grande fiebvre. Sa blessure est sèche, et la nature ne l'ayde en aucune façon. On en a tous les soins imaginables, mais luy n'a pas voulu estre transporté du camp, où il est bien logé. Les médecins l'ont jugé ainsy à propos jusques à tant que le 7me [jour] soit passé.

La nuict dernière, le régiment d'Alsace et [celui de] Lorraine, qui n'est composé que de cent cinquante soldats, le premier l'estant de six cens soixante sans les officiers, ont faict un logement, à l'attaque de Piedmont3, pour quatre cens hommes, au delà du premier fossé, et se sont rendus rnaistres de la palissade, de manière qu'on prétend, cette nuict, travailler pour gaigner le chemin couvert et les mettre en estât de passer le fossé de la contrescarpe. On y a perdu soixante-dix soldats, et la Prugne y a esté blessé. A midy, le régiment des gardes escossoises a faict aussy un fort bon logement à l'attaque de M. de

1 Le mot précédente est suivi des mots à 2 Voy., sur le chevalier de Mère', les Ad-

ta et d'un signe qui équivaut à dernière e'crit ditions du tome V, p. 792, des Lettres de

en abrégé. Le sens est peul-être par ma Mazarin.

dernière lettre, qu'il faillirait placer après 3 A l'attaque dont était chargé le régiment

advis. de Piémont.

La Ferté; car il a passé un fossé, où il y avoit quatre à cinq pieds Août itiôt d'eau, et a chassé avec beaucoup de vigueur les ennemis de tous les dehors qu'ils avoient et desjà de la corne1 de la basse- ville, et estant'2 voulu revenir pour faire un effort et regagner le logement, les nostres l'ont soustenu , et ils (les ennemis) ont esté bien battus. Il y a eu soixante hommes hors de combat, et quatre fourneaux3, que les ennemis ont faict jouer dans les deux attaques, n'ont pas beaucoup endommagé nos soldats. Le major des gardes escossoises y a esté fort blessé, et quelques officiers; et le colonel, qui a conduit tout cela avec intelligence et la dernière bravoure, se porte bien, quoyqu'il ayt esté deux heures à descouvert.

Glerville me faict espérer un grifïonnement 4, demain, de Testât de leurs attaques, et je l'envoyeray au Confident.

J'ay receu vostre lettre du 10, de Gompiegne, et je vous asseure que je gaigneray des momens pour me rendre auprez de vous et du Confident, car il n'y a rien au monde que je souhaitte avec une plus grande passion. Je vous prie de dire à 22 (la Reine) mille choses de *; car effectivement il dict vray #*•*#.

CCCHI.

Aff. étr., Pays-Bas, t. 44, f° 236. — Minute.

À M. DE TURENNE

Calais, i5 août 1 658.

(extrait.)

Je viens de recevoir vostre lettre d'hvcr. Je me conforme entière-

meut à tout ce que vous me mandez, n'ayant jamais creu que vous deussiez quitter l'endroit où vous estes pour venir à Waten, à moins

On appelait corne un ouvrage avance ayant. Le sens est : les ennemis ayant voulu

Situé bon du corps de place el composé revenir, etc. d'pne epurtine el de. deux demi-bastions. Fourneaux de mines remplis de poudre.

La copie porte bien estant, BU lien de " Une esquisse griffonnée.

■iiiiin, — vin. fjtx

urrtMrniE iiatioxalc.

Août i658. que les ennemis fissent quelque mouvement qui vous obligeast à cela, et comme ils n'en sçauroient faire aucun que vous n'en ayez cognoissance, j'ay l'esprit en repos, et je m'asseure que vous prendrez tousjours le meilleur party pour les empescher de venir à bout des desseins qu'ils pourroient avoir.

Ce pendant le siège va fort bien, les nostres ayant pris entièrement le dessus depuis la nuit précédente ta celle-cy, que le régiment d'Alsace se rendit maistre de son costé de la contrescarpe et de tous les ouvrages que les ennemis avoyent jusqu'à la corne; et liyer, de plein midy, le régiment des gardes escossoises s'empara de toutes les fortifications que les ennemis avoyent jusques au fossé de la basse-ville; ce qui a esté continué cette nuit par le régiment du mareschal de La Ferté jusques à contraindre les ennemis de quitter une pièce de canon qu'ils avoyent en un travail à costé de l'ouvrage à corne de la basse-ville, et de l'autre attaque [Perducere]1 s'est encore beaucoup advancé, de manière qu'il me semble que les nostres ont tout-à-fait le dessus, et il y a grande apparence que l'on mènera à présent cette affaire bien viste"2 et d'autant plus que l'armée de M. de La Ferté, depuis l'arrivée du régiment d'Alsace, qui est aussy bon qu'on puisse dire, a esté renforcée de prez de quinze cens hommes.

J'espère de faire partir par la marée de ce soir, la Loyauté avec les munitions et tout ce qui estoit destiné pour Dixmude et Furnes, comme aussy avec les choses que Letancour3 a voit demandées pour l'équipage d'artillerie. Ainsy, vous ne serez plus obligé d'avoir recours à M. Lockart, et comme l'on envoyé vingt milliers de poudre, ce sera à vous de les partager comme vous jugerez plus à propos entre Furnes et Dixmude.

Rien ne manque à ce siège, et, au contraire, tout y est en abondance, et, suivant toutes les apparences, il me semble qu'il ira à présent bien; car les nostres advancent avec beaucoup de vigueur. Le

1 Nom très douteux. 8 Letancour ou Leltancoiirt était un in-

2 Gravelines tomba au pouvoir de la génieur attaché à l'artillerie dont il a été France quinze jours après, le 3o août. plusieurs fois fait mention.

pauvre marquis d'Huxelles se porte fort mal, et on ne croit pas qu'il Août i658. en reschappe. J'en suis extrêmement touché; car outre qu'il est un fort bon officier, c'est un des meilleurs gentilshommes qu'on cognoisse1. 11 n'y a pourtant encore rien de désespéré.

1 «M. d'Huxelles, dit Turenne, était un homme de mérite et l'un des premiers lieutenants généraux de France. »

TABLE CHRONOLOGIQUE

DES LETTRES ANALYSÉES

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