RA1T
Mazarin commence par parler de ses intérêts particuliers et de créances à recour vrer. 11 indique ensuite .1 Lionne plusieurs de ceux qui peuvent le servir avec zèle
Je soahaiterois que vous liassiez une estroitte amitié avec Navailles1, lequel esl tout-à-fait dans mes inlerests. cl capable, en diverses rencontres, de parler fortement à la Reyneen la manière qu'il auroit concertée avec \ous: et, réglant par lui la conduite de sa femme2, je croy qu'on en pourra tirer de lions services. Pour le maresclial du IMessis 3, l'av sujet d'estre persuadé que ledicl sieur maresclial est tout-à-fait dans mes interests. C'est un grand malheur que tous mes ennemis soient unis ensemble et fassent le pis qu'ils peuvent, et que mes amis, qui, agissant de concert, pourroient aysement les contrecarrer, soient tous desunis. Il faut que, M. Servien et vous, pour vostre interest et pour le mien, fassiez tout ce qui sera en vostre pouvoir pour estre liez estroittement avec mes amis, particulièrement avec ceux qui ont accez auprès de la Reyne; car autrement il est à craindre que vous n'en soutiriez, et mov aussv.
M. de Ruvijjnv ' est parfaitement bien avec M. de Bouillon5, lequel gouverne entièrement La Rochefoucauld °, et je croy que tous deux
1 Yo\ . sur Navailles , le t. 111 des Lettres 5 Voy. sur ce maréchal , le t. I des Lettres
-ariu, p. 3. note 6. de Mazarin, p. o5-J.
Suzanne de Neuillan ou Neuillant, ma- ' Voy. sur Ruvigny, ibid., p. 957.
liée au baron, plus tard duc de Navailles. 6 Frédéric-Maurice de La Tour. Xowilii-
Elle avait éti; lille d'honneur de la Heine. dem, p. 913.
Elle devint dans la suite dame d'honneur «!>' ' François M de La Rochefoucauld, au-
la jeune reine Marie -Thérèse, et s'attira leur du livre des Maxime* ei de Mémoires
une honorable disgrâce en résistanl aux «pie nous avons souvent cités. Voy. t. lit
passions de Louis XIV. des Lettres de Mazarin, p. oui note 1.
«ars i65i. sont capables «le tourner l'esprit de M. le Prince où ils voudront. C'esl pourquoy je prie M. Servien et vous de considérer s'il seroit bon de faire quelque ouverture audict Ruvigny pour s'en servir avec M. de Bouillon; car. si on pouvoit ramener M. le Prince, en sorte qu'il fust entièrement à la Reyne, ce seroit un grand bien pour l'Estat, et malaysement le parti contraire pourroit tenir leste. Je liens ledict Ruvigny tout-à-fait à moy, secret et fort capable de conduire une affaire. M. de Bouillon et sa femme tesmoignent affection pour moy et de souhaiter que M. le Prince et moy fussions bien ensemble, et MM. de Bouillon et de La Rochefoucauld sont persuadez, comme aussv la princesse Palaline, qui est une femme fort intéressée et qui a la clef de l'intelligence entre M'ne de Longueville et [M.] de La Rochefoucauld, que, sans l'union de M. le Prince avec la Beyne, malaysement pourront-ils ' jamais faire leurs affaires à la Cour. En outre, les deux personnages susdicts ne sont pas capables de s'accommoder jamais du cœur avec le Coadjuteur. Je remets tout à la prudence de M. Servien et à lavostre. Ce que je vous puis dire seulement, c'est que l'on se peut fier à M. de Ruvigny, qui ne gastera rien.
Par la mesme raison que Monsieur n'oublie rien pour gagner Rose2, il faut que quelqu'un,, de la part de la Reyne, s'applique à faire ce qui sera nécessaire pour le tenir attaché au service de sa M1". Ce qui sera fort aysé eu luy donnant le domaine qu'on luy a promis3, et Juy faisant cognoistre, quand on payera les troupes, que cela se fera par le soin que la Reyne en prend.
Nonobstant ce que vous me mandez de M. d Hocquincourl ", la Reyne doit faire estât de son service; mais il faut que son esprit soit cultivé par de bonnes paroles et asseurances que Sa Mtc se confie en luy, et qu'Elle est tres-persuadée qu'il ne luy manquera jamais, et, comme il a entière confiance en M. Servien et qu'il me promit
1 La phrase esl irrégulière, mais elle se 3 Voyez ci-dessus p. 76, noie a, sur les
comprend aisément. domaine-: que les Rosen obtinrent en Alsace.
! Le général Reinhold de Rosen. Voy. le ' Voy. sur Iloruuincourt.lef. III, p. 5o4,
I. 1. p. y5G, des Lettres de Mazarin. note 6, des Lettres de Mazarin.
DU CARDI1N \l M IZARIN. 89
qu'il feroit aveuglement tout ce qui! luy manderoit estre l'intention Mars i65i de la Reyne, mesme qu'il iroit s'aboucher avec luy auprès de Paris, s'il le vouloit, il faut que M. Servien prenne la peine de luy escrire quelquefois. Je ne doute point qu'il n'ayt escrit à M"1C de Ghevreuse, parce qu'il résolu! avec moy qu il le feroit, ayant receu beaucoup de ses lettres, et qu'il luj manderoit qu'il ni'avoil servi connue il y estoit obligé, et qu'au reste il feroit tousjours grand cas de ses conseils. Enfin je vous promets qu'il servira la Reyne, et qu'il est beaucoup plus fin qu'il ne paroist.
Brachet1 m'a dict icy, et cela vient asseurement de M.deSenneterre, que Laigues9 vousavoit parlé fort haut sur l'establissement du garde des -ccaux dans la dernière confiance delà Reyne3, et sur l'admission de la visite du Coadjuteur 'Jusqu'à vous avoir dit qu'il falloit bien qu'Elle (la Reyne) le fist. Il est bien estrange qu'il faille souffrir de semblables choses d'un petit gentilhomme de cinqpents livres de rente, qui n'est considérable que parce qu'il satisfait la veue de Mme la dominante 5.
Bartet, que vous cognoissez, est extrêmement bien avec la Palatine. Il m'a tesmoigné tousjours d'estre entièrement attaché à moy °, et vint à Saint-Germain, quand je partis de Paris, pour m'en asscurer de nouveau. Il est capable de parler de tout à la princesse. Je vous en donne l'advis, afin que vous en profitiez, s'il s'en présente occasion.
Souvenez-vous que Prioleau 7 est fort intéressé, et que par argent on
' M"" de Molteville Mémoires, t. III. Sur la nécessité pour la Reine de rece-
p. 363, édit. Charpentier) dit que Brachet voir la visite du Coadjuteur. était d'abord au service du marquis de '" M"" de Chevreuse. Les mémoires du
Senneterre. qui le donna au Cardinal. Bra- cardinal de Retz font assez connaître les re-
chet devint un des agents les plus actifs de lations de Laigues avec la duchesse de Che-
Mazarin. vreuse.
2 Geoffroy de Laigues e'tait capitaine '' Voy. ci-dessus, p. 38, une lettre de
des gardes de Philippe de France, duc Mazarin à Bartet. Le recueil des Lettres de
(1 Anjou. Il passait pour le mari de con- Mazarin, publié par M. Ravenel, renferme
science de la duchesse de Chevreuse. plusieurs lettres adressées par le Cardinal à
i Le sens est que la Reine devait avoir la Bartet. dernière confiance dans le garde des sceau./ . Benjamin l'rioleau ou Priolo. Voy. ci-
Chàlcauneuf. dessus p. 83 . note k.
HAZARIA. — IV.
iurnr;cr.iE nationale
Mars i65i. luy peut faire faire tout. Je vous parle de cela comme en estant tressçavant, et comme je crois qu'il gouvernera entièrement M. de Longueville, si vous le croyez jamais capable de rendre quelque grand service, on luy pouiToit promettre une bonne somme d'argent et luy en donner toutes les asseurances, quand la chose seroit faite.
Je croy que malaysement la Reyne pourra avoir un party extrêmement considérable, si elle n'a avec Elle S. A. R. ou M. le Prince, et en cas que cela fust et que la Reyne obligeast celuy qui se declareroit pour Elle de donner les mains à tout ce qu'Elle pourroit souhaiter pour moy, comme je n'ay autre but que le service de Leurs Majestez, je me sens obligé de vous dire que, dans lestât présent des affaires, le party de la Reyne s'aiïoibliroit si je retournois d'abord '.
AIT. éfr., France, t. 268, f" 69; tome 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
A M. LE COMTE DE BRIENNE2
Bouillon, al\ mars 1 65 1 3.
Je vous envoie les responses que je fais aux lettres que Leurs Majestez m'ont fait l'honneur de m'escrire. 11 y auroit longtemps que je serois sur le Rhin, si j'eusse esté seul coupable; mais mes niepces4 s'estant
1 D'abord a ici le sens (X immédiatement.
2 Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne, né en i5g5, mort en 1606. Il était, en i65i, secrétaire d'Etat, chargé spécialement des affaires étrangères. Il a laissé des Mémoires, où il se plaint souvent de Mazarin. Il parle de plusieurs lettres que lui adressa le Cardinal pendant son exil, mais ne dit rien de l'apologie, en date du 2/1 mars i65i,que nous publions.
3 M"*" de Motteville (Mémoires, édit. Charpentier, t. III, p. 3 18) cite une autre lettre officielle du Cardinal adressée à la Reine.
-On en trouvera le résumé aux analyses. M"" de Motteville n'indique pas la date de celte lettre; elle doit être de la fin de février ou du commencement de mars 1 65 1 .
4 On voit, par les Mémoires de Mm' de Motterille (t. III, p. 3 00, édit. Charpentier), qu'à l'époque où Mazarin quitta Paris, ses nièces furent cachées pendant plusieurs jours chez Mme de Navaiiles, puis menées à Péronne par Ondedei et confiées à la maréchale d'Hocquincour! . qui les remit au Cardinal.
trouvées enveloppées dans mes crimes et condamnées à sortir du Mars îti.'n royaume, il m'a esté impossible, les devant traisheravec moy, défaire grande diligence et de me hasarder à traverser des pays remplis de troupes ennemies, sans passe-ports.
Je me trouve bien embarrassé dans l'exécution des ordres que je reçois; car je ne puis pas m'imaginer que Leurs M1" entendent que je m'expose à un péril esvident de me faire tuer ou prendre prisonnier, comme je crois certainement que c'est la pensée de celuy qui se vante avec ses partisans de former des arrests contre moy, avant mesnie que d'entrer au Parlement, et d'avoir assez de moyens pour obliger Ja Cour à v acquiescer, parceque je ne puis pas ignorer l'intention qu'il a pour 1 Estât et pour moy . après avoir desjà si bien commencé à effectuer la déclaration qu'il lit à un de vos confrères de remuer les parlement, la noblesse, le clergé et les peuples, et de renverser tout, si on ne l'elevoit au cardinalat, et je sçais et vois fort bien qu'il travaille en niesme temps à me faire donner des ordres et à m'empesclier de les exécuter, pour avoir des prétextes ou de faire du bruit à Paris et pousser à bout ses desseins, si je n'y défère pas, ou, en m'y conformant, avoir le plaisir d'achever ma perte entièrement. Si elle peutestre en quelque façon utile au Hoy et à la Reyne, j'y donnerai les mains de bon cœur; mais il faut que j'aye cognoissance que c'est leur volonté: car estant à Leurs \iajestez, je ne puis disposer de ma personne que par leur commandement.
On a voulu que je fusse estoigné de la Cour, que je sortisse du royaume avec mes proches et mes domestiques; on a ordonné en niesme temps qu'on me menast à la Conciergerie. A présent que je suis hors de France, on veut que je m'en esloigne, et au mesme temps on me tend des pièges de tous costez pour m'en empescher. J'ay faict instance pour avoir escorte à Charleville et Mezieres, et on me l'a refusée. Je ne dois pas aller dans les Estais du roy d'Espagne, et on fait diligence auprez des divers princes, afin qu'ils me refusent l'entrée des leurs. Sept régiments de M. de Lorraine sont advancez à quatre lieues d'icy sur le chemin que je dois faire pour aller en Allemagne. M. de
Mars i65i. Turenne destacha de la cavalerie aprez moy, lorsque je partis de ftethcl, et, depuis deux jours, il a envoya cent hommes piller un village de cette duché 1 à une lieue d'icy, qui, aprez avoir tout emporté et [avoir] maltraité le seigneur du lieu et quelques pauvres paysans, jetterent quantité de billets qui contenoient que, tandis qu'on2 souffriroit le cardinal Mazarin dans les terres de Liège, elles seroienl pillées et bruslées, comme vous verrez par un des billets qui sera cy-joint, et je vous advoue que je suis extrêmement marry de voir qu'une personne que j'ay tant servie et pour qui j'ay eu tant d'affection et tant d'estime soit capable d'insulter sur moy de cette sorte dans Testât où je suis.
Mes persécuteurs pourtant, ne se lassant point de praticquer toute sorte de moyens pour me perdre, font croire, sans s'en apercevoir, que je vaux quelque chose et que je leur donne de la peine; et je vous asseure que le plaisir qu'ils prennent à ne se relascher point de la persécution qu'ils me font diminueroit de beaucoup, s'ils voyoient de quelle façon je reçois les coups qu'ils me portent. Car, comme il est cognu d'un chacun que j'ay bien et fidèlement servi, je conserve un trèsgrand repos d'esprit, ma conscience ne me reprochant pas la moindre chose qui le puisse troubler, et, si ma passion pour le bien et la grandeur de l'Estat pouvoit estre plus forte, elle redoubleroit à mesure qu'on m'attaque avec plus de violence. Il n'y a pas d'exemple que jamais personne de ma condition, qui fust effectivement criminelle, ayt esté traitée de la sorte; mais, en me faisant le mal, on me fournist, en mesme temps, un motif de m'en consoler, puisqu'il paroist par là que c'est l'emportement et la passion, et non pas la justice qui agist.
On m'a tout osté; je ne m'y oppose point; aussy bien c'est en servant le feu Roy, de glorieuse mémoire, que je l'avois acquis. De toutes les grâces que Sa Mte avoit eu la bonté de me départir, il ne m'en reste que le chapeau de cardinal; encore suis-je tout prest à le remettre entre les mains de Sa Majesté pour en disposer selon sa volonté, si cela peut tant soit peu contribuer au bien de ses affaires, quoyque je puisse
■ De la duché de Bouillon. Les mois duché et comte s'employaient souvent au féminin. — 2 Dans le sens de tant qu'on souffriroit , etc.
DU CARDINAL M VZVIUN. 93
dire sans vanité d'avoir acquis cette grâce par une suite de services Mars i65 pendant douze ans1, où Sa Mu esprouva ma fidélité el mon zèle en plusienrs rencontres importants, et peut-estre avec quelque utilité, puisque j'avois este l'instrument de l'acquisition de beaucoup de places
qui sont à présent sous la domination de cette couronne, et que, comme Sa Majesté le déclara plusieurs fois pendant sa vie. j'avois contribue à la gloire et à l'advantage que ses armes avoient remportez en Italie, et particulièrement à Casai3, où, sans qu'il en coustat une goutte de sang, elles donnèrent la loy, comme si elles eussent défiait à plate «nui ure l'armée d'Espagne.
Je vous prie de croire que l'ollVe que je lais n'est point un simple compliment, et que je seray fort ayse que Leurs Majestez disposent de ce chapeau en faveur de quelque personne qui, estant cslevée à cette dignité, ayt plus que moy les moyens et la liberté de les servir; car, outre que pour en soustenir l'esclat, elle demande le bien que je n'ay plus, je serai ravy qu'on voie qu'estant despouillé de tout, je brusle plus que jamais d'affection pour leur service.
La seule grâce que je demande à Leurs Majestez, c'est de me faire justice pour la conservation de mon honneur, que je ne puis pas souffrir que mes ennemis, par leurs artifices, mettent en compromis T puisqu'il paroist assez que, dans tout le cours de ma vie, le principal but que je me suis proposé a esté d'en acquérir et de le conserver.
Quand ceux qui le font auroient droit de me punir, il me semble qu'ils y devroient procéder par les formes ordinaires, que l'on aaccoustumé de pratiquer, mesmeà l'esgarddu dernier des hommes. Personne nesçavoit mes crimes; il n'y avoit point d'accusateurs, et cependanton a commencé par ma condamnation , et on a enchéri sur la sévérité des chastiments de l'Ancien Testament, où Dieu punissoit quelquefois les familles entières pour la faute du chef , puisque l'on n'a pas seulement
1 Mazarin faisait remonter à 1628 les un peu plus de douze ans qu'il était at-
servicos qu'il avait rendus à la France. Il fut taché à la France.
nommé cardinal le 16 de'cembre 16/11. Il 2 Voy. sur l'affaire de Casai , le t. 1 des
y avait donc, à l'e'poqne de sa promotion. Lettres de Mazarin, introduction, p. xv.
Mars i65i. enveloppé la mienne dans ma disgrâce el dans ma peine; mais on y a mesme compris toutes les personnes étrangères1.
Aprez m";! voir puni, on veut commencera me faire mon procez , sans que mes crimes aient esté dénoncez. On en faicl pourtant une grande masse pour taseher d'imprimer dans les esprits du vulgaire que je suis le plus meschant de tous les hommes-.
Vous sçavez si j'ay empcsclié la conclusion de la paix et avec quelle sincérité a parle la-dessus M. le duc de Longueville, mesme dans un temps qu'il n'estoit pas obligé à prendre ma deffense, et s'il n'a pas dict 'diverses fois dans le Conseil, après son retour de Munster3, qu'il n'avoit jamais pu recognoistre à quelles conditions les Espagnols y donneroient les mains, si elle eust pu se faire. Ce prince, qui en avoil si grande passion pour le bien de la France et pour sa gloire particulière, et ceux qui l'accompagnoient en cet employ, n'eussent pas manqué de la conclure, ou d'envoyer courriers sur courriers à la Cour pour faire sçavoir ce qui les en empeschoil. Car de dire que l'on eust des ordres secrets pour la traverser, outre que c'est la plus grande supposition qui ayt jamais esté imaginée, il n'y a pas d'apparence qu'un prince de la condition de M. Longueville eust souffert d'estre traité avec ce mespris. Il n'y a personne qui puisse mieux que vous faire foy de cette vérité, puisque ces prétendus ordres ne pouvoient passer que par vos mains4, et que, s'ils fussent venus de quelque autre que du Roy, dont vous aviez seul le nom en vostre disposition, M. de Longueville et
1 Mazarin veut parler des personnes geux à la France. Enfin, revenant sur les étrangères à sa famille, que l'arrêt du Parle- événements antérieurs, il explique pourquoi ment bannissait du royaume; par exemple, l'Espagne n'a pas pris part à ce traité, et ses domestiques. en rejette la faute sur les troubles de la
2 Mazarin fait, dans la suite de cette Fronde.
longue dépêche, l'apologie de son gouver- 3 Le duc de Longueville avait été le chef
nement de 1 643 à 1 65 1. Il n'y suit pas de l'ambassade envoyée par la France à
d'ordre chronologique, mais répond aux Munster. Voy. 1. 111. p. î, note î, des Lettres
principaux reproches qu'on lui a adressés. de Mazarin.
On l'accusait de s'être opposé à la paix. 4 Brienne était, comme nous l'avons dit.
H se justifie sur ce point; puis il montre secrétaire d'Etat , chargé spécialement des
combien le traité de Munster a été avanta- affaires étrangères.
M. d Avaux1 c u s>« nt esté sans, excuse d'j déférer, et obligez de préférer le Mars i6&,r, bien de L'Estal cl le repos do la Ghrestienté à toute autre considération, et d'ailleurs estanl deux contre un, il estoil tousjours en leur pouvoir
de vaincre par leur opinion celle du troisième -, on cas qu'elle eus! esté contraire à la leur. Ce qui monstre clairement que c'esl une invention malicieuse de ceux qui ne l'ont pas scrupule d'employer des fausseté/, pour nuire à ceux qu'ils n'aiment pas.
Vous sçavez de plus <pio MM. les Plénipotentiaires ne se sont pas relaschei, autant qu'ils le pouvoient, pour faire la paix, et qu'ils ont escrit des raisons Ires-concluantes qui les en avoienl empeschez, dont la principale estoil qu'ils n'avoient pas jugé à propos d'espuiser leur pouvoir, parce que leur reiasclieincnl n auroil servi qu'à tesmoigner de la foiblesse, sans produire aucun bon efl'ect, les ministres d'Espagne n'ayant jamais eu antre but, dans l'assemblée, que de tirer tousjours en longueur la négociation avec la France pour l'aire ce pendant un accommodement séparé avec MM. les Estais3, afin qu'estani délivrez de celte guerre-là ils la pussent continuer plus fortement contre cette couronne. Ce qui pourtant n'auroit pas empesché qu'ils n eussent esté contraints à la finir et à donner les mains à une paix raisonnable, si le commencement de nos desordres ne leur eusl. enflé le courage et fait espérer une révolution advantageuse à leurs affaires, puisqu'il y avoit des François inesines qui \ travailloient en leur faveur.
Dans le temps qu'on sçavoit que les ministres de MM. les Estats avoient ordre de conclure la paix, sans la France, avec les Espagnols, vous vous souviendrez qu'on fisl toutes les diligences imaginables, afin qu'elle pust estre faite conjoinctement , et. pour cet efi'ect, on résolut d'apporter toute sorte de facilité à certains points auxquels les Espagnols faisoient semblant de s'arrester le plus. Vous vous souviendrez
1 Claude de Mesmes. comte d' Avaux, France au congrès de Munster était Abel
était un des plénipotentiaires chargés de Servien. Voy. sur ce personnage, le t. I,
représenter la France à Munster. Voy. sur p. 9Ô9, des Lettres de Mazarin. ce personnage, le 1. 1. p. 909, des Lettres de i Les Étals généraux des Provinces-
Mazurin. Lnies signèrent, en effet,, un traité parlicu-
* Le troisième plénipotentiaire pour la lier avec l'Espagne.
Mars ifi5i. aussy qu'en <e temps-là, dans une affaire de cette importance , on jugea ;i propos d'assembler des conseils extraordinaires qui furent tenus au palais d'Orléans, et quelques-uns rnesme chez moy par ordre de S. A. R., dans lesquels on lisoit les depesches de Munster. On examinoit tous les points; on y resolvoit les responses, et aprez avoir esté l'aides, on les lisoit de nouveau dans le Conseil, pour voir s'il y avoit quelque chose à changer, ajouter ou diminuer, un chacun tesmoignant brusler d'envie de faire ou dire quelque chose qui contribuast à la perfection d'un si grand ouvrage; mais toutes ces diligences n'aboutirent à lien, et le comte de Pegnaranda1 fit cognoistre à descouvert quels ordres il avoit, puisqu'il n'eut jamais de repos, aussytost que la ratification du traité de Hollande2 fut venue, qu'il ne se fust retiré de Munster pour n'estre pas pressé des médiateurs3 à l'accommodement avec la France.
Je n'aurois pas esté seulement un perfide, mais un insensé, si je n'avois pas travaillé, avec toute l'application imaginable et du meilleur de mon cœur, à l'accomplissement de la paix, puisque, par ce moyen, la tranquillité estant restablie dans le royaume avec toutes les félicitez que la guerre en bannit d'ordinaire, non seulement j'aurois eu part à la douceur et au bien que ce repos auroit produit, mais on m'auroit donné beaucoup de gloire et de bénédictions de ce que j'y aurois contribué, sans que la malice mesme et l'envie eussent pu fournir de ma-r tieres pour attaquer ma conduite, ni à l'esgard de n'avoir pas sçu conserver les alliez et amis de la France, puisque j'en avois accru le nombre, ni d'avoir laissé perdre les advantages que le feu Roy avoit remportez sur les ennemis, ni d'avoir pris mal le temps, et avoir employé les moyens et les forces de l'Estat foiblement dans les entreprises qu'on avoit faictes en Flandre, en Allemagne, en Lorraine, en Italie et
1 Gaspard de Bragamonté, comte de Pe- vier 16/18. — 3 Les médiateurs au congrès
ûaranda, était le premier des plénipoten- de Munster étaient le nonce Fabio Chigi et
tiaires espagnols au congrès de Munster. le Vénitien Conlaiini. Voy. le t. I, p. C89,
s Le traité particulier de la Hollande avec note 1 , et p. 919, des Lettres de Mazann. la France avait été conclu à la fin de jan-
en Catalogne, pour les affermir en les augmentant avec de nouvelles et Mars l65i importantes conquestes; ni d'avoir manqué à entretenir l'union en la maison royale ei le calme dans le royaume; | à maintenir] les grands et les |>lus relevez en la disposition de bien servir, ni d'avoir enfin causé la moindre diminution à la haute réputation que la France s'estoit acquise panm toutes les nations, puisqu'on avoit veu, durant les cinq premières années de la Régence que1 les parlements et les personnes les plus considérables avoient pris plaisir à contribuer au bonheur de l'Estat (ou, au moins, aucun ne s'y estoit ouvertement opposé-) , esclater de tous costez tant d'actions à l'advantage du royaume et à la gloire de la nation; on avoit veu tant de peuples et de princes avoir recours à sa protection ou recberclicr son amitié, et, par sa seule entremise, restablir une parfaite intelligence entre le deiïunt pape et les princes d'Italie avec lesquels il estoit en guerre3, et terminer les différends entre la Suéde et le Danemark4; ce qui n'estoit pas, ce me semble, à mespriser, estant l'aict aprez la mort d'un des plus zelez, vigilants et prudents ministres qui ayt jamais esté, et d'un si grand et si sage Roy, tres-glorieux et autorisé, qui laissoit son successeur à l'aage de quatre ans. avec la guerre allumée en tant d'endroits, les finances espuisées, et, avec de si puissants ennemis, qui croyoient le temps venu de prendre leur revanche avec usure et donner la loy. Ce qui5 fut aisé de voir par les propositions qui furent, faictes au commencement de la Régence, et particulièrement par le papier que Sabavedra6, plénipotentiaire d'Espagne, qui arriva le premier à Munster, donna à l'ouverture de l'assemblée. Ceux qui, pour me rendre odieux aux peuples, mettent toutes pièces en œuvre pour leur imprimer que j'ay empesché la
1 Le mot que équivaut ici à lorsque. Louis XIV. t. I, p. 23o-s.Vi. — ' Traite
Mazarin semble oublier la cabale des de Bronisebro conclu sous la médiation
Importants, qui avait menacé son pouvoir de la France entre la Suède et le Danemark
en iG43. On peut la considérer comme le (Ibid.. t. II, p. 26). prélude de la Fronde. 5 La copie porte bien qui pour qu'il.
Yoy. sur le traité de Ferrare et les ' La forme ordinaire de ce nom est San-
négociations qui le précédèrent, notre vedra. Diego Saavedra était un des plénipo-
Histoire de France pendmit la minorité de tentiaires espagnols au congrès de Munster.
MWir.iv — iv. l3
IMPr.lM tftir KATIOIfjlLI.
Jars i65i. paix, sçavent bien le contraire, et pour faire paroistre leur malice à la vue de tout le monde il ne faut que donner au public toutes les depesches qui ont esté envoyées à Munster, et les lettres particulières que nous nous sommes escriles, M. le duc de Longueville, M. d'Avaux, M. Servien et moy, sur ce sujet1.
Ces critiques mal iutentionnez estoient préparez à médire et à brouiller quelque chose qu'on pust faire dans l'assemblée2, et bien plus si la paix se fust conclue, comme ils en eurent quelque crainte, durant un temps dans lequel je me souviens qu'ils publioient desjà que l'on relaschoit trop, et que la Reyne estant sœur du roy d'Espagne et moy un estranger nous voulions, aux despens de la Frauce, contenter les Espagnols'; qu'à moins d'avoir cette intention, on ne consentiroit pas à mettre les armes bas, lorsqu'elles agissoient avec tant de bonheur contre un ennemy qu'il esloit impossible dereconcilier sincèrement avec cette couronne; que, sortant du mauvais pas où il estoit, il donneroit bon ordre à ses affaires et prendroit son temps pour recommencer ia guerre quand il verroitjour à le pouvoir faire avec ad vantage, et mille autres choses semblables qu'on appresloit pour avoir de quoy me déchirer, quelque événement qu'eust eu la négociation de la paix.
Et doutera-t-on que leur malice ne se fust portée encore plus avant, si on fait reflexion sur ce qu'ils ont dict contre la paix d'Allemagne4, quoyque les Espagnols ayent assez faict paroistre, par le déplaisir qu'ils en ont tesmoigné, le préjudice qu'elle leur causoit, et qu'ils ayent remué toutes pierres, et employé, à Vienne et ailleurs, tout leur crédit , et leur adresse avec beaucoup de soin pour l'empescher? On a compté pour rien l'acquisition d'une si belle, grande et opulente province, comme l'Alsace, et de deux places si importantes sur le Rhin, comme
1 Une partie de ces dépêches ont e'té pu- la lettre qui le fit exiler, prétendait que Mazabliées dans l'ouvrage intitulé : Négociations vin avait conclu la paix avec précipitation secrètes touchant la paix de Munster (h vol. pour ne pas accabler les Espagnols, comme in-f'°. La Haye, 1725). il l'aurait pu en continuant la guerre.
2 Dans le congrès de Munster. " Mazarin désigne sous ce nom les traités
3 Ce fut ce qui arriva à l'époque de la conclus à Munster et à Osnabruck, et appaix des Pyrénées. Saint-Evremond, dans pelés ordinairement traités de Westphalie.
Brisach et Philipsbourg, aussy bien que d'avoir réuni à la couronne Mars 16." les trois evesehez avec toutes leurs dépendances1.
Enfin mes censeurs et ceux qui font plus de bruict et de mal parleurs brouilleries sont cause qu'on n'a pas contraint les Espagnols à donner les mains à la paix2, et veulent que j'en sois criminel et que j'aye eu grand tort de m'estre employé pour la conclusion de celle d'Allemagne.
Permettez-moy, je vous prie, que pour vous confirmer cette vérité et vous faire cognoistre que ce sont les mesmes artisans, avec la mesme intention et le mesme cbef, qui ont agi depuis contre moy et contre l'Estat, comme ils commencèrent à le faire, il y a trois ans, je vous fasse remarquer en passant comme ils avoient préparé toutes les pièces nécessaires pour m'attaquer et me pousser à bout, quelque événement qu'eust eu mon dernier voyage en Champagne 3, leur but ayant esté de se deffaire de moy après la détention de M. le Prince.
11 est assez public quels efforts ils ont faicts et de quels artifices ils se sont servis pour le mettre en lieu où ils en pussent disposer, et peutestreque, après avoir tant travaillé pour qu'il fust arresté et après les feux de joie qu'ils en firent, c'estoit pour luy donner quelque marque de leur tendresse et le mettre en liberté4. Je ne dis rien là-dessus; mais en ce qui me regarde, ils ont faict assez paroistre, dans le cours de l'année précédente, que ne souhaitant rien avec tant de passion que de me voir succomber en quelqu'un des voyages que Leurs Majestez furent obligées de faire en diverses provinces, ils n'oublièrent rien pour cet effect et pour me faire perdre les bonnes grâces de S. A. R. que j'avois possédées avec tant de bonheur et d'advantage depuis le premier
' Tou), Metz et Verdun étaient depuis en i65o, le t. III, p. Qaoet suiv. des Lettres
longtemps réunis à la France; mais cette de Mazarin.
conquête n'avait pas encore été consacrée ' Cette phrase ironique rappelle les
par un traité avec l'Empire. efforts qu'avait faits le Coadjuteur pour que
* Voy. dans le tome III, p. 17.3 et suiv. les princes fussent transférés de Vincennes
des Lettres de Mazarin , une dépêche à Ser- à la Bastille. Voy. t. III. p. 769, note I',
vien, en date du 1 h août i648. des Lettres de Mazarin.
3 Voy. sur l'expédition de Champagne.
Mars itifji. jour que j'eus l'honneur deluy faire la révérence, à ma première venue à la Cour. Mais tous lesdicts voyages ayant heureusement réussi, mesme celuy que je fis pour le secours de Guise1, qui, ayant esté jugé désespéré, on a voit mis en ridicule les peines que je me donnois pour sauver cette place, ils conclurent qu'il falloit coucher2 de leur reste et faire jouer toutes les mines pour me perdre en celuy de Rethel, quelque chose qui pust arriver; et croyant qu'il me seroit impossible d'y réussir, estant question d'ohliger à faire des sièges, dans le mois de décembre, une armée qui estoit en campagne depuis celuy de mai, sans avoir esté assistée, et d'attaquer une place que l'on fortifioit depuis quatre mois, où estoit une forte garnison composée des meilleures troupes de Flandre et commandée par un chef de grande réputation3, et sçachant d'ailleurs que M. de Turenne estoit bien prez pour la secourir avec une armée de dix mille hommes et qu'on manquoit d'argent et des choses nécessaires pour y réussir, ils employèrent adroitement leurs émissaires pour m'eschauller au voyage, ne doutant point que la passion que j'ay pour le bien de l'Estat, ne m'empeschast de m'arrester aux difficultez qu'il y avoit à l'entreprendre et aux inconvénients qui me pouvoient arriver. Et, de fait, me voyant embarqué et l'affaire estant jugée tres-espineuse par les personnes les plus entendues et despouillées de passion, ils crurent avoir une belle matière pour me descrier et me perdre, l'entreprise ne réussissant pas, nostre armée recevant quelque eschec, et M. de Turenne establissant ses quartiers d'hyver en France; mais estant arrivé le contraire et bien au delà de ce qu'on pou voit espérer par le zèle, la resolution et le courage de M. le mareschal du Plessis, secondé par les plus principaux chefs, à qui Leurs Majestez ont donné des marques de leur estime et de la satisfaction qu'ils en avoient4, et par la passion de tous les officiers et sol-
1 En juin i65o, Mazarin s'était rendu ; L'ingénieur Degli-Ponti.
à La Fère, puis à Saint-Quentin, pour ' Plusieurs maréchaux de France furent
secourir la ville de Guise assiégée par les nommés à la suite de cette campagne, entre
Espagnols. Voy. le t. III, p. 573etsuiv. des autres Villequier qui prit le litre de maré-
Lettres de Mazarin. chai d'Aumont, Hocquincourt et Grancey.
2 Jouer de leur reste.
dats, qui ne demandoient qu'à agir sans murmurer ni dire le moindre Mars iS6r mot de la rigueur do la saison, et de tant dinconunodilrz qu'ils souffraient, mes persécuteurs s'irritèrent davantage et se servirent des pièces qu'ils avoient préparées pour me perdre en ce cas. Vous avez veu de quelle façon ils en ont usé; c'est pourquoy je ne vous en fora y pas le récit, et la plus forte raison qu'ils ayent eue entre eux, ça esté de dire que je pouvois, malgré leurs diligences, gagner le peuple, et qu'il falloit se haslor à nu; doslruire.
Je reprendray présentement ce qui est de la paix pour vous dire qu'on avoit tort murmuré aussy de ce que je m'estois vanté qu'elle se feroit. Il est vray, et je l'advoue, (jue j'ay dict plusieurs fois et escrit mesme à MM. les plénipotentiaires à Munster que les affaires d'Allemagne estoient dans une assiette si favorable pour nous, sans nulle apparence de changement, puisqu'on ne devoit pas craindre d'\ perdre les grands advantages que la France et ses alliez y avoient remportez, leurs forces estant capables de les rendre encore bien plus considérables, et que les belles et grandes qualitez de la revue de Suéde, sa fermeté inesbranlable et la prudence de ses ministres ne donnoient pas lieu d'appréhender la moindre chose qui pust altérer la parfaite union entre les deux couronnes et l'amitié que les deux reynes s'estoient promise; je dis donc et escrivis que, nonobstant la séparation de MM. les Estais (des Provinces-Unies) avec la France, les Espagnols seroient contraints de consentir à la paix avec cette couronne, quand ils cognoistroient, comme je le voyois clairement, que, sans l'assistance des Hollandois, elle pourroit continuer la guerre et ses progrez contre celle d'Espagne, et qu'ils seroient deslrompez de l'opinion qu'ils avoient conceue que pouvant employer contre la France toutes les forces qu'ils avoient esté obligez de partager, lorsqu'ils avoient la guerre avec les Provinces-Unies, ils nous pourraient donner la loy.
Et, de faict, vous vous souviendrez que personne n'a pu contester que cela ne dust arriver, le royaume demeurant calme et chacun contribuant à l'establissement de sa félicité et de son repos, comme on y estoit obligé, et qu'outre la gloire de la nation Tinterest particulier d'un
Mars iG,r)i
chacun le requeroit, et il estoit malaisé qu'on pust s'imaginer qu'il v eust des François qui s'oubliassent à un tel point de travailler à faire naistre des desordres et des brouilleries dans le royaume et à osterpar là les moyens d'obtenir une paix advantageuse. 11 a assez paru si je me suis trompé dans la croyance que ce royaume n'auroit pas besoin du secours des Hollandois pour soustenir advantageusement la guerre contre l'Espagne. Toutes les forces des Pays-Bas, unies avec celles de M. de Lorraine, sans que MM. les Estats eussent mis leur armée en campagne, purent-elles empescher que M. le duc d'Orléans, secondé de M. le Prince, ne fist sa mémorable action de forcer Courtray à leur vue, avec tant de gloire pour les armes du Roy1? 11 est vray qu'aprez MM. les Estats assemblèrent leur armée; mais, quoyque chacun sçache de quelle façon on en fut assisté cette année-là, nonobstant la resolution qu'on prist de destacher M. le maresehal de Gramont avec un corps de cavalerie et d'infanterie pour les ayder à l'entreprise d'Anvers et de traverser tout le pays ennemy pour les conduire, on ne laissa pas de venir à bout de tant de belles et difficiles entreprises, comme furent celles de Mardyck, de Bergues, de Furnes et de Dunkerque. On ne laissa pas aussy, avec tout le malheur d'Orbite! et de la perte de nostre amiral2, de remettre à la voile nostre armée navale et de faire cognoistre par la prise de Piombin et de Longon3, que les seconds efforts des François sont autant à redouter que les premiers, quand ils sont bien conduits.
L'année d'après4 que5 la conclusion de la paix [des Espagnols] avec
1 Mazarin revient ici sur des faits antérieurs aux traités de Westphalie. La prise de Gourtrai avait eu lieu à la fin de juin 1 646 , malgré l'inaction de l'armée hollandaise. Voy. notre Hist. de France pendant la minorité de Louis XIV, t. II, p. 225 et suiv.
2 L'amiral de Brezé fut tué à la bataille navale d'Orbitello, le ih juin 1 6^6. Voy. p. 206 et suiv» du t. II du même ouvrage.
3 Piombino et Porto-Longone. {Ibidem, p. 293 et suiv.)
4 L'archiduc Léopold, gouverneur des Pays-Bas espagnols , était entré en campagne, en 16/17, avant 1ue l'année française fut réunie; il s'était emparé d'Armentières le h juin et de Landrecies le 18 juillet.
6 Que est pris ici, comme plus haut, dans le sens de lorsque.
les [Hollaiulois]1 leur donna lieu, non seulement d'employer contre Mare i6$r. nous toutes les troupes, desquelles ils estoient accoustumez de former deux armées auparavant, mais inesine presque toutes les garnisons des places frontières de celles de MM. les Eslats, nonobstant la sortie en campagne de l'Archiduc au mois d'avril, la division de nos généraux qui eommandoienllesarméesdu Roy en Flandre -,1e malheurdeLerida3 et la révolte de la cavalerie allemande1 qui rompit les mesures qu'on avoit si bien prises de faire venir en Flandre M. de Turenne avec l'armée qu'il commandoit, composée de plus de neuf mille des meilleurs hommes que le Roy eust, et la perte presque en un instant d'Armentieres et de Landrecy, on ne s'estonna point, et on ne laissa pas d'attaquer dans le mesme temps et prendre en quatre jours La Rassée5 et Dixmude0, et,aprez7 Lens7, et de demeurer ensuite les maistres de la campagne. On ne laissa pas en Catalogne de forcer Agers, et de faire deux bonnes places de Constantin et de Salo9, qui ont incommodé les ennemis au point que l'on sçait, tant qu'on a eu moyen de les conserver,
1 Le trailë particulier enlre l'Espagne cl les Provinces-Unies rie fut sigrw: qu'à la lin de janvier i 048 ; mais dès le commencement de l'année 16&7, l'armée des Provinces- Unies n'avait plus secondé les troupes françaises et les Espagnols avaient envahi la France et assiégé Armentières. Yoy. sur ces événements, le lome II, p l)3a et suiv., de notre Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV.
1 11 s'agit des maréchaux de Gassion et de Rantzau, qui commandaient l'armée française en Flandre , pendant la campagne de 16/47.
3 Les Français échouèrent deux fois au siège de Lérida en Catalogne; en i646, leur armée était commandée par le comte d'Harcourt. et en 1 G 67 par le prince de Condé. Yoy. le tome II des Lettres de Masorin, p. 34o et p. 44 1, noie 1.
' La révolte de la cavalerie weymarierine empêcln» Turenne de joindre ses troupes à celles de Gassion et Rantzau qui commandaient en Flandre. Voy. le tome II des Lettres de Mazarin, p. 446.
5 La Bassée se rendit à Gassion le
' Rantzau s'était emparé de Dixnmde le 1 3 juillet 1647.
" Lens ne se rendit que le 3 octobre 1647. Gassion mourut des suites d'une blessure reçue au siège de cette place.
8 Place de Catalogne située sur la Noguera.
* Je n'ai trouvé, dans les dictionnaires géographiques, aucun renseignement sur Constantin et Salo. Desormeaux (Histoire de Louis II de Bourbon , prince de Condé, 2° édit.r I. I, p. 465) dit que c'étaient deux posles avantageux qui resserraient et bloquaient Tarragone.
IO/i LETTRES
Mars i65t: cl, en Italie, de mettre le royaume de .Naples à la veille de changer de maistre '.
Dans cette constitution d'affaires, pouvoit-il y avoir personne sensée qui ne fust persuadée que le comte de Pegnaranda ne mist sur le lapis de retourner à Munster, comme il avoit dict en partant qu'il feroit, pour adoucir les médiateurs, quovque sans intention de l'exécuter, et ne pressas! lui-mesme pour la conclusion de la paix, à laquelle il devoit recourir, comme au meilleur remède pour arrester le cours de nos prosperitez? Mais, à l'entrée de l'année 1668, commencèrent sourdement des mouvements et des brouilleries dans Paris qu'on tascha en vain d'apaiser et qui firent concevoir de grandes espérances audict sieur comte et verser des larmes à tous les bons François, qui virent bien que, sans ces troubles, cette campagnelà estoit fatale à l'Espagne, et celle qui decideroit les différends des deux couronnes, avec une réputation et advantage tout entier pour celle de France. L'on avoit pris Tortose2; tous les préparatifs estoient faits pour l'attaque de Tarragone, et l'on n'attendoit pour l'exécution que l'arrivée de l'armée navale avec un renfort de cinq à six mille hommes de vieilles troupes qui estoient embarquées dessus avec tout le canon et les munitions de guerre qu'on avoit demandées pour celte entreprise.
On avoit attaqué l'Estat de Milan par le plus foible, qui estoit le costé du Cremonois, conjointement, avec le duc de Modene3. L'estonnement estoit grand dans le pays. Le Roy avoit Casal-Maggiore'* et d'autres postes fortifiez au delà du Pô. Le duc de Modene, secondé par le mareschal du Plessis, gagna un combat et força les retranchements que
1 L'insurrection de Naples contre les 3 François I d'Esle fut duc de Modene et Espagnols éclata en juillet 16/17; ma,s de Ferrare de 102981 658. Il avait signé elle se préparait depuis longtemps et était avec la France un traité d'alliance offensive fomentée par la France. Voy. t. II, p. 36a et et défensive, le 1" septembre 16^7.
suiv. de notre Histoire de France pendant la ' Cette ville du duché de Milan est
minorité de Louis XIV. située sur le Pô; elle faisait partie, à cette
2 Voy. le tome III des Lettres de Mazarin . époque . du Crémonais. p. i5A et 1 58.
DU CARDINAL MAZAR1N.
les ennemis avoient faits assez proche de Crémone1. Cette place qui eusi Murs iôs donné la facilité de la conqueste de Testât de Milan, fut attaquée avec toutes les apparences de l'emporter, si on eust pn donner les assistances de Fiance qu'on avoit promises-.
M. le Prince gagna la bataille de Lens dans le mois d'aonst3 et si complète que l'Archiduc y perdit toute son infanterie, et qu'outre la quantité de morts qui demeurèrent sur la place, la perte du bagage, de ponts de basteaux, de munitions de guerre et d'environ quarante pièces de canon, on ramena en France, de leurs officiers et soldats, pins de sept mille prisonniers*. Dans la consternation où l'on estoit en Flandres et dans l'impuissance où l'Archiduc estoit de se deffendre, je demande s'il eust esté bien difficile d'y faire tels progrez que l'on eust voulu et d'y establir des quartiers d'hyver, si les desordres de Paris et les brouilleries domestiques, qui s'allumoient de plus en plus, ne l'eussent empesché.
Ce fut par cette raison que les bourses furent en un instant fermées à un tel point qu'estant impossible d'envoyer ce qui estoit nécessaire et destiné, du commencement de l'année, quoyque tres-modique, pour faire aller l'armée navale en Catalogne, et pour la fourniture du pain et despense des travaux a Crémone, et pour fournir toutes les choses necessaires à l'armée de Flandres pour la faire agir, on perdit le grand fruit tout-à-faict infaillible d'un si beau projet de campagne, qui eust faict évidemment paroistre si j'avois pesé les forces des deux royaumes et si j'avois creu légèrement que, sans l'assistance des Eslats de Hollande, les Espagnols seraient contraints de donner les mains à la paix, avec
1 Le combat où furent forcées tes lignes de Crémone ne fut livré qu'à ta fin île juin 16/18.
5 Cette campagne fut en réalité un échec pour Mazarin. \oy. notre Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, t. 11. p. Ii'2()-'i'.)'i. Le Cardinal a mêlé, dans cette leiire. 1rs événements de 16/17 et *6A8. L° lui ' <jii il se proposai!, flans cette apologie
un peu confuse, était de prouver : 1° qu'il ne s'était pas opposé à la paix, comme ses ennemis le prétendaient; 20 que les Espagnols auraient été contraints de ta signer en même temps que l'Empereur sans les troubles de la Fronde.
' La victoire de Lens fut remportée par Condé le -20 août 1648. Voy. t. III, p. 188- 189, des Lettres de Mazarin.
III a '.TIONALE.
Mars iii.n. beaucoup de réputation cl d'utilité pour la France. Plust à Dieu que tous les François eussent esté pour elle! Qu'il y a longtemps que la Clirestienté en jouiroil!
Je n'ay pu m'empescher de faire cette digression sur le faict de la paix, parceque mes ennemis travaillent incessamment pour glisser dans les esprits tout ce qu'ils peuvent de plus malicieux contre moy là-dessus. J'ay de la honte de dire seulement un mot pour me defl'eudre des autres crimes; mais je supplie tres-humblement Leurs Majestez de nommer des commissaires pour en informer, et de choisir pour cela ceux qu'on croira les plus sévères et les plus animez contre moy. C'est la plus grande grâce que je puisse recevoir pour conserver aux yeux de tout le monde la seule chose qui me reste qui est la réputation, puisque je suis asseuré que ces imputations, tant soit peu qu'elles seront examinées, serviront pour faire cognoistre à tous les peuples, qu'on a voulu malicieusement irriter contre moy, que mes actions ne sont pas seulement exemptes des crimes, mais qu'elles n'ont pu seulement donner le moindre jour de m'en soupçonner; et je suis au desespoir que le caractère que j'ay m'empesclie de disposer de ma personne; car, sans cela, avec beaucoup de joye, je me constituerois prisonnier au lieu qui me seroit ordonné, et je seray1 ravi que le Parlemeut mesme fust mon
|uge.
Je vous conjure donc de me faire la faveur d'insister en sorte auprez de Leurs Majestez qu'Elles m'accordent ce que dessus, afin que j'aye le moyen de faire paroistre que mon honneur est à l'espreuve des traits de l'envie et de la malice, et qu'ils ne sont pas capables de luy donner la moindre atteinte. Vous vous estes acquis avec tant de justice la reputalion d'estre généreux et obligeant, que, quand vous ne m'auriez pas lousjours tesmoigné eslre de mes amis2, je m'asseure que vous ne me refuserez pas vos offices en un rencontre qui m'est si important. Aussy en conserveray-je éternellement le souvenir et la gratitude, et en
1 Le manuscrit porte bien serai) au lieu (p. 128, e'dit. Michaud et Poujoulat) qu'il
de serois. avait eu une querelle très vive avec Mazarin
1 Rrienne raconte dans ses Mémoires peu de temps avant son départ pour l'exil.
eschange je recherchera) avec soin en loul temps et en tous lieux les M*w i65i (»ccasions de vous faire paroistre qu'on ne peut astre avec plus d'estime et de passion que je le suis, etc.
WWII.
Ml', élr. . France l. -^67, P 3^7; t. !»8 du recueil dos Lettres de Maiarin. —
Copie du temps.
À M. DE LIONNE
Bouillon. -î8 macs 1 65 1 .
( BXTRm.)
C est un grand malheur que l'on depesche de Paris à Bruxelles avec la mesme liberté qu'on pourroit faire à Lyon; et outre le soupçon que Besmaux ' m'a dict d'en avoir, il y a grande apparence tant par les discours que Fuensaldaigne tient que par la presse qu'il se donne de préparer promptement toutes choses pour sortir en campagne [et] par les asseurances que M. de Turenne donne tous les jours à Bruxelles que M. le Prince tiendra les paroles auxquelles luy et Mme de Longueville se sont engagez à son esgard, que parceque, contre toutes sortes de raisons, M. le Prince se tienl tousjours lié avec son S. A. R. et uni avec le Coadjuteur; il y a. dis-je, lieu d'inférer de là que M. le Prince, ou tout seul, ou d'intelligence avec S. A. R., négocie avec Fuensaldaigne- quelque chose qui doit esclore bientost, qui pourroit estre que ledict Prince list quelque entreprise de son costé, pendant que l'autre inettroit en campagne.
Si le Parlement se range tout-à-iail du costé de la Reyne, il y auroit moyen et il seroit absolument nécessaire d'empescher ce commerce el d'obliger M. le Prince à quelque déclaration qui guerist le juste
1 François de Monlczun, seigneur de de la Bastille. Il mourut en décembre 1697. Besmanx, Besmaus ou Bezemeaux, était. à l'âge de 86 ans. (Journal de Dangenu , à celt«> époque, capitaine des gardes de t. VI. p. 269.) Mazarin; il devint dans la suite gouverneur
Mars i65i. soupçon qu'on doit avoir de la conduite qu'il tient et de ce qui se passe à Stenay (|u'il ne veuille favoriser l'exécution de ce que à quoy l'ont engagé sa sœur et M. de Turcnne. D'un autre costé, par le desplaisir que Fuensaklaigne a tesmoigné que je n'eusse pas appris plus lost ce qu'il avoit escrit à don Estevan de Gamarra touchant une entrevue avec luy et moy, par laquelle il s'est laissé entendre que l'on eusl pu advancer beaucoup la conclusion de la paix, par les propos qu'il ;i encore jetez là-dessus, par lesquels il paroist, quoyqu'il ne l'ayt pas dict positivement, qu'il seroit encore bien ayse de négocier avec moy. et par ce qu'ils ont dict précisément, luy et M. de Lorraine, qu'il ne peut y avoir de seureté à traiter la paix qu'avec la Reyne; à quoy ils ont adjousté toutes les choses qu'ils croyent me pouvoir irriter davantage et m'exciter à la vengeance du mauvais traitement que je reçois, disant mesme que il sembloit que, par ma retraite, je voulusse abandonner la Reyne, on peut juger que les mesures ne sont pas bien prises entre M. le Prince et Fuensaldaigne, et que celuy-cy n'a pas moins d'envie de traiter avec la Reyne qu'avec luy.
Mais l'on peut aysement concilier ces deux choses qui paroissent contraires, disant que l'une et l'autre peut estre véritable, et que Fuensaldaigne agist de tous costez, pour en tirer de l'avantage, fomentant d'une part la division sous prétexte de vouloir contribuer au service de la Reyne el; traiter la paix avec Elle, et de l'autre continuant à assister M. le Prince, afin qu'il soit le principal instrument de la conclusion de la paix, pour, dans ces entrefaites, mettre en campagne, nous prendre des places et donner lieu aux autres généraux d'Espagne de faire la mesme chose en Catalogne et en Italie, pendant qu'on concertera à Paris et qu'on songera en France à toute autre chose que d'empescher, par de puissantes armées bien commandées et par des préparatifs des choses nécessaires, les ennemis de faire des progrez.
C'eust esté un grand bonheur pour Leurs Majestez et pour moy si Gamarra m'eust pu faire sçavoir assez à temps, devant mon départ de Paris, que le comte de Fuensaldaigne seroit bien ayse de faire un abouchement avec moy*; car j'eusse pu sortir de Paris avec un prétexte
DU CARDINAL M VZAR1N. 109
plausible, ei peut-estre que, si cette entrevue n'eust pas produit la Mars i65i. paix, elleeust, pour le moins, mis les choses en estât que Fuensaldaigne depeschanl à son maistre pour l'advertir des conditions, des([tieiles nous n'aurions pu convenir ensemble, les responses eussent esté à nostre satisfaction, et l'on auroit j)u remettre la sortie des princes sans opposition du Parlement aprez le succez de cette conférence; mais c'est hors de propos (pie l'on songe au passé qui ne peut estre rappelé.
C'est encore un malheur qu'on ayt l'ait peu de réflexion à l'expédient • lut" je proposay, de Douions, d'introduire une négociation avec Fuensaldaigne sur le faict de la paix; car nous serions à présent à la veille d'en avoir les responses d'Espagne, et il ne faut pas douter, comme je l'ay desjà marqué, en une autre depesche, que les Espagnols n'eussent esté ravis de pouvoir faire une paix advantageuse au prix de celle qu'ils auraient esté contraints de faire sans nos desordres et d'acquérir la gloire d'avoir contribué au service de la Reyne, d'autant plus qu'en Flandres les principaux d'entre eux disent hautement qu'aprez ce qu'ils ont faict pour la liberté des princes, il est aysé déjuger ce qu'ils feroient pour celle de la hermana y del sobrino1 du roy, leur maistre.
WW'IIt.
Afl. etr., France, t. 367, P a5i v°; t. 28 du recueil de» Lettres de Mazuriu. —
Copie du temps.
A M. DE LIONNE
Hny2, 3i mars i65i.
(extrait.)
Don Antonio Pimente! vint à ma rencontre auprez de Bouillon avec une escorte composée de trois cents chevaux et cent hommes de pied. Il me lit d'abord beaucoup de complimens et de civilitez de la part de
1 De ta sœur et du neveu du roi, leur maître. — ' Aujourd'hui ville de Belgique, dans la province de Liège. Mazarin écrit tantôt Huit, tantôt Huz.
Ma» ii.:>i. l'Archiduc et du comte de Fuensaldagne '. Besmaux2 s'est trompé, loi qu'il a creu que, par jalousie, l'Archiduc avoit voulu envoyer celuy-n : car il l'a faict sur ce que le comte de Fuensaldagne escrivit au secrétaire Navarra, qu'il croyoit à propos que S. A. m'envoyait quelque personne au-dessus du commun et nommast ledict Pimentel, qui a esté capitaine de son régiment, lorsqu'il estoil mestre-de-camp, tousjours attaché à luy et un de ses plus confidens et de qui il faict le plus de cas.
11 seroit trop long de vouloir donner part à la Reyne de ce qu'il3 m'a dict ' et de ce qui s'est passé entre nous depuis trois jours qu'il est avec moy, et je croys que ce sera assez de vous en dire l'essentiel et. ce qui mérite qu'on y fasse plus de reflexion. Pour sa personne, il est fort discret, adroit, et a, à ce qu'il m'a paru, une cognoissance plus que médiocre des affaires. 11 m'a faict adroitement cognoistre, par beaucoup de choses que j'ay remarqué qu'il me disoit exprès pour cela, qu'il est bien avant dans la confidence du comte de Fuensaldagne. Il a pris soin de me flatter au dernier point et de condamner de mesme l'injustice des persécutions qu'on me faisoit, concluant tousjours qu'on ne s'estoit pas estonné à Bruxelles de sçavoir la fermeté de la Reyne à mon esgard, puisqu'Elle estoit d'une maison qui n'abandonne pas aysement ses serviteurs, et il m'a dict là-dessus tant de particularitez des choses que la Reyne avoit dictes et de celles que le Roy avoit laictes touchant mon départ et contre ceux qui en sont les principaux autheurs, que je vois bien que ce sont des gens bien advertis de
' Ce nom est écrit tantôt Fuensaldaigne paraît extraite des conversations qu'il eut
ou Fuensaldagne , tantôt Fuensaldagna ou avec Pimentel : rrDon Martin de Hesse,
Fuensaldaha. inestre de camp Portugais, disant à Fuen-
2 Ce capitaine des gardes de Mazarin, saldagne que ie feu cardinal de Richelieu dont il a été question ci-dessus, p. 107, avoit l'esprit double, comme Helye. voulant note 1, avait été envoyée l'archiduc Léopold dire qu'il avoit le sien et le mien, Fuensalpar Mazarin atîn d'obtenir une escorte pour dagna luy repartit que l'on auroit pu dire traverser en sûreté les provinces des Pays- cela si le feu cardinal avoit esté dans une Bas qui dépendaient alors de l'Espagne. minorité, comme celle-cy, et que j'eusse esté
3 // se rapporte à Pimentel. [près de luy] en ce temps-là. * '' Mazarin a ajouté la note suivante, qui
ce (jni est de ])lus important, puisqu'ils sçavent jusqu'aux moindres Uwsi65
choses.
Il m'a rebattu diverses lois que, dans ions les Estats du roy, son maistre, j\ seroisdans une entière aeureté el que les ministres du roy d'Espagne l'avoienl fort malservy, en Italie, de ne m!engager pas, par toutes sortes <le moyens, à son service; qu'il estoit bien asseuré que ce que les François de Paris avoient mal traité et mesprisé seroit trèsbien receu el estimé par tous les Espagnols. 11 m'a dicl mille choses de cette force pour voir si je m'ouvrirois de quelque chose; mais, sans manquer à la milité, j'aj respondu ce que je devois, concluant que je finirais mes jours, servant la France de la pensée et par mes souhaits, si je ne pouvois le faire autrement, et que je croyois que le comte de Fuensaldagne et tous ceux qu'il me disoit avoir bonne opinion de moy s'y confirmeraient par là de plus en plus.
Apres s'estre fort estendu sur la passion que tous les principaux ministres du roy, son maistre, tant en Espagne qu'en Flandres et ailleurs, ont de voir establir une bonne paix entre les deux couronnes, et surtout de celle1 du roy. son maistre, pourestre dans une dernière intelligence avec la Reyne, et que je luy eus reparti que, dans la bonne intelligence qu'ils ont avec \1. le Prince et les continuelles négociations qu'ils ont avec M. de Turenne et M"" de Longueville, j'avois creu qu espérant tirer beaucoup dadvantages, par ce moyen, soit dans la conclusion de la paix, soit dans la continuation de la guerre, ilsseroient bien esloignez de ce qu'il me disoit, il m'a dict deux eboses, qu'il m'a répliquées diverses lois et dont l'importance mérite qu'elles soient bien pesées, qui sont, qu'il n'estoit point du Conseil, qu'il n'avoit aucun ordre précis de me parler sur ces matières, mais* que, par ce qu'il en sçavoit desjà. il croyoit de me pouvoir asseurer, sans crainte de desadveu, qu'on hazarderoit bien volontiers la perte de tous les advantages qu ils peuvent espérer du costé de M. le Prince, pour traiter et conclure la paix avec la lieyne par mon moyen, s il y avoit apparence que cela pust réussir.
' De la passion du roy, son maislive.
\vrii i65i. Mazarin ajoute <j iTil se borna à répondre à ces ouvertures par une phrase d'une politesse banale et en déclarant qu'il ne songeait plus qu'au repos. Il termine sa lettre par ces mots :
Si le mariage de M. ic Prince de Gonty et de Mlk de Chevreuse s'achève et que l'union des princes continue et (Restreigne mesme encore davantage, il n'y a rien de meilleur à faire, à mon ad vis, que de conclure promptement la paix avec l'Espagne. A quoy je m'asseure que l'on trouvera de la facilité, et après cela il y en aura encore plus à exécuter toutes les resolutions qu'on jugera à propos de prendre.
Au", étr. , France, t. 267, f" 355; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. —
A M. DE LIONNE
Huy, 1" avril 1 05 1
(extrait.)
M. de Fabert me vient de depesclier icy pour me donner advis qu'il est arrivé à Mezieres un nommé Poret1, Liégeois, qui vient de Paris avec charge de S. A. R. de dire, de sa part, aux habitans de Liège qu'Elle désire qu'ils ne me reçoivent point dans cette ville, et que, s'ils le font, S. A. R. recherchera les occasions de s'en venger. Ledicl Poret a dict qu'il croyoit qu'on avoit donné ordre à M. Marsin-, ou qu'on le luy devoit donner, de venir à Liège pour tascher de me faire quelque mauvais tour, et que M. le Prince suivoit en cela les mouvemens de S. A. R., et avoit donné les mesmes ordres.
Jusques à présent neantmoins jevoy qu'on me reçoit avec beaucoup d'honneur partout, et entr'autres le gouverneur de Dinan3 m'a re-
1 Voy. plus bas, p. 131, ligne 2. ' On écrit maintenant Dînant. Celle ville
- Voy. sur Marsin, le t. I, p. 9^2, des de Belgique dépendait, comme la plus
Lettres de Mazarin. Ce général était origi- grande partie du pays de Liège, de l'arche-
naire du pays de Liège. vêque de Cologne.
cherché de Ions costez DOUT nie convier de la pari de son maistre et Avril i65t. de celle mesme dos habitants de ladicte ville, d'y aller demeurer. Je lais estai d'estre dans deux jours sur le Rhin. Je ne sçais pas ce que Ton désirera encore ei si l'on voudra que je passe jusques au Danube.
Je ne doute point que l'on ne me tende des pièges de tons coslcz; carmes ennemis ne croiront jamais pouvoir parvenir à leurs desseins qu'ils ne soyenl venus à bout de moy. C'est pourquoy je souhaitterois bien que la Reyne eusi la bonté d'ordonner <|iie le fonds, qui avoit esté laid pour mes gardes, subsiste lousjourset demeure dans Testai; et eu cas qu'il y enst difficulté à le taire employer pour la mesme despense, S. M. pourroil dire qu'Elle le destine à quelque autre chose et qu'Elle \eut qu'il soit remis entre les mains de Bartillat1; car je n'ay pas de quov supporter, de mon chef , cette despense. Cependant je ne me puis passer de gardes, et, de faict, j'en reprends de nouveaux pour remplacer ceux qui m'ont quitté.
On me donne advis de Paris que l'on paroit superbement l'Iiostel de Cbevreuse pour la solemuité du mariage2 el que l'on y avoit tendu trois tapisseries qui sont à moy, sçavoir le Scipion, celle de Paris, et une autre de verdure relevée d'or, qui font partie de celles qui estoienl en ;;a<fe entre les mains d'Hervart3, et on marque, par le mesme advis, que Mrac de Chevreuse pretendoit avoir ces trois tentures, et que M. le Surintendant ' les devoit payer pour tascher de se maintenir par ce moyen, aussy bien qu'en donnant, comme il a faict, toutes les assignations qu'a désiré M. le Prince. Je vous prie de vous informer adroite-
1 liiirtill.it ou Barlillac était trésorier de p. 188-189, édil. Hachette, de i856. in-8",
ta Reine. Dangeau en parle à l'occasion de et t. III, p. 5i , édit. de 1873. sa mort arrivée en 1701 (Journal, t. vin. ' Du mariage du prince de Conti avec
p. i!i6): rrLe vieil bonhomme Bartillat M1 de Chevreuse. L'hôtel de Chevreuse était
mourut à Paris; il avoit quatre-vingt-douze situé rue Saint-Thomas-du-Louvre. Il avait
ans. Il avoit été trésorier de la Heine-mère et été occupé successivement par les ducs de La
depuis garde du Trésor royal par commis- Vieu ville, de Luynes et de Chevreuse. sion. avec beaucoup de réputation d'inté- s Voy. sur ce banquier, le t. I, p. g33,
grité et de désintéressement. u Saint-Simon des Lettres de Mazarin. fait également l'éloge de Bartillat, en par- 4 \ oy. sur le surintendant des finances,
lant de sa mort. Voy. ses Mémoires, t. III. ci-dessus, p. 61. note 1.
M LSAIIH. IV. 1,")
IM^IWIIEML KATIONALI.
Avril i or> i . mont de ce qui en est; ce que vous pourrez faire par le moyen de Jobarl. '; car en cas que ces tapisseries ayent esté engagées pour le service du Roy, si MM. des finances ne me donnent pas de quoy les retirer, j'aymerois mieux vendre jusqu'à ma chemise que de souffrir qu'elles parussent en de semblables mains, et je vous prie qu'on n'oublie rien pour l'empescher.
M. Le Tellier m'a escrit des grandes depesches en chiffre pour me donner part de Testât de toutes choses et de ce qui se passoit à Paris, et parle comme une personne qui est tousjours entièrement à moy. Je ne luy ay point faict response, et je luy escriray seulement quelques lignes fort sèches dans deux ou trois jours. Je ne sçay pas d'où procède la chaleur qu'il tesmoigne à présent, et si cela ne vient point de ce qu'il croit que mes affaires ne sont pas en si mauvais estât que luy et ses émissaires l'avoient publié. Il faut que vous taschiez de vivre bien avec luy pour les raysons que vous sçavez.
Quand je partis de Paris, on crut que la conjoncture estoit bonne (et Mmc d'Aiguillon l'avoit proposé) de pousser le Coadjuteur, la Reyne disant qu'EHe ne pourroit pas vivre bien avec S. A. R. , s'il continuoit à recevoir des conseils d'un homme dont toutes les pensées n'alloient qu'à troubler l'Estat et à le diviser. A présent que ledict Coadjuteur est desja poussé d'ailleurs, je croy qu'il y auroit beaucoup plus de facilité à le perdre, S. M. se déclarant ouvertement contre luy , et au Parlement et ailleurs, et disant qu'EHe veut absolument qu'on chasse un homme qui est le principal autheur de tous les desordres et qui n'a que de tres-meschants desseins. A quoy on doit espérer que le Parlement donnera d'autant plustost les mains qu'il est desja mal satisfaict de luy 2.
1 Ce personnage, souvent cité dans les toute participation aux affaires publiques, lettres de Mazarin, avait été chargé de fad- Paul de Gondi, qui aspirait à la dignité de ministration de la maison du Cardinal. cardinal et qui voulait y joindre celle de
2 Le dissentiment entre le Parlement et principal ministre, résistait aux projets des le Coadjuteur venait surtout de ce que le membres du Parlement.
Parlement voulait exclure les cardinaux de
Avril 1 65 i
\ll". éir. . France, I. 367, f 356; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
A M. DE LIONNE
Aix-la-Cliapelle, .'5 avril i(">5i.
(extrait.)
Je n'ay rien à adjouster, touchant. Don Antonio Pimeutcl, à ce que je vous av mandé qu'il m'avoitdict, si ce n'est qu'il m'a confirmé depuis les internes choses et qu'il m'en a parlé, si on le peut dire, encore plus positivement que les autres fois. Ce n'est pas que, quelque belle apparence qu ayt ce qui vient des Espagnols, on ne le doive considérer tousjours de mesme, c'est-à-dire qu'ils font peut-estre tenir les mesmes discours des deux costez pour voir où ils trouveront plus d'advantage, ou pour nous endormir avec des propositions d'accommodement; mais le moyen de n'y estre pas trompé seroit de faire de plus grands préparatifs pour la guerre, lorsqu'on parleroit davantage de la paix. Ce qui me iaicl peine sur le sujet de la paix, c'est que le Nonce1 m'a dict que, par les nouvelles qu'il a receues d'Espagne du 8 mars, et parcelles qu'il a eues de Bruxelles, il paroist que les Espagnols n'ont nulle envie de faire la paix cette année-cy, à quelque condition que ce soit. Ils se déclarent à Madrid de ne vouloir entrer en aucune nouvelle conférence qu'ils ne soyent préalablement asseurez de trois points , qui sont ceux de Portugal2, de Catalogne et de Lorraine. Sur quoyledict sieur Nonce m'a dict, en raillant, qu'il ne voyoit pas ce qu'il resteroit à traitter aprez cela; et que, si nous nous estions relaschez de ce qui forme seul nos différends, il seroit inutile d'envoyer des députez vers les Pyrénées, puisque l'accommodement seroit faict. Il a adjoustéde plus qu'il y avoit
1 Le Nonce, dont parle ici Mazarin, est " Ils exigeaient, avant tout, que la France
Fabio Chigï. qui représentait le pape Inno- abandonnai, le Portugal, leur rendît la Cata-
cenl X auprès de l'archevêque-électeur de logne et rétablît dans ses Etats Charles IV.
Cologne. duc de Lorraine.
Avril i65i
des François qui promettoient de si grands advantages aux Espagnols cette campagne, que, quelque disposition qu'ils eussent à la paix et dans quelque nécessité qu'ils soyent de la conclure, ces espérances les enflent si fort qu'ils ne songent qu'à la continuation de la guerre. 11 a donné part de tout cecy à Rome, et a demandé son congé J sur ce fondement que, n'y ayant nulle apparence de faire aucun traitté entre les deux couronnes, il seroit désormais inutile en ces quartiers-cy. 11 se pourroit faire pourtant que la grande envie qu'il a de s'en aller luy list exagérer au delà de sa pensée et de la vérité l'impossibilité de faire la paix.
Jescris à M. de Brienne et luy mande l'advisquej'ay eu qu'on avoit depesché une personne de Paris à Liège pour déclarer au bourgmestre et aux habitants de la dicte ville que, s'ils me recevoient, ils en auroient du desplaisir2. Je vous advoue que, si au mesme temps que j'obéis aveuglement à ce qu'on m'ordonne, on faict des diligences auprez de tous les princes estrangers pourm'empescherde trouver aucun azile, je ne sçais pas ce que je deviendray à la fin.
J'ay envoyé d'Artaignan3 à Bonn faire mes compliments à M. l'électeur [de Cologne] 4 et luy demander quelque chasteau pour ma retraitte ; car le Nonce ne m'a nullement conseillé d'aller à Cologne , où le peuple est extrêmement brutal. Je croy que je pourray demeurer à Leischnik ou à Bruel (Briihl), qui sont à deux lieues de la dicte ville, l'un au delà et l'autre en deçà.
Vous vous estes trompé dans le soupçon que vous avez eu que le discours que le Nonce, qui est à Paris5, avoit faict à M. de Brienne.
1 Fabio Chigi avait été nommé pour être médiateur "entre la France et l'Espagne. Voy. t. I, p. 689, des Lettres de Mazarin.
' Voy. ci-dessus, p. 112.
3 Charles de Baats de Castelmore , connu sous le nom de d'Artaignan ou d'Artagnan, fut dans la suite capitaine des mousquetaires de Mazarin. Quelques années après la mort du Cardinal, en 1667. il devint capitaine-
lieutenant des mousquetaires du Roi. Nommé maréchal de camp en 1672, il fut tué au siège de Maëstricht , le 25 juin 1673.
4 L' archevêque-électeur de Cologne était , en i65i , Maximilien de Bavière, qui vécut jusqu'en 1688.
5 Nicolas Bagni fut Nonce en France de 1647 a iG56; il fut nommé cardinal en
1657 et mourut en i6G3.
Dl CARDINAL M MARIN. 117
luy disant <[in> , si j'allois à Home et (|iie le Roy escrivist au Pape en Ami l65j ma faveur, Sa Sainteté me recevroit comme son enfant « l'ust accompagné d'artifice. Car Monseigneur Ghigi ] m'a dict que< par ce qu'on luy mandoil de Home, il croyoitqué le Pape me convieroil à\ aller avec (1rs paroles de civilité et d'affection el d'asseurance de me recevoir fort bien, lu ledict sieur Ghigi croit mesme que ce sera, par son moyen, que S. S. me pourra faire faire ce compliment; mais il m'a dict en riant que les personnes sensées de Home, parmy lesquelles il y avoit de ses amys, disent qu'ils s'attendent que je feray de beaux remerciements au Pape el «pie je remettra) à faire ce voyage à un autre temps. Et en efîect il ne faut pas douter que le Pape ne soit sollicité de Paris à me faire toutes ces advances, pour tascher de me pousser bien loin et en lieu où ils auroient le plaisir de me voir recevoir quelque fascheux traittement.
Je seray demain à Juliers2, où je licencieray M. de Pimentel et l'officier de M. de Lorraine qui mont accompagné depuis Bouillon. J'espère qu'ils s'en iront tous contents; car je feray venir quelque chose de Paris pour donner au dict sieur de Pimentel et pour les autres officiers des troupes qui m'ont escorté.
J'ay veu en une lettre escrite au Rheingrave , gouverneur de Maestricli . que le comte du Daugnon 3 faisoit fortilfier en grande haste la Hochelle. Je ne sçay pas s'il est vray; mais, si cela est, c'est une affaire de très-grande conséquence, et à laquelle il faut que la Reyne donne ordre sans perte de temps. C'est un homme meschant et incorrigible , et de quelque voye que sa Majesté se serve pour l'empescher de mal faire, Elle fera bien. M. de Ruvigny me fist, il y a quelque temps, quelque proposition là-dessus; il faudroit que la Reyne luy en parlast dans la dernière confiance (confidence), pour en entendre ses senti-
' Le nom est altéré dans la copie; on a prince qu'à ta paix des Pyrénées. — ' Louis
écrit Guiclii. Foucault, comte du Daugnon, devint ma-
2 La ville de Juliers, sur la Roër, était, réchal de France en 1 653 et mourut en
à celte époque, comprise dans le cercle de 1 6 5 9 . Il avait la lieutenanec des gouverne-
Westphalie et appartenait au duc de Neu- merits deBrouage, de la Rochelle, etc. , qui
bourg; mais elle était occupée par les Espa- avaient été donnés à la Reine à la mort de
gnols, qui ne consentirent à la rendre à ce l'amiral de Brezé, en i646.
Vvi-ii i65i. ments, lesmoignant de se souvenir que je luy en ay parlé une fois. Quand Mmc de Navailles est à Niort, ledict sieur comte [du Daugnon] lui rend de fréquentes visites, elle pourroit peut-estre contribuer encore en cecy, et, si on en parloit avec M. de Navailles, je ne doute point qu'il ne gardast le dernier secret '.
Biblioth. Mazarine, mscr. n" 1719 D, fos 1 12-1 ik. — Copie du temps.