‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 27 sur 125 · CARDIN VI. M \Z\1UN · texte numérisé non relu

CARDIN VI. M \Z\1UN

leur cabale, de m'en esloigner, il leur sera bien plus aysé, quelque juillet 16S1. chose qu'ils promettent au contraire, d'empeschermon retour, afin que, o'ayanl pas l'obstacle de M. le Prince dans la poursuite de leur dessein, ils puissent aussy eslre deslivrez de celuy <]ue je leur pourrois faire dans l'esprit de la lîeyne, par la créance que S. Mle me faict l'Iionneur d'avoir en inoy. et faisant semblant de souhaitter mon retour auprez de Leurs M1" avec passion et de travailler pour cet efîect, ils feront euvmesines remuer et crier des peuples et des parlemens làdessus, afin que cela leur serve d'excuse, s'il n'est pas possible d'effectuer ce qu'ils auront promis.

C'est pourquoy ce sera un mauvais conseil si on se resoud à leur donner présentement ce qu'ils demandent, pour attendre, aprez, l'exécution de ce qu'ils promettront, à moins d'avoir dételles seuretez que, par leur propre interest, ils soient obligez à tenir ponctuellement leurs promesses. J'estime donc que ce doit estre là la principale application. On doit prendre garde aussy pour le mariage de Madamoiselle de Chevreuse avec M. le Prince de Conty; car je suis bien trompé si les frondeurs ne se flattent tousjours de le pouvoir faire, si une fois ils viennent à bout que M. le Prince n'y puisse faire opposition ny en destourner son frère.

Je ne vous dis autre chose touchant les resolutions qu'on prendra à l'esgard de M. le Prince1, si ce n'est que les momens sont précieux en certaines natures d'affaires, et qu'il ne faut rien oublier ny pour le principal ny pour les accessoires; que le Roy doit avoir tout en son pouvoir, afin de n'avoir pas à se repentir, aprez, d'avoir manqué à ce qu'il estoit, du commencement, au pouvoir de la Rcyne de faire avec facilité -.

Je croirois extrêmement advanlageux pour le bien de l'Estat si la Reyne pouvoit entièrement gaigner à Elle M. de Bouillon et le mares-

1 On a déjà \u qu'il était question de ' Mazarin veut dire que la Reine pouvait

nouveau d'arrêter Condé. 11 en fui prévenu retenir Conde' en prison, à l'époque où il

et se relira dans son château de Saint-Maur était enfermé au Havre, au lieu de lui rendre

près d»' Paris, dans la nuit du 5 au G juillet. la liberté.

siAziniN. — iv. 3g

IMCfilMFRfT *<T!0«m.E.

juillet iG5i. chai de Turenne. Tout le monde mande qu'ils ne sont pas contens de

M. le Prince, et je crois que Mn,e la princesse palatine pourroil mesnager l'affaire. Ce n'est pas qu'on ne jugcast plus propre M. de Ruvigay, lequel m'a asseuré de ce que je vous ay escrit; mais je ne sçay pas s'il a entendu conjointement avec M. le Prince1. La Reyne, renvoyant quérir et luy parlant là-dessus, en pourra avoir tout l'esclaircissement qu'Elle voudra. 11 faut aussy avoir M. le Premier Président, lequel je crois cslre desjà dans toutes les dispositions que S. M1" peut souhaitter. Enfin pour ce qui est de M. de Bouillon et de M. de Turenne et des parens et intimes de M. le Prince, qui sont capables de faire du mal, il faut tascher de les gaigner, ou leur oster le moyen de pouvoir rien faire qui soit préjudiciable. Et je ne vous dis rien de M. de Ghavigny; car je suis persuadé que M. de Servien et vous, estant sur le lieu, vous voyez mieux que personne ce qu'il y a à conseiller à la Reyne là-dessus.

Je ne doute pas que, si M. le duc d'Orléans en est d'accord, M. le Prince ne prosne contre vous et contre M. Servien au Parlement et ne mette sur le lapis tout ce qui pourra le plus desplaire à la Reyne et me nuire davantage; mais il y a apparence que la négociation que l'on a avec les frondeurs les obligera à destourner S.A. R.de se conformer là-dessus aux sentimens de M. le Prince, ou s'ils ne veulent pas se déclarer à cette Altesse, en cas qu'il n'y ayt rien de conclud ou bien advancé, il me semble qu'on ne doit craindre aucune resolution fascheuse du Parlement, attendu qu'il y a des gens bien inlentionnez revenus pour le service de Leurs M,ez; que les amis et dependans des frondeurs ne se porteront pas aux extremilez, et que M. le Premier Président, qui veut servir, employera utilement son adresse pour mesnager toutes choses à la satisfaction de Leurs M'1'.

Au reste', la meilleure nouvelle que je pourrois recevoir sera celle (jue Leurs M'ez soient hors de Paris; si on s'adjuste avec M. d'Orléans, on le pourra faire sans que qui que ce soit en dise le moindre mot. Et

1 La phrase est peu explicite: Mazarin le duc fie Bouillon et le maréchal de Tuveut dire, je crois, qu'il ne sait pas si Ru- renne, a voulu dire qu'on pourrait se les vigny , en parlant de la possibilité de gagner concilier en même temps que Conde'.

IX CARDINAL M \XUW\. 307

si raccommodement ne se laid, il est encore plus nécessaire d'estre hors Juillet 16O de Paris. Pour inov. je tons advoue que je serav dans les dernières inquiétudes jusqu'à tant que cela soit; car il me semble qu'il n'y a rien de si esvideni que les plus grands maux, qui peuvent arriver, ne seroient pas considérables, et [<pi 'Ion y romedieroil aysement, Leurs \1 estant à la campagne, et les petits peuvent devenir bien grands et dangereux, estant à Paris. Les mal intentionné/ , ceux qui se veulent rendre considérables, et presque toute la Cour travailleront sans doute, par diverses raisons, à l'empescher, les uns pour leur commodité, les autres par espérance de pouvoir, par leur cabale, mettre en estât Leurs M de consentir à ce qu'ils voudront, et d'autres, pour faire leurs affaires, sous prétexte qu'ils sont capables de servir.

Enfin Leurs M liors de Paris, les intrigues diminueront de moitié; les armées se conserveront et s'escbaullcront de plus en plus pour leur service et beaucoup de monde se rendra auprez d'Elles, lesquelles pourront prendre telle resolution que bon leur semblera sans aucune crainte, et quant à moy je croy que d'estre à Paris ou debors, c'est tout de mesme qu'estre en prison ou en liberté; c'est d'avoir crainte de tout, ou de faire tout craindre; c'est ne pouvoir presque rien, ou tout pouvoir; c'est enfin eslre Roy et maistre en effect, ou en avoir seulement le nom et estre sujet à la volonté de ceux qui, ayant lailly, ont interest, par toutes sortes de voyes, d'abattre l'authorité royale.

Si on ne peut sortir pour s'approcher de la frontière, comme on a

faict, les autres années, avec beaucoup d'utilité, le prétexte du sacre ne

peut manquer, sans qu'on doive appréhender pour cela que personne

y trouve à redire et qu'on fasse du bruit, puisqu'il paroist que tous les

peuples soubaittent de voir le Roy sacré; et d'autant plus la Reyne

verra de cabales dans le Parlement, rencontrera de diflicultez à gaigner

S. \. R. et les frondeurs , el verra M. le Prince procéder comme il faict,

[d'autant plus] Kl le doibt songer à sortir de Paris avec le Roy par

quelque moyeu que ce puisse estre; car asseurement en Testât où Elle

est . Elle doibt tout craindre el pourroit se repentir, hors de temps, de

Juillet iG5i. ne l'avoir pas faict, avec beaucoup de desplaisir du préjudice qui eu seroit arrivé au Roy, à l'Estat et à sa personne.

Il ne faut pas moins sortir, ny avec moins de diligence, si l'on conclut quelque chose avec S. A. R. et les frondeurs, parce que je m; doute point que, quinze jours aprez, il seroit très-difficile à Leurs Mlez de le faire, sous mille prétextes qu'ils trouveroient du bien et du service de Leurs M1", et comme S. A. R. est tres-ayse d'y demeurer1, on n'auroit pas grande peine à luy faire approuver toutes les raysons qu'on luy diroit là-dessus.

Je croy qu'où aura songé à tout; car il est temps d'avoir .pris ses mesures sur ce qu'on devra faire à la Majorité et pour les Estats-generaux, et je ne sçay pas si on a résolu si le Roy se déclarera majeur au parlement de Paris, craignant fort qu'on ne demande à S. Mu la confirmation de toutes les déclarations qui ont esté extorquées depuis trois ans, tout-à-faict contraires à son authorité. Si le Roy l'accorde, c'est le plus grand malheur qui puisse arriver, et, s'il le refuse, il est à craindre qu'on n'esmeuve quelque sédition pour le contraindre, ainsy qu'on a faict dernièrement; et, si le malheur vouloit qu'ils vinssent à bout, dans le commencement de la Majorité, de quelque chose contre l'authorité du Roy, je vous laisse à penser quelles suittes on devroit appréhender d'un semblable commencement; ce qui donneroit courage aux factieux de tout entreprendre, recognoissant facilité à continuer, dans la Majorité, la mesme conduite qu'ilz ont tenue dans le bas aage du Roy. Mon zèle me faict peut-estre dire plus que je ne devrois; mais, en ce cas, j'en dois estre excusé, la cause en estant bonne.

J'ay receu advis de beaucoup d'endroits que le mareschal d'Estrée, en toutes occasions, a parlé à mon advantage, et à moy,il m'a offert et fait offrir plus d'une fois Laon-, et cinquante mille escus, et M. de Senneterre m'a tousjours asseuré que je pouvois faire un estât certain du dict mareschal. Il y a pourtant grande apparence que, si on ne s'est advisé d'y aporter quelque remède, ils se cabreront tous sur l'exclusion

' De demeurer à Paris. — ' Le maréchal d'Estrées était gouverneur de celte ville.

DU CARDINAL M \Z VRIN. 309

qu'on leur donne dans la négociation avec les frondeurs, qui avoit juillet l65j. esté commencée par leur moyen.

Je cro\ que nous n'oubliez pas de conseiller la Reyne de flatter et de caresser le Président Le Coigneux1 et ses enfans, puisqu'ils servent bien el qu'ils sont capables île le faire lousjours mieux.

Je vous av laid le tableau du commandeur de Jars-. Je remets à une autre fois à vous faire celuy du mareschal deGramont; caril me semble de l'avoir veu arriver au Palais-Royal, tout en leste pour exagérer l'action du Premier Président3.

M. de Beaufortest persuadé désire un Mars et un Adonis, (pie, quand il se monstre, il trouble le repos des plus belles dames. Il est tousjours affairé; il croit que tout ce qui se remue, c'est par ses ressorts et veut qu'on le plaigne de tant de négociations qu'il a sur les bras. Ce que je crois de lu y, c'est qu'il n'est pas trop fin, qu'il est très vain, fort intéressé, mal intentionné, grand trompeur; qu'il a son peuple dans la teste et [qu'il] ' se figure des occupations qu'il n'a point. Pour le reste, s'il sçavoit parler, il diroit de belles choses. Ce que je vous puis donc dire sur son sujet, c'est qu'il ne faut rien espérer ny désespérer de luy, et qu'asseurement Miue de Montbazon et La Boulaye5 luy feront faire tout ce qu'ils voudront. Il est pourtant à propos d'empescher qu'il ne se joigne à M. le Prince, lequel s'en pourroit servir utilement en beaucoup de choses.

1 Jacques Le Coigneux, ou Le Cogneux, président à mortier en iG3o, mort le 21 août iG5i. Son fils , nommé aussi Jacques Le Coigneux , fut conseiller au Parlement en i6ii, président aux Enquêtes en 1 648 et président h mortier en 1 G5 1 ; il mourut en 1686. On trouve l'Historiette des Le Coigneux dans Tallemant des Réaux, t. IV, p. 1 etG,édit. in-8" (Techener, 1 855).

* Voy. ci-dessus, p. 1/13, 267-QG8. Le goût des portraits était fort répandu à celte époque , comme on le voit par les Mémoires de Retz et par les portraits publiés sous le

nom de M"c de Monlpensier. Mazarin luimême a cédé à cette mode, comme le prouve son portrait de Reaufort.

3 11 s'agit, dans ce passage, du discours que le premier président, Mathieu Mole, avait prononcé en répondant au prince de Conti, dans la séance du Parlement, tenue le 8 juillet 1601. Voyez, sur celli1 séance, Y Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, t. IV, p. 369 et suiv.

* La copie porte qui, mais le sens général de la l'hrase exige qu'il.

5 Voyez, sur M'"e de Montbazon, le 1. 1,

JuilH i ().")!. Je croys entièrement ce que la Reyne vous a dict du mespris que le Roy fait du mareschal de Villeroy; mais je supplie tres-humblerneut S. M1'' de considérer que ce que ledict mareschal ne pourra faire par luv, il tascliera d'en faire entretenir le Roy par des personnes qui luv seront agréables, à qui il donnera lieu d'approcher S. Mlc et [de] luv insinuer les choses qu'il aura concertées avec eux.

Le prince François1 m'est venu voir, et, aprez in'avoir faict de grandes protestations d'amitié, il m'a dict que Madame2 souhaittoit avec passion mon retour, et qu'elle ne perdoit aucune occasion de faire cognoistre à M. le duc d'Orléans que c'estoit son service; que celuy-cy luv a voit dict qu'il ne s'y opposeroit pas, ny qu'il ne voudroit pas estre garant de ce qui en pourroit arriver; et que, si la Reyne vouloit prendre un peu de peine de caresser S. A. R., Elle en feroit tout ce qu'Elle voudroit. Il m'a parlé au desadvanlage de M. le Prince et m'a asseuré que jamais on ne verroit une union sincère entre luy et S. A. R. Il s'est fort eschauffé, aprez, pour me persuader que je devois m'employer pour faire la paix. Sur quoy je me suis tousjours tenu en des responses générales.

L'Estrade3 m'a depesché et m'a envoyé une lettre du mareschal d'Aumont la plus obligeante du monde. Il 4 me convie à aller à la teste de l'armée, qu'on s'asseure5 n'avoir jamais esté si belle ny si forte. 11 me dict quej'yserois receu avec grand applaudissement, et que, si on peut avoir seulement cent mille escus de la Cour, il me respondoit qu'on pourroit attaquer et prendre telle place qu'on voudroit sur les ennemis. L'Estrade me mande la mesme chose, et il adjouste que tous les amis que j'ay dans l'armée et dans les places de ce costé-là , disent hautement que j'ay assez souffert, estant innocent comme je suis, et que, si je ne ebange de méthode, ma patience me perdra entièrement et pre-

p. 9/17, des Lettres de Mazarin, et sur La J On a déjà fait remarquer que Mazarin

Boulaye, le t. III, p. £29, note 5. employait souvent cetle forme pour d'Es-

1 Ce prince était frère de Charles IV, duc trades. Voyez, sur Codefroy d'Estrade-, le

de Lorraine. t. T. p. 92 '1, des Lettres de Mazarin.

' Marguerite de Lorraine, duchesse d'Or- ' //se rapporte à d'Aumont.

léans, était sœur du duc de Lorraine et du 6 Le manuscrit porte bien s'asseure, et

prince François. non m'asseure, qui semblerait préférable.

judiciera fort à Leurs M' . Il me prie de mou aller à Dunkerque1, Juillet 1661. m'asseurant que Gravelines cl toute la coste sera pour moy; que je n'y

dois rien craindre, ny du costé delà France, ny de ceiuj Av* ennemis, et, par ce moyen, j'acconimoderay bien mieux mes affaires <jue non pas eonliiuianl à souffrir et à vivre comme je lais. Je ne puis pas in'einpescher de vous dire, en cet endroit, que, l'année laissant- d'agir faute de cent mille escus pour l'artillerve et pour les travaux, r/est un grand malheur pour l'Estat et pour l'advancement de la paix que celuy qui offre des millions ne soil pas promptemenl dans les finances3.

Je dois beaucoup à leur zèle el à la passion qu'ils me tesmoignent. Mais j,« ne pivudray ' pas leur conseil5 pour beaucoup de raisons, dont la principale est que, Leurs M461 estant à Paris, une semblable resolution pourroit obliger les factieux à esmouvoir quelque sédition qui nietlroil Leurs M'c' en Testât qu'elles estoient dernièrement0.

J'entre à présent à vous dire une chose qui est de grande importance, c'est que Pimente! m'ayant faict une response tres-civile, de la part du comte Pegnaranda, sur ce que je luy avois escrit à l'esgard des soupçons qu'on leur vouloit mettre dans l'esprit que j'eusse diverses négociations icy sur le tapis contre la maison d'Austriche, il me dict, aprez, de la part du niesme comte, n'estre pas véritable ce qu'on disoit que les pouvoirs d'Espagne, envoyez à M. l'Archiduc et au dict comte, lussent limitez et qu'ils ne puissent pas entrer en conférence, sansestre, au préalable, asseurez de la satisfaction sur les trois points que vous sçavez7, et que cela seroit bien ayséj de voir quand la Reyne nommeroit

1 Ce mot est écrit Duwjuerque dans la 5 II s'agit du conseil donné parti' A umont

copie. et d'Estrades.

' Négligeant, manquant l'occasion d'à- f' On a vu, ci-dessus, que le Roi et la

gir. Heine avaient été retenus prisonniers dans

3 On a vu, ci-dessus, que Mazarin désirait le Palais-Royal pendant les mois de février,

que La Vieuvilk fût nommé surintendant mars et avril 1 05 1 .

des finances et promettait qu'il rétablirait 7 On a déjà dit que ces trois points étaient

le crédit public. l'abandon du Portugal parla France, la res-

' Dans le sens de je ne suivrai pas leur titulion de la Catalogne aux Espagnols et

conseil. <le la Lorraine à Charles IV.

Juillel i65i. quelqu'un pour traitter de la paix. 11 conclut, aprez, que la passion de M. le comte [de Pcgnarandajseroit de la pouvoir conclure avec moy. Je luy ay fait response tesmoiguant beaucoup d'estime et de recognoissance ■ de l'honneur que M. le comte me faisoit, et que je ne pourrois avoir plus grande joye que d'avoir part au repos si nécessaire à toute la Clirestienneté et aifx interests des deux Couronnes et d'avoir cet honneur-là avec ledict sieur comte, ainsy que je l'avois tousjours désiré; mais que, dans Testât où j'estois, j'avois plus de sujet de souhaitter que d'espérer un tel bonheur. Il ne faut pas douter que ledict comte ne soit informé que la Reyne continue d'avoir toute confiance en moy et qu'il ne fust tres-ayse, particulièrement s'il n'espère rien du costé de M. le Prince, de traiter de la paix avec moy; et j'ose dire qu'on en pourroit espérer quelque bon événement. Je vous prie de représenter cela à la Reyne, et de voir, avec M. Servien, s'il y auroit du danger que, ledict sieur comte en estant d'accord, je traitasse avec luy en secret de cette affaire, ou nous voyant en quelque lieu, ou par le moyen de quelque personne obscure, afin que la chose ne fist pas d'esclat, et suivant ce que je ferois et l'estat dans lequel les choses seroient en France, je pourrois estre advoué ou desadvoué. L'affaire mérite bien qu'on y fasse un peu de reflexion, et ce sera la plus grande grâce que la Reyne me puisse accorder, si Elle me permet de faire en cela tout ce que je pourray. Peut-estre que, l'accommodement se faisant avec M. le duc d'Orléans, luy-mesme pourra tomber d'accord en secret avec la Reyne que je m'employe en cette affaire. Je vous prie de me donner response en toute diligence là-dessus, et d'estre persuadez, M. Servien et vous, que vous ne me sçauriez rendre office en aucune chose qui m'obligeast plus qu'en celle-cy, qui me concilieroit l'amour de tous les peuples, que l'on a irritez contre moy par malice et par meschanceté. Il faut que l'affaire soit bien secrette.

Je finiray cette lettre vous priant d'estre bien alerte avec le Coadjuteur et de le faire parler positivement sur ce qui me regarde; car, quand il vous marque le bien de l'Estat, il se mocque, estant certain qu'il n'y a rien qui luy fasse moins de peine que cela. C'est la vengeance

DU CARDINAL M \ZARIN. 313

et l'ambition qui le font agir, et il ne faut pas donner les mains qu'il sa- Juillet i66t. tisfasse à ces deux passions, sans que Leurs M'" y trouvent leur compte, et qu'Elies ayent la satisfaction de réparer l'honneur d'un fidèle serviteur, qui a esté, malgré Elles, persécuté avec tant de violence à la veue de tout le inonde l.

XGVI.

Ail', étr.. France, t. 268, f° \lih verso; t. 39 du recueil des Lettres de Mazarin.

Copie du temps.

AU MARÉCHAL DU PLESSIS2

(bïtrait.)

[RrùhlJ, 8 juillet i65i.

Après avoir remercié le maréchal des témoignages d'affection qu'il lui a donnés, Mazarin continue ainsi :

J'espère que vostre mérite, l'amitié que vous avez pour moy, et l'attachement dernier à sa personne3 surmonteront tous les obstacles, et vous donneront la place auprez d'Elle, qui vous est deue4. Vous me feriez tort de me croire si malavisé que je n'aye faict tout ce qui pouvoit despendre de moy pour unir tous mes amys à agir de concert pour mes interests; mais n'ayant [pu]5, par mon malheur, en venir à bout,

1 A la suite de cette lettre, on trouve, au folio 48 1 du tome 267, France, une lettre de Mazarin à Lionne, du 8 juillet i65i, avec cette note : Cette depesche n'a pas esté envoyée. Il m'a paru dès lors inutile de la publier.

2 Yoy. sur le maréchal du Plessis-Praslin, le (orne I. p. 982. des Lettres de Mazarin.

3 D'après la phrase précédente, il s'agit de la personne de la Reine.

' Les Mémoires du maréchal du Plessis- Praslin n'indiquent pas avec une clarté

MAZAIU>. IV.

suffisante de quelle place veut parler Mazarin. Il semble toutefois , d'après une phrase des Mémoires, qu'il s'agissait d'une place au conseil du Roi. Voici cette phrase : «Le Cardinal eût bien voulu qu'il (le maréchal) eût été dans le Conseil; mais il ne trou voit pas à propos qu'il y dût entrer avant son retour. •» (Mémoires du maréchal du Plessis- Praslin, p. A28, édition Michaud et Poujoulat.)

5 La copie porte pas ; mais le verbe qui suit étant à l'infinitif, il est nécessaire de changer ce mot.

Juillet i65i. j'en ressens de tres-'grands préjudices et lels qu'à vous parler librement, quelque chose qu'on m'escrive au contraire, j'ay une très-mauvaise opinion de mes affaires; ce qui est assez estrange, la fermeté de la personne ' estant au point que vous sçavez. J'ay escrit au long à celuy qui sert sous vous2, avec ordre de vous communiquer mes pensées, de prendre vos conseils et de vous dire à quel point je suis vostre serviteur et vostre amy. Je suis asseuré qu'il n'aura pas manqué de le faire.

A présent, je vous conjure de continuer à parler comme vous avez tousjours faict et particulièrement à la personne3, laquelle je vous responds sera tres-ayse de tout ce que vous luy direz, et bien plus si vous le faictes avec une entière liberté, puisqu'Elle recognoistra bien que c'est son service qui vous oblige d'en user ainsy, et l'amitié que vous avez pour les absens, leur malheur n'estant pas capable de la changer ou diminuer.

Je vous prie aussy de vous bien lier avec mes amys , et sur ce chapitre je me remets à celuy qui vous rendra ce billet, et croyez que je ne sçaurois avoir d'advantages que vous n'y trouviez les vostres.

Je vous seray tres-obligé si vous dictes à vostre maistre* que je sçay bien les obligations que les absens ont à sa bonté des discours qu'il tient à leur advantage, et qu'ils seront tousjours ses tres-humbles serviteurs. En vostre particulier, je vous prie de croire que je compte sur vostre amitié, comme sur une chose qui ne me sçauroit manquer, et que je seray, toute ma vie, vostre tres-passionné et véritable serviteur.

1 Delà Reine. dale du îlx juin i65i. Il faut surtout re-

1 Le maréchal du Plessis-Praslin était marquer ce qu'il dit à la page 273.

gouverneur de Philippe de France, duc 3 Mazarin continue de designer la Reine

d'Anjou et plus tard duc d'Orléans. Milet, par ce mot.

ou Millet de Jeurs, était sous-gouverneur 4 II est probable que Mazarin \eut

de ce prince. C'est donc de lui que Mazarin désigner le duc d'Anjou, à la personne

parle dans ce passage. Voy. ci-dessus, duquel le maréchal du Plessis-Praslin était,

p. 270, une lettre de Mazarin à Milet, en comme on l'a vu, spécialement attaché.

IX CAItDINAL M IZARIN. 315

Juillet i65l.

Biblioth. Mazarine. mss. n" 1719, l. V, folios 217-219. — Copie du temps.

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