‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 26 sur 125 · LXX1X · texte numérisé non relu

LXX1X

AIT. étr., France, t. 267, f" 438; t. n8 du recueil des Lettres de Mazarin. —

A M. DE LIONNE

[Rn'ihl], 9 juin 1 (>.'> i (e\tbaii.)

S'il [ne] réussit1 à Mmc la princesse palatine, aprez avoir réduit Mme de

' Le passage cité commence au bas du P Ixlxo.

Juin i65i. Longueville [et M.] le prince de Gonly à son point, de catéchiser M. la Prince et qu'il se prépare à s'en aller en Guyenne, accompagné de M. de Turenne, qu'on dict y devoir aller pour accomplir le mariage avec M1,e de La Force1, je croys les intentions dudict prince aussy meschantes pour Leurs M'" et pour l'Estat qu'on peut s'imaginer, et je ne doute pas qu'il ne s'entende avec les Espagnols, et qu'il ne soit mesme convenu avec eux d'exécuter quelque dessein dans un certain temps, qu'il aura pris avec eux pour l'employer à mettre ses affaires en bon estât, accommoder bien ses places, augmenter le nombre de ses troupes, amasser de l'argent, s'establir dans les nouveaux gouvernemens2, et asseurement que M. de Turenne n'est pas revenu à la Cour, sans avoir, au préalable, concerté avec Fuensaldagne de la manière avec laquelle ils se conduiront avec M. le Prince, et mesme tout ce que les uns et les autres auroient à faire et en quel temps; car l'ambition, l'infidélité et le plaisir que ledict Marescbal a desjà commencé de prendre au remuement et à la révolte ne permettent pas qu'on ne le soupçonne de tout, et qu'on ne croye qu'il aura dict et faict valoir aux Espagnols que, par le moyen du mariage qu'il viendroit faire, il s'accrediteroit et se rendrait sans obstacle le cbef du party huguenot. Et je croy que, si on pouvoit mettre à la question le marquis de Sillery, il diroit bien quelque chose qui nous feroit voir qu'il y a des mesures prises entre M. le Prince et les Espagnols; car il est très-certain que Fuensaldagne est demeuré fort satisfaict de luy et que, par son moyen, l'on a sceu à Bruxelles, la prétention d'eschanger les gouvernemens, qui estoit pour lors fort secrette en France. Mais il sera bien aysé de s'esclaircir promptement sur tout ce que dessus et de n'en douter nullement, si M. le Prince refuse une liaison entière avec la Reyne, avec tant de seureté et par des moyens si advan-

1 Charlotte de Caumont, fille d'Armand ! Les gouvernements de Guyenne et de

Nompar de Caumont, duc de La Force, pair Provence. On a vu que Coudé avait obtenu

et maréchal de France, ne fut mariée qu'en pour lui le premier, en échange de la Bour-

1 653 à Henri de La Tour, vicomle de Tu- gognei II demandait le second pour son

renne. Elle mourut en 16O6, à /j3 ans. frère, le prince de Conli.

tageux. que la princesse palatine Iny aura proposez encore plus forte- Juin iti5i. nient aprez l'arrivée de Bartet. Et en ce cas, il faut, avec grande diligence, praticquer <le bonne heure, et sans y perdre un moment de temps (si on ne l'a desja fâict, comme je l'espère), tous les moyens pour délivrer le Roy et l'Estat des dangereuses suites que la mauvaise intention de M. le Prince pourrait produire, et nous garantir de l'union de laquelle vous dictes qu'il y a de grandes négociations sur le lapis: ee qui sera tres-aysé dans la passion que les autres1 ont et auront tousjours de préférer la vengeance contre M. le Prince à toute autre chose; et peut-estre que ce que le duc d'Orléans dict aux uns et aux autres contre mon retour et l'esclat qu'il a faict au Parlement si mal à propos, et celuy de M. de Chasteauneuf de se vouloir donner à M. le Prince pour se lier avec S. A. R., n'ont autre but que d'obliger la Revue à recevoir leurs oiïres et s'en servir contre M. le Prince. 1! faut seulement songer à prendre de telles précautions avec eux qu'ils ne profitent des déclarations qu'on pourroit faire contre ledict Prince, en sorte qu'ils deviennent les maistres et qu'on soit obligé d'en recevoir la loy; ce qui seroit un inconvénient aussy grand, et duquel les Espagnols ne profiteroientpas moins, que celuy qui nous pourroit arriver d'une levée de bouclier de M. le Prince. De quoy ayant entretenu au long 1 abbé Fouquct , vous aurez sceu toutes mes pensées, et Bartet mesme m'a faict des propositions, en cas que M. le Prince ne voulust pas se rendre aux assauts que la princesse palatine lu y donneroit, que2 j'ay faict semblant de n'entendre point; mais il vous sera tresaysé, le mettant là-dessus, de l'obliger à vous dire les mesmes choses. Et je reviens tousjours [à dire] qu'il faut estre hors de Paris; car, quand mesme la liaison se feroit entre M. le Prince, S. A. R. et les frondeurs, outre que les personnes du Roy et de la Reyne né courroient aucun risque et ne pourroient estre contraintes à authoriser ce que les autres voudroyent, la havne qu'on a contre M. le Prince, contre le Coadjuteur et les frondeurs, et le mespris qu'on a pour M. le duc

1 Mazarin veut parler surtout de M'c de Clievreuse et du Coadjuteur. — ' Que '-e rapporte aux propositions faites par Bartet.

Juin i65i. d'Orléans est tel que Leurs Mtez, estant en lieu deseureté, auroient, avec la justice de la cause et l'advantage que donne d'estrc les maistres, un grand party, considérable; par toutes sortes de respects1 et capable de donner bienlost la loy, et M. Servien et vous et tous les bons serviteurs de la Reyne se pourroient mocquer de ce qu'ils ont sujet d'apprebender eu (juelque façon, Leurs M'ez demeurant à Paris, et vous verrez on ce cas que, quand M. de Chasteauncuf veut que S. A. R. donne les sceaux à M. le Premier Président et advauce d'autres offres, il faict le compte sans son boste.

Ce qui me confirme encore dans le soupçon que M. le Prince ayt pris des mesures avec les Espagnols, c'est que ceux-cy, estanl en trèsmauvais estât, avec fort peu de moyens de continuer la guerre et à la veille de voir tous les jours de nouvelles révoltes dans leurs royaumes. se conduisent avec une insolence non pareille dans la négociation de la paix, faisant des propositions avec un tel mespris, qu'ils auroient bonté de les faire au dernier prince de l'Europe.

Je croy qu'on ne s'endort pas à empeseber, par toutes sortes de moyens, que M. d'Angoulesme2 ne donne pas son contentement à l'eschange de la Provence et à mander dans la province tout ce qui est nécessaire pour empescher qu'à la suscitation de M. le Prince, on n'y esmeuve quelque sédition, ainsy qu'il a faict faire en Guyenne, pour obliger la Reyne à contraindre ledict duc [d'Angoulesme] à donner sa démission. Mais, quand mesme on remueroit dans ladicte province, je ne serois pas d'advis pour cela qu'on en donnast le gouvernement à M. le Prince, et plustost, sous prétexte que le comte d'Alais3 ne se veut pas contenter de la Champagne4, faire un eschange avec

1 Motifs, considérations. nom de comte d'Alais. le gouverneur de

! Le comte d'Alais, qui avait pris le titre Provence qui. comme on l'a dit, portait

de duc d'Angoulême à la mort de son père, alors le titre de duc d'Angoulême. était gouverneur de Provence. Voy. sur le ' Dans une des lettres publiées par

duc d'Angoulême et le comte d'Alais, son M. Tiavenel (p. Go. des Lettres de Mazarin) ,

fils, le t. I, p. 904 et 905, des Lettres de le Cardinal insiste vivement sur le danger

Mazarin. de l'échange de la Provence contre la Cham-

Mazarin désigne ici, sous son aDcien pagne, que demandait Coudé pour son

1)1 CARDIN IL M IZARIN. t255

quelqu'autre gouvernemeni ou charge, comme pourroit estre l'admi- Juin i65i. rauté, ne doutant poinl que M. il»* Yendosme ne fusl bien ayse de la donner pour la Provence; ou tascher avec M. d'Eadiguieres -l, qui a beaucoup de bien dan9 la Provence, de la changer avec le Dauphiné, ou enfin je crov mesme qu'il vaudroil mieux que la Reyne donnas! la Bretagne à M. de Vendosme el prisl la Provence pourdonnei l'admirauté à M. d' Ingoulesme. Enfin je vous dis les pensées qui me tombenl d'abord dans l'esprit, sans les avoii' examinées; mais pour ce que je puis voir d'icy, il me semble que toul est moins préjudiciable au Roj que de donner la Provence à M. le Prince. Les raisons en peuvent estre assez cogneues d'un chacun3. C'est pourquoy je vous dis seulement, que les deux provinces les plus jalouses3 eu France, el par le moyen desquelles on peut . avec moins d'obstacle, mettre la monarchie au point de renverser, sont la Guyenne et la Provence, qui peuvent recevoir avec une très-grande facilité de puissants secours de tous les royaumes d'Espagne et de tous les Estais que ce roy ' possède en Italie, el dont les babitans sont naturellement enclins à la révolte, sans parler que Marsin commande en Catalogne, et que, presque dans toutes les provinces aboutissant à ces deux-là, M. le Prince, par divers moyens, v a beaucoup de pouvoir '. et demeurant avec tant de places dans la Charopague et la meilleure qui soit en Bourgongne6, [il] se [donne] aussy les

frère, le prince de Conti. Il montre que (p. 69), les motifs pour lesquels te Cardinal

Condé seiiiii le véritable maître de la Pro- regardait comme un grand danger d'aban-

vence, pourrait communiquer par ce pays donner au prince de Condé le gouverne-

et par mer, -avec les royaumes de Naples, mentde la Guyenne. Voy. ci-dessus, p. 170,

Sicile. Sardaigne el l'Etal de Milan-, peu- noie 1.

dant que, par la Guyenne, il donnerait la ; C'est-à-dire, sur lesquelles il finit veiller

main -à tous les royaumes d'Espagne, par avec le plus de soin. mer et par terre». Le roi d'Espagne.

1 François de Bonne de Créquy, duc de Cette considération est développée dans

Créquy et de Lesdiguières. que Mazarin une lettre de Mazarin publiée par M. Ua-

écril Esdiguières. Il était gouverneur du vend (p. 7 >).

Dauphiné. Voy. sur ce personnage, le 1. I. Bellegarde ou Seurre. Le gouverneur

p. 939 , des Lettre» de Mazarin. de cette place était, en t65i, Henri de

: On trouve, dans les lettres intimes de Montmorency -Boulteville, qui devint le

Mazarin à la Heine publiées par M. Bavenel maréchal-duc de Luxembourg.

luin i65i. mains avec toutes les forces que les Espagnols ont dans les Pays-Bas1 cl celles qu'ils peuvent tirer de l' Allemagne. Enfin il faut sauver le royaume à quelque prix que ce soit2, et il faut que les bons serviteurs de S. M"' y songent courageusement, conseillant la Reyne à n'y vouloir rien hazarder [par excès de confiance3], par son grand cœur et son incomparable resolution.

Je n'ay rien à vous adjouster à l'esgard de la paix, si ce n'est que j'estime absolument nécessaire d'imprimer le papier que M. Servien a faict, lequel estant divulgué dans le public, par toutes sortes de raisons nous sera tres-advantageux, et je vous advoue que je ne sçay pas en quoy ledict papier a eu besoin de la correction de M. le comte de Brienne.

Ce que vous me mandez que don Gabriel de Tolède a publié est estrange : que M. le duc d'Orléans et M. le Prince luy avoient donné espérance qu'on feroit une déclaration sur les trois points'1; car ce n'est pas entendre les affaires et [ce seroit] avoir une tres-meschante intention pour le bien de l'Estat, puisqu'on se fust descrié et on eust perdu la Catalogne, sans avoir la paix. Il est bon qu'ils ayent déclaré, dans le Conseil, qu'ils n'avoient rien dict de semblable à don Gabriel. Mais quand ils eussent dict autrement, ou qu'ils s'advisassent de le déclarer à l'advenir, il ne faut pas que pour cela la Reyne en tombe d'accord; car ce seroit une faute irréparable et ce ne seroit pas une grande consolation d'en recevoir le préjudice par le manquement des princes.

On peut tirer beaucoup de proffit des desordres qui sont dans la maison de M. de Longueville, et je m'asseure que M. Servien et vous n'y aurez pas perdu de temps; car, comme je vous ay desjà mandé.

' Les Pays-Bas espagnols, ou Bel- pêches où Mazarin signalait le danger de la

gique. royauté.

2 Le sentiment patriotique, exprimé 3 II y a trois mots espagnols qui paraisdans ce passage et dans plusieurs lettres sent altérés par le copiste et doivent probade Mazarin, justifie ce que dit le cardi- blement se traduire par excès de confiance. nal de Retz, dans ses Mémoires (Voy. ci- " Les trois points contestés étaient, comme dessus, p. 170, note 1), sur l'admira- on l'a déjà vu, la Lorraine, la Catalogne et lion qu'il éprouva en lisant une des dé- le Portugal.

mondict trieur de Longueville, attaché à la Revue, il la peut beaucoup Juin i65i. servir en diverses choses et particulièrement à l'esgard des Estats, si on ne conclut rien ny avec .M. le Prince ny avec les autres et que Leurs M soient hors de Paris. Si Prioleau vient icy, connue vous me maniiez, que son maistre avoii intention de l'y envoyer, je le caresseray et I use liera y qu'il s'en retourne Tort satisfaict. A moins que mes ennemis ayent perdu tout-à-fait le jugement, il y a peu d'apparence que ce soient plustost de mes amis qu'eux qui ayent suscité le faux tesmoin qui dict que j'ay pris les diamans de la couronne et mis des cristaux en la place; car il n'y a pas une accusation plus ridicule et plus extravagante; et si on veut bien examiner la chose, on trouvera que, sans profiter des diamans de la couronne, si je n'eusse eu une passion toute extraordinaire pour les alïaires du Roy, j'eusse pu conserver les miens avec toute la vaisselle et les meubles que j'ay donnez pour son service, de façon qu'à bien parler, c'est à moy à qui l'on a pris le bien et les pierreries, sans me laisser seulement des cristaux en la place.

Bibliothèque Mazarine. manuscr. 1719, t. V, f° iSl>. — Copie du temps.

A ELPJDIO BENEDETTI.

Brùbl, 10 juin i65i.

(extrait.)

Cette lettre concerne surtout les affaires personnelles de Mazarin; mais on y remarque un passage qui prouve, comme on l'a déjà vu ailleurs1, que Mazarin n'était pas prêtre. Il rappelle à Beuedetli que les cardinaux qui n'ont pas reçu les ordres ne peuvent voter dans le conclave, et il le consulte pour savoir si, dans le cas où il les prendrait, il pourrait être admis au vote, sans avoir besoin d'une autre dispense.

Quanto alla pena délia bolla per difetto degl'ordini, non è di poca 1 Ci-dessus, p. 200, note 1 .

MAZ*r.I\. — iv. 33

IHPMKCRIE NATIONALE

juin i65i. consideratione quella délia privatione délia voce atliva nel conclavo. e percio desidercrei sapere se, quando prenderô gl' ordini sacri, restera Ijabilitalo alla detla voce, senza dovere obtenere allia dispensa1.

Ail', étr.. France, t. 878, f° 202. — Original signé et en partie chiffré. Les trois dernières lignes sont autographes.

AU COMTE DE BRIENNE

Brùhl, i.3 juin i65i.

(extrait.)

Après l'avoir remercie des sentiments qu'il lui a témoignés, Mazarin continue ainsi :

J'attends response de Rome à ce que j'ay escrit à l'esgard de me mettre dans les ordres2, afin d'en prendre la resolution aprez. Je vous suis tres-obligé du soin que vous avez pris d'escrire de nouveau aux cardinaux d'Esté3 et Barberin'1 de prendre vigoureusement ma deflense en cas de besoin; mais, comme le Pape n'ayme [que] le repos, et qu'il devrôit plustost avoir scrupule de ne rien dire , pendant ce que le Sainct- Siege souffre dans la poursuite injuste qu'on faict, malgré Leurs Maj estez, contre un cardinal , je ne vois pas en aucune façon que Sa Sainteté , quelque mauvaise volonté qu'il a [sic) contre la France et contre moy, mande de rien résoudre à mon préjudice; mais souvenez-vous que le meilleur expédient pour raccommoder toute cbose,avec la satisfaction qui est due au Roy, c'est de faire retourner l'ambassadeur5 à Rome.

' J'ai déjà cité ce texte dans le tome I des 2 Voyez ci-dessus, p. -200..

Lettres de Mazarin, Introduction, p. xv, 3 Le cardinal d'Esté était, comme ou l'a

note 2; mais comme il est capital pour une vu, protecteur des affaires de France, question controversée, j'ai cru nécessaire de ' Antonio Barberini. Voy. t. I, p. 910.

le rappeler, à la date où la lettre a été écrite. des Lettres de Mazarin. On a déjà vu, par le texte d'une lettre du 5 Cet ambassadeur était Henri d'Es-

92 mai 1 65 1, que Mazarin était préoccupé lampes Valencey. Voy. ci-dessus, p. 85.

de cette question. note 2.

ainsv que je vous ay desja escrit, pour s'y conduire comme iaict le Juin i <;;>:. Nonce l à Paris. Je ne crois pas que ledict Nonce ayt ordre de vous faire de grandes propositions, quelque chose qu'il vous ayt faict dire, mais plustosl qu'il a envie de se raccrocher et voir si vous luy proposerez quelque adoucissement, lequel il puisse faire valoir à Home comme un effect de son adresse.

Je vous remercie de tout mon cœur de ce que vous me mandez à l'esgard des tiers des prises3. Je vous asseure, sans aucune exagération, que je n'ay pas de quoy subsister encore un mois, ne tirant un sol ny de mes bénéfices ny des finances, quelque bonté que la Reyne ayt eue d'en donner ordre à M. le Surintendant. Il faut bien qu'il ayt quelque grande raison qui luy empesche de les exécuter; car ayant tousjours passé pour tres-recognoissant, il est impossible qu'il n'ayt, au moins, envie de faire quelque chose de tant que je poursuis avec une entière justice, puisqu'aprez avoir le bonheur de réussir, par la bonté de la Reyne, en toutes les grâces qu'il a souhaitées pour luy et pour ses enfans, il sçait de la façon3 que je l'ay servi pour qu'il fust establi seul dans la charge qu'il a à présent.

Je me vois bientost réduit à ne sçavoir comme vivre si je ne tire quelque prompte assislance des susdictes prises. M. Colbert me mande que M. de Nouaillac1 a desjà tiré dix mille livres là-dessus, quoyque je vous puisse asseurer qu'il n'a rien perdu dans le gouvernement de Longone5 et de Piombino6, et que j'ay avancé, comme l'on peut voir aysement, plus de deux cent mille escus de mon argent, ou que j'ay empruntez, pour la subsistance des garnisons desdictes places et les fortifier et les mettre en estât de soustenir un siège.

1 II a été question ci-dessus, p. 116, Mazajra,o^'il avait été gouverneur de Portonote 5 . du nonce Nicolas Bagni. Longone et de Piombino.

* Mazarin s'était fait adjuger le tiers des 5 Porto-Longonc.

prises maritimes. 6 Ces deux places prises par les Fran-

3 De quelle façon je l'ai servi. çais, en 16/iG, étaient retombées , en i65o.

Melchior de la Tour de Nouaillac. ou au pouvoir des Espagnols, comme on l'a vu

Noaillac. avait été nommé maréchal de dans les volumes précédents des Lettres dp

camp en i6'i8. On voit, par cette lettre de Mazarin.

Juin 1 <).">i .

IAXXII.

Biblioth. nationale, mss. fonds fr. , 6886, f° 178; original. — Ibidem, mss. fonds fr. à-20(),

f° 2 55 r°. — Copie du temps.

A M. LE TELLIER

Brùhl, i3 juin j 6 5 1 .

(extrait.)

En response à la vostre du 2 du courant, je vous diray qu'on ne peut mieux discourir que ce que vous faictes sur les affaires qui sont présentement sur le tapis et sur la qualité et l'intention des personnes avec lesquelles on est obligé de traitter, et je vois bien, dans l'ingénuité avec laquelle vous me parlez de toutes choses, le regret que vous avez que les affaires de l'Estat n'aillent pas comme il seroit à souhaitter, et la passion que vous avez de pouvoir vous employer utilement pour mes interests. Je vous en remercie de tout mon cœur et je vous prie de croire que j'en conserveray soigneusement le souvenir.

Le Sr Brachet sera desjà arrivé, et vous aurez pu, avec M. de Senneterre, entretenir la Reyne sur toutes choses pour tascher de résoudre quelque chose de bon, soit que M. le Prince y veuille contribuer (qui seroit le plus seur et le plus advantageux à l'Estat), soit qu'il refuse de le faire; car il ne faut en aucune façon traisner la resolution1, que l'on aura à prendre, estant certain que, si on se laisse conduire à la majorité du Roy sans qu'elle ayt esté prise, il ne faut plus rien espérer; mais, au contraire, l'on ne pourra pas empescher qu'on ne tienne les Estats et qu'on [n'] y résolve des choses tres-prejudiciables à l'authorité royale.

Quelque chose que M. le Prince ayt dicte à l'esgard des Estats-generaux, si Monsieur donne les mains aux moyens que l'on advisera

1 Le texte porte traisner de la résolution; il faudrait, dans ce cas, placer après traisner un substantif, comme l'exécution.

pour les remettre1, AI. le Prince sera trea-ayse de changer, ou je suis Juin i65i bien trompé.

Je vous diray confîdemment, vous priant qu'il demeure outre nous, que, par cet ordinaire, on me donne advis de ce que le [ marquis | - de Sillery a négocié à Bruxelles, et comme on me mande aussy que Verderonne3 estoit party pour aller en Espagne, soubs prétexte de remercier le roy de la liberté de AI. le duc de Guyse, et que Al. le Prince prétend renvoyer encore ledict marquis à Bruxelles, j'en suis en grand peine et je vois qu'il y a grand subject de croire que l'un et l'autre de ces princes songent à prendre leurs mesures, ou, pour le moins, à traitter quelque chose qui ne peut, en nulle façon, estre advantageuse à la France, puisqu'il ne faudrait pas s'adresser aux ennemis pour cela. Enfin je vois le royaume en grand danger; mais j'ay une grande confiance que Dieu ne voudra pas permettre que le Roy et la Revue et tous les bons François soient punis pour les péchez des mesclians; mais il faut [s'aider] \ et que la Reyne, aprez qu'elle aura cogneu les intentions de Al. le Prince, ne perde pas un moment de temps à prendre ses resolutions. Vous pourrez parler en ces termes et n'oublier pas à dire toutes les choses que vous croirez plus à propos pour son service.

Pour l'affaire de Brisach , je me remets à ce que je vous ay escrit5, et si. par l'expédient d'y envoyer M. le mareschal de La Ferté-Senneterre on peut asseurer l'affaire, je seray ravy; mais je crains fort Gliarlevois, estant alerte comme il est et sentant sa conscience blessée ; je crains qu'il n'en arrive quelque malheur à M. de Tilladet et par conséquent à l'Estat.

' Les remettre à une autre époque. chancelier de Gaston, due d'Orléans. — " Il

La copie \wvle party ; mais le sens exige y a céder dans la copie. Mazarin conseille au

marquis. contraire une résolution prompte et éner-

3 Charles de l.Aubespine, seigneur de gique.

Wrderonne, était maître des requêtes et ' Voyez ci-dessus,]). q^-çî'iH.

Juin i 6 5 i . -. -

AIT. étr. , France, t. 2G7, P l\kb v"; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin.

Copie du lernps.

A M. DE LIONNE

(extrait '.)

Bruhl, i3 juin 1601.

Je suis extrêmement touché de la tendresse que vous me tesmoignez et de la resolution avec laquelle vous voulez tout bazarder pour la réparation de mon honneur, et de la fermeté avec laquelle vous avez soustenu à M. le Prince ce qui s'estoit passé à l'esgard du gouvernement de Provence2 et de la distribution des grâces à ses amis, sans que toutes ses offres et cajolleries ayent pu rien gaigner sur vous. J'en ay, en mon particulier, le ressentiment que je dois. Je ne vous puis mieux expliquer à quel point est l'amitié et l'affection que j'ay pour vous 3, qu'en vous répliquant que c'est la mesme que j'ay toujours eue, durant le temps que vous avez esté auprez de moy, et que la Reyne vous pourra dire, en estant mieux informée que personne, si elle estoit tendre et cordiale, et si Elle y a recognu le moindre changement en aucun temps.

Pour le sacrifice que vous tesmoignez de croire infaillible en cas qu'on s'accorde avec les frondeurs, vous voulez bien que je vous dise que vous avez mauvaise opinion de la Reyne et de moy, si vous croyez qu'on puisse estre capable de donner les mains à rien de semblable, et j'oserois respondre qu'ils ne le prétendront pas et que, quelque chose qui arrive , ce ne sera pas M. Le Tellier qui sera dans le pinacle.

Je suis extrêmement obligé à Mrae la princesse palatine; je vous prie de luy tesmoigner, de ma part, et luy dire que ma recognoissance sera

1 L'extrait commence au folio hhq. 3 Ces protestations d'amitié ne s'aecor-

2 La Reine s'opposa , comme Mazarin l'a- dent guère avec ce que Mazarin écrivait dans vait demandé, à ce que le gouvernement ses lettres intimes à la Reine. Voyez ci-desde Provence fût donné au prince de Conti. sus, p. 1 34 . note 3.

Dl CARDINAL M \ZARIN. i>63

éternelle et qu'elle ne se repentira pas de s'estre employée avec tant Juin 16 d'adresse, de fermeté et de chaleur, comme elle a faict, pour meliorer1 ma condition.

Au reste, si la citron vallation - se faict, comme vous me marques que ladicte princesse esperoit, ayant sujet de croire que MM. de Bouillon et de Turenne y travailleront par les asseuranees que m'en a données Ruvignv. malaysement M. le Prince, pressé de la bonne sorte, pourra s'empescher de se rendre, si ce n'est qu'il aytpris ses mesures avec les Espagnols et qu'il soit résolu de lever le masque; et je suis d'autant plus obligé de me confirmer dans ce soupçon, que je vousay tesmoigné en divers rencontres, mais particulièrement dans ma depesche du 9, d'après ce que vous me dictes des négociations du marquis de Siliery, et de la permission que M. le Prince demande à la Reyne de le renvoyer à Bruxelles, sous prétexte d'adjuster la sortie des Espagnols de la ville de Stenay3; mais sans se rompre la teste à deviner, nous sçaurons bieutost à quoy nous nous en devrons tenir, et vous réglerez vostre conduite suivant celle que ledict Prince tiendra, sans y perdre un moment de temps, vous priant tousjours de vous ressouvenir de ce que je vous ay tant de fois escrit, à l'esgard de la demeure de Leurs Mtez dans Paris; et peut-estre que M. le duc d'Orléans mesme, si on traitte avec les frondeurs, accompagnera Leurs M1" à Compiegne, puisque, comme vous pourrez voir dans le papier de Brarliet', c'est une partie de la proposition de M. de Ghasteauneuf.

L'envoy de Verderonne5 en Espagne, delà part de M. le duc d'Orléans, me faict grande peine; car asseurement le remerciement qu'il diet de vouloir faire au roy Catholique de la liberté de M. de Guyse est un prétexte, et le véritable sujet de cette mission ne sera pas de négocier à ladvantage du Roy ny de l'Estat; car tres-mal à propos on s'adres-

1 Meliorer se disait, à cette époque, dans ' La duchesse de Longue ville, s'étanl le sens de rendre meilleur, améliorer. rendue maîtresse de Stenay, en i65o. \

2 Cette expression est ici employée an avait reçu une garnison espagnole, figuré' pour indiquer que Condé allait Être ' \ oyez ci-dessus, p. 197. assiège de remontrances et de sollicitations. ■ Ci-dessus, p. 361, note '.'.

26/i LETTRES

i65i. seroit pour cela aux ennemis de la France. Verderonne1 est parent et entièrement à M. de Chasteauneuf, et les instructions qu'il portera seront iaictes par luy, le Goadjuteur et Mme de Chevreuse, laquelle je sçay qui cscrit Ires-souvent à don Louis de Haro et à d'autres ministres qu'elle cognoist dans la cour d'Espagne, et vous remarquerez [que c'est] la raison pour laquelle on ne s'adresse pas2 ny à l'Archiduc ny à Fuensaldagne. Que Dieu pardonne à qui en est cause; mais asseurement ça esté une faute irréparable et qui nous coustera bien cher, d'avoir dict certains secrets au sr de Chasteauneuf.

Il ne sera pas difficile de sçavoir ce que le marquis de Sillery négociera; mais la Reyne me pardonnera si je luy dis qu'on pouvoit hardiment refuser la permission à M. le duc d'Orléans et à M. le Prince d'envoyer en Espagne et à Bruxelles, sans que personne y eustpu trouvera redire. Au contraire, le refus d'avoir commerce avec les Espagnolz dans ce temps-cy, eust esté tres-plausible, et ils eussent songé plus d'une fois, l'un et l'autre, à faire ces missions sans congé. Ce qui me console en tout cecy, c'est que je ne voys pas que ces deux Princes agissent de concert dans l'intention qu'on peut se mesfier qu'ils ont, l'un et l'autre, de traitter avec les Espagnols.

M. Le Tellier me mande qu'il attendoit avec impatience le retour de M. Brachet pour sçavoir en quoy il me devroit servir; que M. de Chas teauneuf asseuroit tousjours que M. le duc d'Orléans donneroit les mains à éluder les Estats; que les uns et les autres cachoient audict duc d'Orléans toutes les offres et propositions qu'ils faisoient pour mon retour, et au contraire ils s'employoient auprez de luy pour l'aigrir tousjours de plus en plus là-dessus; mais qu'en deux heures, quand tout seroit ajusté, ils respondoient que S. A. R. signeroit tout ; qu'il ne falloit pas que je crusse que ces gens-là, ny par repentir du passé, nypar aucune bonne intention qu'ils eussent pour l'Estat, pour la Reyne

' Charles de l'Aubespine, marquis de de Claude II de l'Aubespine, secrétaire d'E-

Cliâteauneuf, et Charles de l'Aubespine, sei- tat sous les règnes de François Ior, Henri II,

gneur de Verderonne, avaient tous deux François II et Charles IX. pour bisaïeul Claude Ie' de l'Aubespine, père ' Pas est bien dans le texte.

Dl" CARDINAL M IZARIN. 265

ou pour moN . se portassenl à proposer et à vouloir agir pour mon re- Juin i65i. tour: mais parce qu'ils esperoienl d'\ trouver leur compte et se venger de M. le Prince, et il conclut qu'on se devoit conduire avec grande circonspection et prendre de grandes précautions avec les frondeurs. Kl

il me dict ces mes mes mots: rr Si ces gens-là vouloienl donner pour arrhes1 d'une véritable conversion la vérification au Parlement d'une déclaration qui restabliroit l'honneur de \. Em., et casseroit les arrestz donnez contre elle et [lui accorderait] la liberté de faire son séjour dans une place du royaume, dont on conviendrait, avec la remise des Estats-generaux à l'année proebaine, j'estimerois qu'on pourrait prendre quelque asseurance en leurs propositions, supposé que M. le Prince y consentist, y contribuast, ou n'y lust pas contraire; ce que je ne puis pas sçavoir. »

H me mande aussy qu'il sçavoit de personnes dignes de foy que M. le Prince tesmoignoit qu'il n'estoit en aucune façon praticable de songer à éluder les Estats. Je vous escris le détail de tout, comme je feray à l'advenir de ce que j'apprendray de ce costé-là; mais vous voyez bien de quelle importance il est de tenir la ebose si secrette que personne n'en puisse avoir la moindre cognoissance, de laquelle vous pourrez, seulement vous servir en vostre conduite pour l'advantage du service de Leurs M"*. Et au nom de Dieu, prenez bien garde qu'en parlant à M. Le Tellier, il ne vous esebappe quelque parole qui, ayant rapport à ce qu'il m'a escrit, le fasse entrer en soupçon que je vous en aye informé.

Je croy qu'il ne sera pas difficile d'empeseber l'exécution du projet que vous me mandez que les frondeurs avoient faict de faire aller S. A. R. au Parlement, puisque devant cela, ou de concert avec M. le Prince, ou la princesse palatine estant esclaircie qu'il n'y a rien à attendre de lu\. on sera entré en négociation avec lesdicts frondeurs, outre que je n'estime pas le Parlement à présent dans la disposition de laisser faire les arrests à M. le duc d'Orléans, le crédit du Coadjuteur estant desebeu

1 Ce mot est écrit harres dans la copie.

MAZABIN. — IV. 34

ijcpivrniE *ATro*MLr,

Juin iG5i. dans cette compagnie, et la Beyne y estant beaucoup plus considérée et y ayant quantité de serviteurs.

Je ne doute point que l'intention de S. A. B. , ayant mené avec luv M. de Beaufort, ne soit de le regaigner, et cela par le conseil du Coadjuteur; mais deux paroles audict sieur de Beaufort peuvent fort a y serment empescher cela, d'autant plus qu'on me mande qu'il faict desjà beaucoup d'advances pour se raccommoder avec moy ; sur quoy je vous prie d'entretenir M. de Mercœur, qui vous en dira tout le détail. Mmc de Nemours1 aussy a tesmoigné que son mary se donneront entièrement à la Beyne, et seroit de mes meilleurs amis, si on vouloit.

Je m'asseure que la Beyne aura fort bien receu M"K' de Longueville et aura lasché de la satisfaire, autant qu'Elle aura pu; car, dans la disposition où sont présentement les affaires et les esprits, il faut bien traitter et cajoler tout le monde , estant fort possible que les interests et les passions soient capables de diviser les meilleurs amis et les parens les plus proches, et je voy qu'avec un peu d'adresse, la conduite de M. le Prince donnera lieu à faire diminuer à veue d'œil le nombre de ses amis et aliéner la plus grande partie de ceux qui, par parenté, estoient liez avec luy.

Je vous charge de dire précisément à la Beyne que, si Elle ny donne bon ordre et bientost, le mareschal de Yilleroy et l'abbé d'Esnay2, qui est plus dangereux et a plus d'esprit que luy3, viendront à bout de leur dessein par diverses cabales qu'ils ont sur le lapis, lesquelles

1 La duchesse de Nemours élail Elisabeth de Vendôme, sœur des dues de Beaufort et de Mercœur, inaride, en 16/1 3, à Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours. Charles-Amédée de Savoie fut tue' en duel, en i65a, par son beau-frère, le duc de Beaufort. Son frère, Henri de Savoie, renonça alors à la carrière ecclésiastique , qu'il avait embrassée, et prit le titre de duc de Nemours. 11 épousa, dans la suite, Marie d'Orléans, fille du duc de Longueville et de sa première femme. Henri de Savoie mourut

en i65<), et a\ec lui s'éteignit le duché de Nemours de la maison de Savoie.

" L'abbé d'Esnay, ou Aisnay, était Camille de Viileroy, frère du maréchal. Aisnay élail une abbaye de bénédictins située près de Lyon, dont le gouvernement appartenait au maréchal de Viileroy. Camille de Viileroy ne tarda pas à devenir archevêque de Lyon. Il vécut jusqu'en 1698.

J Le jugement de Mazarin sur Camille de Viileroy est continué par une note de Saint-Simon sur le Journal de Dangeuu

vont toutes a s'emparer de L'esprit du Hoy et l'aliéner de la Reyne. El Juin i65i, je m'estonne que S. M. oe considère | pas] que ces gens-là, estant unis de la dernière liaison avec les Frondeurs, ils ne se conduisent que par leur mouvement, quejusquesà présent ils n'ont eu autre visée que la destruction des interests de S. M. et de ses bons serviteurs. Je vous prie de bien f insister1] là-dessus; car je ne parle pas sans fondement et vous voyez bien que celte piece-ir\ - esl la plus délicate qu'on puisse toucher.

Je vous prie de dire à la Reyne que je sçay que M,ue d'Aiguillon se vante que. pourveu qu'elle n\t le loisir d'entretenir Sa Mu, elle se faicl fort de luv persuader toutes choses.

Je supplie Sa M'° de prendre bien garde à ne laisser eschapper quelque mol qui donne cognoissance des choses que je peux escrire, parce qu'EHe se peut tenir asseurée que la principale visée de tous ceux qui l'abordent, c'est de pénétrer ce qu'EHe a dans le cœur à mon esgard et ce que je puis mander sur les affaires qui s'agitent et sur certaines personnes qui ont entrée à la Cour et accez auprès de Sa Ml\ Je ne veux que ce qu'il plaist à la Rej ne ; mais Elle sçait s'il y a une plus grande peste dans la Cour que le commandeur [de Jars3], et si, après tant de grâces que je lu\ ay procurées auprez de Sa M1*, il y a riend'esgal à l'ingratitude de laquelle il m'a payé, et il me semble que ceux-cy4 estoient de moitié assez puissants pour obliger Sa M10 de l'envoyer en lieu, où il ne pust faire de mal. d'autant plus que, n'estant bon ny pour la paix ny pour la guerre, [il] ne [faict] autre exercice qu'eschaufler les uns contre les autres, pénétrer ce qui se faict et le rapporter, estant ridicule dans ses politiques5, [pour] vouloir donner tousjours des préceptes de ce

(t. I. p. 260). Comparant les deux frères, 2 11 y a bien cette piecc-icy au lieu do

le maréchal et 1 archevêque de Lyon, il dit, cette piece-cy.

après avoir vanté I adresse du maréchal : ' Voyez ci-dessus, p. i4j, noie 2. -son frère, l'archevêque de Lyon, étoit en- 4 Tel est le le\le de la copie. Il faudrait core un plus habile homme que lui. » lire: ces actes-cy, ou autre location sem- 1 Ijù copie porte inculquer; mais le sens blable, indiquant les derniers {jriefs de .Manie paraît exiger insister. Ces copies sont zarin contre le commandeur de Jars, laites >ur des déchiffrements soment défec- 5 Ses vues politiques. tueux.

Juin i()5i. qu'il y auroit à faire, sans approuver jamais les resolutions qu'on prend . quelque prudentes et nécessaires qu'elles puissent estre, et réduisant tout son mérite à la peine qu'il prend de demeurer le soir debout à entretenir la Reyne, comme si cela contribuoit fort à la santé de Sa M '". ou au bonheur de l'Estat1.

Biblioth. nationale, mss. Baluze, t. 33a, fos 119-120. — Original signé et chiffré presque en entier, avec une note finale de la main du Cardinal.

A J.-B. COLBERT

Brùhl, i3 juin 1601.

(extrait 2.)

Il est si important de faire paroistre dans le public ce que j'ay faict pour assister le Roy et obliger mes amis à en faire de mesme que vous l'aurez pu recognoistre sur ce que je vous en ay escrit, il y a desjà quinze jours, et vous le sçaurez plus particulièrement de M. de. Lionne, avec lequel je vous prie de nouveau de vous aboucher làdessus, afin que, sans perdre un moment de temps, on puisse justifïier que jamais ministre n'a eu si peu de soings de ses interests, quand il a esté question de ceux de l'Estat, aussy bien dans les petites choses que dans les grandes.

Il ne faut pas oublier qu'après avoir esté signer la paix à Ruel3, on fit vendre tous mes meubles à Paris, pour le prix de cent cinquante mille livres, qui [en] valoient bien huit cens mille, et dont il seroit impossible de rassembler beaucoup de choses pour leur rareté pour quelque argent que ce pust estre, et il faut remarquer qu'on résolut cette vente, croyant que cela seroit capable de me faire emporter et

' Cette phrase est altérée dans la copie. Ruel. Voyez, sur ce traité, le t. III, p. 3 1 6 .

" La minute de cette lettre se trouve aux note 1, des Lettres de Mazarin. Négocié en

Affaires étrangères, France, tome 878; elle mars 16/19, 'e traité de Ruel, ou Rueil,

y porte la date du 8 juin. ne fut ratifié que dans les premiers jours

1 Après que j'eus été signer le traité de d'avril.

empescher l'exécution de la paix; mais à la vérité je n'en fis<|iK! rire Juin i6î el je n Vu ay jamais faicl la moindre plainte n\ dicl mi seul mol pour en avoir remboursement. M. Le Tellier le sçail bien, el je le prie de tout mon cœur de vous assister dans les mémoires qu'il faudra faire; car ce sera une pièce justificative , sans qu'elle puisse estre contestée, qui desabura bien du moiuje el confondra ceux ([ni m'ont voulu noircir.

Le travail que Ton l'a ira là-dessus me pourra extrêmement servir, si les Estats-generaux se tiennent. C'est pourquoy il y faudroit employer une des meilleures plumes de Paris, qui fusl affectionnée, luy donnant le mémoire de tout et l'obligeant à escrire purement la vérité, pour faire paroistre mon zèle, mon désintéressement, l'intégrité de mes actions, sans faire des invectives ny attaquer personne. Je vous prie de communiquer à M. Le Tellier ce que je vous escris là-dessus, luy ayant desja escrit au long, comme je vous ay dict, sur ce dessein, et ledict sieur Le Tellier pourra parler à tous ceux qui ont des papiers pour les advances que j'ay faicles par mes amis, afin qu'ils vous les remettent, et, s'il faut que j'escrive quelque chose de particulier à quelqu'un, en me le faisant sçavoir, je le feray aussytost.

Je croy que vous devez vous servir particulièrement, pour mes bénéfices, de l'advocat que j'ay, et, si vous n'estiez pas engagé, je voudrois bien que vous prissiez M. Bluet1, qui, outre sa suffisance, a une passion extrême [tour tous mes interests, au point qu'il est reconnu par tout pour un mazarin, et il faut avoir soingque ces personnes-là soient bien pa\ées et ponctuellement.

M. le mareschal de Villeroy m'escrit sur ce que M. l'abbé d'Esnayavoit faicl pour me servir. Je vous envoie la response, dans laquelle je me remets a ce que vous luy direz; je ne laisse pas de luy dire, eu passant, qu'il y a quelque erreur dans les comptes, par ce que M. l'abbé d'Esnay avoit cinquante-sept mille tant de livres à rnoy, devant qu'il eust receu les quarante mille escus de la Franclie-Gomté 3.

Les papiers de Mazarin contiennent un ! Voyez ci-dessus, p. 266, note y.

grand nombre de lettres et d'avis, adressés s La Franche-Comte payait rançon pour

au Cardinal par cet avocat. conserver ta neutralité, quoiqu'elle fût sou-

Juin 1 65 1

AIT. étr. , France, t. 268, f° 126; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —

A MILET

Bruhl, 1 k juin i65i.

(extrait.)

J'ay esté tres-ayse d'apprendre que M. de Champlastreux ayt si bien receu ce que vous luy avez dict, de ma part, et il m'eust esté tresadvantageux que cela se fust exécuté quand je vous le manday1, et je ne sçay par quelle raison M. le mareschal de Gramont vous en empescha; car j'ay tousjours creu que le père et le fils 2 avoient de l'affection pour moy, et que, sçachant à quel point a tousjours esté la mienne pour tout ce qui les pouvoit regarder et les intentions que j'avois pour la liberté de M. le Prince et avec quelle sincérité je m'y estois conduict, ils seroient ravys de m'assister en tout ce qui pourroit dépendre d'eux, d'autant plus que ceux qui m'ont persécuté avec tant d'injustice et de violence ne sont pas trop de leurs amys, et ils eussent faict volontiers la mesme chose envers eux, s'ils en eussent eu le moyen.

Je ne m'estonne point que M. le Prince ne leur ayt rien dict de ce que je luy proposay au Havre; car, nonobstant l'amitié qu'il me promit, rencontrant le président Viole et Arnauld (de Corbeville), il changea de pensée et résolut de se joindre aux frondeurs pour me pousser sans relasche, et il n'avoit garde, dans cette intention, de rien dire qui me pustestreadvantageux; mais, en effect, sçachant les obligations qu'il avoit au père et au fils, je croyois qu'il me seroit autant obligé de ce que j'avois mesnagé auprez de la Reyne en faveur de tous deux, comme de le faire sortir de prison, pouvant en user autrement parles ordres, que j'avois de S. Mlé pour Bar, de faire tout ce que je luy

mise à l'Espagne. La Reine avait fait don 2 Le premier président. Mathieu Mole,

de cette somme à Mazarin. et son fils. Mole de Champlàtreux.

1 Voyez ci-dessus, p. 172.

Dl CARDINAL M \Z UUN. 271

dirois, uonobstanl tout ce qu'Elle luy auroit pu inonder au contraire. Juin iC5i. Ce que je lis voir à M. le Prince, à qui ledici liai* déclara qu'il îfavoit autre chose à faire qu'à exécuter ponctuellement tout ce que je luy ordonnerais à sou esgard, et |à l'esgardj des autres prisonniers.

Je vous ay voulu mander celle particularité, alin que M. de Champlastreux, en estant informé, et M. son père par luy, considèrent si M. le Prince m'a quelque obligation de sa liberté, et s'il devoit estre persuade de la confidence (confiance) que la Revue vouloit prendre en luy et de la bonne intelligence avec laquelle je voulois vivre, puisque S. Mu. à mon instance, avoit donné les mains à donner les sceaux à M. le Premier Président, et faire en sorte que, si on n'eusl pu rescompenser par une charge de secrétaire d'Eslat M. de Champlastreux, il l'ust faict président au mortier. Je vous diray, en outre, que l'estime et l'affection, que j'avois pour le père et pour le fils, a esté telle que, nonobstant ma croyance que tous deux tussent entièrement engagez à M. le Prince, lorsqu'on me poussoit le plus, et que ledict sieur prince encherissoit sur les autres, je ne laissois pas de faire sçavoir à la Reyne que le bien de l'Estat et son service requeroient qu'Elle donnast promptement les sceaux à M. le Premier Président. Et vous pouvez vous souvenir que je vous envoyay à Paris pour prier M. de Champlastreux de me venir joindre, ainsy qu'il m'avoit asseuré qu'il feroit au moindre mot que je luy ferois sçavoir, [et] avec quelle passion je l'ay souhaitté; ce qui estoit non seulement pour agir dans l'esprit de M. le Prince, mais pour avoir le plaisir de luy communicquer ce que la Reyne avoit résolu, S. Mu' ne m'ayant permis de [le] luy dire que hors de Paris.

On me mande que M. le Premier Président et M. de Champlastreux, qui n'estoient pas trop satisfaicts de la manière avec laquelle M. le Prince avoit traicté avec eux, se sont entièrement accommodez avec luy. Je ne sçay pas ce qui en est, et si, M. le Prince continuant à agircontre moy, les susdictes personnes continueront à avoir la mesme bonne volonté que M. de Champlastreux vous a tesmoignée; mais je l'espère de leur probité et de la cognoissance que j'ay que le plus

luin i65i. grand plaisir de M. le Premier Président, c'est d'exercer la justice, et, quand ce seroit autrement, je ne laisseray pas de le servir en tout ce que je pourray; ce que je vous prie de dire de la bonne manière à AI. de Ghamplastreux , sur l'amitié duquel on peut faire un estât tresasseuré, s'il la promet. Et, s'il juge à propos que vous voyiez en secret M. son père, vous luy pourrez faire mes remerciemens et luy dire tout ce que je vous ay marqué cy-dessus, afin qu'il sçache que les pensées de le servir ne me sont pas venues dans mon malheur, et que j'ay tousjours eu une forte passion de le voir en place plus proportionnée à son mérite, et satisfaict de voir son fils estably, comme il m'avoit aussy reussy de le servir dans les autres grâces qu'il avoit souhaitées pour ses autres enfans.

Je souhaiterois fort que vous le vissiez pour le remercier et luy dire positivement que, si j'avois moyen de le servir, je le ferois sans aucune reserve, et que, pour ce qui est de mes interests, toute mon ambition va à voir reparer mon honneur, et par le mesme moyen qu'on me l'a voulu mettre en compromis, c'est-à-dire par quelque déclaration du Roy, qui fust veriffiée au Parlement, aprez qu'on aura pu assez cognoistre s'il y a seulement apparence que je sois coupable des crimes que l'on m'a imputez, si les desordres ont cessé par ma retraite, si les affaires de l'Estat sont mieux conduictes, si les gens de guerre vivent avec plus de discipline, si on a mieux préparé que par le passé les operations de la campagne, s'il y a plus d'argent dans les finances qu'il n'y avoit, si cette union et parfaicte intelligence dans la maison royale est aussy establie que l'on avoit faict espérer, s'il n'y a plus de brouilleries ny d'intrigues dans la Cour, si l'authorité du Roy est au point qu'elle doive estre, s'il y a grand calme dans les provinces, et si enfin on est à la veille de faire la paix, comme on avoit asseuré pour chose infaillible qui arriveroit à l'instant que je serois hors des affaires; car il me semble, au contraire, parles propositions de don Gabriel de Tolède, que ma retraite a mis les affaires en pire estât, puisque le roy d'Espagne prétend que le Roy achepte l'honneur de traicter la paix avec trois royaumes, c'est-à-dire [en] promettant au préalable l'abandonne-

OU CARDINAL MVZVRIN. 273

menl du Portugal, celuy de la Catalogne, el la restitution entière de la Juin

Lorraine. Je ne sca\ pas ce qu'ils voudront pour la conclusion de la paix . puisque, pour la négocier, ils font une si estrange demande, et elle sent un h grand mespris que, à la vérité, je croy que je serois mort, si. durant mon temps, on avoil laid une semblable proposition.

.le vous prie de prendre bien garde que personne n'ayt cognoissance des entretiens que vous aurez avec M. de Champlastreux, le secret en cela estant de la dernière importance. Le mieux que vous puissiez Faire, c'est de lire ce que dessus, en grande confidence, à M. de Champlastreux el à M. le Premier Président mesme, si vous le voyez. Lorsque vous aurez occasion de parler à la Reyne, vous luy pourrez donner paît, en substance, de ce que dessus et luy dire que M. le Premier Président et son fils ont beaucoup de resolution, et, s'il est question d'entreprendre quelque chose hardiment, ils sont capables de le faire sans rien appréhender.

Au reste, j'ay faict de tout temps un estât asseuré de l'amitié de M. le mareschal du Plessis. Je suis persuadé qu'il ne perd aucune occasion pour m'en donner des marques, et, si on luy en donnoit un moyen, j'en tirerois encore plus de profict. Vous luy pourrez dire confidemment que la Revue m'a mandé là-dessus des choses tres-advantageuses pour luy, et que je ne perds aucune occasion de faire cognoistre à S. Mli que je le tiens pour un de mes meilleurs amys, des plus sincères, des plus passionnez et des plus capables pour faire réussir les choses, auxquelles il s'employera pour le bien de mes affaires. Je trouve bon que mondict sieur le mareschal, en parlant à la Reyne, luy dise qu'il sçait bien que j'en av escrit en ces termes à S. Mte.

Ce pendant je vous charge de n'oublier rien pour establir une parfaicte intelligence entre M. le mareschal du Plessis et M. de Lionne, et de dire à celuy-cy avec combien de facilité il peut contenter ledict sieur mareschal et l'obliger à s'eschaufler de plus en plus pour toutes les choses qui peuvent regarder mon service. Car je ne doute point, si vous entreprenez la chose de la bonne manière, que tout ne réussisse avec grande satisfaction des susdictes personnes et un grand advantage pour

MtZARIN. IV. 35

Juin iG5i. moy. Il sera aussy à propos que vous entreteniez M. de Lionne de ce que vous me mandez à l'esgard du mareschal de Vilieroy, estant un poinct tres-delicat, et auquel il faut avoir bien l'œil, et, si M. de Lionne le trouve bon, vous en pourrez mesine entretenir la Reyne. 11 faut que tous les bons serviteurs, qui sont dans la maison du Roy et qui sont attachez à moy, soient bien unis ensemble, et agissent de concert pour empeseber que ceux qui n'ont pas bonne intention n'ayenl pas moyen de rien imprimer dans l'esprit du Roy au préjudice de la tendresse qu'il a pour la Reyne et de la bonne volonté qu'il me tesmoigne.

J'ay mandé plusieurs fois à la Reyne que je me confiois entièrement en vous et qu'Elle vous pouvoit parler avec une entière confiance, avec asseurance que personne ne sçauroit que moy ce qu'Elle vous dira. Prenez donc bien garde de garder dans le dernier secret ce que S. M" aura la bonté de vous dire, et de n'affecter pas de luy parler sans nécessité pour empescher que quelqu'un n'en prenne de la jalousie.

Par l'ordinaire de Flandres, j'ay envoyé un pacquet pour vous à M. Genamy, dans lequel il y a une lettre pour la Reyne. Je vous prie de luy dire que je suis dans la confusion pour tant de bontez qu'il luy plaist avoir pour moy; que je suis au desespoir, estant accablé comme je suis d'une infinité d'obligations que je luy ay, de me voir inutile à son service, et que la grâce que je luy demande avec plus d'empressement, c'est de n'avoir autre considération, dans la resolution que S. Mle aura à prendre, que celle du bien de l'Estat, et quand pour cela je devrois eslre mille fois sacrifié, j'en auray beaucoup plus de joye que si je me voyois restably et qu'il en coustast la moindre ebose au service du Roy.

Il n'y a rien à adjouster à la chaleur avec laquelle M. de Lionne agit pour mes interests, sans avoir aucun esgard aux siens. Je vous en responds, et comme vous dictes fort bien qu'il faut agir de concert et qu'il y ayt quelque chef pour la conduicte de mes affaires, je luy escris sur ce chapitre comme il faut; mais il sera bon que vous tesmoigniez n'en sçavoir rien.

Je me tiens pour dict que M. de (ïhavigny n'a aucune bonne intention

IX CAHDIN VI, M VZARIN. ->7.r,

pour moy; mais quelque parade qu'il lasse de sa fermeté, je vous Juin i65i, asseure que, si son interesl l'oblige à changer, il le fera bien viste.

Le plus grand service que je puisse recevoir de M. le maresclial du Piessis, c'esl de continuer à inspirer à la Reyne dea sentimens de vigueur pour les affaires du cabinet, et j'ose respondre qu'il trouvera en S. M'1 tout ce qui est de la fermeté el de la résolution, et il ne l'audroit (|ue prendre un bon conseil.

Je suis tres-ayse de ce que vous me mandez de l'affection de diverses personnes, a qui vous avez faict des recommandations de ma part. Je vous prie de faire souvent la mesme chose, particulièrement à M. de Gesvres1, el à tous ceux dans lesquels vous recognoissez plus d'amitié pour mov.

Je vous prie de dire à M. de Rhodez3 qu'il faudroit qu'il conferast a\ec d'autres evesques de mes amis pour voir ce que le clergé pourra faire en ma faveur pour reparer l'insensibilité avec laquelle l'assemblée, qui s'est tenue à Paris, a veu et souffert tous les outrages qui ont esté

1 Léon Potier, marquis de Gesvres, étail le troisième lils de René Potier, duc de Tresmes, et capitaine de la secouée compagnie des gardes du corps. Les deux frères aines de Léon Potier avant élé tués, en 1 (i':3 et en îGiG. aux sièges de Tbionville et de Lérida, il obtint la survivance de la charge de capitaine des gardes du corps qu'avait son père et succéda au duché-pairie érigé en faveur de René de Tresmes. En 1670. il vendit la charge de capitaine des gardes du corps et acheta celle de premier gentilhomme de la chambre du Roi. [Nommé gouverneur de Paris en 1687, il mourut le g décembre 1704, à lage de quatre-vingt-quatre ans. Le duc de Gesvres est un de^ personnages que Saint-Simon a le plus maltraités dan-; Bes Mhnoires. { Yoy. t. II, p. 270 et suiv. de léd. de 1873.) Dans son autobiographie, qui est encore inédite en janvier 1 885 , Saint- Simon résume ainsi le caractère de Léon

Potier : rCe bonhomme étoil un des plus méchants hommes qu'il y eût à la Cour, uniquement conduit par son caprice, qui ne laissoit pas d'avoir des amis parce qu'il l'étoit fort quand il s'y metloit, et hardi à parler et à servir, mais dangereux même avec eux au dernier point, plein de fantaisies, le fléau de sa famille, et, pour tout dire en un mot, une espèce de fou.i Cette autobiographie, que M. Faugère publiera probablement dans le recueil des Ecrits inédits de Saint-Simon, se trouve aux Archives des affaires étrangères (t. LVI1I des papiers de Saint-Simon, f" 87 et suiv.). 11 est bon d'ajouter que la haine de Saint-Simon contre Gesvres s'explique eu partie par une querelle d'étiquette, où le vieux duc s'était moqué des observations du jeune Saint-Simon. ' L'évéque de Rodez était Hardouin de l'érétixe, qui mourut en 1G71. Voy. ci-dessus, p. 1 7.3, note 2.

Juin i65i. faicts à un cardinal, qtli avoit l'honneur d'estre premier président [de l'assemblée], avec un Ires-grand préjudice du clergé; que le Parlement, aprez tout ce qu'il a faict contre mov, ne marchandera pas trop à entreprendre contre les evesques pour le moindre sujet qu'il en pourra avoir, ainsy qu'on commence à voir, par ce que le parlement de Thoulouze a faict contre M. de Narbonne1. Il faudroit que mondict sieur de Rhodez en parlas! particulièrement à M. l'evesque d'Evreux 2, et s'il juge que vous deviez voir là-dessus quelque evesque, de ma part, vous le pourrez faire.

Je désire que vous voyiez M. le comte d'Harcourt et que vous vous rejouissiez, de ma part, avec luy, de sa guerison, l'asseurant qu'il n'aura jamais serviteur plus véritable, plus fidèle ny plus asseuré que moy.

Je vous prie aussy de voir M. de Vendosme et de luy dire qu'estant fort informé des obligations que je luy ay, ne perdant 3 aucune occasion de parler avec chaleur de mes interests, que je vous ay donné charge de le remercier de ma part, et l'asseurer que je n'en perdray jamais le souvenir.

Madame la princesse de Garignan4 m'ayant escrit pour m'adresser une lettre de M. le prince Thomas, dont je vous envoyé la response que vous luy présenterez, l'accompagnant, de ma part, d'une forte expression des obligations que je luy ay 5.

Je vous prie aussy de donner à M. de Candale 6 la lettre cy-joincte, qui est en response d'une qu'il m'a escrite, et à M. son père des coniplimens de ma part, [et] les asseurances qu'ils n'ont jamais eu un serviteur qui ayt tant souhaité de leur en donner des marques que mo\.

1 L'archevêque de Narbonne était Claude 4 Marie de Bourbon. \ oyez ci-dessus , de Rebé. Voy. ci-dessus, p. 45, note 3. p. 45, note î.

2 Gilles Boutaut, nommé à l'évêché d'E- 5 Cette phrase est défectueuse grammavreux en 1M9, en avait pris possession en ticalemenl, mais le sens en est très clair, lévrier i65o; il mourut le 11 mars 1661, 6 Voyez, sur ce (ils du duc d'Epernon, le à Tàge de soixante-six ans. tome III, p. 2 36 , note 2 . des Lettres de Ma-

3 Le sens est : puisqu'il ne perd aucune tarin, occasion.

DU CARDINAL MAZALUN.

La lettre que j'escris à M. le marescha] du Plessis est en créance sur Juin i65 vous. Je vous prie de faire des complimcns de ma part au comte de Charost l, et de me mander s'il tesmoigne de la bonne volonté pour moy, comme il y est obligé, m ayant promis, quand je le Us restablir\ d'estre autant à moy qu'il l'avoit esté à feu M. le cardinal [de Richelieu].

Bautru* m'est fort obligé; mais il ne m'a jamais mandé aucune nouvelle. Je vous prie de me mander ce qui en est, et, si vous le jugez à propos, de luy faire compliment de ma part. Mandez-moy aussy si iNogent^ s'insinue fort dans l'esprit du Roy.

AIT. étv.. France, t. 2G7, f° 45i v°; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. DE LIONNE

Brùhl, 1 '1 juin 1 G5 1 .

( EXTRAIT

Apres avoir considéré ce que je vous escrivis byer à l'esgard de M. le Prince, je songeay qu'il seroitbon que quelque personne qui luy

1 Louis de Béthune, comte de Charost, était capitaine de la troisième compagnie des gardes du corps. Voy. sur ce personnage, le tome I, p. 917. des Lettres de Mazarin.

* Le comte de Charost avait été destitué , en août 1 6 '18 , pour avoir refusé d'obéir à la Reine. Il fut ensuite rétabli dans la charge de capitaine des gardes du corps.

3 Nicolas Bautru. comte de Nogent. était capitaine des gardes de la Porte du Boi. Il amusait la reine Anne d'Autriche par ses bons mots et ses bouffonneries. Les Mémoires de Saint-Simon donnent des détails sur la famille des Bautru. Dans les papiers

inédits du même auteur, à l'article des capit unes de la I'Orte , on lit le passage suivant : -M. de Bautru (Mcolas) étoit capitaine de la Porte à la mort de Louis XIII. Il eut, en l638, cette charge de M. de Monligny, depuis maréchal de France. Bautru, comme son frère (Serrant), étoit dans les meilleures compagnies, dont il faisoit le plaisir par sou esprit, et il ne laissoil pas d'entrer en beaucoup d'intrigues de Gour.n

1 .Armand Bautru, (ils du précédent, fut, après son père, capitaine de la Forte : il devint, en i6(33, maître de la garde-robe du Boi, et se noya , le 1 2 juin 1 672 , au passage du Rhin.

Juin i6&i. |)ust parier librement, comme la princesse palatine, tesmoignant de n'avoir autre motif (pie celuy de son bien et de son interest, entrasl hardiment à luy dire que les ['rondeurs ne cesseront jamais deluy dresser toutes les embusches et luy susciter le plus d'ennemis qu'ils pourront pour le perdre de façon ou d'autre; que quelque apparence que M. le duc d'Orléans garde avec luy, c'est par pure dissimulation, conseillé d'en user de la sorte par les mesmes frondeurs, afin de l'endormir, pendant qu'eux sont bien resveillez à travailler pour luy faire du mal; qu'il devroit considérer qu'il n'est pas aymé; que personne n'applaudist à sa conduite, et que le plus grand nombre de ses amis, mesme de ceux qui luy estoient le plus attachez, le quittent, les uns se jetant du costé de la Cour, et les autres de celuy de M. le duc d'Orléans, qui se conformant entièrement aux instructions qu'il reçoit journellement du Coadjuteur, de Mme de Clievreuse et de Chasteauneuf, n'oublie rien pour regaigner les uns et acquérir les autres, à mesure qu'on s'aperçoit qu'ils ne sont pas satisfaicts de luy, tesmoin ce qu'il faict envers M. de Beaufort, ce qu'il a faict dire au mareschal de la Mothe, et les diligences pour engager entièrement de son costé M. de Guyse.

Que s'il croit de pouvoir trouver son compte en se raccommodant de nouveau avec les frondeurs, il est bien trompé, quelque advance que ceux-cy puissent faire pour cela; car ce ne peut estre que pour avoir par-là plus de commodité de le perdre, après l'avoir entièrement descrié, et déclaré qu'ils ne se fieroient jamais en luy, et qu'il n'y a infidélité ny trahison à laquelle ils n'ayent recours pour se venger. Que s'il y a quelqu'un qui le conseille d'escouter les cajoleries que les Espagnols luy pourraient faire pour l'obliger à se cantonner et faire la guerre en France, assisté de leurs forces, il estoit1 son ennemy mortel, et gens, ou qui par un esprit de révolte, ou pour faire leurs affaires, le vouloient porter à cette extrémité dans laquelle à la fin il periroit, estant impossible qu'en peu de temps il ne se trouve abandonné de ceux mesmes qui luy peuvent donner ce conseil, et que se concitant2

: Le manuscrit porte bien estoit, au lieu de est. — ! Excitant contre lui.

1)11 CUIDINAL MAZVRIN. 279

une hayne universelle de tous les François, il ne fus! tres-aysé à la loin i65i Reyne, assistée du duc d'Orléans el des frondeurs, entre les bras desquels Elle auroil esté forcée de se jeter, de le perdre sans ressource. Que de semblables résolutions pourroienl estre bonnes à prendre à des personnes de sa condition, désespérez d'avoir les bonnes grâces de son maistre, ou qui n'auroient rien pour subsister comme on1 esté son grandpère1 et d'autres; mais pour luy qui avoit de si grands establissemens soit en gouvernemens, soit en places, soit en terres, soit en grands revenus, soit enfin en argent et en belles maisons, et que dépendant inesme de luy d'entrer en une estrôicte liaison avec la Reyne, esviter par ce moyen tous les préjudices el les malheurs, qui, sans cela, luy sont presque inesvilables, s'asseurer les bonnes grâces du Roy et y acquérir du crédit et de la confidence, non seulement pour jouir eu seureté de tous ces establissemens, mais pour en recevoir de nouveaux bienfaicls et en pouvoir faire départir à ses serviteurs el amis, il falloil que ceux-cy fussent bien meschans ou qu'ils eussent entièrement perdu le sens, s'ils ne s'employoient jour et nuit à le presser de profiter d'une si belle occasion, comme celle qu'on luy présente de pouvoir estre le plus heureux homme du royaume, le plus glorieux, et cela • mi toute seureté; et sur ce point de la seureté, je serois d'avis qu'on se rendist fort facile pour toutes celles qu'il sçauroit souhaitter du coslé de la Reyne et du mien.

Je croy qu'un tel discours pourroit faire force dans l'esprit de M. le Prince, poussé par des personnes qu'il crust estre dans ses interests et ne luy parler de la sorte que pour son bien; et si M. de Bouillon et M. de Turenne se vouloient joindre à la princesse palatine, ains> que vous m'avez mandé qu'avoient promis de faire Mmc de Longueville, le prince de Conty et La Rochefoucauld, pour luy parler en celte conformité, autant que je puis juger d'icy, je croirois qu'on le pourroit persuader; car enfin ce que je viens de dire et beaucoup de choses qu'on y peut adjouster sont des veniez, qui ne peuvent estre contestées.

1 f.e grand-père de Louis II de Bourbon-dondé était Henri I de Bourbon-Condë. ne en i55a, mort en prison à S,iint-Jean-d'Angi;ly en iô88.

loin l65i. Et comme si on estoit clans la dernière liaison avec M. le Prince, je croyrois advantageux au service du Roy de mettre la Fronde hors d'estat de pouvoir faire du mal, afin que par-là il fust facile à la Reyne de ramener l'esprit de Monsieur et de le faire conduire par des personnes bien intentionnées telles qu'on adviseroit aprez, je croy que la princesse palatine ou quelque autre pourroit adroitement insinuer à M. le Prince que, parmy les seuretez qu'il pourroit demander à S. M., la principale fust celle de s'engager avec luy pour la perte des frondeurs, à laquelle on donneroit ordre, le P»oy estant à Compiegne. Cela s'entend en cas que ceux-cy ne se portent à l'exécution de ce que M. de Chasteauneuf m'a faict proposer, auquel cas il se seroit joint à M. le Prince pour ce qui me regarde, pour esluder les Estats et pour faire d'autres choses utiles au service du Roy; et pour cela M. le Prince ne laisseroit pas d'avoir tousjoursla principale confiance avec la Reyne, etlesadvanlages marquez cy-dessus; mais quelque chose que M. de Chasteauneuf ayt proposée, aprez ce qui a esté dict à l'abbé Fouquet, je croy que malaysement les frondeurs se portent à se joindre à la Reyne, sans estre bien asseurez qu'Elle ne le sera pas avec M. le Prince, et pour cet effect il ne faut pas, comme je vous ay desjà escrit, se jetter de ce costé-là que désespéré de l'union avec ledict Prince de la bonne manière.

Tout ce que j'appréhende, c'est que là où je pourray avoir quelque interest, M. de Chavigny ne travaille avec succez à destruire, dans l'esprit de M. le Prince, tout ce que les autres y auroient pu bastir; que c'est une appréhension de laquelle malaysement on pourra guérir, tant que ledict Chavigny sera en estât d'agir, si ce n'est que craignant luy-mesme que la conduite de M. le Prince contraigne la Reyne à se confier aux frondeurs, il prenne une bonne resolution de faire ce qu'il doit, et par soy-mesme etlivec M. le Prince, pour l'empescber.

Je juge à propos de vous répliquer que, si mondict sieur le Prince ne se rend à tout ce qui est marqué cy-dessus, il faut se tenir pour dict qu'il a pris ses resolutions de chercher sa seureté, ses advantages et sa grandeur dans le trouble, fondé sur ses establissemens et sur l'assistance des Espagnols; et. en ce cas, il ne faut rien oublier pour l'empescher de

DU CARDINAL MAZARI V 281

venir à boui de oe dessein; et il faut par nécessité, et malgré nous, se juin iC5i jeter <lc l'auto costé, prenant seulemenl garde à se preqautionner comme j'a\ desjà escrit ; et quelque chose que l'on die, pour moy je ne cro) pas qu'il y avt beaucoup à craindre de la liaison dudict prince avec S. \. Ii., lanl que les frondeurs possederonl son esprit1; et il y a apparence que tous les bruits qu'ils en font courre, sont pour obliger la Reyne à recevoir leurs offres, el moy et tous mes amis à y travailler puissamment.

Ma/.ai'in parle ensuite de la nécessité de se concilier l'opinion publique :

On pourroit résoudre d'employer certaines personnes pour ramener les esprits de ceux qui sont plus fascheux dans le Parlement, ou dans la Cour : les uns pour eschaufler ceux qui ont desjà boum; intention; les autres, pour respandre des bruits parmy les peuples qui me fussent favorables; les evesques, dont il y en a beaucoup à Paris attachez à moy, [afin] qu'ils travaillassent de vive voyx et escrivant un chacun à leurs confrères absens, qui sont de leurs amys, en ma laveur; d'autres, qu'ils eussent soin d'empescher les libelles que j'apprends qu'on continue tousjours à publier contre moy, s'adressant, pour cet effecl, aux magistrats el faisant quelque despense pour faire ebastier les imprimeurs et colporteurs, d'autres [se chargeant] de respondre et de faire imprimer quelque pièce en ma faveur, suivant les occasions. Et pour cela je voudrois qu'on trouvast six ou huict personnes d'esprit et capables de bien escrire et qu'on les employastà cela, leur donnant un directeur et leur promettant une pension de mille jusques à deux mille livres, suivant leur mérite, avec asseurance du payement de quartier en quartier de 1 année; et afin que cela ne puisse manquer, je consens qu'il soit pris sur ce que je tire de ma charge de chez la Reyne'2, ou sur le revenu que j ay en Languedoc, qui ne peut manquer, et est payé ponctuellement tous les trois moys, ainsy que vous pourrez sçavoir de Jobart, qui pourroit avoir le soin luy-mesme de payer lesdictes pensions avec grand

1 L'esprit du duc d'Orléans. — 2 On a vu que Mozarin était surintendant de la maison de la Reine.

MUARIN. — IV. 36

tUPr.lXElUE XATIONALC.

Juin iffSi. secret. Je croy cela facile et qu'il feroit un tres-bon effectde voir tous les jours quelques pièces imprimées envers ou en prose, qui, destruisant tant de mescliancetez ridicules qu'on dict contre moy, pussent imprimer ce qui est véritable de ma probité et de la fidélité de mes services. Ce seroit assez qu'il y en eust deux ou trois qui travaillassent à des pièces bien estudiées et bien sérieuses, et d'autres en pourroient faire de petites volantes, propres pour le menu peuple. Naudé1 me tesmoigne grande chaleur pour mes interests, et ayant terminé sa querelle avec les Bénédictins2, il fera, et très-bien, autant de livres qu'on luy dira, dans lesquels il pourroit mettre diverses choses qui sont dans son grand livre, qu'on a supprimé3. Benserade* a beaucoup d'affection pour moy; et je croy qu'il seroit bien ayse de recevoir une pension et travailler à faire de jolies choses , à mon advantage , sur son style ; mais [pour] ce qui est d'employer une personne ou une autre, je m'en remets [à vous]. Je croy que pour le service de Leurs Mtez, il seroyt à propos d'aller au devant et choisir des personnes propres à agir adroitement pour empescher que ceux qui se desgoustent et destachent de M. le Prince, comme MM. de Nemours, de Beaufort, le Grand Chambellan5, le comte d'Alais6, la Mothe et autres, tant princes que gentilshommes et du Parlement, ne se jettent pas du costé de S. A. R. ; car le Coadjuteur et

1 Gabriel Naudé, bibliothécaire de Maza- 1 65o et saisie. Le sous-litre indique bien le rin, né en 1600, mort en i653. On trouve sujet de l'ouvrage: Jugement de tout ce qui dans les papiers de Mazarin , aux Archives a été imprimé contre le cardinal Mazarin dedes affaires étrangères, un certain nombre puis le 6 janvier jusqu'à la déclaration du de lettres autographes de Gabriel Naudé, 1" avril îGhcj. C'est de la saisie de la seadressées au Cardinal. conde édition du Mascural que Mazarin

2 Une discussion s étant élevée entre les parle dans ce passage.

Bénédictins et les chanoines réguliers de '' Isaac de Benserade, né en 1612, mort

Sainte-Geneviève, à l'occasion de l'auteur en 1601.

île l' Imitation de Jésus-Christ, Gabriel Naudé 5 Louis de Lorraine, duc de Joyeuse et

prit parti contre les premiers et soutint, Grand Chambellan de France. Voy. t. III.

avec les Génovéfains, que Thomas à Kern- p. 7 26, note 2.

pis était le véritable auteur de Y Imitation. c Le comte d'Alais avait pris, à cette

C'est l'opinion qui est généralement adoptée. époque, le titre de duc d'Angoulême. Voyez

3 Le Mascurat de Naudé avait paru en le tome I, p. 90/1, des Lettres de Ma- 1G&9. Une seconde édition fut publiée en zariu.

M""' de Ghevreuse no s'endormiront pas pour les y engager. Je croy Juin m.,. mesmeque. comme M. de Guysc1 a les dernières obligations à la llcyne de ce qu'il a plu à Sa M" d'accorder pour faciliter sa liberté3, pour peu de soin qu'on en prenne, on le pourra a\ sèment engager à faire son devoir. L'abbesse de Montmartre3, sa sœur, a boni pouvoir sur son esprit et sera ravye de s'employer à l'engager entièrement dans le service de la Reyne. Il seroit bon que ladicte dame y envoyast un gentilhomme pour cet effect et pour empeseber que \crderonne4 ne l'engage en des mariages et d'autres intrigues avecMmcde Clicvreuse et le Coadjuteur; et on pourroit instruire ladicte dame, suivant Testât dans lequel seront les affaires à Paris et les resolutions que prendra la Reyne, de tout ce qu'elle devroit faire dire à son frère par ledict gentilhomme.

Je vous prie de caresser l'abbé de Guron5 et de le servir en ce que vous pourrez auprez de Sa Mu. C'est un gentilhomme qui a quantité d'amis, qui est très-bien intentionné et qui a grande passion pour mes interests; je seray bien ayse que vous preniez occasion de luy dire que je vous en ay escrit en ces termes.

Je vous prie aussy de me mander s'il seroit possible de gaigner Mesnage6, qui est au Coadjuteur; car comme c'est une personne capable et qui pourroit servir utilement, il ne faudroit pas espargner quelque chose de boa pour cela. Je croy que M. Servien a beaucoup de pouvoir sur luy.

L'argent est si rare dans les coflres du Roy que la Reyne est contrainte de demander vingt mille livres à chacun des ministres, les princes tirant de leur costé les plus clairs deniers du Roy. Dans l'ex-

1 Henri de Lorraine. \oy. t. II, p. 1 019, Verderonne. Voy. ci-dessus, p. 261, note 2. des Lettres de Mazarin. f Louis de RecMguevoisin , abbé de Gu-

* Voyez, t. III des Lettres de Mazarin, ron, né en 1616, fut sacré évoque de Tulle p. 1 1 7 (texte et note), l'indication des ser- en 1 653, et transféré à Comminges en 1671 ; vices rendus par la Heine au duc de Guise. il vécut jusqu'en 1690.

3 Françoise-Renée de Lorraine, de la ' Gilles Ménage, né en 1 G 1 3 , mort en

branche de Guise, abbesse de Montmartre, 1692. On ne trouve, dans la liste de ses

née en 1621 , morte en 1682. nombreux ouvrages, aucun écrit en faveur

* Claude de l'Aubespine. seigneur de de Mazarin.

Juin i65i. fcremité où nous sommes, il en faudra enfin venir au seul moyen extraordinaire qui resté au Roy, qui est de faire une bonne chambre de Justice. Et si la Hcync esloit conseillée par des gens désintéressez, il faudroit mettre la main à l'œuvre de bonne heure, et l'on auroit un secours de dix millions en six mois, par la voye la plus juste, la plus légitime et approuvée universellement par tout le monde, qui esl par la recherche contre les ordonnateurs des finances depuis vingt ans seulement. On trouveroit tant de bien de France entre les mains de M. Boutillier1, le Mdl de la Meilleraye2, de M. Tubeuf3, des veuves d'Effiat4, deBullion5, d'Hemery0, deBretonvilliers7, etmesmey comprendre Lambert, commis de l'Espargne, qui a gagné cinq millions en cinq ans, et autres. Tout est contre ces sortes de gens-là: la justice, l'ordonnance, les officiers8 et les peuples, par la raison que ceux qui ordonnent ne bazardent pas, comme les gens d'affaires, qui sont tous ruinez. Il n'y a que soixante ans qu'on faisoit communément le procez aux ordonnateurs. La preuve contr'eux est dans l'abondance de leurs grands biens. Il n'est rien de si capital par l'ordonnance que ce peculat9, et jamais il n'y eut un temps plus favorable pour cette recherche. 11 ne se

1 Claude Boutillier, ou Bouthillier, qui avait été surintendant des finances sous Louis XIII, vivait encore en i65i. Il ne mourut que le 21 mai i65a,à l'âge de soixante et onze ans.

2 Voy. sur le maréchal de la Meilleraye , le tome I des Lettres de Mazarin, p. o,35. La Meilleraye avait été nommé surintendant des finances le 9 juillet 16A8.

3 Jacques Tubeuf, reçu président en la Chambre des comptes de Paris le ih novembre i6A3, mort le 10 août 1670, à soixante-quatre ans. Il est cité dans le Catalogue des partisans.

4 Antoine Coiffier, maréchal d'Effial, surintendant des finances en 1696, mort en i63a. Il avait épousé Marie de Fourei, qui vécut jusqu'en 1670.

5 Claude de Bullion, seigneur de Bonnelles, surintendant des finances en 16 3 2, mort en 1GZ10. Il avait épousé, en 1622, Angélique Faure.

6 II a été souvent question de Michel Particelli , seigneur d'Emery, dans les Lettres de Mazarin, surtout dans le tome III, p. k^k, note i.

7 Claude le Bagois, sieur de Brelomilliers, secrétaire du Conseil, avait épousé Marie Acarie, fille de Jean-Marie A carie, sieur de la Porchère. Voy. Tallemant des Beaux, t. VI , p. 5n, édit. Techcner, in-8°.

s Les magistrats pourvus d'offices . comme ies membres du Parlement.

9 Le crime de pëculat consiste dans le vol des deniers publics par ceux qui en ont l'administrai ion.

peut rien taire nv imaginer de si juste el si utile au Roy que cette affaire. Juin i65t. Et il on faudra venir là nécessairement1, quelque protection qu'ayent recherchée MM. les ordonnateurs des finances; et Ton ne doute |»as que si le Ro\ u'establisl celle chambre, les Estats n'en tassent leurs plaintes.

Aprez avoir escrit ce que dessus, ayant receu un mot de chiffre de l'abbé Bcnlivoglio-, j'ay jugé à propos de vous en envoyer le contenu, ne faisant que le changer eu François. 11 dict qu'il faut prendre prompteinent parlv : que le mareschal de Turenne est tres-mal avec M. le Prince; que le mareschal de Gramont n'en est nullement satisfaict3; que ledict mareschal souhaitte de s'attacher entièrement à la Reyne; que M. de Bouillon et son frère ont la mesme volonté, et qu'ils ont disposition à me servir; qu'avec un mariage on les y engageroit tout-à-faict; que M. de Bouillon est tres-capablc de bien faire, et que, si on avoit une bonne teste comme la sienne déclarée pour mes interests, il seroit a*ysé de [les4] conduire heureusement dans le port, et que, sans cela, on ne voit pas jour d'espérer rien de bon. Voilà tout.

Je ne sçay pas avec quel fondement il parle et si, comme il hante fort le mareschal de Gramont, il a pu tirer cela de luy. Vous vous en prévaudrez, comme vous verrez plus à propos; et peut-estre qu'il vous réussira avec adresse de faire parler encore plus clair ledict abbé; mais il ne faut pas qu'il recognoisse que je vous en aye rien escrit. M. de Ruvigny m'a mandé qu'il respondoit de M. de Bouillon et de M. de Turenne en tout ce qui pouvoit regarder mes interests, de façon que, s'il y a quelque chose à mesnager avec eux, il faut que la Reyne se serve dudict sieur de Ruvigny; qu'outre5 qu'il est fort adroit et a grand

1 La chambre de Justice, dont parle Ma- 3 Le sens de ce membre de phrase esl zarin. ne fut établie qu'après sa mort, à que le maréchal de Gramont n'est nullement l'occasion du procès de Fouquet. Voy. dans satisfait du prince de Coudé.

le Journal d'Olivier d'Ormesson, t. II, p. l\\. " La copie porte le; mais il s'agit évile récit de la première séance de la chambre demment des affaires de Mazarin, qu'il faut de Justifie, le 3 décembre 1GC1. conduire au port

2 Jean Bentivogho était abbé de Saint- b La phrase est textuellement reproduite; Valery-en-Aimeux( Basse-Picardie). Il vécut elle est irréffulière, mais se comprend facijusqu'en 169/1. lemenl.

Juin iC5i. crédit avec ces messieurs, je le croy un de rues meilleurs amis et [des] plus recognoissans du peu de bien que je luy ay procuré auprez de S. M.

Bibliolli. nationale, ms. £r. 28202, f" 8 r°. — Lettre autographe , en partie chiffrée.

A L'ABBE FOUQUET

Brùhl, 18 juin 1 65 1 .

(extbait.) Après avoir parlé à l'abbe' Fouquet de diverses affaires, Mazarin ajoute:

Je vous prie de remercier de la bonne manière la dame1, qui a déclaré ce que vous me mandez à M. le Coadjuteur, et luy dire que, en quelque lieu et fortune que je puisse estre, je seray son tres-humble serviteur, et vous pourrez bien vous estendre là-dessus, sçachant de quelle façon je vous en ay parlé.

Sans le secours de Talon2, mes affaires sont en mauvais estât; il faudroit faire remettre le tout à [. . ]3;car je tireray sur luy, comme j'ay desjà faict deux foys, et je seray bien ayse que la Reyne donne quelque satisfaction audict Talon. Je vous prie d'en dire un mot, de ma pari.

' Probablement M°" de Chevreuse. Mazarin traitait avec les différents partis, cherchant de quel côté il trouverait les meilleures conditions : Lionne , Servien et surtout la Palatine étaient chargés de négocier avec Gondé. L'abbé Fouquet paraît avoir été un des principaux agents du Cardinal auprès des frondeurs. Il semble, au milieu des intrigues qui se croisaient , se rompaient et se renouaient sans cesse, que Mazarin aurait préféré traiter avec Condé, si ce prince eût voulu consentir à son retour et rompre avec les Espagnols; mais à défaut de Coudé, le

Cardinal n'hésitait pas à se réconcilier, en apparence au moins, avec ses anciens ennemis, comme le Coadjuteur, le plus ardent et le plus dangereux de ses adversaires.

2 Ce Talon, intendant des armées, avait élé envoyé à Lyon pour apporter à Mazarin de l'argent qu'd y avait déposé. Voyez , sur Philippe Talon . la table du tome IV.

3 Chiffre non traduit; il doit désigner un des banquiers de Mazarin, comme Hervart. Cenami, Serantoni, etc., ou bien un des intendants chargé de ses affaires, comme Jobart ou Colbert.

On peut avoir l'esprit en repos de l'affaire de Provence1, puisque Juin i65i vous estes asseuré que le Coadjuteur fera agir S. A. R., en cas de besoing. La Reyne en doit avoir grande joyc.

LWXVIII.

AIT. étr. , France, t. 267, f° 458; t. 28 du recueil des Lettres de Mazariu. —

Copie du temps.

A M. DE LIONNE

(extrait.)

[Brùhl], 18 juin 16E

Mazarin annonce à Lionne l'envoi dune lettre de d'Estrades-, gouverneur de Dunkerque, et déclare qu'il se conformera aux volontés de la Reine. Il ajoute:

Dans mon dernier chiffre, là où je vous parle de M. de Ghavigny,

1 On a vu plus haut que le prince de Condé demandait le gouvernement de Provence pour son frère.

1 Cette lettre est ainsi conçue : r Je diray qu'il me semble que, pour faire quelque chose qui pust restablir les affaires de V. E. , il faudrait que l'armée et les gouverneurs des places, joincls ensemble et par le consentement de la Reyne, mandassent à S. M,,: qu'Elle vous donnast satisfaction tant sur la réparation de vostre honneur que pour la dissipation et saisie de vos biens, et une place do seureté en France pour le bien de vos affaires. N'en jugeant pas de plus commode que Dunkerque. je souhailte que V.Em. l'agrée, l'asseurant qu'elle en sera lousjours le maistre. Je trouve de la facilité à cette proposition, M. de Villequier* dépendant de la Reyne, comme je croy, et outre cela estant serviteur

et amy de V. Em. Pour les gouverneurs des places , je ne doute pas qu'aprez les lesmoignages qu'ils vous ont donnez de leur affection, ils ne fassent toutes choses pour les interests de V. Em.

ffMon sentiment serait que la Reyne et le Roy allassent à Compiegne, et qu'aprez s'estre asseuré de l'armée et des gouverneurs , à quoy je ne voy nulle difficulté, Elle [la Reine] souffrît la demande des points cy-dessus nommez pour vos interests. Et qu'en cas de refus par les princes, Elle les appuyast fortement et les fist exécuter. J'avois creujusques à la réception de la lettre de V. Em. que M. le Prince luy avoit promis amitié en sortant du Havre , et qu'il ne s'opposerait pas à vostre retour, et je suis tresmarry de ce que la chose est nullement; car, s'il estoit joint avec la Reyne, il se fau-

* Antoine d'Aumont, marquis de Villequier, était désigné ordinairement sous le nom de maréchal d'Aumont, depuis le commencement de l'année 1 65 1 ; il était gouverneur du pays de Boulogne.

Juin i65i. jay manqué d'y adjouster le président Viole l et Arnauld2, lesquels, et par le peu d'affection qu'ils ont pour moy et pour estre estroitement liez audict sieur de Cliavigny, il ne faut pas douter qu'ils ne travaillent, de concert avec luy, pour entretenir tousjours l'esprit de M. le Prince en estât de ne rien escouter de ce qui luy pourra estre proposé à mon advantage, et je ne sçay pas si le président Perraut3, par son inclination, ou pour estre uny avec lesdictes personnes, agist auprez de son maistre sur le mesme pied; mais, comme la princesse palatine doit estre trèsbien informée de l'intention de ces gens-là et de ce qu'ils font à mon esgard auprez dudict Prince, je suis asseuré qu'elle n'aura rien oublié de son costé, et qu'elle aura dict ce qu'elle jugeoit à propos qu'on fist, du costé de la Reyne, pour aplanir le chemin et oster les obstacles qui la pourroient empescher de venir à bout de son dessein. C'est pourquoy je n'ay rien à adjouster là-dessus.

Aff. étr. , France, t. 267, f" 45<); t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. DE LIONNE

Brùhl, 19 juin 1 65 1 .

( EXTRAIT

Je commenceray cette depesche pour4 vous dire quelque chose qui me donne beaucoup d'inquiétude : C'est une lettre que je viens de recevoir de don Antonio Pimente!, du 12 de ce mois, par laquelle il me mande que, s'estant rencontré diverses fois auprez du comte de Fuen-

droit mocquer de tout le reste. Quoy qu'il Bar, Brog-lia, Navailles et surtout Fabert. * arrive, je supplie tres-bumblement V. Em. ' Voy. ci-dessus, p. 20, note 2.

de faire estât de moy, comme d'une per- 2 Arnauld de Corbeville. Voyez t. I,

sonne, qui est absolument à elle." p. 908, des Lettres de Mazarin.

Mazarin ajoute : «C'est la mesme [pro- 3 Voyez ci-dessus, p. 27, note 2.

position] de laquelle estoient d'advis MM. le 4 La copie porte bien pour, et non par,

marescbald'Hocquincourt,deManicamp, de qui semblerait préférable.

DU CARDINAL MVZARIN. 289

nldagne, pendant qu'on luy disoit que mon séjour icy estoit tres-preju- Juin i65t. diciable aux interests du i'oy d'Espagne et à l'Augustissima Casa1, ayant beaucoup de négociations contre leurs interests, il avoit respondu que c«'la oe pouvoit estre, puisque j'avois un sauf-conduit du roy d'Espagne, et que je luy avois positivement dict que je nesongeoisqu'a estre en lieu où je n'eusse à faire autre chose qu'a songer à mon repos. Il me dict, aprez, que don Gabriel de Tolède estoit arrivé et qu'il avoit porté le pouvoir à l'Archiduc et audict comte de traitter et conclure la paix.

Cette affaire, comme vous voyez, ne vaut rien; car la lettre de Pimen- I <l peut avoir esté escrite pour servir, aprez, de prétexte pour me jouer quelque mauvais tour. Et il n'y a rien de plus aysé, puisque les Espagnols, avec trois cens chevaux de leur armée, ou du corps de M. de Lorraine , me peuvent faire investir icy, sans que j'en aye aucune cognoissance, et me faire prisonnier en vingt-quatre heures. Que si je me retirais à Cologne, si on envoyé de la cavalerie aux environs de la ville et qu'on déclare aux Bourgmestres qu'on fera degast par toute la campagne, si on ne me remet entre leurs mains, il ne faut pas douter qu'ils ne le fassent à l'instant, d'autant plus que je n'ay pas sauf-conduit de l'Empereur; ce qui augmente encore mon soupçon de l'intention des Espagnols, puisque le nonce de Vienne a escrit à M. Chigi2, il y a tanlost un mois, qu'il [le passe-port] estoit expédié et que Piccolomini3 me le devoit envoyer par un gentilhomme exprez, que ledict Nonce croyoit qu'il arriveroit en mesme temps que sa lettre; et n'en ayant aucune nouvelle, j'ay grand sujet de croire que les Espagnols ayent faict changer de resolution. Je vous advoue que je suis tres-embarrassé, sçachant d'ailleurs que les Espagnols n'oublieront rien pour m'empescher de retourner en France, et que, dans les bruits qui peuvent courre de mon retour et dans les advis que peut-estre on leur donne malicieusement là-dessus, ils sont capables d'entreprendre sur ma personne.

1 A la Très Auguste maison d'Autriche. est presque toujours altéré par les co-

2 Le manuscrit porte Guicchi; mais il pistes.

s'agit évidemment de Fabio Chigi, qui était 3 Voyez, sur Piccolomini, le tome I,

nonce du Pape à Cologne. Le nom de Cliigi p. 90-2 , des Lettres de Mazarin.

HAZARIN. — 1T. 37

IMPRIMERIE fUTIOXAtE.

iniu i65i. Vous pouvez croire que je seray alerte. Je respondray le mieux que je pourray à Pimentel, et, si je suis pressé, je prendra y la résolution que j'esthneray la meilleure. Ce qui me iaict peine sont mes niepces; mais en cas qu'il fallut m'en aller viste, je les lairray dans un monastère à Cologne. Je vous prie ce pendant de me mander en quel endroit la Reyne trouvera bon que je me retire, en cas qu'on ne conclue rien à Paris, et que je me voyeicy exposé à quelque malheur. Je ne me souviens point que jamais qui que ce soit, delà part de Madame de Savoye1, m'ayt offert retraite dans ses Etals et d'avoir esté si extravagant de m'en tenir offensé; mais sçachant que Madame [de Savoye] a le don de la création, je ne m'estonne pas de ce qu'elle a dict là-dessus à l'ambassadeur.

11 n'y a rien qui me donne plus chagrin que de voir le peu de secret qu'il y a en toutes choses, et cependant c'est l'aine pour conduire les plus grandes négociations à bon port. Il est vray que j'ay parlé à Bartet de Longueil2, parce que vous m'aviez escrit qu'il m'entretiendroit làdessus, et que je recognoistrois bien si vous aviez eu part à son establisseuient3; mais MmG la princesse palatine a eu grand tort si elle en a donné cognoissance à Mme de Longueville, puisque cela ne sert qu'à augmenter le nombre de mes ennemis et à irriter de plus en plus ceux qui le sontdesjà. Aprez cela, il ne faut douter que le Surintendant, son frère, et M. de Chavigny, avec leurs amis, ne travaillent avec plus de succez contre la bonne issue de mes affaires que tous mes amis ne sçauroient faire au contraire, et je m'estonne que Bartet m'ayant dict que la princesse palatine prenoit grande part à l'establissement de la \ ieuville, elle ayt pu dire à Muc de Longueville, qui est la protectrice de M. de Maisons, ce que j'avois dict au dict Bartet sur le sujet de Lon-

gueil

1 La duchesse douairière de Savoie était te président Servie», frère d'Abel Servien. Christine ou Chrétienne de France. Voy. t. f, s Pierre de Longueil. Voy. ci-dessus,

p. 9&2, des Lettres de Mazarin. L'ambassa- p. •jo-'i, note 3. (leur de France auprès de cette cour était ' Comme chancelier de la Heine.

=========================== Juin iii.'n

Bibiiotfa. nationale, mss. Baluze. t. .'53a. f" toi. — Original signé, on partie chiffré '.

A J.-B. COLBERT

Briilil, ao Juin 1 65 1 .

(situait.)

( i lie lettre, comme presque toutes celles que Mnznrin adressait à Colbert, est relative à 9es affaires domestiques. Le passage suivant, où il est question d'Abraham Du Ouesne. mérite d'être cite.

.1 Cscrivis il y a quatre jours, par la voye de Sedan, à Roze touchant les affaires de la Marine et particulièrement pour ce qui regarde mes \ aisseaux qui consistent à Y Arme, le Fort, le Berger, YEsperance et le Sanson, et sur iinterest que j'ay avec Du Qnesne2, et comme je luy escris de vous informer de tout et de conférer avec vous, afin que vous résolviez ce que vous jugerez à propos, je ne repeteray pas icy les mesmes choses.

Biblioth. nationale, mss. fonds fr.,6886, f° 197; original. — Ibidem, 6209, f° 262 r°. —

Copie du temps.

A M. LE TELLIER

Briilii, 27 juin 1 65i .

(EXTRAIT

Je ne vois que fourbes3 de tous costez: [je vois] qu'on n'oublie rien

1 La minute de cette lettre, qui se trouve Mazarin fait allusion. Je pense qu'il s'agit aux Affaires étrangères, France, t. 878, du droit sur les prises maritimes accordé fol. 21 '1, porte la date du 19 juin i65i. par le Roi au Cardinal.

J M. J al ne parle pas, dans son ouvrage ' Ce mot s'employait, au xvif siècle, dans

sur Abraham Du Quesr.e, du fait auquel le sens de fourberies.

loin i65i. pour donner des frayeurs à la Reyne qu'Elle se perdra avec l'Estat, si Elle continue à agir avec la fermeté qu'Elle a faict jusques icy pour mon advantage. Je vois que, au mesme temps qu'on travaille d'un costé pour disposer M. le Prince en ma faveur, d'un autre on n'oublie rien pour l'aigrir contre moy. Je vois que M. de Chavigny agit puissamment auprez de Monsieur le Prince là-dessus et qu'il faict jouer tous les ressorts auprez de Monsieur et dans le Parlement pour exciter tout le monde contre moy. Je vois M. le Surintendant et son frère dans la dernière liaison avec luy, n'oubliant rien pour me faire du mal, faisant les uns et les autres agir Croissy1, Dorât2 et Viole pour remuer le Parlement; pour empescher que les esprits de S. A. R. et de M. le Prince ne se disposent à rien de favorable pour moy, mais qu'au contraire [ils] s'engagent de plus en plus, par de nouvelles déclarations, contre tout ce qui peut me regarder. Je vois que M. le mareschal de Gramont, que j'ay aussypeu desobligé que M. le Surintendant, est uni avec M. de Chavigny et fronde d'importance. Je vois qu'on accable la Reyne et qu'on tasche de la lasser dans la juste protection qu'il luy plaist avoir de moy. Enfin je vois comme tout cela se faict, et je ne suis pas si peu clairvoyant et peu praticque de la Cour et des personnes qui agissent que je ne sçache comme tout se conduict, et que la Reyne est surprise par beaucoup de personnes en diverses rencontres, et mes obligations envers Sa Mle s'augmentent d'autant plus que, nonobstant les pièges qu'on me tend continuellement pour causer quelque diminution dans les bontez qu'il luy plaist avoir pour moy, elles ne font qu'augmenter.

Ce qu'il y auroit à faire, de quoy je vous conjure de tout mon cœur, c'est de fortifier Sa Wé à prendre une prompte resolution luy faisant cognoistre que les terreurs, qu'on tasche de luy imprimer dans l'esprit, sont des artifices afin qu'Elle ne se résolve à rien, et ce pendant ceux qui se servent de ce prétexte employent soigneusement le temps pour mettre les choses en estât que les resolutions, que la Reyne voudroit prendre à la fin, ne produisent aucun eifect. Il est donc de la

1 Croissy-Fouquel. Voy. ci-dessus, p. i55, note 1. — * Voy. ci-dessus, p. 217, noie 1.

dernière importance que je sçachc au plus tost ce que je puis devenir Juin i65j cl qu'il nous plaise, conjoinctement avec M. le mareschal d'Estrée et IL de Senneterre, de voir le net de ce qu'on peut espérer du costé de M. île Chasteauneuf, présupposant qu'il agist de concert avec tous ses amis et que tous ensemble [ils] possèdent l'esprit de Monsieur; et, si les choses se réduisent en lestât de le pouvoir faire, on doibt conclure sans perle de temps1, ne sçachant pas à quoy peut estre nécessaire le renvoy de AI. Brachet, m'estant desjà assez explicqué sur toutes choses; e1 . si on ne peut mieux, l'asseurance des bonnes grâces de la Reyne à M. de Chasteauneuf, avec des advantages réels, debvroit, au moins, m'asseurer une retraicte en quelque endroict, où le Roy fust le maistre, afin d'y pouvoir vivre doucement et en toute seurelé. Si je ne suis assez modéré dans mes prétentions, on pourra retrancher ce qu'on jugera qu'il y a de trop.

Si la Reyne pouvoit promptement donner une rescompense à M. de Tilladet2, telle qu'elle le pust satisfaire, et prendre le gouvernement de Brisach, je m'y pourrois retirer, et si Sa Wé a la bonté de vouloir faire un effort, de son costé, comme je n'en doubte point, je pourray aussy, avec mes amis, assister à cela3, trouvant une partie de l'argent, et je songe desjà qu'on y pourroit employer les cinquante mille livres que M. Colbert me mande que j'en puis faire estât. Je suis asseuré que vous allez en cette affaire comme je le puis souhaitter, et que vous serez ravy de me donner une marque de vostre affection dans ce rencontre; c'est pourquoy je ne vous dis rien pour vous y exciter. Mais je vous prie seulement d'y travailler en sorte que l'effect s'en puisse suivre au plus tost, profitant de la déclaration que M. de Chasteauneuf a faicte à M. le mareschal d'Estrée qu'il ne voyoit aucune difficulté que je me puisse retirer dans Brisach.

Quand je vous ay parlé que la Reyne donneroit un bénéfice des

' il faut ajouter pour compléter la phrase : de Mazarin. Tilladet était , comme on l'a dit

une alliance avec Chasteauneuf et son parti. ci-dessus, p. 186, note j, gouverneur de

" Gabriel de Cassagnet, marquis de Til- ISiisach et parent de Michel Le Tellier. ladet. Voy. t. III. p. 3y3. note 3. des Lettres 3 Lui venir en aide pour y parvenir.

294 LETTUES

luin iG5i. premiers vacans à M. deTilladct, c'a esté sans préjudice de la rescompense qu'on donnerait en argent, cl je promets que je seray le solliciteur auprez de Sa Mu pour l'accomplissement de sa parole à l'esgard dudict bénéfice et d'y satisfaire en mon propre et privé nom, si par quelque accident non preveu, la parole de Sa Mlé ne peut avoir l'eflect dans le temps qu'on prendra. Enfin souvenez-vous que celuy qui vous a tesmoigné avoir beaucoup d'estime et d'affection pour vous est en mauvais estât, à la veille d'estre encore pis, si on ne peut promptement adjuster qu'il ayt, au moins, cette retraitte par le moyen que j ;iv dict cy- dessus.

Je vous prie aussy d'examiner avec M. de Sennetcrre, suivant ce qui sera résolu à Paris, la conduicte que vous seriez d'advis que je tinsse, et me le mander, comme aussy avec une entière liberté tout ce que vous sçaurez et verrez qui me peut regarder, vous donnant ma parole que personne n'en aura cognoissance.

Aff. étr. , France, t. 268, f i32; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. D'ESTRADES

Brùtd, 21 juin i65j .

(extrait.)

Après avoir remercié" d'Estrades de la passion qu'il témoigne pour tout ce qui le regarde, Mazarin ajoute :

Je n'oublie rien pour recommander vos interests à Paris; mais vous sçavez que les raisons des absens ne persuadent pas beaucoup, et je ne m'estonne pas du traictement que vous recevez de M. le Surintendant, puisque, en mon particulier, quelque sollicitation que j'aye faicte et quelqu'ordre précis que la Pieyne ayt donné, non seulement je n'ay peu avoir la moindre satisfaction sur quoy que ce soit; mais il m'a osté presque toutes les assignations que les Surintendans. ses pre-

DU CARDINAL MAZUUN. 295

decesseurs, m'avoient données [el | que j'avôis destinées pour payer Juin i65t, quelqu'un de ceux de mes créanciers qai me tourmentent le plus.

Mii/.ariu continue de se plaindre de la conduite du Surintendant, cl l'attribue à l'influence de Chavjgny. Il rappelle la violence avec laquelle ses ennemis n'onl cesse* de le persécuter, et la triste situation où le Roi, la Reine et la France son I réduits- Puis il passe aux propositions qu'on lui fait :

A présent il y a beaucoup de négociations sur le tapis; mais je ne \n\ pas que rien s'advance, et j'ay grand sujet de craindre que le grand nombre de médecins ne lasse mourir le malade . . . La proposition que vous me laides pourroit estre bonne1, et j'en ay escrit à Paris, el je Miis de vostre advis qu'il faudrait que Leurs Mkz fussent à Gompiegne. Si Elles y vont, je vous conjure, en cas qu'il n'y ayt rien à craindre à Dunkerque, de vous y rendre pour parler a la Reyne, el voir, si mes affaires ne sont pas adjustées, ce qu'il y auroit à faire poulies mettre en une meilleure posture.

Je ne croy pas que les Espagnols soient en estât de vous attaquer, si ce n'est que les Anglois leur donnassent quelque assistance pour cela, et je ne voy pas aussy (pie la constitution de leurs affaires le leur puisse permettre; mais si vous estiez abandonne de la Cour, tout seroit à craindre. Je m'asseure que le voyage de M. de Raymond n'aura pas esté inutile, et qu'on n'aura pas hésité à accepter la proposition que vous avez faicte pour entretenir la garnison. Je vous diray, en cet endroict, que je ne pourrois avoir un plus grand plaisir que si on consentoit que je pusse aller vivre avec vous, et je veux croire que cela ne prejudicieroit nullement à la seureté de Dunkerque.

Je ne mestonne pas que vous n'ayez [pas] recognu grande affection pour moy dans les ofiieiers des gardes qui sont à Dunkerque, puisqu'ils sont presque tous, par diverses raisons, de la cabale qui n'a pas servy la Reyne et qui m'a persécuté; mais je vous puis bien dire qu'il v en a

' D'Estrades lui proposait, au nom de nord de la France, et désignait spécialement plusieurs généraux et gouverneurs de places, Dunkerque, dont il était gouverneur. Voy. de se rendre dans une des forteresses du ci-dessus, p. 2S7, note 2.

Juin i65i. fort peu qui ne m'ayent obligation en leur particulier, quand inesme ils ne voudroient pas prendre part à celles que m'a tout le corps, qui ne sont pas petites, ayant tousjours soustenu auprez de Leurs Majestez tout ce qui pouvoit regarder leur advanlage, estably que tous les capitaines auroient pension; qu'en quelque lieu où il y auroit des compagnies des gardes, celuy qui y seroit commanderoit en qualité de mareschal de camp; que, venant à mourir des lieutenans ou enseignes, on commenceroit à donner au capitaine une somme de dix ou douze mille francs; ce que le feu Roy avoit accoustumé de faire seulement quand il vouloit gratifier quelque officier qu'il estimoit; et enfin, durant mon ministère, j'ay tasché d'establir un si bon traittement pour le régiment des gardes, que les compagnies, qui ne valoient que dix-huict ou vingt mille escus, se sont vendues jusqu'à quarante l, et je ne mets pas en compte que j'ay faict payer, de mon argent, treize années durant, les pensions audict régiment, et advancé ce qui estoit nécessaire pour luy donner une monstre complète, sans que j'en aye retiré un sol ny que je sois en estât de le pouvoir espérer.

Biblioth. nationale, mss. f. fr. 23, 202, f" 12. — Original en partie chiffre'.

A L'ABBÉ FOUQUET

Brùhl, h juillet i65i.

(extrait.)

J'ay receu vostre lettre et je vous suis tousjours plus obligé de l'affection que vous me tesmoignez. Pour ce qui est de M. le Prince, je vous prie de dire à M. l'abbé Fouquet2 que je m'en remets à M. de Lionne et que je le prie seulement de se souvenir de tout ce que M. le

1 On se rappelle que, dans l'ancienne 2 On a déjà vu que, dans les lettres

monarchie, la vénalité existait pour un cer- chiffrées, le personnage qui écrit et celui

tain nombre de charges militaires, comme auquel il s'adresse sont souvent cités à la

pour les offices de judicature et de finances. troisième personne.

DU CARDINAL MAZARIN!. ï\)l

Cardinal luy a dict sur celle affaire, afin que M. le Cardinal D'empire Juiliei i65i pas de condition. Pour uiov j'ay toute confiance eu vous et je ne doute point que vous ne vous souveniez de tout ce que je vous ay dict sur la matière, et que 35 ] ny prenne autant de soing des interests de ^17 comme s'il s'agissoit des siens propres; mais enfin la conduitte de tout est remise à 66 a, qui ne Taira rien mal à propos, csclairé de beaucoup de choses sur la matière par 35, comme il le sera, et vous devez estre asseuré que 7a3 n'a aucun confident sur cette affaire.

C'est une grande conqueste s'il est vray ce que vous me mandez de Bruxelles4; mais il est accoustusmé à changer bien souvent.

Je vous prie d'asseurer de mon tres-humhle service le gentilhomme, qui n'est pas dans le chiffre5, et luy dire qu'il n'a pas serviteur plus acquis que moy.

Pour ce qui est des employs, M. de Lionne scait aussy bien que moy l'engagement dans lequel on est, et je sçay de bon lieu que M. le Cardinal en est fasché au dernier point, et tout ce qu'il peut faire, c'est tirer l'affaire de long pour voir s'il sera assez heureux de pouvoir desgager sa parole. Je vous prie de dire à vostre amy que je souhaite plus ses satisfactions et advantages que luy-mesme, et que, ou je seray tout-àfaict malheureux, ou qu'il en ressentira des elfects proportionnez à son mérite et à l'amitié que j'ay pour luy.

Je vous prie, en vostre particulier, de m'aymer et croire que vous le devez par justice, puisque asseurement je suis et je seray tousjours vostre meilleur amy. Je vous seray obligé, sy vous prendrez la peine d'asseurer le parent0, que vous avez dans le Parlement, de mon service et de mon amitié.

1 Chiffre non traduit. La clé, publiée par qui avait été un des plus ardents frondeurs. Ravenel, ne peut s'applicpier à cette cor- Son nom est écrit Bruxelles, ou Brouxelles, respondance. 35 me parait désigner l'abbé dans la plupart des lettres de cette époque. Fouquet, et tij , Mazarin. 8 Probablement M'"' de Chevreuse.

2 Probablement la Reine. c On sait que Nicolas Fouquet, frère de

3 Chiffre non traduit; il désigne proba- l'abbé, était procureur général du parleblemeut Mazarin, comme k'j. ment de Paris.

* Il s'agit ici du conseiller Pierre Broussel ,

IMPRIMERIE NATIONALE

Juillet l€5

XGIV.

Biltliolh. nationale, mss. fr. n" /1209, (° 2G8 v°. — Copie du temps.

A M. LE TELLIEK.

Brùhl, h juillet 1C01 .

(extrait.)

Je vous suis de plus en plus tres-obligé de la ponctualité avec laquelle vous me donnez part de tout ce qui vient à vostre cognoissance, et je vous diray maintenant que je n'apprends autre chose, par les lettres que je reçois cet ordinaire, si ce n'est qu'il n'y avoit presque rien à espérer de M. le Prince. Mmc la princesse palatine estoit persuadée qu'il n'agissoit pas sincèrement et qu'il y avoit apparence qu'il revelast à Monsieur tout ce que l'on luy proposoit à mon esgard, afin de tascher, par ce moyen, d'entrer dans une estroicte liaison avec S. A. R., et on m'adjouste ensuite qu'on estoit d'aullant plus obligé à poursuivre la négociation du costé des frondeurs qu'on n'avoit rien de positif à me mander; mais que, par le prochain ordinaire, on me pourroit donner advis de ce qu'il y auroit à espérer, quoyque la Reyne et toutes les personnes qui estoient dans mesJnterests croyeni conformément que je ne debvois pas m'attendre qu'on pust rien faire pour moy durant la Minorité. Voilà la substance de ce que l'on m'escrit, et je vois bien par là que mes affaires doibvent encore estre en pire estât. Cependant je me consomme, et, au lieu de concevoir des espérances d'améliorer ma condition dans la Majorité, je crois avec beaucoup de fondement qu'elle empirera par les raisons que je vous ay desjà mandées.

Je n'entends pas une certaine négociation de Prioleau avec M. de Chasteauneuf et M. de Chavigny, ayant redict à celuy-cy tout ce qu'il avoit appris de l'autre sur la proposition qu'il m'avoit envoyé faire par Brachet1, qui donna occasion à M. de Chavigny de parler à Monsieur

1 Voy. ci-dessus, p. 197, les propositions portées à Mazarin par Brachet, de la part do Ghâteauneuf.

[)l CARDINAL MAZARIN. 299

contre M. de Ghasteauneuf et qui l'aura cy-aprez porté auss^ à for- Juiliei i65i. (ifier M. le Prince de ne rien escotlter el de déclarer loul à S. A. R. Je vous advoue que si, parmy tant d'intrigues, tant de rapports el

liint d'inlidelilez, on ne devient pas fol, c'est un grand bonheur. Pour moy, je commence à me lasser, et je voudrois bien, coinme je vous ay escrit, l'ordinaire passé, avoir un peu de repos, sans eslre exposé à la rage de nies ennemis. Je vous conjure de nouveau de contribuer loul ce qui pourra dépendre de vous, facilitant à la Rcyne les moyens de pourvoir au bien de l'Estat [et] à la satisfaction de M. de Tilladct, prenant le gouvernement de Brisach et empeschant Cliarlevoys, qui est asseu renient fomenté de passions, d'adjouster de nouveaux crimes ;t ceux qu'il a desjà commis.

Je suis bien ayse de voir que M. le Premier Président agisse avec affection et adresse, pour le service de Leurs Majestez. Je m'estonne que le Parlement ne recognoisse à la fin qu'il ne sert que de joint à la passion des uns et des autres.

Je vous remercie de ce que vous m'adjoustez à la négociation du marquis de Sillery l; car il est tres-curieux, et vous me ferez un grand plaisir de me mander les nouvelles que vous sçaurez d'Espagne et de Flandres. ^ ous pouvez croire que, si j'en estois informé d'ailleurs, je ne voudrois pas vous donner cette peine.

Je suis surpris au dernier point de ce que vous me mandez qu'on aura mis entre les mains de M. le Prince les depesclies, que vous me listes pendant le voyage de l'année dernière, et qu'on luy avoit baillé le chiffre pour deschiffrer celles qui furent interceptées et qui estoient demeurées entre les mains de M. de La Rochefoucauld. Je vous prie de me permettre que je suspende mon jugement et ma créance jusques à tant que" vous m'escriviez de nouveau d eslre asseuré de la chose; car elle est si estrange que je ne puis pas m'imaginer qu'on l'ayt peu faire, et en cas que cela soit, je vous responds que j'y prendray part de La bonne manière, puisque cela me touche encore plus que vous-mesme.

: \ oyez, sur le marquis de Sillery (Louis Brûlart), ci-dessus, p. 260. noie 1.

Juillet i(55i. Cependant ayez l'esprit en repos et fiez-vous sur ma parole que personne n'aura cognoissance de ce que vous in'escrivez; que je conserve dans ma cassette toutes vos depesches et que je commenceray à me servir, l'ordinaire prochain, du chiffre que vous m'avez envoyé. Je suis pourtant obligé de vous dire que Koussereau n'a pas vostre chiffre; qu'il ne le sçait point, n'ayant jamais chiffré ny deschiffré aucune depesche que je vous aye faicte et que j'aye receu de vous, et cela est la pure vérité.

XGV.

Aff. étr , France, t. 267, f° 473 v°; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. DE LIONNE

Brùhl, '1 juillet i65i.

(extrait.)

Je ne suis nullement surpris de ce que contient vostre depesche à l'esgard du procéder de M. le Prince, et vous aurez veu, par mes précédentes, l'opinion que j'en avois, et que j'ay tousjours craint que M. de Chavigny avec ses adherens porteraient (sic) plus aysement l'esprit de M. le Prince contre rnoy que tous ses proches et madame la princesse palatine ne pourraient faire en ma faveur. Neanlmoins la procédure de ce prince est bien estrange, et je m'estonne qu'il ayt esté si peu clairvoyant, qu'il n'ayt recognu que son véritable bonheur dependoit de son union avec la Reyne et que ceux qui le conseilloient au contraire le faisoient pour leurs interests particuliers et pour la hayne qu'ils avoient contre moy et non pas pour son bien, outre qu'il devroit estre persuadé que les frondeurs prévaudront tousjours dans l'esprit de S. A. R., et qu'estant outrez comme ils sont contre luy, ils empescheront tousjours qu'il ne se restablisse entr'eux une sincère et parfaicte union; et quoyque vous me mandiez, dans le commencement de vostre chiffre, daté du 20, que suivant toutes les apparences vous

croyez cette liaison faicte entre ces deux princes, je m'asseure que Juillet 1 1>5 1 . vous aurez changé d'advis, aprez avoir conféré avec le Coadjuteur.

La colère de M"10 la princesse palatine esl bien juste et la conduite qu'elle a prise, sans y perdre un moment de temps, Iros-obligcanle pour la Reyne et pour moy, et le manquement (|ue M. le Prince luy a faict, par ses circonstances, est insigne; mais je crois que ladicte princesse et ceux qui souffrent [d]un si estrange procéder en seront bientost vengez, et qu'il ne tardera pas à s'en repentir, puisqu'il recognoistra dans peu que luy-mesme a travaillé à l'union de Leurs Mcz avec M. le duc d'Orléans et à l'advantage des frondeurs, qu'il regardoit comme ses j » 1 ii ^ fiers ennemis, et qu'il aura esté l'artisan de tous les malheurs qui Iu\ pourront arriver par sa mauvaise conduite et pours'eslre opiniastré à refuser la place du plus heureux prince qui ayt jamais esté en France. Je crois que Mmc de Longueville aura esté faschée du procéder de son frère, mais je ne crois pas que pour cela Mme la princesse palatine luy doive donner la moindre cognoissance des autres mesures que l'on prend; car enfin, en certaines occasions, ils seront tousjours bien ensemble.

Quand on faict ce que la raison et la prudence conseillent, il faut aprez se mettre l'esprit en repos, quelque événement que les affaires ayent. Aussy je vous puis asseurer que le mien y est entièrement, d'autant plus que les remises1 de M. le Prince l'avoient desjà disposé à l'événement que vous me mandez; et j'ay esté tres-ayse de voir qu'à l'instant on se soit jeté de l'autre costé. Je crains seulement deux choses : La première que M. le Coadjuteur ne traitte avec plus d'artifice et plus advantageusementque n'eust faict M. de Chasteauneuf, et l'autre que, [par] la cognoissance que je vois qu'ont desjà de cette nouvelle négociation le mareschal d'Estrée et M. de Senneterre et M. Le Tellier, leur estant sensible2 de s'en voir exclus, [ils] n'agissent en sorte que le succez n'en soit si heureux qu'on le pourroit espérer sans cela. Et ma

1 Les délais, les tergiversations de M. le scrit et difficile à déchiffrer; mais on peut Prince, lire sensible, qui donne un sens très conve-

2 Ge mot est surchargé dans le manu- oable.

Juillet îG.ji. crainte s'augmente en ce que ces gens-là seront d'autant plus outrez, ne se voyant pas seulement exclus de l'affaire; mais qu'ils1 soient tombez entre les mains de M. Servien et les voslres, pendant que vos chiens ne chassent pas Lien ensemble.

Je ne m'estonne nullement du discours que M. de Senneterre a laid à la Reyne; car Brachet me dict dernièrement que ledict sieur de Senneterre soupçonnoit que la négociation des frondeurs aboutiroit à proposer quelque chose contre M. le Prince, semblable à ce qui luy estoit desjà arrivé2 ; ce que je dis tout aussytost à l'abbé Fouquet, qui estoit icy.

Quelque chose que m'ayt escrit M. Bartet et Seyron de la liaison de M. Le Tellier avec M. de Ghavigny et de son raccommodement avec M. le Prince, j'ay peine à le croire, mais non pas que cela n'arrive bientost, s'il ne croit de devoir estre favorisé puissamment de M. le duc d'Orléans, et M. le Prince et M. de Ghavigny non seulement le recevront, mais le rechercheront, ayant rompu avec M. Servien et avec vous, et sçachant que ledict sieur Le Tellier n'est pas de vos amis.

Je voys que chacun est capable de faire du mal , et que pour faire quelque chose de bon, ce n'est pas assez que des personnes bien intentionnées agissent sans obstacle; c'est pourquoy je m'asseure qu'on n'aura rien oublié pour ramener, par quelque moyen, les esprits des susdictes trois personnes3 pour les empescher au moins de nuire à vostre négociation; car se voyant désespérez4 d'y avoir part, il seroit à craindre qu'ils ne prissent la resolution de tout révéler à M. le Prince, et je vous laisse à penser, en ce cas, les inconveniens qui arriveroient de cela, M. de Senneterre croyant, ainsy qu'il a dict à la Reyne, que l'on doit faire quelque coup hardy. L'affaire est tres-delicate et je m'asseure qu'on n'aura rien oublié avec une adresse et une prudence telles que le service de Leurs Mtez requiert.

Cependant M. de Chasteauneuf a eu grand tort, l'affaire devant estre

1 Le manuscrit porte bien ils; mais ie 3 Ces trois personnes sont le maréchal

sens exigerait elles, ces afl'aires. d'Estrées, le marquis de Senneterre et Le

' On se rappelle que Conclu avait été Tellier. emprisonné en janvier i65o. 5 Hor< d'espoir d'y avoir part.

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secrette, de s'estre ouvert, comme il a laid, au mareschal d'Estrée. Juillet i65i Voilà ce que m'en mande M. Le Tellier. aprez avoir commencée dire que ledict sieur de Ghasteauneuf, sans venir à aucun destail, avoit dict audicl mareschal qu'il y avoit trop de négociateurs et qu'il estoit impossible que les affaires ne périssent. M. de Ghasteauneuf adjousta à M. le mareschal d'Estrée que la franchise qu'il Irouvoit en luy et celle avec laquelle il vouloit tousjours agir eu son endroit l'obligeoient à lu\ descouvrir que, depuis qu'ils ne s'estoienl veus, l'on avoit recommencé une nouvelle négociation avec eux (parlant du Goadjuteur et de M"" de Ghevreuse); qu'il ne luy pouvoit pas dire d'où elle venoit; mais par ce qu'il en pouvoit juger, il luy sembloit que c'estoit de M. Servie!) et de M. de Lionne et alloit à raccommoder S. A. R. avec la Reyne, \ taisant entrer J\J. le Prince, sans parler présentement du retour de Voslre Eminence1, mais bien du restablissement de luy, M. de Ghasteauneuf, dans les sceaux, et de faire que le Goadjuteur fust cardinal à la nomination du roi de Pologne2. Apres quoy on travaillerait tout de bon pour V. Em.; que Ton consentirait ce pendant3 qu'il se puisse retirer à Sedan. Il pria M. le mareschal d'Estrée de ne rien l'aire cognoistre de tout cela à M. de Senneterre; mais depuis, jugeant sans doute qu'il ne luy garderait point le secret, il lui laissa la liberté d'en donner part à M. de Senneterre; mais il m'en exclut nommément.

Je ne sçay pas si ce que dessus est véritable, vous ne m'en escrivant aucune chose, mais je vous en informe, afin que vous voyiez en quel estât sont les choses dans l'esprit des (dictes personnes) , et [qu'jon en puisse profiter quand il y aura occasion de le faire, prenant bien garde que, ny M. le Coadjuteur, ny M. de Ghasteauneuf, ny aucuns autres, hormis la Reyne et M. Servien, en ayent aucune cognoissance.

' Ces mots V. Em., désignant Mazarin designer un cardinal, une fois pendant son

el placés dans une lettre de ce Cardinal , sem- règne. Jean-Casimir Wasa , roi de Pologne ,

Lient étranges; il faut admettre que, sans n'avait pas encore usé de ce droit, en prévenir. Mazarin cite un passage de la 3 Dans l'intervalle, on accorderait cpie

lettre qui lui a été adressée par Le Tellier. Mazarin se retirât à Sedan jusqu'à ce qu'on

1 Chaque roi catholique avait droit de eût obtenu son retour à la Cour.

Juillet i65i. Le reste du chiffre de M. Le Tellier consiste en l'affaire de Brisacli, pour laquelle il me parle en les mesmes termes1, tesmoignant seulement que tout ce que faict Gharlevoys est à l'instigation de Mme la mareschale de Guebriant, qui voudroit faire tomber ce gouvernement entre les mains de son frère, ou de M. de Vardes.

Je n'ay jamais douté que les frondeurs ne traitassent plus volontiers avec vous qu'avec qui que ce soit, sçachant fort bien que la Reyne ny le Cardinal ne vous desdiroient de ce que vous adjusterez. Et vous voyez (jue je jugeois bien mieux sur cela que vous n'avez faict, puisque vous croyiez devoir estre sacrifié, si on concluoit quelque chose avec lesdicts frondeurs. Vous cognoissez M. le Coadjuteur et ses associez aussy bien que personne; c'est pourquoy je pourray me dispenser de vous rien marquer là-dessus. Neantmoins, pour ma satisfaction, je vous diray qu'il faut traitter avec eux comme avec des personnes qui, s'ils recognoissent pouvoir trouver mieux leur compte, manquant à ce qu'ils ont promis, ne seront nullement embarrassez à le faire, et aprez ce que nous avons veu, on se mocqueroit de nous avec beaucoup de raison, si on se laissoit rattrapper la seconde fois; ce qui arriveroit peut-estre avec plus grand préjudice pour la Reyne que la première, parce qu'ils auroient mieux pris leurs mesures.

Souvenez-vous, en outre, de ce que je vous ay escrit, et que j'ay bien expliqué en destail à l'abbé Fouquet, que tout ce que le Coadjuteur et les autres promettront, et qui devra estre faict, aprez qu'ils seront venus à bout des choses qu'ils prétendent, ne s'exécutera pas, et qu'ils trouveront mille raisons pour monstrer que c'est le service de Leurs Majestez qui l'empesche, et faisant agir M. le duc d'Orléans comme bon leur semblera, ils viseront à empiéter plus que jamais sur l'authorité de Leurs Wei et mettre les choses au point d'estre les toutpuissans, esloignant et perdant tous ceux qui leur pourroient faire obstacle; et vous devez considérer que, s'ils ont entrepris, pendant que j'avois l'honneur d'estre auprez de la Reyne et sont venus à bout par

1 Voy. ci-dessus, p. 2/17-2/18, les détails que donne Mazarin sur Brisach, dans une réponse à Le Tellier.

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