XCV1II
Aff. étr. , France, t. 268, f° 1 7 ; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps 2.
A M. DE LIONNE
(extrait.)
[Biùhl], 10 juillet i65i.
M. de Mercœur arrivai cy, il y a deux jours3, avec Seyron. Tout s'est bien passé, et ils s'en iront demain matin pour se rendre en toute diligence à Paris, faisant estât qu'ils auront faict le voyage en treize jour9. Vous ne m'escrivez pas d'avoir rien adjusté avecluy à l'esgard du dot, et je n'ay pas creu devoir entrer en cette matière. J'eusse esté bien ayse qu'il eust retardé son voyage de quelques jours, ainsy que je vous avois escrit, craignant qu'on ne fasse du bruit4, et il n'importait pas beaucoup, ainsy que je vous avois mandé, que l'affaire se fist quinze jours plus tost ou plus tard.
1 Ce fut , en effet , le bruit que Ton repandit et qui a été reproduit dans l'article du Dictionnaire de Moréri, que nous avons indiqué.
2 La note suivante, qui est de la main de Mazarin, a été placée en tête de la lettre : ff Cette despeclie (sic) a esté envoyé (sic) au lieu de l'autre du 8 à cause des nouvelles receues par l'ordinaire.» On trouve dans ces manuscrits (t. 266 et 268, France, des Affaires étrangères) plusieurs notes autographes qui prouvent que Mazarin avait revu les copies de ces dépêches.
' D'après celte lettre, le duc de Mercœur
n'arriva à Biiïhl que le 8 juillet. Dans la lettre précédente, Mazarin dit qu'il s'est marié dès le 5 juillet, à BriihI. Il est évident (ju'il y a erreur dans une des dates; mais le mariage a eu lieu certainement en juillet.
' Cette affaire fil, en effet, un grand bruit à Paris. Le duc de Mercœur fut cité , comme duc et pair, à comparaître devant le Parlement pour rendre compte de sa conduite. Il ne nia pas son mariage avec Laura Mancini; mais il en reporta la date au mois de février 1 65 1 , époque antérieure aux arrêts du Parlement qui proscrivaient Mazarin et sa famille.
Les considérations que vous avez faictes à M. le Coadjuteur sur la Juillet 16 proposition de s'asseurer de la personne de M. le Prince sont tresforles1, et vous avez peu apprendre de M. l'abbé Fouquetqueje luy parlay en la uiesme conformité, et je m'arrestay encore davantage à luy faire cognoistre les inconveniens que l'on devoit craindre avec beaucoup de fondement dans raccommodement avec les frondeurs, lesquels, n'y ayant pas apparence qu'ils puissent changer de leurs maximes, d'autant plus ils seroient accréditez et puissants, il y auroit plus à craindre pour Leurs Majestez et leurs fidèles serviteurs2; et, en mon particulier, je vous suis obligé de la considération que vous avez faicte que M. le Prince, s'cstant déclaré contre moy, il paroistroit que la résolution de l'arrester fust venue deBruhl3. Sur quoy pourtant vous sçavez la response que je fis à l'abbé Fouquet, et ce que je vous en escrivis aprez.
C'est le plus grand malheur du monde que M. le Prince ayt plus de lïeré aux mauvais conseils de ceux qui, n'aymant, ny l'Estat, ny Leurs Majestez, ny sa personne, ont employé tous leurs artifices pour l'empescher d'entrer clans une pure et estroite liaison avec la Reyne. Vous sçavez tout ce que je vous ay escrit là-dessus, et quoyque je n'aye nul sujet de me louer de M. le Prince et qu'il n'oublie rien pour embrasser
1 A l'époque où Mazarin écrivait cctle collection des Grands écrivains de la France).
lettre, Condé, prévenu des projets formés II y a souvent opposition entre leurs témoi-
contre sa sûreté, et même contre sa vie, gnages : Ainsi, Mazarin montre, dans ses
avait quitté Paris dans la nuit du 5 au lettres à Lionne, beaucoup de défiance
6 juillet, et s'était retiré, comme nous du projet des frondeurs. Au contraire,
l'avons dit, dans son château de Saint- si l'on en croit Retz, Mazarin excitait la
Maur près de Paris. Reine contre Condé: «Lionne m'apprit,
' Cette phrase est très peu régulière; écrit Retz (ibid., p. 34o), qu'Ondedei étoit
mais la pensée de Mazarin est parfaitement arrivé avec un mémoire sanglant contre
claire; il craint que l'accroissement de la M. le Prince, et qui devoit convaincre la
puissance des frondeurs ne rende sa position Reine qu'elle n'avoit pas lieu d'appréhender
et celle de ses partisans plus critique. la trop grande douceur de M. le Cardinal. »
3 II faut comparer cette lettre de Mazarin II s'agissait à ce moment d'arrêter Condé, ou
aux passages des Mémoires de Retz, où ce dans le Luxembourg, ou en pleine rue, et
dernier raconte ses entrevues avec de s'il résistait, de le tuer; Hocquincourt devait
Lionne (Mém. de Relz . t. III, p. 339 ('e 'a ^tre chargé de l'exécution.
Juillet j65i. tout ce qu'il me croit pouvoir estre nuisible, neantrnoinsjc vous proteste que j'ay creu si nécessaire au bien de l'Eslat son union avec la Reyne que j'eusse donné de mon sang pour la voir bien establie; et afin que M. Servien et vous soyez de plus en plus confirmez1 que je n'ay autre passion au monde que de voir prospérer la France par le reslablissemenl de l'authorité royale, le Roy heureux et la Reyne en repos, satisfaicte el révérée comme Elle mérite, je consens du meilleur de mon cœur à mon sacrifice, si cela y peut servir; et je vous seray obligé au dernier point si la chose réussit, recognoissant fort bien que je seray tres-glorieux si par quelque moyen poursuivy par moy-mesme, quoyque préjudiciable à ma fortune particulière, je peux contribuer à la grandeur de l'Estat et au service de Leurs Mlez; et plust à Dieu qu'il pust réussir de voir M. le duc d'Orléans et M. le Prince en une bonne amitié et tous deux unis avec la Reyne, avec des sentimens de faire leur devoir et de travailler à relever l'authorité, puisque de cela despend la conclusion de la paix générale et la félicité du royaume; mais comme ce poinct-icy est tres-delicat, il faudroit avoir des seuretez plus que morales là-dessus.
Sur ce que vous me mandez que vous aviez déclaré à M. le Coadjuteur, de la part de la Reyne, que nonobstant les considérations que vous me marquez, Sa Mli donnerait les mains à faire arrester M. le Prince, pourveu que ce fust dans le palais d'Orléans2, je vous diray librement que je ne voy pas quel advantage S. M'Mireroit de cela, si le Coadjuteur vous prenoit au mot3; car ce ne seroit pas une seureté pour leur
1 Confirmés a ici le sens d'assurés, convaincus.
2 Dans le Luxembourg.
1 H y a encore opposition formelle entre la lettre de Mazarin et les sentiments que lui prête Retz dans ses Mémoires. crBartel, dit Retz (édit. citée, t. III, p. 346-347), apporta une grande dépêche du Cardinal, qui blâmoit, même avec beaucoup d'aigreur, ceux qui avoient empêché que la
Reine ne donnât les mains a la proposition que je lui a\ ois faite de faire arrêter M. le Prince chez Monsieur.» On voit, par la dépêche de Mazarin, qu'il dit précisément le contraire de l'opinion que lui attribue Retz. Le lecteur appréciera la valeur des deux témoignages. A mon avis , on ne peut hésiter entre la lettre de Mazarin à Lionne et les mémoires de Retz; la lettre exprime la véritable pensée du Cardinal.
conduite à l'advenir, el il pourroit arriver qu'ils se rendraient maistr es Juillet i65i. de M. le Prince; ce qui seroit tres-prejudiciable à Leurs M'" et un plus grand malheur pour lediet prince œesme, outre qu'on diroit partout que ce c'aurait pas esté le bien de l'Estat qui auroit obligé la Reyne à le faire arrester, mais que, |)our se raccommoder avec M. le duc d'Orléans, Elle l'auroit sacrifié à la vengeance des frondeurs, outrez contre ledict. prince à cause de toutes les choses qui se sont passées. Enfin, je respectera) tousjours la resolution que Leurs M'e/ prendront, mais, dans la conjoncture présente des affaires, voyant qu'on ne peut prendre aucune seureté sur les promesses des frondeurs, et que c'estoit un eschange trop desadvantageux [que] celuy de donner des effects pour avoir des paroles, je croy que c'est un moindre inconvénient, ainsy que je vous ay mandé, de vivre le mieux que l'on pourra avec M. le Prince que non pas se mettre en estât de recevoir la loy des autres, puisque de cela les Espagnols ne tireraient pas un moindre advantage que d'une levée de bouclier de mondict sieur le Prince. Je vous en ay escrit dans les mesmes termes, et je vous responds que mon interest particulier n'aura jamais la force de me faire parler autrement que je ne dois.
AIT. élr. . France, l. 268, P i48 verso; t 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
A M. R1UCHET.
[Brûhl], 10 juillet 1 65 1 .
(extrait.)
Je vous diray premièrement que je suis tres-obligé aux soings des personnes qui s'employent avec tant d'affection pour l'advancement de mes affaires, lesquelles pourtant, par des rencontres estranges, empirent tous les jours de plus en plus. Y ayant deux partys contraires dans la Cour, chacun desquels peut trouver son compte dans l'union avec la Reyne, [il est estonnant qu'] il n'ayt pas encore reussy à SaMté de gaigner ny l'un ny l'autre, pendant que M. de Chasteauneuf, M. le
liiUlei )fi.")i Coadjufeur et Mme de Chevreuse ont ]>oursuivy d'entrer dans les bonnes grâces de la Rcyne eL restablir intelligence avec moy et d'embrasser mes interests, de façon qu'il faut nécessairement conclure que c'est mon seul malheur qui empesche que tant de belles apparences ne produisent aucun cffect.
Vous sçavez avec quelle satisfaction j'ay reçu l'offre de M. de Ghasteauneuf l, et en ayant escrit en termes tres-precis2, je ne sçay pas à qui il a tenu que la proposition que vous me listes n'ayt eu son effect, puisque la Reyne l'avoit approuvée, avec resolution que, si les diligences que l'on feroitauprez de M. le Prince pour le faire agir de concert, ne pouvoient rien gaigner sur son esprit, S. M'e passeroit outre à l'exécution de ce qui avoit esté proposé par mondict sieur de Chasteauneuf , à qui Sa Mté vouloit départir des marques de son estime avec une entière satisfaction de sa personne; mais vous vous souviendrez bien que vous ne m'avez jamais dict un seul mot qu'on pretendist d'exécuter rien contre M. le Prince.
Je voy bien par ce que vous me mandez que les nouvelles négociations, qui ont esté mises sur le tapis [et] conduictes par d'autres personnes, ont arresté tout court l'advancement de celle qui estoit entre les mains de M. le mareschal d'Estrée et de M. de Senneterre; mais il est certain que, si ces deux Messieurs eussent peu dire positivement à la Reyne que ce que vous m'avez proposé, de la part de M. de Chasteauneuf, seroit exécuté, Sa Mlé l'auroit accepté, accordant de trèsgrands advantages à mondict sieur de Chasteauneuf et à ses amys, et à présent je croys encore la mesme chose, et je ne sçay pas, cela estant, à qui il tient que l'affaire ne s'effectue. Il ne faut pas dire qu'il y en a d'autres qui l'empeschent; car je vous réplique de nouveau que, si le mareschal d'Estrée et M. de Senneterre et M. Le Tellier peuvent as-
1 Voy. ci-dessus, p. 197 et suiv. vait formellement à de Lionne, dans sa dé-
2 On a vu, au contraire, ci-dessus, p. 212 pêche du 2 h mai 1 05 1 . Donnait-il à d'auet suiv., que Mazarin n'avait voulu rien ré- très des réponses plus précises, qu'il avait pondre rrde précis» aux proposions de soin de dissimuler à de Lionne? Je n'en ai Châteauneuf apportées par Brachet. Il l'écri- pas trouvé trace.
seurer la Reyne de l'exécution de ce que vous m'avez proposé, l'affaire Juillet i65i est faicte. Il n'\ Eaudroit pas perdre un moment de temps; caries momtMis sont précieux, ci si, dans tout le présent mois l, les choses ne sont dans lestât qu'elles doivent estre, le service de Leurs M*" en souffrira beaucoup, la Majorité et le temps préfixé pourla tenue des Estais approchant, et les cabales augmentant de plus en plus dans la Cour et dans le royaume
II faut que ces Messieurs sçachent que diverses personnes m'ont i pour m'asseurer, comme vous avez faict, de la passion que M. de Ghasteauneuf avoit de lier une estroicte el sincère amitié avec moy, et je leur ay faict à tous la mesme response tant de la disposition que j'avois toute entière à ce qu'il pouvoit souhaiter de moy sur ce sujet que comme2 pour l'accommodement dont il est question.
II n'y a rien si obligeant que ce que vous m'escrivez de l'intention de cesdicts Messieurs tesmoignant, dans leur conduite, que leur principal but est au restablisseraent de mes affaires, et que pour cela nulle considération ny csmulation ne les en destournera point. Je vous prie de les remercier, de ma part, et de leur dire que, quelque chose qui arrive, je leur sera y toute ma vie obligé. M. de Senneterre ne pouvoit mieux parler à la Reyne qu'il a faict, et je voy bien que luy et M. le mareschal d'Estrée conservent tousjours la tendresse qu'ils me tesmoignerent à mon départ.
Ondedey 3 n'est pas un homme qui puisse faire grand4 diligence, et
1 Le sens est: avant la fin du présent mois. te tourner en ridicule, comme on en peut
5 Le mol comme, qui semble inutile, est juger par le passage suivant [Mémoires,
bien dans le manuscrit. (. III , p. .346 , de ledit, des Grands écrivains
: Zongo Ondedei. Voy. t. I, p. 9G8, des de la France): a II (Ondedei) vint habillé en
Lettres de Mazarin. Ce passage de la dépêche vrai capitan de comédie et chargé de plumes
de Mazarin prouve que, le 10 juillet, On- comme un mulet. Ses discours me parurent
dedei était encore à Brùhl près de Mazarin. encore plus fous que sa mine. H ne parloit
Cependant Retz, qui brouille toute la chrn- que de la facilité qu'il y avoit à terrasser
nologie. montre Ondedei à Paris, avant que M. le Prince et à rétablir M. le Cardinal.»
Condé en sortit pour se retirer à son châ- La scène est de pure invention, puisque
tenu de Saint-Maur-des-Fossés: ce qui avait Retz suppose à Paris un personnage qui
eu lieu comme nous l'avons dit, le 6 juillet. était alors à Briihl.
Relz a \oulu mettre en scène Ondedei pour * L'adjectif grand est bien au masculin.
■iZAKW. — IV. til
Juillet 1661. outre que son voyage feroit un grand bruict à Paris, je ne voy pas qu'il y en ayt grande nécessité, puisque j'oserois respondre que la Reyne se déclarera à M. de Scnneterre, s'il luy parle [du]1 dernier discours que vous a tenu M. de Chasteauneuf, et peut-estre, lorsque vous aurez receu cette lettre, les affaires se seront advancez par des moyens qui ne vous auront pas esté incognus. INeantmoins, si l'on peut envoyer quelque passe-port pour ledict Ondedey, afin qu'il puisse aller en seureté au lieu que l'on luy prescrira, et qu'on persiste à le croire nécessaire, je le feray partir, sans m'arrester à aucune considération-.
Je croy que Mme de Rhodes3 est fort des amyes de M. de Chasteauneuf. C'est pourquoy elle ne sçauroit négocier rien de contraire à ce que M. le mareschal d'Estrée et M. de Senneterre sçavent, et pour le bonnet de cardinal4, je vous responds que tant s'en faut que j'aye rien5 proposé là-dessus, que je n'en ay pas ouy parler un seul mot.
Il faut bien prendre garde que M. le Prince n'acquière créance auprès de S. A. R. au préjudice de M. de Chasteauneuf et de ses autres amys; car c'est la seule visée qu'ont ceux qui sont attachez audict sieur Prince, particulièrement M. de Chavigny, qui n'a rien oublié pour donner de mauvaises impressions à Sadicte A. R. contre mondict sieur de Chasteauneuf, de quoyjene doute point qu'on ne soit très-bien informé au lieu où vous estes.
Je m'estonne de ce que vous me mandez de Seyron6; car c'est un garçon tres-zelé pour mes interests; mais je ne veux pas souslenir quil ne s'eschappe quelquefois. Je vous puis asseurer que ce n'est pas par mon ordre qu'il advance les choses que vous me mandez.
' La copie porte /c dernier; mais il y a eu ' Il s'agit évidemment de la prétention
probablement erreur dans le déchiffrement. de Retz à la dignité de cardinal, qui fut
2 On verra, en effet, plus loin qu'Ondedei une des conditions stipulées par la vieilli'
se rendit à Paris, en juillet iG5i, et y de- Fronde pour son accord avec la Reine contre
vint le principal correspondant du Cardinal Gondé.
pendant la seconde moitié de juillet et le 5 La copie porte : que j'en aye rien promois d'août 1 65 1. posé là-dessus.
' Voy. sur AI"" de Rhodes, ci-dessus, 6 Voy. sur Seyron, ci-dessus, p. 167,
p. 83, note 2. note 1.
Dl GARDliNiAL M \XAKI.Y 323
Je unis prie de dire à M. le mareschal d'Hstrée qiu* je luy auray une juillet ifi5i particulière obligation, s'il prend la peine d'assister M. de Mercosur (!<• ses bons conseils et d'embrasser tout ce qui sera de mes interests dans les occasions qui se peuvent présenter.
L'on faicl sonner bien liant qu'il \ a une eslroicte liaison entre M. de Senneterre et M. de Chavigny. Je n'en croy rien; car je le voys1 (Senneterre) bien attaché à ce qui nie regarde, l'nn agissant avec autant de chaleur en nia faveur, que l'autre le faict à mon préjudice; mais je vous prie de me mander quel peut estre le fondement de ce hruict.
Bililiolli. nat., mscr. fr. n° 6887, P 16; original signé. — Ibidem, n° ^209, P 270. —
Copie du temps.
A M. LE TELLIEB\
[Brùhl], 11 juill.'t 1 65 1 .
\hs affaires ne sont pas Lien : la quantité des négociateurs me perd, et je prie Dieu qu'il ne s'en trouve quelqu'un qui, faisant semblant de solliciter mon retour, ne tasche adroitement de m'esloigner. Les plus sages ne se peuvent garantir de ces coups-là. Je suis préparé à tout; mais je crois que ce sera une foible consolation d'eslre mort par les règles.
M. de Lionne m'escrit qu'ayant veu le Goadjuteur et M. de Ghasteauneuf, [il] n'avoit pas eu grande satisfaction sur mon subject, et cependant il3 me faict faire les plus belles propositions du monde. La personne, qui vous rendra ce billet, vous dira l'estime et la confiance que j'ay en vous et ce qui s'est passé icy. Je vous prie de l'aymer encore davantage à présent qu'il est encore plus dans mes interests4.
1 Le manuscrit porte bien voys, et non 3 //représente certainement Châteauneuf,
croys , qui semblerait préTe'rable. quoique grammaticalement ce pronom dût
5 Avec cette note : à deschijfrer par M. Le se rapporter à de Lionne. Tellier. ' Il est probable qu'il s'agit du duc de
Si.
Juillet i56i. Songez à faciliter l'affaire de Brisach, de sorte qu'elle se puisse effectuer promptement, afin que cette retraite nie puisse estre asseurée à la Majorité. Si M. de Tilladet en cstoit le inaistre, je sçais que je m'y pourrois retirer, comme si la place estoit à moy.
Aymez-moy lousjours et soyez asseuré de la correspondance l, et qnie vous m'avez peut-estre autant d'obligation dej>uis trois mois qu'en tout le temps passé. Je m'expliqueray un jour2. D'Alexandre3, que vous cognoissez, en qui j'ay confiance comme à moy-mesme, tient vostre chiffre, et personne que luy n'aura cognoissance de nostre commerce. Donnez ordre qu'on ne pénètre rien au lieu où vous estes, et tout sera tres-secret.
Ihblioth. nationale, ms. fonds fr. , /1209, f •2-lk. — Copie du temps.
A M. LE TELLIER4
Brùhl, 1 1 juillet i65i.
Je suis au desespoir de n'avoir pas le temps de vous entretenir, comme j'avois résolu de faire. Vous verrez pourtant une partie des choses en ce que j'escris à Brachet. H ne faut pas perdre un moment de temps et presser la Reyne à prendre une resolution5. M. de Senneterre pourra aussy parler, et M. le mareschal d'Estrée; mais, pour moins d'esclat, il seroit bien mieux que M. Le Tellier le fist de leur pari et de la sienne.
Mercœur, d'après les lettres de Mazarin e'di- je ne trouve pas la traduction , dans la clé
lées par M. Ravenel. Voy. p. i3a , note 1 , du publiée par M. Ravenel. volume publié par M. Ravenel. 4 Dans ce billet, qui était chiffré, Maza-
' De la réciprocité de mes sentiments. rin parle souvent de lui-même et de celui
2 Mazarin témoigne, dans ce billet, une auquel il s'adresse, à la troisième personne, entière confiance à Le Tellier, qu'il avait ac- C'était, comme on l'a déjà dit, l'usage dans cusé de trahison en mars 1 65 1 . Voyez ci- les lettres chiffrées.
dessus, p. 78-82. '' 11 s'agissait de l'alliance de la Reine avec
3 C'est peut-être un pseudonyme, dont le parti de la Fronde.
Je suis fort estonné de ce «juc vous m'escrivez et de ce que j'ap- juillet i65i prends d'ailleurs ; mais Dieu confondra les meschans1.
Je vous diray en la dernière confidence qu'il seroit hou que M. Le Tellier se mist bien avec la Palatine et Bartet. Je vous responds qu'ils sont entièrement pour la Reyne el pour S. Em. N'ayez aucun scrupule des autres apparences que vous voyez, et croyez que je ne me trompe | pas], et songez que je tiens infaillible que, par ce moyen, tout s'adjustera au point qu'on peut souhaiter. Les autres personnes, et MM. de Senneterre et mareschal d 'Hstrée, agissent de compagnie, et tous sont en intelligence avec M. de Ghasteauneuf, avec lequel S. Em. est résolue d'entrer en la dernière liaison. Il ne manquera jamais à ce que2 on s'engagera; mais il Tant avoir des seuretez du costé des autres3.
Bibliolli. nationale, ms. fr. 23202, P 11. — Lettre originale, en partie chiffrée.
A L'ABBÉ FOLQUET
Brûhl, 1 1 juillet i65i.
\ 'nant de recevoir celle-cy, vous verrez une personne qui vous entretiendra de beaucoup des choses et vous dira que M. le Cardinal ne croit avoir meilleur amy que l'abbé Fouquet et qu'il luy est extrêmement obligé des assistances que, avec sa générosité accoustumée, il donne à [M. de Mercœurj4; qu'il en est tres-recognoissant. Pour response à vostre lettre du 2 du courant, je vous diray que je n'entends plus rien aux affaires qui sont sur le tapis. M. de Lionne me mande son desplaisir
1 Mazarin fait probablement allusion à la 3 II s'agit toujours des frondeurs, et trahison imputée à Lionne et à Servien, que surtout du Goadjuteur. l'on accusa de s'être alliés avec Condé contre 4 Le chiffre n'est pas traduit; il est proie Cardinal. bable qu'il s'agit du duc de Mercœur. Pour ce à quoi.
illei i.65i. de voir le peu de facilité que M. le Coadjuteur et le garde des sceaux apportoient à ce qui regardait les intereste de M. le Cardinal, et je vois bien qu'il ne doit rien espérer. Je ne doute point que vous n'ayez dicl à M. de Lionne ce que vous m'escrivez de M. le Coadjuteur. Je vous jure devant Dieu que je seray ravy d'estre sacrifié, et qu'on ne parlast point de moy, pourveu que le Roy et la Reyne en tirassent des avantages, et que 59 et 33 x fussent bien dans leur devoir et liez avec leurs Majestez. Je vous promets que je suis las et que je ne ressens autre chose en mon malheur que n'avoir pas moyen de faire pour mes amis 2.
Je vous remercie de tout mon cœur du soing continuel que vous prenez de tous mes interests jusques aux plus petits, et je vous prie de m'aimer tousjours et de croire que je ne souhaite rien tant que de vous servir.