CV1L
\ll. étr. . France, t. 268, f* 1 5a ; t. 99 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
\ M. DE FÀBERT.
[Brùhl], if) juillet i65i.
(extrait.)
M. de Ghavigny fut bien hardy à vous nier ce qu'il a public par tonl
' On a vu ci-dessus, p. 61, note 1, que deux sujets du verbe, et il le mel au singu-
le surintendant des finances était le prési- lier, comme s'il ne s'agissait que de Lionne.
dent de Maisons. 6 Le frère du président de Maisons était,
\"\. ci-dessus, p. 2/10. comme on l'a dit. Pierre de Longueil. Voy.
3 Le nom d'Abel Servien est écrit sou- ci-dessus, p. 206, 206, etc.
vent avec un t à la fin. ' Il faut comparer le recueil des Lettres
\ M de Béarnais, première femme de Mazarin publié par M. Ravencl, p. 121
de chambre de la Reine. et suiv. Tous les griefs du cardinal contre
Mazarin parait avoir oublié qu'il y a Lionne y sont indiqués.
luilioi i65i. Paris, ensorte que, sans mentir, j'ay eu vingt lettres conformes sur la matière, et il n'y a pas d'apparence que les personnes, qui m'ont mandé positivement que ledict sieur de Chavigny prosnoit partout les offres que je luy avois faicL faire par vostre moyen, l'ayent desnié l, et [il] s'en est servy fort utilement; car pour s'insinuer [et2] se faire considérer de ceux qui ne m'ayinent pas, et particulièrement de S. A. R. et de M. le Prince, [il leur a]3 faict cognoistre qu'il vouloit estre si constamment mon ennemy, qu'il refusoit des offres si advantageuses comme celles que je luy avois faict faire, et, à l'esgard de mes amys, il a tasché, et avec quelque succez, de leur imprimer que je ne me fîois gueres en eux ny que je n'en faisois pas beaucoup d'estat, puisque je luy offrois le sacrifice de M. de Brienne et la confidence auprez de la Reyne.
Cela m'a faict beaucoup de mal, et, sans vouloir exagérer la chose, je vous asseure qu'il a faict par cela que beaucoup de personnes se sont révoltez contre moy, et d'autres [sont] extrêmement attiédis dans mes interests. Je vous prie donc de croire que ce que je vous en av mandé soit l'Evangile; et je vous puis adjouster qu'il s'est si peu espargné, depuis le temps que je vous escrivis la dernière lettre sur ce sujet, qu'il n'y a pierre qu'il n'ayt remuée contre moy et dans le Parlement et auprez des Princes, dans la crainte qu'il a eue qu'il y eust négociation sur le tapis, par le moyen de laquelle on adjustast mon retour en France. Il a sollicité publiquement les malintentionuez du Parlement pour les faire fronder contre moy, et je ne sçay pas par quel artifice il a faict que le mareschal de Gramont s'est révolté contre moy, qui 4 ne faict que parler partout à mon desadvantage, et vous sçavez de quelle façon je l'ay servy, et du temps du feu Roy et dans la Régence, pour qu'il en deust user autrement, d'autant plus que, jusqu'au retour
' Tel esl bien le texte. Mazarin veut dire veuant probablement d'un déchiffrement,
qu'il n'est pas vraisemblable que les per- est très fautif.
sonnes, qui lui ont fait part des bruits ré- 3 La copie porte: l'aura faict; mais le
pandus par Chavigny, aient pu donner un sens exige: leur a faict. démenti à son assertion. ' 11 y a bien qui, et non qu'il dans le ma-
2 La copie porte de; mais ce texte, pro- nuscrit.
Dl CARDINAL MAZARIN. 337
de M. île Ghavigny, il a laid une profession as>e/ publique d'estre de Juillet i65i mes aiuys et des [tins obligez.
Il [Ghavigny ) a offert au mareschal d'Estrée de luy monstrer des
lettres que je lu\ avois escrites, par lesquelles il pourroit recognoislre « que je n'avois aucune estime nv affection pour luy. Il a i'aict tous ses efforts auprez de M. Servien pour luy persuader que c'estoit moy qui l'avoit [sir) fait chasser du temps de l'eu M. le Cardinal1, et il a I'aict jouer tous le> ressorts imaginables pour obliger mondict sieur de Servien et M. de Lionne, avec lesquels il est fort bien présentement2, de se destacber de mes interests. Il m'a I'aict traicter comme un Turc par le Surintendant, lequel il3 ne m'a pas seulement donné la moindre assistance, mais il m'a osté presque toutes les assignations", desquelles il a peu avoir cognoissance, qui m'avoient esté données par ses prédécesseurs; et vous sçavez bien qui l'a mis dans la place où il est, qui luy a faict donner les charges de Saint-Germain et de Versailles5, une abbaye de trente mille livres de rente, et la survivance pour son fils0 de la charge de président au mortier.
Enfin, je ne finirais jamais si je voulois dire en détail toutes les pièces que M. de Ghavigny me jolie et surtout auprez de la Reyne, par certains émissaires qu'il a, pour insinuer à Sa M1" que j'ay tout perdu, que je ne suis pas capable de servir; que Sa M1' ruinera l'Estat, si Elle s'opiniastre à me protéger et vouloir mon retour; mais je vous diray, en un mot, qu'outre les heures du jour, il en oste quelqu'une de son repos la nuict pour les7 employer à travailler pour ma perte, et dernièrement, sur ce qu'il recognut que ses diligences an Parlement ne produisoient
1 En 1 636 , Servien avait été disgracie par le cardinal de Richelieu.
1 Cette liaison de Lionne avec Chavigny fut une des principales causes de la défiance de Mazarin contre son ancien confident. On a déjà dit que Lionne avait averti Ghavigny directement, ou par un intermédiaire, du projet d"arrestation de Condé.
' La copie porte bien il après lequel.
' Tous les mandats de payement qui m'avaient été assignés.
5 Le président de Maisons, surintendant des finances, avait, en outre, les capitaineries de Saint-Germain et de Versailles.
6 Voy. ci-dessus, p. 2 3q, note 1.
' La copie porte bien les, quoiqu'il y ait antérieurement quelqu'une et non quelquesunes.
IMPRIME T.IE NATIONALE
338 [iETTRES
Jiriflei i65i. |)iis les effects qui) avoit espérez et qu'il sçayt à présent [que Testât des] affaires du royaume faisoit advoiïer à mes ennemis que mon esioignement n'avoit pas esté utile, il dict en bonne compagnie que, si je retournois en France, il s'en iroit chez luy, et que, si je revenois à la Cour, il sortiroit du royaume.
Il faut que M. de Chavigny soit persuadé que le service de Leurs Mtcz requiert ma perte sans aucune ressource, et comme cela, y travaillant comme il Faict, croit asseurement de tenir la parole qu'il vous a donnée d'estre absolument dans leur service, et comme son esprit et ses grandes lumières luy l'ont voir les choses mieux qu'aux plus sensez et clairvoyans, et qu'il a la conscience nette, il sçayt qu'il n'y a rien de si juste et si propre au maintien de l'authorité royale que de sacrifier un cardinal, premier ministre, qui a servy vingt deux ans1 la France avec fidélité, sans interest et utilement, contre lequel des factieux ont entrepris, par des voyes de faict, sans aucune forme de justice, malgré Leurs Mlez, qui2 les ont tenues longtemps prisonnières3, pour les contraindre à leur donner tout ce qu'ils ont voulu là-dessus.
Aprez tout, je vous puis jurer que je ne me deffends pas seulement contre ses'1 persécutions, et que j'attends, avec grand repos d'esprit, ce qu'il plaira à Leurs Majestez m'ordonner, et, nonobstant le bruict de mon retour, je vous diray, comme à un de mes meilleurs amys et en qui j'ay une entière confiance, que, depuis mon départ de la Cour, je n'y ay jamais veu si peu d'apparence qu'à présent5.
1 On a déjà vu que Mazarin comprenait février, mars et avril , comme on la dil cidans les services qu'il avait rendus à la dessus.
France ceux qui dataient du règne de ' Le manuscrit porto bien ses et non ces
Louis XIII. persécutions. Mazarin accuse surtout Cha-
2 Qui se rapporte au mol factieux dont il vigny des persécutions qu'il a soufferles. est séparé par deux lignes. 5 La lettre suivante prouve, au contraire.
s Le mot prisonnières se rapporte à Leurs qu'à cette époque Mazarin sollicitait un ordre Majestés. Le Roi et la Reine n'avaient pu du Roi pour se faire rappeler à la Cour, dès sortir du Palais-Royal pendant les mois de qu'elle aurait quitté Paris.
[>l ( \lil)l\ \L M VZARIN. 339
cvm.
Uanuscr. de la Bibiioth. Mazarine, d" 1719, t. \. I iao lai. — Copie du temps.
A M. ONOKDKl.
I EXTRAIT
lirulil. 1 1) jnillel 1 (55 1 .
Bisogna bout' avvertire che il prencipedi Condé, liberamente pubïicando qualche cosa plausibilialli popoli et nobilità, non applichi à volere tenereli Stali l, non ostante gl' ordiai ciel Rè per differirlr, poiche sarebbe un' inconveniente quasi de! tutlo irreparabile , se li riuscisse d interessare la maggior parte ciel regno nelli suoi disegni.
Quando, per qualche ragione che io non sô, non fosse giudicato à proposito che le Loro MMli andassero à Gompiegne, ô à Rheimspér la cerimonia del sacro, bisogna almeno che, sotto pretesto di far net la n il Palazzo Reale et di prendére aria, la Regîna et il Rè vadino à Fontainebleau, 0 à S. Germano , ô almeno àRuel; che Sua Maesta convenga col duca d'Orléans et M. di Chasteauneuf, e congl'altri ancora, se sarà necessario, che mi si spedisca corriere, acciù io me vi renda in secreto. corne ho accennato di sopra, e che ne riceva l'ordine del Rè, che potrà essere spedito da M. Le Tellier; e sarà ancor' bene d'havere una Jettera di mano del duca d'Orléans, per la quale m'inviti, ô mostri di attendermi per assicurarmi délia sua buona volontà. E quanto à me, se non scopiïte qualclie cosa di rilievo che vi nirnpedisca, crederei che dovesti. con participatione di Sua Maestà, communicare lutto con M. ].,(' Tellier, menlre la principessa palatina e M. Bartet non ne disconvenghino; nia sempre bisogna dirne qualche cosa, et avvertire bene d' interessare tutti quelli che dovranno havere conoscenza del inio viaggio ( con assicurare loro l' avantaggio che ne ritireranno.
1 Les États généraux. Yoy. ci-dessus, p. y3 et passim.
Juillet h ".. Ricordatevi ch'io non oppino ail' arresto del Prençipe1, rimetten- (lomi à qucllo sarà giudicalo j)iù à proposito, quando il oegotîo sarà stato ben ventilato per riconoscere se possono arrivarc inconvénient! maggiori da esseguirlo, che di lassar lo libero; nia in caso clie si resolva l'arresto, li iniei ricordi devono servire.
AIT. étr. , France, t. 268, f° 21 v°; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
A M. DE LIONNE
Brùhl, 17 juillet 1 65 1 .
(extrait.)
Je dois songer plus que jamais à ma seureté; ayant sceu que l'Empereur, aprez avoir faict expédier et consigner à Picolomini'2 le saufconduit que j'avois demandé, le fit retirer à l'instance de l'ambassadeur d'Espagne. Et ledict Empereur n'est nullement content de ma demeure icy. L'on me confirme de nouveau la mesme chose de Bruxelles, et tous les ministres de la maison d'Austriche et leurs adherens ont assez bonne opinion de moy pour croire que toutes les persécutions qu'on m'a faictes et la continuation qu'on en voit avec tant de violence ne sont pas capables d'apporter le moindre changement à la passion que . par debvoir et par inclination , j'ay pour la France. Et là-dessus ils se sont mis en teste que j'ay diverses négociations sur le tapis à leur préjudice, comme de faire presterde l'argent au Roy par Mmc la Landgrave3, d'avoir allumé la guerre entre Brandebourg et Neubourg, afin d'em-
1 On a vu ci-dessus, p. 3i7~3i 8, qu'il 3 La landgrave de Hesse, \mélie-Elisaavait été' question d'arrêter Condé, et qu'il lielh de Hanau, s'était signalée par son déavait quitté Paris, dans la nuitdu 5 auôjuil- vouement à la France, et elle avait entraîné let, pour se soustraire à ce danger. son fils dans le même parti. Ou peut con-
2 Voyez, sur ce général des armées de sulter, sur cette princesse, le tome I, p. 90G, l'Empereur, le tome I, p. 982, des Lettres des Lettres de Mazarin.
de Mazarin.
DU CARDIN IL M kZARIN. 341
barrasser les Espagnols ei leur causer quelque diversion, et enfin de Juillet 1 t>r. i . pratiquer que l'Empire tombe dans la maison de Bavière.
Dieu sçait s'il m'est tombé seulement dans l'esprit pas une de ces choses-là, el cependant cela est public dans l'Italie. On me le mande de Hollande, et il est certain que, de tous costez, on en parle comme s'il y en avoil quelque apparence. Ce pendant je suis tort mal icy, environné des troupes de Lorraine et à la veille de me voir arriver quelque grand malheur, d'autant plus que l'esquipée de M. le Prince pourroit donner lieu aux Espagnols, s'entendant avec luy, de luy faire un sacrifice de ma personne, contre laquelle il s'est tant déclaré.
Je suis fort embarrassé; car je ne sçay pas où aller, ayant une lettre de Gontery, par laquelle il me mande, qu'à la fin du mois d'aoust il se rendra auprez de moy et me dira les intentions de Madame1 et de M. le duc de Savovc sur ma retraitte dans leurs Estais.
Je ne puis pas aller en Italie : il n'y auroit pas grand plaisir pour moy, nv grande réputation pour la France, que j'allasse dans ces pays-là, pour y mourir de faim ou demander l'aumosne.
Pour Brisach, je ne crois pas que personne me pust conseiller d'y aller qu'avec ordre du Roy; car de traitter avec Gharlevoys pour y estre receu, ce seroit mettre des armes entre les mains de mes ennemis pour me perdre, et comme la Reyne ne pourroit pas ad vouer d'avoir consenly que j'y allasse, Elle seroit forcée, comme Elle l'a esté, lorsqu'on m'a laid sortir du royaume, de faire une déclaration contre moy, par laquelle je serois taché- d'avoir surpris une place du Roy et d'avoir eu intelligence avec Gharlevoys dans la sédition qu'il a faicte afin d'en chasser le gouverneur, et au lieu d'elïaecr de l'esprit des François tant d'impressions qu'on leur a voulu donner à mon préjudice, ils se conlirmeroient, par cette action, [dans la pensée] que je ne songe qu'à brouiller.
Si M. le Prince n'avoil desja formé ses desseins et ses résolutions
! Madame Royale. Yoy. le tome I des Lettres de Mazarin, p. o,4a. — 2 La copie porte bien tacli'-; il faudrait peut-être lire taxé.
luiiiei ifôi, pour les mettre à effect d'intelligence avec les Espagnols, je ne croj pas qu'il soit à se repentir de la sortie qu'il a iàicte1; et il est bien injuste à se plaindre que je dispose de tout, qu'on ne travaille qu'à mon retour, et que les amis que j'ay auprez de la Reyne n'agissent que pour faire réussir tout ce (pie je puis souhailter. Pour mov. je suis bien persuadé qu'ils ont bonne volonté; mais je ne sçay pas sur quov M. le Prince fonde mon pouvoir si absolu, parce qu'il n'a pas paru qu'on ayt beaucoup déféré à mes conseils, dont la plus grande partie avec beaucoup de raison ont esté jugez ridicules2, [et] excusez pourtant sur ce que les absens s'escartent d'ordinaire du but.
M. le Prince n'a pas veu que mes amys ayent pu obtenir aucune grâce ny pour moy ny pour les miens, que les ordres réitérez de la Revne et les sollicitations de mes amis ayent rien opéré dans l'esprit de MAL des finances. Il n'a pas veu qu'on ayt esloigné ny dict la moindre chose à ceux qui constamment, et dans le Palais-Royal mesme, m'ont deschiré avec impudence ; mais il a bien veu restablir ceux que j'avois faict chasser, et surtout M. de Chavigny, et M. le Prince n'ignore pas avec combien d'artifice et de diligence il s'est employé incessamment, depuis son retour, pour me rendre odieux à tout le monde et barrer toutes les voyes à la réparation de mon honneur.
Et comment est-ce que M. le Prince veut persuader qu'il est irrité, parce qu'on ne songe qu'à aplanir les voyes de mon retour, si lorsqu'on luy accorda de si grands advantages pour se reunir à la Reyne, on ne luy en dict pas un seul mot? C'est un prétexte bien foible que celuy qu'il a pris 3.
1 On a vu ci-dessus, p. 317, que Coudé 3 Condé avait déclaré qu'ii s'éloignait de était sorti de Paris et s'était retiré à Saint- Paris, parce que la Reine était entourée des Maur-des-Fossés. créatures de Mazarin et se laissait diriger
2 11 n'est pas nécessaire de prévenir que par eux. 11 prétendait que le Cardinal, ces paroles de Mazarin ont un sens iro- malgré son exil, gouvernait toujours la nique. France.
Juillet i(i,")i
Ml'. t;ir. . France, t. a68, f' i5o/; t. ag du recueil dos Lettres de Vazarin.
Copie du temps.
A M. MILET
n ut. )
Bnilil], 1 8 juillet i65i
Jl n'y a rien de si obligeant que ce que la Reyne vous a dict à mon esgard; je suis dans la confusion de tant degraces que S. M'" a la bonté de me départir, mais au désespoir d'estre en grande partye cause des inquiétudes qu'EUe soulïre. Phist à Dieu que le sacrifice de ma vie la pus! rendre heureuse; car il n'y a rien au inonde que je fisse avec plus dejoye. Je me fie plus à la Reyne qu'a moy-mesme, et je sçay que je le puis faire, malgré toutes les diligences qu'on faict incessamment pour me faire descheoir de ses bonnes grâces. Je sçay que ses sentiinens pour moy sont beaucoup meilleurs que je ne les sçaurois souhaiter; mais il faut prendre garde que ceux qui oui l'honneur de la conseiller, qui. par différentes raisons, ont inlerest d'empescher mon retour, recognoissant qu'ils ne seroient pas les bien venus, s'ils parloient librement à la Reyne Là-dessus, pour se rendre agréables, luy [tesmoignent1] qu'il faut songer à cela, et qu'enfin S. Mu en viendra à bout, mais qu'il n'en faut pas présentement parler, et en remettre la négociation quand le Roy sera majeur, et que l'authorité sera restablie, sçachant bien que d'icylà il arrivera des choses, auxquelles eux-mesmes travailleront, qui mettront mes affaires tout-à-faict hors de ressource . et \ iendront comme cela, sans que la Reyne s'en apperçoive, [au2] but de leurs desseins.
Je vous prie de prendre occasion de dire cecyà Sa M1" et de luy faire
La copie porle tesmoignanl ; mais si l'on Lettres de Mazavin, sont remplis d'èr-
conservait ce troisième participe, la phrase reurs, qui exigent de fréquentes rectifica-
serait peu intelligible. Les déchiffrements, lions,
sur lesquels ont été faites les copies des s La copie porle du but.
Bhâ LETTRES
luillei i65i. cognoistre que ce n'est point ny inquiétude ny Impatience1, mais une certitude qu'Elle regrettera un jour d'avoir adhéré au conseil de ceux qui, soubs prétexte de me vouloir servir, ne travaillent qu'à barrer toutes les voyes de mon retour auprez de S. Ml\ c'est-à-dire à me rendre malheureux toute ma vie, sans que cela apporte aucun advantage à l' Estât, ny au Roy, ny à Sa Majesté.
Après avoir insisté de nouveau sur la nécessité de gagner le Premier Président et son fils Champlâtreux, Mazarin ajoute:
Il n'est pas praticable ce que vous proposez de gaigner S. A.R., sans que ceux qui conduisent son esprit, qui sont Chasteauneuf et les autres que vous sçavez, y ayent part. Il faut bien profiter de la crainte et du respect que S. A. R. a pour le Roy. Dictes-le à la Reyne de ma part; car des choses semblables, qui semblent bagatelles, sont capables de produire de très-grands eftects 2.
Biblioth. nationale, f. fr. 6887, f° 23; original. — Ibidem, £209, f° 275. —
Copie du temps.
A M. LE TELLIER
[Bruhi], 18 juillet i65i.
(extrait.)
L'esquipée de M. le Prince3 ne servira pas beaucoup, à mon advis, à luy relever sa réputation et à luy acquérir la bienveillance des peuples, et je mettray bien ma vie qu'elle n'a pas esté faicte de concert avec
1 II faudrait, pour compléter la phrase, sage supprimé: rf Quand je vous escris de ajouter après impatience, qui me font parler remettre les lettres en main propre de la ainsi. Reyne, et que vous avez difficulté de l'ap-
2 Milet était, comme nous l'avons déjà procher, il vaut mieux différer de les luy fait remarquer, un des personnages de la rendre que les confier à qui que ce soit. » Cour sur lesquels Mazarin comptait le plus. 3 Le prince de Condé s'était retiré à
On en trouve encore la preuve dans un pas- Saint-Maur, comme on l'a vu ci-dessus.
Dl CARDIN IL MAZARIN. 345
Monsieur, et que celuy-C} n'a eu aucune part à la déclaration dudict Juiifeti65i prince contre vous, MM. Servien el de Lionne1. Je suis persuadé que son esprit- est entièrement possédé par] es frondeurs, lesquels ont d'autres choses qu'ils souhaittent mille fois mieux que ledicl esloignement.
Je nous ad voue que je ne comprends pas bien le tond de cette affaire, et je ne vois pas par quelle raison M. le Prince attaque MM. Servien et de Lionne, liez avec Chàvigny, qui est l'intime de M. le Prince, lequel, d'ailleurs, a receu des advanlages par le moyen des susdictes personnes, et il sçayt fort bien que si, dans cette conjoncture-là, ils ne l'ont pas pressé pour mon retour ny pour cstre de mes amys, il leur faict grand tort de demander leur esloignement parce qu'ils n'agissent pas pour ledict retour, et pour toutes mes affaires, qu'elles sont en assez 3 pitoyable estât pour quereller ceux qui les ont entre les mains, pour4 les avoir trop advantageusementestablies. Je ne puis pas bien discerner de loing ce que c'est que tout cela; mais asseurement il y a quelque chose là-dedans que l'on ne sçait point; le temps nous en esclaircira.
Cependant, si la Reyne a esté bien conseillée, Elle aura peu tirer grand proffit de la sortie de M. le Prince, lequel, s'il rencontre de la fermeté de la part de Leurs Majestez, sera plus estonné qu'on ne croit, et particulièrement s'il voit une union bien establie entre la Reyne et S. A. R., et M. de Ghasteauneuf reslabli dans leurs conseils.
Toutes les négociations ont abouti à rien. M. de Lionne m'a tant mandé qu'il n'y avoit rien à espérer du costé des frondeurs5; mais comme vous sçaurez toutes les resolutions que j'ay prises, avant que vous receviez cette lettre, ayant donné ordre à la personne qui vous en entretiendra d'avoir toute confiance en vous, estant persuadé que vous avez pour moy les sentimcns, que vous me confirmez tres-obli-
1 Conclu avait demanda que ces trois per- 4 Sous pre'texte qu'ils les ont trop avansonnages fussent e'loigne's de la Cour. tageusement e'tablies.
2 L'esprit du duc d'Orle'ans, dont les prin- '" La phrase est incomplète, et le sens deripaux conseillers étaient Châleauneuf et le manderait qu'on ajoutât quelques mots, coadjuleur. comme : que j'ai renoncé à faire alliance avec
5 Le sens est : en trop pitoyable estât. eux.
IMin,M ? RI|
Juillet i65i. geamment par vostre dernière depesclie, et que vous serez ravy de m'en donner des marques, je n'ay rien à y adjouster.
Nonobstant tout ce qui s'est passé entre M. de Chasteauneuf et moy, je suis asseuré qu'il a de bons sentimens ])our l'Estat; qu'il n'a pas d'aversion pour moy; qu'il sera bien ayse de m' obliger et qu'il recognoist que tout ce qui a esté exécuté à l'esgard des princes prisonniers et contre moy a esté préjudiciable au service du Roy et nullement advantageux pour luy et pour ses amis, et, s'il vouloitse souvenir du discours que je fis à Monsieur en présence de la Reyne et de luy, il seroit obligé d'avouer que c'estoit un prophète qui parloit.
Je vous dira y pourtant, dans la dernière confiance, que ce qui me faict grand peine de M. de Chasteauneuf est que M. le mareschal de Villeroy et le commandeur de Jars , ses intimes, ont une très-mauvaise volonté contre moy, et qu'il est malaysé de les pouvoir changer, puisque les grâces assez extraordinaires, que je leur ay procurées, ne les ont pas obligez d'estre de mes amis et d'estre entièrement attachez à moy, comme ils debvoienl.
C'est un artifice de M. de Chasteauneuf pour obliger la Reyne à faire de plus grands pas en sa faveur et de ses amis, quand il a dict qu'il craignoit que S. A. R. ne s'entendist avec M. le Prince, et vous voyez bien comme pressé là-dessus il s'en est comme desdict.
Je me fie entièrement à M. le mareschal d'Estrée et à M. de Senneterre, et ils auront bien veu, et vous aussy, que je ne prétends pas leur faire secret d'aucune négociation que je puisse avoir avec M. de Chasteauneuf, et j'aurois grand tort si j'en eusse usé autrement; car, outre qu'ils sont de mes amis de longue main, j'esprouve, dans mon malheur, qu'ils ont cherché, par toute sorte de moyens, de me donner des marques de leur affection avec beaucoup de chaleur.
Je vous diray librement que, pourveu que Leurs Majeslez puissent avoir satisfaction en tout le reste, je serois d'advis qu'Elles restablissent M. de Chasteauneuf avec la qualité qu'il prétend1, Leurs dictes Mlez
1 Châleauneul' demandait le Litre et le premier ministre, qui lui furent accordes à rang de président du conseil du Roi, ou de la majorité' de Louis XIV. Le premier pré-
Dl CARDINAL M \X\lil\. 347
disposaut des sceaux, à la Majorité, en laveur de M. le Premier Prcsi- juillet ■ 65i. dent. Mais il ne seroil pas juste qu'on se contentast, pour ce qui me regarde, des simples paroles, subjectes, par les raisons que vous me mandes h auxquelles j'avois desjà songé, à n'estre pas exécutez.
Au reste, je vous asseure <|iie, si le Cardinal n'entre à Brisacfa par autres portes que celle que lu\ ouvrira Charlevoys, il eu sera toute sa vie dehors, et, mI \ avoit moyen de l'exécuter, le conseil que lediet sieur Cardinal donnerait seroit de ehastier exemplairement lediet Gliarlevoys.
Si ce que M. de Ghasteauneuf a dict à M. le mareschal d'Estrée est véritable, l'on pourrait [me] donner un ordre du Roy, avec le consentement de Monsieur, pour y aller1, aprez que l'on auroit adjusté la sortie du dict Charlevoys et donné la rescompense à M. de Tilladet, sans laquelle je voudrois plustost estre tousjours errant que, quand on pourroit réussir par une négociation avec Charlevoys el autres, par son consentement entrer dans la place. Outre que, luy y estant, je serois prisonnier, le bruict se confirmeroit que je me serois entendu avec luy dans la révolte de la garnison pour en faire sortir M. de Tilladet, et les Parlemens se déclarant là-dessus contre moy pourroient peutestre contraindre la Reyne à leur accorder des déclarations, parlésquelles je passerois pour un séditieux dans l'esprit du peuple.
Je îiniray cette depesche en vous disant que le plus grand malheur qui puisse arriver à l'Estat, à la Reyne et à ses serviteurs, c'est que Sa Majesté ne prenne aucune resolution ; car il y a beaucoup de choses tres-imporlantes à faire avant la Majorité, et, si on ne les résout et esecute bientost, il sera impossible d enipescher qu'il n'arrive de grands inconveniens et desordres. C'est pourquoy je vous prie de profiter de toutes les conjonctures pour presser la Reyne à ne différer pas davantage.
Je ne suis nullement en seureté icy, et il faut que j'y donne ordre sans perte de temps. Je fusse allé dans les estats de M. de Savoye, sans que2 je voye par une lettre que Gontery m'escril qu'il remet» à me por-
Mili'iil . Mathieu Mole, fut alors nomme garde ' Pour aller à Brisach.
des Sceaux. 2 Si je n'avois pas vu, etc.
3/i8 LETTRES
niiiet i65i. ter la response à la fin du mois d'aoust. Je ne veux faire [triompher] mes ennemis; c'est pourquoy je n'oubliera y rien pour me mettre à couvert.
An", élr. , France, t. 268, f" 187; t. 29 du recueil des Lettres de Maiarin. —
AU COMTE DE BRIENNE
[Brùlil], 18 juillet i65i.
(extrait.)
Si la colère de M. le Prince peut estre apaisée par l'entier sacrifice d'un innocent, et que, moyennant cela, l'Estat s'en portast bien et que Leurs Majestez fussent en repos avec satisfaction, tant s'en faut que j'y voulusse apporter le moindre obstacle qu'au contraire je me joindrois à luy pour poursuivre une perte dont les effects me seroient si glorieux, et je me flatte que vous avez assez bonne opinion de moy pour croire que ce que je vous dis là-dessus vient du cœur. S'il eust voulu capituler' que, moyennant que je fisse en sorte qu'on ne parlast plus de moy, il ne songeroit qu'à servir Leurs Majestez et à relever leur authorité, nous eussions peu convenir à son entière satisfaction; mais, hélas ! Le cœur me saigne de voir avec quel scandale on joue des tragédies si funestes à la France à la veue de toute l'Europe, de voir l'advantage que les ennemis en retirent, le retardement que cela y porte2 au repos de la Chrestienté et le tort que la faute de quelques particuliers faict en gênerai à la nation. On m'escrit que, moyennant la nouvelle déclaration que l'on fera contre ces perturbateurs, ennemis du repos public, qui ne songent qu'au bouleversement de la France, tout sera apaisé. Je prie Dieu que cela soit; car j'auray tousjours la satisfaction d'avoir pu servir en quelque manière au bonheur de l'Estat.
1 Ce verbe est pris ici dans le sens de faire un traité partant que, etc. — î y porte est bien dans la copie. Apporte semblerait plus convenable.
\u mesme temps que je vous rends grâces des considérations parti- Juillet i65i. eulieres qu'il vous plaist avoir de moy, je vous diray que j'ay esté extrêmement surpris de la mauvaise volonté que le Nonce me tesraoigne me taisant autlieur de la guerre que l'électeur de Brandebourg1 a entreprise contre le duc de Neubourg*, Je n'ay pas perdu l'esprit à ce poinct, et vous avez trop de cognoissance de ma circonspection pour croire que j'aye esté jamais capable de faire aucun pas en des choses de cette nature, sans en seavoir au préalable les intentions de Sa M"\ Je n'a\ receu aucune nouvelle du marquis de Brandebourg. Je. vous proteste que je ne me suis [pas] meslé de la moindre chose en cette affaire; M. le duc de Neubourg m'a seulement envoyé icy deux ou trois fois pour m'informer de ses raisons, me faire cognoistre l'interest que la religion catholique avait dans le soustien de sa cause et pour me prier de luy procurer une favorable assistance de Sa M'"5. Je luy ay tousjours respondu luy tesmoignanl regret de ce nouveau feu qui s'alloit allumer et luy faisant cognoistre que je n'estois pas en estât de m'employer en aucune chose auprez de Leurs Majestez; mais que je ne doutois point qu'Utiles ne s'interposassent volontiers, ainsy qu'on avoit faict autrefois pour terminer ce différend; et vous sçavez si je vous en ay escrit un seul mot. A présent je vous envoyé une lettre dudict duc de Neubourg avec la copie de son manifeste, qu'il m'envoya, il y a six jours, afin que je vous l'adressasse, comme je fais.
J'avois dcsjà sceu que l'on faisoit courre le bruict de ce que vous me mandez touchant la dignité impériale; qu'on en parloit à Vienne; qu on en faisoit des discours à Rome, et mesme [on disoit que] l'Empereur et les ministres d'Espagne faisoient des'instances à Sa S"* pour m'y rappeler, afin de m'empescher, par ce moyen, d'avancer une négociation si préjudiciable à la maison d'Austriche \ et beaucoup d'autres
1 Frédéric-Guillaume, électeur de Bran- 3 On voit qu'on prétendait que, dès
debourg depuis 1G60. mort en 1688. i65i, Mazarin négociait avec tes électeurs,
1 Le duc de Neubourg était Wolfgang- pour s'opposer à ce qu'un prince autrichien
Guillaume de Bavière, né en 1 578, duc de obtint la couronne impériale, lorsqu'une
Neubourg en îGi'i, mort en 1 6 5 3 . nouvelle élection aurait lieu.
Juillet 1 65 1 . qu'on asseuroit ([lie j'avois mises sur le tapis, comme de luire prester si\ cent mille escus par M. le Landgrave l au Hoy, et de l'aire une estroicte liaison des trois Electeurs ecclésiastiques2 avec la France; et tout le monde, ayant assez bonne opinion de moy pour croire que, nonobstant les persécutions que Ion me faict, je veilleray tousjours les occasions et les recherclieray de la servir, a creu si bien qu'il y a voit quelque cbose de véritable dans ces bruicts, que l'on m'escrivit dernièrement de Bruxelles qu'on se plaignoit desdictes négociations. Mais que faire? Mes ennemis ne veulent pas que j'aye du repos en pas un lieu.
Mazarin termine en insistant sur le danger de sa position; il n'a aucune sécurité' à Brùhl, et ne sait dans quel pays il pourrait se retirer.