‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 4 sur 125 · AU MARÉCHAL DE LA FERTÉ · texte numérisé non relu

AU MARÉCHAL DE LA FERTÉ

[Paris,] 97 janvier t65l.

(extrait.)

Je viens présentement d'avoir advis que MM. de Lorraine, de Turenne et Fuensaldagne se sont assemblez à Namur, où ils ont eu de longues conférences sur ce qu'ils avoient à faire à présent de plus utile; que d'abord leur opinion estoit qu'il falloit aller en Lorraine, comme je vous ay mandé, mais qu'ayant sceu les troupes qu'on y envoyé, le bon estât où vous estes de les recevoir et que vous occupez des postes qui vous donnent lieu d'empescher facilement que M. de Lorraine n'establisse aucuns quartiers sur les montagnes, comme il avoit projeté, ils avoient changé de sentiment et pris resolution d'envoyer leurs troupes dans le pays de Liège. Je vous advoue que je l'ay trouvée (cette resolution) fort hardye, puisque, par ce -moyen, ils s'attirent sur les bras tous les pays d'Allemagne, qui ne voudront pas souffrir une contravention au dernier traité de paix. Ils offensent un amy considérable, qui est M. l'électeur de Cologne3, et ils mettent la ville de Liège et tout ce pays-là contre eux. Ce qui m'a faict songer

1 La copie des Affaires étrangères porte des Affaires étrangères : à qui je vous prie

au reste au lieu de eu sorte. Le texte de la de donner, etc. minute est préférable. 3 L'électeur de Cologne était souverain

5 Après Besançon, on lit dans la copie de l'évêché de Liège.

que M. le mareschal | du Plessis}1 pourroit faire [quelque action im- Février i65t. portante]9 dans ledici pays, avec tout son corps, [et]3 partie du vostre, à la reserve de ce qu'il faudroit laisser en Lorraine. Ce seroit un bon coup; car le nombre des troupes que les ennemis ont rassemblées estant peu considérable, il pourroit leur donner quelque nouvel eschec. Nous obligerons, par ce moyen, M. de Cologne, empeschant la ruine de son evesché*. La ville de Liège tendroit asseurement les bras audict sieur marescbal el luv donneroit loutcs les assistances possibles. et quand il ne feroit autre chose que d'empescher les ennemis de s'establir de ce costë-là, ce seroit tousjours beaucoup, puisqu'apparemment leurs troupes, faute de quartiers, se desbanderoient et deperiroienl pour la pluspait.

Ail', élr. , France, t. 2G8, f" 4a; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

Villarceaux5, 8 février r65r.

En relisant vostre depesche, j'ay considéré meurement que, si quelqu'un de ceux qui approchent le plus de Leurs Majestez, et de qui nous avons subject d'avoir soupçon, a fait les propositions que vous me marquez, d'assembler les grands du royaume et de faire venir ensuite au Palais Royal la Chambre des Comptes, la Cour des Aydes et le Corps de Ville pour leur déclarer que l'intention de la Reyne est de

1 11 faut ajouter au texte donne' par la 4 II s'agit ici de l'évêché de Liège, qui apeopic le nom du maréchal du Plessis; c'était, parlenait à l'archevêque de Cologne.

en effet, ce maréchal qui commandait l'ai- 5 Le château de Villarceau ou Villarceaux

mée du nord de la France. est compris maintenant dans le départ1 de

2 II y a une omission évidente dans la Seine -et-Oise, arrond' de Manies. Mazarin, copie, qui avait quitté Paris dans la nuit du 6 au

La copie porte ou; mais le sens exige 7 février, s'était rendu d'abord à Saint-Geret. main-cn-Laye, puis à Villarceaux.

Février i65i. mettre les princes en liberté, en prenant les précautions nécessaires pour la seureté, il peut bien avoir eu desseing de lier les mains par là à Sa M"' et de rendre mon voyage inutile et [de] favoriser les intentions de la cabale du Coadjuteur, laquelle il y a grande apparence qui ' n'a nulle envie de la liberté des princes et en faict seulement semblant pour se prévaloir de leur party contre moy, ou, pour mieux dire, contre le Roy, puisqu'apres m'estre absenté on me pousse avec plus de chaleur; et quelque engagement2 dans lequel le Coadjuteur, Mme de Clievreuse et les autres soient entrez pour la liberté des princes, afin d'3 en tirer l'avantage que je viens de marquer, ils pourront seulement le vouloir tout de bon, s'ils se persuadent que mon voyage ayt ce but. et il n'y aura, en ce cas, extravagance qu'ils n'exercent pour y forcer la Reyne, afin de luy en oster le mérite et à moy aussy, et obliger les princes de recognoistre cette liberté de la nécessité dans laquelle leurs violences auront mis la Reyne de l'accorder. Je vous prie de faire bien entendre à Sa M16 tout cecy; car de la façon que je cognois le Coadjuteur et les autres qui possèdent l'esprit de S. A. R., [ils] le porteront à toutes les extremitez, et, s'ils en ont le moyen, iront, à grands pas, à s'asseurer des personnes du Roy et de la Reyne4, se servant de quelque invention pour engager le peuple à favoriser leur desseing, et vous sçavez que la boutique du Coadjuteur ne manque pas d'artifices de toute sorte.

Vous vous souviendrez que, devant de partir, j'ay eu la mesme croyance, et que j'ay dict, comme je le réplique, que le meilleur remède qu'on y peut apporter, ce seroit un coup d'authorité dans Paris qui donnast moyen de s'en rendre maistre; ce que je n'estime pas

1 La phrase est peu régulière, mais elle 4 Les éve'nements prouvèrent que Ma-

se comprend. Il faudrait changer laquelle zarin ne s'était pas trompé dans ses prévi-

en lequel et qui en qu'il, et lire : lequel (coad- sions. Sous prétexte que la Reine voulait

juteur) il y a grande apparence qu'il n'a , etc. emmener le jeune Louis XIV hors de Paris ,

- Le sens est : Quel que soit l'engage- les frondeurs exercèrent une surveillance

ment dans lequel, etc. qui tint le Roi et la Reine dans une véritable

3 Les mots afin d' semblent une correc- captivité pendant les mois de février, mars

tion de la main de Mazarin. et avril i65i.

difficile, Sa Mul ayant les bons bourgeois et tous les honnestes gens de Féviioi iGOi son costé, et ayant affaire avec une troupe de meschanls cognus pour cela, et dont le Coailjuteur estant le chef, il est impossible qu'il ne soit tous les jours en horreur de plus en plus, d'autant que le prétexte du Mauirin, avec lequel ils amusent le peuple, est osté par ma sortie, qui, dans la conjoncture présente, fortifie Leurs Majestez et rend plus aisées les resolutions qu'Eiles voudront prendre; mais il n'y faut pas perdre un instant; car asseurement ils préviendront.

Et en cas que, par des raisons que je ne sçay point, on ne jugeroil pas à propos de rien tenter contre ces gens-là, comme il est évident que les personnes de Leurs Majestez courent risque, il ne fout pas perdre un moment de temps à sortir de Paris. La Reyne en esloit tombée d'accord avec moy en présence du Roy, en cas que ma retraite, au lieu de satisfaire S. A. IL et le Parlement, leur donnast le courage de passer plus outre; et [elle estoit tombée d'accord] de le faire d'hyer au soir en grand secret, ne confiant la chose qu'aux mareschaux du Plessis1 et d'Aumonl2, à Guitaut3 et à Comminges4, et je suis fort estonné qu'elle n'ayt esté exécutée, puisqu'on le pouvoit aysement; mais si on ne voit jour à tenter quelque chose qui relevast l'authorité et rendist Leurs Majestez les maistres, mon advis est que, comme on sera plus alerte aux portes, Leurs Majestez sortent hautement à l'heure que l'on relevé les gardes, parccqu'elles seront plus fortes de la moitié, et que le Palais Cardinal5 sera remply de monde, et en faisant saisir la porte de Richelieu0 et les advenues, on aura plus de temps qu'il ne faudra pour sortir avec les carrosses et tout ce qui pourra estre nécessaire à la suite du Roy, et au mesme temps il faudroit envoyer dire à la Maison de Ville, et publier mesme par tout Paris, que, mettant entre

1 Voy. sur ce maréchal , le t. I de la Cor- Cominges, neveu du précédent, mourut en

responduncc de Mazarin, p. 953. 1007, à 87 ans.

' Antoine d"Aumont. Voy. t. I, p. y 08. * Palais Royal.

1 François de Cominges, comte de Gui- ' La porte de Richelieu était située dans

taut, capitaine des gardes de la Reine, mort la rue qui porte encore ce nom aujourd'hui,

en i663, à 82 ans. à la hauteur de la rue Saint-Marc. Elle a été

4 Gaston-Jean-Baptiste de Comminges ou détruite en 1701.

février i65i. les mains du Roy le Goadjuteur et tel autre de sa cabale qu'on jugeroit à propos, Leurs Majestez rentreront dans Paris, cl mesine que le Roy s'y fera sacrer, asseurant tousjours ce pendant, par diverses personnes, S. A. R. de la disposition de la Heyne à renouer avec Elle une liaison et une amitié plus estroicte que jamais.

J'adjousleray aussy que, comme on ne doit avoir aucune considération quand il est question de la seureté du Roy, je croiray qu'il seroit à propos de faire entrer en garde plus des compagnies françoises el suisses, publiant qu'on le faict parce qu'on sçait que le Goadjuteur a un mauvais desseing contre le Palais Cardinal el qu'il ne médite autre chose que d'exciter une sédition. Leurs Majestez hors de Paris sont maistres de tout; car elles ont les gens de guerre, les places et les princes prisonniers en leur pouvoir, sans crainte d'estre forcées à faire que ce qu'il leur plaira; et, publiant qu'on les va mettre en liberté, tout le party desdicts princes se séparera des frondeurs, et le Premier Président, qui en est ennemy et qui passionne cette liberté, n'oubliera rien pour empescher le désordre dans Paris par le moyen du Parlement, [et s'opposer à] l'augmentation du crédit de ces gens-là, outre qu'on peut espérer que S. A. R., voyant que les princes, recevant la liberté de la Reyne, s'uniront estroictement à Leurs M'" contre Elle, introduira négociation pour l'empescher, et enfin Leurs Majesté/., venant en Normandie, où toutes les places sont à leur dévotion, et les troupes, qui y sont en quartier, tres-aflidées, il n'y a rien de plus aysé que faire trembler Paris, et engager le parlement de Rouen à tout ce qu'on voudra; en un mot, le Roy et la Reyne courent un risque évident demeurant à Paris, sans estre les maistres, et, sortant, le seront et donneront ordre à tout sans aucune peine.

J'ay faict aussy reflexion sur ce que vous me marquez que Monsieur avoit promis, le matin que vous le vistes, d'aller après disner au Palais Royal et que s'estant restreint1 après, pour cela, à avoir la lettre de la Reyne que vous me marquez, dans l'intervalle du temps que vous

1 La copie porlo bien restreint; le sens est : ayant exige après pour cela, etc.

mistes à aller quérir la dicte lettre, S. A. R. fit l'autre proposition et Février i65i. déclara, à vostre retour, qu'il ne pouvoit voir la Reyne qu'auparavant Elle ne Iny eust envoyé une lettre pour faire mettre les princes en liberté sans condition, j'ay. dis-je, l'ait reflexion que, puisque la chose estoil d'assez d'importance pour en dire un mot devant vous et que neantinoins il ne l'a faict qu'à vostre retour, il n'y a pas lien de douter que les deux personnes1, avec qui vous estiez, ne luy ayent faict euxniesnies cette ouverture en vostre absence, ou que, si S. A. R. leur en a parlé par manière d'entretien, ils ne l'ayent confirmé dans celle pensée, [estant] d'intelligence, comme ils sont avec Sa dicte Alt. R., le Coadjutcur et Mmc de Chevreuse; de quoy2, comme vous sçavez, nous en sommes très-bien informez, il y a desjà quelques jours, et se doutant assenrement que j'aille avec quelque pouvoir de sortir3 les princes; ce qu'il n'y a pourtant que vous, qui avez faict escrire les ordres à la Reyne, et M. Servien. qui le sçache. Il faut user neantmoins de la dernière dissimulation et en faire bien souvenir la Reyne, qui me l'a promis, et vous ne sça liriez rendre un plus grand service à l'Estat que de vous employer en cela avec tous les soings imaginables conjointement avec M. Servien, ainsy que vous m'avez protesté. Car. bien que les alïaircs soient sur le point d'estre en très-mauvaise posture, si chacun faict son devoir et si je suis bien secondé, je responds que tout ira bien et que les ennemis de l'Estat n'auront que de la confusion. Sur tout l'intelligence entre M. Servien et vous, qui demeurez les dépositaires de tout avec l'entière confiance delà Reyne, est absolument nécessaire, et je suis asseuré qu'elle sera parfaicte après les promesses solennelles que vous m'en avez faict l'un et l'autre, ensemble et en particulier, avant mon départ.

Si, contre mon opinion, Leurs Majeslez peuvent continuer à demeurer à Paris en seurelé, avec desseing et resolution ferme d'y faire quelque coup pour ne laisser pas abattre l'authorité, il seroit bon

1 (les deux personnes étaient te garde ' ("est-à-dire : de cette intelligence,

des sceaux. Châteauneuf, et le maréchal de Le verbe sortir s'employait, à cette

Villeroy. époque, avec le sens actif.

HAZ.iniN. — iv. a

IVPMVrr.lF. RlTIOVAll.

Renier i65i. d 'examiner si leur logement dans le Louvre ne seroit pas meilleur, comme je le croy, qu'au Palais Royal et surtout n'innover rien à l'esgard des princes prisonniers qui empesclie l'exécution des ordres que j'av de la Reyne, et m'oste le pouvoir de faire ce que je jugera y plus à propos pour le bien de l'Estat.

Le duc de Mercœur1, le comte d'Harcourt'-, les ducs d Espernon3, de Gandalle4 et de Schomberg5, les marescbaux du Plessis, d'Aumont, d'Hocquincourt0 et de Grancey7 ont, à mon advis, les ([ualitez requises pour servir la Reyne en tout ce qu'Elle leur commandera. Pour M. le mareschal de l'Hospital, je suis persuadé qu'à l'esgard du Roy il ne manquera pas à son devoir. Et M. le duc d'Elbeuf fera son devoir; car, outre les obligations récentes qu'il a à la Revne, \\ est entièrement contre la liberté des princes, [estant] ennemy du Goadjuteur et fort degousté de M. le duc d'Orléans.

Gomme il seroit, à mon advis, très-important de faire cognoistre à tous les peuples que les brouilleries de Paris, que toutes les diligences qu'on faict pour troubler le royaume et le plonger en une guerre civile et de longue durée, qui le rende un théâtre de confusion et de misère, et donne lieu aux Espagnols de faire autant de progrez qu'ils voudront et [de] s'opiniastrer plus que jamais à la continuation de la guerre, sont causées par la meschanceté du Goadjuteur, je croy qu'il seroit bon de faire publier promptement une déclaration, par laquelle on marquast son ambition desreglée et une partie de ses malices, qui sont assez noires pour irriter tout le peuple contre luy.

H me semble que l'archevesque de Sens8, les evesques d'Embrun0 et de Gomminges10, dans le clergé, ont toutes les partyes nécessaires

' Voy. 1. 1, p. 9/1 5, des Lettres de Mazarin. de Pardaillan de Gondrin; il vécut jusqu'en

2 Ibidem, p. 982. 167/1.

3 Ibidem, p. 922. ,J Georges d'Aubusson delà Feuillade. Voy. 1 Ibidem, t. III, p. 236, note 2. t. III des Lettres de Mazarin , p. 892, note 1. 5 Ibidem, t. I, p. g35. 10 Gilbert de Cboiseul avait été sacré " Ibidem, t. II, p. 1021. évêque de Saint-Bertrand-de-Gomminges en 7 Ibidem, t. 1, p. 92g. 1 646; il fut transféré à Tournay en 1C71,

; L'archevêque de Sens était Louis-Henri et mourut en 1689.

pour tenir teste au Coadjuteur, porter rassemblée à se déclarer contre Fém« t66a 1 u \ . et, si la Heyiie prend la peine de leur parler et [île] leur donner quelque marque de confiance, je m'asseoie qu'Elle en fera ce qu'Elle voudra, et je suis persuadé, en outre, que mesdicts srs de Sens et de Gomminges, qui sont forl grands amys, seroient deux instruments forl propres pour faire résoudre par l'assemblée toutes les choses qu'on pourroil désirer pour le service de Leurs Majestez dans cette conjoncture.

Il seroit bon aussy que la Reyne parlasl à M. de La Rochefoucauld1 et lui list caresses, se plaignant de la conduite que tiennent les serviteurs de M. le Prince dans un temps que Sa M'1' a de si bonnes intentions pour luy. Je croy qu'il l'improuvera et qu'il fera là-dessus la pluspart des choses qu'on pourra désirer de luy.

Cette lettre sera, s'il vous plaist, commune à M. de Servien et à vous, et quand vous l'aurez lue, l'un et l'autre, et que vous aurez examiné ce qu'elle contient, je vous prie de la brusler aussytost, ou de la garder en sorte que personne n'en puisse avoir la moindre cognoissance.

J'estime si absolument nécessaire de prendre une prompte et bonne resolution, à moins que l'on voye la porte ouverte à un accommodement, lequel je croy très dillicile et hors d'apparence, que, non content de ce que je vous ay dict avant mon départ et [de] ce que je vous ay escrit depuis, j'ay encore communiqué toutes mes pensées au comte Broglia2 sur ce qui se pourvoit faire dans Paris, ou pour en faire sortir le Roy. C'est une personne en qui j'ay une entière confiance et à qui vous pouvez donner toute créance et luy parler ouvertement, disant aussy à la Reyne qu'Elle peut faire la mesme chose, et, sy l'on prend quelque resolution hardyc, il ne sera pas des derniers ny des moins capables pour contribuer à l'exécution; mais surtout souvenez-

1 Comparez les Mémoires de La Roche- Maznrin pour la délivrance des princes, de

foucauld, p. 2a5 de l'édit. des Grands écri- concert avec la princesse palatine. vains de France. La Rochefoucauld y parle ' Victor-Marie de Broglia , ou de Broglie.

d'une négociation qu'il avait entamée avec Voy. t. III des Lettres de Mazarin, p. 11/12.

Février i65i. vous qu'on ne fasse rien qui m'empcsche de tenir, suivant le pouvoir que j'en ay, la conduite que j'estimeray la meilleure à l'esgard de la liberté des princes; car autrement tout seroit perdu.

Bibliolh. nationale , mss. fonds fr. , C886 ; original. — Aff. é'tr. , France, t. 268 , f° 44 verso ; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.

A M. LE TELLIER

Du Pont-de-11 Arche, 1G février 1601.

Le manque de temps ne peut permettre de retenir copie de la lettre que j'escrivis à M. Le Tellier ni de celle pour M. Servien; c'est pourquoy, après avoir marqué diverses choses et faict des plaintes de la mauvaise conduite que les serviteurs de Leurs Majestez tiennent à Paris depuis mon départ, bien contraire à ce qui avoit esté arresté,et le peu de resolution qu'ils tesmoignent, je dis au premier ce qui s'en suit :

Mon avis est, puisque la Reyne me fait l'honneur de me le demander, que, si l'on veut faire à Paris l'ajustement de la liberté des princes, l'on doit, en premier lieu, faire instance que je sois restabli dans les bonnes grâces de Monsieur avec la revocation de tout ce qui a esté fait au Parlement contre moy; delà reunion1 de S. A. R. avec la Reyne, et que tout ce qui a esté fait ou arresté par ordre des princes , ou par ceux qui ont dit avoir pouvoir d'eux, avec S. A.R., leCoadjuteur, Beaufort'et autres de quelque qualité que ce puisse estre, qui soit directement ou indirectement contre l'authorité [royale], seroit annulé; et pouvant obtenir tout cecy, qui est le solide et rétablit le calme dans le royaume et l'union dans la maison royale avec la conservation de la dignité de Leurs Majestez, je conseille la Reyne de se rendre tout à

1 11 faut sous-enlendre/aîVe instance devant de la réunion de S. A. R., etc.

l'ait facile clans les autres conditions, qui regardent la seureté de la Février i65i. liberté dos princes.

Et en cas nue l'on ne puisse pas obtenir ce que dessus, il n'y a rien de |>lus préjudiciable que raccommodement à Paris, quelque advantage que le garde des sceaux' espère pouvoir retirer pour la seureté de la liberté des princes. Ce qui est aisé à voir par ce que j'ay marqué cydessus et par d'autres raisons qui peuvent tomber dans le sens d'un chacun, ( de sorte] que je m'asseure qu'on ne sçauroit rien alléguer au contraire. Rien ne peut donner plus d'espérance de restablir les affaires, Monsieur se laissant tousjours conduire par le Coadjuteur, que faisant en sorte que les princes recognoissent [tenir] leur liberté de la Reyne par mon entremise et de la leur accorder généreusement, en cas qu'ils renoncent à tous les traictez, ainsy qu'on a dict cy-dessus, auxquels ils pourroient avoir esté engagez par leurs serviteurs. Car-, si on fait l'accommodement à Paris, je n'y puis avoir aucune part et tout le monde estant contre moy, les princes y seront aussy, puisqu'ils ne m'auront pas la moindre obligation de leur liberté ny à la Reyne, et qu'ils seront obligez, par les traictez avec S. A. R. , de se joindre à luy pour ma perte.

La considération que vous faites de ce que Monsieur pourra dire, Champlastreux allant au Havre, ne semble pas de saison; car je ne suis plus en estât que de rendre de tres-bumbles respects à S. A. R. , mais non pas de me mesnager avec Elle pour ce qui regarde le service de la Reyne et pour mes interests. C'est pourquoy, par la mesme raison que vous dites que, quoyque fasse le Parlement, les princes ne sortiront pas que la Reyne ne l'ordonne , je n'besite point de conseiller à la Reyne de faire venir Champlastreux me trouver au Havre et M. de La Rochefoucauld mesme, puisqu'il s'y est offert, et de m'envoyer, outre le pou-

1 Le garde des sceaux était, à cette à l'époque où la vieille Fronde s'était unie

époque, le marquis de Chàteauneuf (voy. avec Mazarin contre le parti des princes, sur ce personnage, le tome I" des Lettres de 2 Mais semblerait préférable à car, que

Mazarin. p. 917). Cet ancien frondeur donne le manuscrit, avait obtenu la charge de garde des sceaux

\h LETTRES

Fémer i6Bt. voir que j'ay, un autre du Roy fort ample, et tel qu'il doit estre pour ajuster la liberté des princes, que S. M. a résolue, en la manière que je jugera y le plus à propos.

II me faudroit aussy envoyer une lettre du Roy à Bar contresignée de ' vous, par laquelle il luy soit ordonné de faire tout ce que je luy diray de la part de Sa Majesté louchant ladite liberté et publier en mesme temps dans le Parlement et par la ville que la Reyne a envoyé les ordres nécessaires pour faire sortir les princes, et, quand mesme on croira qu'Elle me les a adressez, tant s'en faut que je voie aucun inconvénient, que je trouve [au contraire] qu'il est avantageux à la Reyne de tesmoigner qu'Elle veut soustenir un bon serviteur que, malgré Elle, on veut mettre hors des affaires.

Aprez tout, mettant les princes en liberté par le traicté qu'on fera de deçà, on courra simplement le risque d'un mal qui est certain et inesvitable , les traictez signez ne reparant pas ce qui a esté fait contre moy et accréditant de plus en plus ceux qui ont agi jusques à cette heure pour pousser les affaires à l'extrémité. Je veux bien mesme vous dire que je ne désespère pas d'obtenir un desaveu ou la revocation de ce traicté1, puisqu'on me mande du Havre que, lorsqu'on a parlé à M. le Prince des engagements où on l'a voit mis pour ma perte, il a traité cela de ridicule2, disant qu'il seroit fort imprudent, si, aprez avoir receu de la Reyne la grâce de sa liberté, il s'en servoit pour luy déplaire et pour l'attaquer dans une partie qui luy est si sensible, et que, s'il avoit fait une chose pareille, il meriteroit bien que la Reyne le tinst lousjours en prison, puisque S. M. auroit parla tout sujet de croire qu'il n'avoit aucune bonne intention à son esgard.

Te crois donc absolument nécessaire pour le service de Leurs Ma-

1 H s'agit toujours du traité qui avait que j'ay eue de trouver Monsieur te Prince

ôle' signé entre la vieille Fronde et la nou- dans les sentiments que je pouvois souhaiter,

velle. Il a traité de ridicule ce que Bar luy a fait

3 Mazarin ne fait ici que répéter ce que voir dans vostre lettre d'un traité, etc."

lui avait écrit le maréchal de Gramont : Aff. étr. , France, t. 875, pièce 16. frJe n'ay pas esté trompé dans l'espérance

jestez que, si Monsieur n'est pas revenu lorsque vous receviez ce mot, Eévrier i65i. ou qu'on ne soit pas tout à lait asseuré qu'il reviendra <le la bonne manière, en sorti1 que je puisse estre honoré connue auparavant de ses bonnes grâces, que la Reyne donne ordre d'expédier le pouvoir et la lettre cy-dessus et que vous me l'envoyiez par une personne tresasseurée et avec toute la diligence imaginable, alin que je la puisse recevoir en arrivant au Havre, où j'espère d'estre après-demain au soir, ou lundy, à disner. Ce n'est pas (pie je ne sois résolu de Faire bien valoir le pouvoir que j'ay de la Reyne et que je ne croye que Bar y déferrera entièrement.

Il faut prendre courage; vous y avez plus d'intcrest que personne; vous me cognoissez trop bien et l'intention de ceux qui me persécutent pour douter que ma cause ne soit bonne, et vous sçavez que le Roy et la Reyne ayant touies les places, les armées et les princes prisonniers en leur disposition, on peut conduire les cboses en sorte, pourveu qu'on ne s'estonne pas des menaces des frondeurs, que tout réussisse à la gloire et à la satisfaction de Leurs Majestez et à 1 advantage de l'Estat, nonobstant qu'on n'ayt exécuté aucune des choses qui avoient esté projetées avant mon départ ni fait aucun cas, à ce que je vois, de ce cpie je vous avoîs escrit par le comte Broglia.

Bibliotb. nationale, mss. fonds fr., 6886, P 52; original. — Ibidem, f. f. /1209, f° îyo.

— Copie du temps.

A M. LE TELLIER

De Cailly1, 11 février i65i.

(EXTIUIT.)

J'ay receu ce matin l'arrest du parlement de Paris davant-hyer, lequel estant principalement fondé sur la presupposition que la Reyne avoit déclaré aux depputez dudict parlement qu'elle m'a voit esloigné

1 On trouve en Normandie plusieurs localités de ce nom ; il s'agit probablement ici de Cailly dans la Seine-Infe'rieure , arrondissement de Rouen, canton de Glères.

Fémer i65t. dos affaires saris espérance de retour et Sa IVFm'ayant fait l'honneur de me mander le contraire, il me semble qu'Elle a grand subjecl de se plaindre qu'on luy ayt imposé1 une chose fausse, et que cette raison suffit pour la nullité dudict arrest.

J'ay esté fort eslonné d'apprendre, par ce que m'a mandé le premier président de Rouen2, qu'il n'eust eu aucunes nouvelles de Paris depuis douze jours et qu'on ne luy ayt pas seulement envoyé une lettre de cachet pour pouvoir opposer au susdict arrest. Ce sont des choses qu'il ne faut pas négliger, et je vous prie d'y donner quelques soins.

Je crois que les expéditions du gouvernement de Dunkerque. Bergues et Mardick en mon nom sont desjà faictes; mais j'estime plus à propos, dans cette conjoncture, de les mettre sous celuy de M. d'Estrades3, lequel estant une personne de mérite et de service et fort ancien oflicier, on ne pourra rien trouver à redire que la Reyne luy ayt faict cette grâce. Je vous prie d'en dire un mot à Sa Mlé, et, si Elle le trouve bon, de luy adresser lesdictes expéditions à Dunkerque, où je l'ay envoyé. Il m'a dicl que sa garnison ne sçauroit subsister, si on ne pourvoit au pain. C'est pourquoy je vous prie d'en faire conclure au plus tost le marché avec le munitionnaire.

La lettre se termine par quelques détails sur des be'néfices et des garnisons.

Bibliolh. nationale, mss. fonds i'r., 6886, f° 5i; original. — Ibidem, î.i. £209, f° 192. —

Copie du temps.

Cailly, 12 février i65i.

Je ne mestonne point de tout ce que le Coadjuteur et sa cabale fait

' Imputé paraîtrait préférable. Mais il y a président du parlement de Rouen de 16 '17

bien imposé dans le manuscrit. à 1 663.

2 Le premier président du parlement de 3 Voy. sur Godefi'oy d'Estrades, le t. I

Rouen était Jean-Louis Faucon, seigneur de des Lettres de Mazarin, p. 926. Ris et marquis de Cbarleval. Il fut premier

Dl GARDIH \L M V/AIUN. 17

résoudre contre mov au Parlement, mais bien que, du coslé delà Gour, Févriei on ne dise rien, Monsieur mesine a\anl esté d'advis, la veille de la Chandeleur, qu'il falloil casser les arrests,sion en donnoit contre moy, adjoustant, à la vérité, que cela estoit peu, mais que la déclaration de ib7i8 empeschoit de faire davantage; el cependant le silence de la part du Ro\ n'est pas seulement une tacite approbation de la plus haute entreprise que I On puisse faire contre son autorité, mais, comme le dernier arresl est fondé sur un faux présupposé que la Rcyne auroit respondu aux gens du Roy qu'elle m'avoit esloigné sans espérance de retour. Sa M'' ne déclarant pas ce qu'il en est, toute l'Europe croira que ce que le Parlement faict est de concert avec la Cour, et je passeray partout pour le plus grand traistre et le plus meschanl homme du inonde qui ayt jamais esté.

J'ay donné tous mes soins, sans espargner aucune peine et sans aucun interest, au service du Roy, et, à ce qui a paru, ce n'a pas esté inutilement, et vous sçavez mieux que personne, ayant esté' tesmoin de toutes mes actions, si vous avez jamais recognu en moy aucun mouvement d'interest particulier et si je n'ay pas donné gayeinent le peu de bien que j'avois pour en assister le Roy dans les plus pressantes nécessitez de ses affaires; mais il ne seroit pas juste que, pour rescompense des services que j'a\ rendus, je fusse obligé à sacrifier mon honneur. Leurs Maj estez sont trop esquitables et ont trop de bonté pour moy pour le vouloir, et moy je le tiens trop cher pour ne me porter pas plustost à toutes sortes d'extremitez qu'à y donner les mains, puisqu'en me trahissant je trahirois le Roy, qui est plus offensé que moy clans les persécutions qu'on me faict pour me faire passer, sans aucune forme de procez, pour le plus perfide et le plus infidèle de tous les hommes.

-Nies persécuteurs ne sçavent pas ce qu'ils font quand ils font donner des arrests pour me faire chasser du royaume avec opprobre, et ils font bien plus paroistre leur passion et leur rage qu'ils n'agissent par prudence. Car si j'estois capable d'oublier ce que je doibs à Leurs Majestez et [me] laisser aller [à] l'esprit1 d'une juste vengeance, ils re-

1 Tel est le lexte du manuscrit; il faudrait peut-être lire espoir au lien d'esprit.

lurnmiMr KATIOXALK.

Février i65i. cognoislroient bientost qu'il n'esl j>as si a\sé d'écraser en un instant des gens faicts comme moy. Ce seroit peut-eslre le moyen de gagner leurs bonnes grâces que de travailler au bouleversement de l'Estat; mais quand j'aurois grande envie de les acquérir, je ne les voudrois jamais accepter à ce prix-là.

Je demande donc qu'il plaise à la Reyne ordonner que mon procez me soit faict, et, quoy que j'aye les qualitez de cardinal et de ministre, mon honneur m'oblige à souhaiter qu'on passe par-dessus toutes les formes, afin qu'il paroisse que je ne l'ay pas perdu. Je crains de commencer à passer pour importun; mais l'affaire me touche trop pour me taire. Au nom de Dieu, que la Reyne déclare ses intentions de ce que j'auray à faire et qu'il vous plaise m'envoyer une instruction qui règle la conduicte que je devray tenir.

Pour1 ce que vous m'avez mandé et que vous avez dict à Millet2, il semble que vous ne croyez pas que [les] princes voulussent traicter avec moy, et que, quand ils le feroient, je n'aurois aucune seureté de ce qu'ils promettent. Pour le premier poinct, ou le mareschal de Gramont et de Lionne3 prennent plaisir à me tromper, ou les princes ne souhaitent rien tant que de traicter avec moy; et pour l'autre, il se peut faire qu'aprez m'avoir promis amitié ils y manquent; mais si le traicté pour leur liberté se conclut à Paris, sans que j'y aye aucune part, ils pourront se joindre à mes ennemis et agir contre moy, sans que j'aye aucun subject de m'en plaindre.

Je vous avois escrit au long, l'autre jour, en response de vos mémoires, pour obéir au commandement que la Reyne me faisoit de dire mon sentiment sur ce qu'ils contiennent; mais je crois qu'on n'aura pas donné le temps à Sa M'ë de faire reflexion à ce que j'ay mandé et je

1 II faudrait Par plutôt que Pour. Ce- vint sous-gouverneur du Dauphin, fils de pendant la leçon du manuscrit s'entend, et Louis XIV, et mourut le 2/1 février 1690 je n'ai pas cru devoir la changer. (vov- ^e Journal de Dangeau à cette date).

2 Guillaume Millet ou Milet, de Jeurs, 3 Mazarin les avait envoyés au Havre. était sous-gouverneur du duc d'Anjou, avant son départ de Cailly, pour sonder les frère de Louis XIV; il fut nommé maréchal dispositions des princes.

de camp en i652. Dans la suite, il de-

DU CARDINAL M VZARIN. 19

crois que I on gaignedes moments pour advancer ma perte et la rendre Février i65i.

sans ressources. Je n'attends donc pas grand effecl de tout ce que je

vous escrivis, el je vous prie aeulemenl de rechefde m'envoyer la règle

de ma conduicte el de représenter ce qu'il faut, afin qu'au moins il ne

paroisse pas que la Cour donne les mains à me laisser punir comme un

traistre e! un voleur. Je m'assoure que M. le jjanle des sceaux fera en

cela ce qu'il doibt au service du Roy et à l'amitié qu'il m'a promise, et

je suis si asseuré de la justice et de la bonté de la Reyne, qu'Elle ne

me refusera pas sa protection en Testât où ma fidélité et mes services

m'ont reduict.

Nous verres, par un article de la lettre cy-joiucte, qui estoit desjà laide, que le premier président du parlement de Rouen m'a mandé qu'on ne luy avoil pas seulement envoyé une lettre de cachet, dont il se pust servir contre l'arrest de celuy de Paris, et j'ay sceu mesme que, si Sa M1' a voit t'ait sçavoir ses bonnes intentions à mon esgard audict parlement, il m'auroit envoyé des depputez au Pont-de-1'Arche.

Outre le préjudice qu'on peut recevoir d'ailleurs de ne respondre rien, il faut considérer que le parlement de Rouen et tous les autres inférant de ce silence que ce que celuy de Paris faict contre moy est de concert et avec l'approbation de la Cour, il donnera aussy les mesmes arrests, et que. si une fois il y a union entre eux soubs ce prétexte, elle continuera sans doubte dans toutes les autres choses que le parlement de Paris voudra faire contre le service du Rov.

RiMinlh. nationale, mss. fonds i'r. 6886,^59; original. — Ibidem, f. 1'. manuscr. /1209,

f* 198. — Copie du temps.

V M. LE TELLIER

Lislelionne (Lillcbonne) ', i3 février 1 65 1.

Je n'ay aucune de vos nouvelles depuis cinq jours, et je viens de

1 Lillehonne est aujourd'hui chef-lieu <le canton de l'arrondissement du Havre (Seine-Inférieure .

Février i65i. recevoir une [lettre] présentement dn Havre*, par laquelle j'apprends que le traicté avoit esté conclu à Paris, et que MM. Arnauld ' et Viole2 s'en venoient avec un secrétaire d'Estat pour l'accomplir. Vous sçavez les ordres que j'ay de la Reyne. C'est pourquoy j'ay grand subject de m'estonner de ce que, s'il y en a de contraires, je n'en reçoive aucun advis. Je vois Lien que l'on aura contrainct Sa M1"' a tout ce que l'on aura voulu, luy donnant des alarmes et la persuadant que, si la liberté des princes ne s' ajustait à Paris, Leurs Maj"z estoient en danger et que l'Estat se perdroit. Je compatis extrêmement la Reyne, et tout le regret que j'ay en cette affaire est de voir Sa Mlé en peine.

Vous me demandastes mon advis, de la part de Sa M1"; mais je ne vois pas qu'on l'eust entendu 3. Si tout le monde tombe d'accord de ma perte, malaysement je la puis esviter. J'en seray pourtant tres-consolé, si la Reyne y trouve son repos et son advantage et que l'Estat s'en porte bien. Je suppliay Sa Mté, en partant, d'avoir toute confiance en vous, et en effect vous sçavez si je l'ay sans aucune reserve. C'est pourquoy j'oserois respondre que, si Sa M10 a donné les mains à quelque chose qui ne soit pas à mon advantage, elle ne l'aura jamais faict, quoy que tout le monde ayt peu dire, sans vostre consentement, et je ne doubte point, si vous l'avez donné, que ce sera pour avoir veu les choses reduictes à la dernière extrémité, laquelle pourtant, comme je ne suis pas sur les lieux, je ne puis comprendre. Car, ce me semble, la Reyne n'avoit affaire de personne, ny de la visite de S. A. R., pour déclarer au Parlement et partout qu'Elle m'avoit donné ordre pour la liberté des princes et que, dans quatre jours, ils en jouiroient.

Je vous escrivis hyer au long par M. de Noailles, afin qu'aprez en

1 Arnauld de Gorbeville, meslre de camp administrative sous Louis XIV, t. II, p. 5/i :

des carabins. Voy. t. I des Lettres de Maia- k Esprit actif, inquiet, entreprenant, fou-

rin, p. 708. gueux, vindicatif, dévoué aux intérests de

- Président de la quatrième chambre des M. le Prince, s'est veu l'un des chefs de la

enquêtes du parlement de Paris. Le prési- Fronde, elc.->

dent Viole ou Violle est ainsi caractérisé 3 Le manuscrit porte entendu- Il faudrait

dans les notes sur les membres du parlement très probablement attendu. de Paris publiées dans la Correspondance

DU CARDINAL M VZVRIN. 21

avoir reeeu l'ordre de la Reyne vous me fissiez sçavoir la couduicte que Février i65i je doibs tenir. Vous estes trop de mes amis pour u'agir de la bonne manière, afin que je ne sois pas traicté comme un perfide et un banqueroutier, et si mes ennemis sonl assez forts pour l'emporter, je vous responds que je u'v donnera) pas les mains, cl que reduict à celle extrémité, quelque chose qui puisse arriver, je fiuiray eu homme d'honneur. C'est tout ce que je vous diray par le retour de voslre courrier, à qui je u'ay donné que dix pistolcs pour son voyage, lequel il luy faudra paver d'ailleurs. En attendant de vos nouvelles avec impatience, je demeure, etc.

Biblioth. nationale, mss. fonds fi*., 688fi, f 07: original. — Ibidem, f. f. manuscr. ia

f* 1 97. — Copie du temps.

A M. LE TELLIim.

Havre, i3 février if>r> i

J'a\ trouvé icy les choses si bien disposées et M. le Prince dans une si grande passion de servir la Reyne et de se lier inséparablement à Sa M,e, que j'ay cru ne debvoir pas différer un moment, aprez mon arrivée, à me servir du pouvoir que Sa Mu" m'avoit donné de mettre ces trois messieurs en liberté. J'en ay usé d'une façon assez obligeante, dont ils ont tesmoigné estre satisfaicts, et, quoy qu'on n'ayt [point] exigé d'eux des conditions en destail , ils ont protesté qu'ils remettroient tout à la volonté de la Reyne, qui pourroit limiter ou estendre, autant qu'il luy plairoit, les grâces qu'Elle leur voudroit taire, sans qu'ils y trouvassent à redire. Ce qui, me semble, doibt obliger SaMluà les traiter généreusement. Je sçais bien que mes ennemis ne manqueront pas de vouloir faire trouver extraordinaire la manière dont j'ay procédé en cecy. Mais les suites feront voir que je ne pouvois rien faire de plus advantageux pour l'Estat et pour le service de la Reyne. De Lionne,

Féïriei i65i. qui s'en va de delà, vous pourra informer plus particulièrement de

toutes choses; à quoy je me remets.

Arch. des A(ï. élr., Fiance, t. 268, i" 46; l. 29, du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

\ M. CHAMPLÂTRELX.

Havre, îh février i65i.

Vous verrez que je vous ay tenu la parole que je vous avois donnée et, par vostre moyen , à M. le Premier Président. Je suis fasché que vous ne vous soyez pas trouvé avec moy à la sortie de MM. les princes; mais je comprends bien les raisons qui vous en ont empesché. Je rn'asseure que M. le Premier Président et vous serez ravis de leur liberté et de sçavoir de quelle manière la chose s'est passée. Je suis extrêmement salisfaict de M. le Prince '. Je ne vous diray pas comme il l'est de moy; car luy-mesme vous le pourra tesmoigner. Au moins, ay-je tasché de l'obliger de bonne grâce, et j'ay creu que le bien de l'Estat et le service de la Pieyne m'obligeoient d'en user ainsy. Je crois que mondict seigneur le Premier Président n'oubliera pas les promesses que vous m'avez faites de sa part; et que luy et vous me donnerez des preuves solides de vostre amitié, particulièrement dans cette conjoncture où j'en ay le plus de besoin, et je vous asseure que vous serez bien secondez. Je vous prie, si vous avez quelque chose d'importance à me faire sçavoir, de mel'escrire parla voie de Lionne ou de le luy dire pour me le faire sçavoir. Cependant faites encore un estât certain de mon affection, de laquelle j'espère de vous donner bieutost des marques ef-

1 A en croire les mémoires du temps, il faut se rappeler cpie Mademoiselle a ré-

Condé fut loin de montrer les sentiments digé cette partie de ses Mémoires pendant

que lui prête Mazarin (voy. surtout les son exil, et qu'elle s'y montre toujours hos-

Mémoires de M"c de Monlpensier, t. I, tile à Mazarin. p. 3o4 et suiv. , édit. Charpentier). Mais

DU CARDINAL M iZARIN. 23

fectives, si la bonne volonté, donl il piaist à la Reyne de m'honorer, ue Février i65i trouve encore des obstacles qui s'opposent à mon prompt, retour. M. de Palluau1, qui VOUS rendra celte lettre, arrivera apparemment devant MM. les princes, et nous pourra informer encore plus particulièrement de toutes choses; à quov me remettant, je demeure, etc.

Ml.

Bibliothèque Mazarine, manuscr. 1719 D, P" 35 cl 30. — Copie du temps prise sur l'autographe.

\ L'ABBÉ OM)EDEI2.

Havi'c, t h febbraio 1 65 1 .

(Di inano de S. Em.)

Hô ricevuta la vostra délie 10, e starô con grande inquieludine sin tantoche io sappi clic le mie nipoti siano in sicuro; havrô caro che mi vcniale trovare il pin presto che polrete, et ail' hora parleremo di tutto. Vi diro intanto che per moite ragioni devo credere che M. le Prince, ch' hà mostrato gran sodisfattione délia maniera che ne ho usato per la sua libella3, s' impiegherà elïicacemente per me, et nella risolutione. che ho presa per questi prigioni, vedo d'haver incontrato il vostro gusto. Se la Regina çontinuavà ad honorarmi délia sua buona volonté, si puo sperare ogni hene; allrimente prenderô pacienza con grande tranquillité, et non mancarô à nessuna di quelle cose che stimerô proprie per far conoscere à quelli che si sono attaccati alla mia fortuna che nell' aversità sono capace di tutte le risolutioni che possono far havere huona opinione di me.

1 Philippe de Clérembault, comte de de Condé en bons termes, et inlirme le récit

Palluau. Voy. 1. 1. p. q5i, des Lettres de M" des mémoires qui racontent que le prince

tarin, n'accueillit qu'avec mépris les témoignages

- \o\ . surZongo Ondedei, le t.I.p. y 68, de respect et de dévouement du Cardinal,

des Lettres de Mazarin. Mazarin était trop clairvoyant pour n'avoir

3 Cette lettre confidentielle et autographe pas su discerner les véritables sentiments de

prouve que Mazarin s'était séparé du prince Condé.

Kémei i65i. IVr Je cose di Homa, non dubito che la mala inlentione del Papa contro di me, vcnendo fomentata da rniei nemici di Parigi, non])roduca qualche mal'effetto; ma vcnendo il caso si pensera al rimedio, et con gran costauza, et assicuratevi che, qualcunque disjjratia mi arrivi, 1 historia non parlera che bcne di me, se vorrà dire il vero '.

\l!. étr., France, t. 267, f 279; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. DE LIONNE

Havre, i5 février 1 65 1 .

(extrait.)

J'ay songé que, si les princes, ducs et pairs, mareschaux de France, les principaux officiers de la maison du Roy auxquels se pourroient joindre aussy les prélats et autres qui sont de mes amis, parloient ensemble pour moy à la Reyne et mesme à M. le Prince, leur exagérant l'injustice de la persécution que je souffre toute cabalée par un particulier, qui est reconnu pour un meschant homme et ennemy de l'Estat, comme est le Coadjuteur, peut-estre que cela feroit un bon eflect; mais il ne le faudroit pas faire, sans l'avoir concerté auparavant avec M. le Prince et qu'il le jugeast à propos. Vous le supplierez, de ma part, de me donner ses bons conseils sur ce qu'il croit que je doive faire et vous luy direz que, quelque resolution que je prenne et quoy que j'eusse desjà fait, quand il me fera seavoir ses sentiments, je m'y conformeray aussytost, et, si vous n'avez pas lieu de luy parler, il le luy faudra faire dire par le mareschal de Gramont2.

J'ay receu une lettre de la Reyne par le comte de Broglia, qui est fort

1 Cette dernière phrase dune lettre à la justice de l'histoire. — s Antoine III

autographe, écri te par Mazarin à un de ses de Gramont, appelé d'ahord le maréchal

confidents intimes, mérite une attention de Guiche. Voy. t. I. p. o,3a, des Lettres

particulière, comme un appel de Mazarin ik Mazarin.

DU CARDINAL M\Z\RÏN. ^

obligeante. Je suis au désespoir de et1 que Sa \l'r souffre; sçachez si Février i<\:>< elle a agréable que je luy escrive souvent. Je l'ay fait presque tous les jours depuis mon deparl ', cl ces! la seule consolation qui nie reste: mais je crains de me rendre importun. C'est pourquoi je luy escrira} peut-estre encore un mot aujourd'huy, et, après cela, je differeray à le faire jusqu'à ce que je reçoive <le vos nouvelles.

Il faut insinuer à M. le Prince que, si je suis en pouvoir de le faire, je le serviray dans toutes les choses qui le pourront le plus contenter et convenir en tout avec luy. Il faut aussy prendre soin de gaigner M. de Longueville; et pour M. le prince de Conty et Mrac de Longue- Mile. M. de La Rochefoucauld est le meilleur instrument dont vous vous puissiez servir pour les engager dans mes interests. Je luy ay tenu la parole que je lu\ avois donnée de mettre MM. les princes en liberté. Je croy aussy qu'il observera la sienne, qu'il me lit encore confirmer par le sieur Bartet -, le jour mesme dont je partis le soir, comme vous verrez parle billet cy-joint dudit Bartet, que je vous envoie en original3, et je vous asseure qu'il travaillera avec d'autant plus de chaleur pour cette union qu'il ne fera pas moins en cela pour le service de ses amis4 e1 bob advantage particulier que pour mon interest.

Si les choses ne peuvent pas estre accommodées d'abord, la Reyne neut convenir avec M. le Prince de dissimuler présentement à mon esgard pour laisser passer l'orage et pour mieux, aprez, se déclarer de sec intentions, et par ce moyen aussy mondict sieur le Prince s'accrediteroit pour faire son coup avec plus de facilité et procurer mon retour,

' Nous n'avons retrouvé aucune de ces Mémoires de Conrart, édit. Michaud el Pou -

lettres de Mazarin à la Reine. joulat. p. 61 5.

' Bartet était un paysan de Béarn qui ' Les Mémoires de La Rochefoucauld ne

parvint, par son esprit et ses intrigues, à mentionnent pas ces négociations; mais les

obtenir quelque crédit à ta Cour. Il y avait détails donnés par Mazarin sont tellement

le titre de résident du roi de Pologne. Il de- précis qu'on ne peut contester la véracité

\int. pendant l'exil de Mazarin, un de ses de son récit.

agents les plus actifs. Bartet vécut jusqu'en i Parmi les amis de La Rochefoucauld, il

1707. ( \ ov. le Journalde Dangeau à la date faut placer la princesse palatine, Anne de

du l 'i septembre 1707, t. I, p. 662.) On Gonzague. sœur de la reine de Pologne,

trouve aussi des détails sur Bartet dans les Marie de Gonzague.

M1ZVRIN. IV U

IxrniMEMt KATIOKALE.

Février i65i. quand il en sera temps. Je vous escris toutes mes pensées, raie remettant neantmoins à ce que vous jugerez plus à propos, estant sur les lieux.

11 est bon de sçavoir ce qui se fait des troupes qui portent mon nom, et, en cas de nécessité, on pourroit les faire mettre sous celuy de M. le duc d'Anjou l, comme on avoit proposé; mais peut-estre qu'on n'en parlera pas, et ce sera le meilleur.

Cliamplastreux et son père2 n'ayment ni les frondeurs ni les serviteurs de M. le Prince, qui sont liez avec eux, comme Viole, Arnauld3 et autres, et craignent extrêmement que le garde des sceaux4 n'occupe la première place; il 5 n'oubliera rien pour lempescher et pour destruire ainsy le crédit du mareschal de Villeroy ° et de ceux de cette cabale. C'est pourquoy on peut, à mon advis, se fier à luy, afin de l'obliger à agir, avec sou père, auprez de M. le Prince pour faire réussir nostre dessein, et je crois qu'il y travaillera avec d'autant plus de chaleur, que je sçais qu'il souhaiteroit que je demeurasse dans le poste où j'estois, estant bien uni et lié d'amitié avec mondict sieur le Prince.

J'apprends que Mllede Beaumont7 fait le pis qu'elle peut contre moy, et il ne faut pas douter qu'elle ne soit poussée à cela par la cabale du garde des sceaux. Il seroit bon de luy faire cognoistre que je n'ay pas besoin d'occuper la place de premier ministre pour avoir le pouvoir de me venger de ses impertinences; mais, si on la pouvoit ramener et faire bien agir, comme M. de Palluau le croyoit aisé, ce seroit le meilleur.

Il seroit bon de faire remarquer à la Reyne que le garde des sceaux

1 Philippe de France, l'rère puîné de Louis XIV, ne prit le titre de duc d'Orléans qu'après la mort de Gaston, en 1661.

2 Mathieu Mole, premier président du parlement de Paris.

3 Arnauld de Gorbeville. Voy. le t. I, p. 908, des Lettres de Mazarin.

'' L'Auhespine de Châteauneuf. Voy. cidessus, p. i3, note 1.

5 // est bien au singulier et se rapporte

à Champlâtreux, qui était particulièrement attaché à Condé.

0 Voy. sur le maréchal de Villeroy. le t. i . p. 9G7, des Lettres de Mazarm.

7 C'était une des filles d'honneur de la Reine. M",c de Molteville, qui en parle plusieurs fois dans ses Mémoires, dit (t. I. p. 2G7, de l'édition Charpentier): «C'étoit une fille hardie, dont l'esprit étoit grand, rude et sans règle.»

n'ayant parié que de relever l'autorité | royale | et faire des coups har- Renier 16! • h-, il n'a pas seulement songé à faire casser les arrests que le Parlementa donnez contre moj avec nu oiespris si injurieux à celle autorité.

Enfin il n'y a rien, à mon advis, si important pour mes affaires que de faire recognoistre à la Reyne ce que M. le Prince est résolu de faire pour moy, et que celuv-cy soit persuade (pie la Reyne ne souhaite rien avec tant de passion comme île me revoir auprès d'elle. C'est pourquoy vous devez bastir sur cela, comme sur le plus solide fondement du i establissemenl de toutes mes affaires., que je ne feins l pas de dire qui sont les vostres par l'affection que j'ay pour tout ce qui vous regarde et l'envie que j'ay de vous en donner des marques de plus en plus.

Si vous pouvez, par quelque moyen que ce puisse estre, gagner \iole et le président Perraut-, ce seroit un grand coup, et il ne faut espargner aucune personne pour cela.

Dites à la Reyne qu'EHe doit faire grandes caresses au maresclial de Gramont. duquel, par ce moyen, Elle fera ce qu'EHe voudra, et c'est l'instrument le plus propre dont Sa M"5 se puisse servir pour porter M. le Prince aux choses qu'EHe désirera de luy.

\ ous advertirez aussy Sa Mlé de ne se fier pas à Mmc d'Aiguillon 3, qui asseurement est de la cabale contraire. Je vous en diray les raisons une autre fois.

Afi". étr.. Franco, t. ady. f" ->8o verso; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. —

A M. DE LIONNE

Havre, 10 février i65i.

(extrait.)

Ce qui est porté par le dernier article de vostre mémoire du 8me [fe-

1 Je n'hésite pas à dire. les plus dévoués du prince de Condé.

2 Perraut était président de la Chambre s Marie-Madeleine de Wignerod. Voy. des comptes; c'étail un des conseillers t. I, p. go3, des Lettres de Mazarin.

iei itët. vrier] est la principale raison qui m'a obligé de me haster pour venir mettre MM. les princes en liberté, puisque vous marquez1, de la pari delà Reync, qu'elle croyoit que je le devois faire au plus tost, particulièrement si j'y pouvois trouver mes advantages. Ils m'ont, tous trois, promis leur amitié et de s'employer de bonne sorte pour mon retour. Je ne sçay pas ce qu'ils feront; mais M. le Prince, cognoissant, comme il faict, ce qui est de son interest, je croy qu'il me tiendra parole, puisqu'il ne peut jamais se fier de ceux qui tiennent, à présent, le haut du pavé, et qu'il luy est advantageux d'avoir auprès de la Reyne une personne, qui estant honoré2 des bonnes grâces de Sa Mu', sera en estât de le servir et qu'il ne peut douter qu'il ne le fasse de bonne sorte, luy ayant une obligation si sensible comme seroit de faire cesser tous les obstacles et les oppositions du Parlement et d'autres qui empeschent la Reyne, nonobstant la bonne volonté qu'Elie a pour moy, de s'en servir, comme par le passé.

Je n'ay peine à croire ce que vous me dites du peu de correspondance que vous trouvez en M. Le Tellier. Il faut vouloir ce qu'il plaist à Dieu , mais je le compatis en ce qu'il recognoist peut-estre que s'il en usoit autrement, il se perdroit et ne seroit plus en estât de rien faire. Il ne m'a escrit qu'un mot, par lequel il se remet à la vive voix du comte Broglia, et cependant ledict sieur comte n'a aucune cognoissance de ce que vous me marquez que ledict sieur Le Tellier me devoit escrire par ordre de la Reyne sur l'adjustement qui a esté faict à Paris pour la liberté des princes. Il est bon neantmoins de ne luy en tesmoigner rien.

Je vous prie de vous attacher à M. le Prince le plus que vous pourrez. Je ne doute point qu'on ne veuille trouver à redire que. je les aye faict sortir sans attendre les ordres du Roy; mais, outre que j'avois pour cela une lettre de la Reyne, j'ay creu que l'interest duserviee de Sa Mte et le mien particulier vouloit que j'en usasse ainsy, puisque quelques conditions qu'on eust exigées d'eux, ne pouvant pas les exe-

La copie porte bien marquez. Il semble (pie marquiez conviendrait mieux. — ' Honoré est au masculin flans le manuscrit.

DU CARDIN VI. M \Z VllîN. W

cuter avant leur sortie, il a esté beaucoup mieux de se liera la parole ivw„ qu'ils ont donnée de se sotibmettre à ce que la Reyne vou droit el de travailler sincèrement pour mon retour que de chicaner avec eux ci leur faire acheter leur liberté par des promesses forcées. Car par ee moyen, et estant [dus obligez à la Reyne, ils eu conserveronl plus de gratitude, el devant estre satisfaicts de la façon dont j'en ay usé, ils s'employeronl plus volontiers j)our ce qui me regarde el me tiendront plus sincèrement la parole qu'ils m'en ont donnée, quand ils n'y seraient pas. d'ailleurs, intéressez pour les raisons inarquez cy-dessus, et, quand ils feront autrement1, toujours ay-je pris, de mon costé. les précautions que je pouvois; car, si ces Messieurs fussent sortis sans que j'y eusse eu aucune part el qu'ils eussent ratiffié ce à quoy quelques-uns de leurs serviteurs les avoient engagez pour ma perte, elle estoit encore plus infaillible, MM. les princes et leur party, M. le duc d'Orléans et le sien, le Parlement et les frondeurs estant tous unis contre moy.

Mnzarin prie de Lionne d'agir fortement auprès de la Reine en sa faveur et rappelle les service- qu'il a rendus à la France:

Que l'on repasse toutes les histoires, si l'on trouve que jamais ministre .i\t servi avec plus de Gdelité et de désintéressement que j'av faict, je veux pas>er pour plus meschant homme que le chef de ceux qui m'attaquent, c'est-à-dire le Coadjuteur. J'adjousteray encore qu'il y a aussy peu d'exemples que l'on ayt servi si utilement que j'av faict les premières cinq années de la Régence; et. si les affaires n'ont pas eu, après, la niesine prospérité, il s'en faut prendre aux autheurs des desordres; car. à moins que Dieu list des miracles tous les jours, il estoit impossible, la sédition, la désobéissance et l'impunité s'estant establyes, les parlements estant deschai nez el la plus grande partie des François ayant l'esprit desbauché, que les choses pussent bien aller, et je sçay que les Espagnols, comme me dict fort bien don Estevan de Gamarra -, à

1 Tel esl le lexle de la copie. /:'( quand sonnier à la bataille de Hethel et conduit a ils feraient autrement semblerait préférable. Reims. Voy. t. III. j>. 95a, des Lettres dt 1 Ce général espagnol avait été fait pri- Mazarin.

l65i, lili<'iin>t scslonnenl bien moins des advantages que nous ;i\ons reiiiportez les cinq premières années, (|ue de ce que, les dois suivantes, on a sousienu les affaires, en sorte qu'on ayt |>u esviter la ruine de HEstat.

Biblioth. nationale, mss. fonds fr., (1886. T 63; original. — Ibidem, f. fr. Z1209. P 200. — Copie du temps.

4 M. LE TELLIER

Havre. 1 5 févria 1 0Û2.

(extrait.)

J ay receu ia lettre qu'il vous a plu de m'escrire par M. le comte Broglia, qui m'a entretenu au long de ce que vous lny avez dit. Je n'entrera \ plus à parler des choses passées. Je vous prie de faire considération sur ce queje vous ay escrit par M. de Noailies1. Car asseurement si ceux qui veulent m'oster l'honneur ne m'ostent la vie, je m'en détiendra \ jusqu'au dernier soupir, et je feray cognoistre à mes ennemis qu'ils ont pris mal leurs mesures, s'ils ont creu que j'acquiescerois aux violences qu'ils m'ont faictes avec tant de rage et d'injustice, que malaysenient elles pourroient estre endurées par le dernier homme du monde, et je masseure que la Reyne a trop bonne opinion de moy pour croire que je donne la joye à mes ennemis, qui ne sont pas trop ses serviteurs, de me voir périr comme un lasche, après avoir faict cognoistre, dans toutes les actions de ma vie, queje ne me suis tourmenté que pour acquérir un peu d'honneur.

Vous n'aurez pas grandpeine à croire, s'il vous plaist, faisant re-

1 Anne , comte de Noailies. Voy. t. I , de Paris . indique (pie le Cardinal soup-

p. 9^8, des Lettres de Mazarin. Celte lettre, çonnait ce ministre de s'être entendu avec

du i5 février 1 65 1 , dont le ton contraste ses ennemis. On trouvera plus loin de nou-

avec les dépêches que Mazarin avait adres- velles preuves de la défiance de Mazarin

sées à Michel Le Tellier depuis son départ contre Le Tellier.

DU CARDINAL MAZARIN. -il

flexion sur la manière avec laquelle j ay vescu avet vous, que je sou- Févria i6i • baite avec passion qne vous me continuiez l'amitié que vous m'avez promise. Mais je ne voudrois pour rien du monde que cela vous pusl apporter le moindre préjudice, de façon que si cela peul arriver, ou pour m'escrire, ou prendre soin de mes interests, je vous ayme trop pour ne VOUS pas prier, comme je fais uV loul mou cœur, de ne le faire

pas.

UiMiod). nationale, mss. Fonds IV., 6886, l 68; original. — Ibidem, f. fr. '1209 I' ->oH. — Copie du loin | >s.

A M. LE TELLIER

Havre, 18 février 1 65l .

(extrait.)

Voslre depesche du i5 de ce mois, que je viens de recevoir, ne m'oblige à aucune response, et comme je n'ay pas receu une lettre du Roy et de Mme d'Aiguillon J pour les habitants du Havre, ainsy que je vous avois prié de me [la] procurer, j'ay pris resolution d'en partir pour m'en aller à Arras. Mais comme j'ay appris que M. de Mondejeu2 n'v est point, je prendray ce chemin-là pour me rendre demain au soir à Douriens (Doulens), où. suivant les nouvelles que j'apprendray de Paris depuis l'arrivée de M. le Prince, je prieray Dieu qu'il m'inspire ce que j'auray à foire, et si je suis contraint à passer ma vie en Bohémien et à estre considéré pour un traistre, à qui on deiïend de demeurer dans le royaume, j'auray patience, espérant que Dieu me donnera, par sa bonté, de l'ayde et de la consolation, de laquelle le plus constant de tous les hommes auroit besoing dans un semblable rencontre.

1 La dnrhesse d'Aiguillon avaU legou- dejeu, était gouverneur d'Arras. 11 devint

vernement du Havre, comme tutrice «le son maréchal de France en 1 6 5 8 , prit alors le

neveu, le duc de lîichelieu. nom île maréchal de Sehnlemberg et mou-

1 Jean de Sclinlemberjj. comte de Mon- rut en 1(171.

Févriei 1 65 1 Au reste, je ne pourra^ pas estre aysement persuadé que celuy qui

;i donné le conseil à la Reyne de dire qu'EUe m'avoit esloigné sans espérance de retour soit de mes amis, et je vous advoue que le desplaisir le plus sensible quej'aye receu en ma vie, ça estéceluy-là, puisqu'apres avoir servi, comme j'ay faict, il paroistra parm\ toutes les nations que je suis un perfide, puisque la plus juste de toutes les reynes déclare quelle me chasse sans espérance de retour. Cent arrests du Parlement à l'esgard de tout le monde ne m'eussent rien faict; mais un seul, auquel donne lieu la déclaration de la Reyne, me met par terre.

élr., France, l. 267, f" 282; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.

A M. DE LIONNE

Doulens, aâ février i65i.

(extrait.)

Mazarin se plaint des persécutions que lui font épromer ses ennemis et particulièrement le Coadjuteur. Il ne dépendait que de lui de retenir les princes en son pouvoir1. Cependant Condé s'est joint à ses ennemis, malgré les promesses qu'il lui avait faites au Havre.

Il 2 n'y a point de meschanceté pareille à celle que commet M. le Prince, débitant ce que vous me mandez; car je ne luy dis rien de Mme de Chevreuse. Je luy parlay seulement de M. le Premier Président et de M. de Champlastreux, à l'advantage desquels il trouverait la Reyne toute disposée, et cela est la pure vérité. Je ne sçay pas ce que dict M. le mareschal de Gramont de la conduite que tient M. le Prince à mon esgard après la parole qui! m'a donnée, en sa présence, de vouloir estre de mes amis et ce qu'il vous avoit aussy dict auparavant là-dessus; de

1 Mazarin paraît, dans cette lettre, faire que, jusqu'à la conclusion d'un traité qui

allusion au projet qu'il avait eu de retenir aurait garanti son rétablissement auprès du

les princes en prison , ou même de les em- Roi et de la Reine, mener sur le vaisseau où il se serait embar- 2 Ce passage est au f° 290.

Dl CARDIN il MAZÀRIN. 33

quoy mondicl sieur le mareschal a esté garant. J'ay remarqué que tout Viinm i65i le mal qui m'esl arrivé a tousjours procédé de mon bon naturel, qui m'a porte à déférer pi us aux advis de mes amis qu'à suivre les miens. Si j'eusse exécuté ce <|iii m'esl venu dans la pensée1, que j'avois communiqué à M. de Palluau un jour avant qu'arriver au Havre et que je vous dis an>s\ quand vous vinstes à ma rencontre, les choses ne seroienl pas eh ('estai où elles sont: mais à ce qui est faict il n'y a point do remède.

Mazaiin parle ensuite de la difficulté de trouver un asile pour lui et pour sa Famille. Il répond au reproche qu'on lui adressait d'avoir emporté les diamants de la couronne, et donne le conseil de rappeler Chavigny :

Vous direz à la Reyne que je crois absolument nécessaire, par beaucoup de raisons qui seroienl longues à desduire, de rappeler M. de Chavigny dans le ministère, tesmoignant dans le public que c'est une pensée qui luy est tombée dans l'esprit et disant à S. A. R. et à M. le Prince que ledict Chavigny ayant esté longtemps dans l'employ avec grande cognoissance des affaires estrangeres, Sa M16 a jugé à propos de s'en servir, particulièrement mo\ n'y estant plus; et afin que M. de Chavigny recognoisse [tenir] de la seule bonté de la Reyne et de mes bons ollices son restablissement non seulement dans son poste, mais dans une plus grande confidence et estime, il faut, sans perdre un moment de temps, l'informer à l'advance. par quelque voye, de ce que j'ay faict pour luy et de la resolution que Sa Ml<? a prise à ma supplication, l'obligeant au secret nécessaire pour le service de Leurs Majestez, pour

le sien particulier et pour le mien Pour mieux faire tout cela, il

faudroit le faire venir à Paris, s'il n'y est desjà, et le voir en cachette pour concerter tout avec luy, avec lequel il ne faut rien oublier pour vous lier, vous et M. Servien, estroitement.

Mazarin ne se bornait pas à vouloir introduire dans le conseil du Roi un principe de discorde en y rappelant Chavigny, il était encore d'avis de donner le

1 Voy. la note 1 de la page précédente.

IMPMUEMZ lUTIOSMtl-

\h LETTRES

I m m chapeau de cardinal au vieux garde des sceaux, Chàteaunouf. Il parle, dans la

suite de sa dépêche, <le quelques-une des motifs de cette proposition; mais il ne dit rien du principal : il voulait surtout, en Taisant nommer cardinal le marquis de Ghâteauneuf, le brouiller avec le Coadjuleur, qui aspirait à cette dignité.

0 est un chapeau jeté que <le le donner à un homme de soixantedouze ans, qui n'ira jamais à Home; niais après avoir resvé à cette affaire, je juge que M. le prince de Conly1 ne le voulant pas avoir, nonobstant les diligences de son frère, qui asseurement le voudroit voir engagé tout-à-fait dans la profession ecclésiastique, la Reyne en pourroit honorer le garde des sceaux, qui ne sera pas plus considérable avec cette dignité, et que, d'ailleurs, il sembîeroit par cette resolution que Sa Mte ne songe plus à mov et qu'Elle ne se mesfie et n'a nulle aigreur avec le garde des sceaux, duquel Sa Mié pourroit tirer parole auparavant qu'il feroit quelque grand coup pour relever l'autliorité du Roy et reparer les injures qu'Elle vient de recevoir, qu'il n'auroit attachement à personne qu'à Elle et qu'il tiendroit tousjours la main que je fusse bien traité. Avec cela on rassureroit bien le maresclial de Villeroy, et, quand le temps le permettra, la Reyne pourra punir leur infidélité, faisant retirer l'un aussy bien cardinal que garde des sceaux. Mais je croy absolument du service de la Reyne qu'on mesnage, auparavant que de se déclarer en te que dessus, les sceaux pour M. Servien 2, qui y servira tres-dignement, et Sa Mle rescompensera un fidèle serviteur, qui a vieilly dans le service et qui ne luy manquera jamais, et il ne faut pas douter que le garde des sceaux, pour estre cardinal et avoir la première place, n'agisse luy-mesme en faveur de M. Servien. S. A. R. trouvera son compte dans la promotion du garde des sceaux, qu'il croira tout-à-fait bien avec la Reyne, et on peut se conduire en sorte avec M. le Prince qu'il croye que M. Servien luy aura grande

' On a déjà dit ( t. Il , p. 35 1 , note 2 , des spirer la vocation , afin île s'emparer de tous Lettres 4e Mazarin) qu'Armand de Boni- les biens de la maison de Condé. bon, prince de Conti, avait été destiné à la 2 A bel Servien, oncle de Lionne et micarrière ecclésiastique. Son frère, le prince nistre d'Etat. Voy. 1.1, p. 900. des Lettres de Condé, chercha vainement à lui en in- de Mazarin.

obligation de la dicte charge. Mais si cela, par «les raisons que je ne Févrii -<ais point, estoii tout-à-fait impossible et qu'il fallust la donner à M. I»' Premier Président, il faudra absolument que M. Servie» ayl sa charge. Je voudrais aussy, s'ii estoii possible, que le garde des sceaux eusl recours à inoy. m'envoyanl une personne expresse pour m'obliger à escrire à la Revue en sa faveur.

Mazarin se plaint 1res vivement de Michel Le TellierdattB la suite de celle de pèche. Nous omettons cette partie de la lettre, qui esi reproduite plus loin :.

Will.

Ail.éir. . France, i. »68, f 58 verso; t. ag du recueil des Lettres de Mazarin

Copie du temps.

\ MONS1K11R LE PRKV1IKR

Péronne, 37 février l65i

Le (cardinal3 a vingt mille de rente'1 |de] moins en bien d'Eglise <ju il n a voit lorsque l'eu M. le Cardinal5 mourut: ce qu'il est bien aysé de voir, n'ayant que l'abbaye de Moissac6et celle de Saint-Martin 7 de plus que celles qu'il avoit, et se trouvant [en] moins celle de Royaumont \

Voy. principalement une dépêche du 17 macs 1 65 1 . adressée par Mazarin à de Li< une.

Henri de Beringhen. premier écuyer de la petite écurie du Roi. (Voy. t. I, p. 9 1 2 . des Lettres de Mazarin.) Le premier écuyer de la petite écurie était toujours désigne à la Cour sous le nom de Monsieur le Premier.

Mazarin parle ici de lui à la troisième personne, comme dans la plupart des dépèches chiffrées.

' Ce mémoire prouve qu'à l'époque de la Fronde Mazarin était loin de posséder !'j> immenses richesses qu'on lui ajustement reprochées, (l'est seulement de i653 à

1661 , lorsque J.-B. Colberl fut chargé d'1 l'administration de ses biens, qa il entassa

des trésors et fit bâtir de somptueux palais.

Le cardinal de Richelieu était morl le 'j décembre îG'e» .

L'abbaye de Moissac,dans le bas Querc\ 1 aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement •lu département de Tarn-et-Garonne) étail importante; elle valait ii l'abbé vingt-deux mille livres de rente au win siècle.

7 Probablement Saint-Martin de l'ours

L'abbaye de Royaumont, de l'ordre de Gîteaux, avait été fondée par Saint-Louis. Le revenu de l'abbé élait d'environ douze mille livres au xviu' siècle. Royaumont n'est plus qu'un village du dép1 de Seiiie-et-Ois<\

i65i. et ayant, outre cela, mis trente quatre mille livres de pension sur toutes ses abbayes pour distribuer à de vieux officiers, qui avoient longtemps servy le Roy, et qu'il est tres-dilïicile de pouvoir rescompenser d'ailleurs. 11 est vray que j'aurois bien plus de revenu si le service du Roy ne m'eust obligé à remettre quatre de mes abbayes entre les mains de la Reyne pour en favoriser le comte d'Harcourt1 [et] l'abbé de Memac-, afin de contenter M. le Premier Président, le cardinal Grimaldi3 et le comte de Laval 4.

11 est aysé aussy de faire voir que, devant la mort du feu Roy, j'avois près de trois cent mille livres d'argent comptant et quantité de beaux meubles, ce que je n'ay pas présentement, ayant donné tout cet argent au Roy, et de plus tout celuy que j'avois acquis par les bienlaicts de la Reyne durant la Régence. Pour les meubles, on m'en a vendu, dans la guerre de Paris, ou, pour mieux dire, après la paix signée, pour la valeur de six cent mille livres, quoy qu'on n'en ayt tiré que cent soixante mille; de quoy je n'ay dit un mot. Et pour ma vaisselle, mes pierreries et mes belles tapisseries, tout est engagé à Paris, et M. Le Tellier sçait que l'argent, que l'on en a tiré, a esté employé, ou pour suppleement du payement de la monstre à l'arrivée de l'armée d'Allemagne 5, ou pour ayder à payer celle de Flandres lors de la bataille de Lens.

Le Roy m'avoit donné une charge de surintendant des bastiments que j'ay vendue à M. Le Camus, beau-frere de M. d'Emery, et M. Le Tellier sçait que le trésorier de l'extraordinaire des guerres en a receu l'argent, qui dira ce qu'il en a faict.

Ce n'est rien au Cardinal que d'estre reduict en cet estât, mais ce

' Mazarin avait cédé l'abbaye de Royau- le t. I, p. o,3o, des Lettres de Mazarin. mont au comte d'Harcourt. 4 Les seigneurs de Laval étaient une

1 Meimac ou Meymac était un bourg du brandie de la maison de Montmorency; il

Limousin où il y avait une abbaye commen- s'agit probablement ici de Guy-Urbain de

dataire de bénédictins. Meimac est mainte- Laval, mort en i664. nant chef-lieu de canton du département 5 Mazarin veut parler des corps alle-

de la Corrèze. mands amenés, en iG5o, par d'Erlach,

' Voy. sur le cardinal Jérôme Grimaldi, pour repousser l'archiduc Léopold.

DU CARDINAL M VZ UtIN. :17

ijiii [lu\ | faict plus de peine, ce sont les engagements dans lesquels il est Février i65 pour avoir obligé tous ceux sur qui il a quelque pouvoir d'assister le Ro\ de sommes considérables. C'est pourquoi il a faict instance qu'on donnast ordre à diverses personnes de le venir trouver pour adjuster ses comptes, afin de pouvoir asseurer ceux ;\ qui il doit sur ce qui lu\ est deub par le Roy, et si on ne juge pas à propos qu'estant arrivé en quelque endroit sur la frontière, par laquelle il doit sortir, il s'arreste pour cola trois ou quatre jours, qu'au moins on donne ordre au\ personnes, dont il a envoyé le mémoire, de le venir trouver au lieu le plus près hors du royaume, où il se pourra arrester.

On avoit l'ait une conférence chez M. Tubeuf, où M. le Surintendant, M. Le Tellier et autres se trouvèrent, en laquelle il fut résolu qu'on assigneroit une somme annuelle sur quelques fermes ' au Cardinal jusqu'à la concurrence du payement de ce qu'on luy doit. Il demande que cela soit exécuté, n'y ayant rien de si juste, puisque ce qu'il a advancé a esté tout argent comptant, et en des occasions où ceux qui en sont informez peuvent tesmoigner que le service du Roy en a receu grande utilité.

Le Cardinal a esté bien ayse d'apprendre que Sa Majesté, par sa bonté, vouloit que ses pensions luy fussent payées à l'accoustumée; mais comme ses bénéfices sont presque tous en Picardie et Champagne, et reduicts en un estât qu'il n'en sçauroit jouir de longtemps, si l'on ne faict en sorte que ses appointements luy soient payez ponctuellement, il faut que de bonne heure il songe à vivre comme un particulier. C'est pourquoy, il La supplie qu'on donne de tels ordres là-dessus qu'il puisse estre payé encore mieux qu'il ne l'a esté durant le temps qu'il a eu l'honneur d'estre auprès de Leurs Majestez. Il a faict instance qu'on luy donnast moyen d'entretenir ses gardes, puisque n'ayant aucune place de seureté et n'en pouvant pas trouver aysement (car il ne sçauroit aller à Rome pour les raisons que chacun sçait), cette assistance lui donnera lieu de se garantir en quelque façon.

1 Gomme les aides, les gabelles el autres impôts, qui étaient affermés.

Février i65i. Il a demandé aussy qu'on laissast sortir de Paris loutes ses bardes et les choses qui luy sont nécessaires, s'estanl mis en chemin desnué de tout pour plaire à la Reyne et tesmoigner plus de fermeté à Bes ordres. Enfin le Cardinal dit qu'on peut avoir quelque considération pour luy. puisque le peu de moyeu qu'il a de subsister ne vient pas des despenses superflues qu'il ayt laides, n'ayant acliepté ny charges ny terres, ny estably ses parents, ny marié ses niepces, ny fondé des églises, nybastj des palais, et chacun peut sçavoir que. pour sa maison de Paris, il la doit ' à M. Tubeuf. 11 demande aussy que M. le Surintendant tienne la main à ce que les assignations qu'on luy a données soient acquittées ponctuellement par ceux qui les doivent payer et qu'ils ne puissent s'en deflendre soubs quelque prétexte que ce soit; car on luy mande que Tabouret-, qui est un de ceux-là, refuse de s'acquitter les billets qu'on a de luy. Ce qui est cause que les créanciers du Cardinal, à qui on avoit donné les assignations en payement, luy retombent sur les bras.

Aff. élr., France, t. 268, f" 60; t. 20, du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

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