CLXXXVII
AIT. éb\, Fiance, t. a68, f" a 18; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
AU DUC DE MERCOEUR
[Brùhl], 19 septembre 1 65 1 .
(extrait.)
Vous n'aurez pas, je m'asseure, grande peyne à croire que ma joye a esté au dernier point par les nouvelles que j'ay receues cet ordinaire1. Je vous prie de le tesmoigner au Roy, de ma part, et de l'asseurer de mes tres-humbles respects, et luy dire que, si je suis encore assez heureux pour luy rendre quelque service, je mourray content, et qu'au reste je ne doute point qu'il ne se souvienne d'un serviteur qui l'a servy longtemps avec fidélité, et [qui], ayant2 esté recognu inesbranlable en cela par ceux qui avoient mauvaise intention contre son service, a esté persécuté avec la violence que Sa M'é a veu, sans le pouvoir empescher. Au reste, il faut que vous vous teniez tousjours auprez d'EHe; que vous taschiez, par toutes sortes de moyens, de vous concilier l'affection de tous les domestiques du Roy 3, et qui sont le mieux dans son esprit. 11 y en a quantité que j'y ay establis, et il me semble que vous devriez tesmoigner à tous ceux-là que vous les croyez entièrement de [vos]4 amys, puisque vous sçavez qu'ils sont les miens, et que j'ay une
1 On a déjà vu que Mazarin venait d'ap- 3 On a déjà vu le mot domestiques du Roy
prendre les détails de la proclamation de la employé dans le sens de tous ceux qui étaient
majorité du Roi (7 septembre). Vov. la dé- attachés à la personne du Roi. pêche du 19 septembre à Ondedei. * La copie porte mes, mais la suite de la
3 La copie porte qu'ayant; mais le sens phrase prouve que c'est une erreur, exige qui ayant.
hazabm. — iv. 55
tfJTHMERIE NATIONALE.
/4 3 /i LETTRES
Sept. i65i. entière confiance en eux, et quoyqu'il y en puisse avoir quelqu'un qui ne fasse pas son devoir, vous ne devez pas lesinoigner de vous en estre apperceu, mais tascher adroictement de le ramener.
M. le comte de Saint-Aignan l m'a escrit une lettre avec de grandes protestations d'amitié et de service. Je luy feray response par la voye de Sedan; ce pendant il sera bon que vous luy tesmoigniez de vouloir vivre dans une estroicte union avec luy. Lessin2 m'a escrit en termes tres-obligeans, comme peut faire une créature tout-à-faict dévouée; il a de l'esprit et de l'honneur; il sera bon que vous l'attachiez à vous de la bonne manière, si vous ne voyez quelque chose sur le lieu, de laquelle je ne suis pas informé, qui vous oblige au contraire.
Je vous conjure de n'oublier rien pour cultiver l'amitié des personnes qui sont à présent establyes auprez de Leurs Mte\ et d'autant plus qu'elles tesmoignent avoir grande passion pour mes interests. M. Bluet3, comme il a accez auprez de M. de Ghasteauneuf, pourra tousjours agir de ce costé-là, et comme il avoit dict qu'il n'y auroit aucune difficulté pour me faire aller d'abord à Brisach, il luy en faut faire ressouvenir, afin qu'il agisse en sorte que cela puisse estre au plus tost. Car, au moins, je pourrois avoir un peu de repos avec seureté, et il ne faut pas douter que, si M. le Prince se joinct aux Espagnols, comme je crois qu'il fera, [il] ne tasche que ceux-cy me jouent quelque tour à son instance, sy je demeure en ces quartiers icy.
Il faut aussy, s'il vous plaist, que vous affectiez de rendre à M. le duc d'Orléans tous les respects imaginables, et vous priant4 d'asseurer M. Bluet de mon affection et le remercier de la peine qu'il prend à me donner avec tant de ponctualité de si bons advis, desquels je tire de grands advantages.
1 François de Beauvillier. (Voy. ci-des- pagner partout le Roi et veiller à sa garde, sus, p. 334, noie 3.) 3 Voy. sur Bluel, ci-dessus, p. 371.
2 Ordinairement Lesscins. Humbert de note 5.
Lionne, sieur de Lesseins, était premier ' 11 faudrait, pour la régularité de la
gentilhomme de la Manche (Estât de la phrase, et je vous prie. Le copiste a peut-
France de 1 658 , p. 227). Les gentils- être saule quelques mots, comme : et je
hommes de la Manche devaient accom- termine en vous priant , etc.
DU CVHDINAL MAZARIN.
GLXXXVIII.
UF. étr., France, t. ^08. f° -Jiq v"; t. ag du recueil des Lettres de Mazarin. —