‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 42 sur 125 · JURAIT · texte numérisé non relu

JURAIT

Je vois que toutes les bonnes volontez du Surintendant1 se réduisent à rien, et j'avoue qu'il ni'eust trompé s'il eusl faict autrement. Vous ue sçauriez assez informer la Reyne des mauvais traitemens que j'ay receus de luy, et faictes bien cognoistre à Sa Mld que les ordres précis qu'il lui a pieu tant de fois donner, se mettant mesme en colère, pour me faire donner quelque assistance à bon compte de tout ce qui m'est deub. n'ont abouty à autre cliose qu'à me faire tirer \\ium livres des assignations <pie j'avois desja.

Je crois que mon malheur sera à ce point que je mourray de faim, et personne ne le croira, et cependant j'en seray bientost à la veille. Il est si peu commun que l'on serve deux grands roys2, dans le principal poste, avec succez et leur satisfaction, comme j'ay faict, et qu'au lieu de rescompense j'aye employé le peu de biens que j'avois et tout ce qui m'est provenu de petites grâces qu'ils m'ont desparties en diverses rencontres, que je ne m'estonne pas si l'on a peine à me croire en nécessité, et je vois bien qu'il faut que M. de Brienne soit persuadé du contraire, puisque, sur les nouvelles de la maladie du Pape, il m'escrit d'aller à Rome pour servir Sa M,e à l'élection d'un nouveau pontife, en cas de siège vacant.

Je vous advoue que j'en suis outré au dernier point; car il devroit bien sçavoir que, ne tirant rien, ny des finances, ny de mes bénéfices, je ne subsiste à présent que de ce que je puis ramasser d'un costé et

' René de Longueil, président de Mai- mort du cardinal de Richelieu (décembre

sons. (Voy. ci-dessus, p. G î, note î.) îGta), et pendant toute la minorité de

* Mazarin avait été principal ministre Louis XIV (1 063-1 G5 1 ). à la fin du règne de Louis XIII, après la

Sepi, l'i'i d'autre; de quoy je seray bientost à la fin. A la vérité, c'est trop me presser, aprcz toutes les persécutions qu'on nie faict, de vouloir que j'aye encore l'affront d'aller au lieu de ma naissance, pour y demander lanmosnc, chargé de déclarations infâmes contre moy1 et exposé à la mauvaise volonté du Pape, que je me suis attirée pour le service du Roy, et que tout cela doive estre la rescompense de vingt-deux ans de services utiles et fidèles.

Je responds, comme il faut, à M. de Brienne. Je seray tres-ayse que vous preniez l'occasion d'en parler à la Reync, de ma part, sans que personne en pénètre rien, faisant cognoistre à Sa Ml<5 que ce traittement est inouy, et qu'il faut qu'on ayt surpris sa bonté, puisqu'Elle a donné les mains que l'on m'escrive d'aller à Rome, comme un coquin; en quoy la réputation de Sa Mté seroit fort intéressée, m'ayant fait l'honneur de déclarer si advantageusement sa bienveillance à mon esgard.

Vous direz aussy à la Reyne que, plustost que de donner la moindre incommodité, je me reduiray au pain et à l'eau; mais qu'il est bon qu'Elle sçache que je n'ay rien, [et] que je ne suis pas dans le chemin d'en avoir. Enfin je vous prie d'imprimer bien cette vérité dans l'esprit de la Reyne. Il est bon que vous ne perdiez aucune occasion pour faire qu'un chacun en soit persuadé.

Biblioth. nationale, mss. f. l'r. 28,202, P 1 5 r°; lettre originale , en partie chiffrée. — Aff. étr. , France, t. 268 , f' 21 1 v°; t. 2(j du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.

À L'ABBÉ FOUQUET

[Brùlil], 8 septembre iG5i.

(eïtbait.)

Je vous diray confidemment que M. le Ringrave, gouverneur de Maestricht, est venu icy, de la part de M. le duc de Lorraine, pour me

1 Le Parlement avait déclaré Mazarin coupable de dilapidalion.

faire des offres tres-obligeantes, pour me déclarer qu'il souhaitait avec Sept. i65r, passion faire son accommodement, afin d*estre en estai de servie aveuglement la Reyne de sa personne et M. le Cardinal1, avec ses troupes, partout où l'on voudrait, .l'a y donné part de ccey à M. le comte de Brienne, afin qu'il en Informast Sa Mu; mais je n'ay pas encore eu de response. de façon que ce que vous me mandez vous estre arrivé avec M. de Mouy-ost une confirmation de ce que dessus; et si l'on ne faict pas un bon accommodement avec M. le Prince, a quoy je ne vois pas grande apparence, il me semble ([ne. la Rej ne ne devroit pas perdre un moment de temps à recevoir les offres dudict sieur duc et s'accommoder avec luy, parce que, par ce moyen, Sa Wé ne pourroit pas seulement disposer de sa personne, de ses troupes et de tous les princes de sa maison; mais on empescheroit ledict sieur duc de se lier avec S. V. R. et AI. le Prince, lesquels, s'ils continuent d'estre unis, je ne doute point qu'ils n'employent toute sorte d'expediens et ne s'engagent à tout ce que ledict sieur duc voudra pour l'attirer dans leur parti, et que ledict duc n'y consente, se voyant rebuté du costé de la Reyne3. Si Sa Majesté me donne ordre de travailler là-dessus, je le feray avec grand secret et advantageusement; il sera bon que vous luy en parliez et me mandiez ce qu'il aura pieu à la Reyne de vous respondre, ne sçachant pas quel estât je dois faire de ce que M. de Briennc m'escrira, puisque je le voys tout appliqué à m'envoyer à Rome, se souciant fort peu de mon honneur, de me voir reduict, au lieu de ma naissance, à demander raumosne, et entre les mains du Pape, qu'on sçayt4 fort bien la bonne volonté qu'il a pour moy. Vous prendrez garde de ne parler de cecy qu'à la Reyne; car nous sommes dans un temps où il faut dissimuler avec tout le monde.

1 Nous avons déjà fait remarquer que, 3 En effet, en i652, le duc de Lorraine

dans les lettres chiffrées , Mnzorin parle sou- s'allia avec les princes, envahit deux fois la

vent de lui à la troisième personne. France et s'avança jusqu'à Paris, aux mois

1 Henri de Lorraine, marquis de Mouy, de juin et de septembre, ou Moy. était né en i5y6; il mourut en 4 La phrase est peu régulière; mais elle

1672. se comprend.

Un LETTRES

Sept i65i. J'ay esté un peu surpris de ce que vous me mandez que le Coadjuteur et les autres ne s'employeront jamais pour moy, parce qu'ils sont persuadez que, quelque chose que je lasse1, je ne les aimeray pas; car je croyois que leur intention fust toute autre, aprez les paroles qu'ilz en ont données et les protestations qu'ils en ont faictes à la Reyne, à mon csgard; et je vous puis asseurer que, sur ce fondement, je les ay servis tant que j'ay pu auprez de Sa Mte, et que je continue de le faire, quelque chose qu'il me puisse arriver. Il sera pourtant bon que vous informiez la Reyne de vos soubçons, aflin que Sa Mlé, en estant advertie, puisse mieux prendre ses mesures pour se faire observer ce qui luy a esté promis, à mon esgard, par ces Messieurs; mais je vous conjure de ne parler de cecy à personne qu'à la Reyne. Cependant je vous advoue qu'il n'y a rien de plus obligeant que ce que vous faictes continuellement pour me donner, en toutes sortes de rencontres, des véritables marques de vostre amitié.

Je vous prie de continuer vos assistances à M. le duc de Mercœur en tout ce que vous pourrez, et j'en auray le mesme souvenir, comme si vous les employiez pour ma propre personne.

Je crains extrêmement de devenir importun à la Reyne, le mauvais estât de mes affaires qui, à ne vous pas mentir, m'a mis en un chemin d'aller à grands pas à la mendicité, m'obligeant à donner tous les jours à Sa M1' de nouveaux embarras. C'est pourquoy je ne veux pas songer à ce que vous m'escrivez des charges de la nouvelle Reyne2. Dieu m'assistera et je ne croy pas d'estre si malheureux qu'au bout du compte, il me doive manquer un morceau de pain.

Je croy que la Reyne ne peut pas s'empescher d'accorder la continuation de la ferme3 à M. le Prévost des Marchands, d'autant plus

1 La copie porte : que je fasse. Le dé- à Mazarin de les distribuera l'avance, afin chiffrement : qucjeferois. d'en tirer quelque argent.

2 Des charges qui seront créées pour la 3 II est question probablement de la ferme maison de la nouvelle Reine, lorsque le Roi se d'un impôt, comme les gabelles ou les ocmariera. Ces charges se vendaient, et il est trois, ferme qui avait été accordée au prévôt probable que l'abbé Fouquet avait conseillé des marchands, Lefebvre de la Rarre.

qu'il s'est entièrement engagé, avec son (ils1, au service de Sa M . Je Sept. i65i. seraj bien ayse de les servir en cela, et je vous prie d'eu parler à la lîewie de ma part, et, si l'affaire réussit, je ra'asseure que vous ferez SÇavoir à ces messieurs ce que j'auraj fait pour les servit".

■ CLXXXIIl.

\ll'. étr.. France, t. aC8. \" 2i3; l. 29 du recueil des Lettres de Mazarîn. —

Copie du temps.

M DUC DK MERCOEUR.

I Brulil ] , ia s iptetnbre 1 65 1 .

( EXTRAIT

Mazarin espère que le duc de Mercœur a pu se rendre à la Cour, à l'occasion de la proclamation de la Majorité 2, et qu'il se mettra en bonne posture auprès de Leurs Majestés. Il continue ainsi :

Le sieur Bartet vous communiquera ce que je luy escris Je

le trouve et la princesse palatine aussy, tous les jours, de plus en plus eschauffez pour mes interests, et je suis tres-ayse que vous ayez recognu la inesme chose. Je vous prie, de tout mon cœur, de caresser ledict Bartet: car je suis asseuré qu'il se mettra dans le feu pour vous, et qu'il parlera hardiment à la Reyne de toutes les choses que vous luy direz pour mon service et pour le vostre.

M . Bartet vous aura dict que M. le Goadjuteur luy a tesmoigné grande passion pour ce qui me regarde. H est fort capable pour l'aire réussir quelque chose à mon advantage, s'il entreprend de vouloir servir la Reyne en cela. Je crois que son interest mesme l'y pourra obliger. Vous en pourrez conférer avec ledict sieur Bartet; mais je vous prie de faire en sorte que personne n'en puisse rien pénétrer.

Le lits du prévôt des marchands est ' La majorité du Roi avait été proclamée ,

appelé ordinairement, dans les lettres de comme nous l'avons indiqué, le 7 septembre Mazarin. \J. de la Barre. 1601.

■AZAB1R. IV. 54

IMrHT*Ell[E SATION.vLt.

Sept. îGôi. Si vous sçavez que le mareschal de Villeroy die, ou fasse, quelque chose à mou préjudice, je vous prie de le dire à la Reyne et de luy faire rognoistre qu'Elle est trompée, si Elle croit autrement.

Je souliaiterois fort que, rencontrant M. de Hhodez1, vous luy disiez la confiance que j'ay en luy et que je le tiens pour un de mes meilleurs amys, pour voir un peu ce qu'il vous respondra. Car c'est un homme «pie j'ay misauprez du Roy2, sans qu'il y songeast, et auquel j'ay, aprez, (nie! donner plus de quarante mille livres de rente. J'aurois grande curiosité de sçavoir comme il se conduict et ce que vous entendez quand vous me dictes qu'il a Lien changé de méthode.

L'affaire de M'ne de Frontenac3 est considérable, et je vous conjure de faire remarquer à la Reyne ce que vous me dictes là-dessus, et luy dire, de ma part, qu'il est bien estrange que le mareschal de Villeroy, avec le consentement de Sa M'", ayt rompu l'inclination que le Roy avoit pour une personne qui m'estoit affectionnée , et que , peu de jours aprez , il ayt travaillé pour luy en faire prendre une autre toute contraire4. Asseurcment, si la Reyne n'y prend garde, Elle s'expose à recevoir un sensible desplaisir, et Sa M1" devroit prendre garde aux moindres petites choses qui concernent la personne du Roy et particulièrement les deux premières années de la Majorité.

1 Hardouin de Péréiixe. (Voy. ci-dessus, p. 173, note 2.)

2 L'évoque de Rodez avait été précepteur de Louis XIV.

3 Anne de la Grange-Trianon , mariée à Louis de Buade, comte de Frontenac; elle vécut jusqu'en 1707. Elle avait été attachée à mademoiselle de Montpensier. et fut une de ses maréchales de camp. Je n'ai trouvé, dans les mémoires du temps , aucune allusion à l'intrigue dont parle ici Mazarin. Il semble

que le Roi avait témoigné pour M ",c de Frontenac une inclination qui la fit éloigner de la Cour.

'' De quelle personne veut parler Mazarin ? Je ne connais aucun document cpii puisse éclaircir ce passage. On y voit une preuve du soin avec lequel le Cardinal surveillait les inclinations naissantes du Roi. Il prit plus tard la précaution de l'entourer de ses nièces, afin d'assurer son empire sur Louis XIV.

DU CARDIN \h M \Z\IUN. 427

Sept. M'»:"n.

CLWXIV.

\IV. étr., France, I. a68, f' 9 1 5 v '; l. gg ilu recueil dos Lettre* de Mazarin. —

1 tapie du temps.

À ROISSERKW.

[Hriilil], 12 septembre i(>5i.

.le ne sca\ pas par quelle raison la Reyne a faict si peu de ras de ce que le mareschal du Plessis luy a dict là-dessus1, puisque l'affaire rsl assez considérable pour pratiequeret faciliter toutes sortes d'expediens pour [la]2 faire réussir, estant vraysemblable que M. le Prince, aprez avoir recognu qu'à la fin le Roy sera le maistre et que toutes les diligences au contraire ne le peuvent pas empeseher, et que, d'ailleurs, pouvant estre à son avse et jouir en repos de si grands establissemens comme il a. c'est une estrange peine et malheur pour luy de vivre comme il faict, il peut avoir résolu de prendre un autre chemin. Il y a pourtant apparence que, dans la suite, la Reyne aura faict réflexion que le plus grand advantage que l'Estat et Leurs Majestez puissent recevoir, ce seroit de regagner M. le Prince, en sorte que, délivré de toutes sortes de soupçons, il ne songeast à l'advenir qu'à bien servir, et vous devez estre asseuré que je feray parvenir cela à la Reyne et que je n'oublieray rien, afin qu'Elle sçache mes senti mens là-dessus.

Dans le reste de cette dépêche, Mazarin revient sur la mission qu'on lui a donne'e pour Home, sur la défiance que la Reine doit avoir de la duchesse d'Aiguillon, sur le regret qu'il éprouve de ce que le maréchal du Plessis n'ait pas obtenu la place qu'il desirait, et enfin sur de Lionne. Il ne peut songer à proposer à la Reine de rappeler ce dernier.

' On voit plus loin qu'il s'agissait dune 2 La copie porte les, mais l'ensemble de

proposition de négociation avec Condé. la phrase exige la.

Sept. iG6i,

CIAXXV.

AU. étr.j France, t. 2G8, f 21G v°; t. 29 du recueil des Lettres de Mautrin. —

[Bruhl], \h septembre 1601.

(evtiiait.)

Je sçay que la Reyne estoit entièrement résolue de donner les sceaux à M. le Premier Président, quelque contradiction qu'Ellc y pust rencontrer, SaMle recognoissant fort Lieu que cela estoit à propos, voire nécessaire, par quantité de raisons, et M. de Senneterre sçait que Sa M* n'a jamais voulu entendre à aucune des propositions qui luy ont esté l'aides au contraire, mesme de laisser les sceaux à M. de Ghasteauneuf, de façon que je croy, à l'heure que je vous escris, ledict sieur Premier Président absolument estably1.

On croit (pie mon crédit est grand auprez de la Reyne, et que je le devrois employer auprez de Sa Mte, afin qu'Elle fixast sa confidence en quelque personne capable et de probité qui fust de mes amys. On croit aussy que je n'ay aucune difficulté d'obtenir les choses que je peux désirer de la Reyne que celle de luy escrire, et cependant je puis jurer devant Dieu qu'il n'y a rien de si faux, non pas à cause qu'il y ayt aucune diminution dans la bienveillance et dans l'estime qu'il plaist à Sa Wé d'avoir pour moy; car j'advoùe qu'elle est dans un aussy haut point qu'elle a jamais esté; mais je sçay qu'on a trouvé moyen de luy persuader (et ce n'est pas d'à présent) qu'il estoit impossible que je pusse , de loin , donner à Sa M1" de bons conseils sur des choses qui changeoient tous les jours; car tel qui meriloit le matin d'estre chassé devoit estre employé et caressé le soir. Je recognois de plus en plus qu'on ne faict pas grand cas de ce que j'escris, soit pour le choix des

' Mailiieu Mule avait été nommé garde des sceaux, le 7 septembre i65a.

DU CARDINAL M VX\liL\. 429

personnes, soi! pour les resolutions qu'il faudrait prendre en beaucoup Sept. 16J d'affaires, parce que la Reyne croil que, si j'estois sur 1(3 lieu cl si je a t>\ ^)is les choses de prez, je serois d'un advis tout différent, el cela est si vray que non seulement Elle l'a dicl beaucoup de l'ois à Ondedei, » qui a eu l'honneur de l'entretenir, luj faisant comme dos excuses si Elle ne se conformoit à mes advis en beaucoup de choses; mais Ivllemesme m'a faict l'honneur de m'en escrire en ces termes, de façon que la meilleure resolution que je sçaurois prendre, c'est de ne me uiesler à l'advenir d'aucune chose', ny d'escrire pouradvancer ou reculer dans le iniiiisterial et dans les affaires ny les uns ny les autres de ceux qui s'v otahlissenl, mais tascher seulement de cultiver la bonne volonté de la Reyne, et l'obliger à ne perdre pas le souvenir des services que j'a\ rendus, afin qu'en temps et lieu Elle puisse agir auprez du Roy pour m'en faire ressentir les effects, que je vous proteste do ne prétendre en aucune façon qu'ils puissent jamais estre de rentrer dans les affaires, mais seulement de voir, par quelque, déclaration du Roy, mon honneur à couvert et de passer tout doucement le reste de mes jours avec seureté en tel lieu qu'on voudra, sans manquer de ce qui m'esl nécessaire pour subsister; et ne croyez pas, ny M. de Senneterre, n\ vous, que je dise cela artclicicusemcnt; car c'est la pure vérité, et, si l'on faict reflexion à Testai dans lequel sont les affaires, aux personnes qui s'en meslent. à la violence de M. le Prince, à la facilité qu'ont mes ennemis de faire vouloir et poursuivre par S. A. R. contre moy toutes les choses qu'il leur plaist, à celle que de feints amys, qui sont plus dangereux que les autres, auront auprez de la Reyne pour l'empescher, soubs des prétextes spécieux, de me despartir ses grâces, lors mesme qu'ils luy diront des merveilles et feront des éloges de moy, la louant de sa fermeté à me vouloir protéger, et au peu d'apparence qu'il y a que le Roy puisse sytost agir en maistre, si on faict, dis-je, reflexion à ce que

1 Celte résolution élail peu sérieuse, d'à- Fouquet « qu'il fallait dissimuler avec foui

près les lettres que le Cardinal continuait le inonde». Il avait soin de pratiquer cette

d'adresser à ses correspondants. On a vu maxime, même avec .1.-15. Colbert, qui lui

plus haut (p. 4a3 | qu'il écrivait à l'abbé était dévoué.

/i 3 0 LETTRES

Sept. i65i. dessus, on n'aura pas peine à croire que la resolution que je prends, c'est la meilleure pour tascher d'avoir quelque tranquillité d'esprit panny les orages desquels je suis agité avec tant de violence.

Mazarin parle ensuite de l'opposition des avis qu'il reçoit sur les dispositions des divers personnages de la Cour à son égard. Cette diversité des opinions le confirme encore plus dans la résolution qu'il vient d'exprimer. Il termine en insistant sur le danger qu'il y aurait à tenir les Etals généraux à Paris.

Biblioth. Mazarine, nis. 1719- t. V, P /196 v° et suiv. — Copie du temps.

À ONDEDEL

[Brùlil], ) 9 septembre i65i.

(extrait.)

Non credo d' liaver mai havuto contenlezza maggiore chequella, che ô ricevuta, intentendo con quanti applausi e sodisfattioni délie Loro " fossero seguite le dichiarationi délia Maggiorita1, massime che tutto è stato accompagnato per parte délia Regina con sentimenti cosi cordiali per quello mi riguarda, che, se le obligation i, che devo à Sua Maesta, non ibssero gia in eccesso, si sarebbero grandemenle accresciute in questo rincontro. Io sono cosi glorioso délia fermezza, con che piace à Sua Maesta di continuarmi il suo affetto e protettione, che, mi assicuro, sarô ben presto costrelto per gl' evenimenti à confessare che nessuna cosa poteva essermi più avvantaggiosa che la persecutione, che. mi è stata fatta. Vi prego di dire alla Regina che, se prima di morire, havrô la fortuna di poterli esprimere, di viva voce, à che segno sono suo obligato e desidero le sue grandezze, sodisfattioni e riposo, rinuntierô volentieri à qualunque altra cosa, che potesse più rilevarmi e rendermi più considerabile, et non dimenticate di aggiungerli che m" assicuro essere la M* Sua ben persuasa che anteporrei volentieri

1 Voy. dans les Mémoires de Mm° de Motlevilk, t. III , p. 4 2 7 et suiv., de l'éd. Charpentier, le récit des fêtes célébrées à l'occasion de la majorité du Roi.

ad ogni grandezza, honore et utile, la Ibrlmia di poter finire il resto Sept. i65i de miei giorni appresso la M1' Sua uella più infima qaaiita di suo domestico.

lhnele l'alto hene à consigliare M. di Navaiile di rendersi appresso Sua Maesta, e se tutti miei ainiei, in questa occasione, facessero il medeaimo, io ne potrei riccvere grand' awantaggio.

lo Borivo in buona forma alla Regina sopra la Beaumonl1, e vaglia il vero. è impossihile di solïrire più le sue iinperlinenzc, essendo una stravagante, ardita, délia quale Chavigni etaltri miei nemici si servouo per l'aria parlare liberamente al Re, et in ogni luogo, à mio pregiuditio. \i prego dire alla Regina <|iicllo è successo alla principessa di Gari- ;:iiaiio- eon la sudelta donna, e supplicatela , in mio nome, à darmi questa sodisfattione, per altro necessarissima al suo servitio et àquello del Re, di allontanarla dalla Gorte; e renderete, per mia parle, humilissime gratie alla principessa di Carignano dell' affetto, che si compiace lestiliearmi in tutte le occasioni.

\ i prego ancora di parlare fortemente à S. Mli in favore di M. e di Mad"" di Oquincourt3, acciô si compiaccia di provedere d'un' abbatia uno de loro ligli, e ne restero nel mio particolare [più obligato] alla M Sua, clie se la ricevessi, io medesimo.

Bisogna che vi atl'atichiatc, con sigr duca di Mercurio e M. Bartet, per concludere in ogni modo il negolio di Brisach, affinche almeno io possa ritirarmi cola per godere un poco di riposo con qualche sicurezza.el alla peggio, quando la Regina ne prenda lei il governo, e dia ordine ch' io vi sia ricevuto, corne suo domestico, non vi sarà nessuno che ragionevolmente vi possa trovare à ridire, massime che il Re è al présente padrone, e non deve rendere conto délie sue attioni che à

Mademoiselle de Beaumont était one des ' Voy. sur la princesse de Cariguan, cifilles d'honneur de ta Heine. (Voy. ci-dessus, dessus, p. 45, note i. p. 26. note 7). Il est probable que Mllc de * La maréchale d'Hocquincourl était Élé- Beaumont avait pris part à l'intrigue dont traored'Etampes, mariée en 1638 à Charles Mazarin parlait au duc de Mercœur, dans de Monchi, maréchal d'Hocquincourt; elle une lettre du iq septembre, cjui a été citée mourut le -27 mars 167g; à 72 ans ( Dicl. n-flossus, p. 4a6. <le Moréri, au mot Moxciii).

S'j.i. i65i. Dio, e (jiKsla di dare qualche sollievo alla mia persona tanto violentemenle persecjuitata , oltre l'esserc jjiustissinia, è ancora molto necessan'a. et apportera aile Loro MMlanon poco jjloria e riputatione.

Se il Principe lia l'alto il salto1, avvertite la Rcgina, da mia ])arte, e lepersone, che voi slimarete bene, che non bisognà darli tempo d'imbracciare la cappa, ma cominciare subito à procedere con gran rigore conlro di lui c contro tutti quelli cbe lo seguitano, e non permettere in modo alcuno al duca d'Orléans di tare il neutrale, ma obligarlo à dichiararsi, e tare atli positivi contro il detto Principe, contro il quale converrà ancora publicare di continuo dichiarationi e scritture per renderlo sempre più odioso à i popoli, et obligare i suoi più affîdati d'abbandonarlo; e, se si comincia à spianare qualche cosa, io rispondo che in pochissimo tempo restera ben solo, e, délia nalura ch' egli è, si straccherà ben presto non meno de Spagnuoli, che li Spagnuoli di lui; ma si vuole diligenza, vigore, risolulione, e sicuramente il Re sarà padrone, e comincierà à buon' tare nel primo anno délia Maggiorita.

Non poteste immaginarvi in che termini il conte di Brienne mi scrive ch' io vadà à Roma in ogni modo: ma bastà dirvi che madama d'Aiguillon, et in conseguenza M. di Ghavigni, l' hanno obligato à scrivere cosi mal a proposito e contro le intentioni délie Loro MMtt, la cui bonta non permetterà mai loro di volere ch' io vadà al luogo délia mia nascita, mentre attacato neli' honore et in compromesso avanti tutta la Christianila, che hà notitia di lanti arresti ignominiosi e dichiarationi che sono state publicate contro di me, et in oltre, che io vadà in un luogo esposto alla cattiva volonta délie persone, che vi hanno il principal potere.

Credo che questa Jettera vi troverà in Parigi, ma quando fosse ai-

' Celle expression équivaut à : Si le prince dent Perrault, puis à Bourges et à Mon-

de Condé a pris les armes et commencé la trond. II en partit, le iti septembre i 65 1 .

guerre cicilc. Gondé n'avait pas assiste' à la pour Bordeaux, où il arriva le 22, se mit

proclamation de la majorité du Hoi. Il s'était à la tète de ses troupes et commença la

retiré à Chantilly; de là il se rendit à Au- troisième guerre de la Fronde, en envahis-

gerville-la-Rivière , en Gàtinais , chez le prési- sant l'Aunis et la Saintonge.

trimente sarà bene che tli Perona ne mandiate una copia, aggiungendo Sept i65i. quello giudicerete meglio à M. tli Mercurio, acciô la i'accia vedere alla Regina e ne communichi il contenuto à M. Bartet.

Page 1