‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 1 sur 285 · DC · texte numérisé non relu

DC

AVERTISSEMENT

\|)|)flr ii l'honneur de continuer la publication des Letit - >l< Mazarin, entreprise, et déjà aux deux tiers achevée, par le savant et regrette M. Chéruel, j'ai cru ne pouvoir mieux faire que d<- suivre en tout point, pour ce septième volume, le plan qu'avait tracé, dans les tomes précédents, mon éminenl prédécesseur.

Si |<' me mus permis d'innover en quelque matière, c'est dans le développement donné aux noies administratives, économiques et financières, que des travaux personnels sur le xvn* siècle, pour une époque peu antérieure à celle de Mazarin, m'avaient uns ;', même de recueillir sur ce dernier ministère. Ces commentaires d'un nouveau genre ont pu trouver leur place, sans préjudicier aux annotations biographiques et politiques dont le nombre diminue à mesure que la publication avance, la plupart des correspondants de Mazarin ayant été peu à peu introduits et nus en scène devant le lecteur1.

1 Une modification importante a t'i*' faite à la table alphabétique du présent volume; il convient do la signaler aux travailleurs : jusqu ici ces tables (alphabétiques ou analytiques) ne comprenaient <pi" l«'s noms contenus dans leB lettres «publiées textuellement ou par extrait*. Il n'était pas tenu compte

des lettres rranalysivs-. Otto lacune m'a

paru regrettable, parce qu'il y a aoo et a5o pages de lettres analysées, et que le

chercheur doit les feuillelei entièrement pour vérifier la simple mention d'un nom.

Or ces aoo pages, dans chacune des quelles Bgurenl de 8 à i ■> lettres (soit en totalité 9,000 lettres ea\ iron l, représentent infiniment plus de correspondants et de noms propres que les 3oo lettres imprimées textuellement ou par extrait dans le corps du volume.

\ partir do tome \ll, les tables alpha-

i. AVERTISSEMENT.

Le tome VII des lettres de Mazarin comprend deux années, du commencement de juillet 1 65 5 à la fin de juin 1 65 y . Les événements les plus importants, pour lesquels la correspondance du cardinal fournil des renseignements nouveaux, pendant celte période sont : i° La conspiration du maréchal d'Hocquincourt et de la duchesse de Châtillon pour livrer Péronne aux Espagnols el au prince de Coudé; a°les négociations et les traités avec l'Angleterre (i65o et i65y); 3° les négociations avec la cour de Home et avec le roi de Suède, Charles-Gustave, alors en guerre avec la Pologne, et menacé par une coalition des puissances septentrionales. Il est nécessaire d'insister sur les lettres qui concernent ces différentes questions.

Progrès de la France dans les Pays-Bas espagnols (aoùl i655). — Conspiration du maréchal d'Hocquincourt et de la duchesse de Ciiàlillon. — Mazarin fait remettre au roi les villes de Péronne et de Ham (novembre 1 055).

La campagne de i 65 5 avait été signalée par d'importants succès dans les Pays-Bas espagnols : après la prise de Landrecies (i3 juillet)1, le roi avait fait dans les Flandres une promenade militaire (août 1 6 5 5 ) , à la vue des ennemis qui n'osèrent s\ opposer. On trouve, dans les lettres de Mazarin à la Heine"2, les détails les plus complets sur celte marche triomphale du jeune Louis XIV. Enfin la prise de Condé et de Saint-Guilhain (août i655)° termina heureusement cette campagne.

Les succès de la France faillirent être compromis, vers la fin de cette année, par la conspiration du maréchal d'Hocquincourt,

bétiques embrasseront l'universalité des de compléter dans le même sens les tables

noms propres, quelle que soit la place qu'ils particulières dos six premiers volumes,

occupent; et je me propose, par une table l Voy. p. il.

générale de la correspondance de Mazarin, 2 Voy. p. 20 et sniv.

qui serait publiée à la fin du dernier tome, 3 Voy. p. 56 el 08.

AVERTISSEMENT

gouverneur de Péronne et de Ham. La Fronde avait laissé, même lorsque la {pierre civile fut terminée, des germes de troubles. Les gouverneurs de places conservaient une Forte dose <l indépendance; leurs garnisons, recrutées par eux, leur obéissaient exclusivement; ils étaient lenl<:s de traiter de puissance ;'i puissance avec le souverain. On revoyait, bien qu'à un degré moindre, ce qu'on avail vu au début du règne régulier de Henri l\. au sortir de la quasidissolution de la France, sous la Ligue : les bommes de guerre vendant au roi les \ Mes du roi.

Déjà, la correspondance de Mazarin nous ;i montré le comte <lu Daugnon, maître de Brouage, faisanl payer ses trahisons de la dignité <le maréchal de France1. Il avail aussi fallu racheter il»* Manicamp la place de la Fère, «|uil avail reçue en dépôt et qu'il voulait transformer en une forteresse personnelle . I a des généraux (jui aspiraienl à se rendre indépendants était le maréchal d'Hocquincourt, gouverneur de Péronne et de Ham. Quoique parvenu à la plus haute dignité militaire, il se plaignait que ses services n eussenl |>as été dignement récompensés. Il était surtout jaloux d<la réputation de Turenne, et, dans son infatuation, prétendail comparer à ce grand capitaine.

\ ces sentiments, qui depuis longtemps I avaient rendu suspect à Ma/a n n. vint s ajouter une passion extravagante pour la duch de Châtillon, Elisabeth <le Montmorencv-Bouteville. Cette femme a m bilieuse se se r\ ail de sa beauté et surtout de son esprit d intrigue, quelle avait forl développé, pour gagner des partisans a Coudé. Du château de Mello3, qu'elle habitait ordinairement, la duch entra en relations avec le gouverneur de Péronne, que sa réputa-

1 \d\. le tome \. p. 5g& , noir .".. eel aujourd'hui la propriété de M. Sei

llii<l.. p. 643 el 644. La duchesse de Châtillon, qui n'en

3 Aujourd'hui départ, de l'Oise, arr. de d'abord que l'usufruit, en recul la nue-pro

Sentis, cautoo de Greil. Ce chAtenu était priété du prince de Condé, auquel elle ap

appelé Werlou ou Marlou bu \\n" siècle; il partenait

n AVERTISSEMENT.

tion lui désignait comme «tout propre à faire les folies dont elle avait besoin», et profila de sa passion pour l'engager à livrer ses places aux Espagnols.

Mazarin fut averti de cette dangereuse conspiration par une lettre interceptée. Il se hâta de se rendre, avec le roi, à Compiègne. Sa correspondance, pendant le mois de novembre 1 655 r, atteste avec quelle vigilance il parvint à déjouer le complot de rce fol qui, dit-il, n'a ni rime ni raison??, mais qui aurait rendu Condé maître d'une des places fortes de la Somme, et lui aurait permis de pousser ses incursions jusqu'aux portes de Paris. L'abbé Fouquet, toujours un des agents les plus dévoués et les plus habiles du cardinal, fut chargé de faire arrêter la duchesse de Châtillon. Mazarin lui confia la garde de la prisonnière; le choix d'un pareil geôlier parut, non sans raison, assez étrange aux contemporains, qui connaissaient la passion de l'abbé Fouquet pour Mnic de Châtillon, dont il était l'amant, à ses heures*2; mais Mazarin atteignit son but. L'inquiétude que l'arrestation de la duchesse causa au maréchal, le décida à entrer en négociations avec la cour; il consentit, moyennant des sacrifices pécuniaires auxquels Mazarin, malgré la répugnance de la Reine 3, se résigna , à remettre Péronne et Ham aux troupes royales. Les mémoires du temps parlent de cette affaire, mais sont loin d'entrer dans les détails que donne la correspondance du cardinal.

Négociations avec Olivier Cromwell ( 1 655- 1657). — Traite' de Westminster (novembre 1 655). — Négociations avec l'Espagne (i656). — Traite' de Paris avec Cromwell ( 2 3 mars 1657).

Les négociations que Mazarin avait entamées avec Cromwell,

1 Voy. p. 120 et suiv. lunie, et l'Histoire amoureuse des Gaules de

3 Voy. un passage d'une lettre de Mme de Bussy-Rabutin (éd. Lalanne), t. II, p. 4o5. Sévigné, cité p. i3s. note 3, du présent vo- ' Voy. p. 128.

AVERTISSEMENT

et qu'il avait poursuivies avec tant de persévérance pendant les années îG.U et i655, avaient été plusieurs fois interrompues. Le Protecteur, qui hésitait entre la Franco cl l'Espagne, écoutait a tour de rôle les propositions des ambassadeurs de Louis Xl\ et de Philippe, sans rien conclure.

Différents prétextes lui avaienl servi à traîner «mi Longueur : d'abord l'accusation qu'il avait portée contre le baron de Baas ensuite la prétendue persécution contre les Vaudois du Piémont, persécution qu'il imputait aux Français. Il fallut au cardinal une obstination poussé.- aux dernières limites, pour surmonter tous les obstacles suscités par le mauvais vouloir de Cromwell. Il parvinl enfin à conclure un traité de commerce '. connu sous le nom de traité de Westminster (novembre 1 655). Celte convention mil un terme ;»u\ hostilités dont se plaignaient les marins lr.mr.u-. Des articles secrets stipulaient que le roi titulaire d'Angleterre, Charles II, ses frères H ses principaux partisans seraient invités à quitter la France el que, de son côté , Cromwell ne recevrait en Angleterre aucun émissaire de Condé .

Ce premier Imité devait être Buivi d'une alliance plus intime dirigée contre l'Espagne. Le Protecteur envoya en France un de ses parents et de ses partisans les plus intimes, le colonel Lockart; il devait remplir les fonctions d'ambassadeur a la cour de Louis \l\

et presser le cardinal de s'unir à l'Angleterre, pour l'exécution de desseins qui embrassaient toute l'Europe. Cromwell songeait a

former une vaste ligue dans laquelle devaient entrer les Etats protestants. Il aurait voulu y entraîner la France. Le cardinal résistait à de pareils projets et cherchait à éluder la présence à Paris d'un ambassadeur anglais, qui pouvait devenir un obstacle et un danger.

Voy.le tome VI des lettres de Maeariû, Voy. p. 1*7 du présent Tolorae

Avertissement, p. 5. Voy. p. i3i.

vi AVERTISSEMENT.

Il alléguait que la cour était remplie d'Anglais, partisans dévoués dos Stuarts. N'était— il pas à craindre que l'un doux no se portât à quelque violence contre le représentant du ce régicide »' ? Mais le Protecteur se moqua des objections : il tenait à dépêcher au Louvre un personnage officiel, dont la présence affirmât la reprise des relations diplomatiques et dont l'œil perspicace fouillât de plus près les dessous inquiétants de la politique française. Mazarin fit à Lockart l'accueil le plus propre à dissimuler les craintes qu il avait manifestées; mais il résista à toutes les propositions qui lui furent faites d'entrer dans la coalition qu'aurait voulu former Cromwell. Il savait que l'alliance anglaise n'était pas favorablement accueillie par la cour. Les dames surtout, le clan des précieuses héroïnes et sous-héroïnes des deux Frondes, à l'influence si puissante en ce temps de romanesque galanterie, étaient touchées des malheurs d'Henriette de France, veuve de Charles Ier; elles ne dissimulaient pas leur haine contre les rr têtes rondes r> et leurs sympathies poulies tr cavaliers v 2. .

Mazarin ne se laissait pas entamer par cette politique sentimentale, et il n'hésite pas à déclarer, dans ses lettres, qu'il regarde le traité conclu avec l'Angleterre comme un des actes les plus utiles de son ministère; mais il voulait le restreindre à une alliance offensive et défensive contre l'Espagne. Aux instances de Lockart il opposait l'impossibilité, pour la France, qui luttait péniblement contre la maison d'Autriche, de s'engager dans de nouvelles entreprises.

Même il y eut, à cette époque, quelque hésitation dans la diplomatie secrète du cardinal; hésitation qui s'explique peut-être par le désir d'échapper à la pression de Cromwell. Sur l'ouverture que

1 Voy. la lettre adressée à l'ambassadeur Mémoires de AI"' de Montpensier et de Bordeaux, p. 218. Mme de Motteville. ainsi que la plupart des

2 On peut s'en convaincre en lisant les correspondances du temps.

AVERTISSEMENT. tu

lui fit un seigneur espagnol, Mazarin entama, en 1 656, des négociations sérieuses avec don Louis de Haro. Hugues de Lionne se rendit à Madrid en prenant les plus grandes précautions pour dissimuler son voyage1. Les négociations débutèrent assez bien, et l'on espérait arrivera un traité de paix; mais deux causes s'y oj>posèrent : les exigences des Espagnols qui voulaient que le prince de Gondé fut rétabli dans toutes ses dignités, et surtout l'échec des Français devant Valenciennes (juin i656).

.La correspondance; de Mazarin garde un silence eomplel sur ces négociations jusqu'au moment où elles lurent rompues (juilletaoût l656). Il se décida alors à en parlera Lockart — qui «lu reste les avait déjà pénétrées — en affectanl de n'y attacher aucune importance2, et recommença aussitôt les pourparlers en vin- de cette alliance intime de la France etde I Angleterre, depuis ->i longtemps à l'état de projet. Il ou avait, depuis i <>">•>. indiqué les conditions pratiques, en proposant de réunir les forces des deux nations pour reprendre à I Espagne les places do Dunkerque et de Gra vélines3. La première devait rester aux Anglais, la seconde appartenir à la France. Ces propositions avaient été renouvelées en t65û, à l'époque de la mission du baron (le Baas en Angleterre.

Gromwell avait alors hésité ;'i les accepter, parce que, dan- le même temps, les Espagnols s'engageaient à lui livrer Calais, aussitôt que cette place aurait été prise; mais lorsqu'en i <">•"><'>. Mazarin revint à la charge, le Protecteur n'avait plus le- mêmes motifs de tergiverser. 11 ('lait, en olTet, en état de rupture ouverte avec l'Espagne et venait de lui enlever la Jamaïque (i65!

1 La niwsion de Lionne est exposée d'une ' Voy. la lettre do s8 août a M.deBor-

manière 1res complète dans l'onvrage do deanx, 0.898. M. \ alfrey, qui a pour titre : Nigocùuiont de ' Voy. la lettre du a3 a\ ni 1 <>.">•.> 1. Y des

Uni; urs de Lionne. lettres de Miizariu. p. Qi.

IIAZARI!». — VII. B

i.rMHFMI IATIOIAU

viir AVERTISSEMENT.

Aussi les conférences, tenues entre Lockart et de Lionne, aboutirent-elles sans trop de difficultés, le 2 3 mars 1657, au traité de Paris.

L'Angleterre s'y engageait à fournir une flotte, pour bloquer les ports de Mardyck, de Dunkerque et de Gravelines; et elle devait joindre à l'armée française, forte de 20,000 hommes, un corps de 6,000 fantassins qui serait payé à frais communs par les deux gouvernements. Des articles spéciaux stipulaient le partage des conquêtes projetées par les coalisés. On y déclarait formellement que la religion catholique serait respectée par les Anglais, lorsque la ville de Dunkerque leur aurait été livrée, et que les églises et les couvents, appartenant au clergé catholique, resteraient la propriété de ce clergé. Mazarin répondait, par cette clause spéciale, à ceux qui protestaient contre une alliance conclue avec des hérétiques. Sa correspondance prouve que leurs attaques, très vives, le préoccupaient et qu'il engagea Servien à leur répondre1. Enfin, par un article secret du traité de Paris, les deux parties contractantes promettaient de n'écouter aucune proposition de paix, sans en faire part immédiatement à ses alliés2.

Ce traité de Paris n'était conclu que pour un an, et c'était en 165-7 (\ue ^es places de Mardyck, de Dunkerque et de Gravelines devaient être assiégées et partagées entre les vainqueurs. Cependant les préparatifs de la campagne traînèrent en longueur. Les troupes anglaises n'arrivèrent en France qu'à la fin de mai"5; le roi alla lui-même les passer en revue4, et la jonction des deux armées

1 H fit même imprimer et tirera part un * Le texte du traité de Paris a été puextrait du traité, contenant les articles rela- blié par M. Guizot, dans le tome II de son tifs au maintien du culte catholique, et cette Histoire de la République d'Angleterre et du plaquette, dont il existe un exemplaire aux Protectorat d'O. Cromwcll, p. 597 et suiv. Archives nationales (Collection Rondonueau de la 2' édition. AD-f- 1657) fut répandue à profusion dans 3 Voy. p. 453 du présent volume, le public. 4 Voy. p. 475.

AVERTISSEMENT. ix

s'exécuta; mais on n'entreprit immédiatement aucun des sièges stipulés dans le traité.

Les rôles étaient alors complètement changés : autant Mazann avait montré d'ardeur pour la conclusion de l'alliance, autant il parut éloigné de l'exécution. C'étaient Cromwell et son représentant Lockart qui pressaient maintenant les Français d'entrer en campagne. Le cardinal, après avoir promis de livrer Dunkerque aux \nglais, reculait-il devant l'exécution de cette clause1? Etait-il détourné — ce qui est plus vraisemblable — du siège des places maritimes, par la situation de l'Allemagne, où la vacance du trône impérial donna lieu à des brigues compliquées, dans lesquelles notre ambassadeur, le maréchal deGramont, devait jouer un rôle"? Ce qui est certain, c'est qu'après avoir li<: Cromwell par le traité de Paris, il le mécontenta par ses hésitations au point de faire craindre une rupture. On verra, dans la suite de >a correspondance, comment il la prévint et se décida à remplir ses engagements avec sincérité et vigueur.

Négociations avec la cour de Rome ( i 655- iii.:>(i). — Négociations *wc !<■» Suède

et lii Pologne ( t (i.'>T>- 1 « » T> -j }.

Les négociations avec la cour de Rome, pendant les années 160T) et i656, forment une bonne part de OC volume. Biles sont toutes relatives aux poursuites dirigées contre lietz et à l'administration du diocèse de Paris. On a vu. dans le tome \ I des lettres de Mazarin3, que, dès la fin de l'année 1 656 . Hugues de Lionne avait été envoyé à Rome pour demander au pape la nomination d'une commission qui aurait procédé au jugement du cardinal de Retz, accusé du crime de lèse-majesté. Mais le nouveau pape.

Voy. p. liqlt. — ' Voy. . |). 5-ii. la lettre à M. de (îravel. — ' Voy. [>. ^95 et 397.

x AVERTISSEMENT.

Alexandre VII (Fabio Chigi), bien loin de faire droit aux demandes de Louis XIV, avait accordé le Pallium, insigne de la dignité archiépiscopale, au cardinal de Retz.

Le pape persista à éluder toutes les instances de Lionne pour le jugement du prélat rebelle; à l'abri de la protection pontificale, Retz ne cessait de troubler le diocèse de Paris par les mandements de ses vicaires généraux, et principalement de Chassebras, curé de la Madeleine. Alexandre VII, vivement pressé par le représentant de la France et par plusieurs cardinaux, finit par adopter une mesure propre à rétablir un calme relatif. Sur la demande du souverain pontife, Retz nomma pour administrer ce diocèse, dont il était exclu, mais où son influence dissolvante s'infiltrait toujours, M. du Saussay, curé de Saint-Leu-Saint-Gilles. Le roi se déclara satisfait de ce choix, et, pendant plusieurs mois, les intérêts spirituels de la capitale furent pacifiés. La modération et la prudence de du Saussay ne convinrent d'ailleurs pas longtemps au cardinal de Retz. Il le révoqua brutalement en 1 656 , sans aucun motif, par pure bravade, et rétablit ses anciens vicaires généraux. Cette conduite blessa profondément le pape, qui avait approuvé le choix de M. du Saussay, et dont la patience commençait à se lasser des difficultés que lui créait son terrible hôte.

Retz fut réduit à sortir de Rome et se condamna à traîner une vie nomade et peu brillante en Franche-Comté, en Relgique, en Hollande. Malgré tout, il conservait en France de nombreux partisans, et la correspondance de Mazarin prouve avec quelle inquiétude le ministre tout-puissant suivait les allées et venues de son ennemi fugitif1.

Ces soucis n'empêchaient pas le cardinal de s'occuper activement des affaires générales de l'Europe, au premier rang desquelles il

' Voy. p. 32i et 355 du présent volume.

AVERTISSEMENT. y.

plaçait le rétablissement de la paix entre nos deux alliées du Nord, la Suède et la Pologne.

On a vu, dans le tome précédent '. ipie, malgré tous tes efforts^ la lutte avait commencé en juillet îtiof» entre Gbârkfe-Guétave ël Jean-Casimir. N'ayant pu la prévenir. Mazarin chargea d'Avaugour. ambassadeur de France en Suède, d accompagner Charles-Gustave dans ses courses rapides et triomphante* à travers la Pologne2. Sa mission était principalement de rendre la guerse moins cruelle pour les vaincus cl de protèges les églises catholique* de Pologne contre les violences fles Suédois luthériens '. Il devait aussi représenter à Charles-Gustave le danger d'ahuser île s;i \irioire. et lui montrer les peuples qui entouraient la Suède, al qu'effrayait la

rapidité de ses conquêtes, prêts ;'i le coaliser contre elle

D'Àvàugotur exécuta de son inieu\ les instructions qu'il recevait de Mazarin. Mais coiiiiiienl arrêter un roi ambitieux, qui, en quelques mois (août-décembre 1 655), avait conquis la Pologne pendant que .lean-Ciisunir et Marie de Gonzague Be réfugiaienl dans laprovince autrichienne de SilésieV lu milieu de l'en i\ renient de la victoire, Charles-Gustave p. nul froissé des remontrances de l 'ambassadeur de France. Il répondit que Mazarin se laissait entraîner

par les sollicitai s du pape, qui voulait former une ligue des

puissances catholiques pour la défense de la Pologne '. Il rappelait que la reine de Pologne, Marie de Gonzague, avait, à la cour de France, des parents inlluonls". Sa sœur, Anne de Goniague, (|iu

avait un grand crédit auprès d'Anne d'Autriche, la pressait, supposait-il, de secourir des alliés malheureux. De là les plaintes et les accusations de Charlos-(iusla\e.

Le roi de Suède ne tarda pas cependant à reconnaître la SfUNflM

1 Voy. i. VI des lettres de Maxarin, p, x de l'Avertissement. — J Voy. p. 11G du pr<<sont volume. — ? Voy. p. 1 18. — J Voy. p. 173 cl 905. — ' Voy. p. i8'i. — 6 Voy. p. 18/1

mi AVERTISSEMENT.

des conseils du baron d'Avaugour. L'Autriche, qui voulait lui enlever ses possessions d'Allemagne (Poméranie, duché de Brème, Wismar), forma contre lui une coalition dans laquelle entrèrent les Moscovites, le Danemark et l'électeur de Brandebourg. La Pologne se releva; Jean-Casimir rentra dans Varsovie (juin 1 656), et ses palatins polonais, qui l'avaient abandonné l'année précédente, reprirent les armes pour la défense de leur roi et de leur patrie.

Charles-Gustave était trop opiniâtre pour ne pas faire tête à l'orage; il chercha cependant à diviser les coalisés et entra en négociation avec l'électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume. Il conclut avec lui, le 1 5 juin 1 656, le traité de Marienbourg, par lequel il lui cédait plusieurs palatinats de la Pologne. A cette condition, l'électeur s'engageait à joindre ses troupes à celleé du roi de Suède , pour combattre Jean-Casimir. Les armées ennemies se trouvèrent en présence près de Varsovie et se livrèrent une bataille qui dura trois jours ( 2 8 au 3 o juillet 1 656) x. La victoire, longtemps disputée, resta enfin aux Suédois. Charles-Gustave aurait voulu en profiter pour reconquérir la Pologne; mais son allié, Frédéric-Guillaume, était un politique rusé, qui redoutai! la trop grande puissance de la Suède et l'empêcha de profiter du succès de Varsovie.

Il représenta avec force le danger de s'enfoncer dans la Pologne, au moment où le Danemark se préparait à la guerre et où les Moscovites envahissaient la Livonie. Charles-Gustave craignait une nouvelle défection de l'électeur de Brandebourg, et, pour le retenir dans son parti, ne recula devant aucune concession. Frédéric-Guillaume s'était reconnu vassal de la Suède, pour la Prusse ducale2. Il obtint, par le traité de Labiau, signé le 1 o no-

'.On peut consulter, pour les détails, l'Histoire de Charles-Gustave par Puffendorf. — 1 Le traité de Kœnigsberg, signé le 17 janvier 1 G56 , avait formellement stipulé cette vassalité de l'électeur.

AVERTISSEMENT. un

vembre 1 056, que Charles-Gustave renonçât à ces droits de suzeraineté.

A cette époque, la France, qui venait d'essuyer un grave échec à Valenciennes l, ne joua qu'un rôle secondaire dans les affaires de l'Europe septentrionale. Elle ne pouvait intervenir que par ses conseils, tandis que sa rivale, la maison d'Autriche, qui, par la Silésie, confinait à la Pologne, agissait beaucoup plus activement.

\près la mort de l'empereur Ferdinand III (avril îGôyi. son lils Léopold, qui n'était encore que roi de Hongrie <'t de Bohême, signa avec Jean-Casimir lé traité de Vienne (a? mai 1 ().">-). Il s'engageait à envoyer une armée pour chasser les Suédois de la Pologne, et espérait ainsi assurer à un archiduc d'Autriche !«■ bénéfice futur de la couronne polonaise Douze mille autrichiens se joignirent aux Polonais pour enlever Cracovie aux lieutenants de Charles-Gustave. En même temps, les émissaires de Léopold excitaient le roi de Danemark, Frédéric III. à envahir le duché de Brème qui appartenait à la Suède. La Hollande, qui craignait que Charles-Gustave ne lui fermai l'entrée de la Baltique, poussait aussi le Danemark à se déclarer contre lui. Frédéric III céda à ceconseils et commença les hostilités.

Ainsi se réalisa, en 1 G5y , le danger que la France avail plus d'une fois fait entrevoir à la Suède, el qu'avait provoqué I ambition de Charles-Gustave.

1 Voy. p. 275.

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