AU ROY DE SUÈDE
[La FèreJ, 22 juin 1667.
SlRE,
Il m'est impossible de garder le silence, lorsque j'apprends, par tant d'endroits, l'honneur qu'il plaist à V. Mld de me faire, tesmoignant si
1 L'empereur Ferdinand III était mort le a On a vu qu'il suivait le roi de Suède
2 avril 1657. dans ses campagnes.
obligeamment d'agréer les petites marques que jetasche de luy donner Imn de mes respects et de mon très humble service. M. l'ambassadeur et le chevalier de Terlon m'en ont escrit en termes qui m'ont donné de la confusion; niais comme je ne sçaurois satisfaire par une lettre aux remc-rciemens que je lui en doibs, je supplie V. M1, que je m'en puisse remettre à la vive voix dudict ambassadeur et à ce que luy mandera le sieur Courtra, que j'ay entretenu particulièrement sur ce sujet et sur tout ce qui peut regarder les interest de V. M1'1 et le service commun des deux couronnes dans les conjonctures présentes. .1 espère aussj que le gentilhomme *, qu'on depesche de delà pour le sujet dont Elle Bera informée par ledicl sieur ambassadeur, pourra avoir l'honneur de laire la révérence à V. \\u et luy présenter cette lettre, qui lin servira, s'il vous plaist, de créance pour l'informer de sa commission. \pres que] il ne me reste qu'a la supplier de croire que je ne perdray aucune' occasion de lu\ tesmoigner la singulière vénération que j ay pour sa personne et de me conserver !<• bonheur que j aj d'estre, etc.
cccn.
\ll. i;h.. France, t. ajU, f 33. — Autographe. À J.-R. COLBERT.
La Père, a-j juin \<
L'ordinaire est arrivé, sans que M. Le Tellier, n\ moy, ayons receu de vos lettres, el nous en sommes en peine; car vous deviez avoir receu un paquet du s' Rossignol9 pour nous envoyer. Je vous prie de nous
1 Blonde). divers offices, l'ius tard, il batil la belle
* Rossignol étail connu par son habileté maison de Juviay, on Louis \l\ l'aua u-
pour la traduction des lettres chiffrées. Il siter. Tallemant, dans ses Hùtoriettan , pré-
s'enrichit vite à ce métier; dès Tannée 1 64 1, tend que Rossignol ne déchiffra jamais
nous le voyons posséder 6,ooo écus de qu'une seule lettre, et par hasard; que son
rentes (environ 36,ooo francs intrinsèques, talenl supposé n'était qu'un époavantail,
qui valent 90,000 francs aujourd'hui) en dont se servait le Gouvernement pour laire
Juin ifi?>7. sortir au plus tost d'inquiétude. Si vous avez retiré les soixante mille livres de M. le Procureur général pour le remboursement de pareille somme qui a esté donnée par Grave] à M. de Mayence, je vous prie de la remellre, ou par lettre de change audit Grave) l, ou en argent comptant à vostre frère2, avec la somme que vous devez avoir retirée dudil Procureur gênerai pour la garnison de Brisach; mais prenez garde de ne faire aucune mention de l'électeur de Mayence.
Je vous conjure de faire diligence pour remettre, d'une façon ou d autre, ces deux sommes, c'est-à-dire à vostre frère, si vous les envoyez en argent comptant, et à Gravel, si c'est par lettre de change; et comme cette voye-cy3 est la plus courte et qu'il importe d'exécuter cela promptement, je voudrois bien que vous eussiez le moyen de vous en servir.
Vous verrez M. le mareschal de Gramont de ma part etluy remettrez les passe-porls que le marquis de Caracene m'envoye. Il les examinera avec M. de Lionne; mais il me semble qu'ils sont en bonne forme4.
croire à ses adversaires qu'il lui était facile de déchiffrer toutes les iottres qui tombaient entre ses mains. Cependant il semble, aussi bien par la correspondance de Richelieu {Lettres et papiers d'Etat) que par celle de Mazarin , que la singulière aptitude de Rossignol , en ce genre , ne fut pas niable. ( Voy. t. VI, p. ky, des Lettres de Mazarin.)
1 Mazarin a écrit plus haut Gravel, et ici Gravelle. Je ne fais cette remarque que pour montrer à quel point l'orthographe des noms propres était variable.
' Charles-Col bert, intendant d'Akice.
3 L'envoi par lettre de change.
' Ces passeports avaient été d'autant plus aisés à obtenir de don Juan d'Autriche, que le Gouvernement espagnol en demandait au même moment à la France, pour son ambassadeur, le comte de Peneranda, qui se rendait aussi à la Diète. Gramont voulait demander en outre des passeports spéciaux au prince de Condé, craignant, dit-il, trde le trouver en telle humeur qu'il ne porterait pas grand respect aux passeporls de don Juan d'Autriche*»; mais Mazarin s'y opposa.
DU CARDINAL MAZARLY 519
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Bibl. nal., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. ~i\ \, f" 5 v . — Minute.