COLBERT
Paris, lit juin 1657.
Je rends tres-humbles grâces à V. E.
de la bonté qu'elle a d'employer mon frère soubz Mrs le mar*1 de Grammont et de Lionne2; je la puis asseurer qu'il
Mazarin.
La Fère, 19 juin 1657.
1 Ne se trouve pas dans le recueil de M. P. Clément. — 5 Voy. ci-dessus, p. 486.
emploiera toute son industrie avec une fidellilé toute entière.
Juin H'.V
Après avoir \eu la letlre que la ville de Moyssac ' a escrit à V. E. pour l'établissement d'un présidial, il n'y a que la considération de la nécessite des finances, (jui passe par dessus toutes les autres raisons, qui puisse obliger V. E, de faire cette affaire, la multiplication des officiers royaux en relie ville- là dcbvanl asseurémciil ruiner toute sorte de commerce- el menues |e> droits de l'abbaye, joint que peut estre l'on n'en retireroil pas plus de 20 m. escus ou 80 m.tt et que Ton auroit beaucoup de peine à en faire vérillier l'édit au parlement de Tboulousc.
J'envoye à V. K. deux lettres que je receus hier du s1 de Vicquefort.
Je crois eslre obligé de l'aire souvenir V. E. d'une pensée qu'elle eus!
cet hiver, de Faire quelque présenl à M. de Montdejeux s pour les cy préaux qu'il envoya pour Vincennes, donl il paya mesmes la voicture.
Geluy qui nourril les lions de Vincennes me demande de l'argenl avec empressement, et comme je n'ay pas
Si cela doit apporter préjudice,
il 1<; faut empêcher.
Mandez moi <•<: qu'on lui pourpoit envoyer, car je prétends Un re mi présent
\ ous lui pourrai faire donner
1 îo'1 pour le payemeol de ce moia
' Voy. ci-dessus, p. 5o4.
2 Colberl, bien qu'il ail été rendu sons son ministère un certain nombre d'édita de création de charges vénales, fui néanmoins toujours opposé en principe à la multiplication excessive qui en avait été faite sous
Richelieu et Maxarin. On saii qu'il e-i ['auteur de cette boutade, célèbre bous l'ancien régime, que tr lorsque le roi crée un office le bon Dieu créa en même temps un imbé cile pour l'acheter I* ' Gouverneur d' \rras.
et, vers le 10e de juillet, vous lui ferez donner autant.
Juin 1657. accoustumé do payer cette dépense, je suplie V. E. de nie faire sçavoir combien je luy donneray par mois et depuis quel temps je le feray payer.
M. l'archevesque d'Arles1 m'est venu voir ce matin pour me dire que le recouvrement de sa santé' l'obligerait de s'en aller à la campagne pour quelques jours , d'autant plus qu'il ne voyoit point qu'il pust arriver aucune chose dans les affaires du clergé où sa présence fust nécessaire, que M" de Limoges, d'Angoulesme et de Conserans partoient lundy pour s'en retourner et que, s'il arrivoit quelque chose, il me prioit de luy faire sçavoir et qu'il ne manqueroit de se rendre icy aussitost; à quoi il a adjusté des protestations de demeurer tousjours ferme dans le service du Roy et dans les interesls de V. E. ; il m'a adjousté qu'il seroit bien ayse de sçavoir sy V. E. avoit receu un original de la lettre de Mr le cardinal de Retz à M" de l'assemblée, qui luy avoit esté addressée et qu'il avoit remise entre les mains de Mr l'évesque de Goustance2 pour l'envoyer à V. E.
1 Sur l'archevêque d'Arles, François d'Adhémar de Monteil de Grignan, voy. le tome 111, p. ai6, des Lettres de Mazarin. — 2 Claude Auvry. (Voy. ci-dessus, p. 9/1.)
S'il y aura quelque chose à faire ainsi que j'ai dit à M. Servient qui vous en entretiendra, on pourra faire revenir M. d'Arles pour lequel j'ai songé à demander au Roi le cordon bleu, et il me semble qu'après ce que j'ai fait pour lui.
pour ses neveux et pour son frère, il doit être assuré que j'ai beaucoup d'amitié et d'estime pour sa personne et pour sa maison, et que je puis prétendre que, sans aucune réserve, il se déclare en toutes rencontres pour le service du Roi et mon ami particulier.
Juin 1 <>.">-
ccxcvm.
Bibl. nat. , mis. f. fr., Mélanges de Colbert, t. h\ A. F 43 s ; minute, et t. 23,202, f° 22G; original.
À L'ABBÉ FOUQUET
( Brun.)
La Fère, so juin i 657.
J'ay esté tres-ayse de l'arrest de Dorai1, et j'espère que vous me donnerez bientost de grandes cognoissances du lieu où est le cardinal de Retz et de toute celle intrigue. Car vous pratiquerez Ions les moyens imaginables pour faire parler ledil Dorât.
Je vous prie de tenir la main afin que les imprimeurs arrestez soienl exemplairement punis; car, sans cela, on ne desracinera jamais celle canaille qui faicl plus de mal à ['Estai que les Espagnols.
Je suis esioimé de ce que vous me mandez de la pièce qu on vous s jouée auprès de Mme de Chastillon; mais elle n'aura pas tardé d'en recognoistre la fausseté2.
M. le Chancelier avoil escril en faveur du prevosi «le l'Isle5 pour une compagnie de chevaux-legers qu'on vouloit lever à Pans: et comme je n'en ay pas ou\ parler4, je vous prie de m'en informer, bî mois en
1 Le sens est : de l'arrestation de Dorât
(Vov. sur rc conseiller au Parle lit de
Paris , I. IV, p. 2 1 7, des Lettres de Mazarin. )
1 La <r pièce» dont il esi ici question consistait en une Mène qui lit alors grand bruil
;i la Cour, el dont on trouve les détails dans
les Mémoires de Mademoiselle de Montpen-
sier (édition Micliaud, page 288) et dans l'Histoire amoureuse di> l!uss\ (édition l.alanne, 1. II. page 4n). M"" de Gbàtillon,
s'él.ant rendue ;iu loeis de l'abbé en son absence, s'était emparé des lettres d'amour qu'elle lui avait écrites, ainsi que d'autres
MAZAMN. — TH.
lettrée du prince de Condé, adressées à elle-même, el qu'elle avait confiées s Fouquet. Celui-ci, raconte l!uss\. irayanl trouvé ,1 son retour ce fracas chei bu . s'en alla chi / la duchesse ei commença par la menace/ de lui couper le ues. . . ». Il cassa divers meubles chez elle ei sorti! ^ après lui avoir dil mille injures*. D'ailleurs, ainsi que le conjecturail Masarin, an boni de très peu de temps, la duchesse el l'abbé ifse racommodèrent aussi bien qu'ils avaient jamais été». 3 Le prévôt de rite-de-Prance.
De ta levée de chevau-légers.
lurnyinit % itii
51 k LETTRES
Juin 1657; sçavez quelque chose; et me remettant à ce que j'escris à M. le Procureur gênerai et à ce que M. Servien luy dira, je vous asseure plus (jue jamais de mon amitié.
CGXGIX.
Bibl. luit. , 111s. f. fr. , Mélanges de Colbert , t. 5i A, f° 44 v"; minute. — Passages à chiffrer soulignés.
La Fère, ao juin j 6 ô 7 .
j'ay bien veu que vous rapprochiez de nos frontières, que, sans donner la peine au corps anglois de vous aller trouver où vous estiez, il vous pourroit bien rejoindre, quoyqu'il ne partist pas de Guise. Vous n'aurez qu'à escrire un mot à Toucheprez ' pour luy dire quand vous voulez que ledict corps parte, et où il vous ira trouver. Je prie Dieu que l'application que ces gens-là ont à bien servir et l'ordre dans lequel ils vivent fassent un bon effect à l'esgard de plusieurs regimens de l'armée qui n'en usent pas de mesme.
J'avois desjà eu le mesme soupçon que vous pour Saint-Quentin, et pour cet eflect j'avois faict envoyer ordre au régiment de Guise et à quarante hommes de celuy de la Fere d'y aller, avec resolution d'y envoyer aussi deux autres compagnies des gardes, de celles qui sont auprès du Roy, et les gendarmes, chevaux-legers et gardes du corps, aux premières nouvelles que nous aurions que l'armée enuemye marchait pour s'approcher de la frontière, quoyque, [les ennemis] manquent de quoy payer les vivres et [d'artillerie]-, ainsi que je vous ay mandé, j'eusse peine à croire qu'ils voulussent former un semblable dessein. A présent que vous vous approchez, on doit encore moins le soupçonner. Neantmoins si, nonobstant cela, vous estimez qu'il faille
1 Voy. ci-dessus, p. /471. — 2 Ce mot, écrit en interligne, corrige d'équipage. Je ne puis lire que d'artillerie, mais le mot est difficile à déchiffrer.
envoyer deux ou trois compagnies (Je gardes de relies qui sont icy. on Juin ii>:,7 le fera.
Je fais aussi partir pour Landrecy le régiment de dragons qui est composé de cent soixante bons nommes en si\ compagnies, et je crois qu'il y pourra arriver demain au soir.
Je reçois tout présentement nue lettre de Talon, du Qtfesnoy, du 18 au soir, par laquelle d me mande que l'armée îles ennemis estoil encore à Genest entre Saint-Guillain et Mous ; que toutes les garnisons de Bouchain, Gambray et Valenciennes l'avoienl jointe; que cell< d'Avesnes partoit pour le mesme effect, et qu'il estoil sort} un grand convoy dudict Valenciennes pour aller à leur camp. Je croj que vous aurez receu les mesm es nouvelles de M. de Beauvau, 1 qu'ayant veu celles que M. de Faberl vous a données de l'estal où estoil désjà la circOnvallation de Montmedy, vous vous confirmerez de pins en plus dans la créance que leur intention n esi pas daller, avec tontes leurs
forces, tenter le sec 'g de ladicle place, mais plus |os| de 8C tenir
tous ensemble pour vous empescher de rien entreprendre; mais nous
serons bienlosl csclaireis de leur intention, quO) qu'il me semble
que, soil qu ds voulussent attaquer ou secourir, ils ont perdu assea de
temps.
GCG.
Bibl. iial., ms. f. IV. . Mélange» iê Colbtrt, t. 5i \, I 78. — Minute de la main <lo Lionne.
V L'ÉLECTEl R DE BRANDEBOI RG1.
I La Fère |. aa jiii i1 ■">;.
Je me suis donné l'honneur d'escrire à \. \. El. par la voye de | \l.| d'Avaugour quelque temps après que nous reeeumes la nouvelle
1 Frédéric-Guillaume de Hohensollern, connu sons le nom de «Grand Éiecteor», qui régna de 16/10 à 1G88. (Voy. (. Il, p. 1000. des Lettres de Mozart».)
Juin 1657. de la mort de l'Empereur1, et parce que ledict sr d'Avaugour luy avoit dict de la part du Roy, Elle aura veu Testât asseuré qu'Elle peut faire de sou amitié, à quel point Sa Ml'; s'iuleresse en ce qui la regarde et la profession que je veux toujours faire d'estre sincèrement un de ses plus acquis serviteurs; mais comme le mouvement continuel dans lequel est ledict d'Avaugour2 nous pouvoit faire craindre avec raison, ou que la depesclie ue s'esgarast, ou qu'elle ne fust peut-estre longtemps à luy estre rendue, on avoit pris la résolution d'envoyer un gentilhomme exprez chargé de tout ce que nous avons jugé nécessaire d'estre communiqué à V. A. El. dans la présente conjoncture, et de quelques nouvelles marques effectives de l'amitié du Rov, pour luy faire cognoistre que, si ou luy suscite de nouveaux ennuys, ses bons amys redoublent leur affection; et lorsque ledict gentilhomme estoit sur le point de partir, le sieur de Bray est arrivé, qui m'a rendu la lettre dont il luy a pieu me favoriser et m'a entretenu de sa part; de quoy je luy rends tres-humbles grâces, et jemeresjouis que ma passion pour son service m'ayt faict obtenir du Roy qu'on ayt prévenu ses instances. Il m'asseure que ledict sieur de Bray luy rendra compte de l'entretien que j'ay eu avec luy sur ce sujet, et me remettant encore à ce que M. d'Avaugour et le sieur Blondel y adjousteront de vive voix, je demeure, etc.
ceci.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 78 v°. — Minute de la moin de Lionne.