‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 105 sur 285 · À M. DE GRAVE · texte numérisé non relu

À M. DE GRAVE

La Ft>re, a3 juin 1 667.

(kttiuit. i

On a esté tres-aisc d'apprendre ce que vous avez négocié avec ledict s1' Electeur (de Trêves), mais bien davantage de reconnoistre tousjours de plus en plus l'affection de M, l'électeur de Mayence et la peine

MAZAMN. TU. 66

LETTRKS

Juin 1687. qu'il luy plaist de prendre pour acheminer toutes choses au but que nous nous sommes proposé. A la vérité, il n'y a rien de si sensé <|u<' ce qu'il vous a dit sur la manière dont il falloit traiter avec ledict sieur électeur de Trêves et le mémoire que vous avez fait en conformité, pour vous servir d'instruction; et si l'on ne sçavoit pas desjà combien S. A. est esclairée dans toutes les affaires les plus importantes, et le? grands talents qu'elle a, ce qu'elle l'ait à présent suffiroit pour donner une haute estime de sa capacité. H faut que vous revoyez de nouveau S. A. E. pour luy donner part de tout ce qui est contenu dans une autre depesche et dans celle-cy, et recevoir continuellement ses ordres pour ce que vous aurez à faire; car, comme je vous ay desjà mandé, la cause commune ne sçauroit avoir plus d'avantage que quand les choses qui regarderont son bien seront dirigées par la sagesse de S. A. C'est pourquoy il sera bon que vous demeuriez auprès d'EIle le plus que vous pourrez, sans vous en esloigner que pour exécuter ce qu'elle croira que vous devrez faire.

Je croy qu'il n'y a rien à adjouster à ce qui s'est fait pour M. l'électeur de Trêves, que je ne doute pas que l'entrevue qu'il devoit avoir avec M. l'électeur de Mayence n'affermisse dans les bonnes dispositions qu'il vous a tesmoignées1. M\l. les ambassadeurs luy porteront les expéditions nécessaires pour la conservation des droits qu'il prétend avoir dans les eveschez de Metz, Toul et Verdun, le Roy ayant passé par dessus toutes les considérations qui pouvoient l'empescher de luy faire cette

1 L'éleeleur de Trêves (Charles-Gaspard île Leyen) était cousin germain de l'électeur de Mayence, à qui il devait en grande partie la dignité électorale. «C'était, dit le maréchal de Gramont, un homme qui, par rapport à l'esprit, était brouillé avec le sons commun, sans érudition, point d'étude, et avait une russi faible connaissance des affaires de l'Empire que des siennes propres, il excellait dans la connaissance du bon vin, dont il prenait une si grande quantité et pendant tant de temps, qu'il faisait avouer

à ceux qui buvaient avec lui, qu'il était très difficile de lui tenir tête. " Les espérances que Mazarin avait fondées sur son appui à la Diète, se trouvèrent complètement déçues ; il fut en tout et partout partisan de la maison d'Autriche. Le temps employé a pour le mettre dans le parti du Roi* fut totalement perdu; l'argent seul, qu'il avait volontiers accepté de la France, ne le fut pas, pure qu'on l'obligea à le restituer; ce qu'il fit avec beaucoup de résistance et d'amertume, . car c'était un cavalier des plus tenaces-.

DU CAKDJNAL M VXWUN.

jjrace1; et, si M. l'électeur de Mayence juge que S;i M1', outre cela, lu\ Juin 1607. doive faire encore, comme je le croy, quelque gratiffication , soil eu vaisselle, en argent, eu pierreries, en tapisseries el autres meubles, ou mesme, au lieu de toul cela, luj donner quelque bonne abbaye, ou à quelqu'un de ses parents el principaux domestiques, Elle se conformi à ce que vous luy ferez sçavoir là-dessus estre du sentiment de mondict sieur électeur de Mayence, lequel . je m'asseure, sera d adv is qu on engage en sorte ledicl Electeur <|u il ne puisse pas se desdire de (|uil aura promis.

Si \ons avez occasion de revoir M. l'électeur de Trêves, il ue faut pas manquer de l'exciter en le faisant ressouvenir de la belle action d'un de scs prédécesseurs, qui harangua en faveur de François lr

à la dicte, qui lui tenue pour une nouvelle élection après la mort

de l'empereur Maximilian, el quoj que Charles-Quint . pour qui l'électeur de Mayence parlait, fust préféré audicl l'i 1- I . oeantmoins

cette harangue de I électeur de Trêves eut un applaudissement i verse! ; el comme, dans la conjoncture présente, ces deux électeurs,

qui esloieiil alors divise/, se trouveront unis el avec une ine-nie intention de ne regarder, dans le suffrage qu'ils donneront, que le bien et le repos de l'Allemagne et la manutention9 des droits et des privilèges de MM. les Electeurs et antre- [Mimes Je l'Empire, nous n< devons |>as douter que toutes choses ne se passent .mss\ bien que nous pouvons souhaiter dans la prochaine élection d'un Empereur.

Mazarin entre ensuite dans 1rs détails -m les personnages qu'il sérail impoi tant de gagner. Il parle surtout des ministres de l'électeur de Mayence el particulièrement du banni de Benneberg ou Bennebourg

Nous dire/ au baron de Bennebergque je n'a) pas manqué de faire

Grâce toute platonique du reste, puisque le traité tic Munster nous avait solennellement reconnu la possession de ces trois évêdus. sur lesquels nous n'avions jusque-là qu'une autorité de fait et non de droit; si bien même que les appels du tribunal de

Meut étaient encore portée bous Louis Mil. jusqu'en i633, à la Chambre impériale de

Spire.

Le maintien.

On trouve ces deux formes du nom dans les dépêches.

11111 1657. valoir au Roy les nouvelles asseurances qu'il vous a données de son affection pour les interests de celte couronne el (jour la personne de Sa Mu, qui en conservera tousjours beaucoup de reconnoissance, et

qu'en attendant qu'il en reçoive des preuves essentielles, Elle \ous a commandé de luy luire, de sa part, un présent de trois mille risdalles1; et si vous croyez piutost2 de luy donner les mille pistoles que vous proposez, faites-le; et sur ce que vous a dict ledicl sieur de Benneberg, je vous diray confidemment, pour ne le redire qu'à M. de M aven ce en grand secret, qu'il y a desja deux Electeurs, dont l'un a fait dire icy positivement que, pour le bien de l'Allemagne, il vaudroit mieux que le Roy songeas! à se faire empereur que de travailler a l'élection d'aucun autre prince, et quoy que l'autre n'ayt pas parlé si précisément, il a dit quelque chose de fort approchant. Sa Mle a respondu avec beaucoup de modestie, tesmoignant ne désirer autre chose, si ce n'est que MM. les Electeurs ayent la liberté d'eslire qui bon leur semblera, espérant que toutes sortes de raisons les persuaderont de ne chercher pas un empereur dans la maison d'Austriche.

Vous ne mandez point ce qu'il faudra donner au frère de M. l'électeur de Mayence et autres de la salle3. Quand vous me l'aurez fait sçavoir, vous en recevrez l'ordre aussytost. Pour M. de Fribourg4, vous luy pourrez faire dez à présent un présent de cinq ou six cents risdalles en argent, ou en telle autre manière que vous jugerez a propos, et, s'il faut faire davantage, vous n'aurez qu'à me le mander, les en asseurant ce pendant que vous escrivez icy qu'il faut leur faire quelque regale, comme, en effet, on leur envoyera ce que vous manderez, ne doutant point que vous ne la5sçaurez régler à la qualité d'un chacun et au service qu'ils peuvent rendre.

1 Trois mille risdales faisaient intrinsè- ' Ce ternie indiquait probablement ceux quement à peu près io,5oo francs. (Voy. ci- qui étaient attachés spécialement à la cour dessus, p. 2/12.) de l'Électeur.

Mille pistoles, à 10 livres la pièce, repré- ' L'évêque de Fribourg-en-Brisgau.

sentaient environ iO,3oG francs. " Bégaie, dans le sens de présent, s'em-

2 Plustost dans le sens de plus à propos. ployait alors au féminin.

Mais ce qu'on désire rie scavoii principalement, el dont ii seroit Juin 1657. bon que vous vous fussiez desja expliqué, c'est quelle somme il faudrait donner à M. l'électeur de Mayence qui le satisfit, sous le prétexte que vous me marquerez de mettre un petit corps d'armée sur pied, en faisant, la liaison' pour le maintien de la paix; car Sa M1' est absolument résolue de la faire. Et mesme,si vous croyez qu'il fusl avantageux de luy donner dez à presenl une somme de vingt, vingt-cinq el mesme jusques à trente mille risdalles, comme une partir de <«l 1 «■ assistance que le roy luy auroit accordée, vous le pourrez faire, sans attendre aucun nouvel ordre; là-dessus, el les payer en escus blancs3. Mesme, s'il souhaitoil quelque hou bénéfice pour luy, dont l'expédition pourrait demeurer secrète autanl de temps qu'il lu) plairoit, Elle (Sa M1 i le luy donneroil volontiers. Enfin vous pourrez dire audict grand maistre que S. A. ne désirera rien de ce qui sera au pouvoir de Sa M' . soil pour sa personne, pour ses parents ou pour se- domestiques, que Sa )MI,; ne lu\ accorde avec plaisir. Il est pourtant hon que vous usiez de grande adresse en cela . el . si l'on vous faisoil des propositions excessives, que VOUS lasrliiez de les modérer; car. quelque lionne intention que Ton ayt, il est malaise de tout faire et tout d un coup.

Vous sçaurez auss\ dans la dernière confiance, et sans en parler a

personne, que. quoyqu on parle du P.o\ avec celle retenue, si lieanl-

moins on voyoil jour à pouvoir faire eslire Sa M1, on eslargiroit, pour cela, la main bien davantage. Il faut faire là dessus la guerre à l'œil,

1 La ligue pour le maintien de la paix en Allemagne el l'observation il'' la paix de \\ estphalie.

5 Bien qu'il lui expressément porte, par la bulle d'or, que tout électeur i|ui engagerait sa \oi\. par quelque cause que ce pût être, sérail chassé dn corps électoral . l'usage do s'attacher les électeurs par des dons pécuniaires n'eu étail pas moins général el constant Nus ambassadeurs avaient déjà conclu avec l'électeur Palatin un traité aux

l • mes duquel ils s'engageaienl a lui remettre 1 i" 000 écus au r janvier i658,

[nu-. ir..is a ses de su li , i,ooo écus. IU

consignèrent les fonds entre les mains du plénipotentiaire suédois.

Gel électeur, de son côté, s'engageait . par écrit, ii faire dans In Diète tout ce que les ambassadeurs de France demanderaient au nom du Roi.

Il s'agit du grand-mattre de la maison de l'électeur de Mavence.

n i<i->7. et, si vous voyiez que les choses s'y puissent disposer, vous pourriez en laisser eschapper quelque mot délicatement , el comme de vous-mesme, audict sieur de Bennebourg1, pour pénétrer quel seroit eu cela le sentiment de M. de Mayeuce. Je croy pourtant que le roy de Suéde et la plus grande partie des protestants seroient l'or! contraires à cette eslection du Roy.

Vous sçaurez que le siège de Monlmedy s'avance fort, et le secours estant très difficile, il y a plus à espérer qu'à craindre du succez de cette entreprise, qui nous donnera beaucoup d'avantages dans le Luxembourg, et, [bien que] quand à présent Sa Mt,; n'iroit pas de ce costé-là et qu'Elle feroit mesme revenir les troupes qui y sont pour agir ailleurs, Elle est neantmoins résolue de se trouver à Metz avant la convocation de la diète et d'avoir alors une armée considérable sur la frontière d'Allemagne pour esehauffer davantage ses amis et donner de la crainte aux autres; et, en mon particulier, quoyque je trouvasse beaucoup de difficulté à m'advancer jusques à Brisach et quitter le Roy, si neantmoins M. de Mayence le juge nécessaire, je passerav par dessus toutes les raisons qui m'en pourroient empescher.

Je présuppose que la diète ne sera point différée2, comme quelques uns le sollicitent, et il est important de l'empescher, autant que l'on pourra, pour ne pas donner le temps au comte de Pegnaranda, qui vient ambassadeur extraordinaire en Allemagne et qui y a beaucoup d'habitudes, de praticquer toutes les ruses et les artifices dont il se sçait fort bien servir pour arriver à ses fins. Il en a fait un grand magasin et a pouvoir de promettre tout; car, pour des choses réelles, il en est peu chargé; mais comme, après les expériences du passé, il ne laisse pas d'y avoir encore des gens capables de se laisser leurrer par ces fausses apparences, il est bon d'en prévenir l'effect. Outre qu'il est important de sçavoir précisément le temps de la diète, parce que, si elle estoit retardée, le Roy, au lieu d'aller à Metz au commencement de ce mois3, auroit quelque autre chose de considérable à faire,

1 Le manuscrit porte ici Bennebourg. — 2 La Diète ne se réunit qu'en 1 658- — ' Le Roi n'alla a Metz qu'en septembre 1667.

où sa présence seroit nécessaire. G'esl pourquoy je vous prie de m»- J"», i'" faire, s'il se peut, une response positive là-dessus.

On prétend envoyer d'icy une personne expresse à M. l'électeur palatin, duquel, comme je vous ;i\ desja mandé, nous croyons pouvoir faire estai, ayant ajusté, avec son résident, qui esl à Paris, que, recevant quelque gratification de Sa M1', il agira de concert avec Elle dans l'eslection. Cet envoyé en prendra encore des aseeurances plus positives et luy donnera toutes '•'•lit"- qu'il ji*mj i désirer, de la par! dé Sa M" ; il ' aura ordre de s'entendre sur tout <-<l;i avec vous.

Je croy qu'il ne seroit pas mal que vous disiez quelque chose au

député de Saxe de Ce < | u < • j < • vous mande de la friponnerie de \ iclort el en inesme temps se plaindre un peu de ce que, luy ayant escrit deux lettres foH civiles par le sieur d'Illieh, qui s'en retournoil le trouver, il ne m'ait, fait aucune response.

Bibl. nat., ms, t IV., Mélanges de Colbert, t. 5i \. I 7: minute. — \(ï. t'ir. . France

i. 37a, l ' 1 M) ; copie du temps.

\ M. D'ÀVACGOl R.

La Père, -j'i juin 16

Mazarin déclare qu'il esl disposé à secourir le roi de Suède dès que l'étal de la France le permettra :

Outre les grandes dispenses que nous avons a soustenir de t < m 1 1 1 >.-. parts, on s'engage encore à en faire nue furieuse en Ulemagne dans la conjoncture présente, afin de porter plusieurs princes .1 agir de

concert avec le Roy dans la prochaine élection, pour en faire exclure la maison d'Austriche; a <pio\ VOUS ferez considérer an ro\ de Suéde <pul a encore pins d'inleresl que nous, puisque le ro\ de Hongrie ' vient de se déclarer contre In).

La copie porte qu'il, dans le sens, probablement, de pour leequellea aieeurtmeee. — 1 Voy. ci-dessus, p. 5oi et 5o8. — ' L'arcbiduc Leopold, roi de Hongrie, fut élu empema d'Aile magna k 16 jniltel »6S8.

Juin 1657. Je viens tout présentement d'avoir des nouvelles de Vienne, qui portent que les ambassadeurs de Brandebourg et de Saxe y estaient arrivez pour faire le compliment de condoléance au roy de Hongrie1, et que M. l'électeur de Brandebourg n'avoit pas voulu recevoir les lettres dudict roy, pareequ'il ne luy donnoii pas toutes les qualitez qu'il prétend et ne le traitoit pas comme le duc de Bavière, et qu'en outre le marquis de la Fuente, ambassadeur d'Espagne en cette courlà, pratiquoit tous les artifices imaginables et mettoit toutes pièces en œuvre pour engager l'ambassadeur de Brandebourg à escrire fortement à son maistre, afin de le desunir de la Suéde et [lui persuader de] donner son suffrage dans la prochaine élection au roy de Hongrie. J'ay creu à propos de vous mander tout cecy, afin que vous en informiez S. A. E., quoyque je sois tres-persuadé que l'éloquence du marquis de La Fuente n'aura pas persuadé ny les ministres ny le maistre.

GGGVII.

Bibt. nat. , ms. fonds Baluze, t. 176. — Original signé.

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