À MM. LES GÉNÉRAUX
Du Quesnoy, 19 août i655.
Le Roy a esté ravy de joye d'apprendre la reddition de Condé4 par
1 Du siège de Condé. date du 18 août i655, annonçait à Ma-
2 Réussira. zarin la capitulation de Coude' : aV. Em.
5 La copie porte abandonné , qui ferait un sçaura par M. de S'-Marlin que je lui envéritable contre-sens avec la pensée de Ma- voie la reddition de Condé, n'ayant tenu zarin. Le mot abondamment était probable- que trois jours. On n'a pas jugé à propos ment écrit en abrégé et aura été mal lu. de les prendre prisonniers de guerre. S'ils
4 Une lettre autographe de Turenne, en eussent attendu plus d'extrémité, on l'eust
les sieurs de Saint-Martin et des Fourneaux, ((m- vous luy avez de- èOkt6f6. peschez, et il vous tesmoignera luy-mesme le gré qu'il vous en sçait. Ce pendant il a résolu d'aller demain a l'armée el de prendre pour cet etTect la route du Pont-à-Haisne, pour ensuite aller loyer ou du costé de Coudé, ou du coslé de Saint-Guillaia . ou entre les deux, selon ce que vous adviserez pour le mieux.
Je vous en donne advis, afin qui' vous puissiez envoyer au-devanl de Sa Mt,; l'escorte que vous estimerez nécessaire. Elle (Sa M ) oe partira pourtant pas d'icj sans '-(•avoir si \ous approuvez qu'Elle prenne le chemin cy-dessus ou quel autre chemin Elle devra prendri . et si Elle devra différer sou départ jusqu'à ce que l'escorte soil arrivée icy, ou si Elle pourra tousjours s'advancer jusqu'à quelque lieu où vous jugerez qu'Elle doive attendre l'escorte, croyanl ae pouvoir prendn en cela meilleure resolution (pic celle que vous lu\ conseillerez.
Le convoy ira tousjours devant, escorté par le- mesmes troupes qui l'ont amené de l'armée et tiendra aussj le chemin du Pont-à- Haisne, et si vous jugez a propos (pu- toutes lesdictes troupes ou une partie seulemenl doivent s'arrester eu quelque lieu pour estre de la suite du Roy, vous le pourrez ordonner ains\ ;i M. le comte de Grandpré.
Le second en\o\ de Guyse el de Landrecv \ieiit d'arriver, conduit encore par le s1 de Seyron, el il y a de quo] mettre l'abondance dans l'armée.
Ihici bien certainement On envoie dès demain à S'-Gilain (ne)', ci je me remets de toutes choses à <•<• que Y. Km. apprendra par ledid de S'-Martin. J'estime que l'on aura l'honneur de la voir bientostx i \ir.
i;ii. . Payt-Bas , i. 36, | '•• a85 de l'ancienne Qomi aciature, Les volumes <lc la si-ciiou des Pays-Bas a'avaienl encore été
ni pagines m Foliotes a l'époq h les
lettres de Masarin oui été* lnrascrit<
' Saint-Ciuillain ou Guilbain.
mazaiiin. — vu.
Août i655
Aff. étr. , Suède, t. 19, f" 36o. — Original signé, avec quelques lignes autographes.
A M. D'AVAUGOUR
Du Quesnoy, 19 août 1 655.
Je n'ay pas esté paresseux de vous faire response; c'est la seule agitation en laquelle nous avons esté continuellement depuis nostre depart de la Fere qui m'en a empesché. Mais j'y satisferay aussvtost que nous serons de retour en France. Je me remets cependant à M. de Brienne qui n'aura pas manqué de vous donner de nos nouvelles, et j'adjousteray seulement qu'aprez la prise de Landrecy, le Roy s'estant advancé icy en personne et ayant faict attaquer Condé, nous venons d'avoir advis que les assiégez ont capitulé cette nuict aprez quatre jours de siège1, quoyque la place fust bien fortifiée et qu'il y eust dedans deux mille hommes de pied et trois cens officiers. L'on y a trouvé quantité de munitions de guerre et des vivres pour prez de trois mois pour un corps d'armée, et Lien que l'importance de ce poste soit assez aysée à juger de ce que les ennemis n'ont point cessé de le fortifier depuis la prise du Quesnoy, et de ce que, pour le conserver, ils s'estoient tousjours tenus derrière durant toute la campagne, j'espère que le temps la fera cognoistre encore davantage, d'autant plus que je ne doute pas que, dans peu de jours, le Roy ne soit maistre aussy de Saint-Guillain, que l'on va attaquer. Vous ne serez pas fasché d'apprendre cette nouvelle, et qu'encore que la saison soit desja si advancée, Sa Majesté a encore plus de trente mille combattans dans les deux armées que commandent MM. de Turenne et de La Ferté. Je suis, etc.
2 M. de Brienne vous dira quelque chose, de ma part, touchant les
1 Cette lettre présente quelques différences peu importantes avec celle où Turenne annonçait la prise de Condé. — 2 P.-S. de la main de Mazarin.
DU CARDINAL MÀZARIN. 59
vaisseaux et quelque levée [de troupes], et à mon retour, qui sera Août 1655. dans peu de jours, je feray en sorte que vous soyez assista . et sans dclay.
Al), dlr. , Home, t. ia8, f" 157-1 58; minute <le la main de Rote. — L'original de cette dépêche appartient à M. Le Filleul des Guerrots et est conservé au cliâleau des GoerrotB près d'Auflray (Seine-Inférieure). Copie en avait été envoyée par M. I aljbé Cochet.
À M. DK LIONNE.
Du Qoenoy, 19 toOJ i6S5.
(extrait.)
Vous priâtes rostre temps fort à propos pour monstrer au Pape la copie de la Lettre de ce gentilhommi de M. le Prince, et, si um.s pouvez venir à bout de les l'aire surprendre, le cardinal de Rets et luy, ce sera un merveilleux coup. J'attends avec impatience des tornvclles du succez des diligences que \ous aurez laides pour ce! efl'ect.
Ce sera bien faict d'adverlir le duc de iMataloni1, par la roye que vous vous estes proposée, de ce «pie le vice-ro\ de Napies machine contre luy.
Je vous prie de continuer a donner advis a M. le duc de Modem- 1 t a M. Brachet de toutes les choses que vous apprendre! qui regarderont les interests de ce prince-là et l'armée qu'il commande.
Il n'y a point de mal de relever, en quelques discours que vous aurez occasion de tenir au Pape, le procédé des Espagnols envers le cardinal Aquaviva2, cela faisant voir assez clairement qu'ils se veulent venger des cardinaux italiens, leurs sujets, pour n'avoir pas exécuté ce qu'ils vouloient dans le conclave. Il sera fort a propos de luy insinuer ce que vous vous estes souvenu que je nous manday une (ois.
1 Martio Ceraffa, duc de Mataloni, étail un des principaux Beignenre du royaume de
Napies. — J Octave A(pia\iva. Napolitain, promu cardinal en iG5-j, mort en 1676.
Aoùi i655. durant le conclave, que puisque le roy d'Espagne veut user de cet empire sur les cardinaux milanais et napolitains, le Roy doit prétendre qu'il n'en soit plus faict de ces deux Estats-là qu'on ne fasse autant de cardinaux François naturels, ou despendant de cette couronne.
J'ay veu avec plaisir ce qui se passa à l'audience que M. le cardinal Bichi eut du Pape. Il ne se peut rien de mieux, et l'on ne sçauroit assez remercier S. Em. Je vous prie de luy dire de la bonne manière que je ne trouveray jamais rien de difficile pour luy donner toutes les marques de mon tres-humble service qu'il pourra souhaiter.
Il est certain qu'il n'y a pas un plus grand janséniste au monde que ce prétendu vicaire du cardinal de Retz1. Il faict du pis qu'il peut, remue ciel et terre pour cabaler dans Paris, et exécute aveuglement tout ce qui luy est suggéré pour ceux d'entre les adherens du cardinal de Retz qui travaillent avec tant d'emportement pour exciter quelque sédition; mais il se tient si bien caché2, que l'on ne peut sçavoir où il est. On a pourtant asseuré que le Nonce l'a retiré chez luy. Ce qui faict la chose estrange que le ministre du Pape devient le protecteur du Jansénisme et un exécuteur des attentats du cardinal de Retz !
Sa Sainteté a faict au cardinal de Retz une response digne de sa prudence quand Elle luy a dict qu'Elle tenoit sa croyance en suspens, et que le temps l'esclairciroit de la vérité; aprez quoy, Elle feroit justice fort exactement, n'y ayant rien qui luy soit plus contraire3 que la vérité et la justice.
1 Chassebras, curé de la Madeleine, était, 2 On a vu qu'il se tenait caché dans la
comme on l'a dit dans le tome précédent, tour de Saint-Jean-en-Grève. un des vicaires généraux nommés par le 3 Le sens est : qui soit plus contraire au
cardinal de Retz. cardinal de Retz.
. Août i '•■"). j.
\II'. oir. , France, t. 291, f" 1G8. — Original si;;m;, en partie chiffre.
Du Qucsnoy, so aoùl 16J
Je vous ronds grâces de tout mon cœur des soings que vous ; i \ « • z pris de nie donner part de toutes choses si exactement que \<>nv avez faict. Les discours que vous faictes sur une partie des advis <| m- vous me donnez sont très-bien fondez, et pour moj je ne vo) pas qne j'aye rien à vous dire sur les depesches d'Angleterre, d'HoHande [sic) et de Suéde, si ce n'est qu'il faut lousjours mander à M. rTAvaugourde profiter de toutes les occasions pour advancer l'accommodement avec l;i Pologne1, faisant des offres neantmoins avec une telle conduite que le roy de Suéde soit obligea se confirmer toosjours de plus en plus danla croyance que le principal mot î I des ollircs de Sa \1 esl la passion qu'Elle a pour le bien et les advantages dudict ro] de Suéde.
Pour les deux vaisseaux qu'il5 propose, malaisément luy pourroit-on donner ordre de les achepter, sans avoir au préalable un mémoire exact de leur port3, agréa, aage et autres qualitez et sçavoir quel moyen il y auroit de les faire venir en France el quelle despense il faudrait l'aire pour cet effect; car, autrement, on pourrait prendre de faus mesures.
Quant à M. de Lumbrea, je me trouve un peu embarrassé, le voyant pressé de conclure par M. l'électeur [de Brandebourg] et par le comte de Valdek, et craignant que. dans les ordres qu'on lu\ pourra donner, nous ne lassions quelque chose dont les ennemis se prévalent pour aliéner de la France l'affection du ro\ de Suéde. Je puis vous dire pourtant, après avoir rendu compte de tout h Sa M1', que la response qu'on
1 Du roi de Suède avec le roi de Po- 3 Le sens de ce mol est, je omis, ce
loftne. qu'ils peuvent porter ; ce qu'on appelle main-
' // se rapporte à d'Avaugour. tenant le tonnage.
Août i655. luy pourroit faire seroit que le Roy donne volontiers les mains à ce traité d'alliance, pourveu qu'il n'y ayt rien qui puisse luy causer de rupture avec ses ainys et particulièrement avec le roy de Suéde, envers lequel pourtant Sa M1* employera tousjours fortement ses oflices pour tout ce qui regardera les interests de M. l'électeur de Brandebourg; ce qu'il ne peut pas mettre en doute, voyant comme l'on en use, quoy qu'on n'y soit obligé par aucune alliance. Mais comme je voy que ce qui le touche le plus et sur quoy le comte de Valdek semble avoir plus pressé M. de Lumbres, c'est pour une somme d'argent de Sa Ml% jusques à la demander sous forme de prest, il faut premièrement respondre (ce qui n'est que trop vray) que, dans les excessives despenses que le Roy est obligé de faire, ayant tant d'ennemis sur les bras, auxquelles (despenses) il a assez de peine à fournir, malaysement il pourroit satisfaire aux engagemens qu'on prendroit pour ce regard-là , quelque volonté que l'on eust de le faire en un meilleur temps. Outre que, si le Roy faisoit offres pour l'assister d'une somme d'argent, et que M. l'Electeur vinst ensuite à rompre avec la Suéde, il n'y auroit personne qui pust empesclier le roy de Suéde de croire que cette assistance auroit esté donnée pour luy faire la guerre.
1 On pourroit neantmoins adjouster que, s'il nous pouvoit fournir un corps d'infanterie et de cavalerie, comme il propose de faire, l'on en tomberoit aysement d'accord, et non seulement on donneroit en argent comptant tout ce dont l'on conviendroit pour cela, pourveu que la cavalerie fust en plus petit nombre que l'infanterie, mais on pourroit aussy convenir de luy rendre ce corps pour sa deffense, en cas qu'il en eust besoin2.
Je vous seray obligé si, escrivant à tous ces messieurs, vous prenez la peine de leur faire cognoistre que l'agitation où nous avons esté continuellement dans ce voyage, et plus encore la difficulté de faire tenir à La Fere mes lettres, est cause que, depuis quelque temps, l'on ne leur a pas faict response si ponctuellement que par le passé.
1 Ce paragraphe est chiffré. — 2 Fia de la partie chiffrée.
Pour ce qui est des Estats de Bretagne, il faudra, s'il vous plaist, Août i655. remettre cette affaire au retour du Roy, lequel ne peut plus gueres estre différé', puisque Sa M16 m'a faict l'honneur de me dire qa'Elle a résolu de retourner à la Fere sytost qu'EHe aura esté à l'armée et que Saint- Guilhain sera pris, et Elle partira dez aujounllmv pour cette course-là, si l'escorte que nous attendons peut arriver à temps.
J'ay esté fort touché de la blessure; de M. de Marsillac1; mais ou m'asseure de tous costez qu'il n'y a nul péril pour luy, de sorte qu'il aura acquis beaucoup de réputation cette campagne, H nom !«• n^errons sain et sauf. Je vous dis cette campagne, <;n -il vouloil s'exposer les autres comme il a faict celle-cv, il seroil impossible qu'il posl durer.