‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 29 sur 285 · LXXXI · texte numérisé non relu

LXXXI

AIT. étr. , France, t. 272, f° 54. — Copie du temps.

À LA REINE

[De Compiègne3], 5 novembre 1 655.

(extrait.)

Roussereau 4 n'arriva qu'hyer au soir d'auprez de M. de Turenne et ne nous apporta pas de trop bonnes nouvelles pour l'exécution de ce que vous sçavez5; car l'armée n'est pas en estai d'agir, et particulie-

1 Des vivres et des approvisionnements telots de Brest, de Sainl-Malo, ou d'autres

pour plus de temps. ports situe's sur l'Océan.

5 Les mots entre crochets sont laissés en 3 Mazarin, après la guérison du Roi, l'a-

blanc dans la copie; mais ils se trouvent vail conduit à Cornpiègne, afin de faire

dans la lettre à l'évêque d'Orange du 1" no- échouer les projets du maréchal d'Hocquin-

vembre 1 655 , indiquée aux Analyses. On a court exposés dans la note 5. déjà dit que le mot Ponant désignait la mer 4 Secrétaire de Mazarin.

de l'Occident; il s'agissait donc ici de ma- 5 II s'agissait de s'opposer à la traliison

DU CARDINAL MAZARI.X.

renient la cavalerie qui est fatiguée au dernier point. Elle doit estre, Novembre i0ij.

dez aujourd'huy, séparée en des villages entre Saint-Quentin et la Fere,

pour la faire reposer trois ou quatre jours, afin de s'en servir aprez,

sy on y est contraint, comme je croy que Ton sera, avant tousjours

confinnalion de la mauvaise volonté du personnage ', quo) qu'il lasse

semblant de vouloir négocier; mais c'est un artifice pour prendre du

temps et mettre ses affaires en meilleur estât. Il ;i souhaité <lc voir

l'abbé Fouquet, et je l'ay faict partir pour cet effect. Il sera de retour

demain, et vous serez informée de tout ce qui Be passera. Mon déplaisir

est que c'est une affaire où il n'y a rien à gagner et tout à perdre;

mais, en tout cas, il faut diminuer le mal.

J'ay veu, dans une lettre, que les ennemis attaqueront Condé, et je voudrois qu'ils \ liisscni desja rii<Ni<;<'z; car peut-estre \ recevroientils un affront, et nous serions ce pendant eu estai de pousser uostre dessein avec quelque espérance de bon succez. Il faut mettre tout entre les mains de Dieu et n'oublier rien de ce que la prudence conseille en semblables rencontres; car, par *■*• moyen, non- devons espérer que le Confident en sortira heureusement.

Je vous ay dicl plusieurs fois que les véritables ennemis de la France estoienl les François, ei non p;is les Espagnols, et vous voyei bien que nous avons tousjours plus à combattre les premiers et i en recevoir du mal que des autres qui, à la vérité, Bans l;i légèreté des François, ue seroient pas forl à craindre et, au contraire, serviraient à relever la gloire (h; celte couronne.

ilu maréchal d'Hocquiucourl , gouverneur de Péronne et de ll.nn. On avait intercepté une lettre écrite par la duchesse de ChAtiHon an prinee «le ('onde en date du 17 octobre 1 655, dans laquelle elle lui disait : -Je voua mandois que j'avois vu le tnaréehal dllocquincourt qui m'avoit dicl des choses dont on pouvoil faire son profit, (l'est, en un mol , que vous fassiez en sorte que Fuensaldagne luy envoie un homme dr créance pour traiter

avec lu\ et pour peu que I on soit

raisonnable, il \ a toute apparence qoel'on fera aflaire.* Hocquincourt, gouverneur de Péronne et de II, un. se préparait à livrer ces placer -i Condé ei aux Espagnols. \l. sarin prévint ce danger par des négociations qui remplissent le mois de novembre 1 1

et qu'on peut suivre jour par jour a l'aide de ses lettres à la Heine.

' Du maréchal d'Hocquincourt.

H t'fllMl Fit W* IIOMl».

Novembre 1G55. Tout le monde est persuadé que le Roy s'advancera ' pour donner chaleur à l'armée pour le secours de la place que les ennemis attaqueront, et personne ne se doute du vray sujet de ce voyage'2. Je ne sçaurois vous mander si nous partirons d'icy demain, cela dépendant des nouvelles que je recevray ce soir de M. de Turenne et de l'abbé Fouquet.

Aff. étr. , France, t. 896, f° 323, minute, et t. 272 , f 55, copie du temps.

À LA REINE

Compiègne, 7 novembre i655.

Le Confident a veu la lettre qu'il vous a plu de m'escrire, et vous est tres-obligé de toutes les bontez que vous avez pour luy.

L'abbé3 revint byer, mais il n'apporta rien de bon; car on a affaire à un fol4, qui n'a ny rime ny rayson et qui cognoist bien que, dans la saison où nous sommes, on ne luy sçauroit faire grand mal. Pour moy, je suis plus persuadé que jamais qu'il a pris toutes ses mesures avec les ennemis, etquoy qu'on remette à prendre la dernière resolution ce soir que M. de Turenne sera icy, je croys que, pour diminuer le mal et nous empescher d'avoir la guerre aux portes de Paris, on sera obligé de se déclarer, tascher de se prévaloir de la fidélité des habitans de Peronne et de la présence du Roy, et au pis-aller prendre tous les postes aux environs et le renfermer dans ses places5, empeschant les ennemis de prendre des quartiers en France et de se poster sur l'Oise.

Nous doutons de Corbie, mais j'espère qu'on y pourra remédier à

1 On a dit que te Roi était à Compiègne pêcher qu'il ne livrât Péronne et Ham aux

avec Mazarin pour s'opposer aux projets du ennemis, maréchal d'Hocquincourl. 3 L'ahbé Fouquet.

1 Le vrai motif était la nécessité de sur- 4 Le maréchal d'Hocquincourt.

veiller le maréchal d'Hocquincourt et d'em- i Ham et Péronne.

temp6. Il faut bien continuer à prier Dieu, car laflaire le mérite. Je Novembre 1 65 5. crois qu'il faudra s'asseurer, au moins pour quelques jours, de la personne1 qui auroit bien voulu prendre la place qui manque à vostre cabinet2. Je vous conjure de brusler ce billet, et de aie croire autant vostre serviteur que l'a esté tousjours*.

AU. <?ir. . France, i. *J9, P 66. — Copie du (evpe,

■V l\ REINE.

(muir. i

CofDpiëgne . 8 novembre

J'ay reci.Mi vostre lettre du 6, et je ne m'estonne pas de lit peine dans laquelle vous estes, le (.on/idnii el le Serviteur'1 n'en ayant pas moins, puisqu'ils ne sçavenl pas encore ce qu'ils deviendront el voyenl Lee choses aller entièrement à la rupture par la folie du personnage ■. lequel, à la lin, s en repentira. M. de Turenue, que nous attendions hyer au soir, n'arrivera qu'à deux heures après oaidy, et [ pour la résolution qu'on prendra, je cro) qu'elle sera de mettre l'armée au* <'nvirons de Peronne el llam, pour empescher les ennemis de venir, qui seroit un beaucoup plus grand mal que perdre 1rs deui places; el peutastre qu* ce loi, se voyanl es cel esiai . mettra de I eau dans son vin. Navailles est parti, ce matin, pour aller à liapaume . et, en passanl à

1 Cette personne était la duchesse de Gbàtill'tn iloni Mazarin mentionne plus loin l'arrestation. (Voy. la lettre suivante.)

! Cette phrase est reproduite textuelle* ment, Mazarin veut dire probablement une la duchesse de (ihàtillon espérai) disposer de la place de premier ministre en introduisant le maréchal d'Hocquincourl dans le cabinet de la Reine. On verra . en effet . dans la lettre «lu 8 novembre i655i que Mazarin dit que le maréchal d'Hocoruincourt deman-

dait la charge de chevalier d'honneur de l<i Reine future, snoe doute dans l'eapéi de devenir son confident el son conseiller intime.

' 1/' Roi et Ma/aiin.

ha maréchal d'Hocouincourt.

Navaiilee (Philippe de Moniault, ou

Moiilaiil-lîniac dail. comnir un |';i ,l,:jà

dit, gouverneur de Rapaome, qui est aujourd'hui rhd'-hVu de canlou du l'as-de- Calais, arrondissement d'Aria.».

Novembre 1 655. Peronne, parlera, comme de luy, à Hocquincourt, qui est de ses amis, et luy fera voir l'enfer.

Tout présentement reviennent de Peronne deux personnes que l'abbé Fouquet y avoit envoyées, et ne rapportent autre chose, si ce n'est qu'il donnera sa parole de ne rien faire contre le service du Roy, pourveu que Sa Mlë se retire à Paris; qu'alors il traitera, et, moyennant l'employ de Catalogne, ou d'Italie1, des lettres de duc dans un mois et la charge de chevalier d'honneur de la Reyne future, il sera satisfaict et servira le Roy dans ses armées et dans ses places. Je m'asseure que vous ne consentiriez pas volontiers à ce marché, qui ne serviroit qu'à nous descrier, obliger d'autres gouverneurs à faire les mesmes demandes et mettre Hocquincourt en estât de produire d'autres prétentions et de les poursuivre encore plus fortement dans six mois. S'il vouloit sortir dez à présent de ses places, je conseillerois bien le Confident et vous de luy faire un bon parti ; mais toute autre négociation, à mon advis, ne vaut rien.

Bar2 est party pour Corbie, et on le faict suivre par quatre compagnies pour s'asseurer de la place; car le gouverneur3 est un homme foible , et il a eu de grandes conférences avec celuy de Peronne.

On a faict partir Gaumont, avec trente cavaliers, pour s'en aller à Merlou et s'asseurer de Mmc de Chastillon et de Mme de [Ricousse]4, et on le faict suivre par l'abbé Fouquet, afin d'obliger ladicte dame à nous descouvrir le détail de toutes choses pour pouvoir convaincre Hocquincourt. La [Ricousse] doit estre menée à la Bastille, et pour la dame, et pour ce qu'il y a de plus particulier en cette affaire, vous en serez informée par l'abbé Fouquet, qui s'en ira demain exprez à Paris pour cet effect.

1 Le commandement des armées de Ga- de La Mothe-Haudoncourt , frère du Marétalogne ou d'Italie. chai de ce nom.

2 Guy de Bar, gouverneur d'Amiens, * La copie porte Rieuze. C'esl une erreur était , comme on i'a vu dans les tomes précé- que rectifie la lettre suivante adressée à dents, un des serviteurs dévoués de Mazarin. M. de Gaumont et écrite par l'abbé Fou-

3 Le gouverneur de Corbie était Charles quet.

En terminant, Mazarin indique qu'une autre dame, qu'il ne nomme pas, Novembre i65f>. pourrait être complice du maréchal d'Hocquincourt. Il semble qu'il veut désigner M'"e de Montbazon.

IAXXV.

Aff. étr., France, l. 896, f 397.

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