‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 71 sur 285 · I :iO¥*ir · texte numérisé non relu

I :iO¥*ir

Sept. i65G. raisonnable1 de mettre présentement cet article sur le tapis, et si elle l'approuve, je feray partir un commissaire bien instruit pour se rendre où V. Exe. ordonnera et pour avoir l'honneur de l'informer à fond et en détail de tout ce qu'il y a sur cette matière2.

11 n'y a rien de plus obligeant que ce que V. Exe. m'escrit sur le sujet de la Gazette3, et je l'en remercie tres-humblement. V. Exe. me faict justice de croire que je ne m'amuse guieres à lire de semblables choses, que je trouve tout-à-fait inutiles, et il seroit à désirer que pas un prince ne permist de la débiter dans ses Estats. J'ay faict faire une exacte recherche de ce que V. Exe. me marque que l'on avoit mis dans une des nostres sur le sujet du seigr D. Juan. Je la puis asseurer que cela ne se trouvera point dans la Gazette imprimée, et il faut qu'on l'ayt mis dans quelques unes de celles qu'on escrit à la main, que des gens sans adveu et malintentionnez envoyent en divers endroits. C'est une trop grossière imposture pour pouvoir faire impression sur ledict seigr D. Juan, ayant tousjours faict, à nostre très-grand regret, des actions si hors du commun et si hardies ", qu'elles destruisent bien une semblable mesdisance et la rendent tout-à-fait ridicule 5.

1 Six mots autographes et en interligne.

1 Depuis les mots et si elle l'approuve, toute la fin du paragraphe est autographe.

3 Mazarin s'était plaint d'une gazette de Bruxelles. Cette publication, bien antérieure aux gazettes de Hollande qui, plus tard, eurent le don d'importuner si fort Louis XIV, avait débuté presque à la même époque que la gazette de Renaudot à Paris (i632).

Tallemant en parle dans ses Historiettes (III, ()3). Elle eut pour premier rédacteur un nommé Sauvage <rqui était à M. d'Or-

léans ». C'avait été, sous Richelieu, le journal d'opposition : «On aimait bien mieux la gazette île Sauvage que celle de Renaudot i. Cette gazette de Bruxelles lançait aussi de grotesques et joyeuses histoires qui faisaient fureur par toute la France , comme celle de la Carpe Adriatique crdans le corps de laquelle on avait trouvé, disait-on, des croix, des mousquets et des hallebardes. . . ».

" Depuis toujours faict jusqu'à si hardies, ce passage est autographe.

5 Les six derniers mots sont autographes.

Sept, ifiôt)

Bibl. nut. , ms. f. fr. , Mélunges de Colbert, t. 5i, f' 236. — Minute.

À J.-B. COLBERT1

Compiègne, i3 septembre i656

Nous avons receu nouvelles par un courrier expiez que le cardinal de Retz estoit passé à Gènes, sans avoir mis pied à terre, sur une felouque renforcée, n'ayant qu'un seul homme avec luy, qu'on dicl m nommer Malclerc'2, qui est le mesme qui vint dernièrement i Paris, de sa part, où il exécuta ses ordres «mi cachette*. Les lettres de Gènes sont du '2 (septembre) el nianpieul qu'il \ estoil pas-- deuï jouis auparavant, prenant la route de Provence.

J'ay, en outre, une lettre de Monaco du comte de L'Hospital4, qui porte que, le 3 aousl, le marquis «le Souvray8 estoil passé audict Monaco, venant de Ligourne (Livourne), sans B'estre arresté en pas un lieu, lequel dict avoir sceu «le la bouche mesme «lu Grand-Duc* que le cardinal de Retz estoit partj pour venir en France et a Paris

1 Comparez les lettres de Colbert ■ \lazario (t. I, p. 262. 266. etc., du reoœit de M. P. Clément).

Ce Malclerc était écuyer du cardinal de Retz. Les Mém. de Guy-Joli) en parlent souvent. vVoy. |». i3i <*l Buiv., édit. Micband el Poujoulat. )

5 Pour colorer son départ de Rome . Reti avait écrit au Pape (pie «■ l'état où était son diocèse l'obligeait de s'en rapprocher, afin d'être plus à portée de remédier aux désordres causés par son absence. : que, d'ailleurs, il se croyait obligé de décharger Sa Sainteté des importunilés qu'elle recevait a son occasiou et de lui épargner une partie de l'embarras que cette affaire lui faisait".

Mais le souverain pontife, qui avait dépéché on courrier à Rata, lorsqu'il était ano SsiAt-Gaanen pour lui ordonner de rétabhr

du Satlssav eu qualité de grand \ir;niv .1

Paris, ne fut pssj dupe <b- n langage al m montre, comme on le verra plus loin, extrêmement irrité contre le cardinal, qui le payait ainsi de son hospitalité.

1 Probablement Inné- \le\andre de L'Hôpital, comte de Saint-Meame, mort !<■ A décembre 1 701 . à 77 ans.

s Jean de Souvré, marquis de Courtanyanx, mort le u novembre 1 656.

' Ferdinand de Médicis. né en 1610, grand-duc de Toscane eu 1621, mort eu 1G70.

Sept. i656. incognito1; et je ne doute pas de la vérité de cet advis, parce que je sçay de longue main que c'estoit son intention de venir à la première nouvelle qu'il auroit de quelque mauvais succez; ce qui m'a esté continuellement confirmé; et, pour cet effect, on a voit déjà donné les ordres en Provente et en divers autres endroits d'y prendre garde, et particulièrement en Provence, d'où M. le Premier Président2 nous a faict response que l'on y veilleroit avec grande exactitude.

Il ne faut pas douter que ledict cardinal n'ayt une grande cabale dans Paris, car les malintentionnez et les adherens du prince de Coudé seront tousjours pour celuy qui se rendra chef d'une brouillerie; et il est aysé de voir que ceux qui ont eu plus de part dans la dernière entreprise du Parlement3, et ceux qui ont travaillé à mettre division dans l'assemblée du clergé et à soustenir les curez de Paris4, agissent asseurement de concert avec ledict cardinal, ou par ses ordres, ou, au moins, estant asseurez qu'il ne manquera pas de faire son devoir de son costé.

Il ne faut pas aussy douter qu'on n'ayt mandé audict cardinal que le malheur de Valenciennes avoit mis nos affaires en estât de ne se relever pas sytost5; qu'on n'osoitpas reprimer les entreprises du Parlement ; que le peuple de Paris estoit prest à faire de plus grandes folies

1 On peut comparer les Mémoires de Guy- - Henri de Forbin Meynier, baron d'Op-

Jobj sur le voyage de Retz jusqu'à Besançon pède, était premier président du parlement

(p. 1 3 1-1 34 de l'édit. citée). Le cardinal de Provence depuis i655. 11 mourut le

n'avait pas, en effet , l'intention que lui prête î h novembre 1671.

Mazarin de venir à Paris. On le poussait, de 3 Au sujet des évocations, voy. ci-dessus,

la part du roi d'Espagne, à aller tout droit p. 319.

en Flandre se concerter avec M. le Prince, 6 Principalement les curés de Saint-Sé-

et il y songea effectivement assez fort, re- vérin et de la Madeleine , Houdencq et Cbas-

mettantà l'avenir de prendre une résolution sebras, que Retz avait nommés ses grands

définitive. De Monaco, il s'était rendu, par vicaires.

le Valais, à Lausanne, et était arrivé à Be- 5 Effectivement, le bailli de Gondy, gé-

sançon dansles derniers jours d'août. L'abbé néral des postes du grand-duc de Toscane,

de Vatteville lui ménagea une retraite cbez avait apporté à Retz , à Maresmes, dans une

sa parente, la marquise de Conflans, qui, maison de plaisance du cardinal Carlo de

par la suite, prit beaucoup de part aux aven- Médicis, la nouvelle de la levée du siège de

tures de Retz. Valenciennes.

que par le passé, et que le prince de Condé estoit tout prest d'entrer Sept i656 en France avec une grande armée et de s'advancer jusqu'aux portes de Paris pour appuyer la résolution de tous ceux qui voudroient remuer. Mais avec tout cela j'ay peine à croire que ledict cardinal de Retz soit si fol qu'il se commette de venir à Paris, où, asseurement, le Roy ne manquèrent pas de moyens pour chastier son audace.

Cependant la prudence veut qu'on n'oublie rien pour empesclier qu'il n'exécute ses mauvais desseins, soii qu'il prétende de venir à Paris, soit qu'il s'en veuille seulement approcher ou demeurer cache en quelque province, pour profiter des circonstances qui se pourraient présenter pour venir à bout de ce qu'il a projeté. Ou a doue résolu beaucoup de choses que M. Le Tellier escril à M. le Chancelier, lesquels il communiquera à MM. les Surintendans, pour exécuter, âpre/.. ce qu'ilz auront jugé estre plus à propos. Mais comme il faudrait laira encore d'autres choses, je vous prie de voir en particulier MM. les Surintendans pour leur dire, de ma part, que je sera] bien ayse qu'ils prennent la peine de dresser un mémoire de tout ce qu'ils estiment qui devroil estre faicl pour taire eschouer les projets du cardinal («le Retz] et de ses adherens, et pour l'arrester, s'il est possible.

Pour moy, je cro> premièrement qu'il faudroil au plus tost rendre la ebose publique partout et particulièrement dans Paris; ce qui se fera advantageusement par l'ordonnance qui sera imprimée, dans laquelle il faut tascher de mettre tout ce qui pourra rendre plus odieux ledict cardinal. Il faudroil informer les evesques les plus affectionnes de l'assemblée [du clergé] de l'audace avec laquelle ledict cardinal s'opiniastre à vouloir de plus en plus offenser le Roy, et tasche par toutes sortes de voyes de taire quelque remuement dans la ville capitale du royaume pour favoriser les dessins des ennemis et les empescher de donner les mains à la paix, leur faisant cognoistre qu'ils peuvent espérer de grands progrez dans la continuation de la «pierre, à cause des esmotions qu'il leur promet taire naistre dans le royaume, estant certain que ledict cardinal n'appréhende rien à l'esgal delà paix, dont il craint la conclusion pour l'en\o\ que l'on a laid de M. de Lionne à

Sept. i656. Madrid. Cela et beaucoup d'autres choses qui peuvent estre dictes aux evesques bien intentionnez, afin qu'elles soient rapportées dans l'assemblée [du clergé], pourroit imprimer dans l'esprit de tous que ledict cardinal n'est pas seulement indigne qu'on parle en sa faveur, mais que l'assemblée doit regarder avec horreur un homme qui employé son caractère et toutes les choses les plus sacrées contre le service de Dieu et de son Roy et le repos de sa patrie l.

Il faut, en outre, respandre soigneusement parmy les bons bourgeois que ledict cardinal vient pour agir de concert avec le prince de Gondé et tous les mal intentionnez qui n'espèrent advantager leur condition que dans le trouble, [et] pour plonger de nouveau Paris dans les malheurs passez; et je crois qu'il seroit bon de faire courir de petits billetz imprimez, qui, en substance et succinctement, ne continssent que les raisons qui peuvent le plus animer le peuple contre ledict cardinal. Il faudroit aussy examiner avec soin les gens qu'on voit estre partisans dudict cardinal pour les chasser ou arrester, et, dans une semblable occasion, il me semble que les simples soupçons peuvent permettre d'esloiguer ceux qu'on a sujet de croire qui ont correspondance avec lui. Je croy aussy nécessaire d'escrire aux gouverneurs et intendans de province pour veiller, etc.; mais, pour ce qui est des provinces, où ledict cardinal peut avoir des amys et des parens, il faudroit envoyer des personnes expresses pour agir contre luy, assistez du gouverneur, intendant et officiers de justice, en cas de besoin, et avec ordre de bien observer lesdicts parens et amis, parmy lesquels, outre les maisons de Retz et de Brissac, il faut avoir l'œil à Chandenier2, qui pourroit bien le retirer chez luy, s'il prenoit cette route-là.

1 Au même temps, les émissaires que s'employer ensuite pour la restitution de son

Retz entretenait à Paris lui rapportaient que temporel.

l'assemblé du clergé, sans être favorable au 2 François de Rochechouart . marquis de

rétablissement de du Saussay, avait résolu Chandenier, né en 1611, mort en 1696. Il

de prier le cardinal de nommer des grands avait élé capitaine des gardes du corps.

vicaires agréables au Roi , avec promesse de Compromis dans la cabale des Importants

Il faut informer M. le mareschal de L'Hospital et le Prévost des s^pi. marchands des advis que nous avons du cardinal de Retz et du dessein qu'on soupçonne qu'il a de venir à Paris, afin qu'ils puissent se préparer de bonne heure à ce qu'il y auroit à faire en cas qu'il ayt la hardiesse d'y entrer. Les gardes, qu'on croiroit à propos de mettre dans l'archevesché en plus grand nombre qu'il n'y en a eu cy-devant, pourroient servir beaucoup pour n'appréhender rien dans toute l'isle du Palais1. C'est pourquoy j'estimerois que ce seroit une chose à laquelle on devroit pourvoir au plus lost, et M. Le Tellier en a escrit à M. le Chancelier.

Je croy M. l'abbé Fouquet parly pour retenir iey, ce qui m'empèsent de luy escrire; mais, s'il est encore à Paris, vous le prierez, de ma part, de faire, de son costé, toutes les diligences qu il estimera néce» saires en cette affaire et surtout de fournir des personnes bien résolue! et qui luy scroient affidées pour s'en pouvoir servir en cette rencontre, soit en les depeschant aux endroits par lesquels l'on croira que ledid cardinal peut passer, soit en les employant dans Paris.

Voila tout ce que je puis mander à la hasle pour faire Bçavoir à MM. les Surintendans outre ce que l'on ;i esrril à M. le Chancelier; mais

je m'asseure que lesdicts s™ Surintendans, M. l'abbé Fouquet, s'il est à Paris, et vous, en examinant la chose, von- adviserei de tout ce qu'il pourra y avoir à faire de plus, et, s'il y a des lettres DU des (mires à signer, il faut que vous preniez le soin de les faire dresser et de nie les faire tenir, afin que je les renvoyé aussytosl signez.

Je croy qu'il sera à propos que vous voyiei M'"° de Chevreuse, de ma part, pour luy faire mes complimens et luy dire les ad vis que j'a\ du voyage du cardinal de Retz; que j'espère qu'il reco;jnoistra bientosl qu'il n'a pas bien pris ses mesures, el que je la supplie, si elle .1 quelque nouvelle particulière dudict cardinal, de me la vouloir donner par vostre moyen, l'asseurant que qui que ce soit n'en aura COgnoissanoe.

et ensuite dans les troubles de la I'" rotule, il justice el où B6 trouvai! autrefois i'.iirlic\èclii-

avait été privé tle cette charge el exile. de Paris depuis le moyen Age jusqu'au m

1 L'île de la Cité qui renferme le palais de qui eut lieu sous le règne de Louis-Philippe.

Sept. i656. L'assemblée du clergé ayant faict par deux fois de pressantes instances au Roy en faveur du sieur Chevalier1, qui est à la Bastille. Sa Majesté eut Ja bonté dernièrement de leur accorder sa liberté; mais parce qu'on a dict à MM. de Chalons2 et du Mans3, qui estoient les desputez, que Sadicle Majesté voudroit bien que l'assemblé se fust engagée à respondre que ledict Chevalier ne se mesleroil de rien et executeroit l'ordre qu'on luy donneroit de s'en aller en quelque lieu hors du diocèse de Paris4, et que M. du Mans mesme, aprez avoir faict la relation à l'assemblée de ce qui s'estoit passé icy, [a escrit] qu'elle seroit parfaitement obligée au Roy s'il avoit agréable de la dispenser de cette garantie, Sa Majesté l'a trouvé bon. J'envoye la lettre que M. le Chancelier a expédiée en cette conformité, et je seray bien ayse qu'en rendant à M. du Mans la response que je luy fais, vous l'informiez de ce que je vous mande sur le mesme sujet, afin qu'il en puisse faire rapport à l'assemblée, et vous saurez de luy s'il est nécessaire que vous disiez la mesme chose à M. de Chalons, puisqu'ils avoient esté députez tous deux ensemble5.

Il sera bon que MM. les Surintendans, ou des personnes prudentes qu'ils commettront pour cela, taschent de sçavoir la disposition des

1 Paui Chevalier, chanoine de Notre-Dame de Paris, mourut en 1676.

' Voy. sur l'évêque de Chalons, t. V.

p. 64o, note 1, des Lettres de Maiarin.

1 Philibert Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin fut évêque du Mans de 16/19 à 1671. C'était le petit-fils du maréchal de ce nom, qui se trouvait dans la voiture de Henri IV lorsque ce prince fut assassiné. L'évêché du Mans avait déjà appartenu à cette famille , en la personne de Charles de Beaumanoir, oncle de Philibert-Emmanuel , qui avait été nommé à ce siège en 1601, à l'âge de quatorze ans, et sacré dix ans plus tard, en 1610. Il était mort en 1687.

1 Le chanoine Chevalier avait été un

des premiers vicaires généraux nommés par Retz.

5 L'évêque de Chalons était lié secrètement d'intérêt avec Retz. C'est lui qui. à cette même époque , fit faire de son autorité privée, «par celui dont on se servait, dit Guy-Joly, pour contrefaire l'écriture de S. E. (le cardinal de Betz), une nomination en forme du doyen de Notre-Dame pour faire les fonctions de grand-vicaire , avec une lettre du cardinal, de la même fabrique, à l'assemblée du clergé . . . » L'évêque avait daté cette fausse lettre autographe du Plessis, et de deux jours seulement avant sa réception, ce qui fit croire alors à Mazarin que Betz ne devait pas être éloigné de Paris.

DU CARDINAL MAZÀRIN. 361

esprits des curez sur ce voyage du cardinal de Relz et ce qu:ils feroient Sept '656 en cas qu'il vinst à Paris.

Bilil. nat, ms. f. IV.. Mélangée de Colbert, t. 5i, I 289, — Minute.

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