MAZARIN. — TU
uir.iui.ih .iTio.Aii.
Aoûl i(i.r).r). gieux et religieuses qui meurent de faim, le Confident ne perd aucune occasion de faire des aumosnes, et j'exécute avec plaisir tous les ordres qu'il m'en donne.
Nous attendons avec impatience des nouvelles de l'armée. 11 est certain que, la nuit passée, elle a esté delà l'Escaut, et que par les coups de canon qu'on a tiré de Valenciennes ' depuis midv, nous croyons qu'elle a passé à la veue de cette place; mesme un prestre de cette ville, qui est parti de Valenciennes à quatre heures, nous asseure que l'armée ennemie, qui s'cstoit commencé à retrancher devant ladicte place, avoit quitté avec quelque confusion2. Nous en sçaurons bientost la vérité, et je prie Dieu qu'elle soit telle qui3 vous donne du contentement, et vous devez estre bien asseurée que je ne vous la retarderay pas d'un moment.
Le Roy faict response à M. de Mantoue et luy envoyé M. de Crequy4, qui la luy présentera. Sur quoy, je me remets à [luy] et à ce que j'escris à l'Ondedei.
Ce pendant je fais partir celle-cy par les cavaliers de Guyse, afin que vous la receviez demain de bonne heure , et M. de Crequy portera toutes les autres lettres. Le Confident est embrassé continuellement de vostre part, et il est entièrement à vous. Il faict ses recommandations au présomptif5, de qui je suis tres-humble serviteur. La lettre du comte de Nogent6 a esté très bien receue, et je suis tousjours, etc.
1 L'armée espagnole avait oecupe' un ' La copie porte bien qui, au iieu de camp retranché sous les murs de Valen- qu'elle.
cienncs: mais elle l'abandonna à l'approche ' Charles de Blanchefort de Bonne, mort
des Français. (Voy. mon Histoire de France en 1687.
sous le ministère de Mazarin, t. II, p. 292.) ' A Philippe de France, héritier pré-
2 La confusion fut telle que , sans la né- somptif de la couronne.
gligence du lieutenant général de Castelnau, 6 Armand Baulru , comte de Nogent , était l'armée ennemie aurait éprouvé de grandes un des courtisans renommés pour leur espertes. (Cf. les Mémoires du duc d'York, prit enjoué. Il fut tué au passage du Rhin p. Sgo, édit. Michaud et Poujoulat.) (22 juin 1672).
—====———=—-==—==——==-—-=-==^^ Août i655.
Ad. élr.. France, t. 8yC, f" 1 85. — Copie du temps.
AU PROCUREUR GÉNÉRAL
I)u ' )ii<sno> , i 'i aodl i 6
\ [»!■<■- avoir entretenu le Procureur général de questions financières, Mazarin lui parle des ressources que peuvent fournir les États provinciaux:
Le Ro) rat résolu de pousser Paffaire de Bourgogne1. M. J.e Tellier cscni. de la part de Sa M*, à M. le Chancelier de tenir ane assemblée, dans laquelle vous verrez ensemble ce qu'il -»-i a à propos de taire làdessus. Apres cela . son intention est «pion exécute sans dela\ la r< luiion qui sera ainsy prise, et prenez garde seulemenl à oe vous pas i*elascher; car vous estes asseuré que «I icj I on vous Boustiendra jusques
au bout.
Si vous jngez qu'il soil mieux de tenir les Estats | <le Languedoc | en quelque autre lieu <pi à Narbonne, où ils sont convocquex, Sa M1 donnera volontiers les mains a ce changement, et Ton i (aicl convocquer, au a5 du mois d'octobre, l'assemblée générale du clergé, exprès aGn que M. l'archevesque de Narbonne3, <pii rat député et qui en sera le président, puisse servir le Royauxdicts Estais.
Addition de l<i mom de Son kminence3.
Après avoir exprimé le regrel que lui a oaiaéTiiKpertineiioedfl l'homme chargé de réclamer une Bomme due à Fabert, Mazarin continue linsi :
Je suis persuadé qu'il \ a encore plus de difficulté «pie vous ne me dictes à trouver de l'argent en cette saison; mais, nonobstant cela, il
1 Onyoulait obtenir des États de Bout- de llehé. dont il a été question, i.lV.p. 'ij gogne une somme plus considérable que note 3, des Ltttrmd* Mazmrm, eeik qu'ils avaienl votée. Cette addition s«> trouve au i'ulio i8ti
5 L'archevêque do Narbonne était Claude du même manuscrit.
hh LETTRES
Août i655. est impossible de s'en passer et, sans exagération, tout demcureroit, si on ne peut faire estât de ce que vous devez de reste du quartier d'hyver, d'icy au quinze de septembre. Je vous jure que j'ay faict advancer tout ce que j'avoîs et que j'ay pu trouver. M. Le Tellier a laid fournir, ou de son argent, ou de ses amis, plus de deux cent mille livres, et, en mon particulier, j'ay pralicqué tous les moyens imaginables jusques à boursiller1 dans la Cour, M. de Grequy m'ayant preste, entre autres, deux mille louis d'or, que je serois bien ayse qu'on luy rendist, s'il estoit possible, à son arrivée à Paris. J'espère que, de l'affaire de Bretagne, vous pourrez tirer promptement une bonne somme. Sy on pou voit payer le régiment des gardes suisses, on feroit un grand mesnage; car ces compagnies, qu'on paye à prez de deux cens bommes, n'en ont pas cent effectifs.
Je vous suis fort obligé des advis que vous m'envoyez, et ayez l'esprit en repos que personne, sans exception, n'en aura cognoissance ny ne les verra. Vous me ferez grand plaisir de m'envoyer les factum en latin, auxquels vous faictes travailler. Du surplus, il n'y a rien de sy certain que ce que contiennent les dicts avis, c'est-à-dire que le cardinal de Retz parle à Rome et escrit à ses amis en France, ainsy qu'on vous mande; mais jamais [il] n'a tenu au Pape ces discours qu'il rapporte, ny le Pape [ne] luy a faict les responses qu'il dict, et vous verrez bientost ces inventaires (sic) 2 et tous les artifices dont il se se sert afin de conserver un peu de crédit, descouverts avec beaucoup de confusion pour luy.
J'ay faict escrire à M. le Prévost des marchands de vous aller voir pour vous informer de tout ce [qui a esté trouvé, et]3 La Bachelerie4 vous fera sçavoir aussy quelque chose d'assez précis et important; car c'est de vous de quy le Roy attend que le tout soit mis en ordre. Sur
1 Ce mol est pris ici dans le sens de et le copiste a évidemment altère le texte.
tirer de l'argent de la bourse des autres. J'ai cherché à le rétablir, en indiquant par
- Dans le sens d'inventions, des [ ] ce qui a été changé. 3 La copie porte : tout ce qu'il a trouvé ' On a vu que La Bachellerie était gou-
à la bachelerie. Celle phrase n'a aucun sens, verneur de la Bastille.
DU CARDINAL MAZAR1N. 45
quoy je me remets à ce que M. Le Tellier vous mande. Pour les nou- Août 16: vclles, je nie remets à ce que je mande à M. l'abbé Fouquet, et je demeure, etc.
AfT. (;tr. , Franco, t. 8rjG, f° 197. — Copie du temps.
Du Qunsnoy, i5 août itj55\
C'est moy que je dois (sic) appréhender de irons importuner avec mes lettres; mais comme elles vous apportent tousiours des nouvelles du Confident, j'espère que vous n'estes |>as Easchée de les recevoir. Je vous ay escrit depuis byer au soir deux fois1 : la première, par des cavaliers de Guysc, comme je fais à presenl . el l'autre par M. de Crequj .
Je vous envoyé la copie d'une lettre que M. de Tu renne m*a escrite, à l'instant que je la reçois, et je m'asseure qu'elle ne voua deaplaira pas, puisque vous y verrez les ennemis retires en grande diligence el avec quelque confusion, et que malaysement [ils] pouvoienl se résoudre à défendre la rivière3, et peut-estre qu'ils seront ansey contraints d'abandonner Gondé. Sans vanité, je vous puis dire que la chose est réussie, comme je l'avois prédite.
Je m'en vas présentement estre bien tourmenté du Confident pour rejoindre l'armée; mais cela ne se peut que nous n'ayons d'autres nouvelles de MM. les généraux. Nous commençons à mourir de faim. Je me suis recommandé a Seyron de nous prester quelque chose; car je vous asseure sans exagération que nous manquons de tout.
1 Première lettre du i5 noûi 1 655. La Nous n'en atom pas retrouve d'autre adres-
seconde est datée de minait Bée à la Reine et il itee da 1 '1 août
1 Voy. ri-dessus, p. 4i, nue lettre du L'Escant (Voy. aur le passage de l'Es-
16 août envoyée par les cavaliers de Guise. caul la lettre suivante.)
Août ifi.r)."). «.
Aff. élr., France, t. 272, f° 32. — Copie du temps.
À LA REINE
Du Quesnoy, i5 août, à minuit.
Arrivant présentement M. du Passage \ depesché de MM. de Turenne et de La Ferté, je suis obligé de vous dire que les nouvelles qu'il porte au Roy sont que les ennemis n'ont pas [disputé]'2 le passage de l'Escaut du costé de Tournay, s'estant retirez, la nuit passée, en diligence et sans bruit, laissant seulement dans Condé huit cens à neuf cens hommes, à ce qu'on a pu juger, de façon que MM. les généraux, ayant faict plusieurs ponts sur ladicte rivière, à gauche et à droit (sic) de Condé, l'ont passée; et le premier3 a formé le siège de Condé, et l'autre4 s'en est allé, sans perdre un moment de temps, pour attaquer Saint-Guillain, espérant d'en avoir meilleur marché pendant que les ennemis sont en confusion , qu'ils ont leurs forces séparées et qu'on ne leur donne pas le temps de se recognoistre5. M. le Prince a couru grand risque à un défilé, poursuivi par M. de Castelnau, lequel, s'il eust eu seulement cent mousquetaires, auroit, à ce qu'on m'a dict, empesché sans doute M. le Prince de se sauver 6.
' Aimard de Poisieux, marquis du Pas- pour prendre cette place, après que la vdle
sage. (Voy. le tome II, p. £07, des Lettres de Coude' se fut rendue.
de Mazarin. ) 6 Tel fut le bruit répandu par Castelnau
2 La copie porte depesché. Mais le sens pour excuser la faute que lui reproche le
exige disputé, qui se trouve dans la lettre duc d'York dans ses Mémoires (voy. ci-des-
suivante adressée à l'abbé Fouquet. sus. p. £2). Turenne, dans une lettre
' Turenne. adressée à Mazarin, disait que les ennemis
La Ferté. se retirèrent avec précipitation et furent
5 Cette espérance ne se réalisa pas, au poursuivis jusqu'à la ville de Condé. Cette
moins pour l'attaque de Saint-Guillain. 11 lettre tomba entre les mains du prince de
fallut que les deux armées se réunissent Condé , qui en fut piqué cl le témoigna par
DU CARDINAL MAZARIN. kl
M. du Passage est venu icy, avec mille chevaux, pour escorter le Aoâi i656. pain à l'armée et y faire porter aussy des munitions de guerre et auti choses dont on a affaire pour lesdids sièges.
Je me resjouis d'autant plus d'un si bon acheminemenl à quelque chose de grand, de l'estonnement des ennemie <-t de la consternation des peuples de Flandres, que je sçay que la présence du Roy \ contribue beaucoup. Il rnc tourmentera bien demain pour aller à l'armi mais je croy que je m'en delléndray, le corps de cavalerie, qui esl icy, n'estant pas assez grand pour pouvoir aller en seureté. Je eue) qu'il sera à propos que M. de Brienne escrive soigneusement ■ Paris te qui se passe; et je demeuré vostre serviteur sans aucune réserve *#.
BïM. nat., rns. f. fr. ■!.'), qo-j, f* i(i>; originaL — AIT. etc., Etantes t. 896, I a
copie du temps*
\ L'ABBÉ rot (M ET.
Du Qvemoy, 1 '» todl 1 66 1 1 (trait. 1
Il a esté impossible à Magné de me joindre plus tOSt, parce que la
communication de la frontière à l'armée estoil fort difficile. J'a\ esté pourtant tres-ayse de recevoir de vos nouvelles el de sçavoir en détail tout ce qui s'est passé à l'esgard de l'abbé Viole, lequel il faut qu'il ayt perdu l'esprit lorsqu'il dicl que je lu\ a\ permis d'entretenir une correspondance en Flandres, et je ne sça\ pas sd \ a rien de plus criminel que d'informer avec la ponctualité qu'il (aisoif les ennemis du Roy. Je vous prie de faire bien garder les papiers qu'où s trouva, et taschez de trouver les lettres qu'il recevoir de son frère1 el les minutes
une réponse adressée a Tartan*. Les deui moires de Buaty-AafatM \ i. I". a. kko, de
lettres onl été publiées <l;ms 1rs VUmoùru de l'édition L. Ledanne).
Turcnne (p. A70 et &71 do lïdiiion Miehaud ' Le président Viole. (Voy. le tome IV
el Poujoulal). On peut comparer les Mé- p. a 3 li . note j , des Lettres de Muzarin. |
Août 1655. de ses responses, et sy vous prenez la peine de bien instruire Marsac, peut-estre avec le temps il y ' réussira d'en tirer quelque chose.
Il seroit fort important d'avoir quelque lettre de celles que le curé de la Magdelaine escrit en pays ennemy, et ce pendant je in'asseure qu'on n'oubliera rien pour le trouver et arrester.
Je vous remercie de la visite que vous avez i'aicte à MmcdeTurenne, et je vous prie de prendre encore la peine de la voir de ma part et Mademoiselle de Bouillon et [de] leur lire la copie que je vous envoyé de la lettre que j'ay receue ce matin de M. de Turenne, de laquelle je vous prie aussy de faire part à MM. les Chancelier et Garde des Sceaux, à MM. les Surintcndans et à M. le Premier Président, comme aussy de tout ce que Magné vous dira de la santé du Roy et de Testât de nos affaires en ce pays icy.
Si on pouvoit descouvrir les faiseurs de libelles, ce seroit un grand coup pour beaucoup de raisons.
On m'a escrit de Paris que Gapelle-Cheron, dict Bacon, garde de M. le Prince, estoit de retour de Flandres et demeuroit à Merlou2, comme aussy un de ses valets de chambre, appelé des Bareaux. Ce commerce n'est pas trop bon et ne respond pas aux protestations que la personne3 a faictes de ne vouloir entretenir aucune correspondance, de façon qu'ayant veu encore l'autre advis, je vous prie de me mander s'il sera bon que j'escrive une lettre pour me plaindre fortement de ce
procédé.
Addition de la main de Son Eminente.
Apres avoir escrit, nous recevons nouvelles de MM. de Turenne et de La Ferté, que le premier a formé le siège de Gondé et l'autre s'en alloit à Saint-Guillain. Les ennemis n'ont pas disputé le passage de l'Escaut vers Tournay et se sont retirez, la nuit passée, sans bruit. Magné vous dira le reste.
' 11 faudrait probablement lui au lieu de Ghâlillon. Il porte maintenant le nom de
de y. Cependant comme le texte s'entend, je Mello, dép. de l'Oise, arr. de Senlis. ne l'ai pas change. 3 La duchesse de Cbâtillon. (Voy. le t. V.
2 Ce château appartenait à la duchesse p. i38, note 4, des Lettres de Mazarin.)
DU CAKDINAL MAZARIN.
Août i655.