AU DUC DE VENDÔME
Du camp de Bavay, le 12 août iG55.
J'ay esté un peu surpris de voir, par vostre dernière du 26 juillet, que vous ayez advancé cinquante mille livres pour achever de mettre l'armée navale en estât; car, suivant le calcul que nous avions faict avec le sieur Chapelain mesme3, lorsqu'on vous renvoya le sieur de Fouilloux4, ce qui provenait des diminutions faictes sur les bruslots, sur les vivres de l'escadre de Ponant et autres semblables despenses
' Qui verrait ie Roi s'éloigner. le texte complet de cette lettre de la Reine
" La Reine, répondant à Mazarin, le dans le tome II, p. 602 et suiv. , dc.V Histoire
i3 août, reprend ce mot. trJe suis bien dé France sous le ministère de Mazarin.
aise, écrit-elle, que les cavaliers de Gnyse 3 Ce Chapelain était secrétaire général
s'acquittent si bien de leurs voyages; je de la marine.
crois que j'ay trouvé le charme qu'il faut k Enseigne de la compagnie des gardes
pour les prendre pour sorciers. » J'ai publié du corps de la Reine.
spécifiées eu détail flans ma depesclio de ce temps-là, joint au rempla- Août cernent de la poudre, fournie au sieur Colbert1, à celuy des sommes diverties du fonds de l'armement pour payer des gages d'officiers, au revenant bon de la conduite- des Ponantois et aux cinquante nulle livres que je vous envoya] par le dict sieur de Pouilloux, tout cela, dis-je, mis ensemble faisoit le supplément nécessaire pour achever l'armemenl , de sorte que, m on venoil à \ joindre encore les cinquante mille livres que vous mandez avoir advancées ei !<• retranchement d'un mois de victuailles à tous les vaisseaux, il se trouverait qu'au lieu du mesnage et de l'espargne qu'on esperoil voir faire de delà, au retour dudict sieur Fouilleux9, par le moyen des munitions qu'on avoil indiquées d'fcy, il serait, au contraire, arrivé 'jik- la despense avoil tout à coup esté augmentée d'une Bomme excessive, comme celle de cinquante mille livres et du fonds dudicl moi- de vivres, Kuesy ne puis-je croire autre chose, sinon que ce qu on veut duc par cette advance est, que, les premières cinquante un Ile livresque j'aj faict loi unir estant consommées, vous avez faict l'advance des secondes cinquante nulle livres, afin de remplacer là-dessus les quarante nulle livres diverties du tonds de l'armemenl . et . cela ''-tant . il n'\ a nulle difficulté à celte affaire, veu que lesdictes secondes cinquante nulle li\ seront pavées ponctuellement dans le temps que je vous aj promis, et
niisine. s'il a fallu ad\ancer. oulre cela, quelque petite ennuie pour
faire sortir l'armée [navale], je ne disconviens pas de vous en payer. Il me faudrait \\\\ peu plus de commodité et de repos que Ton n'en a dans une armée qui marche en pays enneinv pour vous entn tenir plus au Ion;;;. Vous agréerez doue. s'il vous plaist, que |'' Gnisseicy, me remettant neantmoins a ce que j'escris touchant l'ambassade du sieur Chapelain.
1 Chartes Colbert, frère de J.-B. Colbert, ' Ce moi est écrit tantôl Fouilleux, tan
était alors intendant de Toulon. tôt Fouilloux. La dernière forme est celle
Ce moi ;i . ici, I'' s. us d'escorte qui est généralement adopl
tout i655.
Aff. étr. , France, t. 5272, f 3o. — Copie du temps.
À LA REINE
Du Quesnoy, i3 août i6r>5.
Je viens de recevoir tout présentement vostre lettre du i 2 , avec ie présent pour le Confident1, lequel, pourtant, ne le recevra que demain, l'ayant supplié de se coucher, comme il a faict, pour reparer l'incommodité de la nuit passée, qu'il a esté obligé de passer la plus grande partie à cheval, afin de se rendre icy de bonne heure et donner lieu à M. de Turenne de s'advancer diligemment au lieu où avoit esté résolu de passer l'Escaut2 et seconder M. de La Ferté, en cas qu'il y rencontrast plus de dilïiculté qu'il n'a pas [sic) faict; car nous venons d'avoir de ses nouvelles, qui sont telles qu'on pouvoit souhaiter, ayant forcé le passage sans perdre un seul homme et mis en fuite tout ce qui y estoit des ennemis pour le défendre, sans qu'ils ayent faict aucune descharge, telle a esté l'espouvante qu'ils ont prise de voir aller hardiment à eux, à la nage, les dragons de M. de La Ferté et ma compagnie de chevaux légers qui marchoit à la teste de l'armée et avoit mis pied à terre pour se signaler en cette occasion. Les ennemis ont laissé de leurs tentes et de leurs hardes dans le retranchement qu'ils gardoient pour se sauver avec plus de diligence.
Nous verrons la suite de ce passage, qu'il y a lieu d'espérer heureuse. Vous serez informée de tout, et sçaurez ce pendant que le Confident est un peu triste d'avoir quitté l'armée, quoy que ce ne sera pas pour longtemps. J'admire que vous sçachiez si bien régler vos passions, que, lorsque vous en avez une très-grande pour le retour de
1 On voit, par les lettres de la Reine, que dovic Lalanne), l'armée de Turenne passa
ce présent consistait en une boîte de corail. l'Escaut sur quatre ponts, à un endroit
' D'après les Mémoires de Bussy-Rabutin nommé La Neuville, dans la nuit du i3 au
(tome Ier, p. 633 , de l'édition de Lu- 1 k août.
vostrc Confident, vous la soumettez de si bonne grâce à celle que vous Août i655 avez pour ladvantagc de ses affaires ', jugeant avec beaucoup de raison que rien n'y contribue plus, dans la conjoncture présente, que d'estre en personne dans le pays ennemy; et pour moy, je crois que Dieu permettra que nous ayons quelque succez considérable, afin de rendre, par ce moyen, plus prompte la conclusion de la j>;ii\, gçachanf bien que les cœurs du Roy et de la Reyne y Boni portez «b- la bonne manière, et que ce meschant Cardinal, qui ne se plai-t qu'à faire respandre le sang humain et qui ne peut subsister que dans les révolutions et dans la guerre, sera, à la lin, contrainl de céder aux volonté* de Leurs Majestez.
Je verray les advis qu'il vous a pieu <\<> m'envoyer en chiffre, mail je vous rends très-humbles grâces de ce «pie \on> a\ez bien voulu m'en escrire en substance. Je persiste pourtanl dans la pensée que le Confident vous rende bienlosl une visite, et il tant aussj qu'il voye M. de Mantoue2. Vous avez bien laicl de luj renvoyer le gentilhomme, et j'auray le soin d'adresser à l'Ondedei la lettre qu'il a escrite au Roy.
J'ay nouvelles, de Guyse, que Gourville en estoil part) ce matin. G'esl pourquoy je oe doute pas qu'il o'ayl eu L'honneur de vous entretenir de bonne heure. G'esl toul ce que i'aj a \<>ns dire pour cette fois. Je suis tres-bumble serviteur de Monsieur el le vostre au dernier point #.
' Ce passage de la lettre de Maanrin ré- ' Loret(Voy.sa Wuti Métrique, kttnda
pond h ce que lui écrivait la Reine, en date l 'i aoûl i655 i mentionne le séjour du duc
du i3 aoûï : trj'ayme mieux ce qui eatde de Mantoue I Paris; il était loge ii l'hôtel
sa gloire et de son service que mon conten de Longueville, situ.- à cette époque me
tement particulier.- (In IKtii Bovrbm, en lac • du Louvre.
âO LETTRES
Aoûl j 055. — ,
Afl. étr., France, t. 8<j5, f° a56. — Original signé.
Du Qucsnoy, 1/1 aoûl i65â.
L'esclaircissement que je désire de mondict sieur de Vendosme, touchant la conduite qu'il devra tenir à la mer, ne peut regarder que ce qu'il aura à faire, en cas qu'il rencontre la flotte de Black seule1; car, estant jointe à celle d'Espagne, elle seroit trop supérieure à celle du Roy pour hésiter à se retirer, et en cas qu'il trouvast à l'escart quelques vaisseaux espagnols mezlez avec des Anglois, que le mauvais temps, ou autrement, eust séparez du gros de leurs Hottes, il n'y auroit pas à mettre en doute qu'il ne dust charger les Espagnols et ceux qui les voudroient assister, si tant est qu'il fust le plus fort, comme je le présuppose; mais il n'y a pas d'apparence que les Espagnols et les Anglois se joignent, veu que Black a embarqué à Cadis (Cadix) tous les Anglois qui y estoient et le consul mesme de la nation, de peur de représailles dont on auroit voulu user en Espagne quand on y sçauroit les nouvelles de ce que la flotte de Penn a faict aux Indes2.
11 ne reste donc qu'à régler ce que M. de Vendosme doit faire en cas de rencontre de l'armée navale, que commande Black, seule, et l'intention de Sa Mté est qu'il ne commence pas la querelle et ne se rende pas l'agresseur; mais qu'il se deflende vigoureusement et ne les espargne pas, s'ils ozent l'attaquer. Vous lui escrirez donc, s'il vous plaist en cette conformité; et comme j'espère que, dans peu de jours, nous serons de retour à la Fere, je remets alors à vous parler de
1 On voit par celle lettre qu'au moment ~ Aux Indes occidentales, ou Amérique.
même où l'on négociait les articles du traite Penn s'était empan1 de la Jamaïque (î 655),
de Westminster, on se tenait toujours prêt après avoir échoué à l'attaque de Saint-
à combattre les Anglais. Domingue.
DU CARDINAL MAZARIN. à\
toutes les autres choses contenues dans vos depesches. et je me con- A«A< «*55. lente d'adjouster icy que je suis, etc.
l'ostscriptum autographe.
M. Le Tellier m'a parlé des diverses autres choses de vostre part, et je me remets à ce qu'il vous en mandera, vous priant seulement d'estre asseuré de mon amitié et de me croire, etc.
Aiï. étr. . France, t. %-'i, t' 3i. — Copie da temps. \ LA REINE.
Da I !
J'ai receu en mesme temps vos deui lettres datées du i3', et je ne m'estonne plus de la diligence <h-^ cavaliers de Gnyse, voyant, par la lettre du comte de Nogenl . les bons traitemeos que vous leur faictes; ils sont extraordinaires, mais fort bien employés. Je crains seulement qu'ils De se plaignent de moy, que je oe leur fais pas <le si grandes liberalitez.
Le Confident m'a assisté à la lecture «le \o> lettres et ;i esté rav\ de tout ce que vous mandez à son advantage. Je \<>us pais respondre que l'absence ne diminue en rien l'amitié, et je sois bien trompé si. en toute vostre vie, vous avez le moindre sujel de vous en plaindre; car il est aisé de cognoistre qu'il vous aune y\w> que toutes les choses «lu monde. Il a grande impatience de retourner à l'armée; mais il m'a promis que, deux jours après, il nous ira visiter. Demain, il fers ses dévotions, et comme, partout où nous allons.il \ a grand sujet d'exercer la charité, et particulièrement en ce lieu, où il \ ;i beaucoup de reli-
' J'ai |>nli!i<; ces deux lettres dans l'JE»- \<>\. cette lettre de Nagent dam le
toire de France sous !<• ministère de Mazarin, inêmo ou\ rape . p. 4i3 et sui\.. ci la note I. II. |>. f>o\ cl sniv. sur INo{;eul . ci-dessous, p. li-i, noie 0.